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La Belle

Une semaine environ, avant leur arrivée à Zaun




Depuis Saint-Uréa, l’alcool avait coulé à flot. Et ceux-ci étaient peut-être plus nombreux encore que ceux qui venaient s’écraser sur la coque de la caravelle. Étonnamment, la musique ne battait plus son plein. Par contre, les rires gras et les symptômes de malaise rythmaient davantage la vie à bord.

- Le truc, et j’te l’donne en mille mon p’tit Popo, c’est qu’j’ai été maudit par mon putain d’beau-père ! D’puis, j’parle mal et j’dis qu’des insultes !
- Mais non John ! Déjà, qu’est-ce qui te fait affirmer cela ? Et ensuite, si tu t’exprimes ainsi, c’est parce que tu es un pirate, un vrai ! Un de la vieille école !
- Mon cul ouais ! J’te dis, c’est c’connard d’vioque à la manque qui m’a maudit ! Mon fumier d’père s’est cassé avant ma naissance et ma salope de mère s’était d’jà maquée avec un aut’ pouilleux ! Elle m’a foutu dans ses bras alors -et excuse-moi mais putain d’merde encore heureux- qu’j’étais pas son rej’ton ! Alors bien sûr, il voulait pas qu’j’file droit c’fils de catin des îles ! J’étais pas son fils, il avait aucune putain d’raison d’bien m’éduquer !
- Mais non, te dis-je ! Ta mère s’appelle comment ?
- S’appelait.
- Oui bon, ta mère s’appelait comment ?
- Ada Peyton.
- Elle avait un surnom ?
- La Sanglante. Parce qu’elle étripait ses adversaires et les bouffaient tout cru. I’ parait, moi j’sais pas. Quand elle était avec moi, elle f’sait qu’treuiller. Pis elle bouffait que d’la bidoche t’façon. Saignante. Au mieux. Alors t’imagines la suite ?
- Elle a contracté le scorb... ?
- BINGO ! ELLE A CHOPPE LE SCORBUT CETTE CONNASSE !
- Hm, certes. Et ton père ?
- C’est qu’un con. Enfin, c’était.
- Mais son nom !
- Robert Axton, dit Bob Quat’zyeux. Un vigie, toujours avec sa paire de jumelle. Tellement qu’il voyait plus rien sans. Ses yeux s’était habitués.
- Et ton beau-père ?
- Figure de proue.
- Tu plaisantes ?
- J’en ai l’air ?
- Je ...
- Bah non ! Nan j’plaisante pas ! C’était un bâtard entre un humain et une sous-race.
- Euh ... ?
- Bah si tu veux, il était humain, pis poiscaille, pis re-humain derrière. Mais moi j’savais pas ça. Alors que j’l’ai foutu à l’ancre d’mon premier rafiot, il a plutôt bien survécu l’con ! Quand on l’a r’monté pour qu’j’me foute de la gueule d’son cadav’, il avait pris du bide l’enflure ! I’ vivait pépouze, et bouffait la poiscaille qui passait à sa portée ! TU T’RENDS COMPTE ? IL BOUFFAIT LES SIENS POUR SURVIVRE ! BWAHAHAHA ! L’FAUX FRÈRE !
- Tu sais qu’à deux tiers, ou plutôt, à trois quarts humains, il se rapprochait davantage de nous que d’eux ?
- Rien à fout’ mon p’tit Popo ! C’connard bouffait sa famille ! BWAHAHA !
- Moui ‘fin bref ... “Figure de proue” donc ?
- Bah ouais. Quand on a vu ça, j’l’ai foutu à la place d’notre figure de proue et on a foncé tout droit aussi longtemps et aussi vite qu’on pouvait. Bon, on a failli crever à force d’pas savoir où on allait mais ça en valait la peine : il a fini desséché ! Quand il commençait à nous faire plus gerber qu’not’ propre bibine, on l’a r’lâché dans son état naturel ; A LA FLOTTE MON GARS ! BWAHAHAHA ! Ah ... J’te jure ...
- Cap’taine, c’est l’heure !
- Woh putain ! C’EST L’QUART LES GARS !  ON CHANGE RIEN : LA VIANDE SAOULE, A LA BAILLE ! ET SI Y’EN A QUI L’SONT TROP POUR SE J’TER EUX MÊME, J’TEZ-LES ! PENSEZ A ATTACHER LES BOUFFEURS DE MERDE DU DÉMON AVANT D’LES BALOURDER PAR D’SSUS BORD ! LES AUT’, VOUS POUVEZ VOUS METT’ A PICOLER !


A cet instant même, l’équipage se divisait encore plus en deux groupes de plus en plus distincts : les joyeux, et les autres. Ces derniers étaient bien trop disparates pour pouvoir les séparer entre eux. Il y avait ceux qui étaient restés sobres -peu nombreux, ceux soûls mais pas assez pour ne pas se jeter eux-même à la mer pour se désenivrer tout seul comme des grands, et ceux qui avaient besoin d’aide. Autant dire que quand ils revenaient à eux, ils faisaient grise mine. Déjà parce qu’ils avaient une gueule de bois catatonique, mais aussi parce que cela voulait dire qu’ils devaient remplacer à la manoeuvre ceux devenus subitement joyeux et qui pouvaient commencer à boire.
Ainsi, six fois par jour, les tendances s’inversaient très rapidement.

- John ? Dois-je également passer par dessus bord ?
- Nan mon gars ! Toi, moi, l’navigo et l’timonier on est les seules exceptions : nous, on peut tiser autant qu’on veut, et eux pas du tout.
- Merci mais tu sais, je pense que je vais me calmer un peu. Soigner la veisalgie par la veisalgie, je n’avais jamais expérimenté. Et si je ne doute pas de son efficacité à court terme, je préfère éviter de savoir pour le long terme.
- Bwahaha ! Gosier-tendre, va ! Bon, et si on rev’nait à ma malédiction.
- Justement, John. Ca n’en est pas une ! Quoi que tu dises, tu es un pirate, fils de pirates ! C’est quelque chose de tout à fait normal !
- Bwais, j’sais pas. Dans l’doute, j’ai préféré m’venger sur lui. Et si tu m’dis qu’il y est pour rien, bah ... tant pis. J’vais pas l’faire rev’nir d’toute façon. Pis j’voudrais pas ! Bien fait pour sa gueule de con.



Trois jours avant leur arrivée à Zaun

- Mais arrête d’faire ta chochotte ! J’te dis qu’t’as tout du pirate !
- Absolument pas !
- Tu veux bien faire que c’qui t’chante ?
- Oui.
- Alors t’es un pirate mon frère ! Main d’la paix à la mords-moi l’noeuf ou connard d’Morgania, c’est la même ! Y’a qu’la liberté qui compte et les manières qui diffèrent !
- Mais je ne me sens pas pirate pour autant !
- T’veux bien explorer l’monde et faire tienne les aventures des aut’ ?
- Oui.
- Bah y’a des pirates qui l’font ! T’es un pirate j’te dis !
- Alors d’accord. Soit. Admettons. Je suis un pirate. Je peux piller et violer ?
- Sûr que j’veux !
- Mais je peux aussi bien protéger la veuve et l’orphelin ?
- Ouaip. Mais bon, t’es à deux doigts d’virer gentil p’tit gris là ...
- Je peux, si je le décide, aller me produire en spectacle à toutes les cours du monde entier ?
- Bah ouais. Même si t'auras p't être du mal à trouver des clients d'cet acabit ... Mais ouais.
- Dans ce cas, ta vision du pirate englobe tout et tout le monde !
- BEH OUAIS ! C’EST C’QUE J’ME TUE A T’DIRE !
- Comment expliques-tu alors que je ne me sente pas comme un pirate ?!
- Pasque tu veux pas t’l’avouer, voilà tout ! Au pire, t’es un Main d’la paix !
- Bon, bon, passons. Et toi alors ? Tu te sens appartenir à quel genre de pirate ?
- Aucun. J’tue pas, d’accord. Enfin, on évite. Y’a d’jà eu débordement, j’dis pas. Mais j’pille. Mais c’est pour l’compte d’un aut’.
- Pour moi, tu te rapproches du Morgania. Même ne serait-ce qu’un peu.
- EH OH ! D'OÙ QU’TU M’COMPARES À CES CHAROGNARDS ?!
- Bon ! Très bien ! Tu es un Main de la paix alors !
- NAN MAIS OH ! J’SUIS PAS UN MOU DU BULBE MOI !
- Cap’taine, c’est l’heure du quart !
- WOH PUTAIN D’BORDEL DE MERDE ! DEBOUT BANDE DE SOIFFARDS DEGENERES ! A LA FLOTTE, ET DANS L’CALME ! J’AI UN CONCERT D’CANONS DE TOUS LES DIABLES DANS L’CR NE ! ALORS ARRÊTEZ D’GUEULER ! ARRÊTEZ D’GUEULER J’VOUS DIS !
- Euh ... Cap’taine, il n’y a que vous qui haussez le ton, vous savez ...
- TU T’MUTINES, MARIN D’EAU DOUCE ? MOUSSAILLON D’PACOTILLE ?
- Non, mais arrêter de hurler !
- OUAIS, T’AS R... Hm. Ouais, t’as raison, faut vraiment qu’j’arrête de gueuler.
- Oui, s’il vous plaît. D’autres souffrent autant que vous. Jetez-vous à l’eau peut-être ?
- Nan, c’pour les connards ça. Nan, j’vais plutôt m’enfermer dans ma cabine en attendant d’arriver. Personne dans les pièces mitoyennes, d’accord ? Tu m’excus’ras mon p’tit Popo, hein ?


Décidément, plus l’alcool coulait à flot, moins les débats s’élevaient. Heureusement pour eux qu’ils s’approchaient de leur destination : la cale était presque vide.


Dernière édition par Apollon de Linciel le Lun 2 Juil 2018 - 16:47, édité 2 fois
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Trois jours plus tard

- Terres en vue, Cap’taine ! Comme prévu !


Apollon qui était en train de jouer les aventuriers endurcis auprès des Rock Pirates -amusés par ses améliorations portées au récit- fut tiré de sa vantardise théâtrale par cette apostrophe. Il se rua aussitôt sur le gaillard d’avant avant d’admirer l’île qui se profilait devant à ses yeux.

Ce point qui grossissait à l’horizon s’appelait Zaun, l’île scientifique et industrielle par excellence. De lourds et immenses panaches de fumée blancs ou noirs s’y élevait, tant et si bien que même le ciel gorgé de pollution semblait faire grise mine. Mais ce n’était pas le cas du bateleur à tout faire qui, a contrario de n’importe quel touriste, s’illuminait à la simple vue de ce bout de terre bardé d’usines diverses.

- Woï, Popo ! J’dois t’prév’nir d’un truc avant toute chose !

Apollon se retourna vers le capitaine du navire, intrigué.

- Z’aiment pas trop les étrangers par ici. C’est bien beau d’nous avoir suivi mais fourre pas ton nez n’importe où, tu pourrais finir comme un rat. T’sais, un peu comme à Saint-Uréa, mais en pire. Et j’peux pas m’porter garant d’toi ...

Il grinça des dents mais il savait qu’il avait raison : ce royaume de pierre avait eu raison de lui et de son assurance.

- Je comprends, merci John. Vous m’avez déjà emmené jusqu’ici gratuitement, et c’est déjà beaucoup ! Je ne peux me permettre d’abuser de votre gentillesse.
- Boarf, t’en fais pas l’aminche ! Comme t’as pu l’voir, on manque de rien ici. Un d’plus ou un d’moins ... ‘Fin bref. Tout ça pour dire qu’là bas, y’a des zigs comme toi qu’ont monté un p’tit quartier au port, rien d’bien folichon mais assez pour pouvoir y surviv’ avant d’remett’ les voiles : on y trouve de tout pis c’est là qu’ils laissaient poireauter les étrangers.. Tu d’vrais y rester, et pas t’frotter à leur xémo ... à leur xébo ...
- A leur xénophobie ?
- Ouais, voilà. Mes gars et moi on est un peu à part. On a réussi à esquiver l’truc. J’te jure, tu fous ta main dans la merde, t’y perds l’bras.
- Tiens d’ailleurs, John ! Tu ne m’as pas dit pour qui tu travaillais ...
- Pour un type qu’a r’pris l’usine d’son père. Z’étaient deux fils mais l’plus grand a mis les voiles. L’usine en question c’est une fabrique d’pièces détachées, des visseries, des trucs du genre. Nous, on lui r’fourgue l’fer. On a signé un contrat pour ça. Du coup on nous aime pas ben là bas, mais ils s’y sont faits, avec le temps. J’vais t’faire visiter un rade à côté du port, Rose, la tavernière, elle est adorab’ !
- Parfait ! Je pourrais peut-être m’y présenter en temps que barde !
- P’t-êt’, mais compte pas sur elle pour t’payer ... Elle peine d’jà bien à joind’ les deux bouts avec les taxes qu’on lui fout sur la gueule ... Juste parce qu’elle est pas du coin ! Bande de connards ...
- Peu importe, si elle peut se permettre de m’offrir le gite, alors je dormirais à la belle étoile !
- Et tu chopp’ras l’cancer à la fin d’la s’maine ! T’sais, là bas, les usines ferment jamais vraiment. Elles turbinent nuit et jour ! ‘Fin bon ! T’es un grand garçon qui manque pas d’ressources, tu sauras t’débrouiller !
- Exactement !


Le Capitaine, Bidouille John, lui serra la main en lui souriant toutes dents dehors, même celles qui manquaient à l’appel. Puis il se retourna pour interpeller ses hommes.

- BON LES GARS ! Z’avez plutôt bien géré l’stock d’alcool, j’suis fier de vous ! L’en reste pas mais on en a pas manqué, et on arrive tous en pleine forme pour débarquer ! Vous savez c’qu’i’ vous reste à faire : la manoeuvre, l’décharg’ment et la musique pour nous fout’ du baume au coeur ! Chauffez, les zikos !


Apollon se détacha du capitaine pour aller rejoindre le musicien-en-chef sur le pont principal qui, contrairement au reste de sa troupe qui se déchaînait diablement pour rythmer les corvées de l’équipage, préférait vomir par dessus bord.

- J’en connais un qui peine à se remettre !

Sans le regarder, “Swing” Lawson lui répondit.

- Ouais, pour me remercier les gars m’ont demandé de finir les bouteilles. Je suis donc le dernier encore bourré.
- Excuse-moi de te déranger alors, surtout que cette folie musicale doit taper fort dans ta tête, mais je sais que vous faites plus que jouer de la musique. Il y a autre chose. Il y a forcément autre chose.


Lawson laissa un filet de régurgitation couler et cracha avant d’acquiescer. Cette fois-ci, il prit le risque de se tourner vers Apollon.

- Bien vu l’artiste ! C’est de l’hypnose musicale !
- Impressionnant ! Et je peux savoir comment vous faites ou comment ça marche ?
- Sûr ! T’es doublement l’un des nôtres maintenant. Si tu veux, c’est de l’hypnose douce. Avec notre musique, on va chercher ce qu’il y a dans le coeur des gens. “La musique adoucit les moeurs”, tu vois ? Bah elle fait pas que les adoucir. Avec les bons accords, les bonnes paroles, tu peux inciter les gens à pas mal de trucs.
- Je peux les forcer à me payer plus grassement ?
- Att...


Il n’eut le temps de finir sa phrase qu’il dût se penser par dessus bord pour purger ses tripes. Puis il s’excusa en s’essuyant avec le revers de sa manche.

- Nan, quand même pas. Et puis ça ne fonctionne mal sur les mecs les plus puissants, mais tu peux facilement guider une foule pour un truc simple. D’ailleurs, je me demande quel accord pourrait faire raquer, hahaha !
- Et donc, toi, concrètement, tu t’y prends comment pour motiver les matelots ?
- Bah c’est simple, un accord commun à mort, que t’entends partout, une musique entraînante, des paroles qui te poussent à chanter, et bingo, t’es pris dans le mouv’.
- Un accord simple ... La mineur, fa, do, sol ?
- Ola, l’aminche !
étouffa-t-il dans une nausée. Tu tapes dans la facilité là !
- Je débute je te rappelle !
- Ouais mais tout de suite tu sors les accords magiques aussi !
- Héhé, il faut ce qu’il faut !
- Alors ouais, j’imagine que ça peut marcher si tu y mets du tien. Tu sais, la musique, c’est aussi une partie de l’âme des gens, autant pour le compositeur que pour le public, faut juste savoir comment entrer en résonance avec tout ça. Toi, elle, et eux.
- Merci, merci beaucoup Lawson !


Apollon était encore plus émerveillé, l’air doucement songeur mais en pleine réflexion. Le concert improvisé battait son plein, au grand dam de leur chef d’orchestre.

Quelques minutes plus tard, les Rock Pirates étaient amarrés au port et tout ce beau monde pouvait décharger la cale lourde de minerais. Bidouille John avait donné ses derniers ordres et allait rejoindre ses hommes une fois assuré que son hôte fût bien installé en ces lieux. Et ce fut en le tenant par l’épaule, lui heureux comme un enfant qu’ils posèrent enfin pied à terre. L’île paraissait encore plus austère, plus grouillante d’activité et plus polluante qu’au loin, mais les lèvres d’Apollon ne parvenaient pas à se tordre en autre chose qu’un sourire béat.

Après une courte visite du petit quartier du port que les voyageurs s’étaient approprié à force de réclusion forcée, il l’emmena à cette fameuse taverne, la Fumée Bleue, où ils tombèrent nez à nez avec Rose, la tenante de l’établissement.

La Belle 180627075611918209

Si les yeux d’Apollon se pouvaient se transformer en coeur, ils l’auraient fait immédiatement. Au lieu de cela, il fut pétrifié d’amour pour ce petit brin de nana.
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L’on aurait pu dire qu’il était attiré par elle comme s’il flottait sur un petit nuage qu’elle tenait par une ficelle. Mais non, c’était bel et bien sa propre volonté qui le faisait s’avancer voluptueusement, fier comme un paon qui allait entamer sa parade nuptiale par une splendide roue.

Mais ...

- Z’auriez pas une tite pièce, m’sieur ?

... la fanfaronnade amoureuse coupa court face à cet énergumène, un clochard famélique et négligé. Il avait les cheveux longs et ses habits troués, rapiécés et limés par endroit, mais ils témoignaient d’un certain niveau de vie par le passé. Apollon baissa les yeux pour le regarder, et en conclut qu’il avait été la victime d’un revirement brutal que causait toute société folle comme celle de Zaun. Habituellement, il aurait toute les raisons du monde pour s’en prendre à lui, à avoir interrompu sans vergogne son spectacle de séduction. Mais ... non. Non, au contraire, la vue de cette magnifique jeune femme l’avait égayé pour la journée et ce fut avec le sourire qu’il lui répondit.

- Je suis désolé, je suis venu sans le sou. Mais je vous promets que, et ce dès que je le pourrais, je vous ferai ce don. Malgré les apparences, je suis un peu dans le même cas que vous, je vivote en me déplaçant d’île en île, en chantant ou en me donnant en spectacle pour survi...
- Oï, oï ! Popo !
lui chuchota Bidouille John après lui avoir assené un coup de coude dans les côtes. Fais gaffe à toi hein ! La p’tite Rose, personne la drague vraiment pour la tringler hein ! R’garde autour de toi !

Le bougre avait raison : personne à l’intérieur de la taverne miteuse mais délicatement décorée d’une touche féminine ne semblait vouloir semer la zizanie. Pourtant, la pire espèce de crapule venait s’y jeter un godet, mais tous s’entendait à merveille. Même les parties de cartes se déroulaient dans la bonne humeur. Rose faisait de l’effet à tout le monde, et elle en jouait d’une manière complice, mais il ne s’agissait que de tendresse. Un peu déplacée parfois, mais uniquement de la tendresse. Même l’ivrognerie générale se faisait douce. Que ce fussent des gamins, des marins, des loubards, des pirates, tous la regardaient tendrement et de par sa présence, parvenaient à supporter les autres. Même les épais volutes de fumée qui s’écrasaient au plafond semblairnt le faire mollement. Ils chaviraient aussi, mais le charme de l’ambiance semblait opérer sur eux également, formant de généreux et moelleux mamelons qui pendaient et qui finissaient tous par rejoindre, tôt ou tard, cette large couche de fumée de pipe ou de cigarette d’où ils étaient nés. Clairement, son charme enivrait bien plus que l’alcool que l’on pouvait consommer ici.

Apollon devait se rendre à l’évidence, mais son regard dévia à nouveau sur la jolie tenante. Le soleil qu’elle tenait en guise de sourire avait caramélisé sa peau douce, il avait même attiré des framboises qui étaient venues s’écraser amoureusement sur ses lèvres pour les teinter avec gourmandise. Ses iris presque noires n’étaient de cette couleur que pour mieux contraster avec le reste de ses globes. Le vent de l’île, pourtant chargé de particules toxiques, n’abimait pas ses cheveux mais les ondulait avec grâce, ses vêtements simples dansaient joyeusement dans son souffle fétide qu’elle purifiait de l’odeur des usines avec son parfum floral.

Et il fallut que John lui mît un taquet derrière la tête pour qu’il reprît ses esprits.

- Je ... Oui, pardon. Tu as raison.

Rose s’approcha d’eux, amusé par les effets ravageurs que provoquaient son charme sur le bateleur. Un peu comme si elle y était habituée, et que chaque nouvelle tête avait le droit à ce rituel envoûtant. Ou peut-être était-ce simplement de la joie de vivre ?

- John ! Ca me fait plaisir de te revoir !
- Ah ha ! Ma p’tite rose des villes ! Moi aussi ! J’pouvais pas r’v’nir ici et pas passer !
- Je vois que tu as emmené une connaissance avec toi ...
- Ouaip ! Rose, j’te présente Popo ! ‘Fin, Apollon ... de ... comment déjà ?
- Apollon de Linciel ! Pour vous servir !
fanfaronna-t-il dans une courbette bien basse.

A nouveau, elle se mit à rire et le coeur du séducteur fut à nouveau foudroyé.

- Installez-vous, je vous en prie !
- Je ... Non non ! Pas de suite ! Mes gars déchargent, on r’viendra quand on aura touché l’gros lot ! Mais Popo va rester là, il a une proposition à t’faire ! A toute à l’heure !


Alors que John s’enfonçait dans la ville bruyante, polluée et noire de monde, le mendiant ne put se retenir de penser en maugréant à voix haute.

- Pourtant, on dirait pas un sans-l’sou ! L’est tiré à quat’ épingle, l’arlequin !

Mais les deux n’en avaient cure, entamant une discussion seuls à seuls.

- Je vous écoute, qu’avez-vous à me dire ?
- Eh bien voilà, je suis un bateleur ambulant aux multiples talents ! Et j’aimerais me produire dans votre taverne en qualité de barde !
- Mais je n’ai pas d’argent à vous ...
- Et je ne vous en demande pas. Je vous demande simplement de m’accorder le gîte et le couvert en contre-partie.
- Le gîte, je ne pourrais pas, je ne tiens qu’une brasserie. Et puis je n’ai qu’une chambre de bonne pour vivre, quand je ne suis pas dans mon établissement. Mais je pense pouvoir vous assurer un menu pour chaque repas. Vous pourrez garder les pourboires que l’on vous donnera et vous ne pourrez boire que ce que l’on accepte de vous payer.
- Merveilleux ! Connaissez-vous une auberge ou un hôtel dans lequel je pourrais me reposer la nuit ? John me déconseille de dormir à la belle étoile ...
- Et il a raison ! Vous trouverez un hôtel de l’autre côté du port, si vous en avez les moyens ... Mais vous verrez, ici les clients ne comptent pas.
- Le proverbe a donc raison : quand on aime ...


Elle se mit à rire franchement, prenant ce compliment pour ce qu’il était.

- Et je peux commencer à travailler quand ?
- Maintenant, si vous voulez ! Je vous prête mon arrière-boutique pour faire votre loge.
- Excellent, merci mademoiselle !
- Je vous en prie, appelez-moi Rose, comme tout le monde !

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Quelques jours plus tard


Apollon s’était relativement bien intégré au cadre. Son bagout et sa joie de vivre cumulés à la présence agréable d’un barde pour agrémenter joyeusement les beuveries et les parties de carte y jouaient pour beaucoup. Et puis ce lieu avait le don de mettre le moral des clients au beau fixe. La présence d’un barde ne pouvait qu’être un plus, et même, un mieux.
Alors Apollon avait essayé de mettre en pratique ce que lui avait dit “Swing” Lawson. Avec ces fameux “accords magiques”, il avait tenté de rendre la brasserie encore plus conviviale afin de pousser les gens à consommer. Et depuis la veille, l’établissement était aussi bondé qu’euphorique, à s’en demander si les murs allaient tenir le coup.

Certains dansaient, d’autres épaulaient le barde en chantant ou en jouant à ses côtés. Mais la plupart préféraient boire et danser. Rose, elle, malgré la fatigue, n’arrêtait pas de faire des aller-retours entre le comptoir et les tables mais gardait toujours le sourire. Jamais le quartier n’avait été aussi animé.
Quelques fois, les Rock Pirates repassaient dans le coin. Leur départ n’était pas pour tout de suite puisque leur employeur avait eu quelques soucis d’infestation à l’usine à régler. Alors ils patientaient avant de recevoir leur paie au complet. Un jour, en fin de soirée, ils se mirent en tête à enivrer Apollon. Alors il se mit à divertir -un peu à ses dépends- les derniers clients. L’alcool n’aidant pas, il devait cette rapide ivresse à la fatigue puisque Rose et lui se levaient aux aurores et n’allaient se coucher que quelques heures après le soleil. La taverne ne désemplissant pas, il était difficile de faire rentrer les derniers clients chez eux car d’autres arrivaient, intrigués par cette douce folie.

Un soir, alors qu’elle venait justement de fermer la porte de sa taverne à une heure tardive, la tenante adressa un sourire exténué au barde. Lui s’était enfin résigné à la considérer comme une autre partenaire de travail. Et en même temps, voir les autres clients se comporter de façon gentillement salace avec elle l’avait aidé à relativiser. Si au départ la voir adresser un clin d’oeil à un client en déposant son pourboire dans son soutien-gorge avant de l’embrasser sur la joue le rendait vert de jalousie, il avait bien vite compris que sa relation avec elle allait bien au delà, et que d’autres enviaient sa place en s’imaginant des choses. Alors qu’ils étaient tous sur un pied d’égalité vis à vis de ces coquineries, il se sentait quand même légèrement privilégié mais il n’espérait plus pouvoir conclure un jour avec elle.

En s’épongeant le front d’un revers de main, elle lui glissa quelques mots, l’air radieuse.

- Popo, merci du fond du coeur ! Tu ne peux pas savoir à quel point je suis contente !

Il lui répondit avec un sourire mi-gêné, mi-triomphant.

- Tant mieux, tu le mérites ! Tu te démènes bien assez pour cela !
- Non non ! Je ne veux pas te voler la vedette ! C’est grâce à toi que je rentre enfin dans mes frais !
- Je t’assure, je ne fais que t’aider. Moi, je chante, je m’amuse, on me paie et on me nourris pour ça. Toi, tu travailles et tu ne t’arrêtes jamais. Si tu n’assurais pas derrière, les clients auraient beau écouter de la belle musique, ils partiraient à force de trop attendre, parce qu’ils ne pourraient pas se rincer le gosier rapidement. Je les attire, et je les fais patienter. Toi, tu les sers et accomplis leur volonté.


Elle piqua un fard en essayant de le cacher, comme aurait pu le faire une adolescente.

- En temps cas, je suis ravie que tu sois là ! Jamais je n’aurais imaginé attirer des locaux pour autre chose que leur humeur massacrante ! Et c’est le cas depuis hier ! Tu imagines ? Les locaux plutôt réticents commencent à venir chez moi !
- Ne te réjouis pas trop vite, Rose. Tu devras certainement payer la rançon de la gloire. En voyant que tu as un succès retentissant, les rats pourraient augmenter la taxe juste pour grappiller un peu plus de ton argent durement gagné !


Elle déchanta sur le champ. Mais elle comprit qu’il avait raison. Alors il la rassura à sa façon, un peu trop flatteur.

- Mais tu auras tout le déplaisir de te prendre la tête avec ça plus tard ! Pour le moment, savoure simplement ta victoire et profite ! On n’a qu’une vie après tout ! Et puis même en vivant ici depuis toujours, tu aurais pu avoir un travail encore plus déplaisant ! Du genre à courber l’échine devant un patron constamment insatisfait, alors que tu t’abimerais les doigts dans son usine à longueur de journée. Mais non ! Tu as préféré retrousser tes manches et pimenter le quotidien des étrangers que la vie ici rend impossible ! Ton âme est grande, Rose. Ne te laisse pas bouffer par les tracas du quotidien, tu vaux mieux que ça !

Elle acquiesça, le sourire jusqu’aux cernes.

- Tu as raison, Popo ! Et ne traînons pas trop, nos nuits sont déjà bien assez courtes pour que nous perdions du temps à discuter ! Allons nous reposer plutôt !

Ce fut à son tour d’opiner du chef, dans un sourire amical.

- Bonne nuit, Rose !
- Bonne nuit à toi aussi !


Alors qu’il aurait dû partir, il préféra la regarder s’en aller d’abord, sans un mot, mais toujours avec un petit sourire satisfait en coin. Lui aussi menait la belle vie, et c’était quelque chose de rare ici, à Zaun. A sa droite, la ville ronflait. Elle avait perdu de son effervescence mais ne dormait pas pour autant. En réalité, elle ne dormait jamais. Il y avait toujours quelques usines qui tournaient. Leurs bruits se répandaient facilement et se perdaient rapidement dans le silence nocturne. Leur fumée n’étaient plus aussi distincte qu’en plein jour mais un bon oeil pouvait quand même les discerner de l’immense toile bleu nuit et étoilée. Seules quelques lumières dans de rares chaumières venaient perturber cette scène qui, quelque part, avait son charme. S’il avait été peintre, Apollon aurait voulu la peindre. Mais malgré le fait qu’il appréciait les arts plastiques, c’était dans ceux-ci qu’il avait le moins de talent. Alors il ne voulait pas peindre car pour lui, une peinture devait rendre hommage et non pas insulter. Et pour cela, le peintre devait être conscient de son doigté, et il l’était pour le sien qu’il avait jugé insuffisant.

Désormais, il pouvait gagner sa chambre d'hôtel. Son succès lui avait assuré le confort tous les soirs, même s’il avait dû se démener pour que le propriétaire lui eût accordé une avance. Mais contrairement à d’habitude, il avait pu tenir sa promesse de remboursement grâce aux fruits de son travail.

Et comme chaque soir, le clochard qu’il avait rencontré le premier jour était assis sur le chemin entre la taverne et l’hôtel. Mais comme chaque soir, Apollon trouvait un prétexte pour ne pas lui donner de l’argent comme il lui avait promis.

- Wouallez, “Popo” ! Une tite pièce ?!
- Rhoo, comme tu y vas ... euh ...
- Alexander, m’sieur Popo !
- Comme tu y vas Alexander ! Fais comme moi ! Trouve toi un talent et vis de celui-ci ! Ou alors, et ce, tout comme moi, vis d’amour et d’eau fraîche !
- “D’amour et d’eau fraîche” mon cul !
grommela-t-il. Tu t’es vu ? T’es gras comme un cochon maintenant !
- Mais c’est parce que je me gave de bonheur !
- Et des plats en sauce d’la p’tite Rose, et du jaja qu’on t’paye hein !
- Hm, tu as raison. Ecoute Alex -je peux t’appeler Alex ? On dit que je peux et que tu me pardonnes parce que je suis las- je vais en toucher deux mots à Rose demain, je parie qu’elle peut te dégoter un fond de casserole digne d’un vrai bon repas !
- Ouais, mais toi, tu peux m’donner du brouzouf nan ?
- Tu sais, je paie mon hôtel et tous les services nécessaires. Rose ne me paie pas et je ne vis que des pourboires, ce qui est juste assez ! Je suis désolé Alex, et je dois aller me coucher, je remets ça très tôt demain ...


Alors qu’il s’éloignait, Alexander ne put s’empêcher de le cingler d’une dernière pique.

- Ouais bah n’empêche qu’t’es gras comme un cochon et ping’ comme un pou !
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Le lendemain matin et comme tous les autres depuis ces derniers jours, Apollon se leva de bonne heure et de bonne humeur. Il prenait un réel plaisir à se pouponner, encore plus que d’habitude. Une fois assuré d’être sur son trente-et-un, il se parfuma et s’admira dans la glace en face du lavabo. Il se sourit à lui même, satisfait et confiant, et s’en alla le coeur léger.

Sur le court chemin, il croisa bien ce fameux Alexander mais il ne broncha étonnamment pas. Ne se faisant pas prier, Apollon continua donc sa route comme si de rien n’était. Et quelle ne fut sa surprise quand il vit l’attroupement autour de la brasserie ! Un flot incalculable d’habitués, de nouvelles têtes, et de Rock Pirates ! Si l’île avait été dotée d’une milice, il y aurait eu des miliciens à coup sûr ! Cette fois-ci, ils s’y prenaient vraiment tôt pour assister au spectacle. S’il ne pouvait s’empêcher de s’en réjouir, il eut tout de même une pensée pour Rose qui serait diablement débordée dès les premières heures ... La pauvresse ne pourrait même pas se ménager avant le vrai coup de feu, vers les huit heures du matin !

Mais ...

Mais en s’approchant, il dût bien se rendre compte que la foule qui se présentait devant lui n’avait rien d’une foule de fous impatients. Non, bien au contraire. Elle se faisait discrète, seuls quelques rares chuchotis la lézardaient et ils étaient aussitôt réprimandés d’un coup de coude.

Alors il hâta le pas.

Et puis le silence général couvert par le ronflement de la ville qui s’éveillait doucement se mua en grises mines.

Alors il se mit à courir.

Et les grises mines se transformèrent en têtes d’enterrement sordidement éclairées par les lumières blafardes des lampadaires. Il comprit. Il le savait ! Au fond de lui il le savait ! Mais il devait s’en assurer ! S’assurer que ce n’était pas le cas ! Pas elle ! Et pourtant ...
Il avait beau se démener comme un diable pour pousser les clients comme un fou qui cherchait désespérément son trésor perdu, la vérité lui revient en pleine face. Ses airs de détresse se métamorphosèrent en une mine abattue. Pâle, blanc même. Les yeux exorbités mais vides. La bouche aussi béante que crispée. Les premières larmes vinrent lui piquer les yeux. La morve perla de ses narines.

Face à lui se trouvait le corps inerte et lacéré de Rose.
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