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Red Pact


Boréa

Ce sofa était plutôt agréable. Tout paraissait plus agréable après s'être repu de la bonne chair et après s'être rincé le gosier d'une bonne gnôle vieillie en fût de sapin. Généralement, tout gouttait mieux à la vie après une affaire d'une vingtaine de millions.
Un bruit semblable à un piaillement à côté de lui, lui rappela que Dena' était à ses côtés, entouré de filles qu'on dirait modelées dans un rêve. L'indic qui travaillait avec Loth depuis trois ans déjà avait une manière bien particulière de fêter les rentrées d'argent, à laquelle ne gouttait pas spécialement Loth.
Selon Dena', il ne savait pas profiter de la vie.

Et pourtant, il en avait bien profité, à sa manière cela dit, ces dernières semaines. Après l'affaire du Réplicateur de Boréa, il s'était mis sur la trace du Conseil des Six Lunes, une organisation, une espèce de société secrète composée de gens de l'ombre, éminemment influents. Ils détenaient les véritables rennes du pouvoir sur Boréa, et le jeune Roi Maximillian Nordin, désireux de reprendre le contrôle de son royaume, avait chargé Loth de les débusquer.
Au terme de sa première enquête qui l'avait vu s'allier, de circonstance, avec un agent du Cipher Pol, Loth découvrit qu'une des Lunes, il ne savait pas encore laquelle, avait érigé et dirigeait un vaste réseau de production de Dance Powder. Un réseau du nom d'Ashura et qui rapportait un max. Intelligemment associé à l'agent Björn Skullson, Loth avait démantelé une cellule d'Ashura, neutralisant au passage la chimiste en chef de la cellule, une certaine Marry-Curry, primée à 5 millions de Berry. Ce coup porté à Ashura n'entamait pas vraiment sa puissance de production et de projection, c'était juste une cellule parmi une vingtaine d'autres.
Trompant la vigilance de Skullson, Loth réussit à filer avec un gros sac de Dance Powder, ce qui lui rapporta les millions en question, source de sa petite fête avec Dena'.
Il savait que c'était juste le calme avant la tempête, les soucis pointaient déjà le bout de leurs museaux. Et Déna, bien qu'entouré de minettes, ne perdait pas le nord.

- Alors mec, on fait quoi à propos de tu-sais-quoi ? L’Inuit ne nous apportera pas son appui ?  

- Nan, je l'ai contacté, ou du moins, j'ai parlé à sa régulière. Ils n'ont aucune marge de manœuvre, ils ne peuvent rien faire. Mais ils nous chargent de trouver une solution.

- L'contraire aurait été trop beau pour être vrai !

Loth acquiesça par un grognement indistinct. Il avait les yeux rivés au plafond en tuile d'où pendait un lustre de cristal. "L'Inuit" s'était montré impuissant, mais ce n'était pas une surprise. L'Inuit, c'était le nom qu'ils avaient donné au roi de Boréa quand ils devaient parler de lui en public. Et sa "régulière" n'était autre qu'une certaine Phrâne Thomson, un agent des Hérauts de L'aurore de Boréa resté fidèle à son roi et qui mettait de temps à autre Loth en contact avec le jeune souverain.
Donc, il avait été impuissant. À propos de quoi était-ce déjà ?
Oui, après la neutralisation de Marry-Curry, des documents trouvés par Loth  avaient été extrêmement instructifs sur le réseau Ashura. Apparemment, le boss s'appellerait Lavoisier et directement en deuxième position de la chaine de commandement se trouveraient trois vice-chefs, chacun répondant à un nom de code. La partie la plus éloquente concernait un de ces vice-chefs, celui qui répondait au surnom de "La Braise". Derrière ce nom de code d'une prétention que Loth trouvait élogieuse, se trouverait le chef de la flotte et de la sécurité du réseau. Autrement dit, l'homme fort, celui qui commandait les mains armées.

Dans la pièce, Dena' congédia les filles et ferma la porte du salon. Il ressentait le besoin d'aborder sans détour des questions plus sérieuses.

- Donc, c'type, c'te "Braise', combien d'hommes a-t-il sous la main, t'as déjà dit ?

- Plus de mille deux cents selon les documents.

- Et donc, ils préparent un push militaire ?

- C'est ce que je crois. Ce n'était pas très explicite, mais ça faisait état d'un certain plan, oui. Pour renverser le roi. Comment ? Je ne sais pas.
Tu sais déjà tout ça, ça fait une semaine qu'on ressasse les mêmes choses !
ajouta-t-il d'une voix lasse. Inutile de tergiverser et de retourner le problème dans tous les sens, il est simple. Y a mille hommes surement très entrainés qui vont déferler sur le royaume à partir d'une base marine quelque part sur la côte occidentale de Boréa et le roi n'a pas de quoi les arrêter. Alrahyr Kaltershaft ayant détruit la base de la marine, rien ne saurait les arrêter, pour le moment. Nous devons trouver une solution.

- Ils vont partir d'où ? Quelle base marine ? T'en avais pas parlé !

- Quoi ? T'es fou. Je t'ai dit que griffonné tout en bas d'une des pages, il était mentionné le nom de Port Crescent. C'est un point sur la côte de Boréa, une espèce de crique en demi-lune, c'est probablement là que se trouve la flotte d'Ashura.

- Mais ça change tout ! Maint'nant on sait où ils nichent, on peut les attaquer de front et prévenir leur propre assaut !

- Tu veux faire quoi contre plus de mille hommes et une flotte entière armée jusqu'aux dents ?

- Moi rien, j'ne suis qu'un conseiller technique. Toi par contre, tu peux faire quelque chose. En prenant contact avec la Guilde des Usuriers.

- Jamais entendu parler.

- Ils font dans l'chantier naval et tout ça. J'pense que tu pourrais trouver en eux des alliés utiles.

- Pour quel prix ?

- Ça on n'le saura qu'en allant à un d'ces lieux où on peut les contacter. Sur Zaun par exemple, se serait parfait.

- Zaun ? répéta Loth qui connaissait bien la sinistre réputation de l'île sans loi. Je suis partant. Si en plus ça peut me permettre de tisser des liens avec le sous-continent...

*
Une semaine plus tard, dans les eaux territoriales de Zaun.

La petite barque que leur avait fourni discrètement Phrâne Thomson tanguait paisiblement au gré des vaguelettes. La traversée vers Zaun n'avait pas été compliquée. La monotonie avait été la seule ennemie.
Debout de chaque côté du petit mat, Loth et Dena' observaient la silhouette de Zaun qui se profilait. Du point de vue de Loth, l'île semblait malade avec cette atmosphère brumeuse, ses falaises couleur café et ses maisons brimbalantes.

- Voici donc à quoi ressemble l'île de Zaun. Elle diffère bien des paysages de notre vieille Boréa.


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Les premières impressions de Loth se confirmèrent dès qu'ils posèrent le pied sur Zaun. Cette atmosphère saturée de gaz et de poussières en suspension, ces habitants limites ressemblant à des zombies, ces quartiers délabrés, puants, ces eaux de ruissellements serpentant ici et là... Oui, Zaun semblait malade.
Mais cette ambiance était le paradis pour toutes sortes de trafics et Loth s'en réjouissait déjà. Le Gila, son mentor, lui avait parlé de Zaun, il lui avait vanté les mérites des relations qu'on pouvait y tisser. L'île était en tête de lice des endroits qu'il devait visiter avant de joindre Grand Line. Voilà une bonne chose de faite.

Naturellement Déna' était dans son élément. Il connaissait chaque recoin sordide de l'île. Parfois quand il passait, quelqu'un le hélait, d'autres le sifflaient, et par deux fois, des femmes l'accostèrent et lui demandèrent des pensions alimentaires...

- Fait pas attention, c'sont toutes des aguicheuses. Dena' n'a pas de mioches.

- Ça c'est toi qui l'dit...

- Reste près de moi, ça peut devenir dangereux, murmura-t-il en l'entraînant dans une ruelle miteuse délimitée par des haies sauvages.  

Quelques têtes apparaissaient au-dessus des feuillages pour les scruter, et pas une n'avait une peau lisse. Leurs propriétaires avaient tous cette peau sale et crasseuse, balafrée à bien des endroits et naturellement, ils étaient tous armés.
Dena' se présenta devant une porte mangée aux mites sur laquelle veillait un gorille armé d'un gourdin à pic. Dena' leva la main, lui montra sa paume et le gardien se décala pour le laisser passer. Pas Loth en revanche dont il bloqua la progression.

- L'est avec moi.

- M'en fous, c'qui ? J'blaire pas sa tronche.

- J'te dis qu'il est avec moi, gros ba...

Il n'acheva pas sa phrase, le "gros ba..." vola et le dépassa, propulsé par le coup de paume au visage que venait de lui infliger Loth. Le gros défonça la porte qu'il protégeait et valdingua à l'intérieur de l'établissement dans la semi pénombre.
Loth réajusta ses lunettes sur son nez. Il ne lui était pas habituel d'utiliser la violence, mais cette fois-ci, il s'en était laissé aller à ses pulsions. Pulsion ou geste réfléchi, fallait choisir, parce que cette entrée fracassante était aussi un bon ticket pour ouvrir les négociations en position de force. Au moins, le message serait passé, ce n'étaient pas des tapettes qui se présentaient à eux.

"Eux", c'étaient la clientèle poisseuse qui occupait le bar. Un mélange d'infirmes, de clochards, de barons et de prostitués. A n'en pas douter, des gens qui en avaient tué plus d'un. Dena' entra le premier pendant que les regards s'attardaient sur Loth qui le suivait. L'indic approcha du comptoir et fit un clin d’œil au barman dont la moustache en croc frémit sous un sourire entendu.

- Denavellion, dit le barman en hochant la tête. Ça faisait longtemps.

- Les affaires, tu sais c'qu's'est. Ça t'emporte loin d'tes amis, ça t'emmène sur South Blue... Soit sympa, rameute le Fournisseur. L'binoclard derrière moi, il chie de l'or.
'fin, c'est dans ses projets...


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-Hum...

Le barman t'inspecte des pieds a la téte, assez longtemps pour que l'attente devienne franchement désagréable, et que l'ambiance semble se refroidir nettement dans le bar.
il n'est pas difficile de remarquer l’arrêt de certaines conversations, et un certain synchronismes dans tous ses petits mouvements anodins qui se produisent tout autour de vous. On attrape une bouteille qu'on garde à la main, on se décale pour pouvoir se lever d'un siège, on se tourne pour vous garder en vue, on écarte une chemise ou on s'enroule une ceinture autour de la main.

Ce bar est un baril de poudre et il suffirait d'un rien pour qu'il explose.

Juste une étincelle.

-J'aurais plutôt tendance à l'envoyer aux gogues s'il chie de l'or.

Mais pour toi je vais faire une exception et te passer le test du comité d'accueil. Me le fait pas regretter Dena...


Le barman fait un signe de tête a un type faisant semblant de dormir dans un coin et qui s'empresse de se réveiller d'un coup pour filer dans l’arrière boutique pendant que l'assistant du comptoir vous sert deux bières.

-Buvez ça en prenant vot' temps. Le fournisseur va surement vous recevoir.

Un moyen plutôt urbain de vous faire patienter le temps que le sbire de service aille vérifier que le patron veut bien vous voir. Si ça se trouve la taille des chopes est même calculée en fonction du temps d'attente ?

Vous mettez quelques minutes a assécher vos verres sans que personne ne revienne. Mais le patron doit avoir un moyen de communication plus discret car il vous fait signe de rejoindre la porte par ou a filé le larbin. A moins qu'au lieu d'aller prévenir le chef celui ci soit allé monter une embuscade en règle. Difficile de vérifier de toute façon avant d'y aller. Et a coté de toi Dena a l'air confiant.

La porte donne sur un escalier menant à l'étage et que vous gravissez rapidement, jusqu'a ce bureau plus encombré qu'une boutique de préteur sur gage ou est assis le type que vous étes surement venu voir..



-Dena.
-Akim.

Un échange de salut on ne peut plus bref, juste une façon de remarquer la présence de l'autre avant d'en faire abstraction. Dena est venu jouer les entremetteurs et le fournisseur en a pris bonne note, avant de le ranger avec le décor pour s'intérésser à toi.

-Asseyez vous. Je suis le Fournisseur. Que puis je faire pour vous ?

Droit au but hein ? Ici on brasse de l'argent et on le fait vite et bien.


    Bon bah, s'il fallait aller droit au but, tant mieux, se dit Loth. Il prit place, bien en face du type à la barbe en bouc.

    - J'ai besoin de soutien sur une affaire aussi délicate qu'épineuse, voyez-vous.

    Pas de réponse ? Bon, fallait continuer alors.

    - J'ai besoin d'une certaine quantité d'explosifs pour commencer. Des bombes incendiaires et des mines marines surtout. De la dynamite aussi serait la bienvenue. Mais le nerf de la guerre ce sont les hommes. Disons plus de milles, dont des hommes-poissons pour placer les mines.

    - N'oublie pas les bateaux, intervint Dena'.

    - Ah oui, il y a aussi les bateaux. Une trentaine feront l'affaire. Armés bien évidement, avec des équipages entraînés, qui soit disant en passant, feront partie des hommes demandés.
    Les bateaux seront à prêter, uniquement, vous les reprendrez après l'affaire.



    C'était imprécis, confus et un poil amateur comme demande. Le Fournisseur dévisageait Loth d'une curieuse manière. Qui pouvait savoir ce qui se passait dans caboche ? Était-il tiraillé entre l'envie de le foutre dehors d'un coup de pied au cul ou de s'esclaffer à mort ?
    De son côté, Loth gardait son calme. Sa diction hésitante de ses besoins n'était que le reflet de son incertitude intérieure. Pour l'instant, il n'avait qu'une vague ébauche de ce qui ressemblait à un plan d'attaque. Il voulait éliminer La Braise, pour sûr, mais comment diable allait-il y arriver ?

    Des mines marines pour piéger la baie, ouais, pourquoi pas ? Et après ? Tout cela était confus mais il estima que sa demande couvrait la totalité de ses besoins. Des bateaux, des hommes, des bombes. Des guerres avaient été gagnées avec moins que ça.
    La question était de savoir si le Fournisseur allait se montrer curieux, ou au contraire allait-il déplorer son amateurisme ?


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    -Un millier d'hommes ? Une trentaine de navires ? Des explosifs ?

    Dena ? Qu'est ce que ça veut dire ? C'est un genre de farce c'est ça ?

    -Pas vraiment non. Mais Loth n'a pas vraiment commencé par le bon coté. Tu pourrais réunir tout ça Akim ?

    -Si je pourrais ? Je suis le fournisseur, pas un putain de magicien.

    Disons qu'il me faudrait au moins une heure... Mais ce n'est pas le problème. Le problème c'est que ce genre de services coute cher et m'engage beaucoup, et que je ne les propose pas à des inconnus dont je ne ne connait pas les capacités financières et les relations.

    -Nous n'avons clairement pas les moyens de nous offrir ce que nous demandons, et nous ne sommes pas vraiment intéressé par les prêts que tu pratiques. Non. En fait nous sommes plutôt venu te proposer une participation a une entreprise risquée mais potentiellement à très haut bénéfices. C'est bien ça Loth ?

    -Hum... Bon, alors je vous accorde encore un peu de temps. Quels sont vos projets monsieur Loth ? Et pourquoi nécéssitent'ils une telle puissance de frappe ?





      - Mes projets, reprit Loth en ajustant ses lunettes, c'est de devenir un baron. Un baron de l'ombre. Vous avez déjà entendu parler du réseau Ashura ?

      Le Fournisseur le dévisagea en plissant légèrement des sourcils. Bien sûr qu'il en avait entendu parler, se dit Loth. Il ne pouvait en être autrement, les types de son genre, du genre de Déna' étaient de véritables encyclopédies de l'underground. Alors, à quel point en savait-il sur Ashura ? Ça, Loth ne pouvait le deviner.
      Pendant un moment de panique, il s'imagina révéler ses projets au Fournisseur qui serait en fait un haut cadre de l'organisation criminelle. Il évalua et soupesa cette possibilité puis en conclut que c'était son imagination et sa prudence qui faisaient encore des siennes. Mais méfiance, il ne fallait pas tout révéler.

      - Ashura est une organisation dont les moyens semblent démesurés pour quelqu'un comme moi. Une organisation à l'échelle de North Blue, mais dont les activités influent au-delà de ses frontières. Je sais qu'ils sont en activité depuis quinze ans au minimum et jamais le gouvernement ne leur a porté un coup sérieux, ne les a inquiétés.
      Voici l'en-tête de mon projet. Je veux porter un coup fatal à Ashura.


      Le Fournisseur se redressa dans son fauteuil et regarda alternativement Dena' et Loth. Son regard était passé d'intéressé à révulsé en quelques secondes. Loth se doutait de ce qui avait déclenché ce dégoût soudain, mais il resta serein sur son siège bien qu'il estimât probable qu'une bande de roublards leur tombe dessus dans les prochaines secondes.
      Dena' aussi senti arriver le danger et vint à la rescousse, vu que Loth se terrait dans son mutisme calculé.

      - C'juste une comparaison, dit-il en jetant un regard féroce à Loth comme pour dire "Mais t'es fou de faire allusion au Gouvernement dans ce coin ?!"

      - Tsé, ça a des couilles plus solides que ça, je suppose. Ça ne va pas pisser dans son froc uniquement à la mention de "Marine", autrement, nous n'avons rien à faire ici Dena'. Je lui expose l'envergure de mon projet. La marine n'a pas réussi pendant quinze putains d'années à inquiéter Ashura. Moi, j'ai des informations susceptibles de la mettre à genou, de la décapiter. Et c'est pour ça que j'ai besoin de tous ces moyens, Monsieur le Fournisseur.
      Une puissance de feu navale, des hommes et des explosifs, pour intégralement annihiler les forces de sécurité d'Ashura. Une fois l'organisation privée de sa force de frappe, il me sera plus facile de progresser.


      Toujours cette incertitude dans les yeux de Fournisseur. Il semblait un poil plus rassuré, il n'avait finalement pas affaire à des indics ou à caméléon du Gouvernement. Le projet était colossal, le projet semblait titanesque. L'information était le nerf de la guerre et sans elle, normal que le Gouvernement ait péché dans sa lutte contre Ashura.
      Soit, mais le Fournisseur semblait attendre quelque chose de plus intéressant. Ce qu'avait dit Loth n'était grosso modo que le blablatage d'entrée, le morceau de sucre destiné à appâter le moustique.

      - Bien sûr, si je veux décapiter Ashura, c'est pour m'en emparer. Je ne vais pas me mettre dans une entreprise de destruction systématique de tout ce qui a trait à l'organisation. J'ai déjà fait main basse un de leur labo flottant, une petite caraque, mais super bien équipée en matériel de chimie de dernier cri.
      Je veux diriger Ashura, engranger des profits colossaux et me mettre bien. Vous connaissez Ashura, vous savez ce qu'ils vendent, vous connaissez les profits à se faire. Ce que je vous propose, c'est un partenariat.


      Le Fournisseur hocha du chef et l'inquiétude dans ses yeux s'évanouit. Le projet de Loth semblait plus viable, présenté comme tel. Mais il restait encore des points cruciaux à approfondir.

      - Le rapport dans ce partenariat gagnant-gagnant sera à discuter bien sûr, dépendamment de l'offre que vous pourrez me faire en terme de soutien. Si je demande trente navires de combat, c'est que le camp d'en face en a autant. Si mon plan réussit, vos navires n'engageront pas le combat, mais je préfère rester prudent.

      - 'fin, trente bateaux, ou un ou trois bateaux avec une puissance de feu semblable, précisa Dena'. Tu n'sais pas quels monstres ils peuvent te dégoter, ajouta-t-il en murmure à Loth.

      - Oui, ça peut le faire aussi. Je supprime la force de défense, ensuite, je m'attaque à une autre branche que l'élague, ainsi de suite. Il y a quatre branches à supprimer avant de prendre le contrôle de cette machine infernale. Alors, êtes-vous avec nous ?

      Il était temps de laisser parler le Fournisseur. Loth se réjouissait déjà de l'avoir convaincu, même un poil. Il estima aussi préférable de lui cacher qu'il œuvrait pour un double intérêt. Celui du Roi de Boréa et le sien. Le Fournisseur n'avait pas à savoir que le roi filerait une grosse cagnotte à Loth une fois débarrassé de la Lune qui dirigeait Ashura. Le Fournisseur n'avait nullement besoin de savoir que des Lunes existaient.
      Il devait déjà avoir oublié la vraie avec toute cette pollution au-dessus de Zaun...


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      Je vois...

      Et je pense pouvoir vous mettre en contact avec quelqu'un qui sera intéressé par votre entreprise. Et qui pourra fournir ce que vous demandez.

      Redescendez au bar pendant que je le contacte pour lui exposer ce que vous m'avez dit. Les consommations sont offertes.



      Vu l'expression de Dena ça ne semble pas une façon détournée de vous congédier en refusant votre proposition. Alors pourquoi pas ?

      Vous redescendez au bar ou vous attendez pendant une bonne heure. Une heure très longue, d'autant plus longue que Dena refuse de commander autre chose que du café pour garder les idées claires.

      Jusqu'a ce qu'a nouveau le barman vous fasse signe de regagner le bureau ou vous attend le fournisseur. Seul changement, ce den den avec un chapeau rouge.

      Nos renseignements confirment votre exposé de la situation. Les grandes lignes semblent correct et la personne que j'ai contacté est très intéressé par les perspectives que vous soulevez. Et il a les moyens de vous procurer tout ce qui vous manque sans difficultés.

      Ce type à un nom ? Je le connais

      Probablement oui Dena. Messieurs, le Capitaine Red.

      Et poussant le den den dans votre direction, Akim tend à Loth le combiné du den den.

      Salut Loth. Je m'appelle Red. Prêt à jouer dans la cour des grands ?


        J'ai passé l'heure depuis qu'Akim a appelé à me renseigner sur Boréa. Coup de bol que je vienne justement d'accorder un visa d'immigration locale à une centaine de ressortissants de l'ile hivernale. Retouver Yanagiba a été rapide, et il m'a confirmé tout ce que m'a dit Akim sur l'Ashura. Et Loth étant recommandé par un Déna que je connais de réputation pour avoir souvent trainé dans les mêmes eaux que lui, l'affaire semble sérieuse... Intéressante... Rentable...

        Et comme toutes les bonnes affaires, elle ne demande pas pour moi un investissement si important que ça.

        -Je n'aime pas me fier aux escargophones, même blancs, pour discuter, alors je vais être bref et relativement évasif. D'accord ?

        Je peux réunir la flotte qu'il te faut pour écraser celle que tu vises et t'emparer de ses navires. J'ai des bateaux, des armes, des explosifs. Le tout en quantités largement suffisantes. Et je peux les mobiliser dés que tu auras choisi le moment qui te paraitra le plus adéquat.

        Mais je ne suis pas un mercenaire et tu n'as de toute façon pas les moyens de te payer tout ça. Alors plutôt que de te louer les services de mes hommes, je te propose un partenariat.

        Tu resteras le chef de tout ce que tu remonteras la bas et tu continuera a bénéficier de mon soutien pour aplanir toutes les difficultés qui peuvent survenir dans ce secteur d'activités, en échange je veux la moitié des revenus que ça dégagera. Et un accès ponctuel à la poudre.

        A toi la main Loth.



          Red...
          Bien qu'il ne laissa rien transparaître, Loth était surpris.
          Red... Bon sang !
          L'homme au chapeau rouge n'avait nullement besoin d'être présenté à qui que ce soit, son nom à lui seul en disait long...
          Bon dieu, Red !
          Et il lui parlait, à lui qui n'avait encore rien accompli de mieux que de mettre hors d'état de nuire un ou deux tueurs locaux par le passé. Le désir de Loth d'atteindre les sommets semblait sur la bonne voie avec cet homme au bout du fil. Il, Loth, avait été l'élève du Gila, l'illustre "tonton" de l'impératrice Kiyori. Avec Red, maintenant, son carnet d'adresse se remplissait d'illustres noms et ça ne pouvait que l'enchanter, lui qui rêvait de tutoyer les cieux.
          La réponse de Red n'avait pas besoin d'être discutée. Faire moitié-moitié des gains futurs d'Ashura n'était rien par rapport au fait d'avoir l'appui de cet homme en tout lieu et en tout temps. Il ne naviguerait pas sous la bannière écarlate mais ce sera un peu comme si.

          Loth souffla pour évacuer le trop plein de sentiments qui l'avait submergé sans qu'il n'en fasse montre. Il redressa ses lunettes et quand il parla à son fameux interlocuteur, c'était d'une voix égale. Jouer les groupies ne lui seyait pas du tout, son apathie veillait au grain.

          - C'est un marché acceptable et équilibré, Red.
          Dans l'immédiat, j'aurais juste besoin des explosifs incendiaires et des mines marines. Quatre hommes en soutien ne seront pas de refus. Des gens entraînés pour des missions de discrétion, cela va de soit. Un sniper, deux hommes-poissons et un artificier.
          Avec cette aide, il me faudra une semaine environ pour préparer la phase de reconnaissance et de minage du QG de ma cible. J'espère que ça sera suffisant pour que votre flotte arrive sur North Blue, à moins qu'elle n'y soit déjà et dans ce cas, ça reviendrait au même, il vous faudra toujours attendre.
          La marche à suivre après cette phase, on en reparlera.


          Le Fournisseur hocha du chef, comme s'il pouvait fournir cette partie de l'aide. Il ne dit rien et laissa parler Loth qui ne semblait pas avoir fini.

          - Dans l'idéal, il me faudra partir avec la cargaison et les hommes maintenant, inutile de revenir ici pour prendre acquisition de tout ça. Et puis, Red, comme vous êtes dorénavant mon partenaire, j'aimerais une ligne directe pour vous contacter.
          Si vous pouvez m'offrir tout ça sous un ou deux jours alors nous considérerons notre parternariat comme effectif.


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          Red acquiesça et accepta les propositions de Loth. Sa flotte se tiendrait prête pour le soutenir en temps voulu. Il donna aussi l'ordre au Fournisseur de lui remettre un des précieux escargophones permettant de le joindre directement. Un cadeau inestimable pour Loth qui prit la créature aussi délicatement qu'une bulle de savon. Akim s'occuperait aussi de leur fournir les moyens immédiats demandés.
          Après quelques heures, il s'avéra finalement, que les hommes n'étaient si facilement trouvables. Akim leur fit appel derrière le bar, encore une fois, et leur expliqua que les hommes poissons contactés ne seront disponibles que le lendemain. Par contre, l'artificier était quelque part sur Zaun, un endroit nommé Nar Shaddaa, encore plus malfamé que ce que Loth avait vu à présent, semblait-il.

          - Nar Shadaa, ou Shad' tout simplement, est un dédale souterrain creusé sous les falaises du nord. Inutile d'dire qu'il n'y a pas d'cartes et que ceux qui habitent là sont les crasses d'Zaun, expliqua Dena'.

          - Les rebuts d'une société où n'a cours que la loi du plus fort ? Le terme "vermine" serait plus approprié dans ce cas. Et ça m'inquiète. Je n'ai pas besoin d'un poids mort Akim, cet artificier ne ferait que me ralentir.

          - Ou en fait, parc'que c'sont des labyrinthes inexplorés, ils regorgent d'gens qui auront beaucoup à perdre à la surface, pas par crainte d'la populace là, mais à cause d'gens à double veste. Tu piges ? murmura Dena'.

          - Je vois, c'est pas bête. Je suis plus enthousiasmé alors. Ce type, cet artificier, qui s'est ?

          - Quelqu'un qui justement peut perdre ses couilles à l'extérieur, intervint Akim. Moi-même je ne l'ai jamais vu, mais mon réseau m'a confirmé qu'il s'est installé à Shad' depuis quelques mois. Je ne pense pas que ce soit le genre que tu pourras convaincre avec des billets. Tente de lui parler et de le rallier à ta cause. Vu ce que je sais de son passif, ça peut marcher. Jonathan Nivel est son nom.

          - Bon bah, bonne chance mec !

          - Hein ? Comme ça ? Tu ne m'accompagnes pas ?

          - T'es ouf, ça s'voit que t'as jamais entendu parler du Niveleur. J'ai pas envie de finir en pièces détachées et j'te l'ai déjà dit, j'suis ton conseiller technique, pas un gorille. Et d'toute façon, de gorille, t'en auras un qui va t'accompagner à Shad'. Reviens en un seul morceau, tu m'dois encore quelques millions.

          - D'accord, merci, je savais que je pouvais compter sur toi, satirisa-t-il un peu refroidi par ce qu'il considérait comme un coup bas. J'vais voir l'artificier de ce pas et les hommes-poissons seront là demain, vous disiez. Mais qu'en est-il du sniper ? Où allons-nous le trouver ? demanda-t-il.

          - Ah oui lui... ou elle, j'sais pas. Tu n'as pas à t'en faire pour ça, je lui ai envoyé un message par les canaux habituels. Il viendra. On ne trouve pas le lynx, le lynx vous trouve.


          Loth prit congé d'Akim et de Dena' après cette entrevue. Son gorille s'avérait être le gros tas à qui il avait collé une mandale à l'entrée du bar, quelques heures plus tôt. Aussi, ne fut-il pas enchanté de servir de guide à Loth. Il avançait de son pas lourd de sumo en caressant sans cesse son gourdin hérissé de pointes comme si l'envie l'en démangeait de l'écraser sur la tête de Loth.
          De son côté, Loth ne lui accorda pas plus d'attention qu'à une araignée sur son plafond. Il était plongé dans ses pensées si bien qu'il se contentait de marcher machinalement derrière le gros sans voir où ils allaient. Il réfléchissait aux deux noms qu'il avait entendu et qui le rallieraient dans sa mission si jamais il réussissait à les convaincre.  

          Contrairement à ce que pensait Dena, il avait bien entendu parlé de l'anarchiste Jonathan Nivel de Las Camp, ce type qui avait fait de la destruction de la bureaucratie du Gouvernement Mondial, son dada. Mais aux dernières nouvelles, il aurait été arrêté. Loth ignorait qu'il s'était échappé, sûrement le gouvernement avait-il choisi de passer sous silence l'information.
          Le second nom était plus inquiétant à bien des égards. "Le Lynx", "Bobcat", c'était le surnom d'une ou sinon de la meilleure tueuse à gage de cet océan. Loth en avait entendu parler pour la première fois une dizaine d'année plus tôt, quand il était encore un esclave, enfermé dans un cachot. L'un des membres du Conclave, ce groupe de racistes fanatiques avait été éliminé par Bobcat et on disait de cet assassin qu'on ne l'apercevait qu'une fois, juste quand il vous collait une balle. Et la phrase d'Akim, "le lynx vous trouve", n'était pas de nature à le rassurer. La dernière fois qu'il avait entendu ce genre de formulation, c'était le tueur en série Dog Wildson, "Le boucher des Highlands" qui lui était tombé dessus...
          Loth retourna machinalement la tête pour scruter ses angles morts, parcouru par l'étrange sentiment qu'il était observé. Mais il savait que ce n'était que le fruit de son imagination un peu trop fertile.

          Il sortit brutalement de ses réflexions en entrant littéralement dans le gros tas qui s’était arrêté. Loth chancela un peu en se massant la tête, prononça quelques jurons dans sa barbe, puis scruta les alentours pour voir la cause de cet arrêt brutal. Ils étaient devant une entrée creusée dans une falaise qui donnait surement sur un boyau, puis sur d'autres. Ils étaient devant la bouche de Nar Shadaa. Le gros tas hésita une seconde puis y pénétra.




          Nar Shadaa les avala tout cru. Du moins, c'est l'impression qu'eut Loth en déambulant dans ses dédales sombres. Le gros sortit une lampe à huile qu'il tint à hauteur de front et dont il se servit pour éclairer un pan des lieux. La lampe oscillait à chaque pas du sumo jetant une lumière éphémère ici et là.
          Loth n'avait pas tort de penser que ce lieu était rempli de vermines. Un simple coup d’œil sur ce gringalet-là, derrière cette benne à ordure, sur cette femme chauve devant occupée à se nourrir de vers de vases lui indiqua qu'ils avaient perdu le combat de survivre à l'extérieur et avaient préféré se terrer dans ces enchevêtrements boueux, évitant d'être persécutés à l'extérieur.
          Cela dit, le long moment passé à Shad' semblait aussi les avoir dénué de bon sens. Là où à l'extérieur, la présence du sumo dissuadait quiconque de s'en prendre à eux, dans ces souterrains, Loth et le gros furent vites faits d'être encerclés par un quatuor miteux et squelettique brandissant des lames éraflées. Inutile pour Loth de mettre la main à la patte, le temps de redresser ses lunettes, le gros avait déjà fini de balayer les gringalets à l'aide d'un Lariat musclé dont il sentit le souffle lui ébouriffer les cheveux. Loth entendit même quelques os craquer. Le gros ramassa par le col, le seul des apprentis assaillants encore conscient et en profita pour l'interroger de sa voie de troll.

          - Toi, avoir vu, un type rouquin ? Genre cure dent, comme toi ?  

          - Nivel ? Un cure dent ? se demanda Loth en rigolant intérieurement.

          - Nooo, murmura-t-il, étouffé par la poigne du sumo qui l'étranglait. Piti....

          - Le rouquin qu'on cherche, tu n'as pas pu le rater, il aime les choses qui explosent. C'est une petite communauté ici, ça doit bavarder. Un nouveau est vite repéré, surtout avec ce genre de lubies.  

          - Me souviens... Au fond... Vers... Marigot...

          - Merci.

          Il ne fut pas compliqué de retrouver ledit marigot, il leur avait suffi de suivre le bruit de l'eau. Ils déboulèrent dans une sorte de vaste clairière boueuse où une retenue d'eau noire s'épanouissait au centre. Le plafond de la grotte était assez haut. Des stalagmites de roches et des termitières s'élevaient d'un peu partout dans la vase et offraient une prise solide pour avancer. Et pourtant, Loth ne se sentait pas à l'aide. Une fois qu'il fut habitué à la pénombre de la place, il remarqua une petite maison sur pilotis au centre du marigot.

          - Voilà ! Lui-dedans ! Vais attraper ça !

          - Noon, ne bouge pas !
          Et merde...
          Maintenant tu as intérêt à ne pas bouger du tout si tu ne veux pas finir en charpie.
          Putain de Niveleur...


          Le juron de Loth fait écho au déclic qui avait raisonné dans la grotte une fois que le sumo avait posé son premier pas en voulant avancer vers le marigot. Le déclic caractéristique d'une mine antipersonnel à pression. Maintenant que le mécanisme était enclenché, un changement même infime de la pression supportée par la mine pouvait déclencher la mise à feu. Le sumo resta là, le pied fautif piégé dans la vase, l'autre suspendu dans les airs, une main agrippée à une termitière, l'autre tenant toujours la lampe à huile, dans un numéro mortel d'équilibriste.
          Derrière la fenêtre à carreau de la cabane sur pilotis, Loth crut voir un œil plein de malice.

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          - Nivel ! Nous sommes venus en paix ! claironna Loth, sans le moindre espoir.

          Silence radio.
          Et pourtant, Loth était sûr que le vieux rouquin se terrait dans la cabane au milieu du marigot. Le tout étant maintenant de l'atteindre sans exploser. Une vase noire tapissait l'intégralité du sol, rendant toute avancée périlleuse. Le sumo en faisait les frais à présent, et Loth pouvait deviner à ses rictus qu'il ne tiendrait plus très longtemps sur le fil de ce rasoir. Il ne voulait pas le laisser mourir à cause de lui et déjà, son cerveau chauffait de mille idées à soupeser pour atteindre Nivel et l'emmener à désamorcer cette mine. Si seulement, il pouvait voir à travers la matière... Se dit-il.
          En pleine réflexion, un insecte vola près de ses lunettes le forçant à le chasser d'une moue. Il réalisa qu'il s'agissait d'un termite et posa les yeux sur les nombreuses termitières présentes dans la grotte. Et pas uniquement, il y avait aussi des pics de roche rugueux qui s'élevaient du sol. Fastoche, se dit-il en première intention, il lui suffisait de marcher sur ses échasses fixes et improvisées pour gagner la berge proche du marigot. De là, il pourrait sauter jusqu'à la jetée de la cabane sur pilotis. Il avait dans son attirail martial, un style imitant les mouvements du singe, parfaitement adapté pour cette situation.
          Mais comme souvent, quand il avait une inspiration, il jaugea le contre immédiatement. C'était un peu trop facile à y repenser. N'importe qui pouvait trouver comment éviter les mines, c'était limite si ces concrétions rocheuses ou terreuses hurlaient pour qu'on s'en serve. Nivel aurait pu aplanir le chemin ne laissant aucune chance aux éventuels fouineurs, mais il ne l'avait pas fait. Sauf si c'étaient en fait des leurres et qu'ils les avaient piégées aussi...
          Soudain, Loth balaya du regard ce qui l'entourait. Le sol n'était que boue. Comment Nivel sortait-il de ce champ de mines ? Se demanda-t-il. Il ne semblait y avoir aucun repère visible, et une fois enterrées, Loth douta que l'artificier lui-même sache repérer ses mines sous cette gadoue. Les stalagmites étaient peut-être l'échappatoire du plastiqueur.

          - Bouge ! Fais... Vite ! maugréa le sumo au bord de la rupture.

          Loth ne se perdit guère plus de temps en réflexions à rallonge et sauta sur la plus proche des termitières. Il retint son souffle près à rebondir à la moindre secousse. Une seconde plus tard, il sut qu'il avait vu juste ; Nivel se servait lui aussi de ces solidifications terreuses comme moyen de sortir de cet endroit, il n'avait aucun intérêt à les miner. Il progressa rapidement, en sautant de pics en termitières. À quelques mètres de la jetée qui offrait un pied-à-terre dans le marigot, Loth comprit l'erreur de se déplacer ainsi sur les promontoires.
          Tout d'abord vint à lui, le son. Un son sec et éphémère, semblable à une légère détonation. Avoir grandi dans le Cimetière d'épave de South Blue l'avait familiarisé avec les sons caractéristiques des différentes armes et il reconnut en quelques millièmes de secondes, celui d'un lance-grenades. Loth réagit instinctivement, bondit en arrière tout en plongeant la main dans son manteau. Il en sortit un couteau de jet qui projeta sur la forme cylindrique en approche très rapide. Il fit mouche, la lame dévia la grenade qui explosa à quelques mètres du sol. Le souffle de la déflagration se répandit dans la boue et déclencha le mécanisme des mines enterrées en dessous. Une succession d'explosion née de la réaction en chaîne des mines qui explosaient les unes après les autres ébranla alors la grotte. Il eut juste le temps de flasher le sumo dont le regard exprimait une extrême épouvante avant qu'il ne soit emporté dans une explosion.
          Loth eut moins d'une seconde pour réagir et là aussi, un animal lui montra le chemin. Pas un termite cette fois-ci, mais une Chauve-souris. Une nuée de ces créatures se décrocha du plafond dès les premières pétarades et observé de plus près, Loth remarqua que le haut plafond rocheux était constellé de stalactites de roches auxquelles se pendaient les mammifères.
          Il ne lui en fallut pas plus pour les imiter. Loth sauta et s'accrocha à une stalactite pendant que la série d'explosion dévorait l'endroit où il était perché une sonde plus tôt. Les déflagrations répandirent de la boue partout et c'est dépité par ce gâchis inutile que Loth essuya ses verres.
          La réaction en chaîne prit fin et il se laissa tomber dans la gadoue qui bullait encore. Il avança vers la cabane mû par une froide colère, sentiment qui l'habitait exceptionnellement.

          Nivel avait un talent et une expertise certaine et c'était l'homme de la situation mais son tempérament allait lui causer quelques soucis. La mort du sumo dont il ignorerait à jamais le nom était un pur gâchis et Loth détestait le gaspillage. Un autre "pop" lui indiqua la venue d'une autre grenade. Cette fois-ci, il ne recula pas et dévia le projectile de la même manière que la dernière fois. Et pour la bonne mesure, il s'arma d'une tripotée de shurikens dont il cribla la cabane brimbalant. Un cri étouffé suggéra qu'il avait peut-être fait mouche.
          Doucement, paisiblement, il foula la jetée, s'approcha de la porte dont il agrippa le poignet. Il entra et se retrouva dans une pièce unique et crasseuse. Nivel était agenouillé au milieu et dans ses deux mains, il tenait des grenades. Loth souffla et pensa qu'il avait eu sa dose de situation mortelle pour la journée. Quand il s'adressa à Nivel, c'est l'homme en lui et en colère d'avoir perdu son guide qui s'exprima d'une voix froide.

          - Jonathan Nivel, je vous le répète, je suis venu en paix. J'ai un job pour vous.

          - Tu iras en enfer avec moi, si c'est ma tête que tu veux, Bobcat !

          - Wait... Bobcat ? répéta Loth dans un murmure en sentant une sueur froide lui perler l'échine.

          C'est alors qu'il entendit un autre déclic familier. Celui d'un chien qui percute l'amorce d'une cartouche, suivi de la détonation d'une balle mise à feu.
          La dernière pensée de Loth fut que le Lynx les avaient trouvés.

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          Tout sembla se passer au ralenti.
          Le déclic. Le coup de feu. La senteur de la poudre à canon. Puis Nivel. Jonathan Nivel qui s'éleva du sol, les yeux écarquillés de terreur, les membres dans une position grotesque. Pendant un infime laps de temps, il parut suspendu dans les airs, puis comme si le temps reprenait son cours normal, il percuta lourdement une des poutres maîtresses de la cabane. Il s'effondra sur le parquet en bois dévoré aux mites.
          Loth laissa son instinct agir à sa place, se retourner en balayant l'air d'un coup de pied rotatif. La personne responsable du coup de feu se tenait juste derrière lui. Elle évita l'attaque avec une facilité enfantine, juste en reculant d'un pas. Elle profita de la cinétique circulaire de Loth pour l'immobiliser avec une clé cervicale. En clair, Loth faisait dos au tireur qui maintenait son cou au maximum de son amplitude si bien qu'un degré de plus et le binoclard aurait eu les cervicales brisés. La douleur était insistante et écœurante, mais il en avait l'habitude, ces épreuves physiques extrêmes étaient son quotidien durant son entraînement avec les moines Servites.

          - Échec ! dit la voix mélodieuse du tireur. Je n'aime pas les dommages collatéraux, je n'aime pas le gâchis.

          - En voilà un point commun que nous partageons, Bobcat. Me demande si tu seras plus rapide que mon Colt ?
          Mat,
          Murmura Loth du mieux qu'il pouvait dans sa position au fil de la mort.

          "Bobcat" baissa les yeux et comprit ce que voulait dire Loth. Pendant qu'il était occupé à lui meurtrir le cou, Loth avait discrètement passer sa main droite dans sa tunique, en avait ressorti un vieux colt, un modèle 186 Swifton & Thron trouvé sur Boréa, puis se l'était passé sous l'aisselle gauche, de manière à ce que le canon et l'orifice soient exactement sur le cœur de Bobcat. Si tant est que son cœur fût bien à gauche comme tout le monde, il en avait déjà vu sur Inari de ces bêtes curieuses avec le cœur à droite.
          Encore une de ses réflexions à rallonge, se dit-il, un brin amusé. Cela importait peu de toute manière de savoir où était le cœur de Bobcat, parce que le Colt était vide. Il bluffait.

          - J'aime ton style, huhuhuhu, reprit-il de sa voix chantante clairement enjouée. La balle ou la torsion hein ? huhuhuhu

          Il relâcha Loth en le poussant vers le côté de la cabane où se trouvait le corps de Nivel. Il se massa longuement le cou endolori après ce traitement sauvage et pour la première fois put passer en revue les détails de l'apparence de son vis-à-vis. Bobcat était intégralement emmitouflé dans un manteau gris doublé d'un poncho de même couleur et coiffé d'un béret. Une écharpe couvrait la majorité de son visage si bien que Loth n'entrevît que ses yeux d'un vert clair et ses cheveux du même vert. L'individu était plus grand que Loth. Il portait en bandoulière un fusil de précision d'un genre personnalisé que Loth n'avait encore jamais vu. Sa prestance et sa dégaine avaient quelque chose de mortelle. Son maintien et sa silhouette, eux, avaient quelque chose d'impersonnel. Et même après avoir été collé contre lui, Loth était incapable de dire si le type qui se tenait devant lui était une femme ou un homme.

          - Avada Kedavra, enchanté.

          - Loth Reich, difficilement enchanté.

          - Loth Reich, qu'il me soit permis de te donner un conseil. La meilleure façon de bluffer, c'est de ne pas bluffer ! dit-il en braquant sur Loth un revolver. Contrairement à ton Colt 186 Modèle Swifton & Thron, celui que je tiens est chargé, acheva-t-il avec un sourire que Loth devina derrière son écharpe.

          - Donc tu savais, répondit Loth paisiblement en redressant ses lunettes. Comment ?

          - Le Colt 186 Swifton & Thron a été inventé vers la fin des années 1490 à Luvneel. Autant dire que c'est une pièce de collection qui vaut au bas mot cinq millions de Berry et dont les balles sont, bien sûres, introuvables.

          - Tout juste, c'est pour ça même que je l'ai pris dans le labo de Marry-Curry, mais je ne m'étais pas imaginé que tu puisses le reconnaître et faire le lien. Bon, j'ai perdu alors. Tu vas me tuer ? demanda-t-il d'une voix désinvolte.

          Il aurait pu l'interroger sur la météo du lendemain avec le même ton. Loth n'avait pas peur de la mort, il avait embrassé cette possibilité depuis longtemps, quand il avait décidé de faire carrière dans la contrebande.

          - Si j'avais l'intention de te tuer, il m'aurait suffi de te casser les vertèbres. Je n'aime pas les dommages collatéraux et en tant que professionnel, c'est une honte que d'attenter à la vie d'un tiers en visant un autre. Le seul qui mourra aujourd'hui, c'est Jonathan Nivel. Et à ton regard, je peux dire que tu sais qu'il est vivant.

          Nivel était vivant et Loth le savait. L'impact de la balle avait été noyé dans un bruit très distinctif. Celui d'un métal qui se fissurait. Loth, et Avada avec lui, étaient prêts à parier que sous la couche de vêtements du Niveleur était dissimulée une plaque d'un métal résistant aux balles. Nivel était dans les pommes, cependant, assommé par le choc contre la poutre. La bosse ensanglantée sur son front le prouvait. Naturellement, Loth n'avait pas l'intention de laisser mourir son artificier.

          - Explique-moi une chose, Avada. Je n'avais pas rêvé, tout à l'heure dehors, sur le chemin qui menait à Nar Shadaa. Quelqu'un nous épiait bien et c'était toi ?

          - Oui, c'était moi. Merci d'ailleurs de m'avoir rendu ce service. Sans toi, je n'aurais jamais trouvé Nivel, ça fait des semaines que je le cherche.

          - Akim, bien sûr. Il t'a donné plus de renseignements qu'il ne t'en fallait...

          - Bien trouvé. Il m'a contacté et parlait d'un futur job. Il a mentionné un travail en équipe et parce que je suis un solitaire endurci, j'ai voulu en savoir plus. Et là, il m'a parlé des autres à venir et de Nivel... Donc, j'ai accouru et j'ai surveillé le bar. Akim avait des infos que je n'avais pas. Tu connais le reste de l'histoire.

          - Nous t'avons conduit à lui et tu nous as laissé faire le sale boulot de déminage à nos risques et périls.

          - Désolé pour ton guide. Maintenant, écarte-toi, j'ai une balle qui s'impatiente.

          - Je double la mise sur la tête de Nivel.
          Mauvaise pioche
          , pensa Loth en voyant Avada froncer des sourcils et ajuster son arme.

          - Tu penses pouvoir m'acheter ? Tu penses que j'aurais encore un seul client quand on saura que je vends ma parole au plus offrant ? Tu penses que le Lynx sera encore craint quand on saura qu'on peut juste esquiver la mort avec un tas de Berry ?
          Maintenant, et pour la dernière fois, pousse-toi ! Je connais assez bien le corps humain pour tirer en travers de ton corps sans te porter de coup mortel, tout en tuant Nivel. Ton bouclier de chair ne sert à rien du tout.


          - Non, bien sûr, répondit Loth qui parlait rapidement à présent. Tu aimes le défi par-dessus tout. Ce qui t'excite, c'est la sensation de traque.
          Aucune chasse ne vaut la chasse à l'homme, et ceux qui ont longtemps chassé des hommes armés, qui ont aimé ça ne trouvent plus jamais saveur à autre chose.


          - C'est de Lord Heming Way. C'est mon écrivain favori et cette citation est ma préférée. Elle me résume parfaitement bien.

          - Dans ce cas, laisse-moi t'offrir des proies plus dignes d'intérêt que Nivel. Je rachète son contrat, pas avec de l'argent, mais avec un individu bien plus excitant à traquer que lui.

          - Qui ?

          - Milton Pendergast "Le Marabout". Le meilleur tireur de Shika, le pays du cerf. Après avoir été mis en échec durant sa tentative de putsch raté, il est devenu un mercenaire. Je tiens pour certains qu'il travaille désormais pour l'organisation dont je veux couper les têtes. En tant que garde du corps personnel du N°3 de l'organisation. C'est principalement pour pallier à cette menace que j'ai décidé d'engager un sniper, le meilleur. Le Marabout a une prime de vingt-cinq millions de Berry et plus que tout, c'est un adversaire de valeur pour toi. Et moi, je sais où le trouver.

          - Tu sais aussi trouver les mots justes, Loth Reich. Mais je crains que ça ne soit insuffisant pour racheter la tête de Nivel. Mon honneur sera entaché quand mon employeur saura que j'ai délaissé son contrat.

          - Qu'il ne le sache pas alors ! Trente millions, c'est le contrat que je mets sur sa tête, qui qu'il soit et je ne veux pas le savoir. Tu honoreras ce contrat avant de nous rejoindre. Ça se passe à Boréa. Nous t'attendrons.

          - Tu mets à prix quelqu'un que tu ne connais pas ? C'est peut-être un membre de ta famille, quelqu'un de respectable, une mère, ton maître, peut-être ?

          - Qui qu'il puisse être, son intention de tuer Nivel contrecarre mes plans et pour arriver à mes fins, je suis prêt à tout. Et je n'ai pas besoin de connaitre son nom, les cadavres n'ont pas de nom. Et s'il venait à surenchérir lui aussi, je te demanderai de te souvenir de cet escargophone. Tu vois ce chapeau rouge ? Tu sais qui c'est, j'en suis certain. Il est dans l'affaire avec moi. Plus que de l'argent, il a les moyens de t'offrir les adversaires que tu désires tant et bientôt, tu pourras le voir en personne si tu le désires.

          - Red ! murmura-t-il en enfonçant ses ongles dans sa paume jusqu'au sang.

          - Oh crotte ! se dit Loth en maudissant ses gaffes à répétition aujourd'hui.
          Red était censé être la touche classe de son discours, l'argument absolu. Pourquoi Avada réagissait-il ainsi, avait-il une dent contre l'homme en rouge ?
          Encore une mauvaise pioche...



          Dernière édition par Loth Reich le Jeu 2 Avr 2015 - 22:43, édité 1 fois
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          Pas tant que ça finalement, se dit Loth. Malgré l'animosité que l'androgyne semblait éprouver à l'égard de Red, il accepta son nouveau contrat. Curieux, Loth se demanda quel était la nature du lien qui pouvait bien le lier à Red. La perspective d'avoir de nouveaux adversaires et de nettoyer son honneur en éliminant son ancien employeur qui de toute manière ne devait être qu'un membre corrompu du gouvernement que Nivel avait tenté de faire exploser semblaient suffire à Bobcat pour sceller un nouveau partenariat. Un nouveau travail.
          Loth et lui se serrèrent les mains pour conclure l'accord. Sa poigne était indubitablement masculine mais sa peau avait la douceur de celle d'une dame de palais. Décidément, ce type ne voulait appartenir à aucun genre, se dit Loth avec amusement.

          Il porta Nivel inconscient sur son dos et sortit de Nar Shadaa avec Avada qui ouvrait le chemin. Plus d'une fois, il dû se servir de son révolver, pas contre les parias de Zaun mais contre des indigènes bien plus ennuyants. Des scorpions géants.
          Bobcat s'éclipsa une fois sortie des entrailles des falaises et si vite que Loth le soupçonna de s'être téléporté. Il rejoignit sans encombre le bar d'Akim d'où il fut conduit par des subordonnées à l'hôpital central de Zaun. La dénommée Ord Mantell.

          Ord Mantell


          Loth craignit d'abord un asile de fou en voyant l'allure loufoque et tordu de la bâtisse. Il pensa distraitement que l'hôpital ressemblait de l'extérieur à une vaste porcherie qui aurait été emménagé au fil du temps. Les étages, il en compta cinq en tout, semblait avoir été ajoutés par quelqu'un qui n'aurait eu qu'une vague idée des règles fondamentales de l’architecture. L'ensemble semblait encore plus en équilibre précaire que le défunt sumo debout sur la mine qui aura fini par lui couter la vie.
          Tous les a priori de Loth s'effacèrent en franchissant l'entrée. Ord Mantell était surement l’hôpital le plus avancé qu'il ait eu à voir. Très mécanisé, très cybernétique. Le vaste hall qui accueillait les patients était rempli d'infirmières aux airs d'androïdes qui remplissaient les formulaires et faisaient les consultations de manière machinale. Loth vit passer à toute allure, un homme ensanglanté étendu sur une civière tractée par deux automates. Ils rentrèrent avec fracas dans une salle de petite chirurgie. A l’exception d'une vieille qui consultait pour son rhumatisme avancé, tous ceux qui attendaient des soins semblaient souffrir d'un traumatisme par arme contondant, par lame ou par balle. Des blessures normales à Zaun quoi...
          Nivel fut pris en charge par un toubib à la mâchoire mécanique. Loth renonça à lui demander quelle genre de blessure avait bien bu arracher toute sa mâchoire inférieure. Il resta au chevet de l'artificier jusqu'au crépuscule où il se réveilla en gémissant dans son lit.
          Le crépuscule de Zaun ressemblait en tout point à l'aube de Zaun. Cette pollution suspendue au-dessus de leur tête comme une épée de Damoclès rendait impossible toute appréciation de la nature.
          Nivel s'agita dans son lit et Loth prit la parole d'une voix sèche, il voulait entrer dans le vif du sujet.

          - Je ne suis pas Bobcat, autrement tu serais déjà mort Nivel, c'est suffisant comme preuve, dit Loth qui regardait par la fenêtre de la chambre, le dos tournée à son interlocuteur. Par contre, Bobcat était bien dans la grotte, et tu as eu l'occasion de le voir avant qu'il ne te tire dessus.

          - Pourquoi ? Comment se fait-il que je sois encore en vie ? demanda-t-il d'une voix hésitante en contemplant ses mains comme s'il les voyait pour la première fois de sa vie. Nul n'échappe au Lynx. On ne le voit qu'une fois, c'est ce qui se dit de lui.

          - Tu te savais menacé, tu ne pouvais plus te balader en plein air avec un tireur de cette envergure à tes trousses. Donc tu t'es reclus à Nar Shadaa, dans ce marigot. Tu as piégé la grotte dans l'espoir de l'éliminer quand il viendra mais nous lui avons, à notre insu, facilité le job.
          Pour répondre à ta question, si tu es en vie c'est parce que je l'ai empêché, à mon insu, de viser sa tête en me tenant dans l'embrasure de la porte. Il a visé le cœur mais tu avais cette plaque anti-balles. Il aurait pu t'achever plus proprement, et je l'en ai encore empêché. Consciemment cette fois. J'ai racheté ton contrat. Tu es libre, tu n'as plus rien à craindre Nivel. Plus rien du Lynx en tout cas.


          - Vraiment ? demanda-t-il mais le regard soutenu de Loth qui le dévisageait toujours mû par la colère d'avoir perdu son guide le rassura de la véracité des propos du binoclard.
          Pourquoi ?

          - Je n'aime pas me répéter Nivel, je te l'ai déjà dit, il y a des heures. J'ai besoin de toi, j'ai un job à te confier. Je suis engagé dans une lutte contre une organisation du nom du Conseil des Six Lunes. Des bureaucrates comme tu en chéris, des manipulateurs comme ceux qui emploient les pirates qui ont tué ta famille, des corrompus comme les marines qui t'ont jeté au Ponton de Las Camp et qui t'ont observé t'entretuer avec les autres prisonniers. Ce groupe, et une de ces Lunes plus exactement menace l'équilibre politique sur Boréa et planifie un coup d'état que je sais imminent. J'ai besoin de tes talents d'artificier pour piéger leur flotte en mouillage sur une île au large de Boréa.

          - Et dans quel dessein ? Tu sers qui ?

          - Je sers mon portefeuille d'abord. Y a du fric à se faire, des dizaines de millions. Mais si cet argument ne veut rien dire pour toi, sache que je partage ton dégout de la bureaucratie et des manipulateurs, ces groupuscules qui décident de l'avenir des milliers de personnes. Je veux les écraser et leur montrer qu'ils se sont épanouis uniquement parce qu'ils n'avaient pas encore trouvés d'adversaire à leur valeur.
          Je viens aussi en aide au jeune roi de Boréa, Maximillian Nordin qui a demandé mon assistance.


          - La royauté de Boréa est affiliée au Gouvernement Mondial ! Pas moyen que je m'allie dans une entreprise destinée à asseoir le pouvoir du Gouvernement !

          - Tu es en fuite depuis trop longtemps, tu n'es plus au courant des dernières nouvelles. La seule représentation du Gouvernement dans le royaume, la garnison de la 157e division de la marine a été détruite par un révolutionnaire du nom d'Alrahyr Kaltershaft et le Colonel a été horriblement massacré.

          - C'est un spectacle que je veux voir ! Une base en ruine, fumante !

          - Tu comprends l'opportunité que tu as de changer les choses ? L'emprise du Gouvernement sur Boréa est au plus mal. Si nous nous débarrassons du Conseil, le jeune roi aura l'horizon dégagé pour forger ses propres alliances. Il est jeune, on peut, tu peux lui apprendre la voie, lui ouvrir les yeux. Je te le présenterai. Boréa est grand, très grand. Une école de Niveleur, t'en as jamais rêvé ? Des jeunes esprits qui sortiraient diplômés de tes enseignements et partiraient aux quatre coins du monde apporter la bonne nouvelle de Jonathan Nivel, à coups d'explosion. Tu deviendras plus célèbre qu'Adam Freeman. Ton erreur à Las Camp était principalement ton manque de préparation et de planification. Aide moi, et je t'aiderai à apporter au monde, le Nivellement.

          Il n'eut pas besoin de répondre, Loth sut à son expression ravie qu'il fantasmait déjà sur cet avenir plus que problématique. Loth avait l'intention de tenir sa promesse, à moitié. Une école d'artificier lui paraissait un bon investissement, mais la doctrine du Nivellement en elle-même lui paraissait fumeuse et pauvre. Chaque chose en son temps, se dit-il, il réfléchira à ce nouveau défi une fois les Lunes de Boréa à terre. Il avait la moitié de son escouade spéciale, il lui manquait maintenant les hommes poissons qui arriveraient dans la journée du lendemain. Pas de grands noms a priori, justes deux gusses entrainés pour les missions discrètes et qu'il briefera une fois arrivé sur place.
          Akim allait leur fournir un bateau plus grand pour embarquer ce petit monde et les bombes. Bobcat, fidèle à son attitude solitaire les rejoindrait par ses propres moyens.

          *****

          Le lendemain, Nivel sortit de l'hôpital, son crâne savamment réparé par les mécha-docteurs d'Ord Mantell. Un subordonné d'Akim les accompagna directement vers une partie du port réservée à la guilde des Usuriers. Là les attendait le Fournisseur, Dena' (qui recula de plusieurs pas à la vue de Nivel) et deux hommes poissons bien bâtis.

          -Voici, Tasiele Shan, dit Akim en présentant le plus robuste des hommes-poissons qui portait un costume trois pièces et s'était coiffé d'un chapeau melon. L'autre c'est Ludo Pall. Ils travaillent pour la guilde depuis assez longtemps pour me porter garant d'eux. Ce sont les meilleurs nageurs des hommes-poissons de la guilde.

          Tasiele Shan

          Ludo Pall

          - D'accord, ça me va, répondit Loth en serrant la main des recrues.

          L'honneur et la promesse étaient les raisons de sa confiance en Bobcat et en Nivel. Ces deux hommes-poissons étaient des inconnus pour lui, il n'avait que la parole d'Akim. Et de toute manière se dit-il, il avait besoin de gens pour nager sous l'eau et miner les coques des bateaux. Il était bien obligé de leur faire un minimum confiance. Mais il garda sous réserve son plan en intégralité, nul ne le connaissait à part lui, même pas Dena'.

          - Voici le Noyé, reprit Akim en désignant une caravelle qui battait pavillon des flottilles commerciales. Les explosifs et tout le matériel sont déjà à bord.

          - Miam miam, fit Nivel en se léchant les babines tout en se précipitant sur le navire pour examiner ses précieux explosifs.

          - Merci pour tout Akim. La prochaine fois qu'on se verra, ce sera pour payer ma dette.


          Après ses brefs au revoir, ils prirent place sur le Noyé qui prit la mer à la faveur d'une généreuse brise. Loth était à la barre, Ludo Pall en vigie, Nivel dans la salle des canons, Dena' paraissait sur un transat, et Tasiele Shan faisait le ménage pour rendre vivable les quartiers de l'équipage rendu infects par une colonie de rats. Le Noyé était resté à quai trop longtemps.
          Du moins, c'est que prétendit faire l'homme-poisson. A l'insu de Loth, il sortit un escargophone et contacta un mystérieux interlocuteur.

          - Allô ? L'oiseau a décollé. Je suis perché dessus.

          - Quelle est la cible ?

          - Je serai au courant seulement à la dernière minute, il ne laisse rien filtrer mais y a une quantité incroyable d'explosifs à bord.

          - Donc ce sont bien ceux qui ont démantelé la cellule de Marry-Curry à Boyettes. Nous serons prêts pour les accueillir. Si ce jeune blanc-bec de Loth Reich pensent être suffisamment aguerri pour voler près de la Lune Mauve...

          - Je peux les éliminer tous là, y a un tas de bombes. Je peux envoyer le navire par le fond. En plus, ils l'ont nommé "Le Noyé", ça ferait une bonne ironie, Maître. Hohohhohohoho

          - Ben non, ce serait trop facile. Et puis, je soupçonne un certain pirate d'être derrière la guilde, nous ne savons pas jusqu'où vont les liens de Reich. Et aussi, je veux savoir ce qu'il sait exactement, Marry-Curry a été négligente en laissant trainer des infos cruciales. Quelle sotte !
          Je n'ai rien à craindre de Reich, il mourra quand je le déciderai. Pour le moment, il m'amuse, laissons le faire mumuse. Il s'en va à l'hôpital en ignorant le docteur l'y attendra.


          - Hohohohohoho.

          Quand les ailes poussent à la fourmi, c'est pour sa perte.
          Proverbe Boréalin.
          • https://www.onepiece-requiem.net/t12978-fiche-technique-de-loth
          • https://www.onepiece-requiem.net/t10961-loth-reich-le-marchand-heretique