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Lumières nocturnes

- G-12 ?

- G-12.

- Comme les noms donnés aux plus grosses bases de la Marine. Aux QG même. Genre Navarone ou MegaVega ?

- Exactement. Comme il n'y a aucune barrière à la piraterie sur la troisième voie de Grand Line, l'occasion est propice pour tout mettre sur la fin. Et la fin, c'est Strong World.

- Mais alors comment ça va fonctionner, ce machin ?

- Et bien, il y a déjà un fort en construction sur Third District. Celui-ci servira de point d'amarrage pour le G-12 et le transport se fera par aéronefs, à ce que j'ai cru comprendre. Nous avons déjà trouvé l'île idéale pour l'installation d'ailleurs. Enfin, tu n'as pas vu l'émissaire du GM se balader dans le palais il y a trois jours ?

- Qui ça ? Le mec avec une tête de bonobo ?

- Ne dis pas ça, c'est un homme correct et honnête. D'ailleurs il va rester ici et s'occuper personnellement du bon déroulement de la construction. C'est démentiel mais il m'a promis qu'en un mois, le tout serait sur pieds. Et fonctionnel. Tant mieux, car j'ai révoqué la plus grande partie de l'armée royale et il ne m reste plus qu'une petite garde rapprochée. Donc en attendant l'arrivée de la Marine, nous sommes encore vulnérables.

Je me cale au fond de mon siège, l'air satisfaite. Un engrenage qui en entraîne un autre, finissant par faire fonctionner une machine qui nous dépasse tous. L'installation du G-12 sur Strong World. Une autre de ces bonnes surprises que je n'ai pas fini de savourer.

- Des nouvelles du CP9 ?

Une semaine que nous n'avons pas eu de réelle conversation, avec Hayley. Une semaine qu'elle est très occupée et n'a pas un seul temps à m'accorder. Au point que je me demande même si elle dort la nuit ou bien continue à remplir indéfiniment la paperasse. Des lois à éditer, des demandes du peuple à satisfaire, des ponts à renforcer. Bref, plein d'administratif. Au moins ça crée de l'emploi tout ça.

- Alvaro ouais. Il m'a dit de te transmettre ses félicitations. Je les ai eues aussi et apparemment ma couverture a gagné en gallons. Commandante Amanda Holmes désormais, je suis célèbre apparemment. Ça change d'Elizabeth Butterfly.

Elizabeth Butterfly aurait été dépassée par tout ça, elle n'aurait pas eu autant d'influence que Amanda Holmes. Amanda Holmes, la fondatrice du G-12, celle qui a pacifié Strong World et a rallié l'île au Conseil des Nations du Gouvernement Mondial. Un prodige et je le savoure. Je le savoure en profitant de mon court répit sur l'île, dans le palais, à siroter des cocktails près de la piscine. Mais pas là, là je me tiens au chevet de la reine, dans sa suite royale. Un endroit où personne ne peut nous entendre, tout simplement car la jeune femme a besoin d'intimité... en prenant son bain.

- Tant mieux...

- Quelque chose ne va pas ? T'as l'air soucieuse de quelque chose, on dirait.

En vérité, sa voix vient carrément de s'éteindre au fond de sa gorge. C'est pas bon signe. Est-ce que c'est quelque chose qui va perturber ma tranquillité ? Oui assurément.

- J'en apprends tous les jours avec mon père, tu sais. J'ai toutes les pièces du puzzle pour résoudre le dernier mystère de Strong World désormais.

- C'est à dire ?

- Lone Down.

- Lone Down a été éradiquée. On en a rien retrouvé.

- Normal, mon idiot de père a trouvé que c'était une bonne idée d'envoyer l'île entière au-dessus de l'archipel. Et de la retourner comme une crêpe pour que les habitants puissent admirer la magnificence de Strong World depuis leur perchoir.

- Non, sérieux ? Il a fait ça ?

- Oui. Puis ça coïncide avec d'autres échos que j'ai eu récemment. C'est fou tout ce qui nous parvient aux oreilles lorsque l'on gouverne un royaume.

- Le but d'avoir autant de sujets, je suppose. C'est bien s'ils sont loyaux et te tiennent au courant des trucs louches qui ont lieu dans le coin. Vaut mieux ça que le contraire. Bref, ça coïncide avec quoi du coup ?

- Avec des ballons. Des gros ballons, des dirigeables. Ils sont tout une trentaine à en avoir vu un s'élever une nuit, à proximité de leur village. Direction le ciel, tout en haut. Donc Lone Down, car à part l'île renversée, il n'y a rien d'autre là-haut.

- Ouais, ça veut dire qu'ils sont toujours en vie et commercent avec la terre. Bizarre, j'ai rien appris à ce sujet sur Third District pourtant.

- Non, mais par contre, il y a des histoires intéressantes au sujet d'un phare abandonné sur la côte ouest de Third District. Par exemple, on le dit hanté car on peut le voir s'illuminer la nuit. Puis il y a ces bruits étranges de soufflerie...

- Et donc ?

- Et bien, les histoires de fantômes je n'y crois pas, je pencherais plutôt pour un relai permettant aux navires extérieurs de charger leurs marchandises à bord des dirigeables. Puis ce bruit de soufflerie a aussi été rapporté par les habitants de l'île la plus à l'ouest du royaume, lorsqu'ils ont vu l'aéronef monter vers Lone Down. Enfin, des activités nocturnes dans le coin, il n'y en a pas des masses. Et généralement ça signifie que l'on cherche à faire un coup en douce.

- Au pire, peut-être que Lone Down entretient des rapports avec la surface. Qu'est-ce que ça peut nous faire ? C'est leurs histoires.

- Oui, sauf que la majorité des informations que je tiens à ce sujet viennent d'une seule et même personne. Un ancien Commodore de la Marine issu de Lone Down, qui est apparu à Strong Town il y a peu. On sait pas trop pourquoi, mais il voulait te voir. Par défaut, c'est moi qui l'ai reçu et il a commencé à me parler de sa patrie, de son isolement... et de la révolution.

La révolution ? Si je m'y attendais ! Sceptique depuis le début de la conversation, la jeune femme a désormais toute mon attention. Mes oreilles correctement réglées pour recevoir chacun de ses mots et les enregistrer précieusement. Un Commodore de la Marine, donc.

- Il a commencé à me sortir tout l'historique de Lone Down, après que celle-ci a été envoyée dans les cieux. La révolution y a fait un coup d'état, par je ne sais quel moyen, et aujourd'hui l'endroit lui sert de Quartier-Général. Un coin bien planqué et parfait pour ce genre de choses, si tu veux mon avis. J'apporte du crédit à la voix de cet homme. Puis j'ai fait des recherches confirmant qu'il a bien été honnête sur toute la ligne par rapport à son passif dans la Marine.

- Et où puis-je le rencontrer, ce monsieur ?

- Pas très loin. Je lui ai dit de t'attendre dans la salle de réception du palais. Je savais que ça t'intéresserait.

Je ricane. Il semblerait qu'Amanda Holmes ne soit pas encore à la retraite. Interruption brutale des vacances mais nouvelle intrigue, nouvelle île à renverser. Et cette fois-ci un gros travail de fond. La révolution carrément, ça rigole plus. Je n'ai pas souvent eu la possibilité de me mesurer à eux et Craig n'était même pas un vrai révolutionnaire. Autant dire que c'est comme un baptême de l'air qui me laisse toute excitée, lorsque j'en viens subitement à prendre congé de la Reine poliment, avant de m'engouffrer dans l'un des couloirs en direction du hall.

J'arrive tout de suite, Commodore... commodore comment déjà ? Ah oui, Peter Jackspear.
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- Peter Jackspear ?

Pas de doute, ça doit être lui. Le seule gusse de toute la pièce, assis sur l'une des chaises bordant la gigantesque table. Celle-ci qui s'étend d'un mur à l'autre du gigantesque réfectoire. J'arrive donc et l'alpague, ne voyant pas grand chose dépasser du dossier de son siège. Qu'il s'empresse de quitter en entendant ma voix.

- Amanda Holmes, c'est bien vous ?

- Euh... ouais...

Face d'ahuri mais c'est uniquement dû à son expression. L'homme n'est pas bien élégant et possède des traits plutôt communs. Pourtant il a un je-ne-sais-quoi qui trahit ses origines. Peut-être sa façon de parler ou bien ses gestes. On le dirait tombé des étoiles.

- Dieu merci. Je refuse de croire qu'un héros comme vous qui en a tant fait sur cet archipel soit une si belle femme.

- C'est à dire que...

- Vous êtes venue pour ma requête, j'espère bien ? Pour Lone Down, mon pays, ravagé par les affres révolutionnaires...

- Et bien oui mais...

- Dieu soit loué ! Merci, honnêtement merci du fond du cœur. Je ne peux décemment pas laisser mon pays souffrir plus longtemps de la sorte. Ces gens sont malhonnêtes, ils profitent de Lone Down pour accomplir leurs basses basses œuvres. Ils ont réussi à amadouer le peuple mais ils ne m'auront pas, moi. Je reviendrai les sauver !

Beaucoup de mentions à Dieu dis donc, c'est plutôt atypique. Ou étranger. L'homme s'est littéralement enflammé avec son complexe du sauveur plutôt apparent. Est-ce qu'il est cinglé ? Non, je pense qu'il s'agit d'un tempérament typique de sa patrie. Quelle pipelette, il a quand même réussi à aligner toute sa prose en moins de dix secondes. Et si je ne le coupe pas instantanément, il est bien parti pour continuer.

- Reprenez-vous, Commodore. dis-je d'un ton sec.

Son visage se referme, devient plus calme. C'est comme cela que l'on doit aborder les choses.

- J'ai besoin que vous me guidiez vers ce fameux phare...

- Le Phare d'Ancrelieu ?

- Celui-là même. La reine nous a déjà affrété un transport pour éviter de repasser par ces... terribles ponts.

- Elle vous a mis au parfum ?

- Dans les grandes lignes, je compte bien en apprendre plus en chemin. Mais ne perdons pas plus de temps ici, il est temps de se mettre en route. Vous avez tout ce qu'il vous faut ?

Moi oui, j'ai eu le temps de passer par ma chambre et récupérer des affaires. Un sac plutôt large que je tiens dans ma main et qui pèse une tonne. Mais je m'en sors pas trop mal, j'ai tout un nécessaire de survie là-dedans. A vrai dire, je ne suis pas bien sûre de ce à quoi ressemble le royaume de Lone Down. Une île retournée, c'est effrayant, comment les gens arrivent-ils à survivre là-haut ?

- Et bien oui, je suis paré à partir dès que possible.

Il faut dire que l'homme n'a pas l'air richement vêtu. Son apparat est simple, comme son visage. Simple et commun. Des vêtements ni trop propres, ni trop sales. Ceux d'un mec qui a roulé sa bosse sur Third District je suppose. Mais pas un fou à lier comme ceux d'en bas, il a un bon phrasé. C'est peut-être une sorte de noble ou un équivalent, je compte bien en apprendre plus à son sujet. Car il a l'air sacrément attaché à son pays. Trop pour être un simple concitoyen, plutôt comme un type haut-placé qui s'inquiète des ingérences politiques de la révolution.

- Dans ce cas mettons les voiles.

...

- Qu'est-ce que c'est que ça ?

- Votre moyen de transport vers Third Distrct.

- Mais c'est un cormoran !

- Ma compagne de voyage mérite bien mieux qu'un vulgaire oiseau, enfin ! Vous avez devant vous la Protectrice du Royaume, Amanda Holmes !

- Ce sont les ordres de la reine. Il n'existe aucune embarcation permettant de rejoindre la terre ferme. Juste les cormorans.

Un oiseau géant et une nacelle. Nous voilà bientôt embarquées à bord, par la force des choses. Mieux vaut cela que le Chemin des Fidèles. Le transport se fait d'ailleurs assez rapidement, mais me donne l'occasion d'être terrassée par un mal inconnu durant tout le trajet. Les nausées refluent à chaque fois que l'animal bat des ailes. Un calvaire, une malédiction.

- Je... Malade...

Si je vomis par dessus le cordage, pourra-t-on m'en vouloir ? Un déchet de plus ou de moins sur Third District, ça se trouve je retrouverai ma galette en bas. Mais non, je me retiens. Essentiellement pour ne pas perdre la face devant mon petit protégé, qui ne comprend pas pourquoi je sue à grosses gouttes et roule des yeux fiévreux. Là, calée dans un coin du transport. Pour le peu de place que l'on a dans cet étrange panier en bois qui nous transporte.

M'aurait-on dit que je mourrais d'envie un jour de rejoindre Third District, je ne l'aurais jamais cru.


Dernière édition par Annabella Sweetsong le Lun 8 Aoû 2016 - 10:21, édité 2 fois
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Éviter La Ville. Par mesure de précaution. Dix minutes que nous sommes arrivées sur Third District et que nous longeons soigneusement la côte, en direction du phare. Non sans rencontrer dans nos pérégrinations les fondations de quelque chose de gigantesque.

Quelque chose qui me dépasse.

- Est-ce que c'est...

- Je ne crois pas me tromper en identifiant l'emblème de la mouette. La Marine s'installe dans le coin ? Les travaux ont déjà bien avancé, je me demande depuis combien de temps ils sont là...

Impossible, ça doit même pas faire une semaine. Pourtant le bâtiment gargantuesque est déjà bien entamé. Situé sur un monticule rocheux au milieu d'une baie déjà bien imposante, les fondations de l'énorme tour se dressent en dehors de l'eau, ralliant le bord de la côte grâce à de solides ponts en pierre. Et une multitudes de structures en bois tout autour, accueillant les baraquements des ouvriers.

- Halte là !

Un soldat de la Marine qui fait le guet. Pas étonnant, ça serait dommage que les anarchistes commencent à attaquer la structure qui envahit leur propriété. Pourtant je décline rapidement mon identité et tout va pour le mieux.

- Amanda Holmes. Nous ne faisons que passer.

- Impossible ! Alors c'est bien vous la mystérieuse Lieutenante de la Marine qui a permis tout cela ?

- Commandante. corrigé-je.

- Toutes mes excuses, Commandante Holmes. Vous savez, j'ai énormément de considération à votre égard. Je...

- Caporal, je suis en mission actuellement. Je n'ai que faire de vos considérations. Pourriez-vous dégager le passage ?

Non, car il est bien gentil le minot mais on a autre chose à faire. Du style, sauver une île du fléau révolutionnaire. Alors il se bouge, il s'esquive et nous ouvre la voie. Ce qui nous permet d'entrer dans une zone un peu plus militarisée où sont stockées et entreposées toutes les armes du régiment chargé de protéger le chantier.

- Sacrément colossal.

Vu du niveau de la mer, la bâtisse semble encore plus énorme. Dans le respect des règles architecturales du Gouvernement Mondial. Toujours plus, toujours plus haut, toujours plus gros. Une façon de montrer qui c'est qui a la plus grosse paire, j'imagine. Et puis ça dissuade bien aussi. Et si ça n'est que la face émergée de l'iceberg, j'imagine pas à quoi va ressembler le G-12 plus haut.

- J'ai toujours apprécié remarquer à quel point la Marine met les petits plats dans les grands. Ah, la belle époque, si je pouvais retrouver mon poste.

- Comment l'avez-vous perdu ?

- J'ai démissionné. Les affaires familiales obligent.

- Celles qui vous poussent à vous battre pour que Lone Down retrouve sa liberté ?

- En quelques sortes. Le roi était mon père et les révolutionnaires l'ont assassiné. En tant que Lord, je n'ai pas cautionné ces agissements, même si mon père était bouffi d'orgueil. Il ne méritait pas un sort pareil. Alors j'ai été exclu de mon propre royaume.

Un prince donc. Pas étonnant que celui-ci soit venu me voir. L'opportunité à saisir était trop belle. Une princesse qui récupère le trône de son père déchu, ça fait écho dans la région. Et comme le gaillard est exilé, il a tenté le tout pour le tout. Reste à voir jusqu'où il est prêt à aller pour récupérer son royaume. J'ai bien évidemment ma voix au chapitre et mes conditions seront non-négociables.

Tandis que nous continuons d'évoluer dans la nature côtière, le paysage s'efface pour laisser place à un ensemble de falaises et de récifs acérés qui pointent en dehors des flots comme des montagnes marines, des dents de la mer. Les rocheuses qui bordent l'océan sont à la fois brunes et grises, ce qui rend le tableau encore moins jovial et donne une apparence encore plus dangereuses aux vagues qui viennent s'écraser sur la surface en pierre irrégulière.

- Nous sommes bientôt arrivés. informe mon compagnon de route, après vingt minutes supplémentaires passées à arpenter la bordure de l'île.

- Je ne vois aucun phare à l'horizon.

- Ça n'est pas étonnant. Il est plutôt bien dissimulé. Regardez mieux. Le rocher, là-bas, au bout du promontoire qui s'avance dans la mer.

Plissant les yeux, utilisant mon Haki, j'identifie finalement une masse ocre, terreuse, qui se dresse sur plusieurs mètres et semble faire corps avec le paysage. Partiellement délabrée.

- Ça y est je le vois. On peut y accéder à pieds ?

- Nous sommes chanceux, la marée est basse. Mais nous devons faire vite, sinon nous risquons d'être pris dans le changement de marée. Et je ne donnerai pas cher de notre peau si ça arrive.

Moi non plus. Pas maintenant que je coule comme une enclume dès que mon corps est à moitié immergé. Le danger est réel, alors je ne me fais pas prier pour emboiter le pas de course au prince. Et bientôt ce n'est plus sur la terre ferme que nous posons le pied, mais bien sur ces rochers aussi escarpés et tranchants, garnis de coquilles de crustacés bien souvent bivalves, qui constituent le terminus du chemin. A tâtons, aussi prestement que faire se peut mais avec une dextérité incroyablement mise à l'épreuve, nous rejoignons finalement la base du phare abandonné.

Ancrelieu et ses mystères.
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- On fait quoi maintenant ?

- On attend.

- On attend quoi ? Qu'il fasse nuit ?

- Tout à fait, pour que le gardien du phare rapplique et guide le prochain navire jusqu'à la côte. Ce qui fera venir le zeppelin.

- Zequoi ?

- Un gros ballon servant à transporter des marchandises et des hommes, si tu préfères. Pas dit qu'on le verra arriver dans l'obscurité, mais dans tous les cas on pourra l'entendre à cause du vrombissement de la chaudière de l'engin.

Pas sûre de tout comprendre, mais je crois saisir qu'on va devoir voyager à bord d'un truc volant. Normal, si l'on veut se rendre sur Lone Down. Néanmoins ma nouvelle phobie vient me rappeler mes nausées précédentes avec le cormoran.

- C'est pas très confortable... avoué-je tout en me massant la colonne vertébrale, malmenée par mon siège rocheux.

Une sorte de petite grotte découverte par l'homme, juste sous les fondations du phare. Un endroit plutôt humide et sombre, mais qui a le mérite de fournir un point de vue plutôt complet sur le paysage maritime. Ici, on nous ne nous verra pas, en revanche nous nous verrons ce qu'il se trame. Le soleil se couche et je commence d'ailleurs à avoir des crampes, à force d'avoir le dos courbé pour mieux me comprimer dans l'espace minuscule. Mon camarade princier ne semble pas très à l'aise, lui non plus. Tant mieux, nous sommes logés à la même enseigne au moins.

- Regarde, le gardien arrive ! Là-bas, le petit canoé.

En effet. Une toute petite embarcation qui évolue lentement, aussi lentement que le soleil vient pourlécher les vagues, très bas à l'horizon. A son bord, un homme costaud et bourru, un marin que l'on reconnaît bien à ses goûts vestimentaires, à son épaisse barbe et à ses bras musclés.

- Un révolutionnaire, ça ? chuchoté-je à mon comparse.

- Un contrebandier. Il passe allumer le phare chaque fois que la révolution a besoin d'utiliser la zone. C'est à dire une fois par semaine. Probablement pas un mauvais bougre, il doit être grassement payé, je suppose.

- Et comment tu as su qu'il y aurait un échange cette nuit ?

- Malgré les apparences, je possède encore quelques atouts dans ma manche. Des contacts au sein du gouvernement.

Ah pratique. Utile même. Si contacts il y a, alors il y a probablement moyen d'envenimer les choses de façon politique, sans faire appel à la force brute pour déloger les criminels. Oui, il me faudra en savoir plus à ce sujet, mais je me dois de rester focus sur ce qu'il est en train de se passer. L'homme a disparu et je le devine en train de grimper les escaliers, au-dessus de nos têtes. Puis un bruit se fait entendre, un "Clac". Un interrupteur ou bien quelque chose de similaire, qui vient dresser un faisceau de lumière sur un point fixe, dans l'océan.

Une vingtaine de minutes s'écoulent, le soleil a disparu, la lune a pris sa place, haute dans le ciel étoilé. Pas d'autre lumière que celle du phare, qui éclaire désormais par intermittence les récifs à proximité. Le gardien s'applique à bien faire son travail. Silencieuse, je profite donc de mes capacités visuelles exacerbées pour noter la présence d'un navire marchand plus loin. Celui-ci vient dans notre direction.

- C'est eux ?

- Et l'autre qui ne devrait plus tarder...

A juste titre. Lointain d'abord, le vrombissement aérien se fait de plus en plus violent, de plus en plus audible tandis que l'aéronef apparaît hors de la voute nuageuse, pour venir s'amarrer près des rochers apparents grâce à un ingénieux système d'ancres et de bouées. Irrémédiablement, l'autre navire se rapproche du dirigeable.

- Allez, il est temps d'y aller.

Sortant donc de notre cachette, nous avançons dans la semi-pénombre, en contrebas du phare. Furtivement, nous arrivons à progresser sans trop nous écorcher ou tomber dans la flotte, par chance, jusqu'à ce que mon camarade me fasse signe d'arrêter ma course. Ce qui ressemble vulgairement à la cale de la nacelle flottante soulevée par le ballon s'ouvre non loin, tandis que des hommes mettent en place un ingénieux système de radeaux pour déplacer les marchandises depuis le pont du navire voisin.

- Maintenant !

Deux manutentionnaires seulement et quelques hommes sur le bateau qui manœuvrent le déplacement des grosses caisses en bois. De dos, ils nous fournissent tous ou quasiment tous un angle mort parfait pour pouvoir nous glisser à l'intérieur de l'aéronef. Et au vu de la facilité avec laquelle nous entrons et nous dissimulons entre les blocs de bois, il semblerait que ça ne soit pas la première fois que mon compagnon joue au passager clandestin.

- On ne bouge pas jusqu'à ce qu'ils aient refermé les portes. Ensuite nous aurons tout le loisir de discuter.

Ça tombe bien, j'ai des choses à évoquer avec le bonhomme. Tapis dans l'ombre, nous restons ainsi immobiles pendant de longues minutes, pendant que les ouvriers viennent charger le vaisseau. Enfin, les radeaux sont retirés et placés contre les parois, debout, puis les portes se ferment de l'extérieur. Nous sommes prisonniers plus qu'autre chose, en réalité. Mais je préfère voir les choses du bon côté :

- On a réussi !

- Huhu. Ils ne vérifient jamais l'intérieur des cales. Une mauvaise habitude qui devrait leur coûter cher.

J'espère bien. Enfin, ce qui me coûte cher actuellement, c'est l'ascension du conteneur. Car l'aéronef est secoué par des vents turbulents qui me font rapidement chavirer à droite à gauche. Et les nausées reviennent.

Noooooooooooooon.
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Nausées. Nauséeuses nausées. Nauséeuses nausées nauséabondes. Désolée pour l'odeur.

- Ça va mieux.

- Je crois pas avoir déjà vu un être humain vomir autant.

- Vous n'avez pas été au même lycée que moi alors.

Private joke sur les jeunes lycéennes boulimiques, l'homme ne capte pas, tant pis. Je fais bien attention à conserver mon sac à vomi près de moi : il s'agirait pas qu'un révolutionnaire tombe dessus et comprenne qu'il y ait des passagers clandestins. D'ailleurs je fais même un nœud avec les lanières pour qu'il n'y ait pas de fuites. Pas l'occasion de me rincer la bouche alors j'enchaîne. Tant pis pour le goût de vomi. Et l'odeur.

- Tu m'as dit avoir des contacts au sein du gouvernement du pays. Dis m'en plus. Qu'as-tu prévu de faire ? Pourquoi as-tu besoin de mon aide, spécifiquement ? Que veux-tu faire ?

La conversation se fait à voix basse. On sait jamais, les parois peuvent être fines, mal isolées. Ils pourraient entendre ce que l'on est en train de se dire et ça serait fâcheux. Alors nous maugréons dans nos barbes en évoquant la suite du plan.

- Il existe un endroit où nous serons en sûreté en arrivant. Il va probablement falloir traverser la ville, mais une fois dans les mines nous serons à l'abri des regards indiscrets et des oreilles fouineuses. A partir de là, nous pourrons commencer à établir une stratégie pour évincer la révolution.

Évincer, un mot qui me plait bien. C'est très Cipher Pol ce qu'il me propose, ça demande des qualités qu'une simple Commandante de la Marine ne saurait avoir. Se doute-t-il de quelque chose ? C'est bien trop tôt pour perdre ma couverture. Il poursuit.

- Bon, avant que tu ne le découvres par toi-même, il faut que je t'explique deux trois petites choses. L'île tout d'abord, elle est retournée.

- Ça je le sais.

- Oui mais ce que tu ne sais pas, c'est que la gravité y est aussi chamboulée. Sur Lone Down, on marche la tête en bas mais c'est normal. On ne le remarque pas car la seule chose qui permet de le savoir, c'est le soleil qui se lève à l'est et se couche à l'ouest. Quand on le voit. L'île est enrobée dans un nuage pluvieux et les conditions météorologiques sont exécrables.

- Fascinant.

- En effet. De ce fait, à cause de sa situation inversée, la majorité de la population vit à la surface, sans changement apparent dans leur mode de vie. Sauf une infime partie d'irréductibles qui habite dans les mines et qui a la particularité de vivre en sens inverse, d'où leur surnom "d'Inversés". Des hommes et des femmes, des mineurs bien souvent, qui rechignent à s'habituer à la nouvelle situation de l'île. Des conservateurs de l'extrême.

- Nos alliés donc ? Puisque tu as dit que l'on devrait se rendre dans les mines.

- Des alliés, oui. Ils pensent que je peux leur fournir un moyen de vivre à nouveau normalement. Ils ont foi en moi, le problème c'est que ce n'est pas possible. Je n'ai pas les pouvoirs d'Orfald Caldaerys et je ne peux pas retourner l'île ou la renvoyer dans l'océan.

- Problématique en effet. Néanmoins leur support sera d'une grande aide, probablement. Qui d'autre pourrait se rallier à notre cause ?

- Pas grand monde. Peut-être l'un des Lords, un vieil ami. Will Stone. Le problème c'est qu'il est plutôt loyal au gouvernement en place, on arrivera pas à le convaincre de tout abandonner pour notre cause.

Oh si, ne t'en fais pas. Je trouverai un moyen. Tous les hommes sont corruptibles, peu importe leur loyauté. C'est juste un indice pour le prix à fixer.

- Comment fonctionne le gouvernement actuel, du coup ?

- Et bien, c'est assez simple malgré tout. L'île est gouvernée par la Chambre des Lords, présidée par le Lord Président. Chaque Lord veille à ce que l'ordre règne dans son quartier. Il existe quatre quartiers et donc quatre Lords, séparés en fonction des classes sociales. Mineurs, ouvriers, ingénieurs et fonctionnaires. Oui, vu que l'île est minuscule, il n'existe qu'une seule ville dessus. Mais une gigantesque métropole néanmoins.

Plus qu'intéressantes, toutes ces informations. Il me tarde de mettre pied à terre sur cette curieuse île céleste. Déjà des perspectives d'approches commencent à poindre, tandis que l'ex-Commodore me dresse le portrait des autres Lords... et enfin celui du Lord Président.

- Il se fait appeler Guinness Murphys mais je ne sais pas si c'est sa véritable identité. Il s'agirait apparemment d'un atout de la révolution. Enfin rien n'est sûr à propos de ce gars, sauf qu'il a réussi à provoquer un attentat pour destituer mon père. Le peuple l'a élu, mais je ne sais pas si son gouvernement plait à tout le monde désormais. Je ne pense pas.

Une cible de choix bien juteuse. Les distinctions vont pleuvoir lorsque j'aurai mis cette enflure au trou. Une bien belle proie donc. Et qu'en est-il des forces armées, vu que mon compère semble si bien renseigné ?

- Cinq milles soldats révolutionnaires pour entre deux et trois mille gardes Lone Downiens. Si l'on arrive à rattacher un Lord à notre cause, on peut voir nos rangs grossir d'environ cinq cent âmes.

- Sans compter les civils.

- Qu'est-ce que tu insinues ?

- Que la rébellion ne sera pas qu'ar-

Vrrrrooooonnnn...

Interrompue dans ma phrase, je me retrouve soudain propulsée contre l'une des parois du dirigeable. Mon cœur manque un battement : on chute ? On perd de l'altitude ? Puis je comprends soudain en voyant les marchandises solidement attachées au sol de la cale : l'aéronef se retourne complètement. Ballotée dans tous les sens avec mon comparse qui me fait signe de m'accrocher, comme lui, à l'une des caisses. Et c'est tout aussi soudainement que le ballon semble se redresser. Ou tout du moins, que la gravité se rétablit dans la bonne direction. L'explication du prince ne tarde d'ailleurs pas à arriver :

- Le zeppelin vient de rentrer dans le ciel Lone Downien, la gravité s'est inversée... Maintenant dissimulons nous vite avant que les transporteurs ne rappliquent !

Je m'exécute aussitôt, reprenant mes appuis suite au choc. Une large caisse suffit à me couvrir, dans l'un des coins de la pièce. Et si je comprends bien, désormais nous sommes à l'envers ? Je jette un regard affolé à mon comparse qui me répond simplement, depuis la cachette qu'il a réussi à dénicher :

- Oh et bienvenue, Commandante Holmes !
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