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Réflexion

*Clic... Clic...*

- Putain, y a rien qui marche en ce moment !

    Je m'obstine à gratter la pierre de mon briquet, de sorte à allumer le bout de ma cigarette, mais rien n'y fait. Je suis condamné à me geler les miches sans pouvoir m'en griller une. Bien que techniquement, je ne ressens plus vraiment le froid. La nuit à Delta est pleine de lumières, mais aucune ne réchauffe l'atmosphère. Il faut dire que la saison n'aide en rien... Matt et moi profitons de ce moment, comme chaque soir, pour faire le point. Mon compagnon d'infortune est avachi contre la rambarde de notre balcon, la tête dans les mains et fixant aléatoirement les éclairages de maisons et les nuages passant devant la lune. Il se met à soupirer :

- Qu'est-ce qu'on fiche encore ?
- On attend.
- Et quoi ?
- Que Mountbatten nous mette au parfum.

    Le blond ne répond rien, se contentant de renifler bruyamment. Je me doute bien que ce n'est pas l'envie qui manque, mais le non-dit a plus de sens parfois. Je le comprends : cela fait un moment déjà que l'ex-marine nous a dit d'attendre de ses nouvelles. Depuis, les choses ont pas mal bougé sur Terra. Le Gouvernement est reparti la queue entre les jambes, les tensions ont augmenté, des rumeurs courent ça et là... Pas besoin d'être devin pour savoir que quelque chose sent mauvais dans cette histoire. Le pire étant que je sais à peu près de quoi il retourne, grâce aux informations laissées par Alexander. Si les Empereurs rentrent dans la partie, on peut espérer une sacrée pagaille, en restant poli.
    Tandis que nous, on participe à l'effort de guerre en fabriquant des munitions. La paie est quelconque, mais l'expérience a du bon : j'apprends à être minutieux. Matt, avec ses doigts de fée, s'en sort à merveille. Ses compétences de voleur lui octroient une dextérité remarquable. Il n'y a eu aucune erreur de confection de sa part et cela a nettement profité au travail à la chaîne.
    Mais je m'égare.

- T'as raison, c'est long.
- Alors qu'est-ce qu'on attend ? Si ça continue comme ça, on va se retrouver pris entre deux feux.
- Comme si c'était nouveau...
- Personnellement, j'en ai ma claque.
- Tu proposes quoi alors ?
- Qu'on se tire d'ici.
- ... T'as conscience que Mount nous a aidé tous les deux.
- Oui. Et j'en suis reconnaissant ! Sinon je ne me décarcasserai pas dans cette usine. J'ai même plus la tête à dérober quoi que ce soit !
- Ta kleptomanie est en train de guérir, c'est super !
- C'est affreux oui !

    Malgré l'ironie du moment, Matt est on ne peut plus sérieux. Il faut dire qu'on a pas cessé de se faire balloter dans tous les sens depuis quelques temps. On a même failli y laisser notre peau. Là, on se retrouve à nouveau pris dans les rouages d'une machination qui nous dépasse et dont on ne parvient pas à devenir acteurs. Sans parler du chat que j'ai croisé... Je n'arrive pas à me le sortir de la tête. Il n'agissait pas comme un chat. Enfin si, mais différemment. J'ai l'impression qu'il portait de l'intérêt à ce qui l'entourait... Ce qui ne convient à aucun chat que j'ai pu croiser. Et quand Mountbatten a parlé du Gouvernement, je n'ai pu m'empêcher de penser "Cipher Pol". Si les autorités mondiales préparent quelque chose, leurs agents seront forcément de la partie.
    Finalement, mon briquet laisse échapper une faible étincelle, tout juste suffisante pour faire briller ma cigarette, je me dépêche donc de tirer une latte avant qu'elle ne perde sa vigueur et réduise mes efforts à néant. Attisées, les braises s'illuminent davantage. Au moins une victoire d'obtenue.

- On démissionne demain.
- ... Et après ?
- On verra.
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Nous avons fait nos adieux au contremaître et aux ouvriers de la manufacture dès le matin. Avec toutes nos affaires - du moins celles qui ont survécu à nos péripéties - nous tachons maintenant de quitter la ville. L'air est toujours aussi frais. Peu de personnes s'aventurent au dehors, à part les travailleurs. L'humidité fait remonter les odeurs urbaines, bonnes comme mauvaises... Mais l'ensemble n'est pas déplaisant pour autant : c'est l'odeur d'un endroit qui vit encore, chose réconfortante quand on sait ce qu'il se prépare.

- La gare est là.

   Matt m'indique l'endroit. C'est un grand bâtiment, long d'au moins trente mètres. Et il n'est pas le seul, puisque tout un réseau ferroviaire permet de se déplacer de Delta aux autres zones habitées de l'île. Le train dans lequel nous comptions monter nous rapprochera du port. Là-bas, nous aurons tout loisir de troquer notre savoir-faire contre un voyage en des eaux plus clémentes. A moins que je ne change d'avis à la dernière seconde.
    J'en ai marre de réfléchir, de chercher des informations, de jouer "celui qui écoute". Il est grand temps passer à l'offensive. Malheureusement, je n'ai toujours pas de cible concrète, puisque la dernière en date provient de Mountbatten et de ses alliés. Je sais au moins une chose : tout se déroulera à Enies Lobby.

    La locomotive arrive dans un nuage de fumée noire, les roues crissant sur les rails et la machinerie expirant toute la fatigue du voyage d'un seul coup. Je suis le premier à rentrer dans le wagon, suivi de mon ami et de quelques civils lambdas. J'avance vers le milieu du couloir, prends place côté fenêtre et tourne la tête vers l'extérieur. Bientôt, le sifflet d'un contrôleur retentit et nous partons. Sans jeter un regard vers Matt, je lui demande :

- Nos places sont assurées ?
- J'ai déniché deux billets tout à l'heure.
- Parfait. Au moins un souci qu'on ne devra pas gérer par la suite.

    Je me demande ce que fait Mountbatten, là tout de suite. Je l'imagine face à une cohorte de cadets, dans leurs beaux costumes militaires, en train de donner sa leçon. Bizarrement, le rôle de professeur lui va bien. Je songe à ce qu'il m'a dit lorsque nous sommes partis ensembles pour Terra. Je pense à sa famille, puis à la mienne...
    Faites que mes parents aillent bien.

- T'entends ça ?

    Je sors de mes rêveries et tends l'oreille.
    Un musicien est en train de jouer un air de guitare non loin. Déjà, le premier passager râleur se fait reconnaître en lui demandant poliment de "se carrer le manche de son instrument dans la porte arrière avant qu'il ne s'en charge lui-même". Ce à quoi un bon entendeur réplique qu'il peut garder ses images obscènes pour lui... C'est dommage, l'air n'est pas mauvais du tout. Doux, apaisant, à peine rythmé, pas triste pour autant. Je regrette l'absence de paroles. Et voilà qu'une dispute risque d'éclater et nous empêcher à tous de profiter de ce petit moment de partage.

- Allons bon...

    Déjà lassé, je me lève.
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- Hé.

    Je tapote l'épaule du critique toxique, lequel s'empourpre face au bon entendeur. L'homme se retourne, la veine de son front rougi palpitant presque. Sa moustache épaisse cachant la lèvre supérieure et ses dents serrés lui donnent l'air d'un morse en colère ; les plis de son menton et le gras de sa peau accentuent encore l'image. Ayant obtenu toute son attention, je lui dis avant qu'il ne s'offusque :

- Le trajet n'est pas bien long, personne d'autre n'a l'air importuné par ce musicien, alors pourriez-vous attendre sagement comme tout le monde, assis confortablement à votre place, s'il vous plaît ?
- Non mais de quoi je me mêle ! Vous savez ce que c'est, la liberté ? Les droits de l'homme ?
- Pas vraiment mais vous allez me le dire...
- "Notre liberté s'arrête là où commence celle des autres" !
- Pas sûr que ce soit l'expression exacte.
- Alors je suis dans mon droit de demander à ce que le trajet se passe dans le SILENCE !
- Ça ne vous empêche pas de rester poli.
- Je vous emmerde !
- ... Dois-je en conclure que votre liberté chérie est plus importante que la majorité ? Vous avez un cousin Dragon Céleste ?
- Ecoutez... Je suis juste fatigué de ma journée. Je suis chef de chantier, je supervise tout un tas d'ouvriers. J'estime avoir le droit de demander la paix après avoir travaillé dur !
- D'abord, nous ne sommes même pas en début d'après-midi. Ensuite, j'imagine que vous n'êtes pas un cas à part dans ce wagon. Enfin : vos simagrées dérangent plus de monde que son air de tout à l'heure. Vous pourrez vous reposez une fois chez v...

    En pointant du doigt le joueur de guitare, que je vois pour la première fois, je m'interromps. Il est brun, élancé et a le regard aussi doux que sa musique. Seulement un détail ne manque pas de me marquer. Un détail qui a toute son importance et qui, j'imagine, explique pourquoi il n'a pas chanté. Toute sa mâchoire inférieure n'est en réalité qu'une prothèse. Pas le genre trop complexe, ni même sophistiqué... On ne dirait même pas du métal. Autrement dit, rien à voir avec le travail de la Brigade Scientifique du Gouvernement. J'imagine qu'il s'est fait "refaire le portrait" par un artisan local, au même titre que ces vieux loups de mer avec leur cane en bois à la place de la jambe. Mais aussi simpliste que soit l'attirail, il n'empêche que ça contraste énormément avec le bonhomme.
    Monsieur le Morse devient plus rouge encore. Ses doigts boudinés tremblent tant ils sont crispés :

- Non mais... Non mais pour qui vous vous prenez ?! La milice ? Je n'ai pas de compte à vous rendre ! S'il y a bien quelqu'un d'exaspérant ici, c'est vous ! Depuis quand les gamins donnent des leçons aux adultes ? Hein ?! Si je trouve vos parents, je vous jure que...

    Il ne finit pas sa phrase, il n'en a pas le temps. Je pense avoir été particulièrement patient avec cet imbécile... Seulement il a dit le mot qu'il ne fallait pas. Une fois la formule magique prononcée, impossible de faire marche arrière : j'agrippe son visage d'une main et le plaque contre le dossier de son siège, le forçant à s'asseoir, non sans mettre à rude épreuve le support. Je commence à faire baisser la température de ma main, gelant doucement sa bouche et faisant blanchir sa moustache. Ne comprenant pas ce qu'il lui arrive, le râleur en surpoids est tétanisé, les yeux exorbités. Matt s'empresse de m'attraper par le col pour me tirer en arrière. Je résiste, mais finis par reculer, furieux.
    En regardant autour de moi, je constate que tout le monde nous observe à tour de rôle, le gros moustachu et moi, avec un mélange d'incompréhension et de frayeur. Le musicien est bouche bée - du moins autant que son handicap le permet - et son instrument pend au bout de son bras, manquant de lui échapper.
    Je respire fort et vite, j'ai le coeur qui bat fort. Mais la situation m'oblige à me calmer, alors je tente de me maîtriser. Le seul bruit que l'on entend pendant les secondes interminables de cette scène est celui des roues du train sur les rails. C'est mon ami qui réagit le premier :

- Euh... Que tout le monde retourne à sa place ! Pas de panique ! Je m'occupe de mon camarade... Allez viens t'asseoir !
- ... Mes excuses.

    Je marmonne. Peu de personnes ont dû m'entendre. Mais au moins c'est dit. Je retourne sagement à ma place, la tête baissée histoire de ne pas provoquer davantage de problèmes. J'ose tout de même loucher en direction du brun et sa guitare... Il me regarde toujours. Etrangement, la surprise lui est passée et il ne semble pas me craindre. On dirait plutôt qu'il m'inspecte, avec un intérêt tout particulier....

- Encore un peu et tu nous mettais dans la merde ! On ne doit pas faire de vagues avant d'être enfin partis !
- Je sais bien. Mais il l'a cherché.
- ... Ouais. Il l'a cherché. Mais maintenant, plus de bêtise.

    J'acquiesce. Le voleur compatit en me posant une main sur l'épaule et passe à autre chose, conscient que je vais à nouveau m'enfermer dans ma bulle. Il a fallu que cet idiot parle de mes parents au mauvais moment. Pas de chance. Si Matt n'avait pas été là, je ne sais pas où je me serai arrêté. J'avais sincèrement envie de le punir. Je désirais le voir souffrir... Dans ma tête, il était déjà mort. Et je sais que ça ne me ressemble pas.
     Heureusement, cet incident aura permis au temps de filer suffisamment pour qu'on entende siffler la locomotive, annonçant le terminus.
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Nous entrons dans le port. Là, les gens s'agitent plus que d'accoutumée. On parle des troubles à l'intérieur des terres, du départ des hommes du Gouvernement et de révolutionnaires moins discrets que d'habitude. Tout le monde regarde son voisin avec un oeil suspicieux. Vu le nombre de marins dans les parages, sans parler des navires, j'imagine déjà les destinations possibles. Mais il se trouve que j'ai déjà une petite idée sur l'endroit où me rendre...
    Je demande à Matt de partir de son côté, histoire que nous couvrions plus de terrain : le but est de trouver un bateau susceptible de nous ramener sur Grandline. Une fois fait, je me dirige vers la zone d'opérations portuaires, là où de nombreux hommes d'équipage déchargent leur cargaison, sous l'oeil avisé des marchands et entrepreneurs étrangers qui les dirigent.

- S'il vous plait !

   Je hèle un type à l'air autoritaire, vêtu richement et bien en vue sur une estrade en bois. Il me repère et me fait un signe de tête, montrant qu'il daigne converser :

- Je suis à la recherche d'un bateau en direction de Grandline, si possible proche de...

    Je n'ai pas le temps de finir ma phrase que le commerçant soupire bruyamment, visiblement déçu :

- Je transporte des marchandises, pas des touristes ! Pour ça, il y a des transports plus adaptés ! Quelle perte de temps...

    J'essuie encore une dizaine de refus après ça. L'heure est maintenant bien avancée, la nuit commence à tomber et l'activité baisse sur les quais. Je traîne un peu des pieds, lassé par cette absence de résultats. Je me dis que Matt aura eu plus de chances de son côté... Mais je ne le trouve nulle part. Nous avions pourtant décidé de nous rejoindre aux portes de l'auberge des Sels Marins, laquelle a pour particularité d'avoir quatre étages et un balcon monté sur pilotis, s'avançant de presque vingt mètres au dessus de l'eau. Malgré la grandeur des lieux, tout le monde vante ses prix plus qu'abordables.
     Je m'éloigne un peu des lieux, cherchant plus en direction des ruelles joignant le port. Je ne trouve rien dans la première, ni la deuxième... Mais dans la troisième, j'entends un bruit. Ça ressemble à un poids que l'on projette contre un mur :

- Alors ? Tu as décidé de nous suivre longtemps comme ça ?

    Je tombe alors sur mon ami, lequel plaque un individu contre la façade d'un bâtiment abandonné. Après une seconde, je constate qu'il s'agit du musicien du train. Celui-ci lève un bras en signe de reddition, l'autre tenant la sacoche de son instrument. Je le vois entrouvrir la bouche mais aucun mot n'en sort.

- Qu'avons-nous là ?
- Arhye ! J'ai senti qu'on nous suivait depuis la gare et j'ai fini par dénicher ce curieux.
- Je vois... J'imagine qu'il a ses raisons.
- C'est ce que je m'apprête à lui faire dire. Alors parle, toi !

    De nouveau, l'homme à la prothèse se contente de remuer sa mâchoire supérieure, ne produisant que des claquements de dents ou des bruits de bouche. Il me faut un temps pour saisir :

- Tu ne peux pas parler, c'est ça ?

    Ce à quoi il me répond d'un "non" de la tête, le visage grave. Nous nous regardons tous les deux avec le voleur et le musicien, sachant qu'il doit se faire comprendre, finit par sortir doucement de la poche intérieure de son manteau un calepin et un crayon. Il se met à griffonner quelques mots et nous tend le papier. Il y a écrit : "Je m'appelle Dale Fander. J'ai besoin de votre aide"...
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- Qu'est-ce que t'en penses ?

     Nous nous trouvons à l'auberge des Sels Marins. Nous avons amené le musicien avec nous. Pendant que celui-ci fait sa toilette, nous discutons de ce qu'il convient de faire dans notre chambre :

- Je ne sais pas trop... Mais je suis curieux.
- Curieux ? C'est à dire ?
- Curieux, c'est tout.

     Matt ne manque pas de lever les yeux au ciel. Il sait déjà ce qu'implique ma curiosité. Le temps que nous soupions, Dale Fander avait pris la peine de nous expliquer en détail ce qui lui était arrivé.

     C'est un ancien soldat. Pas dans la marine, mais il a déjà pris part à des batailles où le Gouvernement Mondial était impliqué. Sa carrière fut courte, car une explosion le défigura à vie en lui arrachant la partie inférieure de sa bouche, jusqu'au bas du cou il y a tout juste un an, alors qu'il fêtait son vingt-cinquième anniversaire. Pendant le temps de sa convalescence, un chirurgien lui fut assigné pour lui "faire une nouvelle beauté". Le praticien ne put sauver ses cordes vocales, brûlées, mais il parvint à lui attacher une prothèse pour avoir l'air plus complet. Il s'agissait d'un homme étrange qu'aucun militaire ne connaissait, même parmi le personnel soignant. Seuls certains gradés le regardaient faire sans paraître surpris. Dans tous les cas, Dale eut beaucoup de chance de s'en sortir. D'après l'homme, ses chances étaient très minces, et seule sa volonté aura eu raison de la mort.
    Une fois sur pieds, Dale tint à remercier le chirurgien. Ce dernier l'invita alors à le suivre auprès des gradés, ainsi que d'autres personnes n'appartenant pas à l'armée à laquelle il appartenait. Ces gens-là ressemblaient plus à des hommes d'affaire et Dale sut au moment où il pénétrait dans la pièce qui les accueillait que son sort avait déjà été décidé. Un papier fut échangé après quelques signatures et, d'un geste de la main, on somma à des gardes de prendre le rescapé, avec ses affaires, et de le faire sortir du camp. Licencié après plusieurs mois de convalescence, le jeune homme apprit que les personnes qui l'avaient soigné - originaires de Terra - avaient investi sur sa personne. En somme, il était entre les mains de la pègre locale, laquelle récupérait des types dans son genre en échange de services et de moyens matériels pour telle ou telle armée dans les eaux alentours.
    Pour l'empêcher de se rebeller, on avait pris soin de placer sa mère entre de bonnes mains avec la promesse de ne rien lui faire subir tant qu'il travaillait pour eux sagement. Tous les moyens étaient bons, tant qu'il ramenait une somme convenue chaque mois. Mais Dale, n'étant pas du genre à se laisser faire, s'était décidé à trouver un moyen de libérer sa mère... Et c'est ainsi qu'il tomba sur nous.

- Il faut avouer que l'histoire est triste à souhait. Mais elle est trop...
- Belle pour être vraie ?
- Je ne dirai pas belle. Mais c'est l'idée.
- Il a peut-être omis certains détails, en effet.
- Mais tu comptes quand même fourrer ton nez dans cette affaire, n'est-ce pas ?

    Qui ne dit mot consent. Je reste donc là à toiser Matt d'un air sérieux. Je le vois céder petit à petit. C'est ce moment que choisit Dale pour réapparaître, les cheveux encore humides. Ayant quitté son manteau et retroussé les manches de sa chemise, je constate qu'il porte bel et bien un tatouage militaire sur le bras gauche. L'emblème ne me dit pas grand chose, mais ça me laisse entendre qu'au moins le début de son histoire n'est pas fausse. Il s'assied sur le lit qui lui est réservé et sort sa guitare de son étui. Il caresse le manche, frotte quelques cordes dont les vibrations enchantent les oreilles et passe ses doigts sur une fine gravure dans le bois que je ne perçois qu'en m'approchant de lui. C'est un petit message, avec une écriture très féminine : "N'écoute que toi", signé "Maman."
    Le musicien me regarde avec intensité. Ses yeux expriment énormément de choses, là où des mots n'auraient peut-être pas suffit. J'ai l'impression de me prendre une vague d'émotions dans la figure, sans pour autant que ce soient les miennes... Mais elles se mélangent et, une seconde à peine plus tard, je sens mon estomac se nouer et une larme me monter à l'oeil... Je finis par me détourner.
    Si tout ça n'est qu'un mensonge, alors ce salaud est un incroyable mythomane. Le regard pointé vers le mur à son opposé, tâchant de reprendre contenance, je déclare :

- Demain matin, tu nous emmènes voir l'endroit où tes... "employeurs" se trouvent.
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- Au fait, ça te vient d'où, ce truc pour la musique ?

     Nous étions tous les trois partis pour la planque d'un certain Strauben, un contrebandier aux allures de mafieux. Ce dernier possède plusieurs navires convoyeurs, lesquels amassent et revendent des armes et des denrées - humaines incluses - de manière plus ou moins légale.
    Je profite du temps qu'il nous faut pour rejoindre l'endroit pour en apprendre plus sur Dale. Celui-ci prend le temps de m'écrire toutes les réponses que je réclame, même aux questions pas encore posées : sa famille a toujours aimé la musique ; son père pratiquait ; sa mère écoutait de vieux morceaux d'un certain Soul King ; elle lui fit cadeau de sa guitare à l'âge de sept ans et il n'a jamais cessé d'en jouer depuis ; l'armée à laquelle il était rattaché possédait une fanfare et il y avait appris d'autres instruments, comme la trompette. Mais il ne peut plus en jouer.
    Alors que je m'apprête à lui demander de quel genre d'arme il se servait en tant que soldat, il nous fait signe, à Matt et moi, que nous sommes arrivés. Devant nous se tient un bâtiment qui ne paie pas de mine, enfoncé dans une impasse, à la fin d'une rue vide de toute activité. Apparemment, le bâtiment est construit sur la longueur plutôt que la largeur et s'enfonce sur deux étages en sous-sol. Mais tout ce que nous voyons, c'est un portail rouillé, fermant l'accès à une porte en métal dotée d'une trappe, comme dans ces clubs privés où les jeunes et les fêtards se réunissent pour faire la bringue entre habitués.

- C'est pas très avenant.
- J'imagine que c'est le but recherché.
- Ouais, mais... Tu trouves pas que c'est cliché ?
- Comment ça ?
- Ben : tous les endroits de ce genre sont louches de surcroît ! C'est entré dans les moeurs maintenant. Personne ne va se dire en voyant "ça" que c'est la maison d'une petite vieille sympathique.

    Le voleur, lui-même connaisseur de ce genre de lieux, étant un ancien membre de mafia, réfléchit à ma remarque avant de hausser les épaules :

- N'empêche que jusqu'à présent, ça a toujours eu l'effet escompté.
- ... Faudra qu'on m'explique un jour la logique de ce monde.

     Je me tourne vers Dale. Celui-ci attend de voir ce que nous comptons faire, car maintenant qu'il est arrivé là, il ne semble plus aussi sûr de lui. Il faut dire que l'idée lui est venue il n'y a pas si longtemps, et se résoudre à agir, même face à une injustice de cette ampleur, demande de la résolution. Je lui pose donc la question fatidique :

- Puisque tu nous as demandé notre aide, tu es prêt à tout n'est-ce pas ? Nous avons ton accord pour agir comme nous le voulons, tant que ça ne met pas ta mère en danger ?

    Ses yeux bougent d'une extrémité vers une autre. La moue de son visage montre qu'il hésite toujours à se montrer radical... Mais au bout d'un moment, je le vois serrer les poings et reposer son attention sur moi, l'air grave. Il me fait "oui" de la tête. Je souris :

- Parfait ! Alors c'est parti... Si quelqu'un veut bien m'ouvrir le portail.

    Matt se propose et commence à tourner la poignée. Toute la ferraille se met à grincer au moment où il pousse et, pris d'un doute soudain, il se tourne pour me demander :

- Au final, est-ce vraiment nécessaire que je t'ouvre puisque de toute manière tu vas...

CLANG !

    Un pilier de glace passe devant mon compagnon, lui ébouriffant les cheveux au passage, et enfonce la porte d'entrée du bâtiment. Matt est consterné :

- ... Faire ça ! Voilà ! Je le savais ! Ça ne servait strictement à rien !
- Si : j'aurais dû en lancer deux s'il fallait s'occuper du portail en plus... Et au moins, on sait qu'ils n'ont pas pris la peine de fermer. Donc la sécurité est pas géniale.

    Le blond ne répond même pas, agacé par mon manque de délicatesse. S'il voulait qu'on joue la carte de la discrétion, c'est raté.
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BAM !

     Une table vole, les chaises avec, alors que la glace prend le dessus sur l'espace de la première pièce sur notre gauche. Deux malabars finissent coincés et je m'empresse de bloquer la sortie de la pièce de droite avant que d'autres n'en sortent. Nous continuons d'avancer le long du couloir étroit qui relie l'entrée aux escaliers vers le premier sous-sol. Le grabuge que nous causons attire l'attention d'une poignée d'autres hommes de mains. Ils sont évidemment tous armés... J'ai beau ne pas craindre les projectiles, ce n'est pas le cas des deux personnes qui m'accompagnent, alors je crée un bouclier large et les invite à se placer en file indienne derrière moi, tandis que j'avance lentement mais sûrement en direction des ennemis. Je génère une lance de glace dans ma main droite.
     Je me sens comme ces membres d'une phalange d'Alabasta, eux-mêmes s'inspirant des légionnaires d'une antique civilisation conquérante. Une fois suffisamment proche d'eux - et quelques balles plus tard - je jette mon arme dans leur direction. Le javelot se plante à leurs pieds et, comme une goutte de nitroglycérine à l'impact, la glace éclate et se répand, générant une fleur translucide et neutralisant trois de nos adversaires. Matt parvient à toucher le seul rescapé à l'épaule avec son pistolet. Dale sort de son couvert pour l'assommer d'un coup de pied dans la mâchoire, sa tête rebondissant contre le mur.

- C'est quoi ce bordel ?!

    Nous avons amorcé la descente vers le premier sous-sol et déjà un gros morceau s'amène. On reconnaît tout de suite son importance à la chaîne en or qui pèse autour de son cou, à sa chemise sombre entrouverte au niveau du torse et aux grosses bagues d'acier et d'argent qui cerclent la plupart des doigts de sa bonne main. J'interroge Dale du regard, mais son expression m'indique qu'il ne s'agit pas du chef de la bande. Je hausse les épaules et, sans plus de cérémonie, bondit du haut des escaliers jusqu'à lui, espérant l'écraser au sol d'un simple coup de pied.
    L'homme, aussi robuste qu'il le laisse croire, se protège de ses bras et encaisse le choc. Haussant le sourcil, je fais descendre la température une énième fois et enchaîne les assauts, engourdissant ses membres petit à petit. Le givre qui recouvre son corps ralentit ses réactions et, dans un ultime effort, il parvient à m'en coller une au moment où je reprends appuis sur mes deux pieds. Son poing me transperce mon visage... Et reste coincé. D'un demi-sourire, je lui fais comprendre que c'est terminé. Je l'agrippe au niveau des épaules et commence à le recouvrir de glace. Les petites frappes qui arrivent derrière lui voient la scène et assistent impuissants à la statufication de leur supérieur. S'ils tirent, ils risquent de le toucher. Lui se contente de subir et, au moment de lâcher un cri, le son reste coincé derrière la paroi gelée.

     Matt finit de descendre les escaliers et élimine deux types, encore choqués de ce qu'ils viennent de voir. Au moment où Dale nous rejoint, trois autres se sont ressaisis et répliquent de leurs fusils. Les balles partent d'un côté comme de l'autre et moi, toujours au milieu des tireurs, j'attends. Même en me sachant invulnérable à ce genre d'attaque, je ne peux m'empêcher de baisser légèrement la tête en plissant les yeux et en grimaçant. Avant mon fruit, j'ai déjà fait l'expérience d'une balle et le souvenir ne m'est pas agréable ! Et que personne ne vienne me parler de rationalisme ou de logique : je reste un humain comme les autres, mes actions dictées par les souvenirs et les sensations passées.

CRAC !

    Un bout de mon épaule se brise et tombe en direction des ennemis. Je me tourne vers le responsable :

- T'es sérieux ? Un tir allié ?!
- T'es dans le passage ! Et de toute façon t'as rien senti !
- Oh que si j'ai senti quelque chose ! Quelque chose de très douloureux !
- Quoi donc ?
- Notre amitié qui vole en éclats !

    Une mauvaise blague au beau milieu d'une fusillade... Le voleur ne peut s'empêcher de sourire. Il y en a au moins un qui parvient à décompresser. Personnellement, j'ai mal aux oreilles avec tous les coups de feu qui m'entourent ! Je me décide donc à foncer à nouveau vers les derniers ennemis et projette - encore une fois - une vague de gel qui se cristallise rapidement autour d'eux, prenant soin de ne pas obstruer entièrement l'espace.
    Cet étage est plus large que le précédent, mais il y a moins de pièces annexes. Les quelques lampes alentours illuminent bien l'endroit et l'on ressent encore plus cette impression de club nocturne. Le couloir laisse vite place à une grande salle, avec des colonnes de part et d'autres, quelques fauteuils dans les coins et une estrade dans le fond. La plupart des ouvertures sont munies de simples rideaux au lieu de portes. S'il reste des ennemis dans les parages, l'écho de nos affrontements leur est forcément parvenu. Le musicien tend le doigt vers une sortie au bout de la salle, proche de l'estrade. Je constate au passage qu'il a récupéré un fusil et qu'il le tient avec une certaine aisance.
    Nous voilà donc tous trois, dans nos chemises blanches et pantalons noirs, à avancer tels les Frérots Flingueurs vers notre objectif.
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Nous arrivons enfin au deuxième sous-sol, zone la plus en profondeur de la planque et surtout la plus importante d'après notre partenaire du moment. Comme il nous l'a expliqué, il y fait plus sombre et l'air y est plus humide, mais les couloirs y sont plus nombreux et les pièces également... En réalité, la plupart ressemblent davantage à...

- Des geôles.

    Comme Matt le dit, nous remarquons des barreaux et des portes en fer du même style que celle à l'entrée. Plus aucune décoration superflue : là, ce sont les flambeaux et les caisses de matériels qui font tout le mobilier. L'austérité des lieux suffit à refroidir nos ardeurs. J'ai le coeur qui bat vite grâce à l'adrénaline de tantôt, mais le mélange entre la crainte et la curiosité de ce qui nous attend joue sur la balance également.
    Heureusement - ou pas d'ailleurs - cette pesanteur est de courte durée, car des contrebandiers planqués se découvrent pour nous canarder. Alertés par le foutoir que nous avons causé, ils ont eu tout le temps de se préparer à notre arrivée. Nous bondissons sur le côté, au couvert d'un mur d'angle. Matt me regarde et finit par réagir :

- Mais... Pourquoi tu te planques toi ?
- Je sais pas, un réflexe !
- Mais t'en as pas besoin !
- Et alors ? C'est humain non ?!

     D'une tape franche sur l'épaule, Dale nous demande de nous pencher et, sans perdre plus de temps, arme son fusil et vise en direction des adversaires, à moitié protégé. Il ne lui faut pas une seconde pour appuyer sur la détente et toucher un ennemi en pleine tête. Le temps de réarmer et c'est un autre qui s'écroule deux secondes plus tard. Nous nous regardons le voleur et moi, épatés par la précision du musicien. Mais pas le temps de s'extasier : d'autres ont l'idée de longer les couloirs adjacents pour nous prendre à revers. Le problème de cet étage est que c'est un labyrinthe... Constitué essentiellement de carrefours. Tout finit par se rejoindre. Plus que quelques ossements et nous pourrions nous croire dans des catacombes.
     J'obstrue le couloir derrière nous en le gelant et sors de mon couvert en courant en direction de la première ligne de défense, attirant toute l'attention sur moi. Quelques balles atteignent leur cible, mais aucune ne parvient à me ralentir, les cavités dans mon corps se rebouchant d'elles-mêmes. Une fois au corps à corps, j'enchaîne coups de pieds et de poings pour neutraliser les quelques types à être restés. Une moitié d'entre eux s'est éloigné en me voyant foncer sur eux, et un petit dernier cherche à faire de même quand j'allonge un bras de glace pour l'attraper par le col et le ramener vers ma position. Je comprends qu'il prenne peur : je suis le premier surpris par la facilité que j'ai à faire toutes ces choses, n'ayant plus à craindre pour ma vie, avec des possibilités aussi larges que mon imagination et mon contrôle.
    Je me tourne vers mes deux compagnons et constate qu'ils sont parvenus à me rejoindre après avoir mis à terre ceux qui voulaient nous prendre à revers.

- Ça suffit !

     Plus personne ne bouge. Nos yeux, ainsi que ceux des quelques contrebandiers encore en état, sont tous dirigés vers un homme de forte constitution, blond aux yeux bleus, les cheveux hérissés, accompagné d'un individu chauve vêtu d'une blouse de médecin et d'une femme d'âge mûr qu'il maintient contre lui d'une seule main, l'autre tenant un pistolet qu'il lui enfonce dans les côtes. Sans avoir besoin d'explication, je comprends à qui nous avons affaire. La femme semble en bonne santé, mais les larmes sur ses joues ne font qu'accentuer la gravité de la situation :

- Dale Feinder... Comprends-tu dans quelle merde t'es en train de te foutre ? Regarde dans quel état tu mets ta pauvre mère.

     Le susnommé foudroie Strauben du regard. Son voisin remonte les lunettes rondes sur son nez et tend une main gantée vers le musicien :

- Je vois qu'au moins tu as su conserver le cadeau que je t'ai fait. D'autres n'ont pas bien réagi à l'opération... Si tu te rends maintenant et que tu acceptes de revenir là où est ta place, je m'arrangerai pour que ta mère ne soit pas punie de ta désobéissance... En échange, tu n'auras qu'à me servir de cobaye pour quelques nouveaux projets que j'espère voir aboutir ! Après tout, quand on travaille avec des moyens comme les nôtres, la technique prime sur la technologie.
- Suffit, Metzger. Je ne compte pas tuer sa mère. Pas encore...

    Disant cela, Strauben se met à caresser la joue de la femme de son énorme index avec toute la douceur - et la perversité - dont il est capable, soulevant une mèche de cheveux et provoquant un frisson de dégoût chez sa prisonnière. Si Dale le pouvait, il lâcherait un flot de jurons ignobles à l'intention des deux hommes. Je sens qu'il veut bondir sur eux. Je souhaite aussi les voir souffrir, tant ils le méritent. Mais notre situation est plus délicate que prévue.

- Alors, quel est ton choix, Dale ?

    Je louche en direction du muet, essayant d'attirer son attention. Je lui lance un clin d'oeil discret et l'invite à céder. Résigné, toujours tremblant de rage, il finit par jeter son arme, tout comme mon ami. De mon côté, je me contente de lever les mains en signe de reddition. A un détail prêt : le dos de mes bras refroidissent tellement que des aiguilles commencent à se former à la surface. De leur position, aucun de ceux qui nous tiennent en joue ne peut les voir.
    Satisfaits de la tournure des événements, le chirurgien Metzger et le chef du réseau illégal s'approchent... Tout va se jouer sur une action de ma part. Un geste rapide, qu'il faudra précis si nous voulons voir les choses se dérouler de la meilleure des manières.
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- Maintenant !

    Je baisse les bras d'un coup, à la manière d'un lanceur d'armes ninjas, et laisse filer mes aiguilles en direction des deux hommes. Certaines se plantent dans le bras du chirurgien tandis que d'autres atterrissent dans l'épaule de Strauben. Heureusement qu'il dépasse la mère de Dale d'une bonne tête et demie, ça m'a facilité la tâche !
    La douleur les fait gémir et relâcher leur attention. Matt saute à plat ventre, récupérant son arme au passage et notre gueule cassée fonce vers sa génitrice pour l'arracher aux mains de l'hérissé. Les sbires alentours, d'abord choqués, se mettent à me tirer dessus. Dale étant encore trop proche de leur chef et Matt au sol, j'étais la première cible logique. Je me retrouve percé de part et d'autre et une balle vient se loger dans ma tempe, me faisant perdre partiellement la vue. Je reste debout à subir, imaginant rien qu'une seconde les têtes de Daemon Wall ou Mountbatten en me voyant avec un seul oeil à mon tour... Mais les divagations devront attendre : je réitère l'opération et, à force d'agitations, provoque une pluie de stalactites neutralisant les uns et faisant reculer les autres. Matt abat deux hommes que je n'avais pas vu derrière moi et Dale protège sa mère en enroulant son bras autour d'elle du mieux qu'il peut, l'obligeant à courir pour se mettre à l'abri. Il ne lui faut que quelques pas pour se cacher à l'angle d'un mur avant de foncer vers le bout du couloir menant aux escaliers...

PAN !

    Le musicien tombe, sa mère avec :

- Dale... Dale !

    Celle-ci tente de le tourner vers elle, mais un liquide s'écoule de son flanc, empourprant son habit et faisant glisser sa main. Je cherche le fautif et vois Strauben, grimaçant de colère, son pistolet braqué sur le duo familial. Il est seul, ses hommes à terre ou s'enfuyant le plus loin possible de notre position, et il semble clairement prêt à péter un câble. Savoir sa situation ainsi menacée l'a mis dos au mur... Il est maintenant prêt à tout pour sortir vivant de cette histoire et nous faire payer cet affront au centuple.
     L'étage a beau être grand, le plafond n'est pas si haut et l'espace dans lequel nous nous affrontons depuis tout à l'heure est restreint, aussi la glace que j'ai créé ça et là, à proximité des flambeaux, provoque l'apparition de vapeur. Rien à voir avec la brume matinale, mais cela affecte notre vision. Il devient difficile de voir ce qu'il se passe au bout des multiples passages qui nous entourent. Mais pour l'instant, la seule personne qui a mon attention - et qui s'approche de moi en vidant sa barillet - est le grand blond face à moi.

- Matt, prend-les et fuyez.
- Qu'est-ce que tu...
- Tu l'as dit : je ne sens rien, pas besoin de me cacher. Je finis ça vite fait et je vous rejoins. Dale a besoin de soins.

    Après un regard qui m'invite à reste prudent, le voleur s'éloigne et attrape la mère et son fils avant de partir en direction des escaliers, à plusieurs croisements d'ici.

- Vous n'irez nulle p...
- C'est avec moi que tu t'entretiens pour l'instant, mon grand !

    Tout en disant cela, je me jette sur le colosse aux airs de mafieux et cherche à lui enfoncer mon poing dans l'estomac. D'un réflexe inespéré, Strauben parvient à bloquer l'attaque de son bras blessé. Même en grimaçant, il recule d'un bon mètre mais ne cède pas. Son arme vide, il me la lance avant de me charger. Je dévie le pistolet et réceptionne le chef du réseau, lequel m'emporte de tout son poids et m'encastre dans le mur, le craquelant au passage. Mon corps, fissuré lui aussi, ne reprend pas forme : je cherche à l'emprisonner en moi, gelant ses membres à toute vitesse. Comprenant le danger, il fait un bond en arrière pour fuir ma capacité. Les pieds et les poings piégés dans la glace, il se contente de les frapper les uns contre les autres pour se libérer.
     Je hausse un sourcil, reconnaissant son instinct et son esprit combattif. Beaucoup auraient peur d'affronter ce qu'ils ne comprennent pas, mais lui possède la hargne d'une bête acculée et la rage de vaincre. Il n'a rien à perdre... Ou serait-ce tout ? Dans tous les cas il n'hésite pas à me rentrer à nouveau dans le lard, espérant toucher directement mon corps. Mais rien n'y fait, je suis un bloc de givre aux capacités régénératrices aberrantes. Un peu trop sûr de moi, je le laisse ainsi agir avec l'énergie du désespoir quelques temps encore, pensant le voir s'essouffler pour rien avant d'enfin mettre fin à sa calvaire.
    Je ne prévoyais pas de le voir s'arrêter, tourner la tête vers une des torches murales, l'arracher du mur et me l'enfoncer dans le ventre.

- Oh merd...

    La fumée provoquée par la fonte, l'extinction et l'évaporation me bloque la vue. Je ressens une intense chaleur au niveau de l'abdomen... Je me sens plus... Mou ? Strauben part chercher un autre flambeau et cherche à réitérer l'exploit, mais je m'éloigne in extremis. Mon corps s'est reconstitué, mais j'ai un creux au niveau du nombril, lequel ne cesse de goutter.
    Mon adversaire ne cache pas sa satisfaction. C'est comme s'il était témoin d'un miracle. Une lueur d'espoir vient d'apparaître ! Conscient de cela, je m'empresse de projeter de la glace sur toutes les flammes proches, nous plongeant dans une pseudo-obscurité. Nous ne nous repérons désormais que grâce à la torche qu'il tient encore. Torche qu'il agite dans ma direction, enorgueilli par cet instant de supériorité... Il est grand temps de lui faire comprendre qu'il n'a jamais eu la moindre chance.
    J'agrippe le bout du flambeau à pleine main, laquelle fond en éteignant le feu dans un long "pschhhhhh". Je lui lance un regard noir :
     
- Fini de jouer. Tu as suffisamment causé de problèmes.
- Putain de dém... Argh !

    Une pointe gelée s'enfonce doucement dans son estomac.

- Démon ? Je ne suis qu'un ignorant qui se bat pour ses principes, et pour ceux qu'il apprécie. Je ne vois qu'une seule personne ici qui mérite cette appellation... et j'ai eu tout le loisir de me conforter dans cette idée en venant jusque là. J'espère que tu as bien profité de ta toute puissance, l'hérissé.

    Je continue de presser, sentant de moins en moins de résistance à l'intérieur de son ventre. Le froid endort aussitôt la zone d'ores et déjà ouverte, rendant sa souffrance plus longue encore :

- Si seulement tu avais eu plus de respect pour les personnes que tu as... "recrutées", on en serait jamais arrivé là. Tu aurais même continué tes petites affaires sans que j'en entende jamais parler.

    Strauben cherche à m'étrangler, mais ses mains tremblent et ses forces le quittent :

- Mais je dois au moins te remercier pour une chose : si tu n'avais pas été là, je n'aurais jamais fait la connaissance de Dale. C'est un type intéressant. Il est compétent, bon musicien et a une bonne personnalité, malgré toutes les merdes qui lui tombent dessus... S'il s'en sort - et j'espère qu'il va s'en sortir - il sortira riche de ces expériences. Et puis, il mérite mieux que ça...

    Et là, j'ai un moment d'hésitation. Mes yeux s'éclaircissent. Je regarde mon ennemi avec attention, passant sur le moindre détail. Mon bras, qui a cessé de bouger, finit par se retirer de la plaie. Je laisse choir le colosse qui tient sa blessure de ses deux paumes, recroquevillé sur lui-même, faible et mourant. Je recule... Je ne sais pas comment interpréter les émotions qui me traversent à cet instant. Je sais seulement que le spectacle que je contemple ne m'inspire aucune tristesse. Je m'éloigne enfin et, dos au criminel, lui dis :

- Avec un peu de chance, il te reste des hommes avec un peu de respect pour ta personne. S'ils existent, tu survivras peut-être. Dans tous les cas, c'est un adieu. Et je n'aime pas avoir tort.

    Sur cet avertissement, je disparais.
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Je me retrouve à l'étage supérieur, juste sous la surface. Je ne vois rien, hormis le décor de cabaret... Pourtant il y a quelque chose de différent. Une sorte de tension se fait sentir, aussi subtile qu'inexplicable. Je pensais à tort que les problèmes seraient enfin réglés une fois Strauben mis hors d'état. La requête du musicien n'allait pas plus loin que ça... Alors qu'ai-je bien pu oublier ?

- Arhye !

     Sans réfléchir, je me précipite vers la voix de Matt. Je traverse la pièce et arrive face à l'un des rideaux voilant les salles privées. Je remarque du sang... Et plus qu'une simple traînée. Je pénètre à l'intérieur et me fige instantanément :

- N-n'approchez plus !

     Par terre, à mes pieds, le pistolet de Matt ; à deux mètres de là, ce dernier en compagnie de madame Feinder ; Dale est recroquevillé au milieu d'eux, se tenant le moignon de la main gauche ; collé au mur opposé, le chirurgien Metzger, tenant une scie à os de deux mains tremblantes. La lame goutte, et une tâche se forme à ses pieds, où j'aperçois également la main gauche de l'ex-soldat. Voilà ce qui n'allait pas...
     J'avais oublié le plus capital : le pion le plus important dans la partie, celui qui a provoqué toute cette histoire, sur l'ordre de son boss. Le boucher avait fui les lieux en voyant que la situation dégénérait et, revanchard et lâche qu'il était, s'était préparé à l'arrivée de Dale pour finir le travail... Ce type est pourri jusqu'à la moelle. On dit bien que l'homme se dévoile entièrement une fois dos au mur.
    Je le foudroie du regard et, à ma vue, Metzger se sent comme la proie prise au piège face à son prédateur naturel. Ses jambes manquent de le lâcher :

- At... Attendez...
- Pas de pitié pour toi.

     J'inspire à fond et assimile toute l'humidité de l'air alentour, puis tends les bras avec violence et fait naître deux colonnes à la pointe acérée qui viennent empaler le vil praticien, ainsi que le mur derrière lui. Ce dernier finit par céder sous la pression et le cadavre se retrouve emporté, pris dans l'élan de ma colère.
     Lorsque le bruit des gravats et de la glace qui craquelle cesse enfin, seule reste ma respiration, lourde, furieuse. Mon ami me ramène à la réalité après avoir réalisé ce qu'il venait de se produire :

- Arhye ! Dale a besoin d'aide !
- Je vous en supplie... Mon fils !

     Je reviens vers eux et m'allonge près du blessé. La scie est parvenue à sectionner son membre au niveau du poignet... Le chirurgien était clairement résolu à lui faire le plus de mal possible. Ce genre de lame, utilisée de la sorte, laisse des plaies sacrément moches. Je pose doucement mes doigts sur le moignon et gèle le tout, stoppant l'hémorragie. L'écart de température est intense et arrache un cri au musicien. Il transpire beaucoup... S'il prend la fièvre maintenant, il est fichu.

- On sort de là tout de suite ! Aidez-moi, je vais le porter sur mon dos.

[...]

*Clic... Clic...*

    Mon briquet s'allume enfin. La dernière cigarette du paquet va y passer et je n'en ai plus en rab, mais qu'importe ! Là, tout de suite, j'en ai besoin.
    Je suis sur le pont d'un bateau. Il est tard et personne n'est là pour me déranger. Le seul qui le pourrait est occupé à tenir la barre et, bien évidemment, il n'ose pas s'approcher : c'est un des contrebandiers à la solde de Strauben.

     Plusieurs jours se sont écoulés depuis l'assaut de la planque de l'hérissé. Dale a été pris en charge par des médecins très rapidement, et la chance a fait qu'aucun mal n'est venu aggravé son état... Au final, la glace aura permis de limiter la perte de sang et de ralentir la propagation des microbes au niveau de la plaie. Même la balle qu'il a reçue a été extraite... Il n'est pas opérationnel à cent pour cent, il est faible, il est encore plus silencieux - ce qui est un comble - mais il s'en est tiré.
    Sa mère nous a remercié. Beaucoup. Tous les jours. Elle n'a jamais quitté son chevet et, chaque fois que nous venions lui rendre visite, elle nous attendait avec de quoi nous sustenter. Le jour d'avant notre départ, le jeune homme avait repris totalement connaissance et pouvait de nouveau communiquer avec nous. Nous lui parlions de tout, de rien, de la santé de sa mère, de la sienne... Puis nous parlions de ce que nous comptions faire alors, à savoir reprendre la mer.
    Contre toute attente, ou peut-être pas, Dale nous a fixé avec un air que nous ne lui connaissions pas encore et, sa mère, les larmes aux yeux, a de suite compris le message. C'est une femme forte. La situation dans laquelle nous l'avions rencontrée ne permettait pas de s'en rendre compte mais elle fait preuve d'un amour profondément sincère pour son enfant, et ce sentiment partagé leur donne des ailes à tous les deux.
    Lorsque j'ai annoncé "Bulgemore", Dale a voulu nous y accompagner.

- Comment allons-nous rejoindre Bulgemore ?

    Les souvenirs s'effacent tandis que Matt prend place dans mon champ de vision, accoudé à côté de moi au bastingage. Je ne l'ai pas entendu approcher.
    Je lui souris d'un air complice et sors de ma poche ce qui ressemble à un Log Pose. L'appareil est différent, cependant. Un flocon décore son cadran, tandis que l'aiguille bleutée en son centre semble ne rien indiquer, comme cassée.

- J'ai obtenu ça récemment.
- Où ?
- "Où" n'est pas la bonne question... Disons que cette année, la magie de Minoël a frappé à la porte de ceux qui n'y croyaient plus. Un grand merci à Nakanoëlle.
- A qui ?
- T'occupes.
- Et c'est quoi ça ?

    Je dresse fièrement l'objet entre nous :

- C'est un Cold Pose. Il n'indique qu'une seule route, suivant un tracé très singulier : celui des îles les plus froides de chacune des mers.
- Oh... D'où Bulgemore !
- En effet. Mais afin de s'y rendre, il va falloir revenir en arrière.
- Le royaume de Drum...
- Exactement. A partir de là-bas, il nous sera possible de rejoindre le pays de la science.

    C'est pour ça que nous avions "réquisitionné" l'un des bateaux de contrebande de Strauben, afin de nous rendre presque à l'entrée de Grandline. A nous deux, avec un convalescent en guise d'accompagnateur, rester sur le Nouveau Monde est bien trop compliqué. Il nous faut avant tout revoir notre stratégie, nous renforcer, et surtout nous rapprocher de l'endroit qui m'intéresse désormais. Le lieu le plus à même de me rapprocher de mes parents. Là où l'on juge tous les criminels présumés.
    Quant à savoir pourquoi Bulgemore... Je n'ai pas encore donné la raison aux deux autres. M'est avis qu'ils seront étonnés d'apprendre ce qui me pousse à les y conduire.
    C'est une nouvelle aventure qui commence. Ou plutôt, le début de ma nouvelle vie en tant que hors-la-loi.
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