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Contre-révolution


Sixième jour des opérations : Down Park, seize heures.

- Je marche avec vous. avoue l'homme au chapeau.

Notre taupe au sein de la Chambre des Lords avait défini un rendez-vous au Down Park dès la fin de la réunion. Et il était pour le moins anxieux. Très anxieux. Quelque chose de mauvais qui se prépare peut-être ? Quelque chose à nous dire ? Je suis toute ouïe et vu la tournure que prend la conversation d'entrée de jeu, je sens que je vais encore exulter.

- La manœuvre est passée. Je suis le seul à m'y être opposé, malgré la menace. Elizabeth et Builder n'ont pas osé voter contre. Il est plus que temps de renverser ce tyran. Pour ce qu'il a fait à la vieille Marjorie et ce qu'il s'apprête à faire aux enfants de ce pays.

Et puis peut-être car toi-même tu tiens à la vie ? Mais tu préfères rester humble et ne pas le dire publiquement. Je ne peux m'empêcher de sourire, dos à mon interlocuteur. Sachant très bien qu'il ne voit pas mon visage, ni l'expression qui l'habite. C'est démentiel. Murphys l'a fait et Builder a suivi. Pour sauver sa peau. Tout se passe comme prévu, ce qui me fait devenir encore plus paranoïaque. Car l'instant est charnière pour notre plan et le moindre couac peut tout faire cafouiller. Il va être temps de faire intervenir publiquement Amanda Holmes. Mais avant ça, il ne reste plus qu'un dernier Lord à convaincre. Peut-être le plus difficile, puisque la peur dicte désormais ses décisions. Le cul entre deux chaises, qu'il est. Le peuple ou bien la révolution ? Les deux groupes sont bien distincts et il me faut rendre la décision de la réforme publique avant qu'un autre ne le fasse. Il faut que le mouvement naisse dans les mines, maintenant que la zone est entièrement sous contrôle. Les mineurs, les gardes et même le Lord. Un massacre pour les quelques centaines de révolutionnaires qui appuient le commandement de Stone. Acculés.

- Il est grand temps de faire le ménage. Le peuple se soulève et il ne manquait plus que cette petite étincelle pour mettre le feu aux poudres. Lord Stone, ce soir vous ne dormirez pas à la Cité de Webmaster.

A Asthirite plutôt, parmi ses concitoyens. Un geste qui sera apprécié. Une chose que Lady Elizabeth n'aurait jamais accepté de faire d'ailleurs. Raison pour laquelle Jackspear l'a aussitôt faite évacuer discrètement dans l'un des nombreux zeppelins en stationnement dans les falaises, subtilement dérobé par des sympathisants Inversés. Des hommes persuadés qu'elle a été manipulée. Qu'elle est innocente. C'est le mot que l'on fait passer, mais les ouvriers restent encore sceptiques. Donc par précaution, plus loin elle sera, mieux c'est. Strong World sa prochaine destination. Hayley n'est pas au courant mais en disant qu'elle vient de la part d'Amanda, la jeune femme sait qu'elle sera bien accueillie au palais. Jusqu'à ce que je puisse honorer ma part du contrat. Toujours est-il que Stone gagnerait à vivre parmi ses concitoyens.

- Vous avez raison, la Cité n'est plus sûre pour moi désormais. Je vous épaulerai pour le soulèvement, hors de question que le sang coule pour préserver la révolution et ses odieuses machinations. Mes gardes sont sous vos ordres désormais.

Parfait, c'était tout ce que je voulais entendre. Alors je coupe court à notre discussion, priant l'homme d'être discret et rapide. De faire ses valises prestement et de nous rejoindre dans la ville des Inversés. Là où tout va commencer. Là où nous allons propager le mot. Mais avant cela, il reste encore un dernier Lord à convaincre.

Sixième jour des opérations : Cité de Webmaster, dix-neuf heures quinze.

Un palace, encore un. Mais un palace plus discret. Plus grand à l'intérieur qu'à l'extérieur, par un procédé inconnu.

- On me le dit toujours. Rappelez-moi qui vous êtes ? s'interroge le Lord tout en se versant un thé. J'avoue vous avoir accueillie uniquement car Lord Stone me l'a explicitement demandé. Une messagère alors ?

- Quelqu'un qui vous veut du bien.

- C'est plutôt flou comme identité.

L'homme est sur ses gardes. C'est un paranoïaque, mais aussi un manipulateur. Et quoi de pire pour un manipulateur que de se sentir manipulé sans le savoir ? Il cherche à percer mes mensonges, mais je suis pour une fois très honnête. Mon visage est serein, bien que plutôt neutre, donc pas jovial ni faux-cul. Ce n'est pas ce à quoi j'aspire paraître. Et il le devine, en tant que connaisseur. Je lui fais d'ailleurs un court résumé des raisons qui m'ont poussée à venir le rencontrer. Je ne lui cache pas avoir déjà entrepris l'évacuation d'Elizabeth en échange de son aide. Ni même être mandée par Peter Jackspear. Et encore moins nos aspirations à prendre le contrôle. Du reste, j'élude simplement. Et pour finir, je lui indique bien être un officier de la Marine, chose qu'il accueille aisément avec toutefois un sourcil arqué.

- Vous me semblez digne de confiance, vous n'essayez pas de m'entourlouper. Pas comme ce Lord Président. Je ne le pensais pas capable de tuer quelqu'un de sang froid de cette façon.

- Et vous n'êtes pas au bout de vos surprises.

- Raison de plus pour me faire discret. Je suis désolé, je ne pense pas que vous arriverez à le renverser. Même avec les forces armées de Stone et Elizabeth réunies. Cet homme est mauvais. Il suffit de voir ce qu'il a fait à la vieille Patcher. Et au roi William Jackspear. De plus il possède plus de cinq mille soldats sous ses ordres. Ce n'est pas une armée d'un peu plus d'un millier de gardes qui va parvenir à faire changer la donne.

Un levier des plus surprenants, la peur. Elle peut vous pousser à faire n'importe quoi, pour peu que vous vous persuadiez de lui échapper. Ça a permis au manipulateur de jouer en notre faveur en pensant uniquement se dépêtre d'une mauvaise situation. Son égoïsme nous aura bien aidé, c'est certain. Maintenant il est temps de retourner la vapeur, de l'arracher aux griffes de Murphys et lui faire comprendre qu'il a plus à y gagner en rejoignant notre cause. Ou du moins, moins à perdre.

- Je suis au regret de devoir vous dire que vous vous trompez.

- Ah bon ? Moi, me tromper ? Mais enfin, je ne me trompe jamais.

- Peut-être tiendrez vous un discours différent après avoir parié sur le mauvais cheval. Lorsque la révolution sera à terre et que le peuple réclamera vengeance. Lorsqu'il rentrera dans votre maison et fera danser votre tête au bout d'une pique.

- Quelle horreur ! Mais pourquoi cela arriverait-il donc ?

- Je suis au courant, Lord Builder. Je sais que la réforme est passée et que vous avez voté en sa faveur car vous avez peur. Mais des raisons d'avoir peur je peux vous en donner des tas. A commencer par la réaction du peuple lorsqu'il apprendra que la mort de Marjorie a permis à l'amendement de passer. Et que vous avez changé votre vote en sa faveur.

- Mais enfin, qu'est-ce que vous insinuez ? Que je suis le meurtrier ?!

- Non, un complice.

L'homme pâlit soudain. Sa pomme d'Adam virevolte et ses joues tremblotent lorsqu'il essaye de parler. Mais tout ce qui sort n'est rien d'autre que des bredouillis incompréhensibles. Il n'avait pas prévu ça. Il comprend désormais les raisons ayant poussé Lady Elizabeth à fuir et s'en veut énormément de ne pas avoir fait de même. Ses remords apparaissent sur son visage comme tant de malheur dans le creux de ses joues.

- Je... Je ne voulais pas me faire t-tuer. C-c'est le Lord Président Murphys. I-il a assassiné Marjorie, j'en s-suis certain. Elle était c-contre son projet. T-tout le monde le sait.

- Et vous, plutôt que de voter contre et soutenir le peuple, vous avez voté pour et vous êtes mis le peuple à dos.

- S-sous la menace. J-je ne veux pas mourir !

- Vous ne mourrez pas, si vous nous aidez à renverser Guinness Murphys. Peter Jackspear saura se montrer clément avec vous.

L'homme hoche la tête frénétiquement. Néanmoins je reste perplexe. Peut-on vraiment se fier à lui ? Comme pour Lady Elizabeth, il lui faut une carotte, sinon rien ne l'empêchera de nous trahir en allant tout raconter à Murphys dès que j'aurai le dos tourné. Je veux dire : qu'importe le gouvernement, son statut reste le même. Malgré sa peur, il n'est pas réellement en position de faiblesse, puisqu'il possède les rênes. Et au vu de mon silence inexpressif, il ne tarde d'ailleurs pas à s'en souvenir, ce qui le déstresse rapidement et stoppe ses tremblements. Plus confiant, il montre un regard vaillant même.

- Mais en échange de ma voix, j-je veux quelque chose. V-vous êtes de la Marine non ?

Je ne manifeste aucune surprise. J'avais prévu le coup. Cela semble d'ailleurs le rassurer, pour une raison inconnue. Peut-être que notre cheval n'est pas si mauvais que ça après tout ? Il compte miser, mais espère bien avoir un retour sur investissement, le bougre.

- C'est ça. Et Lone Down sera ralliée au Conseil des Nations dès que le pouvoir changera de main.

A ces mots, l'homme conserve un regard pétillant de malice. Du profit à l'horizon. Le genre d'homme à posséder un petit coffre-fort mais avec seulement de grosses coupures à l'intérieur. C'est un peu le cas de son humble demeure. Ça y est, sa langue se délie définitivement et ses balbutiements disparaissent.

- Alors cela veut dire une ouverture des frontières en toutes légalité. Des marchandises en pagaille, des mets exotiques. Tant de choses qui ont une valeur hors du commun, ici. Plus de lignes aériennes, plus de transports. Commandante Holmes, j'accepte de marcher avec vous... à une seule condition.

- Tout ce que vous voulez.

Enfin presque, voyons voir si c'est faisable déjà. Au pire, on pourra toujours le faire disparaître ensuite.

- Je veux avoir la main mise sur tout ce qui transitera sur Lone Down. Taxe, gestion des marchandises, des transports... Si Lone Down commerce avec l'extérieur, je veux être l'homme de la situation pour les affaires et échanges extérieurs.

Malin, très malin. Un développement libéral pour un pays mené par un opportuniste convaincu. C'est d'accord, je marche dans la combine. Je ne tarde donc pas à serrer la main tendue du compère, qui finalement m'avoue être satisfait de la tournure des choses. Bien qu'il ait chié dans son froc à un moment, ce qu'il qualifie par "avoir perdu ses moyens sous la pression". Pas étonnant qu'il se soit débiné et ait voté pour l'amendement, finalement. Je lui rappelle cependant les termes de nos conditions, s'il ne veut pas se retrouver suspendu au bout d'une corde.

- Nous aurons besoin d'un meneur de foule demain. Vous avez un talent pour cela, pour faire croire des choses aux gens. La foule sera dans la rue. Des ingénieurs, des ouvriers, des mineurs et des fonctionnaires. Tout le monde. Et il leur faudra un héros, une personne pour les guider, pour les forcer à s'énerver, à prendre les armes. Un martyr. Vous êtes cet homme. Inventez une histoire, dites que l'on vous a forcé à voter en faveur de la réforme. Dites que vous aviez un canon sur la tempe. C'est déjà ce que l'on fait croire pour Quinn Elizabeth. Difficilement vu sa réputation. Mais la votre n'est plus à refaire.

Les flagorneries le remettent définitivement d'aplomb. Il bombe le torse même. C'est convenu. Voilà qui est bon pour le dernier Lord. Et comme pour Stone, je lui fais comprendre qu'il serait mieux qu'il fasse ses affaires et me suive en direction d'Asthirite. Par mesure de précaution.

C'est donc tout encapuchonné que la silhouette fine s'engage à ma suite en direction du quartier des mineurs et de sa ville souterraine. Aussi furtive et apeurée qu'un rat d'égout. La circulation se fait d'ailleurs de plus en plus difficile, car au fur et à mesure de nombreux soldats révolutionnaires viennent quadriller les rues, les quartiers. Nombreux puis plus nombreux. Ils s'engagent même dans les chemins souterrains jusqu'à Asthirite. Mais ça c'est après notre passage, bien après. Vingt-et-une heure, le Lord Président déclenche l'état d'alerte révolutionnaire.

Bien trop tard.


Dernière édition par Annabella Sweetsong le Mer 10 Aoû 2016 - 22:05, édité 1 fois
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Septième jour des opérations : Mines Asthirites, huit heures trente.

Pioche, marteau. Et divers autres outils. Je suis une travailleuse lambda. Je décortique la terre, je cherche le fer. Et ce depuis trente minutes. L'endroit est sombre, uniquement éclairé par des espèces de torches fixées sur nos casques. Je ne suis pas bien sûre de comment ça fonctionne, je crois qu'il s'agit d'un gaz phosphorescent. Ça éclaire plutôt bien. Et quand la tâche devient trop dure, je pose la paume de ma main sur un rocher et pouf. Celui-ci se fissure, ni vu ni connu. Je peux encore faire ça. Briser des cailloux, ça a toujours été mon fort. Ça, je maîtrise en toutes circonstances.

- Pas de conversation. Juste le travail.

Les gardes ne disent rien, mais les révolutionnaires ont la langue bien pendue. Ils doivent être au courant. Murphys a dû leur dire d'être aux aguets, de rien laisser passer. Surtout dans les mines, étant donné la défection de Stone qui s'y est réfugié. Façon réfugié politique. Le révolutionnaire ne doit pas tout comprendre, mais jusque là il n'a pas fait d'annonce pour le sortir de la panade, pour se prouver innocent. Il a probablement un alibi et ne juge pas nécessaire d'en faire part. Mais de toute manière : c'est trop tard.

- Ils ont fait passer la réforme, hier. chuchoté-je à tour de bras, dès que l'occasion se présente. Le Lord Président a assassiné Lady Patcher car elle était en désaccord.

Je suis l'épicentre de la rumeur, qui ne tarde pas à circuler. Pendant les pauses clopes, les pauses déjeuner. Vers midi tout le monde est au courant. Et visiblement sur les nerfs de ne pas avoir voix au chapitre des décisions gouvernementales. Mais encore plus et surtout à cause de la perte de Marjorie Patcher qui est définitivement signée de la main du Lord Président. Grâce à quoi, la réforme a pu passer sans discussion. Et grâce à la peur. Le message est plutôt complet et facile à transmettre à la surface. La mission de Builder et de ses discours publics. Un appel à la haine envers la révolution. Mais déjà les mineurs cessent leurs activités pour se dresser face aux soldats. Un mur de visages burinés et déterminés face aux quinze hommes sur le pied de guerre.

- Retournez au travail immédiatement ! C'est un ordre !

- Hors de question ! Nous ne travaillerons pas pour les bonnes grâces d'un tyran ni son profit personnelle ! Vous nous surveillez, vous nous imposez vos lois... C'est quoi la prochaine étape ? Des chaînes aux pieds ?!

Bientôt les injures fusent. Les pioches tenues à bout de bras, levées en signe de contestation. C'est la même chose dans les autres branches des mines. Des soulèvements de toutes part. Une même heure a été donnée pour chaque zone : celle de la reprise de l'après-midi.

- Assassins ! scandé-je, bientôt reprise par un bon nombre de mineurs, puis tous.

Un coup de fusil et tout dérape. Un révolutionnaire qui a pressé sur la détente malencontreusement, mais la balle est partie se ficher dans le plafond. Trop tard, le mal est fait. Je lance ma pioche et celle-ci atterrit dans le paquet de révolutionnaires, empalant le jeunot qui a commis l'erreur. Le coup est rendu et un mineur innocent tombe à terre. Alors la marée humaine agit, déborde et attaque. Une centaine de mineurs contre une quinzaine de révolutionnaires. Le sang fuse, quelques pertes civiles sont à déplorer mais c'est la révolution qui souffre du plus grand nombre de blessés et de morts. J'arrive d'ailleurs à interrompre l'un des soldats les plus gradés, cherchant à informer ses supérieurs de la situation par escargophone. Escargophone que je détruis subitement avant d'abattre ma pelle d'un puissant coup dans le visage de ma victime. Trois fois.

- ALLONS LIBÉRER LES AUTRES ! tonne une voix dans la foule.

- OUAIS !!!

L'engouement se poursuit. De branche en branche, de mine en mine. Un paquet de soldats est fait prisonnier. Ceux qui peuvent encore marcher servent de boucliers humains, sous mes ordres. Je mène le mouvement, en tête d'une dizaine de milliers d'habitants. Une bonne partie d'Inversés qui mettent les pieds à la surface, pour la première fois. Un effort qu'on leur demande et qu'ils acceptent de fournir exceptionnellement. Tandis que nous passons dans les rues du quartier des mineurs, notre cortège augmente. Les révolutionnaires qui se dressent sur notre chemin se font lamentablement écrabouiller. La plupart est piétinée. Des fois quelques corps tombent. Des fumigènes jaillissent, des balles pleuvent et des canons chantent. Mais la manifestation ne cesse de grossir, laissant dans son sillon des cadavres et des blessés. De nombreux slogans viennent naître dans l'imagination débordante collective. Certains sont plutôt recherchés, d'autres moins.

- L'INNOCENCE A DROIT DE PAROLE !

- POUR LA MÈRE DU PEUPLE !!

- LA RÉVOLUTION AUX CHIOTTES !!

Les ruelles adjacentes à la Grand Voie sur laquelle nous progressons laissent échapper des bruits de sabres qui s'entrechoquent. Certains révolutionnaires s'attaquent aux premiers civils venus. Des enfants pleurent, des parents meurent, des soldats baignent dans leur propre sang. La violence est présente. Et au coin de la rue, un nouveau groupe vient nous rejoindre. Celui du baratineur de première. Avec un escargomegaphone dans les mains. Entouré de sa propre garde comme d'un véritable rempart humain. Puis de son auditoire, loin d'être calme.

- Le gouvernement n'est plus qu'un berceau d'illusions. Une dystopie. Le Lord Président a tous les droits, il en use et en abuse. La Chambre des Lords est bafouée. Citoyens, que sont devenues vos promesses ? Que sont devenus vos rêves ? On les piétine, on les foule du pied. Qui ça on ? Mais la Révolution, bien entendu ! La Révolution a tué votre ancien roi et la Révolution a assassiné votre Mère ! Et maintenant elle veut vous arracher vos enfants. Elle veut les éduquer aux arts de la guerre ! QUE PENSEZ-VOUS QU'IL FAILLE FAIRE ?!

- FAIRE TOMBER LA RÉVOLUTION !! FAIRE TOMBER LA RÉVOLUTION !!

C'est dément. L'homme a réussi à réunir les trois autres quartiers sous sa coupe. Même les fonctionnaires, orphelins de leur Lady. Ils sont tous là. Les ouvriers avec leurs panoplies diverses d'outils en main, les mineurs avec leurs pioches, leurs pelles et leurs gigantesques marteaux. Les fonctionnaires sont évidemment les moins armés tandis que les ingénieurs possèdent moult fusils et canons. Et pour garnir le tour, la garde Lone Downienne en première ligne, équipée pour les affrontements. Équipée pour défendre les innocents qui ont pris les armes pour protéger leur pays. Puis le tableau s'empire pour le camp adverse quand de gigantesques ombres viennent se dessiner sur le sol. Les zeppelins ! Aéronefs gigantesques et désormais armés par les gardes de Lord Stone. Ils sont quatre. Quatre géants imposants qui viennent bombarder la zone et cribler les opposants de balles perçantes du haut de leurs embarcations flottantes. Et c'est finalement le prince qui apparaît à mes côtés, tandis que je lève un bras ordonnateur. Que je le descends avec mon index fixé vers l'horizon. Vers la Chambre des Lords. Et que j'invective :

- A L'ASSAUT !!

La horde bouge, marche, court. Les soldats essayent de riposter, de tenir bon. Mais ils échouent. Depuis le début du soulèvement, le bilan est macabre pour les révolutionnaires. Plusieurs centaines d'entre eux ont trouvé la mort contre une cinquantaine de civils et de gardes. Et les chiffres s'alourdissent de minute en minute. Alors inutile de dire que lorsque l'on traverse enfin le pont de la Cité, avec notre sillon de macchabées derrière, ils n'ont plus qu'un seul mot d'ordre.

- REPLI GÉNÉRAL !!!
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Septième jour des opérations : Cité de Webmaster, approximativement quinze heures.

Fini de me dissimuler, fini d'être une simple Lone Downienne lambda. Si tant est que j'ai réussi à me faire passer pour, malgré la difficulté de l'accent. Probablement mes talents d'actrice innée. Mais désormais c'est à Amanda Holmes de voir le jour. A Amanda Holmes de saisir l'arme dissimulée dans son dos et de l'abattre sur le premier crâne venu.

Schlack !

La tête roule. La première mais pas la dernière. Je virevolte et attaque en même temps, je bouge comme une toupie et j'écarte les adversaires, qui viennent finir sous le joug des gardes derrière moi. J'éclaire le terrain. Ou plutôt je l'éclaircis, diminuant le nombre de têtes à une allure phénoménale. La lame se fiche dans la chair, dans les muscles et dans les os, puis se retire avec une facilité extrême. Certains hommes chient dans leurs frocs, d'autres sont de véritables guerriers. Ceux-là essayent de me tenir tête mais se rendent compte de la différence de force entre nous. De ma force de frappe. J'en compte déjà une vingtaine qui crissent sous mes semelles et celles des compatriotes Lone Downiens. Alors ils reculent progressivement, car leur première ligne est défaite. Ainsi que la seconde. Et la troisième. Mais moi, je suis déjà dans le tas à bastonner la sixième ou la septième. Quelques balles m'effleurent ou me fauchent dans mes prothèses mais une grande partie est évitée. Comme par magie. Ou pas vraiment.

Mon Haki me prévient, mon Fruit du Démon distribue. Une onde de choc puissante qui stoppe les projectile et qui les broie. Une capacité qui fait naître un regard ahuri dans les yeux de mes adversaires. Et puis ils comprennent. Ils la voient davantage, tandis que mes habits amples se déchirent. Que ma robe disparaît pour laisser une jupe courte. Que mon épais manteau s'effiloche pour découvrir mon uniforme. Je l'ai mis spécifiquement pour l'occasion, pour que l'on devine la présence de la Marine. Je suis peut-être seule, mais je vaux bien un bon millier d'entre eux. Et derrière moi des voix s'élèvent.

- La Marine ? Qu'est-ce qu'elle fiche là ?

- Elle est avec nous ! Regardez comme elle est forte !

- Wow, c'est dément !

- Un jour je serai soldat dans la Marine moi aussi.

Héhé, c'est bien. Prenez en de la graine et regardez moi bien. Je suis plus là pour le show qu'autre chose. Un gros coup de pub pour le Gouvernement Mondial, auquel vous allez devoir vous habituer par la suite. Les officiers révolutionnaires aussi me voient venir. Ils se coincent leur lippe et pleurent en voyant les dégâts que j'occasionne. Mon sabre se balance dans tous les sens et mon pouvoir me protège efficacement. Pour le moment ça suffit, je ne suis pas sûre de pouvoir contrôler au-delà. Je ne suis pas sûre qu'il serait intelligent de démolir l'endroit. Même si les cadavres s'amoncellent et viennent recouvrir le sol d'un liquide rouge et de chair rosâtre. Ici un gars se plaint de voir ses propres entrailles sortir de ses plaies. Là-bas un mec qui tient son oreille dans sa main. Un autre qui n'a plus de jambes et crie à tue-tête. Bref, vous avez compris. Un champ de bataille.

Cinq mille soldats ? Trois mille désormais grâce à moi et à mes petits amis. Car les gardes ne sont pas en reste non plus. L'imposante armada aérienne fait des dégâts pour chaque homme à bord tenant un fusil. Puis les forces terrestres charcutent elles aussi. Par salves de balle et par coups de sabres. Les gardes aussi bien que les citoyens.

Voilà à quoi ressemble une véritable révolution.

Mais en attendant, les rangs révolutionnaires sont carrément éclatés. Et notre violence n'est pas uniquement en cause. Les hommes se réfugient dans les bâtiments, dans les maisons, dans les commerces. De là ils tirent et tuent sur le coup, bien réfugiés. Je ne peux pas laisser passer ça. Le poing crispé, je me tiens droite, dans une zone bien aérée de toute présence adverse. Face aux immeubles occupés. Il est grand temps de voir si j'en suis capable. Et j'en suis capable, je le sens.

- Kaishin !

Craquement sonore. Une fissure dans l'air, provoquée par mon poing. Une paroi invisible que j'ai touchée. Que personne ne voit, que personne ne sent, mais que j'ai pu rendre tangible l'espace d'un moment. Créée de toute pièces par l'impact de mes vibrations. Bel hypocentre. Celles-ci ne tardent pas à apparaître, balayant brusquement toute présence ennemie dans ma ligne de mire et finissant leur course dans les immeubles. Que les ondes sismiques délogent, détruisent, broient et soulèvent. Trois secondes plus tard, le paysage est méconnaissable. Trois secondes plus tard, l'opération est d'ailleurs répétée dans le sens inverse.

- Quelle est cette sorcellerie ! vient s'exclamer un officier en m'attaquant dans mon angle mort.

Il espère que ma concentration a disparu, mais c'est faux. Je l'ai bien vu arriver. Et ma lame est elle aussi bien visible lorsqu'elle vient le traverser de part en part après une volte-face instantanée sans qu'il ait le temps d'esquisser le moindre râle d'agonie. Et une décapitation nette pour finir le boulot. Mais cet écart m'a coûté un temps précieux. Un temps durant lequel les forces alliées en ont profité pour avancer. Pour encercler la Chambre des Lords dans laquelle est censé se situer...

Personne ?

Deux mille soldats pour défendre un bâtiment vide ? C'est quoi l'embrouille ? Mon Haki qui déconne ? Non, non. D'ici j'arrive bien à voir l'étrange tour, le grand monument politique... vide. Alors j'essaye de l'étendre. De deviner des silhouettes, des halos, des auras dans tout le quartier. Dans toute la ville. L'homme n'a pas pu s'évanouir comme ça dans la nature, si ? Les transports aériens sont soit utilisés, soit sous surveillance. Les bâtiments de la Cité sont fouillés ou brûlés. Et les forces révolutionnaires entassées autour de la centrale politique. Mais aucun signe du Lord Président. Aucun jusqu'à ce que mon regard ne vienne ricocher sur un élément étrange. Une sensation lisse, inexplicable, dans l'école de Roublard. Une couverture empathique ? Alors je creuse un peu plus et découvre la présence d'une vingtaine de silhouettes, en train de s'infiltrer discrètement dans l'établissement. De s'échapper en direction des falaises. Sûrement pour prendre de force le contrôle d'un dirigeable.

- Trouvé !

C'est au même moment que Peter me rejoint. Je lui fais rapidement comprendre que l'atout de la révolution est en fuite. Que le rat quitte le navire en passant par l'école. L'ex-Commodore envisage de me suivre mais je lui fais rapidement comprendre que non. Que je m'en charge.

- Reste ici et commande les troupes ! Je vais mettre cet enfoiré hors d'état de nuire. C'est mon rôle. Toi tu gouvernes.

Sitôt dit, sitôt fait. Je m'élance vers la bâtisse en construction. Avec ses grandes ailes abandonnées, ses toits délabrés. Étrange de vouloir encore s'en servir pour donner des cours à des enfants. Pas de chauffage, des fuites pas possibles dans le plafond. Comment ont-ils pu avoir une idée pareille ? Mais en arrivant je comprends mieux. Si les étage supérieurs sont totalement ravagés, les autres niveaux ont été pour leur part entièrement réaménagés. Le palais du roi n'est définitivement plus. Je ne peux cependant pas promettre que l'école restera debout après le combat qui va s'y dérouler. Enfin, si Guinness Murphys est bien l'homme que l'on m'a conté être.

Et si finalement je parviens à les retrouver dans l'amphithéâtre principal de l'école, c'est Murphys qui est le premier à m'aborder tandis que je pousse les portes du bâtiment. Et que j'esquive une salve de balles grâce à un Kami-E bien placé.

- Je vois. Le Haki. C'est comme ça que tu nous as retrouvés, foutue salope de la Marine.

La voix émane d'un type costaud, brun, avec une barbe de trois jour. Cet aspect un peu négligé typique des révolutionnaire. Moins de ses gardes du corps qui ont concrètement des tronches de barbares. Je devine aussi chez l'homme la présence du Haki de l'Observation. D'où son camouflage empathique.

- Qu'est-ce que vous attendez ? Butez-la !

J'ai déjà pu goûter au délice de leurs armes à feu, voilà désormais qu'ils m'attaquent avec épées et fléaux d'armes. Certains maîtrisent même des capacités étonnantes. Mais du tas, seuls deux gusses se font remarquer. Les autres préfèrent rester légèrement en retrait. L'habitude de prendre la température, quand c'est la chair à canon qui part au combat. Je suppose.

- Rope Action ! s'écrie donc un premier.

Avec des chaînes, il vient brutalement m'enserrer, tandis qu'un second lève une épaisse massue pour me désolidariser la tête des épaules. Inutile, les liens n'ont aucun effet sur moi. Quelques vibrations émises depuis mon corps immobile me permettent de m'en libérer. En faisant trembler les chaînes et en le brisant instantanément. Ce qui me permet finalement de surprendre les deux gaillards. De les foutre au sol rapidement, grâce à deux Shigans bien placés dans leur boite crânienne. Mais les prochains ne tardent pas à arriver. Quatre larbins cette fois-ci, possédant chacun deux sabres.

- On va te crever, salope !

J'affiche un sourire complexe. Empreint de fatigue et de plaisir. Me crever comment ? C'est un combat d'épées qu'ils veulent ? Soit, je sors aussi ma lame et je m'élance. Un Soru sans prévenir pour prendre le premier par surprise. Et à peine ai-je fini de lui découper le dos que ma main gantée de Tekkai vient parer les deux armes d'un autre fifre dans le même geste.

- C'est un monstre !

Brochette, je récupère ses armes que je balance instantanément vers ses coéquipiers en espérant en toucher au moins un. Tout en pourfendant brutalement l'homme désarmé avec ma lame de l'autre main. Dans l'attaque, l'un des deux officiers est touché. L'autre se fend déjà d'un coup d'estoc. Que je devine grâce à mon Haki et esquive habilement. Coup de coude au visage, suivi d'une longue entaille sur le ventre. Et de l'apparition des entrailles du bonhomme. Ainsi que d'une giclée de sang qui aussitôt jaillit brutalement de sa gorge, trouée par un Shigan dans la foulée. Et sans peine, j'exécute le dernier des quatre escrimeurs pour faire face à la douzaine de survivants.

- Trop nombreux. Il est temps de passer aux choses sérieuse. Jishin Kenpo...

Cette technique que je n'ai pas pu utiliser contre l'ours. Cet art martial que j'ai difficilement travaillé, je le déclenche désormais. L'énergie demandée est considérable, mais je ne peux pas me permettre de perdre plus de temps et laisser ma cible prendre la poudre d'escampette. Chose qu'elle a déjà fait, par ailleurs. Et je pense savoir vers où elle est partie. Ma jambe est illuminée d'une étrange aura bleutée, transparente. Celle-ci se lève et balaye soudainement le paysage, verticalement.

- Rankyaku !

La lame aérienne fend l'air. Littéralement. Pas une lame d'air normale, mais une lame d'ondes sismiques. Et si celle-ci peut être évitée, ses conséquences sont tout de même catastrophiques pour mes adversaires. Gravement touché sur l'une de ses parois, c'est d'abord l'édifice qui commence à s'effondrer. A vrai dire, l'attaque a créé une puissante faille dans l'un des murs. Troué, on peut même dire. Et celle-ci se prolonge en une imposante fissure qui semble ne jamais s'arrêter de creuser la pierre et le béton. Mais les officiers, eux, n'ont toujours pas bougé d'un pouce. Juste une question de secondes et...

- Beuuarghh !!

L'effet est quasiment le même que si je venais de les heurter de plein fouet avec une violente vague sismique. Car ils ont pu esquiver l'hypocentre de l'attaque, mais aucunement les vibrations libérées par mon coup de pied. Vibrations qui ont réduit leurs os en miettes et ravagé certains de leurs organes. Loin d'être tous morts, ils en sont pour le moins gravement blessés. Une bonne partie du groupe s'effondre donc, l'autre étant dans l'incapacité de bouger sur le moment. Dommage car la voute menace de se décrocher. Mais au moins maintenant la voie est libre pour décamper avant de se prendre un rocher sur le coin de la figure. Et accessoirement partir à la recherche de Murphys. Qui n'a pas pu aller bien loin, au vu de la rapidité avec laquelle se sont déroulés les affrontements. En réalité il est encore tout proche. Dans le jardin de l'école. A zigzaguer entre les épaisses haies labyrinthiques de Roublard. C'était probablement pas une bonne idée... non ?

Car désormais tel est pris qui croyait prendre.
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Septième jour des opérations : Roublard, seize heures passées.

- Qui espères-tu impressionner comme ça, Marine ?

Pas besoin de me tracasser à poursuivre mon adversaire dans l'enchevêtrement de haies gigantesques formant le jardin de l'école. Un labyrinthe. Non, je m'étais simplement taillée un raccourci avec un second Rankyaku mêlé au Jishin Kenpo. Une façon d'annoncer mon arrivée en fanfare et de pas me creuser la tête pour retrouver l'olibrius. Je pouvais aussi planer au-dessus de sa tête avec le Geppou. C'était ce que j'avais fait d'ailleurs, débarquant pile poil devant son visage. Son Haki lui permettant d'esquiver un coup furtif, moins par chance que par observation surhumaine.

- Tu ne m'auras pas comme ça. J'ai entraîné mon mantra jusqu'à le rendre parfait. A peine as-tu déjà commencé à songer à une attaque que je me prépare déjà à l'esquiver.

Alors c'est cela ? On va devoir jouer à chat ? Ce petit jeu s'avoue loin d'être passionnant, je pensais davantage à un échange de bons procédés. Des bons procédés lourds et puissants, qui viennent chatouiller le visage et provoquer de beaux hématomes. Des kaléidoscopes de bleus ou quelque chose du genre. Je suis déçue, tellement déçue. Davantage quand mon second coup est percé à jour et que l'homme le dévie par un moyen assez hors du commun. Inexplicable. Mon Shigan a simplement ricoché sur son bras.

- Le Haki de l'Armement ?

Cela risque d'être problématique. Mon adversaire ricane et contre-attaque. Un puissant coup de poing dans mon thorax qui m'envoie valdinguer plus loin. La réception est difficile, d'autant plus que le déclenchement tardif du Tekkai vient m'affliger d'une grosse contusion au niveau des côtes. Pourtant l'attaque semblait relativement simple, facile à esquiver. La parade aurait même dû fonctionner, mais la matière composant le bras qui m'avait projetée n'avait rien d'humaine. Et c'est en voyant la main de mon opposant briller de mille feux que je devine la combine. Un peu tardivement.

- Un fruit du démon. observé-je tout en me redressant, meurtrie par le dernier coup. Intéressant.

L'homme conserve donc l'avantage de la surprise. Plus que moi. Je me suis déjà affichée avec mes capacités, même si rien n'est sûr. Des ondes sismiques c'est quand même capillotracté, faut le faire pour s'imaginer que je suis une femme-séisme. Et pourtant.

- Tu ne perceras jamais ma défense.

A ces mots, le bonhomme met ses bras en croix. Son drôle d'imperméable, un trench coat, semble camoufler une étrange lueur sur sa peau. Ou plutôt un reflet, en multitude. Peu importe ce que c'est, il n'y a rien que les séismes ne puissent briser. Dans tous les cas c'est une invitation et je ne risque pas de la rater.

- Jishin Kenpo. Soru.

Oui, Soru uniquement. Sous cette forme, n'importe quelle technique devient offensive. Un simple déplacement dans l'air ? Que je continue ma route et ça deviendra une charge. Une charge sismique. L'air est donc brusquement comprimé, comme déformé, tendu. Dans ma course, je laisse mes doigts le saisir pour mieux l'étirer de chaque côté. Il est palpable, aussi palpable que la soie. Doux et soyeux, même si ça semble uniquement psychologique. Pourtant ça n'entrave ni ma vitesse, ni la surprise de mon adversaire lorsqu'il se retrouve en bout de course. Les bras toujours croisés. A attendre que je vienne le percuter. Et j'arrive, oh oui j'arrive. Avec tout le paysage autour de moi qui lui fond sur la tronche. Sur plusieurs centaines de mètres, le jardin est dévasté. Un trou gigantesque, levé au-dessus du sol, un mur énorme et vertical qui vient brutalement se plier et suivre ma trajectoire. Mais ce n'est pas le danger principal. Le danger provient de mon épaule, portée loin devant, qui vient cogner brutalement la parade de Murphys. Qui vient s'entrechoquer dans ses bras et générer une puissante onde de choc.

Les membres antérieurs croisés toujours, l'homme recule, catapulté à une centaine de mètres. Pour finir sa route dans l'un des immeubles, encastré sur plusieurs épaisseurs. Un mur, deux murs, trois. Et finalement rejaillir de l'autre côté avec la même intensité. Deux Geppous et trois Kamisoris m'assurent que le révolutionnaire n'a pas bougé d'un cil. Que sa posture défensive a réussi à encaisser le choc, là où n'importe qui d'autre aurait simplement fini en tâche rouge sur le sol.

Mais au moment où le révolutionnaire baisse enfin les bras, je note son expression. Son regard calculateur, froid. Indemne. On ne peut pas en dire autant du jardin en revanche. Il n'y a plus de jardin. Tout comme il n'y a plus de bâtiment derrière nous, puisque le jardin est irrémédiablement venu le percuter et que le tout s'est effondré dans un gros tas de poussière. Mais le Lord Président, lui, tient bon. Par petits bonds, je me suspends en l'air non loin, attendant sa contre-attaque pour savoir de quoi il est capable. Tant mieux s'il résiste : ce serait dommage s'il mourrait trop rapidement. Un combat sans saveur.

- C'est tout ce que tu sais faire ? sourit-il, narquois.

Certes, seuls ses vêtements n'ont pas tenu le choc. Son trench est déchiré, sa chemise blanche en lambeaux. Et tout cela permet d'entrapercevoir cette étrange peau à nouveau. Bleue, transparente, minérale. Incandescente... du diamant ?

- A mon tour !

Pas de pitié pour Roublard. Mon adversaire l'a bien compris et c'est assez aisément qu'il vient détacher toute la façade du bâtiment le plus proche, en grande partie démoli, pour me l'envoyer dans la tronche. Rapide et puissant.

- Jishin Kenpo... Geppou.

Décidément bien utile, cette variation du Rokushiki. Tout en me suspendant en l'air, la technique me permet de libérer une onde de choc avec le talon. Une onde de choc qui vient brutalement percuter le mur et le débite en petits morceaux. Mais il ne s'agit là que d'un leurre, car Murphys en a profité pour prendre la tangente. Enfin c'est ce que je crois. Par je ne sais quel moyen, l'homme a réussi à se projeter lui-même dans les airs et me tomber brutalement dessus. J'arrive assez tardivement à éviter le coup dans la nuque qui aurait dû m'envoyer au tapis, laissant le révolutionnaire retomber à la vitesse d'un boulet de canon. Intelligent l'homme-diamant : il s'est servi du mur comme d'un moyen de locomotion pour venir m'atteindre dans les airs.

Ce combat s'annonce plus long et plus difficile qu'il ne l'a paru aux premiers abords.

Alors je donne le tout pour le tout. Fini d'attendre dans les airs comme une idiote. Fini de mesurer mes coups par peur de tout ravager. Je ne sais pas jusqu'où s'étend mon nouveau pouvoir, comme je ne sais pas s'il est possible de détruire l'ile entière avec. Je ne tiens pas non plus à perdre la vie en détruisant l'environnement. Néanmoins je peux encore essayer de placer quelques techniques supplémentaires avant d'utiliser les grands moyens. Un Kamisori tout d'abord, pour me propulser dans l'air en direction de ma proie. Puis...

- Jugon !

Je jaillis, le poing levé derrière ma tête. Il prend de l'élan, prêt à s'abattre d'un coup sec et puissant. Je vise la tête, même si l'homme discerne à l'avance ma technique. Alors cette fois-ci je le distingue bien. Son visage. Sa peau qui se solidifie et devient minérale. Cristalline. Indestructible. Et peu de choses peuvent se targuer de pouvoir fendre le diamant, j'espère juste que mes attaques en feront partie. Sinon je suis dans une belle...

Clong !

Mouise. Avec la paume de sa main, l'homme a détourné mon attaque au dernier moment. Un coup de poing sismique projeté à une vitesse phénoménale et le révolutionnaire a juste eu à lever le bras. Et à parer l'attaque. J'affiche un visage décomposé, malgré les dégâts occasionnés. La charge est tout bonnement déviée dans tous les sens et vient découper le paysage. Le pan de terre sur lequel se tient Guinness Murphys ne résiste pas, en revanche. Un profond dénivelé apparaît sur près d'un kilomètre. Chose qui finit de rameuter les quelques gardes et civils dans les parages, intrigués par les récentes explosions. Et parmi eux, Builder lui même se dresse au premier rang, interloqué par le combat de titans qui se déroule devant ses yeux.

- On dirait que tes petits protégés ont ramené des renforts... me nargue le révolutionnaire.

Je comprends alors les ambitions de l'homme acculé. Situation oblige, ce-dernier décide donc de changer de cible. Sa stratégie pour me faire sortir de mon petit confort. Pour me mettre volontairement en danger. Quand Guinness vient donc plonger ses deux bras entiers dans la terre devant lui et en retire un énorme rocher.

Qu'il envoie brusquement en direction des spectateurs qui n'ont rien demandé.
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L'enfoiré. Je saisis sa stratégie, je sais que je vais y perdre, mais je ne peux pas le laisser s'en prendre à d'innocents. Les gardes ont le réflexe de fuir, mais pas Builder qui reste stoïque et coi. L'immense rocher fonce droit vers lui et l'homme est immobilisé par sa peur. A peine arrive-t-il à articuler un "Ah !" en voyant sa mort approcher à toute vitesse.

- Soru !

A nouveau je répète la technique et effectue une course en arc-de-cercle au cours de laquelle les doigts de ma main droite viennent "enrober" le paysage. Dont le rocher. Et le retourner brutalement en direction de l'ennemi. Sauf que celui-ci n'est plus là depuis belle lurette. Il m'attend de pied ferme, au terme de mon sprint. Il a réussi à deviner ça grâce à son Haki ? Impressionnant. Mais sa tentative est facile à contrer. Enfin, c'est ce que je pense tout du moins lorsque je déclenche un nouveau mécanisme.

- Tekkai Kenpo.

Déjà son poing se solidifie et se cristallise, prêt à me matraquer à l'arrivée. La tête, il compte terminer le combat en un coup. Mais ça n'arrivera pas. Pas si je m'y attends. Pourtant j'ai une vilaine appréhension à l'arrivée, quelques millièmes de secondes avant que mon visage ne soit témoin d'un profond traumatisme.

CLONG !

L'homme a déchargé la quasi-intégralité de sa force brute dans ce coup qui me brutalise plus que je n'aurais pu le penser. En réalité, il est suffisant pour me mettre quasiment KO. A mon tour, je traverse une autre aile de l'école et démolis le bâtiment dans ma chute. Violemment sonnée, un index porté à mon nez m'informe du sang qui s'en échappe. Ainsi que de mon arcade sourcilière. Et de ma lèvre. Je dois être méchamment amochée. Ce qui me met dans un état second.

Cela n'arrivera pas.

Sauf qu'à peine ai-je commencé à me redresser que l'homme est déjà sur moi. Il m'immobilise, me maintient les bras à terre et frappe à nouveau. Profitant que je sois déstabilisée. Un premier coup qui rencontre mon Tekkai et vient empirer mes contusions et ma migraine. Puis un second qui passe un peu plus facilement. Et un troisième. Je suis en train de me faire éclater. L'homme est certes fort, mais toujours moins que Fenyang. Ses coups à côté, même s'ils sont renforcés par le diamant, c'est de la gnognotte. C'est donc cette pensée qui me permet de reprendre l'avantage.

Tout est relatif.

Quand on cherche à combattre un mec qui peut prévoir chacun de vos coups et deviner vos placements. Ben on est pas mal dans la panade.

- Kami-E ! articulé-je difficilement.

Trop tard pour stopper son prochain coup, même s'il l'a pressenti. Non, la force est déjà influée dans le mouvement qui se poursuit inextricablement. Et qui vient creuser la montagne de gravats sur laquelle je me fais salement tabasser. Qu'il traverse maladroitement.

- On va voir si t'es si résistant que ça.

Grosse erreur de s'être autant rapproché. L'homme le voit mais ne peut plus fuir. Car j'ai désormais assez récupéré mes esprits pour l'attaquer d'une part et emprisonner son bras de l'autre. Et ce que je lui prépare ne devrait logiquement pas lui faire du bien. Un essai néanmoins. Un test pour voir jusqu'où son armure peut aller. Si la puissance de mes vibrations peuvent concasser... son bras !

- Jishin Kenpo : Jugon !

D'une petit torsion du poignet, j'oblige mon opposant à fléchir le coude. Et je ne fais pas attention au poing qu'il s'apprête à m'envoyer dans la figure. Un mal bien nécessaire pour ce que je m'apprête à réaliser. Il le voit, mais ne peut rien y faire. Avec son mantra divin. Trop tard.

CLONNNG ! CRRRAAC !

Un résonnement d'abord. Puis un bruit de brisure. Comme si une montagne de verre venait de s'écrouler. Ce qui n'est évidemment pas le cas. C'est tout du moins l'effet donné par le bras en diamant. Fissuré de toutes parts. Une expression satisfaite sur le visage, je paye maintenant le prix de cette tentative. Car plus rien n'est là pour protéger mon visage du coup qui va pleuvoir. Je ferme un oeil déjà, lorsque le poing s'approche dangereusement et...

Bakam !

Un coup de feu ? Plusieurs même. Les projectiles viennent ricocher sur le dos de mon adversaire et provoquer de brefs éclats lumineux. Puis les voix de mes adjudants ne tardent pas à suivre :

- Il est là !

- C'est le Lord Président, ne le laissez pas s'enfuir !

- Regardez, c'est la Marine de tout à l'heure !!

Juste à temps. L'effet de surprise est trop beau pour ne pas en profiter. Et comme l'homme s'est à moitié redressé pour voir ce qui l'importune dans son duel, je peux aisément glisser mon genou sous son torse et le repousser soudainement de quelques centimètres. Juste assez pour effectuer une sorte de poirier me permettant de placer les talons de mes deux bottes sur la poitrine du bonhomme. Et le faire décoller.

- Geppou !

Le choc propulse Murphys dans les airs. Mais je ne compte pas m'arrêter là. M'élançant à sa poursuite de la même façon, je cherche à l'abattre par un revers du talon en plein milieu de ses abdominaux. Chose que l'homme-diamant anticipe malgré tout. Une esquive et je poursuite ma route jusqu'au sol, que je fends en deux d'une large crevasse. Une large crevasse qui me laisse comprendre au-dessus de quoi nous nous trouvons.

Les Mines Asthirites.

Sauf que voilà. Si avant nous avions le terrain pour nous seuls, désormais les spectateurs se pressent par milliers. Ceux qui ne tiennent pas le siège de la Chambre des Lords et qui ont été attiré par la lumière, comme des moustiques. Des petits moustiques qu'il suffit d'une pichenette pour dégommer. Et ça mon adversaire l'a bien compris, ce qui ne joue pas en ma faveur. Sa chute, il compte bien la terminer dans la foule et faire un maximum de mort. Non pas par cruauté, mais juste pour me forcer à laisser des ouvertures pas possibles en essayant de protéger la population Lone Downienne. Le révolutionnaire n'a plus rien à perdre et je le comprends. Il n'a plus à jouir d'une bonne réputation sur l'île. Il ne sera jamais plus à la tête du royaume. Alors autant le détruire au passage, si ça peut lui permettre de me dégommer par la même occasion. Sauf que je ne le laisserai pas faire. J'ai besoin de Lone Down pour des plans du Gouvernement Mondial. Une île céleste isolée, située au-dessus du G-12. Un endroit parfait pour y mettre le Centre d'entraînement des Cipher Pols. La décision n'appartient pas qu'à moi mais je compte bien me faire violence lorsque je la proposerai.

Et cela passe tout d'abord par la mise hors d'état de nuire de la révolution et de leur leader. Leur leader tout d'abord, car si celui-ci se fait battre, les autres suivront sans faire de chichis. Cette fois-ci, pas besoin de défendre les civils massés plus loin, qui observent le combat avec une bouche bée. Non, on peut faire bien mieux. Et j'ai une idée qui me trotte dans le crâne. Alors je calcule tout très rapidement. La trajectoire du gusse, son emplacement s'il chute. Et la localisation de la faille dans le terrain avec la ville souterraine en-dessus. Enfin, plus sa périphérie, par chance. Un Soru, un Geppou et un Kamisori pour zigzaguer verticalement en direction du révolutionnaire. Peu importe son Haki, ce coup-là il ne l'esquivera pas. Je pivote donc, de façon à me retrouver la tête en bas. Mes mains qui me servent d'appuis aériens. La jambe dressée en direction du malandrin.

- Rankyaku.

Facile, il esquive ma lame d'air. Mais mon enchaînement va plus loin et il le devine tardivement. Il s'est placé exactement là où je voulais. Geppou sans les pieds et avec les mains. Une propulsion assez forte pour m'aider à me retourner et apparaître à quelques centimètres du corps chutant du révolutionnaire. A quelques centimètres de son torse dégagé, car ses bras sont venus barricader son visage. Peu importe le futur qu'il a vu, celui-ci n'est pas fixe. Car il n'y aura pas qu'un seul coup de poing.

- Jishin Kenpo...

La faille en contrebas, mes deux poings en arrière. La foule quelques centaines de mètres plus loin. Espérons que perdre le contrôle de ma force ne réduira pas l'île en morceaux. Je lâche tout cette fois-ci.

- JUGON OUREN !!
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Les poings fusent, démolissent, font vibrer l'air. Puis la croute terrestre. Une avalanche de coups libérant chacun une puissante onde sismique. Ils viennent s'abattre sur l'ennemi, ils le repoussent constamment vers le sol et le transpercent. Passent à travers pour venir secouer le paysage en-dessous. Et quand le révolutionnaire a enfin atteint le sol, ils continuent de s'abattre. Alors la terre perd en dénivelé, elle s'enfonce, elle craque et se fissure. La faille déjà ouverte s'étend et forme bientôt un gigantesque trou qui ne cesse de s'étendre. Jusqu'à ce que ce soit au tour de ma victime de chuter avec les rochers, toujours meurtrie par mes poings qui ne cessent de frapper à une vitesse vertigineuse.

La technique est incroyablement énergivore et je m'applique à la réaliser jusqu'à ce que la défense de l'homme se brise. Jusqu'à ce qu'un fin filet de bave et de sang jaillissent de sa bouche. Ses bras se délient, sa couverture en diamants se fissure et le voilà bientôt à découvert. Sa peau minérale se brise et laisse partir des cristaux par petits puis gros paquets. Une partie de son bras droit et de son épaule gauche disparait ainsi, emportée par les secousses sismiques violentes.

- Gyarrgh...

La douleur. Elle se lit sur son visage crispé et nervuré par des veines apparentes. Ses yeux sont rouges, explosés par les afflux sanguins. Sa bouche tordue dans un rictus de souffrance. Et tandis qu'un dernier coup vient le propulser sur le sol de la caverne, en-dessous, je stoppe ma chute. Un Geppou de dernière minute, plus ou moins bien maîtrisé, qui m'envoie balader dans les rochers bordant la paroi.

- Aouch...

Je ne suis pas non plus étrangère au mal. La fatigue soudaine, la migraine, les os à deux doigts de se briser et les muscles prêts à se rompre. A force, la combinaison du Rokushiki et du Fruit des Séismes semble avoir des conséquences sur mon corps, pas foncièrement à même de cumuler l'utilisation des deux capacités conjointement sur le long terme. Je peux le sentir. Je peux voir ma vigueur disparaître, me sentir plus fragile.

- Espèce... de... pute.

Pas encore mort ? Non, loin de là. Le Lord Président arrive encore à tenir debout. Plus que ça, il semble prêt à continuer à se battre, malgré les nombreuses blessures. Malgré les fentes et crevasses dans son armure de diamant qui laissent échapper de nombreuses perles de sang. Son visage est grave, son expression inhumaine. Il a envie de me faire du mal et ça se lit dans ses yeux. C'est tout ce qui compte désormais.

Les quelques Inversés se trouvant toujours dans la ville souterraine commencent à s'agglutiner. Par chance, notre atterrissage ne s'est pas fait en plein milieu de l'agglomération, ce qui permet de limiter les pertes. Mais ce qui retient le plus les regards des habitants, c'est le trou immense dans le plafond de la caverne. Ce trou par lequel on peut voir dépasser des têtes. Qui véhicule des voix et bientôt des hurlements, des acclamations. Le nom a été donné. Le mien. Probablement Builder qui est derrière tout ça. En tout cas le ring accueille désormais deux participants qui ne sont plus anonymes : Guinness Murphys et Amanda Holmes. L'un est hué, l'autre est acclamée. Applaudie. L'homme comprend mieux, maintenant qu'il a ma popularité devant les yeux.

- Je vois. Tout ça c'est ton œuvre. C'est toi qui a créé cette mascarade et m'a fait passer pour un meurtrier. Tu es celle qui a tué M-

Il parle trop. Un déplacement spontané et un coup de poing express viennent l'interrompre avant que les oreilles ambiantes n'aient le temps de saisir ses diffamations. Coupé dans sa tirade, le bonhomme semble ne pas avoir souffert le moins du monde suite à cette attaque. Une attaque simple de Rokushiki sans prétention. Il n'a quasiment pas reculé suite au choc et me tient d'ailleurs tête :

- On est à court de jus ?

Je serre les dents. Il a percé à jour ma faiblesse. Encore trois attaques sismiques et je suis sûre de passer le prochain mois en rétablissement. Mes prothèses elles-mêmes commencent à me lâcher, me laissant comprendre que mes membres naturels sont dans un état similaire sans que je puisse le voir. Pliant et dépliant mes doigts cybernétiques, je dévoile mes implants à l'ennemi, qui étire un sourire encore plus goguenard. Poudre aux yeux. Il n'est pas dans un meilleur état et je le lui fais remarquer.

- Je ne pense pas avoir déjà vu un être humain tomber en miettes.

L'homme de diamant ne semble tenir debout que grâce à ses capacités hors du commun. Ses jambes sont taillées de toutes part, ses membres fissurés, ses bras criblés de trous et de morceaux manquants. Et pour rappel : il saigne. L'invulnérable défense du bonhomme est mise à rude épreuve et, tel un château de carte, le moindre souffle est susceptible de la faire tomber.

- Tu riras moins quand je t'aurai broyé le crâne ! rugit le révolutionnaire tout en contre-attaquant brutalement.

Bien que prévisible, l'assaut possède un avantage que je ne lui prédis pas : celui du terrain. Reculant brusquement, je découvre derrière moi un épais rocher qui me fait tomber à la renverse. Comble de malchance, le bras avec lequel j'essaye de reprendre mon équilibre lâche. Soudain inactif.

- Merde !

Et je n'ai pas fini de me plaindre, car la main gigantesque de mon opposant vient violemment chercher ma tête. J'esquive maladroitement à cause de la fatigue, ce qui me permet de l'affliger d'un coup de talon dans les côtes. Les ondes sismiques sont désormais bien loin de ce que j'ai pu libérer auparavant. Elles viennent tout au plus fissurer le sol de l'endroit, mais pas la carapace en diamant déjà bien entamée. Il suffit d'un rien. Un rien sacrément dur à obtenir. L'homme gémit toutefois, plus à cause de ses plaies ouvertes que de mon attaque. Et les remords naissent déjà lorsqu'il saisit ma cheville avec l'une de ses épaisses mains et...

CRAAC !

...vient la serrer dans son étau pour briser les os comme de la porcelaine. Le gémissement ne tarde pas à se faire entendre, aveuglée par la douleur au point d'en faire un malaise. Si j'avais été un être humain normalement constitué. Au lieu de cela j'essaye de rester focus pour que ça ne soit pas ma tête qui finisse dans le même état. J'avais visiblement sous-estimé les capacités offensive du bonhomme, capable de tout concasser sans fournir tant que ça d'efforts.

Repli stratégique avec un Soru d'urgence qui ne me permet pas de traverser une longue distance. Au lieu de cela, je viens buter dix mètres plus loin sur une pierre et m'étaler honteusement. Pour la plus grande joie de mon bourreau.

- Pathéti...

Ou pas. Sa voix s'éteint brusquement dans sa gorge tandis que son pied traverse le sol précédemment fissuré. Trop dense, trop lourd, l'homme perd le contrôle de sa jambe, avalée dans un trou béant. Une formation rocheuse naturelle que j'ai pu identifier grâce à mon Haki.

- Pas si aiguisé que ça, finalement. exulté-je tout en me redressant, fière d'avoir réussi mon piège.

Chose faite, j'entame la suite des opérations. Une cheville ça n'est rien, je peux toujours utiliser l'autre pour éviter de marcher. Mes déplacements seront plus difficiles mais le Geppou devrait me permettre d'éviter le pire. Tandis que je me rapproche inexorablement, ma cible cherche à se soustraire à l'emprise de la terre. En vain. Prestement, mon œil analyse la structure de son diamant et cherche l'endroit le plus fragilisé. Trouvé. Je tends le poing, prête à frapper. Sans Rokushiki, juste un pur concentré d'ondes sismiques. De quoi prolonger la brisure voire séparer son bras. Ce qui risque tout bonnement d'arriver. Alors je me propulse par une dernière pression du pied, celui qui fonctionne encore. Et j'arrive à sa hauteur. Et je frappe avec ma main entourée d'un halo bleuté.

- Kabutowari !

Ce qui signifie tout bonnement : brise-casque.
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Les esquives s'enchaînent avec des attaques de corps à corps. Bien qu'immobile, Murphys me tient facilement tête. Et pour cause : mes déplacements sont de plus en plus limités. Moins que les siens certes, mais sa propension à deviner les coups que je compte porter lui donne un avantage considérable. Parant et bloquant du mieux qu'il peut, l'homme cherche en même temps à débloquer son pied. Ce qui arrive au bout d'une dizaine de secondes d'échanges virevoltants. Et pourtant, au terme du débat, mon poing vient finalement rencontrer la surface tant convoitée. Celle de son épaule. Pas de Rokushiki vu mon état, mais un simple coup de poing brise-casque.

Et pourtant cela semble suffire. C'est largement assez pour provoquer une fêlure au niveau de la clavicule de mon adversaire, qui se poursuit sous le diamant, dans la chair et jusqu'à l'os. L'angoise se lit avant la douleur, car si le diamant renforce l'épiderme et les muscles, il rend aussi le procédé plus lent et plus insoutenable. Finalement c'est pas moins de trois secondes qu'il faut pour que le bras se détache entièrement, sous les bris de cristaux et les effusions de sang.

- SALOPE !!

Je comprends sa haine. Cette fureur qui le fait redoubler de violence alors qu'il continue à perdre du sang. Qui me surprend de le voir redoubler d'efforts. De vitesse. De puissance. Et si je le vois déjà parvenir à me capturer, je n'ai pas le temps d'éviter l'événement de se produire. Un preste coup de  poing du bras qui lui reste achève de me foutre à terre. Mais ce n'est pas tout, car déjà un puissant coup de pied me balaye, me soulève, bientôt rejoint par un nouveau coup dans les côtes qui me renvoie vers le sol. Je crache du sang à gogo et perds même le bras qui ne m'est plus d'aucune utilité depuis un moment déjà. La prothèse est tout bonnement arrachée dans le bombardement de poings et de pieds qui me bousculent. Pour finalement me réduire en vulgaire steak haché.

- TU... VAS... CREVER OUI !!

Chaque rencontre avec les phalanges en diamant, avec le plat du pied et même les jeux de coudes, vient pomper un peu plus dans ma vitalité. Mon visage tuméfié ne semble plus exister que pour me faire souffrir. Le sang s'écoule de tout un tas de plaies recouvrant mon corps. Bientôt, c'est la seule jambe valide qui me reste qui menace de lâcher : la fausse, évidemment. Je ne pourrai clairement pas remporter le combat si je reste au tapis. Seulement voilà : je me fais malmener et je n'ai plus de forces. Quelle solution ai-je pour me sortir de ce mauvais pas ?

- Amanda !

Je peine à reconnaître la voix tellement mon cerveau est meurtri. J'imagine un visage que je ne reconnais plus. Mon nez est brisé et mon cerveau semble baigner dans le jus total. Un jus de sang et de caillots sanguins dus aux chocs. Qui suis-je ? Où suis-je ? Non, je ne dois pas perdre la face. Quelqu'un vient vraisemblablement me délivrer de ce fardeau. Je vois son ombre apparaître plus loin. Elle se dresse en bordure de notre combat, droite et juste. Et je crois l'entendre dire :

- C'est fini Murphys. Dépose les armes, tu n'as plus aucune raison de te battre. Tu as perdu.

Sauf que non. Si cette intervention achève momentanément mon supplice, elle ne vient définitivement pas régler le problème. Car l'homme, si tant est qu'il ait pu être raisonnable ou bon un jour, n'est désormais plus qu'une machine de guerre. Son corps se meut uniquement grâce aux pulsions sanguines de vouloir massacrer toujours plus et toujours plus fort. Et je suis son pantin, son jouet.

Ce sont mes mensonges et mes manipulations qui l'ont rendu fou à lier.

- Regardez qui voilà. L'usurpateur en personne. ricane-t-il, avec un sourire édenté.

Peter. Et il ne doit pas être seul. Je ne serais pas étonné de voir les deux Lords en sa compagnie ainsi que leurs gardes. Et peut-être plusieurs autres milliers de civils. Une grande armée.

- Tes forces ont été vaincues. Tes hommes sont morts ou prisonniers. Cette ville n'est plus sous ton emprise.

Il n'en faut pas plus pour faire éclater de rire l'interlocuteur. Un rire grave et incontrôlé, presque aussi dément que les cris fous d'une hyène. L'homme n'a réellement plus toute sa tête. Il n'est plus raisonnable. Il faut que...

- J'aurais dû te faire sauter avec ton père, saloperie de Marine.

...je fasse...

- Votre trahison va vous coûter cher. A tous !

quelque chose...

- Je vais détruire cette î-

- FERME TA GUEULE !!

Le coup part. Comme une détonation. Pour la deuxième fois, le peuple de Lone Down me sauve. Pour la deuxième fois, le bonhomme laisse une incroyable ouverture alors qu'il possédait l'ascendant. Trop occupé à répondre. L'habitude de faire des sermons en public, de sortir de grands discours. Mais aussi celle d'avoir le bon dos. Comme il ne peut tolérer d'être considéré comme un criminel. Comme il ne peut accepter le regard des autres. Il perd ses repères. Et il me perd moi. Instantanément redressée avec mon unique bras, je tente le tout pour le tout. Je retrouve tout mon pouvoir momentanément, grâce à un développement instantané. Grâce aux limites que je repousse inconsciemment. Grâce à toute la vitalité que j'accepte de perdre et aux semaines que je vais probablement devoir passer dans un lit d'hôpital. Ça ne peut pas être pire.

Je ne mourrai pas. Personne mourra. Mais la défense de diamant n'existera plus. L'ermite de la révolution sera brisé. Et sa capture signera la fin de son règne.

Il fait volte-face, une expression déconfite. Il voit le futur et ça ne présage rien de bon. Puis il lit ma détermination sur mon visage furibond. Dans mes yeux sans âme. Sans fenêtres. Simplement profondément obscurs.

Le coup de poing part, il le heurte en plein visage et le propulse instantanément contre le sol. Le sol qui disparaît tout aussi brusquement, balayé par de sévères ondes sismiques qui repoussent la poussière aussi bien que la terre, les gravats et des rochers de la taille de mon poing. Et ce n'est que le début.

- JUGOOON !!

Bientôt le trou formé rallie celui qui existait déjà. Une abîme sans fin, ténébreuse, s'ouvre sous nos pieds. Mais la force du coup est telle que notre duo traverse le vide à une vitesse vertigineuse. S'il y a un fond, nous sommes bien partis pour le percuter brutalement. La chute continue donc, infinie, pendant près de trente secondes. Trente secondes à observer le visage décomposé, blanchâtre, de Guinness Murphys. Et ses épaisses cicatrices à l'endroit où il a perdu sa peau cristalline. Et ses dents. Et l'un de ses yeux. Sa boite crânienne est presque enfoncée, brisée, mais il vit toujours. Il peut toujours voir ma hargne, ma fougue. Mais à ce stade là il ne peut plus rien faire. Juste encaisser, encaisser et encore encaisser. Si le coup a fini d'être porté depuis longtemps, les secousses elles continuent. Elle font se détacher de gros morceaux de la paroi du puits naturel, qui s'élargit à vue d’œil. Des rochers immenses démantelés de la falaise. Et enfin, le fond du puits.

BRROOOOMMMMMM

Explosion finale. Un moment propice à la Chevauchée des Valkyries. Aux rebondissements finaux du Bolero de Ravel. A cette redondance charismatique qui se poursuit dans le ciel bleu. En dehors du nuage. En dehors de l'île. En dehors de sa gravité retournée. Par le biais de mon étrange gant de boxe, de mon tampon qui a servi de foret pour briser la croute terrestre. Qui a permis de rejoindre l'autre côté de l'île, celui dans le bon sens. Où l'on chute en direction du ciel. Son corps recroquevillé, dénué d'armure, sanguinolent et mou désormais. Sans os, sans muscles. Juste une larve immonde, à peine vivante que je récupère au dernier moment pour qu'elle ne s'envole pas. Agrippée à un rocher de la falaise calcaire, j'observe cette curieuse formation. Cet endroit contre-nature. Inversé, désertique, rocheux. Le paysage de ma victoire. Que j'admire une dernière fois avant de le quitter. Avant que mes forces ne me quittent définitivement et que je perde pieds.

La surface de Lone Down.
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Bien plus tard au Royal Lone Down Hospital.

Bip.

- Bip.

Bip.

- Bip.

Bip.

- Biiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiip.

- Allons bon Miss Holmes, votre état n'est pas si inquiétant.

- On s'occupe comme on peut.

Un peu après...

- Salut Amanda. Quoi de neuf ?

- Toujours des côtes félées et une cheville en compote. Des bleus qui font la taille de mon bras et quelques muscles inutilisables. A part ça, je peux encore me lever pour aller pisser. Donc ça va.

- Ravi de l'apprendre. Tu nous as fichu une peur bleue, quand on t'a vue partir dans ce précipice avec Murphys.

- C'est bon. Je pensais pas que le fond de l'île serait si près. J'ai dû parcourir quoi.. trente ou quarante mètres de profondeur...

Interloqué, l'homme continue à me fixer pendant trois longues secondes avant de me répondre. L'étonnement se fait aisément ressentir dans sa voix subjuguée.

- Tu parles. Tu as provoqué l'éboulement d'un puits long de près de cent-cinquante mètres !

- La vache ! Mais j'en suis revenue.

Et je me demande encore comment j'ai fait. Boitillante, au bout de mes forces, avec le Geppou comme seul moyen de déplacement. Sur cent-cinquante mètres de hauteur, c'est dingue. Inhumain. Mais tout à propos de ce combat était inhumain.

- En tout cas tu nous as rendu un grand service. Même avec ce trou.

- C'est à dire ? Vous y jetez vos ordures au lieu de les foutre dans la Malmise ?

L'homme sourit. Pas plus pour ma pique que pour la bonne nouvelle qu'il s'apprête à m'annoncer.

- Mieux. Les Inversés ont réussi à se convaincre que c'était un moyen de retourner vivre dans le bon sens. Ils ont entrepris la construction d'un gigantesque escalier pour rejoindre l'autre côté.

Je reste sceptique. Quelques secondes. Avant de me remémorer à quel point les habitants du sous-sol peuvent être chtarbés. Non, en fait ça a du sens. Pour eux. Néanmoins leur escalier ne mène à rien. La gravité n'est pas inversée de l'autre côté. C'est un trou, un trou vide.

- Mais euh... il n'y a rien de l'autre côté. Le vide, le néant, le ciel bleu et rien d'autre. Pas même une fougère ou une mauvaise herbe qui pousse entre les cailloux.

- Ils trouveront un moyen. Ce sont les Inversés, je te rappelle. En tout cas ça me retire une épine du pied, celle de leur devoir quelque chose.

Ouais je vois. Malgré tout nous voilà bien avancés. J'avoue m'enquérir davantage du sort des révolutionnaires et de ce qu'il est advenu du gouvernement. Ce qui ne tarde pas au vu de la trombine que tire mon visiteur, définitivement égayé.

- Murphys et ses sbires ont été fait prisonniers et envoyés par aéronefs à la base la plus proche. J'ai cru comprendre qu'il y en avait une en construction sur Strong World, donc en attendant on les a mis entre de bonnes mains. Pour le gouvernement... les élections auront lieu la semaine prochaine. Mais les rumeurs laissent entendre que l'on ne me voit pas de concurrence possible. En tout cas, les Lords me supportent et j'ai déjà quelques prétendants pour les deux postes à pourvoir.

Je hoche la tête, coi. L'instant est propice même si je ne suis pas au top de ma forme. Ma condition à remplir. Mais tout d'abord les accords avec le Gouvernement Mondial, histoire d'initier la chose.

- Ces accords sont importants. Ce royaume ne survivra pas sans approvisionnement. Il doit s'ouvrir au commerce extérieur.

Surtout depuis que l'on a coupé court aux échanges quotidiens avec la révolution. Les immenses zeppelins qui apportaient les rations en nourriture, en eau et en plein d'autres trucs.

- Je suis d'accord avec toi. C'est dans les projets à venir. J'ai déjà commencé à prendre contact avec quelques personnes haut placées au Gouvernement. Ils attendent mon avènement pour commencer à nouer des liens. Quelque chose d'officiel. Mais ne t'en fais pas, tes actions ont su parvenir jusqu'aux bonnes oreilles. Et depuis cette démonstration de force que tu nous as fait, le peuple est en liesse lorsque la Marine est évoquée. Tu es un modèle pour bon nombre de gamins qui eux aussi aspirent à provoquer des... des...

- Des séismes. C'est un pouvoir issu d'un Fruit du Démon que j'ai mangé.

Inutile de s'en cacher. Et surtout pas pour le Lord Président qui sait quel est mon vrai boulot.

- Tout s'explique. Et du coup, quelle est ta condition ? Je suppose que l'on te doit bien cela après tout ce qui s'est passé. Tout ce que tu as donné pour parvenir à rétablir la paix et l'ordre. Pour bouter la révolution de Lone Down. Je te suis éternellement redevable.

Je souris, pensant aux ruines de Roublard, à l'établissement désertique qui aurait dû servir à former de jeunes soldats révolutionnaires. L'idée n'est pas si mal, mais ce n'est pas l'avenir des enfants Lone Downien qui me préoccupe. A vrai dire, ils peuvent la conserver leur école. Mais ça serait dommage de ne pas rénover le complexe en entier pour y fonder quelque chose de plus ambitieux...

Une semaine après...

- J'ai du mal à croire ce que je vois. Depuis que Jackspear est passé Lord Président, la ville semble plus belle, plus resplendissante. Est-ce dû à ce nombre incroyables de ballons que l'on peut voir dans le ciel ?

De grands gestes de bras. Un discours qui varie dans les gammes, théâtral. L'homme semble toujours coincé dans sa révolution. Ou bien essaye-t-il de manipuler le mur devant lequel il fait son petit numéro. Je lui rappelle que l'on est dans un hôpital et que je me trouve de l'autre côté.

- Ne me prenez pas pour une gourde, je sais que ce sont les vôtres. Votre compagnie aérienne, vos moyens de transport, vos équipes et vos marchandises.

J'ai fait cet homme.

- Oh mon dieu oui. C'est florissant. Époustouflant ! Ahurissant !! Épices, fourrures, dorures... Avez-vous déjà goûté à de la cannelle ? Non, ne répondez pas. C'est purement rhétorique. Un goût des plus fins et qui fond en bouche. Je ne pensais pas en manger à nouveau dans toute ma vie.

- Dans ce cas on peut supposer que j'ai rempli ma part de marché. Mes appels auront été entendus, visiblement, pour qu'on vous laisse prendre les choses en mains à ce niveau-là. Félicitations.

Deux jours que l'ex-Commodore gouverne et les changements se font déjà ressentir. Ouverture des frontières, reconstruction des bâtiments détruits ou abimés. Reconstruction de l'école avec un objectif dissimulé. Secret. Cipher Pol. Et cette effervescence dans les rues. Ces produits frais, ces nouveaux mets exotiques. L'engouement de Builder quand il vient me conter à quel point il a eu raison de croire en moi. Mais non, il n'a rien cru. Simplement des menaces et une once d'opportunisme bien placée. Pour lui comme pour moi, au final. J'en suis aussi contente. Mais c'est moi qui ai dû me salir les mains et il en est bien conscient. Mon combat a laissé des marques. Positivement parlant. Car les cicatrices, j'ai tout le loisir de les soigner et les réparer. Mes prothèses, avec les outils qui me suivent partout où je vais. C'est plus pour la réputation que je me suis taillée auprès du peuple de Lone Down. Douce ironie quand on sait que je suis l'instigatrice de cette révolution. Mais bon.

Après cinq minutes passées à laisser aller l'homme à ses divagations, je le stoppe sous prétexte d'être fatiguée. Mensonge. Mais celui-ci se fend tout de même d'une révérence avant de se diriger vers la sortie.

- Oh j'oubliais. Un homme étrange veut vous voir. Il m'a dit ne pas avoir besoin de laissez-passer.

Je reste perplexe. Enfin, tout du moins jusqu'à ce que je voie la trombine qui se profile derrière le huis tandis que le Lord quitte la pièce pour laisser entrer mon nouvel invité. Si je m'y attendais !

- Larson !

Comme à son habitude, l'homme analyse le coin. Vérifie s'il n'y a pas des mouchards. Et quand il juge enfin la zone sûre, que l'on peut parler tranquillement, il vient s'asseoir à mes côtés. Sur le lit directement, sans se priver. Je sens même le contact d'un objet solide dans la poche de sa veste, que je devine comme était sa précieuse fiole. Il chuchote.

- Sweetsong. Et bien, toujours dans un bel état à ce que je vois.

Pas la première fois que le vieil homme me retrouve cassée de tous les côtés. Pas la dernière aussi j'espère, il me reste de grandes choses à accomplir. Surtout avec ces nouveaux pouvoirs que je maîtrise de plus en plus.

- Je récupère tranquillement. Tu es venu pour me féliciter ? Me donner des médailles ? Ou bien me gueuler dessus car c'était pas dans la mission de départ.

- Te gueuler dessus ? Alors que t'as mis une crapule des plus infâmes sous les verrous ? Il te manque décidément une case fillette.

Ça fait du bien de le revoir, même si j'anticipe les raisons de sa venue. Enfin, je les devine. C'est probablement lié à la demande que j'ai fait remonter par escargophone il y a peu. Quelque chose qui aurait logiquement nécessité un simple coup de fil d'Alvaro. La promotion de ma couverture, simplement. Alors qu'y a-t-il d'autre ?

- Certes, je suis venu te donner tes petits bouts de métal qui te font officiellement passer... enfin ta couverture, au grade de Lieutenant-Colonel. Et comme on aime faire les choses bien, tu pourras bénéficier d'un navire et d'un équipage lorsque tu auras recouvré des forces. Cadeau de la Marine. Du G-12 plus précisément. Ta prochaine mission ne devrait d'ailleurs pas tarder. Tu trouveras tout ça au large de Third District, à Blanchetour.

Blanchetour ? Je darde un sourcil interrogatif. Puis ça y est, ça me revient :

- Le nom donné à la base gigantesque à l'ouest de l'île ?

- C'est ça. Un sacré chantier, bien que pas aussi imposant que celui du G-12. Il avance bien celui-là aussi et sera terminé avant longtemps. En fait, c'est tout bonnement inhumain la vitesse à laquelle ça progresse.

- Tu m'en diras tant. Bon, je suis bien contente d'apprendre tout ça, mais j'imagine que tu ne t'es pas juste déplacé pour faire de l'administratif, si ?

Inutile de donner dans les politesses et les discussions facultatives. Un chef d'équipe qui vient me rendre visite, c'est pas une commune mesure. Et je brûle d'impatience à l'idée de savoir la raison de sa visite.

- Non, en effet. Il y a autre chose.

J'en étais sûre. Je reste coi, attentive, cherchant à lire dans les pensées de mon interlocuteur. Bien évidemment ça ne fonctionne pas, le Haki n'est pas aussi pointilleux. A la limite je peux deviner ses intentions mais elles sont opaques, comme à son habitude. Relevées d'une touche d'alcool, peut-être ?

- Je trouve ça plutôt précipité mais néanmoins amplement mérité. C'est Sloan O'Murphy qui m'a directement envoyé pour te l'annoncer.

Transie, je braque sur mon partenaire un regard suspicieux. Ça semble difficile pour lui à avaler. Une sacrée pilule qui reste coincée dans sa trachée et qui met du temps à être déballée. Enfin, son expression est sombre, ce qui me met le doute, pourtant le timbre de sa voix est relativement neutre. Neutre optimiste. Mais juste une pointe. Puis un sourire enfin, chose qui a de la valeur chez Larson. Pour sa rareté.

- Tu es promue cheffe d'équipe. Du CP9, évidemment.
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