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Non-violence

-Si c'est du fric que tu veux, sers-toi. J'en ai plein les poches. Promis, je dirais rien.
-Non.
-... mais quoi ? Qu'est-ce que je peux faire pour toi ? Tu cherches à te débarrasser de quelqu'un ? Je peux te trouver un bon agent. Si ce sont des femmes que tu veux, je...
-Non.
-Mais enfin, ça n'a aucun sens ! A L'...
-Essaye ça encore une fois et je te le casse, ce bras.

Tren était de marbre ; il l'était toujours quand il s'apprêtait à commettre l'irréparable. L'homme qu'il traînait dans cette petite ruelle, une main passée dans la sienne et deux doigts de l'autre en appui contre l'articulation du coude en une clef discrète, c'était un banquier. En fait, à la base, un prêteur à taux fixe qui avait fait fortune en jouant sur la misère du monde. Plutôt copain avec la crème de l'élite des Blues, c'est-à-dire d'un tas de racailles qui ont appris à écrire des lois et à bien porter le costume. De loin, on aurait dit des amants. Le cadre allait bien. Et Tren connaissait dans le quartier une petite baraque désaffectée où on ne viendrait pas le chercher.

Ça faisait des mois qu'il avait pris sa décision, Tren. Il avait mis la main sur des registres attestant des mouvements de fond douteux, il avait discuté avec des pirates qui avaient travaillé pour sa victime ; trafic d'esclaves, vente de sirènes, vols d'objets précieux revendus au marché noir. Facile de les faire parler, ils n'aimaient pas leur employeur ; ils avaient tous compris après coup que le contrat était à sens unique, et qu'ils étaient perdants. Mais il avait les yeux partout, et de quoi se payer de bons mercenaires en cas de trahison. Il était devenu arrogant, même ; il se promenait bien avec deux gardes du corps, mais il y avait un moment dans la journée où il était seul et vulnérable.

C'était un ancien secrétaire comptable ; il ne supportait pas de déléguer les tâches liées à la réception et au traitement du courrier. Il n'aurait jamais soupçonné le facteur, ce n'était jamais le même d'autant qu'il puisse en juger ; il ne regardait jamais personne d'inférieur dans les yeux. Ses clients faisaient tous appel à des compagnies différentes, elles-même comptant bon nombre d'agents. Tren passait souvent sur Logue Town ; c'était comme ça qu'il avait eu vent de ses activités, en traînant dans les bistrots, en surprenant des conversations, en sympathisant avec ceux qui avaient traité avec lui. Et ce soir là, il avait attendu une heure tardive pour lui livrer son colis ; il avait déposé un billet de passage, indiquant une adresse de retrait en prétextant une absence du destinataire. Furieux, l'homme était venu sans prendre la peine de se faire accompagner. Un coup de dés. Et Tren avait bondi.

Pas de témoins, ça devait être réglé rapidement. Il détestait ces moments là. Il le faisait parce qu'il croyait que ces hommes n'étaient pas récupérables. Parce qu'il croyait aussi que leur disparition serait une aiguille de moins dans le talon de l'humanité. Celui là pensait sincèrement s'être élevé au-dessus de la condition humaine, et Tren s'efforçait de penser qu'à cause de cela, il n'entretenait plus le moindre lien avec lui. Mais souvent, la nuit, il avait peine à trouver le sommeil.

C'est bon signe ; le jour où je le ferais froidement, je laisserais tomber. Si ça continue à me gêner, c'est que je ne suis pas encore perdu, Shee.

D'une poussée du dos, il ouvrit la porte de la vieille maison, et poussa le banquier à l'intérieur sans le lâcher. Il ne lui donnerait pas de justification, pas d'explication, il ferait au plus vite : un coup à la carotide pour qu'il perde conscience, puis un peu de poison. Seuls les sadiques et les pervers perdaient du temps en discours. Un mélange qu'il avait fait lui-même à base de digitale. Simple, sans trop de violence et sans possibilité de remonter jusqu'à lui. Personne ne suspecte jamais les cueilleurs de plantes sauvages.

De la lumière...

Il se retourna, sa victime contre lui, immobilisée et baillonnée d'une main. Il cligna des yeux. L'endroit... était habité. Un squat ? C'était mauvais. Il avait été vu, et son visage était découvert. Tant pis. Si ça devait arriver, cela arriverait. Il ne se permettrait pas de faire des dommages collatéraux. « Collatéral » ; vocabulaire ignoble inventé par des dirigeants sans cœur qui plaçaient des milliers d'innocents sous ce terme technique qui, d'une certaine manière, les excusait. Ses opérations à lui étaient renseignées, fines, méthodiques. Il fallait qu'il le comprenne. Le témoin.

Mais d'abord, un coup dans la carotide. L'homme s'affaissa entre ses bras. Inutile de discuter avec ceux qui avaient vendu leur fond commun d'humanité contre du pouvoir et des espèces.
    Son sens de l’orientation avait beau être correct, se déplacer avec une simple adresse écrite sur un petit bout de papier n’était pas des plus aisés. Hope avait eut le temps d’y réfléchir, depuis qu’il cherchait vainement la baraque dans Logue Town. Arrivé depuis quelques jours à peine, il n’avait pas fait la connaissance de grand monde, si ce n’est le premier jour de son arrivée, et sa visite dans l’hôpital local, auquel il avait offert ses services avant de se faire sauvagement jeter dehors par le chef de service, sous prétexte qu’un jeune homme de son âge ne pouvait avoir de compétence médical.

    « Dis moi encore une fois que tu es médecin et j’appelle les forces de l’ordre. Retourne jouer à tes trucs d’adolescent, faire tes conneries propres à ton âge, mais ne cherche même pas à venir déranger le service hospitalier ! On a des patients dans le besoin, et le temps est précieux, alors on n’a pas de temps à perdre avec des fouteurs de m*rde comme toi ! Allez dégage ! »

    Hope avait donc erré dans les rues, dormant à même le sol dans des endroits peu fréquentés, et probablement peu recommandables ; tout ceci en attente de quelqu’un qui crierait à l’aide et demanderait un médecin. Ceci était finalement arrivé. Un homme appelait à aider sa femme enceinte qui avait de fortes contractions. Un rapide diagnostic effectué et savoir qu’elle était environ à huit mois de grossesse étaient suffisants pour faire savoir au jeune médecin que l’accouchement allait devoir être mené dans les heures à venir, et qu’il était ainsi plus sage de se déplacer à l’hôpital local. C’est ainsi à reculons qu’il avait escorté la jeune femme et son mari jusqu’au fameux endroit où il avait proposé ses services quelques jours plus tôt. L’homme lui ayant remis quelques berries, et un bout de papier avec une adresse et une petite note.

    « Ma sœur a un fils qui est également malade, il semble tout entendre plus fort, il se plaint de ressentir tout ce qu’il se passe dans son corps. Elle habite là bas, si vous pouvez allez l’aider. »

    Hope ne pouvait refuser une offre de travail. Si l’homme disait juste, l’enfant en question souffrait d’hyperesthésie, mais il n’y avait pas de traitement commode pour un enfant. Il s’était attelé à trouver la rue, et la demeure en question, mais la nuit ayant fini par tomber, il lui était toujours plus difficile de s’orienter.
    A un moment où il se croyait véritablement perdu, il entendit une porte s’ouvrir, et une lumière baigna dans la rue. La porte s’étant refermée rapidement, il jugea être assez rapide pour ne pas déranger les habitants de la vieille demeure.

    « Excusez-moi, je suis perdu, je me permets d’entrer pour demander un renseignement. »

    Quelle ne fut pas sa stupeur quand il vit un homme, de dos, assez imposant, qui tenait un autre homme dans ses bras qui semblait inconscient. Ils étaient peut-être venus chercher de l’aide. Toutefois, il était tenu dans une position quelque peu particulière, qui semblait plutôt à de la maitrise que du soutien. Hope ne savait pas quoi dire, il arrivait sûrement au mauvais endroit au mauvais moment. Il savait que si l’homme imposant se retournait, il était en danger, et se battre n’était pas au programme de la soirée. Il tenta la méthode diplomatique.

    « Si cet homme a besoin de soins, je peux lui en fournir. Je suis médecin. »
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    Pris entre deux feux, Tren s'efforçait de respirer ; il se souvenait les leçons du sensei. Paniquer menait à commettre des erreurs graves. Il détesterait retrouver sa vie mise à prix pour avoir rendu service à l'humanité. Il haïrait l'idée de devoir hisser le pavillon noir aux côtés d'autres exclus marginaux, plus encore celle de rejoindre une révolution qu'il méprisait. Alors, il respirait en partant du ventre ; profondément.

    Face à lui, il y avait les deux jeunes. L'air soupçonneux, la tige d'herbe à la main et le tonneau de bière à portée, ils lui jetaient un regard à la limite de l'agressivité. Mais ils l'avaient vu frapper. Ils mesuraient sa force. Ils n'étaient pas un vrai problème, Tren le savait.

    Mais il y avait aussi l'autre qui venait d'arriver. Allure de jeune premier un peu triste ; sincère désir d'aider dans les yeux. C'était celui-là qui était dangereux.

    Avisant l'escalier qui montait au premier, Tren se tourna d'abord vers les premiers.

    -Il n'y a personne à l'étage ?
    -Dégage, mec. On veut pas de toi ici.
    -C'est pas à vous de décider. Vous êtes dans ma piaule, si jamais.
    -Redis ça un peu ? Ça fait six mois qu'on crèche ici !
    -Et moi, deux ans. Occasionnellement.

    Celui qui venait de parler était bien bâti ; mais l'alcool lui obscurcissait la vue, et il connaissait trop bien ses propres limites. Une cicatrice profonde lui barrait encore un sourcil et la moitié d'une joue, souvenir d'un soir où il avait surestimé ses capacités. Il frémit de colère. Mais l'autre lui fit passer une choppe, avec un coup de coude.

    -C'est bon, c'est vide au-dessus. Salis rien. D'accord ?
    -Bon.

    Restait l'apprenti médic. Il ne devait rien avoir vu. Il n'avait même pas l'air vraiment effrayé, juste pris au dépourvu. A nouveau, Tren prit une longue (bien que discrète) inspiration.

    -Entre si tu as besoin de quelque chose.

    Il ne pouvait pas se permettre de l'envoyer au diable. Il l'avait reconnu, et s'il était un peu physionomiste, il se souviendrait de lui ; et puis, il n'avait pas la tête de celui qui accepte de se faire refouler sans explication. D'un autre côté, attendre pour tuer serait du suicide ; il avait entre les mains une personne influente, et ses chiens ne tarderaient pas à courir à sa suite. Pas le choix, il allait devoir s'expliquer.

    -Pas besoin d'un médecin, il faut juste qu'il se repose.
    -C'est ça, c'est ça, connard ! Comme n'importe qui qui viendrait de ramasser ce que tu lui as collé ! Dégage, tu nous nique l'ambiance du squat !
    -Ah, la ferme.
    -Connard !

    De peur que l'autre ne s'enfuit, il le saisit gentiment, mais fermement par le bras et l'entraîna à l'étage, en même temps que le banquier qu'il portait sur une épaule. Son regard avait repris l'éclat du fer. Il s'en sortirait. Comme d'habitude.
      Hope était quelque peu stupéfait par la scène qui se déroulait devant lui. Deux jeune hommes, dont la clarté d’esprit semblait quelque peu obstrué par le breuvage étaient en train d’insulter un troisième qui venait de rentrer, un homme à secourir dans les bras. Le jeune médecin ignorait globalement tout de la situation, mais n’oublia pas pourquoi il était rentré.

      L’inconnu imposant, seul contre deux, s’était verbalement défendu et avait emmené le « malade » à l’étage, tirant également du bras celui avait voulu se dresser contre lui, ce que Hope avait d’abord pris pour un jeu entre les deux, puisqu’ils « squattaient » apparemment tous le même endroit. Aucun prénom n’avait été échangé lors des discussions, mais peut-être que les hommes adeptes de ce genre de pratiques n’avait pas pour coutume de dévoiler leur identité, Hope n’en savait trop rien.

      Il ne restait plus qu’un homme au rez-de-chaussée, encore les yeux éberlués par ce qu’il venait de voir. Le jeune médecin s’en approcha, et avant même qu’il ne puisse prendre la parole, l’autre s’en empara, et sans agressivité aucune, la voix chevrotante, lui dit :


      « L…là-haut. »

      Souriant, et remerciant « l’hôte », Hope prit la direction des escaliers, bien décidé à demander son chemin, mais également à s’assurer que l’inconnu qui était évanoui n’était pas en danger, par une ignorance de son protecteur.

      Une fois, en haut, il observa les quelques détails qui s’offraient à lui. La maison était en lambeaux, les toiles d’araignées avaient pris possession des murs. Les termites s’étaient amusés à déguster les poutres, et le papier peint semblait vouloir fuir les murs recouverts de poussière à l’odeur sûrement âcre.

      Entrant finalement dans une pièce où se trouvaient les trois protagonistes du rez-de-chaussée, c’est avec surprise que Hope découvrit le visage complètement terrifié de l’homme ayant jeté ses insultes sans retenue, fermement retenu par le bras. Ce dernier avait parlé d’un coup qui aurait assommé l’autre. Le médecin n’avait rien vu, mais son expression tétanisée en disait long sur ce qui avait pu se passer. Après tout, les deux hommes en question,  l’inconscient et l’autre, avaient peut-être eu des problèmes et l’un avait souhaité y mettre fin en empêchant l’autre de parler quelques heures. Bien que Hope ne cautionne pas ces actes, il n’avait été témoin de rien et n’avait pas à juger ceux qu’ils ne connaissaient pas.


      Il toqua au mur pour signaler sa présence et annonça, avec le calme et l’innocence précédents :

      « Excusez-moi, votre ami en bas n’avait pas l’air d’être en mesure de m’indiquer ce que je cherche. Peut-être le pourriez-vous ? »

      Il vit qu’il n’était tout de même pas le bienvenu, car il avait l’impression d’être l’élément de trop dans la pièce, il bafouilla tout de même afin de justifier sa montée à l’étage :

      « Je suis également venu vérifier si la santé de Monsieur n’était pas en danger, on ne sait jamais. Sauf, si vous êtes médecin, je vous laisserai agir seul. »

      En disant cela, le médecin néophyte s'exposait à un mensonge, mais il était normalement immunisé contre cela. En effet, le lieu n'était clairement pas celui que choisirait un médecin pour s'occuper de qui que ce soit, sauf circonstances extrêmes, circonstances hors-sujet puisqu'on lui avait assuré que la personne avait juste besoin de repos.
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      -Médecin, oui. Enfin, non. Mmh.

      Tren était à la fois songeur et désemparé. Celui qui se tenait en face de lui reflétait une espèce de désir d'aider son prochain très candide, très pur ; c'était quelque chose qui existait en lui aussi, mais qui avait pris une forme violente et perverse à force de raisonnements clairs et logiques. Les puissants étaient la lie du monde ; il fallait la filtrer. Pour cela, deux options : la séparation, mais les prisons étaient justement tenues par les puissants. Ou alors, la suppression. Ça, c'était dans ses cordes. Il ne pouvait pas cracher sur une façon aussi simple et droite de faire en sorte que les choses commencent à aller mieux.

      Mais ça ne suffisait pas ; il savait que s'il se mettait à mentir, à agir mal avec les gens simples, il aggraverait les choses plus qu'il ne les arrangerait. C'est pourquoi il prit une grande inspiration qui fit bouffer sa chemise.

      -Assied-toi.

      Sans attendre, Tren fit de même, non sans s'être préalablement assuré d'un regard que sa future victime ne reprenait pas connaissance. Il pesa ses mots, relâcha les épaules. Jura intérieurement, devant le phare de sa conscience, qu'il n'en rajouterait pas. Et puis, il se lança.

      -Cet homme est un bourreau, un tortionnaire et un maniaque ; il a fait plus de mal que la plupart des pirates qui sillonnent les environs, mais il a de bonnes relations et les crimes dont il s'est rendu coupable sont ceux des Dragons Célestes pour l'essentiel. J'ai vérifié tous les témoignages que j'ai trouvés. Ils se recoupent, j'ai même pu assister personnellement à une entrevue qu'il a tenue avec un équipage de marchands d'esclaves. Personne ne le mettra jamais en prison, les autorités font comme s'il n'existait pas. Alors, tu comprends ?

      Comme le visage du jeune homme ne reflétait rien, Tren hésita un moment à poursuivre ; si jamais il se décidait à sortir en criant au meurtre, il serait obligé d'abréger, de tuer en un éclair et de disparaître ; pas question de réduire au silence les punks du dessous ou l'invité du dessus. Ils n'étaient pour rien dans l'affaire ; du peu qu'il avait vu, il ne soupçonnait en eux aucune vocation à la toute-puissance. Et il savait qu'entre toutes choses, il préférait encore devenir un pirate ou un cadavre plutôt que de renier ses tout premiers principes : jamais agir à l'instinct ; toujours ne prendre que les vies qu'il faut ; ne jamais se battre à la légère, et ne le faire que pour tuer ou survivre.

      -Bon. Je ne l'ai qu'assommé, mais je compte le tuer. Pas par vengeance ; juste parce que les gens comme lui ne renoncent à rien si on ne fait que les intimider. Ils renforcent leurs défenses, et après, ils se croient encore plus invulnérables qu'avant. Je le sais, j'ai essayé. C'est malheureux, mais c'est comme ça.

      Nouveau coup d'œil sur la gauche. Le prêteur était toujours dans les vapes, mais quelques tressautements nerveux lui agitaient les sourcils. Tren plissa les yeux.

      -Je m'interdis formellement le mensonge et la violence envers les innocents. C'est pour ça que je te dis tout ça. J'espère que tu sauras le prendre en considération pour décider de tes actes.

      En disant ces mots, Tren sortit de sa poche une petite fiole ; laurier rose et digitale pourpre concentrés en alcoolat. Il saisit le menton de sa victime, pour le forcer à ouvrir la bouche. La mort était rapide, sans traces et sans douleur. Les artistes martiaux tuaient en un coup ; c'était un bon principe que Tren respectait la plupart du temps.
        Après que l’imposant homme fasse sa requête, Hope suivit et se mit en tailleur. Il écouta alors ce qu’il avait à lui dire. L’histoire fut claire et concise. Si le jeune médecin devait la résumer en ne serait-ce que quelques mots, il pouvait tout simplement se dire : l’homme qui est assis en face de lui s’est renseigné sur un homme d’affaire aux profits discutables qui s’exécute à la solde des Dragons Célestes et signe des contrats abominables. Cet homme en question, aussi mauvais soit-il est en danger de mort, en raison de la présence de l’homme qui lui fait face, un genre de tueur professionnel.

        Bien, la situation n’était assurément pas bonne pour le jeune blond, qui pouvait se retrouvait en danger face à un tueur.

        Mais il n’avait pas le temps de penser à cela. L’homme en question avait déjà soulevé le menton de sa victime et s’apprêtait à lui faire boire une concoction probablement mortelle, une mort sans douleur cela dit, puisqu’il ne put s’empêcher de le remarquer.


        « Attendez ! » appela Hope suffisamment fort pour traduire les tonalités aigues et sa voix et de ce fait son jeune âge.

        Le médecin devait trouver quelque chose à lui dire. Premièrement, il ne voulait pas être témoin de l’assassinat gratuit de quelqu’un, mais aussi, il était persuadé qu’il y avait une autre solution à tout cela pour convaincre le truand de changer de mode opératoire, et aussi de persuader la future victime de changer de secteur d’activité.
        Mais comment lui dire ?


        « Je ne cautionne pas ses actes, et je comprends votre désir de venger ceux à qui ce commerce malhonnête a nui. Mais laissez-moi vous dire une chose. »

        Le bref silence qui suivit s’occupa d’informer l’homme que Hope était en panne de mots et de raisonnement. Mais après quelques secondes sans bruit, le jeune blondinet repris la parole, les idées au clair :

        « Pour ce qui est de décider de mes actes, sachez que je ne vais pas tenter de vous arrêter par la force, puisqu’en toute logique, il suffit de nous regarder pour voir que je n’en serai pas capable, mais aussi car il n’est pas nécessaire de détruire cet endroit et d’attirer l’attention. De plus, cet homme n’est pas digne que l’on se batte pour lui, et je déteste la violence, même motivée. »

        Hope déglutit, et commença sa tentative :

        « Il est possible que vous soyez au courant de ce qui est arrivé il y a quelques années à Saint-Urea. Des centaines de personnes ont perdu la vie, suite à un massacre humain,  s’apparentant à un génocide. Ces victimes ont manifesté pour l’instauration d’une politique plus juste envers l’humain profitant moins à l’état. La manifestation a dégénéré et la Marine, sûrement sur ordre de ces abjects Dragons Célestes, ont perpétré le massacre des manifestants. Ceux qui ont manifesté pour la justice ont péri des mains de la Justice.
        Vous croyez à une meilleure Justice que celle qui préside le monde à l’heure actuelle, et c’est tout à votre honneur. Pourtant, vous vous préparer à commettre l’irréparable en tuant cet homme, pour cette même meilleure justice. »


        Ne sachant pas si son interlocuteur pourrait-être convaincu par un tel discours, à la limite utopique sur la vie, vu leur différence d’âge, il s’efforça de continuer.

        « Vous avez évoqué l’échec de l’intimidation. J’y crois aussi. Pourtant, il n’existe pas que les méthodes directes. Pourquoi ne pas couler ses marchandises, ou saboter l’exécution de ces contrats.
        Je suis comme vous, je crois à un monde plus juste, et nous en sommes bien loin. Mais je tente d’agir dans ce monde avec bienveillance pour y arriver, et sans espoir, ce monde meilleur n’est pas prêt de voir le jour. »

        Satisfait, il soupira un grand coup, signalant qu’il avait terminé.
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        Tren gardait le même visage impénétrable, digne et martial. Il maintenait toujours l'homme avec force, mais il ne lui avait pas encore fait boire la liqueur létale. Oh, il n'éprouvait aucune hésitation en ce qui concernait le fait de devoir ou non le faire ; il savait pertinemment qu'il était dans le vrai. Simplement, il avait toujours confiance, au fond de lui, qu'il n'était d'aucune utilité de faire violence aux gens qui pourraient épouser la même cause que lui et multiplier, à terme, sa capacité à agir par deux. Il ne voyait pas seulement un gamin idéaliste et à côté de la plaque dans la personne qui lui faisait face, mais justement, une personne ; capable de changer, d'agir en s'appuyant sur ses propres contradictions, de devenir un allié ou non, et même de piquer une crise d'hystérie sans prévenir et de se mettre à bomber les murs du coin de tout un tas de slogans pacifistes. Un gamin ne pouvait pas faire tout ça ; une personne, si. Et il le savait très bien. Alors, il ne bougeait pas.

        En fait, il attendait de manière à ce qu'il puisse se rendre compte par lui-même des contradictions de son propre discours. Mais le regard neutre et fixe qu'il posait sur lui avait l'air de le gêner. Alors, il prit de nouveau la parole. Lentement, posément. Un ton qui contrastait terriblement avec l'effort qui se lisait par intermittence dans les muscles du bras qu'il tenait serré autour des épaules de sa victime.

        -Je n'ai pas le pouvoir de saboter ses affaires ; si je l'avais, ça serait beaucoup d'énergie perdue pour, au fond, seulement préserver une vie s'est dévouée à se défigurer toute seule et à en prendre beaucoup d'autres. Et puis, je te l'ai dit : un homme de cette trempe qui se sent agressé renforce ses positions ; il devient aussi dangereux qu'un roi des mers blessé.

        Il se demanda brièvement jusqu'où est-ce qu'il devait aller. Mais après tout, il était déjà allé assez loin, et puis, si tout se passait bien, il terminerait son affaire, cacherait le cadavre, et inviterait le jeune homme à venir se remettre autour d'un repas. Il avait remarqué sa maigreur, se disait qu'il ne devait pas manger à sa faim tous les jours. Tren était un esprit martial, mais il était aussi le fils de sa mère. Dans son enfance, il l'avait souvent vue sacrifier des économies pour distribuer une soupe dense et chaude à de pauvres gens ; adultes ou non. Et puis, le sensei avait également toujours encouragé cette pratique.

        -Ma sœur me dit souvent que je suis un salopard. Parce que je fais seul ce qu'on devrait tous faire si on avait le courage de penser les choses jusqu'au bout. Aussi parce qu'il m'arrive de me réjouir de la mort des gens que je décide de tuer. Je sais que ce n'est pas une bonne chose ; mais c'est parce que je pense aussi à tous les gens qui resteront dignes et en vie parce que j'ai planté le couteau dans la bonne poitrine. Ce n'est pas une vengeance ; c'est un pari en faveur des vivants. Et la justice dont je parle n'est pas un principe abstrait. Je ne maintiens pas l'ordre public ; j'empêche l'action d'un autre genre de salopard sans pitié de manière radicale et définitive.

        Il baissa les yeux sur sa fiole de poison, la respiration calme et les épaules basses. Dans le creux de son épaule, le prisonnier tressauta. Il approcha de nouveau la fiole de ses lèvres, en espérant qu'en face, il y aurait assez à gamberger pour éviter d'agir inconsidérément. Il n'aimait pas vraiment ces moments là, malgré ce qu'il disait ; comme il n'aimait pas, étant petit, être de corvée d'abattage pour les poulets. Mais il le faisait tout de même, parce qu'il le fallait. Au fond, rien n'avait vraiment changé.