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Wicked World

- Oh... Ooh... Oooooh !

- Allez Amanda, arrête tes bêtises et enjambe la cette dernière planche, qu'on en finisse.

C'est haut, bon dieu c'est haut. On est dans les nuages, j'y crois pas. Raison de plus pour m'appliquer à ne pas tomber vers la fin, ça serait bête : il me reste plus qu'un pas à faire. Mais au moins, j'ai perdu cette habitude de m'accrocher au vide avec mes mains. Ou presque.

- Attends, je me concentre.

- Te concentrer ? Tu as fait la moitié du chemin les yeux fermés !

- Bah ouais, j'avais la frousse. Là ils sont ouverts et c'est pire.

Allez, je lève la jambe et je fais un grand saut. Paf, me voilà de l'autre côté. C'est où le prochain pont, je suis prête pour le marathon désormais. Après l'épreuve que je viens de... oh...

- Ah mais on est arrivées !

La dernière île de cette longue série, plus grosse, plus verte, plus vivante. Pas un ridicule monticule flottant mais une véritable île cette fois-ci, un coin de plusieurs hectares au moins, auquel succèdent de nombreux autres derrière. Vu d'ici, l'archipel semble contenir une vingtaine d'îles au bas mot, voire plus. Toutes très en couleurs, comme sorties d'un monde imaginaire, certaines baignent même encore dans des plans d'eau qui semblent ne jamais s'écouler dans le vide sous-jacent. Le paysage est vraiment incroyable de ce fait, car chaque île possède sa propre biodiversité et son propre climat. Par chance, celle sur laquelle nous venons de tomber est une île printanière, principalement constituée de cerisiers en fleurs qui viennent libérer leurs pétales sur le sol au point de le recouvrir de rose. Je ne peux que profiter du spectacle et observer attentivement chaque élément du tableau. Même le crâne d’œuf qui surgit brusquement de buissons à proximité. Et qui parle.

- Oui, bienvenue.

- C'est qui lui ? lâchè-je tout en jaugeant de haut en bas le petit homme chauve à lunette qui vient de poindre dans le décors.

- Sais pas, sûrement un habitant du village plus loin.

Un village ? Ah, en effet, on peut bel et bien voir de la fumée qui s'échappe par delà un rang de curieux arbres verts un peu plus loin. Et comme il n'y a pas de fumée sans feu. Et qu'il n'y a pas de feu sans... et bien... cheminée. Non, mieux vaut s'arrêter là.

- Aloha.

- Non, moi c'est Amanda. rectifiè-je.

- Je suis le maire de Htrufhphle, je viens vous souhaiter la bienvenue sur Strong World. Vous avez fait preuve de bravoure et...

- Vous pouvez le redire ?

- De quoi ?

- Le nom de votre village.

- Anna, on a pas que ça à faire...

- Htrufhphle.

- Encore ? demandè-je tout en affichant un sourire malicieux, d'une oreille à l'autre.

- Htrufhphle... répète l'homme, perplexe.

Non, il ne m'en faut pas plus. Pas plus pour m'écrouler de rire devant le visage blafard de notre interlocuteur. Besoin d'écouler le stress et le moins qu'on puisse dire, c'est que l'accueil est réussi. Efficace. Je rigole à pleins poumons, malgré les regards qui se veulent de plus en plus incompréhensifs de notre hôte et de ma coéquipière, transie.

- Excusez-la, ce fut difficile pour elle. Elle est un peu à crans.

- Hohoho, ce nom... Oui... Oui à crans c'est ça... Hahaha. Hprhtuhphle, où c'est que j'ai encore foutu les pieds moi ?

- Non, c'est pas Hprhtuhphle mais Htrufhphle.

Et il en rajoute une couche. Et je suis repartie pour une crise de rire interminable qui m'oblige à m'écarter pour ne pas créer d'interférences dans la discussion que ma coéquipière engage poliment avec le bonhomme pour lui faire oublier mon manque de savoir-vivre. Elle ne me blâme pas, pourtant. Après ce que je viens de subir, rire fait vraiment du bien au moral et elle le sait. Alors quand je juge enfin que la crise est passée et qu'il n'y aura plus de rechutes, je reviens enfin dans la conversation.

- Ah, te revoilà. Le monsieur allait justement nous proposer de le suivre jusqu'à son village. Par contre il y a un petit souci à régler avant.

- Ah bon, lequel ? fais-je tout en perdant instantanément mon sourire à l'orée des mauvaises nouvelles.

- Le Daft Green. Vous voyez ces arbres là-bas ? Un contact à long terme avec eux finira par empoisonner votre sang et vous paralysera jusqu'à ce que vous en mourriez. Car vous êtes pas d'ici.

- Ouch, pas envie d'être empoisonnée moi. Il y a un remède ou un vaccin ?

Le binoclard hoche la tête, baissant le regard en direction de son horrible sac-banane qui lui trône sous le ventre et qu'il ouvre pour en faire sortir deux petites fioles vertes. Instinctivement, je tends la main pour en saisir une, mais le gusse se ravise soudain.

- Pas gratuit. Un million de Berries chacune.

Quoi ? Encore ?! J'ai déjà déboursé deux millions pour cette traversée merdique et maintenant je dois en débourser deux autres pour pas m'intoxiquer sur cette île à la con ? Purée, il s'agirait vraiment de revoir les normes de sécurité dans le coin, ou au moins de faire un pack de bienvenue avec tous les frais à payer dès le départ. Et de vrais ponts, sacrebleu, pas des tas de planches fixées sur des cordes merdiques. Évidemment, Hayley ne peut pas payer alors elle affiche un regard embarrassé avec sa bouille d'enfant. Un classique, ça.

- C'est bon, je vais payer. abdiquè-je en portant la main à l'une de mes poches pour en ressortir une liasse de billets, que je compte un par un jusqu'à avoir la somme exacte. J'espère que ça servira à réparer les ponts, toutes ces conneries.

- Non, à acheter de la nourriture pour le village aux chasseurs. Merci bien.

- Foutredieu.

- Voilà c'est fait, on peut y aller maintenant ? s'impatiente ma comparse, l'air étrangement troublé.

J'avais pu remarquer ça à mesure que nous avions progressé d'îlot en îlot sur le Chemin des Fidèles pour finalement débarquer ici. C'était pas l'anxiété ou la peur du vide, mais il y avait bien quelque chose qui le torturait. Je lui avais même posé la question à plusieurs reprises, mais elle l'avait tout bonnement éludée ou bien répondu à côté systématiquement pour pouvoir changer de sujet. J'avais donc fini par comprendre que la jeune femme me cachait quelque chose qui la tracassait au sujet de cette île. Mais pas grave, je le découvrirai en temps voulu. Faisant mine de rien, j'emboite le pas au guide et à ma partenaire, déjà partis en direction dudit village que l'on doit sensément traverser. D'ailleurs, ça serait pas trop mal de connaître le chemin.

***

- Cool, une carte. m'émerveillè-je tout en dépliant le bout de papier offert par le guide, avant d'afficher une mine suspicieuse à son égard. C'est combien cette fois-ci ?

- Offert par la maison.

Mmh, tant mieux. Voyant d'ailleurs l'occasion de pouvoir me soustraire à l'emprise du guide et de ma coéquipière pour aller faire le tour du propriétaire, je quitte donc furtivement l'office de tourisme pour aller me balader avec la carte entre les doigts. Htruc apparaît rapidement comme un petit village sympathique, avec des maisons cylindriques blanches surmontées de toits en chaume. Pas de rues pavées mais des petits chemins de terre et un étang pittoresque à proximité. Tout ici aspire à la tranquillité et au pacifisme : dommage que le roi soit un parfait connard. Enfin peut-être, ce ne sont que des suppositions. Peut-être que Balgor Viskeu agit de par sa propre initiative, mais Hayley en doute. Il faudrait en avoir des couilles pour squatter le coin et balancer librement ses expériences sur Third District sans autorisation. Déroulant donc mon parchemin, je cherche des yeux ce qui pourrait s'apparenter à la capitale, le coin où l'on pourra probablement rencontrer le roi et lui faire sa fête. Et détruire le laboratoire du salopard de scientifique. Alors, voyons voir, où sommes nous déjà...

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Euh, ouais... C'est quoi la ligne verte pour le coup ? Et pourquoi tous les trous paumés de l'île ont des noms bizarres ? Bref, retour devant la demeure du maire, toujours en train de discuter avec ma collègue, pour lui demander ça. Et ça tombe bien, le bonhomme semble déjà en train d'aborder le sujet avec ma camarade.

- La "Voie Royale", bordée de Daft Green pour repousser les bêtes sauvages.

Ah ouais, Hayley avait précisé que les machins étaient plus gros ici. Les bêtes sauvages comprises. Est-ce qu'il s'agissait d'animaux mutants comme dans les forêts de Third District ? J'espérais ne pas avoir à le découvrir, le chemin vers Strong Town semblait tout tracé.

- Les îles marquées en vert sont celles sur lesquelles vous pourrez emménager si jamais vous ne voulez pas résider sur Strong Town. Regardez, Htrufhphle est juste là. Et c'est de là que vous venez.

- Oh euh... On ne veut pas s'installer directement, pour le moment. On a entendu tellement de choses sur le roi de Strong World. On aimerait le rencontrer avant, vous comprenez. Un Dragon Céleste qui œuvre pour son peuple, ça relève du miracle divin.

Le bonhomme hoche la tête, compréhensif de notre mensonge. Pour ma part je reste coi, laissant ma collègue faire ce qu'elle fait de mieux : justifier l'injustifiable.

- Oh mais le roi Orfald Caldaerys est un Dieu vivant, mademoiselle, je vous l'accorde. Je comprends tout à fait votre besoin de voir notre souverain. Mais la mauvaise nouvelle, c'est que vous ne le trouverez pas à son palais à Strong Town ces temps-ci. Pour la saison hivernale, le roi se rend dans sa forteresse à Strong Castle. 'Voyez, c'est ici.

Mince, dommage pour la Voie Royale, mais pour le coup il n'y a aucune route de dessinée sur le plan qui permet de rejoindre directement l'île. Enfin si, en faisant un détour par la capitale éventuellement, mais j'imagine bien que l'accès à l'île par la voie normale doit être strictement surveillé. Hors de question qu'on laisse passer deux étrangères suspectes, surtout que cela ne s'inscrit absolument pas dans notre mission d'infiltration. Non, il va falloir faire un petit détour. Potentiellement par deux ou trois îles dangereuses d'ailleurs, histoire de ne pas tomber sur un second village, ce qui pourrait faire échouer notre plan. Comprenant mon désarroi, ma complice décide donc de faire comprendre à notre guide qu'il est temps de nous mettre en route.

- Merci encore pour toutes vos indications, M. Biuthgyk, ce fut un plaisir.

- De même mesdemoiselles, j'espère que vous apprécierez votre séjour sur Strong World. termine le bonhomme tout en nous saluant d'un bref geste de la main.

L'air évasive, je hoche la tête de concert avec Hayley avant de prendre les devants, la carte entre les mains, en direction de la grande route qui découpe le paysage devant nous. Si à un moment ou à un autre il sera nécessaire de bifurquer et de nous aventurer dans la nature sauvage, au moins pour le moment le trajet se fait sans accrocs. Je remarque d'ailleurs, au sortir du village, l'étrange barrière d'arbres verts et blancs, m'offrant ainsi l'opportunité de regarder de plus près pour distinguer une étrange sève verte en découlant. Et une odeur presque imperceptible mais très forte, qui m'agresse brutalement le nez lorsque j'en viens à aiguiser mes sens grâce au Haki pour en savoir plus.

- Bordel, c'est quoi cette infection ?! Tu m'étonnes que les animaux n'approchent pas ! Ça pue plus qu'un cadavre, on dirait un durian trop mûr.

- Moi je ne sens rien. ajoute la jeune femme après avoir retroussé ses narines pour essayer de partager mon ressenti.

Et elle a bien de la chance. Je lui explique donc que cela est dû à ma maîtrise du Haki de l'Observation, chose dont elle a déjà entendu parler mais ne s'est jamais réellement penchée dessus. Comme la plupart des gens au final, j'ai envie de dire. Rapidement nous nous trouvons donc à court de sujet de discussion, ce qui m'amène à considérer une question qui me trotte dans l'esprit depuis déjà un bout de temps.

- Tiens au fait, vous parliez de quoi avec le guide ?

- Oh de tout et de rien. Du roi, du royaume, des petits villages. élude à nouveau la jeune femme, comme pour dissimuler quelque chose de honteux, un secret inavouable.

Gardant le regard rivé sur elle pendant une inconfortable minute, je finis par abdiquer pour reprendre ma lecture du plan. Elle s'imagine peut-être pouvoir me tromper. Mais je sens son odeur. Plus forte que celle du Daft Green, presque.

L'odeur de la peur et je me demande bien pourquoi.
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- Mmh, nous allons devoir quitter la route à partir d'ici. signalè-je à ma comparse.

Pointant du doigt un panneau annonçant le prochain village, Staprphole, je lui montre par la suite la carte pour désigner la partie inhabitée de l'île.

- Ensuite nous devrons traverser ces deux îles dangereuses ici pour éviter Flohgtkr. Après cela il ne nous restera plus qu'à franchir le dernier vide en direction de Strong Castle, juste là.

Franchir les îles, pas un jeu d'enfant en temps normal, mais on peut dire que le Geppou aide sérieusement pour le coup. Évidemment, le conglomérat d'îles formant Strong World n'est pas plat : certaines îles sont plus en hauteur que d'autres, d'autres plus basses, ce qui donne forcément un relief très inégal sur l'archipel. Par chance, la Voie Royale possède des ponts et des escaliers permettant de continuer sur la route sans se retrouver dans une impasse. Il n'en est pas de même pour la route que nous allons dessiner. Terminant mon explication, j'envisage de prendre la tête de notre exploration, ayant vite fait de dépasser les deux arbres de Daft Green qui bordent la voie à notre gauche.

- Je me demande si cette île est toujours considérée comme habitable une fois sorties du chemin. s'interroge ma partenaire tout en se croisant les bras sur sa poitrine pour se protéger davantage du froid ambiant.

Car oui, cette seconde île est glaciale. Une île hibernale pour le coup, ravagée par une tempête de neige quasiment constante qui me fait m'interroger quant à sa véritable habitabilité. Honnêtement, on se les caille autant ici que sur Bulgemore.

- Qu'un seul moyen de le savoir. lui fais-je comprendre tout en m'aventurant la première dans le désert de neige qui s'étend à l'horizon.

Enfin, pas si désert que ça, car de curieux monticules que je pense d'abord être des étranges édifices rocheux jaillissent du sol par intermittence. Mais après avoir passé ma main sur la surface du plus proche, je me rends compte qu'il s'agit en réalité de pins. De pins tellement recouverts de neige qu'ils tiennent plus du stalagmite qu'autre chose.

Spoiler:

- Oh, tu as vu ?

- Quoi ?

- Je viens de voir quelque chose bouger, plus loin.

Je plisse les yeux pour essayer de distinguer clairement le coin qu'elle pointe du doigt, voir s'il existe réellement une once de vie dans ce blizzard. Et en effet, il y a quelque chose. Un halo étrange de plusieurs mètres de haut, avec des gros bras et des pieds immenses. C'est plus ou moins humanoïde. Ce que j'en déduis : qu'importe l'hospitalité du truc, mieux vaut l'éviter pour ne pas le savoir.

Après quinze minute de marche dans la neige sans rencontrer de véritable obstacle, sinon la maladresse inégalable de ma coéquipière qui parvient à se vautrer pas moins de trois fois sans d'élément déclencheur visible...

- Fais attention, il y a des pierres sous la neige. C'est dangereux. prétexte-t-elle.

C'est ça ouais, le sol est aussi lisse et plat que son résidu de poitrine, mais bon. Chacun son point de vue. Bref, après un quart d'heure de marche, nous voilà arrivés à l'orée d'une forêt de pins. Un peu comme ce que l'on a vu tout à l'heure, mais en version plus resserrée. Tellement resserrée que le coin est sombre et qu'un être humain normalement constitué n'y verrait pas un poil.

- Et c'est là que mon Haki va encore pouvoir être utile.

- Je ne te lâche pas.

- T'as intérêt, princesse.

Nous y voilà. Dans le noir total, pour elle. Elle ne frémit pas, elle est plutôt courageuse comme fille, elle s'agrippe juste à ma main sans faire de cas. Je suis sa lanterne en quelque sorte, je n'éclaire pas le chemin mais je la guide tout comme.

- Attention une br-

Blom.

- Aouch...

- C'est malin. Allez relève-toi vite, il s'agirait pas de faire de lambiner dans le coin. On est presque arrivées à la lisière de l'île.

Et mon espèce de radar intégré m'informe que l'on va pas tarder à avoir de la compagnie. Les espèces de singes géants s'apparentant aux créatures mythiques que l'on appelle communément des "yétis". Enfin, c'est semblable à ce que j'ai pu voir dans les livres de cryptozoologie, on va dire. Et je suis pas persuadée que ça soient des animaux très pacifiques et herbivores.

- Allez, grouille.

Grooooaaaarrroogh !

- C'était quoi ça ?

- La raison pour laquelle on doit presser le pas.

Trop lente, ça ira plus vite comme ça. Lâchant la main de la jeune femme, je la réceptionne brutalement sur mon dos après une manœuvre habile, la portant comme un sac à patates par-dessus mon épaule avant même qu'elle ne s'en rende compte.

- Euh... qu'est-ce que...

- J'irai plus vite comme ça. Fais pas ta prude, personne la verra ta petite culotte.

Ouais, inutile de dire que la tenue choisie par l'agente n'est pas spécialement pratique pour l'infiltration. Une jupe, bien mauvaise idée, surtout par ce froid là. En même temps le changement de température est plutôt drastique et j'espère que les prochaines îles auront un climat un peu plus en hauteur dans le thermomètre, frissonnant même avec mes habits. Qui n'ont rien d'estivaux ou de printaniers. Un pantalon noir, un débardeur blanc et une veste noire en coton par-dessus les épaules, voilà tout. Bref, ce n'est pas le moment de penser garde-robe, puisque les prédateurs du coin sont à nos trousses. Ils accourent dans notre direction aussi sûr que nous atteignons le bout du tunnel. Au grand soulagement de ma partenaire qui gigote déjà les jambes en espérant pouvoir retrouver pieds. Voilà, la lumière.

- C'est bon. Tiens, regarde là-bas, le bout de l'île.

Et le vide derrière, je suppose la prochaine plus en contrebas. Prisons pour qu'elle ne soit pas hivernale ce coup-ci. Allez feu, pas le temps de se pauser et d'évoquer toute une foule de théories, autant aller voir par nous même. Surtout qu'une minute après, d'étranges silhouettes sortent du bosquet par lequel nous venons d'émerger. Les yétis. Singes immenses, blancs avec des poings de la taille d'un gros rocher. Si ça n'était qu'un seul, ça irait, mais ils sont deux, trois, cinq... huit. Plus d'une dizaine, allez on saute. Dans le vide.

***

Réception douloureuse, malgré les Geppous qui ont amorti la chute. Enfin, pas pour ma partenaire qui s'en est pas trop mal sortie. D'ailleurs celle-ci embrasse le climat de l'île. Que j'exècre tout autant que l'autre, le changement de température s'étant révélé drastique au point de me faire suffoquer.

Spoiler:

- Un putain de désert. C'est un putain de désert.

- Oui, j'adore les déserts ! Regarde la taille de ces cactus !

- Il en faut peu pour t'émerveiller. C'est poussiéreux, chaud et le soleil tape comme pas possible. En plus il y a des sales bestioles comme les scorpions que tu peux voir là-bas. Tiens, ils sont pas un peu gros...

Ils sont petits, oui. Mais ils sont petits car ils sont loin et se rapprochent dangereusement. Ils ont la dalle et ils nous ont vues, bordel de merde.

- On décampe ! hurlè-je sans perdre plus de temps, fonçant en direction de l'horizon désertique jauni et orangé.
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- Eurk... ignoble.

Recouverte de sang de scorpion géant explosé, ma partenaire affiche son désespoir tout en battant des bras pour retirer le jus vert ressemblant étrangement à de la morve gigantesque.

- Désolée, je pensais pas frapper aussi fort avec juste un shigan.

- Frapper ? Tu l'as fait exploser ! Un scorpion de plus de trois mètres ! Juste avec ton doigt.

Possible. Observant ma main elle aussi recouverte du liquide visqueux, je pense comprendre que l'origine du coup ne vient pas du Rokushiki en lui-même. Plutôt un séisme qui a dévasté le pauvre animal dès que mon doigt l'a transpercé. Un séisme dans un corps, l'horreur. Désormais disséminé un peu partout dans le paysage et en grande partie sur ma camarade, l'animal ne représente cependant plus aucun danger. On peut continuer notre route.

- Finalement, je préférais encore l'île précédente. C'est le quatrième scorpion que l'on rencontre en chemin !

- Et le seul que l'on a été obligées de combattre. Mais bon, d'après la carte on devrait bientôt s'en sortir. La prochaine île n'est plus très loin.

Encore un ou deux kilomètres à dire vrai, la fracture est même visible d'ici. Sans attendre que Hayley ait donc fini de s'épousseter de la morve de scorpion, je reprends la route en direction de la prochaine île, que l'on peut facilement discerner puisqu'elle se trouve en hauteur par rapport à celle sur laquelle nous évoluons depuis une demi-heure. Par chance, comme elles sont petites on les traverse assez rapidement. C'est la faune le véritable danger.

- Attention à où tu mets tes pieds, il y a des bêtes tapies dans le sol.

Pas sûr que dire ça serve vraiment à quelque chose, vu comment les prédateurs sont extrêmement bien cachés, cependant cela attise aussi la paranoïa de ma collègue qui reste dans mon sillon autant que faire se peut. Une dizaine de mètres plus loin, l'un des espèces gros insectes des sables dissimulés jaillit d'ailleurs, aussitôt calmé par un coup de poing brutal dans les mandibules qui le fait se retourner dans sa tanière.

- Sales bêtes. Ah, nous y voilà.

La frontière avant l'avant-dernière île, celle qui précède notre destination. Impossible de dire ce qu'il y a dessus d'ici, vu que tout ce qui est visible devant notre nez est un amas rocheux. Il va falloir sauter.

- Geppou. m'exécuté-je tout en m'élançant la première vers le sommet de l'îlot, au-dessus du vide, bientôt succédée par Hayley.

Kyyyyyyyyyaa.

Si à première vue l'oiseau qui a poussé ce cri est un simple aigle royal sorti d'entre deux îles environnantes, ce n'est qu'en le voyant finalement foncer dangereusement vers nous que nous comprenons sa véritable taille qui ne fait que s'accroître. De plus en plus grande.

Décidément, il y a vraiment de sales bestioles sur cette île.

- Continue vers la surface, je m'en charge.

Stationnant par petits bonds sur une surface invisible, je fais de grands signes à l'oiseau tout en faisant un maximum de bruit pour que celui-ci change sa trajectoire, m'apprêtant à l'assommer dans sa charge. Mais l'animal est plus intelligent que ça, comprenant que la cible la plus facile à atteindre est celle en mouvement. Hayley.

- Attention, il arrive vers toi !

J'enchaîne les Kamisoris, consciente que je n'arriverai probablement pas à temps. L'oiseau est agile et rapide, mes déplacements ne parviennent pas à atteindre sa vitesse de vol. Bon sang, il va percuter ma coéquipière sans que je puisse faire quoi que ce soit.

- A ta droite ! hurlè-je, impuissante.

Plus que quelques mètres. Je m'épuise à bondir et surgir aussi vite que je le peux. Puis soudain, le temps semble se figer. Une étrange onde de choc parcourt l'espace sans ravager quoi que ce soit. Intangible, irréelle, elle me bouscule légèrement et me laisse déboussolée l'espace d'une seconde, mais frappe de plein fouet l'oiseau. Inconscient. Il chute suite au contact, les yeux vitreux, le regard absent, tandis que je rejoins la jeune femme qui a continué sa course sans faire de cas jusqu'à la prochaine île.

- Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Tu l'as assommé ? Comment tu as fait ?

- C'est un secret.

- Un secret diablement efficace, tu ne t'es même pas arrêtée. Je crois pas t'avoir vue le toucher, si ?

- Il y a beaucoup de choses que l'on ne voit pas. termine la jeune femme tout en se redressant, pour inspecter l'état de la nature sur l'île : une forêt luxuriante aux couleurs de l'automne qui s'étend à perte de vue. Ce changement de paysage est vraiment incroyable. Tous ces microclimats.

Voilà, elle change encore de sujet et je sais qu'elle n'en dira pas plus. Elle est déjà partie ailleurs. Et fait quelque pas en direction des premiers arbres et leurs parures dorées.

***

- Sympathique.

- Les ruines des anciennes colonies de Lone Down, probablement.

- Englouties, ça a son charme je dois l'avouer.

Marchant sur un chemin en pierre étonnamment rectiligne, nous nous posons le temps d'admirer le paysage aquatique. Dans l'eau, j'identifie toutes sortes de spécimens gigantesques qui pourraient décider de nous fondre dessus à tout moment, si jamais nous décidions de faire trempette.

- Un charme très dangereux.

Notre chemin s'avère en réalité être le mur d'enceinte de la ville submergée ou quelque chose qui y ressemble. Par chance, certaines toitures encore émergées permettent de se déplacer d'un côté à l'autre du lac qui occupe une grande partie de l'île en son centre.

Spoiler:

- Quelle idée de construire une ville dans une cuvette.

Nous poursuivons donc notre route en nous déplaçant de plateforme en plateforme pour finalement atterrir sur le toit d'un épais bâtiment rectangulaire, à seulement une trentaine de mètres de la berge. Plus qu'un Geppou et on y est. Une échappatoire qui n'est visiblement pas au goût des crocodiles qui nagent à la surface de l'eau tout autour de nous et abordent finalement le bord de notre radeau de fortune, nous empêchant ainsi de passer. Les bestioles sont gigantesques et ont plus de dents que n'importe quel carnassier que j'ai pu voir jusqu'ici. J'en frémis, presque, à l'idée de me retrouver face à l'équivalent d'un roi des mers, mais sur terre. Et en trois exemplaires.

- Et maintenant on fait quoi ?

On attend. Car si les crocodiles sont monstrueux, ce qui nage et sinue entre les bâtiments inondés est bien pire et il est hors de question de se jeter à la flotte. Impossible de bondir par-dessus les gueules des monstres qui pourraient facilement nous chopper au passage. Alors on attend, car les chasseurs peuvent rapidement devenir des proies et...

KSHACK !

Surgissant des eaux comme je l'avais pensé, l'imposant serpent de mer vient brutalement chopper la queue de l'un des crocodiles et l'entraîner dans les fonds marins. Effrayés, les deux autres spécimens oublient leurs proies et se taillent aussi sec, nous ouvrant la voie pour bondir aussitôt en direction de la terre ferme.

- Finalement, heureusement que ces crocodiles étaient là. Si on avait bondi avant, on se serait faites avaler tout cru par ce qui vient de sortir de l'eau. Tu as vu la hauteur à laquelle ça a bondi ?

- Oui. Par contre là on va devoir courir. fais-je tout en sentant quelque chose d'immense et de terrifiant approcher, avant même que le sol ne se mette à vibrer et que les arbres ne tombent à quelques centaines de mètres.

- Ah ?

Pas le temps de rester rêvasser, je lui choppe le bras pour la réveiller un peu, l’entrainant dans ma course. Malgré la cadence, je parviens à tenir ma carte assez droite pour découvrir notre localisation. Enfin la supposer, puisque l'île n'a pas totalement été cartographiée.

- C'est les chasseurs qui s'en occupent quand ils passent dans le coin, les habitants ne s'aventurent pas sur les îles dangereuses.

- Ça se comprend. haletè-je tout en dardant un regard vers l'arrière.

Impossible, ça va trop vite et ça nous rattrape. On arrivera jamais à temps. La bordure de l'île se profile mais il sera bientôt trop tard, car la bestiole est désormais juste dans notre dos et on peut voir sa silhouette dépasser de la forêt d'érables.

- Qu'est-ce que c'est ce truc ?

Un reptile immense. Un lézard ? Non, c'est plus gros, moins fin. Sans queue. Une grande bouche et des grands yeux, et une langue gigantesque.

- Ce crapaud buffle est gigantesque !

- Si tu peux refaire ce que tu as fait à l'aigle, c'est le moment ! hurlè-je à ma comparse.

- Je peux pas, il est trop gros ! Je... je ne sais pas si ça va fonctionner !

- Bon sang...

Le monstre nous fait face désormais, du haut de ses cinquante mètres de hauteur. Ses yeux globuleux semblent vrillés sur nous, ce n'est plus qu'une question de secondes avant que le machin nous gobe tout crus comme si l'on était des mouches. Pas envie de finir ma vie dans le suc digestif d'un crapaud géant.

- J'en ai... commencè-je tout en ployant les genoux, prête à bondir dans la direction du machin. ...ras le cul... continué-je, m'armant de haine et de courage pour me jeter dans la direction de son énorme bouche. ...de ces conneries !

Située juste devant le gigantesque amphibien, à quelques centimètres de ses grosses babines baveuses, je détache soudainement un Jugon brutal et sec dans sa gélatine. Le poing creuse et s'enfonce tout d'abord, avant de développer une étrange aura bleutée et décharger une série d'ondes sismiques qui auraient facilement leur place sur l'échelle de Richter. D'abord la chair se déchire, se fissure, puis vient le tour des muscles, de la peau et des os. Le machin pousse un long gémissement tandis que ses organes internes tombent en morceaux et que son sang jaillit de toutes parts, provoquant une vision d'horreur pour les témoins de la scène. Hayley, mais aussi tout une panoplie de monstres énormes dissimulés dans les fourrés, attendant leur heure pour aller récupérer de quoi manger sur les restes de l'animal. Mais les ondes ne s'arrêtent pas à la chair du crapaud, continuant à frapper le sol qui se fracture lentement tout autour du promontoire rocheux sur lequel nous nous trouvons. Et donc tandis que je rejoins le sol et que la bête tombe derrière nous, raide morte, le entame progressivement sa descente, sur le point de se détacher dangereusement du reste de l'île.

- On bouge ! Geppou !

Immédiatement suivie par la jeune femme, encore sous le choc après ce qu'il vient de se produire, nous enjambons donc le vide qui nous sépare de la dernière île. Une île hivernale encore, extrêmement plate et quasiment dénuée de végétation. Juste de la neige.

Et un immense château en son centre.
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- C'était ton plan ! Et je me suis faite avoir comme une bleue !

- N'importe quoi, je te rappelle que c'était ton idée à la base !

- C'est pas moi qui ai préconisé de traverser toutes ces îles horribles pour en arriver là !

- Non, bien sûr, mademoiselle préférait passer par la grande porte, là où les gardes sont les plus nombreux !

- Toujours est-il que c'était ton plan !

Inutile de rouspéter davantage, je conclue le débat par un "pfff" puéril marquant ma fatigue. Comme si c'était de ma faute, comme si mon plan avait failli. Que nenni, je n'avais juste pas prévu qu'il existe une armée aussi grosse de soldats gravitant autour du château. Et par là je veux dire, une patrouille de plusieurs gardes tous les cinq-cent mètres. Bon, l'endroit est brumeux donc ça joue en notre faveur, mais les bonhommes possèdent des molosses qui peuvent sentir notre odeur. Etonnant qu'ils ne l'aient pas déjà fait, ceci étant probablement dû à la bordure d'arbres verts bordant l'île. Le Daft Green. Ca leur bouche le nez tellement ça pue, je suppose.

- On fait quoi maintenant ? demande ma partenaire, troublée.

- On attend et on observe. Regarde ceux-là, ce sont les plus proches et ils ont visiblement besoin de tenir une lanterne pour montrer leur stationnement.

- Et ?

- Et bien ça valait carrément le coup de rester à se les geler dix minutes sous ce talus pour observer les mouvements des sentinelles. Tu n'as rien remarqué ? Les autres font des patrouille assez régulièrement mais ces trois-là ne bougent jamais.

- Peut-être que c'est un avant-poste ou quelque chose du genre. D'où la lanterne pour éclairer le coin.

- Exactement. Si tu regardes bien, ils se trouvent sur un petit monticule de neige qui les place en hauteur par rapport au reste de l'île. Et rien qu'un mètre de hauteur en plus sur une île aussi plate, ça constitue un sacré coin pour guetter facilement.

- Bon, très bien, dans ce cas on va chercher un autre endroit où passer...

Sans pouvoir retenir le réflexe, je me gifle automatiquement le visage, dépitée par l'incompréhension de la belle qui n'a visiblement pas saisi ce que j'essaye de lui intimer. Celle-ci me regarde alors avec ses grands yeux de biche interloquée, médusée et coi.

- Triple buse, justement. Ils ne bougent pas, donc cela couvrira plus longtemps notre infiltration. Si l'on fixe la lanterne sur un bâton, les autres gardent n'y verront que du feu jusqu'à ce qu'elle s'éteigne. Ou qu'un des gars se réveille et donne l'alarme. Mais pour ça, il faudrait réussir à les endormir avant même qu'ils ne puissent dire...

- Je m'en charge. me coupe la jeune femme, déjà relevée et prête à s'élancer vers les hommes montant la garde.

Estomaquée, je ne sais pas trop à quoi elle joue, mais une chose est sûre : si sa stratégie c'est de foncer tête baissée et les aplatir tous les trois avant qu'ils ne puissent hurler, ça comporte quand même de nombreuses failles.

- Elle est totalement con. compris-je soudain, la main posée sur le front et le regard fixé sur le sol. Elle va tout ruiner.

D'ici, je ne peux rien faire sinon la regarder foncer dans la gueule du loup, s'appuyant difficilement sur ses guiboles qui se font avaler par la couche neigeuse. La poudreuse tombe dru, ce qui améliore nos chances de passer inaperçues, mais partie comme elle est ça risque de vite tourner au vinaigre. Pour l'instant, pas de signe des gardes indiquant qu'ils l'ont vue, mais ça ne devrait pas tarder. Enfin c'est que je me dis avant de pressentir un mouvement suspect. Une tactique secrète que je reconnais aisément. Cette onde qui blanchît les neurones et qui s'étend autour d'elle, qui frappe chacun des gardes d'un coup de poing invisible et les fait tomber dans les pommes tous les trois, d'un seul coup. Comme pour l'aigle. Ne perdant pas plus de temps, je ne tarde donc pas à la rejoindre pour cette fois-ci ne pas laisser passer la chose. Comprendre de quoi il s'agit et elle ne s'en tirera pas aisément. Mon interrogatoire commence donc peu après avoir récupéré une branche non loin de l'avant-poste que je fixe brutalement dans la neige dure et glacée, avant de hisser la lanière tenant la flamme par-dessus.

- Nous pouvons y aller. dis-je tout en invitant ma coéquipière à m'emboiter le pas à travers les immenses jardins de la propriété.

Des jardins morts, évidemment : des buissons et plantes diverses il ne reste plus que des branches mortes ou bien des parterres de neige. Le coin est donc surtout dessiné par ses petits chemins en pierre et ses motifs étranges au sol, sophistiqués et artistiques.

- Inutile de me mentir ou bien d'esquiver le sujet cette fois-ci. Je l'ai clairement sentie, la vague mentale. Et je les ai vu s'effondrer sans même que tu les touches. Qu'as-tu fait ? Les pouvoirs d'un Fruit du Démon ?

La princesse s'empourpre, il semblerait que ça ne soit pas son sujet de discussion favori. Je devine que non-contrôlé, cette capacité peut s'avérer prolématique et que ça l'a sûrement déjà handicapée par le passé. Mais il faut vivre dans le présent : elle semble capable de le lâcher selon son bon vouloir, ce fluide qui sort de son corps. Fluide. Cela me rappelle étrangement une autre capacité surhumaine que je maîtrise moi-aussi.

- Je ne suis pas trop sûre de ce que c'est ni de comment ça fonctionne réellement. Mais j'ai appris à l'utiliser. J'appelle ça le "Pouvoir Soporifique" mais ça n'endort pas à tous les coups. Certaines personnes y résistent, comme toi par exemple.

- Tu voulais que je tombe inconsciente ?

- Non ! Je n'ai jamais dit ça. Mais ce pouvoir ne fait pas la différence entre les alliés et les ennemis.

- D'où les vertiges et la perte d'équilibre, donc.

Elle hoche la tête. C'est un sacré pouvoir qu'elle tient là et apparemment il ne s'agit pas de quelque chose issu de l'ingestion d'un fruit pourri. Quelle chance de pouvoir nager et de maîtriser une chose pareille, de surcroît, quand l'on sait que je ne peux faire ni l'un ni l'autre avec mes séismes qui se déclenchent à tire larigot. Quoi que j'ai été chanceuse avec le crapaud.

- Tiens, un peu plus à gauche vers là-bas. Il y a une lumière dans la brume, sûrement une entrée de service.

***

- Tu peux soulever ses pieds ? Qu'on l'amène plus vers là-bas. Il s'agirait pas qu'on le trouve trop facilement. fais-je signe à ma comparse tout en saisissant les bras mous de l'homme fraichement assommé.

Pas de bol, un garde de plus qui a mangé de la neige car il était sur notre route. Pour l'instant on s'en tire sans aucun mort, c'est presque une mission propre. Cela change, c'est même étrange pour deux agents du CP9. Est-ce que l'on a un quota de meurtres à remplir, d'ailleurs ?

- Ici ça semble bien. indique la jeune femme tout en soulevant le couvercle de ce qui semble être un conteneur de charbon de bois.

Bouclant notre déplacement,je balance la tête la première le bonhomme dans la cuve enfouie, laissant Hayley s'occuper de ranger ses jambes et ses pieds à l'intérieur avant de fermer le couvercle.

- Bon, le temps joue pas trop en notre faveur alors on ferait mieux de se bouger.

- Tu sais, même si le roi est ici ce n'est pas dit que Balgor Viskeu le soit aussi. Ce ne sont que des suppositions.

- Peut-être, mais mon flair ne me trompe pas. Littéralement. Les quantités sont faibles mais je sais reconnaître du chlorure de sodium lorsque je le sens. Presque pas perceptible mais plus ça va et plus on s'en rapproche. indiqué-je tout en franchissant le pas de la porte pour m'aventurer dans la forteresse.

Gigantesque. Froide de l'extérieur et avec peu d'atours ou de détails clinquants, à l'intérieur la bâtisse resplendit de mille feux, chaude et accueillante, dans un style purement traditionnel. Une structure en bois, des tatamis et des volets en papier qui verrouillent les pièces. Voici le dédale dans lequel nous évoluons à tâtons, le dos collé au mur, à l'affût du moindre petit mouvement suspicieux. Par chance, il semblerait que la majorité des gardes soit à l'extérieur et que le peu d'hommes que nous rencontrons n'arrivent pas à déceler notre présence. Faut dire aussi que les moyens de se dissimuler sont multiples : rideaux et tapisseries suspendues aux murs portant les armoiries du roi, portes gigantesques, meubles divers. Les corridors sont presque aménagés comme des appartements, justifiant presque la présence des cheminées dans chacune des pièces que nous traversons.

- Stop, plus un bruit.

Une voix rauque retentit cette fois-ci. Pas l'oeuvre d'un garde piplette et encore moins celle de l'un de ceux que nous venons de croiser. Le ton est élégant, les emphases bien posées pour donner un style aristocrate au patois du bonhomme, que je reconnais comme nativement Marie-Joien.

Qu'est-ce qu'un Marie-Joien fiche là.

Utilisant mon sixième sens et ma perception surhumaine, j'arrive plus ou moins à dessiner la silhouette de bonhomme qui semble au beau milieu d'une conversation avec l'un de ses fifres, se déplaçant d'un point à un autre dans le couloir adjacent. Plutôt mince, plutôt grand, l'inconnu semble avoir sa tête surmontée d'une couronne et s'habille de vêtements amples en fourrure. Non, cela ne fait plus un doute désormais. C'est le roi. Et comme une bonne nouvelle n'arrive jamais seule, celui-ci évoque quelques mots qui ont tôt fait de me faire sourire. Jackpot.

- Des nouvelles à propos du VSIQ mon fidèle Bob ? Balgor a-t-il donc avancé dans ses dernières recherches ?
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- Pas que je sache, votre Altesse. Je n'ai pas vu messire Viskeu depuis plusieurs jours, je dois avouer...

- Très bien, je vais aller voir par moi-même dans ce cas. Le gaz devrait bientôt pouvoir être encapsulé, il me tarde de voir ce que donnera le résultat final.

- Sur Third District votre Altesse ?

- Sur Third District... ainsi que d'autre îles. Comme Marie-Joie par exemple.

Prononçant cette dernière phrase avec un rictus aux lèvres que je lui devine suivant le ton de sa voix, le roi semble se réjouir des découvertes de son laborantin plus que jamais. Pour ma part, je comprends qu'il est temps d'agir et d'arrêter ces fous furieux avant qu'ils n'aillent plus loin. Peu importe ce qu'ils ont développé, que ça rende les animaux fous ou non, si leur but est d'asperger les Dragons Célestes avec alors Hayley et moi devons les arrêter coûte que coûte. Intérieurement, je félicite d'ailleurs son flair qui a réussi à débusquer la véritable mentalité du roi et sa connivence avec le criminel. Voyant mon visage pétrifié, ma comparse s'inquiète évidemment de la discussion qui vient d'avoir lieu.

- Qu'est-ce qu'il se passe ? Qu'est-ce qu'ils disent ?

Retranscrivant aussitôt ce que je viens d'entendre, je lui transmets involontairement mon visage décomposé qui, au vu de ses traits fins et enfantins, lui donne une expression retranscrivant ses sentiments à la perfection. Inquiétude, angoisse, anxiété et tristesse à la fois.

- Nous devons faire quelque chose ! me chuchote-t-elle, soudainement déboussolée.

- C'est pour ça qu'on est là. Ah... ils se séparent... Le roi semble descendre un escalier.

- Rattrapons-le !

- Attends, trente secondes. Tais-toi. fais-je tout en posant mon index sur ses lèvres entrouvertes.

On bouge. Derrière... derrière... une sorte de gigantesque pot de fleur. Un bac même. A partir duquel se dresse une plante gigantesque et large qui parvient à nous couvrir mais à travers les feuilles de laquelle nous pouvons toujours entrevoir ce qu'il se passe dans le vaste corridor. Le fameux Bob avec qui le roi parlait, le voilà qui passe donc devant notre planque. A quelques mètres en vérité. Et sa vision suffit à nous faire pâlir d'un seul coup.

Spoiler:

- C'est un ou- commence la jeune femme avant que je ne plaque brusquement ma main devant sa bouche pour l'empêcher de continuer.

Trop tard, le grizzly nous a entendues. Ou du moins, il affiche une mine suspicieuse autant que faire se peut pour un ours en s'avançant vers notre cachette. Sa grosse patte velue commence déjà a se glisser entre les feuilles de l'étrange fougère d'intérieur. Ça y est, c'en est fini pour notre couverture.

PWOOIIIIIIIIIIN !

Une corne de brume ? C'est un signal, long et plaintif. Un coup de trompette qui donne l'alarme, qui résonne donc pendant une bonne dizaine de secondes et ne s'arrête que pour reprendre de plus belle. Qu'est-ce qu'il se passe ? Plus stoïque que jamais, j'en viens même jusqu'à couper ma respiration tandis que l'ours relève le museau en direction du bout du couloir par lequel nous sommes arrivées. Ah, je comprends enfin. Problématique, mais pour le coup ça nous sauve la mise : les gardes ont sûrement dû retrouver le pauvre homme enfermé dans la réserve de charbon ou bien leurs compagnons guetteurs en périphérie des jardins de la forteresse. Avec un peu de chance...

Oui, il s'en va. Il accourt en direction de l'extérieur, comme si la menace ne s'était pas déjà infiltrée dans le château. Comme si nous n'étions pas encore entrées. C'en est presque trop facile, mais je ne me réjouis pas pour autant. Son pas lourd et sa démarche chaloupée le mènent en direction de la sortie, à sa propre vitesse, pour nous laisser la possibilité de nous échapper vers les escaliers dans la pièce voisine. Les escaliers dans lesquels s'est engouffré le roi de Strong World, à la recherche de son loyal scientifique fou. Quelle étrange combinaison.

Et c'est donc peu avant que les bruits des bottes ne se rapprochent et qu'une panoplie de soldats ne déboule brutalement dans le  que nous descendons finalement les marches vers ce qui apparaît de plus en plus comme le laboratoire. Cette fois-ci la mission est simple : détruire le complexe avant qu'il ne soit utilisé pour produire l'arme chimique du savant fou.

Rapidement, nous nous enfonçons vers ce qui donne l'impression d'être les confins de l'île. Les marches continuent à creuser la pierre, encore et encore, conférant à l'escalier en colimaçon un aspect infini. Sombre et humide, l'endroit est uniquement éclairé par quelques lampes torches qui suffisent difficilement à éclairer nos pieds et ce sur quoi ils marchent. Principalement les degrés de pierre, mais malencontreusement parfois des gros insectes ou encore des rats habitant les sous-sols du château.

- Ignoble. se plaint ma coéquipière, tout en cherchant à décrouvir la dernière victime de sa semelle.

Et pourtant. Et pourtant cet endroit sombre, étriqué et humide n'est rien comparé à ce que l'on découvre en contrebas, ce sur quoi notre regard se pose quand le dernier palier n'est plus en roche, mais en fer. Une plateforme en acier, branlante, surplombant une vaste salle éclairée mais incroyablement glauque et inhumaine.

Spoiler:

Inhumaine au vu des expériences qui y sont menées, affichées comme des trophées dans des grandes cuves. Des animaux difformes au point d'être méconnaissables, des cadavres disséqués sur des tables et même des prisonniers entassés dans des cellules. De pauvres hères : hommes, femmes, enfants de tous âges, vivant les uns sur les autres dans un espace ridiculement petit. Et ce n'est qu'avec le Haki que je peux entendre leurs plaintes d'ici, reconnaître leurs tourments, leur innocence. Ce ne sont pas des pirates, ni des monstres mais juste des habitants kidnappés, retirés à leur vie routinière et injustement emprisonnés pour les besoin de la science. Encore inaperçues depuis notre tour de guet, j'en profite donc pour me glisser furtivement jusqu'à la rambarde de sécurité et tendre l'oreille en direction des différentes discussions échangées par les laborantins, localisant rapidement la voix du roi, reconnaissable à ses vêtements richement décorés et à sa fine couronne sur son crâne, et celle de son interlocuteur. Un homme de forte corpulence, à l'allure très peu soignée et au visage ingrat, que je devine comme étant Balgor Viskeu. Et à juste titre au vu du sujet de leur conversation, qui est loin d'être centrée sur de la botanique ou de la médecine traditionnelle.

- Gnihihihi. Les premières expérieeeences du V-SIQ sur le corps humains s'avèrent trèèèès... concluaaantes. Quelques réglages sont nécessaaaaires, mais d'ici une semaine le gaz devrait être opérationneeeel. couine le petit gros dégoutant, laissant systématiquement planer les voyelles dans certains de ses mots, pour le plus grand malheur de son auditoire.

- Une semaine, c'est beaucoup. L'étau se resserre et le gouvernement ne va pas tarder à mettre son nez dans nos affaires. Il y a eu du mouvement sur Third District récemment.

- Gnmnmh oui. Les Ist ont été vaincuuuus, pour notre plus grand malheur. Ils étaient si utiiiiiles. Heureusement, nous n'avons plus besoin d'eux désormaaaais. Je peux diminuer le délaaaai à trois jours, mais il me faudra plus de teeeeemps pour développer le vacciiiiin.

- Je n'y vois pas d'inconvénient. Les pirates supposés nous aider à transporter la cargaison sur Shabondy peuvent bien inhaler le gaz et mourir. Du moment que le plan est correctement mis en place et effectif. Du moment que les esclaves des Dragons Célestes sont contaminés et propagent le virus.

Une union avec des pirates donc, ce roi est définitivement plus corrompu que je ne le pensais. Mais surtout, nous arrivons à point nommé, car à une semaine près la catastrophe aurait déjà pu avoir lieu. Là, nous pouvons encore les empêcher d'agir. Et c'est justement au moment où ces pensées me traversent l'esprit qu'un premier scientifique vient à notre rencontre. Sifflotant gaiment tout en grimpant les marches de la plateforme, celui-ci nous découvre soudain en relevant les yeux une fois arrivé en haut. Il voulait partir plus tôt ? Mauvaise pioche, mauvais moment, mauvaise idée. Encore plus mauvaise celle de nous interpeller au lieu de prendre ses jambes à son cou, d'ailleurs.

- Mais... qui êtes vous ? Qui vous a permis d'ent-

- Shigan. l'interromps-je brutalement, enfonçant mon index dans sa carotide pour couper spontanément ses beuglements, ses gémissements.

Juste le silence. Puis les regards de ses confrères alertés par les giclements de sang, par les égosillements inutiles qui accompagnent la chute de l'homme sur le sol grillagé, laissant perler des gouttes de sang sur le sol juste en-dessous, avant de rendre son dernier souffle.

- N'en laisse pas sortir un seul. fais-je comprendre à ma collègue tout en me positionnant à proximité de la rambarde, avant de la saisir de la main droite pour m'appuyer dans ma descente.

- Qu-qui êtes vous ? Qu'avez vous fait à Peterson ?

- Ça n'est pas la bonne question. La bonne question est : pourquoi êtes-vous encore là ?

Silence de plomb. Mais il ne faut pas plus de dix secondes pour que celui-ci dégénère en une zizanie totale, voyant les scientifiques courir tous azimuts et se diriger vers ce que je devine comme l'issue de secours. Ces sympathiques messieurs viennent juste de parfaire mon plan. Stoïques spectateurs, ceux que j'ai correctement identifiés comme mes deux cibles ne bougent pas, eux. Peut-être attendent-ils quelque chose ? Un beuglement du roi a d'ailleurs tôt fait de vérifier ma supposition.

- M-mais... Mais enfin où est la garde ! GAAAAAAAAAARDE !!

Trop loin. Et nous trop bas. Trop bien caché, le labyrinthe, trop bien enfoui. Ma collègue s'est d'ailleurs déjà mise au travail, virevoltant d'un coin à l'autre de la pièce en saccageant, déchirant et trouant, grâce à sa maîtrise du Rokushiki, les coupables qui essayent de s'enfuir. Eux n'iront pas grossir les rangs de la prison la plus proche, ils n'ont aucune raison de rester en vie en comparaison des deux hommes qui ont déjà commencé à reculer, devinant que personne ne viendra les aider malgré leurs supplications. Ou en tout cas, pas assez rapidement.

- Orfald Caldaerys et Balgor Viskeu, par décret du Gouvernement Mondial, je vous déclare tous les deux coupables de fomentation d'attentat à l'égard des Dragons Célestes. Vous pouvez essayer de fuir et vous faire taper dessus ou bien rester sagement attendre ici que ma coéquipière ait terminé de faire le ménage. lâché-je d'un ton officiel., désignant du pouce les différents cadavres épars laissés dans le sillage de ma comparse.

Indigné, le roi n'accepte pas de s'avouer ainsi vaincu, mais reste cependant immobile tandis que son fifre semble déjà en train d'essayer de prendre la poudre d'escampette.

- Vous êtes des monstres ! rugit-il, stoïque mais visiblement en train de préparer un mauvais coup, cherchant des yeux quelque chose dans le paysage qui pourrait le tirer de ce mauvais pas.

- C'est l'hôpital qui se fout de la charité à un niveau phénoménal, là.

Pas le temps d'entretenir la conversation. Hayley a fini et je la laisse donc s'occuper du nobliau tandis que j'interromps subitement la fuite du scientifique, déjà en train d'escalader prestement les marches en acier amenant vers l'escalier par où nous étions entrées. Un Geppou et un Soru ont tôt fait de me placer sur son chemin, lui arrachant brusquement un hoquet de terreur.

- Pas si vite.

Un dixième de seconde. Son expression a disparu et le voilà armé d'une seringue contenant un liquide vert que je n'aurais pas esquivée si mon Haki ne m'avait pas permise de prévoir le coup. Saisissant à temps le poignet du criminel, j'arrive à lui faire lâcher prise tout en lui tordant violemment le bras, jusqu'à ce que celui-ci se disloque dans un craquement sinistre. Le scientifique hurle et pleure, avant de me renvoyer un regard animal. D'intenses prunelles brunes aux reflets rouges, bientôt rejointes par un museau poilu garni de longues moustaches et des petites pattes griffues à la place des mains.

- Hein ?

L'homme s'est soudainement changé en un gigantesque rat et profite de ma stupéfaction pour passer entre mes jambes. Malgré sa patte brisée, l'animal reste tout de même véloce et parvient jusqu'à la première marche avant que je n'arrive à l'empoigner brutalement par la peau du dos et à lui encastrer la tronche dans l'une des pierres du mur.

- Couchée la bestiole. finis-je, gardant la main mise sur le pelage qui se transforme rapidement en une touffe de cheveux.

Quasiment inconscient, le machin reprend forme humaine. Encore un Fruit du Démon je parie, il n'y a qu'eux pour réaliser de tels miracles.

- Vous ne m'aurez pas... déjà réussi à m'échapper de Tequila Wolf... vous ne réussirez pas à m'attraper... divague le gaillard dans son demi-sommeil, avant de tomber définitivement dans les pommes.

Traînant donc le corps du bonhomme assommé dans mon sillon, lui laissant volontiers le heurt de chaque marche sur le crâne dans ma descente, je retourne prestement là où j'ai laissé Hayley et Caldaerys. Je peine à reconnaître le laboratoire qui semble avoir fait l'objet d'une bataille aussi courte qu'intense. Tout a volé, tout a changé de place et les grands bocaux sont tous brisés, répandant leurs liquides verts et leurs spécimens morts sur le sol. Berk. Inquiète à l'idée de retrouver ma camarade blessée ou bien notre captif en train de fuir, je traverse l'endroit pour finalement les trouver tous les deux, agenouillés, immobiles l'un face à l'autre. Les yeux dans les yeux, ils semblent en train de se contempler sans mot dire. Et le roi, auparavant si fier et si majestueux, semble avoir perdu de sa superbe, la bouche stupidement entrouverte et les yeux ronds comme des soucoupes. Et dans le regard de Hayley je semble soudain reconnaître un sentiment honteux qui évoque chez moi des moments sombres et douloureux. Notamment lorsque celle-ci tend la main et vient caresser de son revers la barbe soyeuse du souverain. Et lui dire tout simplement.

- Papa...
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- Euh...

Euh. Surchauffe, incompréhension, flou artistique. Elle a dit papa ? Papa, comme le surnom que l'on donne à son père ? Oui, c'est bien le sentiment que j'ai cru lire dans ses yeux, mais maintenant que c'est avéré je refuse d'y croire. Leur moment est honteusement intime, car les voilà désormais en train de s'enlacer. Leur histoire m'échappe, je ne la connais pas. Je ne sais pas si c'est un but dissimulé, si c'est l'idée de départ de Hayley. Si tout cela c'était simplement pour retrouver son père. Qu'elle a perdu ? Peut-être, ça doit être l'idée ou bien quelque chose du genre. Ils n'ont pas l'air de s'être revus depuis un petit moment. Et vu qu'ils se sont tout de même mis sur la tronche avant de se faire des calinous, leur dernière rencontre doit dater. Pourtant la jeune femme a gardé son visage de bambin, en quelques sortes.

- Excusez moi mais...

Dur de les déranger, plus encore de les séparer. Je me sens étrangement mal à l'aise. Les relations parent-enfant, ça ne fait que creuser ma culpabilité et me donner des aigreurs d'estomac. Mais je résiste au mal qui me taraude, à cette douleur infâme qui me ronge quand eux se sentent si bien. Par contre il est temps de remonter à la surface, on a une mission à mener à bien. Malgré les sentiments qui les réunissent, un monde les éloigne. Le roi est un criminel tandis que la princesse est une agente secrète. Alors je ne sais pas si je dois intervenir et briser ce moment éphémère ou bien les attendre sur le palier de l'escalier. Finalement, ce choix ne m'appartient pas, puisque mon propre prisonnier est à nouveau en train d'essayer de se faire la malle. Chose que je corrige aussitôt, récupérant le rat par la queue pour le plonger la tête la première dans l'un des liquides verts d'une cuve brisée horizontalement.

- Piiiiiitié non-glblglblgbl... Pas çaaaaaa-glblblgblgbl... Pas l'eaaaaau !!

- Tu vas te tenir à carreaux ou je dois te couper la queue ?

- Faites ce qu'elle dit, Balgor. tonne soudain la voix du second prisonnier, qui se présente désormais devant moi, les poignets liés dans le dos.

Elle l'a fait finalement. Non sans pleurs ni regrets, le visage couvert de larmes. Elle a pourtant menotté son père pour le capturer. Et le plus étrange c'est qu'il se laisse faire. Puis je comprends mieux. A travers ses rides apparentes, à travers son regard fatigué et son visage mou et démotivé.

- Du Granit Marin ?

- C'est un utilisateur d'un Fruit du Démon. Le Fruit du Satellite.

- C'est comme ça que j'ai transformé ce monde, que je l'ai soulevé au-dessus des flots. Que j'ai sauvé le peuple de Strong World. Je suis son digne souverain, son Dieu, vous ne pouvez pas m'emmener. Ils me doivent la vie. Hayley, s'il-te-plait, écoute moi.

Oh je vois, il n'a pas encore tout à fait abandonné. Pas de chance pour son beau discours, car certains habitants sont encore dans le coin, enfermés et ne demandant qu'à sortir. Ceux qui sauront plaider en sa défaveur et que je me charger de libérer aussitôt.

- Restez avec nous. Si j'en vois un tenter quoi que ce soit contre nous ou nos captifs, je le zigouille. Comme vos tortionnaires, oui. menacé-je efficacement au vu des regards désespérés et morts de peur des cobayes.

Tenant donc chacun notre otage, nous progressons en tête du cortège qui se dirige vers la sortie, tandis que Hayley semble adopter désormais une mine plus sombre, plus renfermée. Malgré les plaintes et les demandes constantes de son père, celle-ci ne pipe désormais plus un mot. D'ailleurs, au moment où l'on franchit l'arche entamant le début de l'escalier en colimaçon, je me dis qu'il serait de bon ton de tester mes capacités sur la structure du laboratoire. Histoire de le démolir pour être sûre que personne ne reviendra tenter quoi que ce soit avec les horribles recherches de Viskeu. M'essayant à plusieurs tentatives pour générer cette étrange lueur bleue avec laquelle j'ai tantôt fait éclater le crapaud géant, j'abdique au bout de deux minutes d'essais infructueux devant une foule de quinze personnes ne comprenant pas ce que j'essaye de faire.

- Amanda, que fais-tu ?

- Bordel de merde, pourquoi ça marche jamais ! m'énervé-je tout en frappant du poing le mur le plus proche, sous le coup de la colère.

Crac.

Redressant les yeux vers la pierre sur laquelle je viens d'abattre ma main douloureuse, j'observe celle-ci se fendre dans un long, long craquement sinistre, provoquant ultimement une épaisse fissure qui s'élargit sur la surface rocheuse, jusqu'à atteindre le plafond au-dessus de nos têtes. D'abord légers, les tremblements se font soudain de plus en plus menaçants, tandis que d'énormes éboulis viennent s'effondrer juste à proximité. De fait, mieux vaut ne pas faire de vieux os dans le coin.

- Bordel, fuyez ! Tout va s'effondrer !

Oui, tout, même la forteresse. Le séisme nous secoue brutalement et rend la progression dans l'escalier difficile, tandis que les dalles se décrochent progressivement et que le plafond nous tombe sur la tête par endroits. L'un des prisonniers libérés est d'ailleurs victime d'une pierre venue malencontreusement s'abattre sur son crâne, fendant net son crâne.

- Plus vite !

S'il ne s'agissait que de moi ou de Hayley, nous pourrions très bien nous échapper en deux temps trois mouvement. Mais les hommes et femmes que je viens de libérer ne sont pas des spécialistes du Rokushiki et n'ont pas la possibilité d'aller plus vite. Il en va de même pour nos deux criminels, désormais tous deux sous l'emprise du Kairouseki qui les empêche d'utiliser leurs pouvoirs et donc de se faufiler parmi les décombres qui nous tombent sur la tronche. Ce qui m'oblige à être omnisciente, prête à dégainer une lame d'air ou bien à transpercer un bloc de pierre en train de fondre sur nous à n'importe quel moment. Finalement notre escapade nous permet de déboucher à l'air libre, ou presque.

- Il faut vite se barrer d'ici ! signalé-je en pointant du doigt les dalles en train de se déchausser, juste devant nous, non-loin de l'entrée de l'escalier qui s'affaisse sur nos talons.

- C'est toi qui a fait ça ?!

- Oui... Non... Enfin c'est complexe. Promis je te raconterai quand on sortira d'ici !

Profitant de la cohue générale provoquée par le tremblement de terre et l'effondrement du bâtiment, nous arrivons finalement à sortir avec tout le reste du groupe par la grande porte. Et ce à peine une minute avant que le château ne se casse la figure totalement. Un château de cartes, presque.

- Ma belle forteresse... gémit Caldaerys.

- Mon laboratoooooire... reprend Viskeu.

- Mon roi !! intervient une troisième voix, plus grave, juste dans notre dos.

L'ours ! Non seulement il s'en est tiré, mais en plus il semblerait qu'une grande partie des gardes si ce n'est tous se sont massés derrière lui, bloquant le passage à travers les jardins de la forteresse. C'est mauvais signe. Déjà les ex-cobayes recommencent à pleurer, demandant pitié à leurs geôliers. Demandant à revoir leur famille. La majorité des soldats ne comprend pas trop ce qu'ils se passe et d'où sortent ces gens, d'autres cependant ont déjà l'air d'être dans le bain et gardent leurs armes braquées sans se poser de questions. Des pourris par dizaines. Mais seulement une petite partie réellement fidèle, vouée corps et âme à leur Dieu, face aux témoignages confus des innocents enlevés et sujets aux expériences du scientifique. L'ours lui-même ne semble pas tout saisir, il semblerait qu'il ne sache pas tout. Pourtant il continue à nous tenir tête, à nous faire face. A être fidèle à son roi.

- Soldats, encerclez-les tous ! Qu'aucun ne s'échappe !

- Hayley, occupe toi des gardes. Balance leur ta sauce spéciale. Moi je m'occupe de ce gros nounours.

Inutile de rester au milieu de ce guêpier. L'ours est persuadé de me barrer la route, mais c'est sans compter sur un vif Geppou qui vient spontanément me hisser dans les airs, puis d'un Soru qui m'amène dans le dos de mon ennemi avant même qu'il n'ait saisi la situation. Pourtant celui-ci parvient habilement à contrer le premier coup que je lui porte sans même m'adresser un regard. Juste en positionnant son bâton sur ma trajectoire, pour l'estoc de mon sabre déjà dégainé.

- Habile.

- Grrrmmh.

Et rapide de surcroît. A peine a-t-il amorcé son quart de tour que l'animal fait tourner son bâton de combat autour de sa gigantesque patte et tente de me déséquilibrer, me débarrassant de mon sabre aisément grâce à une arcane bien placée. Néanmoins l'avantage se perd rapidement à travers l'ouverture laissée par l'arme, assez proche pour que je puisse la saisir à deux mains et m'en servir pour progresser instantanément jusqu'à l'ennemi trop occupé à essayer de reprendre le contrôle. Une pirouette, un soleil sur la branche taillée et me voilà à aplatir le museau de l'ursidé d'un puissant coup de talon. Le premier d'une longue série qui permet ultimement de déposséder l'adversaire de son arme à son tour pour un combat à mains nues.

- Tu te défends pas trop mal pour une humaine.

- Et encore, tu ne m'as pas vu faire cela.

Allez, c'est le moment pour briller. Secousse. Une secousse, juste une seule. Le poing en direction du sol, je reste immobile malgré la charge de l'ours qui devine un mauvais coup. Puis je sens la force venir, affluer dans mon bras. Enfin je commence à le maîtriser. Le Fruit des Séismes.

- Kaishin ! tonné-je tout en abattant ma main sur la croute terrestre, aussitôt parcourue par de violentes secousses.

L'attaque a lieu sur plusieurs centaines de mètres, amenant la roche sous nos pieds à tanguer, se fissurer, s'élever et s'abaisser irrégulièrement. Le coup n'en est que plus dur pour les ruines de l'édifice qui finissent leur descension brutale, s'effondrant finalement dans un nuage de poussière qui envahit le champ de bataille. Quelque part, j'ai l'impression d'entendre Orfald Caldaerys pleurer la disparition totale de son beau palais. Mais il semble en réalité bien trop occupé à raisonner les soldats qui n'ont pas été ébranlés par le tremblement de terre pour que ceux-ci ne tirent pas sur sa fille bien aimée. Hayley qui se tient d'ailleurs immobile et concentrée, les canons toujours braqués sur elle, prêts à faire feu d'une minute à l'autre, sur simple ordre du général qui me fait face. La situation est donc plus que tendue, mais une lueur d'espoir réside dans mon coup de maître qui a renversé l'ennemi. Perdu dans sa charge, l'ours s'est retrouvé surpris et déboussolé par le remodelage soudain du terrain, ce qui me permet de boucler mon enchaînement par un vénérable coup dans la joue en jaillissant devant lui, instantanément.

- Jugon !

Le coup de la puissance d'un tir de gros calibre vient brutalement heurter le museau de l'animal. Sonné et gravement blessé, celui-ci parvient pourtant à résister à la pression sur les os de son crâne et profite de ma proximité pour empoigner ma main avec son immense patte. Puis dégainer ses imposantes griffes de l'autre.

Et me les enfoncer dans le ventre, avec la force du coup qui vient avec.
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Je vois le coup arriver, mais je ne le pare que trop tard. Un Tekkai faiblard qui vient limiter les dégâts. Transpercée sur un centimètre de profondeur, mon flanc subit davantage le poids de la patte qui m'envoie brutalement valdinguer plus loin, parmi un attroupement de soldats qui me servent de matelas.

- Putain...

La blessure est superficielle, bien que douloureuse. Mais ce n'est pas ça qui me préoccupe, plutôt les zébrures qui maculent mon bras. Enfin ma prothèse plutôt. Celle avec laquelle j'ai frappé l'ours et dont il s'est servi pour m'immobiliser. Elle n'est pas hors service, mais déconne un peu quand même, régie par des spasmes désarticulés. Je ne pourrai décemment pas compter dessus pour la suite.

- Qu'est-ce que tu es au juste ? s'interroge mon adversaire, les yeux rivés sur mon bras mécanique.

Le comble pour un ours qui parle de me poser cette question. Je souris donc. Non pas un sourire goguenard, mais un rictus de colère. Je vais lui faire sa fête au pachyderme.

Une observation rapide de la scène qui m'entoure me permet de noter l'éloignement de Hayley, poussée vers les décombres du bâtiment. Les soldats continuent d'avancer, ils les acculent elle et le reste du groupe. Les cobayes. Son père est à ses côtés, sous étroite surveillance. Mais où est donc cette raclure de Viskeu ? Réponse : encore en train d'essayer de prendre la poudre d'escampette, profitant du chaos pour se glisser furtivement hors du combat.

- Oh non ! fais-je tout en me déplaçant instantanément dans sa direction.

Laissant temporairement l'ours sur la touche, j'interviens en collant une grosse mandale au captif et en le ramenant avec moi sur le ring. Déposant son corps à nouveau inerte à mes pieds, que je repousse négligemment d'une pression de la cheville, je fais à nouveau face à l'ursidé. Bonne nouvelle à ce propos : ma main droite a fini ses conneries et je peux à nouveau concasser avec. Choc de ma main droite dans la paume de ma gauche, je signale être prête pour un nouveau round.

- Quand tu veux mon nounours. Qu'est-ce qu'il y a, tu as peur des gros méchants robots ?

- Votre insolence est détestable. grogne en retour la bête tout en me montrant les crocs.

Néanmoins celle-ci ne se fait pas prier pour foncer tête baissée dans ma direction. Enfin pas vraiment, son regard virevolte. Elle est attentive au moindre de mes mouvements. Mais je ne compte pas me défier, je n'espère pas non plus jouer la carte de la malignité. Juste encaisser le choc. Et tester une nouvelle technique que j'ai déjà essayé de développer avec Raoul durant mon entraînement au Fruit des Séismes, mais qui jusque là m'a systématiquement fait défaut. Un art martial auquel on a réfléchi avec le vieux, au vu de mes capacités. Quelque chose d'inédit qui sort des sentiers battus. Le Rokushiki... couplé aux ondes sismiques. Un coup auquel l'ours ne résistera pas cette fois-ci. Et l'île peut-être aussi.

- Jishin Kenpou...

Je me campe solidement sur mes positions, la prothèse sévèrement griffée à l'arrière de mon dos, prête à décrocher un puissant coup. Le summum de mon art, je sens la force influer sous ma peau. Je vois la lueur bleu s'arrondir autour de mon poing. Et au moment où le choc doit avoir lieu...

Une puissante migraine.

Un mal de tête violent qui m'assaille. Moi, ainsi que mon opposant. Et tous les gardes autour de nous. Mon incantation est interrompue, la charge du monstre est scellée et tous nous nous retrouvons avec le cerveau brutalement en compote. Puis les corps tombent, comme des mouches. Ceux des rescapés que nous avons sauvé. Ceux des gardes qui ne croulent pas sous les décombres, sous les pans de terre qui se sont soulevés. Tous, ils forment un cercle d'endormis. Ils sont tous inconscients, autour de l'épicentre magistral de cette capacité qui me dépasse. Et que l'ours nomme, avant qu'un autre n'ait pu le faire.

- Le Haki des Rois...

Même Viskeu qui semblait déjà s'être relevé rejoint le sol, trop fatigué pour lutter. Trop faible. Ne laissant plus que quatre personnes conscientes de la suite des choses, conscientes de ce qu'il va se passer. De cette rencontre au sommet. Hayley, Orfald, l'ours et moi.

- C'est... c'est...

- Tu l'as utilisé finalement !

- Je suis exténuée...

L'ours est le premier à déposer les armes, comme si ça ne servait plus à rien de lutter désormais. Je ne suis pas sûre de comprendre, mais celui-ci se rend directement au chevet de son roi, et de la princesse, ne dardant même plus un seul regard dans ma direction. Comme si j'avais cessé d'exister. Puis c'est en remarquant la réaction du roi que je saisis la perte d'engouement du garde animal. Il s'est agenouillé. Devant sa fille. Il a renoncé et a plié l'échine, les mains portées au-dessus de sa tête comme dans un signe de toute puissance de... la jeune femme.

- C'est un don du ciel.

- Messire, redressez-v- vient assister l'ursidé, la patte tendue dans un signe d'assistance.

Non, il ne se relèvera pas, pour des raisons mystérieuses qui me poussent à prendre la pose, les bras croisés sur la poitrine. J'attends des explications, spectatrice de la scène qui se déroule devant mes yeux. Et ceux de Hayley, qui est toute autant perdue, dont les prunelles cherchent visiblement la signification de tout ceci dans l'expression incrédule de son père. Désormais en pleurs.

- Un serviteur doit savoir s'agenouiller lorsqu'il est face à son maître.

- HEIN ?!

Hystérie générale après cet aveu qui signe définitivement la fin de la carrière du roi. Ou tout du moins de sa notoriété. D'un Dieu, d'un Dragon Céleste, l'homme venait de passer à une pauvre loque humiliante, battue pour une raison aussi obscure que capillotractée. Et il avait reconnu sa progéniture comme sa maîtresse. Hayley, princesse de Strong World malgré elle, sacrée reine ?

- Mais je...

- Petite, tu possèdes un don rare. Un don que seul un homme sur un million possède. Le Don des Rois.

Je me doutais bien que c'était une forme de Haki, n'empêche. De là à avoir un titre aussi pompeux que "Haki des Rois". Mais je suppose qu'il faut se rendre à l'évidence : le pouvoir envoie du steak. Même avec mes séismes je ne peux pas provoquer autant de cas d'inconscience aussi rapidement. Ou en tout cas pas sans provoquer d'innombrables morts. Par peur d'essayer, je renie l'idée aussitôt qu'elle me vient à l'esprit, soucieuse de ne pas finir comme ces vils pirates qui ont possédé ce pouvoir avant moi. Si je commence à le contrôler désormais, c'est pour l'utiliser à bon escient, comme je viens de le faire. J'ai détruit un laboratoire où des innocents étaient capturés pour devenir des cobayes, après tout. Ai-je besoin de me rassurer ? Définitivement oui.

- Je ne peux porter cette couronne plus longtemps. Pas au vu de la façon dont je gouverne. Si je pouvais la retirer, je le ferais. Bob, aide moi donc : enlève moi cette responsabilité que je ne saurais porter. Mon fidèle chef de la garde, tu n'as plus à me protéger désormais. Je ne suis plus ton souverain et je ne l'ai jamais été.

Le grizzly reste transi, affichant autant d'émotions qu'un ours peut le faire, le visage aussi lisse que d'habitude. Impassible. Il s'exécute pourtant sans mot dire et vient soulever le diadème qu'il tient entre ses grotesques pattes poilues. Le moment semble figé, le vent ne souffle même plus et seuls quelques ronflement des soldats endormis transpercent le silence. Et pourtant, rien ne bouge. Même pas les flocons de neige, qui semblent gelés dans leur descente, aussi légers et infimes que lents à rallier le sol.

- Je ne comprends pas. Pourquoi veux-tu perdre tout ce que tu t'es évertué à bâtir ces dernières années. Certes ce que tu as fait avec Balgor Viskeu était terrible et heureusement que l'on est intervenues avant que ça ne vire au drame. Mais tu as aussi fait de bonnes actions pour Strong World. Tu as sauvé ses citoyens.

- Pour mieux m'en servir pour mes expériences ensuite ! Des moutons de Panurge, bons à être gouvernés, menés à la baguette. Tous persuadés que je suis un Dragon Céleste alors que non. Je ne suis qu'un homme qui a abandonné sa famille... sa petite fille de cinq ans pour devenir Dieu. Et me voilà, criminel enchainé. Et je mérite ces chaînes bien plus que l'amour que tu m'as porté pendant toutes ces années, passées à me chercher. Oh comme je comprends désormais ta douleur... Mais cet amour fait ta force, j'en suis sûre. Et le fait que tu possèdes un don tel que le Haki des Rois ne laisse désormais présager plus aucun doute. J'y ai réfléchi après notre capture, après notre discussion dans le laboratoire, après m'être pétrifié en te voyant, en reconnaissant tes yeux. Mais désormais j'ai pris ma décision.

Le timbre de l'homme est lourd, sa pomme d’Adam tremblotante et ses yeux larmoyants. Où est passé le roi fier et droit, dissimulé dans cette carapace de lâcheté. Son masque de la Comedia del Arte. Son visage pleurnichard et ses airs dramaturges, qui ne sont que le fruit de l'aristocratie qu'il a bâti dans son culte. Dans ses idées. Sa forteresse est en ruines tout autant que son sang royal, désormais. Alors vas y, parle, sors ce que tu as à dire. Quelle est ta décision ?

- Je veux que tu sois mon héritière, quand le couperet tombera. Quand ma mort sera précipitée et que mon pouvoir passera dans un fruit. Je sais qu'il sera près de toi. Et je veux que tu sois la nouvelle Reine de Strong World, car le peuple t'acclamera. Car tu seras leur sauveuse et moi leur tyran. Car cette dizaine de gens que tu as sauvé deviendront tes plus loyaux sujets et défendront ta cause. Ainsi que Bob.

- Je n'existe que pour servir le roi ou la reine de Strong World. Si Madame le veut bien.

La couronne toujours entre ses griffes, Bob le grizzly s'avance en direction de ma coéquipière. Ses intensions sont opaques et son museau toujours aussi inexpressif. Interloquée. Profondément choquée, elle arrive difficilement à bafouiller, à émettre un long "euh" malgré la suggestion de son faire-valoir, celle de mettre le symbole royal sur le haut de son crâne.

- Je... C'est trop soudain... Je ne sais pas si je pourrais.

Pauvre idiote. Je dois forcer les choses, je dois lui faire comprendre qu'elle ne doit pas passer à côté de ça. Son allégeance au Gouvernement Mondial et cet héritage, le fruit de tout son travail. Elle a retrouvé son père mais le perdra bientôt. Mais il lui reste un souvenir, un souvenir qu'il lui lègue car il a été faible. Je comprends sa soif inextinguible de pouvoir autant que sa culpabilité. Je le vois bien parcouru par des centaines de sentiments contradictoires. Intérieurement, il doit s'en mordre les doigts, ses démons doivent lui hurler de continuer de se battre, de demander à l'ours de décapiter violemment sa propre fille. Mes démons l'auraient fait, pour rester en vie. Pour rester puissante. Y aurais-je répondu ? Pourrais-je tuer la chair de ma chair, quand j'ai déjà sacrifié mes parents ? Elle doit accepter. Une discussion s'ouvre, une discussion entre elle et moi.

- L’œuvre de ta carrière.

- Hein ?

- Tu n'as jamais été une très bonne agente. Moyenne, convenable peut-être. Tes faits d'arme ne sont pas fabuleux et tu as toujours rechigné à tuer, malgré ton allégeance au CP9. Tu as su conserver tes sentiments dans un sachet hermétique et ils ont fleuri dès que tu as mis le pied sur cette île. Ça t'a aveuglé, avoue, d'apprendre que ton père était à la tête d'un royaume. D'apprendre que l'homme qui t'a abandonnée et que tu as toujours recherché se trouvait là, juste au-dessus de ta tête. Maintenant il t'offre sa vie, pour le Gouvernement Mondial. Et il t'offre cette couronne, car tu es sa fille et que tu es digne de gouverner. Tu as ce pouvoir en toi et il a un sens. Alors saisis cette occasion de boucler magnifiquement ta carrière d'agent secret, saisis cette occasion d'offrir un nouvel avenir à ce pays. De terminer ta mission dans un coup d'éclat mondial. Hayley Caldaerys Farewell, Reine de Strong World.

Oui, je présume beaucoup, mais fragilisée comme elle est, j'arrive aisément à lire ses sentiments. A sentir sa nature faiblarde émotivement. Elle l'a camouflée, elle s'est réfugiée derrière son rêve pour devenir un agent sans cœur, mais maintenant qu'elle l'a exaucé, tout ressort d'un coup. Comme par magie. Et honnêtement, elle n'a plus d'utilité ainsi façonnée. Mais elle pourrait en avoir plus en saisissant le sceptre royal et en nouant des relations avec le Gouvernement Mondial. Avec Marie-Joie qui ne se trouve pas si loin. Une opportunité qui, je suis sûre, saura porter ses fruits, saura meubler une partie de l'environnement pour y installer une base de la Marine, au moins. Un fait d'arme aussi pour moi, qui ai déjà ouvert Third District à cette possibilité.

La conquête de Strong World.
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- Tu as raison, Amanda.

Son affirmation est accompagnée d'un geste de la main qui vient délicatement décrocher la couronne des mains de l'ours, pour venir la poser tout aussi légèrement sur ses magnifiques cheveux bleutés.

- Et ma première action en tant que Reine sera d'abolir l'exécution des criminels. Je ne commencerai pas ce nouveau règne sur le sang et la terreur, mais par un acte de clémence.

Soulagement pour l'ancien roi. Il ne peut pas s'empêcher d'expirer un bon coup, même s'il était favorable à sa propre mort. Ce n'est pas comme ça qu'il lavera ses pêchés. Pour ma part je me demande bien à quel jeu joue notre nouvelle souveraine, qui affiche à nouveau de grands yeux de biches tout laissant courir son index sur la joue de son paternel.

- Papa, il est hors de question que l'on t'assassine. Tu dois te repentir de tes crimes et rembourser ta dette en prison. Je ne te sauve pas la vie, je ne suis pas faible comme tu l'as été. Je voulais te ramener à la maison, mais je me rends compte que ma maison c'est ici finalement. Alors en t'enfermant dans une cellule jusqu'à la fin de ta vie, je te conserverai en quelques sortes près de moi. Pour te surveiller, te rappeler ta folie. Quand la solitude ne le fera pas. Quand tu souffriras l'absence soleil. Quand tu souffriras la déchéance et la haine des autres à ton égard. La haine de ceux que tu as fait souffrir. Des familles que tu as déchiré. Des hommes que tu comptais envoyer au combat pour tes propres intérêts. Pour ta vengeance. Non, tu resteras dans les ténèbres à te ressasser tes actes. Ce sera ton purgatoire et je viendrai te le rappeler. En tant que Reine de Strong World et en tant que fille.

Le soleil qui se couche, qui disparaît derrière l'horizon et nappe la scène d'un grain orangé donne décidément plus de poids aux paroles de la jeune femme. Chez qui je découvre un don pour suspendre l'auditoire à ses lèvres. Autant Orfald que Bob ou moi. Bon sang, on la croirait née pour gouverner. Ses décisions sont justes et honorables. Je suis fière de l'avoir menée dans le droit chemin. Comme si cela ravivait d'ailleurs les environs, les hommes de la garde et tous les autres endormis reprennent progressivement conscience. Trouvant leur roi agenouillé et leur nouvelle reine couronnée. Bob aboie déjà des ordres pour que sa protégée se fasse entendre, en tant que Chef de la Garde Royale.

- Nous n'avons plus aucune raison de se battre. Le roi Orfald Caldaerys s'est rendu. La couronne revient de droit à sa fille que voilà : Hayley Caldaerys Farewell, "la Clémente".

Joli titre. Ponctué par des applaudissements et des encouragements. Certains gardes semblent dépités, la grande majorité ne comprend pas ce qu'il se passe et d'autres, plus pacifistes, apprécient la nouvelle situation. Fini de se battre, plus de mort. Plus de séisme. Une bataille reste une bataille et lorsque celle-ci se termine, peu importe sa gravité, il y aura toujours des hommes pour se réjouir. Se réjouir d'être en vie, se réjouir d'avoir scellé un accord de paix.

- Le Gouvernement Mondial saura appuyer la Reine dans ses décisions et aider le royaume à s'étendre, j'en suis persuadée. Vous n'aurez plus besoin de vous battre ! La Marine sera là pour vous défendre. Alors jetez vos armes et vivez ce moment. Ce moment de paix et de gloire pour Strong World, pour ses citoyens et pour sa nouvelle alliance !

Tonnerre d’applaudissements cette fois-ci. La plupart n'a jamais été exposée au Gouvernement Mondial. Pour les autres, il est temps de partir, car le pays va subir des changements radicaux très bientôt. Hayley appuie mon discours d'un hochement de la tête. C'est bien, on est sur la même longueur d'onde. Bob lui propose d'exécuter sa première mission :

- Ma Reine, j'aimerais personnellement passer le mot dans la capitale, si vous le voulez bien. Permettez moi d'offrir à mes hommes et aux prisonniers la possibilité de retrouver au plus vite leur foyer, leur femmes, leur enfants.

- Faites donc. Tenez les informés de la situation pour que nous puissions quitter cette île maudite au plus vite.

- Merci votre grâce. termine l'ours en s'agenouillant, aussitôt succédé par tous les hommes d'armes dans les environs.

Puis la poignée de civils. Le roi prisonnier. Et enfin moi. Et ma main qui brutalise Balgor pour qu'il fasse de même. Celui-ci aussi pleurniche, mais de façon encore plus pitoyable que son complice.

- Je ne veux pas retooooourner en prisooooon... Boouuhouhouuuuuuhou...

- La ferme ! Tiens, rendors-toi plutôt.

Bim, troisième bosse bien fumante sur le crâne et le criminel fait à nouveau une bonne petite sieste. Il est temps de m'en retourner moi-aussi. Au moins de trouver un endroit où enfermer ces deux sagouins le temps de récupérer des forces.

- Joignez vous à nous. Nous partons en direction de Strong Town. Il existe une prison dans la ville. De toute manière le roi doit répondre de ses actes devant les concitoyens.

- J'ai promis de dire la vérité. rajoute ce-dernier, désormais surveillé par l'ours qui surveille bien ses arrières.

- Ma foi, je n'ai aucune raison de refuser. Il faut bien que je répare le bras que vous m'avez ravagé, avec vos vilaines griffes.

- Vous pourrez me dire comment vous avez eu ce bras. Vous faites un redoutable adversaire, j'en ai bien peur. concède finalement mon interlocuteur.

- Et vous un ours étrange. J'attends aussi de savoir comment cela est possible. renchéris-je.

- Une expérience comme une autre. Sauf que la mienne n'a pas si mal tourné : je suis devenu un ours plus intelligent, doué de la parole. Alors j'ai appris et je suis devenu ce que je suis désormais : le Chef de la Garde Royale. Et j'adore mon métier.

Finalement le bonhomme se veut d'assez bonne compagnie. J'avoue être encore surprise lorsque je vois ses gigantesques crocs poindre hors de ses babines, cependant l'animal l'est tout autant lorsque ses yeux se posent sur mon bras zébré de métal. Nous sommes tous deux des prodiges de la science, en quelques sortes, ce qui nous rapproche bien.

Fermant la marche du cortège avec chacun un prisonnier sur le dos, nos discussions finissent par nous rendre plus intimes, le temps d'arriver jusqu'à la capitale. Progressivement, les hommes et femmes kidnappés retrouvent leurs proches dans des flots de larmes de joie. La foule s'amasse autour du chemin menant au palais, curieuse et incompréhensive. Les rumeurs vont bon train, les chuchotements encore plus.

- C'est le roi ? Que fait-il menotté ? Qui est cette femme avec la couronne royale ?

Pas de réponse, tout du moins jusqu'à ce que nous arrivions sur un large promontoire devant la place du château qui se dresse au sommet de la montagne de l'île. Imposant, magnifique. Le moment parfait pour que l'ours fasse son annonce, de façon claire et honnête. Tout est dit, absolument tout. Des projets machiavéliques du roi déchu jusqu'à l'intervention de la Marine et de sa fille pour l'empêcher d'asseoir sa malhonnêteté. Pour l'empêcher de mener le pays dans une guerre aussi déséquilibrée que malheureuse. Encore une fois, un silence incroyable fait peser davantage chaque mot du pachyderme, que l'un des gardes me vente comme une figure d'intelligence sur l'île. Un ours intellectuel, qui l'aurait cru.

- Pour toutes ces raisons, le roi Orfald Caldaerys a accepté sa reddition, confiant la couronne à sa fille. L'élue choisie des dieux, Reine depuis sa naissance, maîtrisant le Don des Rois.

La jeune femme se découvre, dans son apparat habituel, mais avec une aura nouvelle. Une aura royale et raffinée, plus encore qu'avant. Pourvu que ça ne lui monte pas à la tête. Non, la connaissant elle saura garder la tête froide. Je me réjouis d'ailleurs de voir la place prépondérante qu'a le Gouvernement Mondial dans cette histoire. Enquêter et intervenir en sous-main pour finalement aider le peuple du pays ennemi et les soulager de la folie psychopathe d'un roi avide de sang et de vengeance.

- La Reine Clémente, Hayley Caldaerys Farewell !

La foule se déchaîne, en liesse, acclamant nos faits d'armes et la destitution de l'usurpateur, hué pour sa perfidie et ses mensonges. Mais la sauveuse est là. Elle s'avance, lève les bras et récolte davantage de joie et d'amour. La Reine Clémente, rien que ça, un titre qui donne envie de l'apprécier. Alors le peuple ne se pose pas de question. Après tout, ce sont bien des moutons de Panurge comme l'a précisé l'ancêtre. Et il est temps pour ma consœur de prononcer ses premiers mots, la fondation solide de ce nouveau règne.

- Je ferai en sorte que le peuple de Strong World soit heureux et vive en paix avec les autres peuples, par delà les cieux, par delà les mers et par delà les terres. Je vous guiderai vers cela, j'ouvrirai les frontières et laisserai les gens aller et venir comme il leur semble. Je ne promets pas de créer un paradis, mais un lieu où la Justice aura sa voix au chapitre. Un lieu où n'importe qui pourra vivre sans souffrir de discrimination ou bien de douanes terribles. Je vous demande à tous de passer le mot, d'aller à la frontière et de dire aux soldats que tout cela c'est terminé. Que Strong World est libre et son peuple l'est aussi. Nous sommes tous naturellement forts, nous n'avons pas besoin de le devenir.

Déjà bien animée, la ville resplendit de mille feux, les hommes pleurent, les femmes crient et les enfants sont toujours aussi turbulents. La soirée continue donc, festive, dans toutes les rues de Strong Town, tandis que je regarde le spectacle par la fenêtre de ma chambre, temporairement accueillie au palais. Satisfaite d'avoir mené à bien ma mission.

Balgor Viskeu et Orfald Caldaerys désormais derrière les barreaux, je peux enfin fermer les yeux et m'adonner aux joies du sommeil. Du sommeil sans rêves. Bonne nuit pays céleste.

Il est grand temps pour moi aussi de rejoindre "Rêverie".
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