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Traquer la vermine

Depuis quelques jours, les troubles avaient cessé. Le maréchal Flika et Mountbatten avaient combattu l'équipe du CP9 qui en était à l'origine. Les assassins avaient fini par battre en retraite. Leur chef, Hans Muller, avait été grièvement blessé par le Fantôme. Mais nul ne doutait qu'ils allaient revenir, tôt ou tard. L'objectif était donc de les traquer : de traquer cette vermine du Gouvernement Mondial, qui s'était attaquée au royaume de Terra.

Le combat avait fait grand bruit dans l'île. La Garde Impériale, dont les deux hommes faisaient partie, avait redoré son prestige, au détriment des Élus. Peu à peu, la population semblait enfin voir l'hypocrisie du système militaire actuel. Alors que l'armée régulière assurait véritablement la protection du pays, les Elus constituaient le dernier refuge d'une caste de noble attachée dur comme fer à ses privilèges. Ils étaient encore trois mille, et assuraient la garde rapprochée de l'Imperiosa. C'était une armée d'apparat, de défilé. Ils s'affichaient presque systématiquement en grand uniforme et étaient les coqueluches des divers bals mondains de la capitale. Il faut dire que ces grandes vestes d'officiers, immaculées de blanc et remplies de médailles honorifiques avait un effet particulier sur les jeunes filles des bonnes familles d'Alpha.

Mais cette attention agaçait de plus en plus la Garde Impériale, et en particulier le Premier Maréchal. Durant les troubles, les Élus s'étaient barricadés dans le palais de Sekiza, alors que ses hommes patrouillaient dans les rues et assuraient la protection de l'île, que ce soit sur terre ou sur mer. Au vu des récents sacrifices, ce traitement de faveur des Élus passait mal.

Mount avait connu une montée en popularité dans toute l'île. Lors du premier affrontement avec l'équipe des agents de Marie-Joie, toute la gloire était revenue à Flika et à Dash. Mais le rôle de l'ancien marin n'avait pas pu être démenti lors du dernier combat. Aux yeux des membres du Conseil, et probablement de l'Imperiosa elle-même, il avait prouvé sa loyauté envers le royaume, et n'était plus un vulgaire étranger, pour reprendre les dires de George B. Satori, le marquis écarlate.

Lorsque le Conseil se réunissait pour traiter des questions relatives au Gouvernement Mondial, il était fréquemment invité. Petit à petit, il gagnait la confiance de Sekiza. Et c'était bien là son but. Il avait conclu un contrat avec un lieutenant de Ravrak, selon lequel il devait faire tout pour que Terra passe sous l'influence de l'Impératrice Kiyori. Un jeu de manœuvres purement politiques qui le dépassait un peu. Cependant, il n'était pas seul à œuvrer dans ce sens : Dash était également affilié à Ravrak.

Mountbatten était revenu à son train de vie habituel, voyageant entre Alpha et Delta, entre son entreprise et l'École militaire où il dispensait des cours. Désormais, sa tête était connue de tous à Terra. Cela faisait évidemment du bien à l'ego, mais il regretta très vite l'anonymat. Il ne pouvait plus prendre place dans son train incognito : les gens lançaient vers lui des regards furtifs pour être sûrs qu'il s'agissait de celui à qui ils pensaient. Ce n'était pas méchant en soi, mais simplement désagréable. C'était une sensation d'intranquillité constante, particulièrement inconfortable pour quelqu'un comme lui qui chérissait les moments de solitude.

En fait, le Fantôme s'était résigné dans sa routine et aspirait de plus en plus à une vie normale. Il était conscient de ce qu'il avait fait, et que ses actions ne lui permettaient plus de rester indistinct dans la foule. Et puis il avait des projets qui allaient forcément le conduire à augmenter sa renommée, d'une manière ou d'une autre. Mais une part en lui aimait profondément la simplicité de la vie ordinaire, celle d'un homme quelconque. Pourtant, il devait accepter une contrepartie à ses objectifs.

Comme souvent, il resta tard le soir dans son usine à Alpha, l'épicentre de l'industrie terranne. Hobart se trouvait dans un bureau non loin du sien. Quelques employés finissaient leurs tâches, alors même que la majorité des ouvriers était partie. A l'extérieur, et ce depuis les troubles, plusieurs détachements de la Garde impériale patrouillaient. Son bureau était large, d'environ une dizaine de mètres en largeur et longueur. Au centre, il travaillait à l'aide d'une lampe à l'intensité faiblarde, qui projetait dans la pièce une lueur jaunâtre. La luminosité était suffisante pour que le commandeur puisse écrire quelques lettres à l'intention de divers fournisseurs de matériaux, afin de renégocier les prix à des tarifs plus avantageux. L'ambiance de la pièce était vintage, classique. Au fond, il avait réussi à aménager un petit bar, rempli de plusieurs bouteilles de whisky, rhum, et d'autres liqueurs qu'il affectionnait particulièrement. Ainsi, il pouvait recevoir des investisseurs ou des clients avec un petit verre, ou bien finir la soirée avec Hobart, à discuter de tout et de rien dans le fond de leurs fauteuils en cuir brun.

Alors qu'il remettait une énième enveloppe sur un tas disposé proprement sur son bureau, une ombre vint se porter dans la pièce. Lorsque l'officier porta ses yeux sur le nouvel arrivant, pensant qu'il s'agissait d'un de ses employés ou Hobart, il fut surpris de découvrir un homme d'une trentaine d'année, amplement vêtu et d'un aspect relativement lugubre.

"- À qui ai-je l'honneur ?

- Salutations, Mountbatten… Puis-je ?" dit l'inconnu, en brandissant son bras vers l'avant, comme pour demander l'autorisation de rentrer dans la pièce.

Le directeur du Complexe Militaro-Industriel de Terra dévisageait l'inconnu, et avait déjà mis tous ses sens en alerte. À l'aide d'un rapide coup de Haki de l'Observation, il se rendit compte que l'homme n'avait aucune intention hostile. Sans attendre la réponse de son interlocuteur, le trentenaire s'invita dans la pièce, et prit même le soin de fermer la porte derrière lui.

"- Bien… Prenez place." Dit le Marijoan en désignant le deuxième fauteuil de son bureau, disposé face à sa table de travail.

L'individu portait un long manteau noir entrouvert, qui laissait deviner un costume noir, orné d'une élégante boutonnière qui rappelait la forme d'une rose blanche. Il portait des lunettes rondes légèrement teintées. Probablement un industriel de la ville, pensa Mount.

"- Je suis porteur de deux messages. Le premier, le voici."

Il sortit de sa poche une affiche pliée en quatre, qu'il déballa devant les yeux de plus en plus incrédules du commandeur. En effet, il s'agissait de lui-même, sur une prime du Gouvernement Mondial.

"- Votre prime a considérablement augmenté. 330 millions de Berries. Nous pensions qu'il serait judicieux de vous en informer avant que l'information ne se disperse dans la population."

Le Fantôme restait figé devant l'affiche. Nul doute, il s'agissait bien de lui… Dead or Alive, Mountbatten, B 330.000.000… Non, il ne rêvait pas, mais il ne voulait pas y croire. Il savait que sa précédente prime s'élevait à un peu plus de 50 millions, ce qui était par ailleurs relativement faible pour le Nouveau Monde. Mais contrairement à certains pirates et hors-la-loi qui s'émerveillaient lorsque leur prime augmentait, l'officier pestait. C'était un homme d'ordre, et cette nouvelle allait encore une fois compromettre ses aspirations à un retour à une vie normale. Et surtout, il ne comprenait pas vraiment ce qui justifiait une telle augmentation. Son combat contre les agents du CP9 dispersés sur l'île ? Peu probable, les missions du Cipher Pol restaient secrètes et souvent n'étaient pas connues de la Marine, ni même de la plupart des bureaucrates du Gouvernement Mondial. Son rôle dans le refus de l'alliance proposée entre Marie-Joie et Terra ? Ça ne tenait pas. Pourquoi lui seul aurait hérité d'une prime ? Et puis en mettre une pour chaque membre du Conseil n'aurait pour seul effet que d'aliéner encore plus le royaume. Alors peut-être son intervention dans un convoi de Grand Line… C'était la piste la plus solide, mais il avait épargné tous les marins présents, et il n'était pas la principale menace lors de cet évènement… Mais dans tous les cas, il allait devoir faire avec.

"- Je vois… Et le deuxième message ?

- Dash vous propose un rendez-vous. Secret, évidemment. Venez seul. Dans deux jours, au phare à l'est de Delta."

L'inconnu laissa la prime sur le bureau du directeur et s'en alla aussi vite qu'il était apparu dans le couloir. Un peu déboussolé, Mount mit ses mains à son visage et lança un regard vide vers un coin de la pièce. Déjà, sa nouvelle prime posait un grand nombre de questions. Et puis il allait pouvoir s'entretenir avec Dash, enfin. Après plusieurs mois, le mari de l'Imperiosa se manifestait finalement, alors même qu'il savait à l'avance que le commandeur était également envoyé par Ravrak. Peut-être avait-il un plan en tête.

Le chemin vers la liberté était encore long, mais cette rencontre était sans doute une étape-clé dans cette quête.
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Une légère brise caressait le cou du Fantôme. Les paysages de Terra étaient définitivement époustouflants. Les côtes de l'est impressionnaient par la taille des falaises qui surplombaient une mer légèrement agitée. Une couverture nuageuse intense donnait une impression de fin du monde. Mount se rendait seul, comme convenu, au phare qui guidait les navires qui s'approchaient des rivages du royaume. Un endroit particulièrement isolé de la civilisation, loin de toute commodité. Un espace qui semblait hors du temps.

Sur le chemin, les arbres se faisaient rares. La végétation restait basse. Le sol était principalement recouvert d'herbe. Quelques fleurs fanées ornaient le relief, sans plus. Le climat était sec et froid, ce qui contrastait avec les températures tièdes de la capitale. Pour s'y rendre, Mountbatten avait payé un cocher qui avait dû s'arrêter assez vite, par manque de route. Le commandeur marchait seul en direction de l'imposant pilonne de briques, peint de blanc et de rouge, qui illuminait les environs. Il avait hâte de parler franchement avec Dash, la première fois en plusieurs mois. C'était d'un pas déterminé qu'il s'approchait de l'édifice. Le bruit des vagues était de plus en plus proche. À l'oreille, il put distinguer une mer plus agitée qu'elle n'en avait l'air. Le vent semblait devenir plus violent à mesure qu'il s'approchait. Il progressait difficilement.

D'un œil malicieux, le bras droit de Sekiza observait l'homme, alors qu'il sirotait son troisième café de la journée. Il avait enlevé son casque majestueux, qu'il abordait lorsqu'il apparaissait en public. Lui aussi avait été missionné par Ravrak sur l'île pour faire pencher le royaume dans le camp de l'impératrice pirate Kiyori. Seulement, les opportunités s'étaient faites rares, et il avait dû se concentrer pendant plusieurs années sur la consolidation du pouvoir de sa femme au sein de Terra. Le règne de Sekiza était enfin incontesté, il comptait bel et bien s'appuyer sur Mount pour atteindre son objectif secret.

Pendant ce temps, Mount montait les grands escaliers de la tour et finit par arriver dans la pièce principale, où l'Épée de Damoclès l'attendait.

"- Salutations, Dash.

- Content de vous revoir, Mountbatten. Asseyez-vous, nous avons beaucoup de choses à nous dire.

- Évidemment." Répondit l'intéressé, un sourire dans le coin de la bouche.

Ce qui s'ensuivit était impromptu mais bienvenu par les deux interlocuteurs. Après quelques formalités et discussions sur leur mission commune, les deux hommes s'étaient vite rendu compte qu'ils étaient sur la même longueur d'onde. Ils avaient des esprits similaires : consciencieux, appliqués à la tâche mais, quelque part, sentimentaux et cultivés. Très vite, ils partageaient leurs expériences avec de moins en moins de complexe. Il faut dire que les innombrables bières que Dash proposa au militaire aidèrent. Ils sympathisèrent si bien que leur entrevue se prolongea tard dans la soirée. Souvent, les relations interpersonnelles sont déterminées par les expériences partagées, mais aussi par une affinité naturelle entre les individus. Ce soir-là fut une belle démonstration du rapprochement quasiment instinctif qu'ont deux personnes aux esprits semblables et aux sensibilités similaires.

Ils s'étaient mis d'accord sur la marche à suivre auprès de Sekiza. D'abord, les agents du Cipher Pol devaient être éliminés au plus vite pour qu'ils ne causent plus de grabuges sur Terra. Dash informa le Marijoan que le Conseil commençait à comprendre la nécessité de s'allier avec une puissance étrangère – c'est-à-dire les Empereurs pirates – pour assurer la sécurité de l'île, alors qu'une guerre larvée avec le Gouvernement Mondial se profilait à l'horizon. Seulement, aucune majorité ne se dégageait clairement. Le mari de l'Imperiosa souhaitait que Mount influence Sekiza en faveur de Kiyori, ce qui pourrait être très utile compte tenu des récents faits d'arme de l'ancien marine. Potentiellement, il pourrait être intégré au Conseil, mais cela restait terriblement incertain.

Dans tous les cas, les deux hommes se quittèrent avec un plan de route clair, qu'ils comptaient mettre en route le plus vite possible. La priorité pour Mountbatten était de supprimer les assassins envoyés par Marie-Joie le plus vite possible. Il comptait achever personnellement Hans Muller, le chef d'équipe du CP9 qui dirigeait la mission sur Terra, et qui avait été impliqué dans son éviction de la Marine et son passage dans le camp des hors-la-loi.
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Les reflets du soleil sur l'eau éblouissaient légèrement Mount, qui était posé sur un banc dans le port de Delta. Il s'accordait un moment de répit avant de reprendre son travail. Il fixait l'horizon, las. Cela faisait plusieurs jours que sa mission n'avançait pas. Aucune trace de l'équipe du CP9. S'il pouvait les détecter dans le rayon d'une grande ville, il ne pouvait pas utiliser son Haki sur l'entièreté de l'île. Les assassins envoyés par Marie-Joie étaient malins et n'allaient pas non plus être découverts par de simples patrouilles organisées dans toute l'île.

L'attente. C'était quelque chose dont il était familier en tant que militaire. À l'armée terranne ou dans la Marine, un soldat attendra plus souvent qu'il n'agira. Il fallait attendre les ordres, les mouvements de l'ennemi, de bonnes conditions météorologiques pour attaquer… Et de tous les aspects du combat, c'était peut-être le plus difficile. Il se remémorait la campagne de Vindex. Cette guerre qui avait duré plusieurs mois et qui s'était conclue par un coup monté contre lui. Cette période fut le point culminant de sa carrière, mais aussi le passage le plus difficile. Il se rappelait des moments interminables d'attente, dans les tranchées d'Ypres. De sinueux passages creusés à la main, où s'entassaient ses hommes. De temps en temps, un barrage d'artillerie, ami ou ennemi, troublait le calme fragile du front. Mais en majorité, ils restaient immobiles, statiques. Attendant que la mort les frappe tôt ou tard, attendant le prochain assaut fulgurant de l'ennemi ou la prochaine charge mortelle. La grande faucheuse l'avait épargné pendant la guerre, mais pour combien de temps encore.

L'attente. C'était aussi ce moment où l'adrénaline du combat redescendait et où les combattants prenaient conscience des implications du conflit sur leur vie personnelle. Déjà, il y avait la perspective évidente de la mort. Que tout ceci finisse d'un coup, brutalement. Un soldat tombait généralement au milieu de nulle part, dans une relative indifférence. C'était son métier, dira-t-on. Mais en général, ils s'habituaient vite à cette atmosphère très particulière. Tout autour d'eux rappelait que leur vie n'était qu'un sursis, et qu'une balle ou un coup de sabre pouvaient à tout moment moissonner leur âme. Non, ce qui était plus dur, c'était de penser à ceux qu'ils allaient laisser derrière eux. Leurs familles, leurs amis, parfois leurs enfants. La plupart des soldats professionnels avaient, au fond de la poche de leur uniforme, une photo de leurs proches. Ça permettait de garder une connexion avec la réalité. Qu'importe qu'elle fut de mauvaise qualité, voir le visage familier des proches était important pour eux.

Et là était une partie du malaise de Mountbatten. Depuis sa disgrâce, il n'avait pas eu de contact avec sa famille, avec qui il était si proche. Il y pensait régulièrement. Que pensaient ses parents des nouvelles qu'ils avaient eues du Gouvernement Mondial ? Étaient-ils sceptiques, ou croyaient-ils réellement l'histoire que Marie-Joie voulait vendre au monde ? Pouvaient-ils penser que celui qu'ils avaient élevé dans l'optique de servir l'institution avait eu le cran de se lever contre elle ? Il en doutait. Et intérieurement, il espérait malgré tout qu'ils remettaient en question la véracité de ce qu'on leur donnait. C'était sûrement naïf, bête. Mais il gardait confiance en sa famille. À tort ou à raison.

Alors dans ces temps d'attente, il essayait de rester pro-actif, et de ne pas retourner à ses idées négatives. Il avait été intégré à l'état-major de la Garde Impériale pour donner des suggestions sur la marche à prendre. Étant donné qu'il était proche du Maréchal Flika, sa voix comptait bien plus que ce que son grade lui aurait conféré en temps normal. Les généraux et stratèges organisaient des patrouilles dans l'arrière-pays, renforçaient la défense des diverses garnisons et placardaient des affiches des gouvernementaux, composées de portraits-robots approximatifs. Ces décisions n'étaient pas inutiles aux yeux du vétéran, mais il doutait qu'elles n'aboutissent à quoi que ce soit. Il pensait dur comme fer qu'il fallait attendre qu'ils fassent le premier pas, même si celui-ci allait évidemment causer des pertes, civiles ou militaires.

Pendant ce temps, Mount chercha à obtenir une audience avec l'Imperiosa. Il fallait profiter de l'opportunité donnée par les récents événements pour consolider l'ascendant de la Garde Impériale sur les Élus. Les luttes intestines des forces armées de Terra ne pouvaient plus continuer comme tel. La milice de nobles s'était montrée ineffective pendant les troubles, alors que la Garde Impériale avait été envoyée en première ligne. Flika et Mountbatten en étaient la preuve vivante. Le prestige de l'armée conventionnelle avait été redoré, et elle connaissait un regain de popularité auprès de la population. Sans difficulté, la requête fut acceptée.

Marchant à travers le palais impérial, le Marijoan s'émerveillait devant le raffinement de l'intérieur de l'édifice. Les murs étaient d'une propreté absolument impeccable : ils arboraient un blanc immaculé, divin. Le mobilier, comme les murs, semblaient échapper à la poussière et au passage du temps. Les dalles de marbre ne cessaient d'impressionner le lieutenant-général par leur nombre et leur qualité. Le palais reflétait la richesse du royaume, qui semblait avoir été épargné par les conflits entre les Empereurs et le Gouvernement Mondial. Mais cela commençait à changer. Toutes les bonnes choses avaient une fin, et la splendide isolation du royaume des Cents n'était pas une exception.

"- Salutations, mon Imperiosa.

- Bonjour, Mountbatten. J'apprécie votre compagnie, mais j'imagine bien que vous n'avez pas demandé à me voir pour échanger quelques politesses. Qu'est-ce qui vous amène ici ?

- Effectivement… J'aurais pourtant aimé ! Peut-être une prochaine fois, qui sait." Plaisanta le militaire, un sourire au coin de la bouche.

"- Mais vous avez vu juste, le sujet que j'aimerais aborder avec vous est des plus délicats."

L'ancien marin marqua une pause. C'était à la fois une technique rhétorique, pour capter toute l'attention de l'interlocuteur, et un moyen d'organiser ses idées. Aussi, il était un petit peu mal à l'aise. Après tout, il n'avait pas de réelle légitimité à conseiller l'Imperiosa. Officiellement, il n'était qu'un officier supérieur de la Garde Impériale. Autant dire que sa voix ne comptait pas spécialement. Mais il avait prouvé sa valeur et sa loyauté, et il comptait là-dessus pour faire pencher la balance en faveur de Kiyori.

"- Vous savez maintenant que le Gouvernement Mondial attaque Terra de manière subversive. Et vous l'avez vu : avec une seule équipe, le pays a des difficultés pour se défendre. Il a fallu que Flika et moi intervenions pour stopper les troubles qui secouaient l'île.

Alors…

Si le Gouvernement Mondial se lance dans un affrontement ouvert, les chances des forces armées de Terra sont infimes. Nous avons des moyens militaires conséquents, mais croyez-moi, la Marine possède une puissance de feu avec laquelle nous ne pouvons pas rivaliser. Si demain, un Amiral et plusieurs Vice-amiraux se pointent devant l'île et vous adressent un ultimatum, Terra sera impuissante. Je sais parfaitement que certains de vos sujets possèdent une force conséquente. Ne serait-ce que Dash, Flika, ou moi-même."

Le Fantôme s'avança légèrement. Une fois arrêté, il joignit ses deux mains, dans une posture qui rappelait étrangement la prière.

"- Mais croyez-moi quand je vous dis que ce ne sera pas assez."

Ses yeux trahissaient quelque chose de plus profond. Il avait vu la puissance dévastatrice de Marie-Joie sur Vindex. Ce royaume avait défié le pouvoir du Gorosei, et avait été envahi en conséquence. Sept longs mois avaient été nécessaires pour rendre humble cette île de Grand Line. Le bilan de l'invasion avait été lourd : les morts se comptaient en dizaines de milliers, peut-être même en centaines de milliers en comptant les pertes civiles. Les exactions commises par la Marine avaient été nombreuses. Mount avait vu de ses propres yeux un de ses collègues abattre sans raison apparente des prêtres qui refusaient de collaborer ouvertement. Sa hiérarchie lui avait ordonné de liquider des villageois : il n'avait pas eu le courage de s'y opposer. Après tout, il suivait encore aveuglément les ordres qu'on lui donnait. La mission passait avant tout. Les dommages collatéraux n'avaient pas d'importance à ses yeux, et pas plus aux yeux des contre-amiraux et autres chefs militaires qui avaient conduit l'opération.

Il s'était attaché à Terra. Il retrouvait une vie de bourgeois. Enfant, il avait grandi dans la Ville Sainte, posée insolemment au sommet de Red Line. Le cadre de vie y était agréable. La tranquillité et la richesse de la ville en faisaient une place de villégiature rêvée. Et tout ça, il le retrouvait sur l'île de l'Imperiosa. Il voulait protéger cet endroit civilisé aux confins du Nouveau Monde. En quelque sorte, le Fantôme s'était trouvé une nouvelle mission à poursuivre, en parallèle du contrat qu'il avait signé avec l'émissaire de Ravrak qui l'obligeait à manœuvre pour faire basculer Terra dans le camp de Kiyori. C'était un homme qui avait besoin d'une direction dans laquelle naviguer. Il ne vivait pas au jour le jour, sans visibilité. C'était un besoin ancré dans sa personnalité.

"- Je vous avais brièvement décrit mes états de service dans la Marine, et notamment la guerre sur Vindex qui avait abouti sur mon éviction. Ce royaume avait défié ouvertement le Gouvernement Mondial, et le prix qu'il dut payer fut excessivement élevé. Les ressources de l'organisation sont immenses, incomparables avec les nôtres. C'est pourquoi je pense fermement que Terra doit commencer des pourparlers avec un Empereur pirate pour se placer sous sa protection.

- Je vois. Vous avez eu vent des récentes réunions du Conseil, je me trompe ?" Demanda la souveraine, tout en restant impassible. Cette neutralité du regard inquiéta son interlocuteur. Y avait-il réellement une bonne réponse à cette question ? S'il répondait par l'affirmative, cela risquait de ne pas lui plaire, étant donné que ces réunions sont strictement réservées aux membres officiels, et demeurent secrètes. Mais répondre par la négative serait un mensonge, et peut-être pourrait-elle le deviner.

"- Effectivement, mon Imperiosa.

- Soit. Je passe l'éponge pour cette fois, Mountbatten. Mais les réunions avec le Conseil sont confidentielles. Un autre écart de ce genre, et je vous fais couper la tête. On ne badine pas avec les lois du royaume. Bien, j'imagine que vous n'êtes pas venu devant moi avec ce toupet pour souligner ce que je sais déjà.

- C'est entendu… Je pense que Terra devrait s'aligner avec Kiyori.

- Pourquoi donc ?

- Deux choses. Premièrement, Kiyori vous ressemble. Vous êtes toutes deux de jeunes femmes prodiges, qui ont étonné leur entourage par vos qualités et vos forces respectives. Vous êtes ambitieuses, rusées, intelligentes. Une alliance avec Kiyori serait naturelle. Deuxièmement, c'est le choix le plus stratégique. Terra se trouve sur la voie agitée du Nouveau Monde, et nous nous situons entre Tetsu Island et Kyoshima, les deux îles principales qui constituent son empire. En cas d'attaque de la Marine, sa flotte principale située à Kyoshima pourra venir à notre rescousse en un rien de temps.

- Je vois, vos arguments font sens. Et pourquoi pas les autres Empereurs Pirates ?

- Frost n'est pas encore suffisamment installé territorialement parlant pour nous fournir une aide conséquente. Teach possède plusieurs îles sous son pavillon dans les alentours de Terra, mais sa personnalité instable et violente en ferait un piètre partenaire. Et Ravrak n'acceptera pas une telle proposition. D'après ce que j'ai lu, c'est lui qui va vers les gens, et non l'inverse. Lui faire une telle requête ne pourra que résulter en un refus.

- D'où savez-vous tout cela ?

- Les journaux du monde, principalement. Et puis certains livres dans la Bibliothèque nationale possèdent des informations intéressantes… Et puis de mon temps de la Marine, certaines choses étaient bien connues dans le milieu des officiers.

- Intriguant. Je prendrai vos idées en compte. Mais j'attends de vous que vous restiez à votre place malgré tout. J'apprécie sincèrement ce que vous faites pour Terra, mais outrepassez encore une fois les lois et vous serez… Punis. Compris ?

- C'est entendu, mon Imperiosa."
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Mount garda en tête les avertissements de la souveraine. Il était dans une position délicate : il devait essayer de l'influencer, sans outrepasser ses fonctions. Visiblement, elle n'avait pas apprécié son intervention. Pourtant, il espérait que ses arguments allaient faire mouche.

De plus, on l'avait informé de sa promotion au rang de lieutenant-général à la suite de son combat contre l'équipe du CP9. Officiellement, l'armée le récompensait pour son service lors des "troubles", sans rien mentionner de plus. On lui avait donné deux médailles, mais il n'avait pas eu droit à une quelconque cérémonie. Son ascension dans les hautes sphères faisait des jaloux, et peu étaient enclin à donner un peu de lumière à un étranger qui était arrivé sur l'île il y a seulement quelques mois. Aussi, les luttes fratricides entre Élus et Gardes Impériaux s'étaient répercutées sur les récents affrontements, qui furent minimisés au possible par les aristocrates.

Il continuait donc sa routine, avec un galon en plus sans que cela ne change rien. Le Fantôme donnait des cours à l'École militaire pour instruire les cadets de la Garde Impériale. De temps en temps, il se rendait à Alpha pour gérer les comptes du Complexe Militaro-Industriel de Terra. L'entreprise était en pleine expansion : les contrats de l'armée régulière de l'île formaient une base solide sur laquelle pouvait se baser la production. Mais de plus en plus de produits s'exportaient. Bientôt, il allait devoir entreprendre un agrandissement des usines et une implantation plus sérieuse dans d'autres comptoirs commerciaux. Il y pensait sans prévoir rien de concret, mais c'était sans aucun doute une opportunité à saisir.

En résumé, sa vie à Terra était caractérisée par un rythme de vie calme et tranquille, où il menait un train de vie de bourgeois et de notable local à Alpha et Delta. De temps à autre, des événements venaient perturber ses habitudes, mais cela restait finalement marginal. Mount était devenu, un membre de la bourgeoisie industrielle parmi d'autres. Toutefois, il cachait derrière lui un passé de vétéran de la Marine, qu'il ne dévoilait qu'auprès de ses amis proches lors de quelques soirées bien trop arrosées. Il mentionnait à demi-mot son parcours, sans pour autant tout dévoiler.

Un de ces soirs sans importance, communs, il rentra chez lui. Le Fantôme arpentait les rues éclairées de Delta aux alentours de deux heures du matin, après avoir passé du bon temps avec Hobart et quelques-uns de ses collègues de l'usine. Il sortait de la magistrale gare de la capitale, qui reliait l'épicentre du royaume au reste de l'île. Le lendemain, il allait devoir dispenser des cours à l'académie militaire : c'est pourquoi il ne s'était pas saoulé sans limite comme à l'accoutumé. Mountbatten marchait, nonchalant. Certaines de ses pensées étaient animées par des souvenirs immédiats, comme ceux issus de la soirée qu'il venait de vivre. Parfois, il réfléchissait à ses objectifs à plus long terme, sans pour autant vouloir y consacrer trop de temps. La tâche à laquelle il avait été assigné était ardue ; aussi voulait-il – consciemment ou inconsciemment – se perdre dans les méandres de la banalité et de la routine pour oublier que sa liberté était conditionnée à un prodige. Sekiza allait-elle sceller une alliance avec Kiyori ? Nul ne le savait pour l'heure ; pourtant, cela devait être ainsi. Auquel cas, son contrat ne se remplirait jamais, et il resterait à la botte de Ravrak contre sa volonté.

Au détour d'un carrefour, il aperçut du coin de l'œil des silhouettes qui dansaient sur les toits. Elles se rapprochaient dangereusement. Derrière lui, un homme encapuchonné venait de rejoindre l'endroit. C'était une embuscade.

Non, cette fois-ci, il ne comptait pas laisser l'initiative à ses adversaires, bien au contraire. Le lieutenant-général avait retrouvé sa force d'antan, après avoir passé un certain temps en relative hibernation. Le moment était donc venu de se confronter une dernière fois avec l'équipe du Cipher Pol 9. Ils avaient attendu plusieurs dizaines de jours avant de repointer le bout de leur nez. C'est avec un sourire carnassier qu'il accueillit cette surprise. Mount était déterminé à ne plus les laisser filer comme la dernière fois.

Leur dispositif n'eut pas le temps de se mettre en place devant la vitesse de réaction du traître. Il bondit sur les toits et fit face aux trois assassins, surpris par sa présence. Sans attendre plus, il lança un puissant Assaut éclair, en réunissant toute la force qu'il possédait pour briser leurs défenses. La silhouette du Fantôme s'élança en l'espace d'une seconde et se rua brutalement sur ses cibles. Ce qui parut comme un violent courant d'air entailla les trois agents à plusieurs endroits.

Quelque chose était différent ce soir-là. La pleine lune pouvait avoir, semble-t-il, un effet terrible sur certains humains. Il réveillait un instant sanglant inhabituel. Motivé par la vengeance et la colère, l'homme aux deux épées n'en était plus vraiment un. Il était redevenu un véritable cheval de guerre, hurlant la mort sur son passage.

Son unique œil brûlait d'excitation. C'était une opportunité en or. Il enchaîna par une Tornade en sens inverse, pour tenter d'achever les sous-fifres du Gouvernement Mondial. L'écart de niveau se faisait ressentir plus que jamais ; et les trois sinistres tueurs furent projetés en l'air sans grande difficulté.

L'officier se posa sur un large toit qui domptait la rue et fit face à leur chef, l'agent Muller.

"- Cher Hans, je crois qu'il est l'heure de régler nos comptes.

Pourriture."
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"- Alors c'est ainsi. On en finit ce soir, Mountbatten ?

- On aurait dû en finir bien plus tôt.

- À qui le dis-tu, enfoiré. On aurait dû t'achever sur Vindex. Même sur Terra, tu te fous sur le chemin de la Justice."

Le Marijoan atterrit sur la chaussée de manière élégante, face au Pachyderme. Ce dernier était vêtu chiquement, arborant un beau manteau noir qui cachait une belle veste sans manche gris foncé et une chemise ordinaire d'un blanc immaculé. Un pur gentleman, mais aussi un stéréotype vivant du CP9. Le trentenaire était rigide, froid, et pensait dur comme en fer en une notion dépassée de Justice absolue. Rien ne devait entraver le Gouvernement Mondial, d'après lui.

"- Tu sais très bien que c'est la Justice qui a décidé de me mettre sur son propre chemin. Tu sais très bien que c'était un coup monté. J'étais innocent dans cette affaire.

- Peut-être bien. Mais tu aurais dû te rendre. En t'échappant, tu t'es rendu criminel. Alors ne me fais pas la morale. Le traître, entre nous deux, c'est bien toi."

L'ancien marin se crispa. Traître… Il ne pouvait pas supporter cette appellation. C'était une insulte à ce qu'il avait fait, à ses anciens frères d'armes. C'était une attaque envers ce qu'il était, et ce pour quoi il croyait. C'était la goutte de trop.

Mount disparut aussi vite qu'il était revenu. Comme si sa présence en face de l'agent avait été une illusion tout du long. Son adversaire se retrouvait donc seul, au milieu du carrefour. Au loin, quelques bruits s'élevaient, sans plus. La ville dormait paisiblement au rythme des chargements et déchargements sur le port. Une légère brise, presque rafraîchissante, venait caresser le feuillage des arbres apaisés. L'espace d'une éternité, la paix était revenue.

Hans restait là sur ses gardes. Il s'attendait à tout, et comme il ne maîtrisait pas le Mantra, il était très difficile pour lui de prédire la prochaine attaque de son opposant. Toutefois, il restait serein et ne prenait même pas la peine de regarder derrière lui. Il chercha son paquet de cigarette dans la poche de son manteau, et saisit un briquet. Cette clope, il la fixa longuement sans vraiment comprendre pourquoi. Il la porta à ses lèvres, dans un silence de mort, et l'alluma. L'odeur d'encens l'inhiba entièrement, alors qu'il levait les yeux au ciel et lâchait un dernier filet de fumée. C'était un spectacle magnifique, se disait-il.

La fumée se dissipa d'un seul coup, fauchée par les lames du Fantôme.

Le Pachyderme restait immobile et rendit son corps aussi solide que du métal. L'Amante et Yakikatsu entraient en contact avec sa carapace sans pour autant réussir à pénétrer les défenses de l'éléphant. Mountbatten déployait de plus en plus de force dans sa technique, sans succès. Muller était en effet un expert dans l'utilisation du Rokushiki au combat. Sa sérénité était liée à sa grande confiance concernant ses capacités de protection. Aussi posa-t-il son œil sur un coin d'un bâtiment, sachant que son ennemi se trouvait quelque part dans cette direction, alors que les hauts immeubles de la capitale paraissaient renfermer leur emprise sur le chef d'équipe.

"- C'est tout ce que la Marine t'as appris ? Décevant, pour un ex-commandant d'élite."

La petite provocation eut son effet. Les lames se désengorgèrent de la peau intacte de l'espion, et le vétéran se retira, toujours camouflé grâce à ses pouvoirs démoniaques. Il rôdait autour de sa proie comme un vautour, attendant le bon moment pour frapper. Son adversaire restait impassible, concentré. Il semblait terriblement sûr de lui. Rien ne semblait pouvoir ébranler son sang-froid. La nuit étoilée donnait un cadre à la fois majestueux et horrifique. C'était un duel à mort qui venait de débuter. L'un voulait se venger, l'autre voulait finir son travail. Deux volontés s'affrontaient, pour le meilleur et pour le pire. Autour d'eux dansaient les ombres des lampadaires, des bancs et des habitations. La mise en scène était prête, et il n'en resterait qu'un seul.

Le Fantôme se rapprocha à coup de Sorus et tenta de toucher latéralement l'homme au cœur de pierre. Celui-ci para avec quelques difficultés à l'aide de son bras droit, puis élança son index de sa main gauche pour atteindre l'invisible, sans succès. Il recommença en variant les directions, mais Mount esquivait les attaques à l'aide du Haki de l'Observation. Qu'importe la vitesse d'exécution, le primé pouvait prévoir à l'avance les actions de l'agent secret. Son corps ondulait en conséquence, tandis qu'il recula de plus en plus pour éviter que sa propre défense ne se brise.

Il grimaça. L'ennemi était coriace, évidemment. Mais il voulait tellement lui mettre la misère. Tous ses problèmes actuels étaient condensés en cet employé du Gouvernement Mondial. Les ordres venaient d'en haut, probablement, mais il n'en avait que faire. C'était son regard qu'il avait croisé sur Vindex. Ce regard qui avait mis fin à une carrière, à des aspirations et à une vie dans le droit chemin. C'était bas de penser ainsi – mais pouvait-on vraiment en vouloir à un homme déchiré par l'accusation d'un crime qu'il n'a jamais commis.

Le Pachyderme décida de prendre l'initiative. S'il ne pouvait pas localiser précisément l'insaisissable, il pouvait en revanche tout balayer autour lui, sans distinction. Ça voulait dire la destruction des environs du carrefour, mais c'était un mal nécessaire d'après lui. Tout était justifiable pour le triomphe de la Justice.

Il balança à quelques mètres de lui sa veste et le regard décidé, il entama le changement de son corps. Il se transforma en la bête primaire qu'il renfermait en lui. Ses bras et jambes grossirent et changèrent de texture, alors que son tronc s'allongeait et se mettait à l'horizontale. Le plus choquant était sans doute son visage : son nez se transforma en trompe, ses oreilles grossirent inexorablement. Le colosse de puissance prenait forme, sous le regard sévère du disgracié.

Les choses sérieuses pouvaient commencer.
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Un barrissement d'une intensité inouïe secoua la silencieuse Delta. C'était un de ces bruits qui semait instantanément la terreur dans les esprits. Il provoquait une peur incontrôlée de la bête, qui siégeait dangereusement au milieu de la civilisation, et avec l'intention d'en briser les fondements là-bas même. Le cri résonna sur les bâtiments, et très vite la panique s'empara des foules toujours amassées à cette heure-là. C'était l'antagonisme entre la nature et l'homme qui se manifestait : encore fallait-il savoir si le genre humain allait une fois de plus triompher face à l'animalité.

Le chasseur recula de quelques pas pour se mettre à l'abri. L'effroi s'immisçait aussi chez lui. Peut-être qu'il faisait face à quelqu'un de bien plus fort que lui. Après tout, le CP9 est réputé pour être extrêmement rigoureux sur le choix de ses recrues. Enfin, sur tout son personnel, sauf sur son directeur, à en croire les derniers journaux, se dit-il. Il n'avait pas peur de le combattre frontalement, et il n'avait pas non plus peur de la mort. Après tout, il avait mené une vie accomplie, toujours en accord avec ses principes. Il était fondamental de ne pas éprouver de regret. Et c'était généralement dans ces moments de questionnements que cela se montrait vital. Il pouvait se livrer à une lutte acharnée, bestiale, avec la conscience tranquille. D'après l'ancien commandant d'élite, il était nécessaire d'aborder un affrontement sereinement, de penser que cela s'inscrivait dans quelque chose de juste.

Mountbatten s'élança au vent tout en restant invisible et lança plusieurs lames d'air en direction de l'assassin envoyé par Marie-Joie. Tout en poursuivant son attaque, il se déplaça pour constamment changer son angle. En face, son adversaire restait immobile, utilisant le Tekkai. Alors que les lames d'air fonçaient sur leur cible, Mount se rapprocha en un coup de vent, éleva ses deux sabres et les planta dans son dos le plus profondément possible. Du sang jaillit et éclaboussa le visage austère de l'officier. Quelques gouttes vinrent se loger autour de sa bouche. Le goût était amer, sec, mais bien trop familier pour qu'il ne s'attarde dessus. Puis, il rabattit ses armes vers lui, tout en provoquant une impulsion depuis son pied pour partir en arrière.

Son plan ne se déroula pas comme prévu, puisque la trompe de Mueller approcha à une vitesse considérable sur sa droite, sans qu'il puisse esquiver. Il activa son propre Tekkai, faible comparé à celui de son ennemi. Le Fantôme fut projeté violemment contre un édifice proche, pénétrant sur plusieurs mètres l'intérieur, tandis que ses sabres restaient enfoncés dans la peau épaisse de l'éléphant. En se relevant, il découvrit avec stupeur les ravages qu'il avait commis sur un modeste salon, tapissé d'obscurité. Pire encore, le reflet dans la nuit d'une flaque de sang grandissait à vue d'œil. En s'y attardant d'un peu plus près, le cadavre d'un pauvre chien se dévoilait. Mais ce n'était pas le moment de pleurer les victimes, car déjà, le Pachyderme chargeait sur le bâtiment, sans aucune considération pour les civils qui y vivaient. Après tout, les humains ne pensaient pas aux fourmis qu'ils écrasaient sur leur passage ; et à l'échelle du colosse, c'étaient bel et bien les humains qui en étaient réduits à de vulgaires insectes.

Non, décidément, il ne pouvait pas s'y résoudre. Il ne pouvait pas tolérer davantage des pertes collatérales. Il l'avait trop fait à Vindex. D'un mouvement unique, il s'éleva pour défendre ses idéaux, et par là même, l'habitation. Il était animé par la volonté de vaincre ses remords, de balayer les atrocités qu'il avait commises pendant la guerre. Plus jamais ça. Mountbatten éternua pour dissiper la poussière dans ses poumons, puis se reprit en main et vint à la rencontre de son opposant. Il se tenait dans les airs, proche des pierres démolies de l'appartement. C'était un épéiste sans épée qui comptait sur ses frêles lames secrètes pour dévier l'attaque.

Le choc fut brutal, et dès la première seconde, il fut clair que la balance penchait dramatiquement en faveur de l'agent. Le lieutenant-général ne se battait pas avec son équipement habituel, toujours coincé sur le dos de la bête menaçante, et il se tenait dans l'air sans aucun appui. Toutefois, l'énergie cinétique de la charge avait été absorbée tant bien que mal, et il put se décaler à gauche pour retourner sur son dos sans occasionner la perte du bâtiment. En un éclair, il arracha ses sabres de l'immense animal, non sans difficulté, et se positionna à l'arrière. Son adversaire, lent par nature, essaya de se retourner à temps pour la nouvelle attaque.

Pour gagner, il fallait innover. Un duelliste doit être créatif ou il se contentera de vaincre sans se renouveler, jusqu'au jour où ses propres techniques se montreront inefficaces à un moment critique. Mount tenta une variante de l'Assaut Éclair : au lieu de trancher plusieurs ennemis, il s'appliqua à heurter différentes parties du corps du mastodonte, en espérant briser sa défense.

Un observateur, à ce moment-là, n'aurait pu que témoigner d'une bête prise de folie, qui barrissait à la mort. Les puissants râles d'agonie étaient glaçants. Dehors, aucun passant ne se risquait à sortir. La faune urbaine avait également déserté le carrefour et les rues avoisinantes. Les résidents, eux, se cachaient dans leur cave, en attendant que l'orage passe. Le Pachyderme manquait de mobilité et ne pouvait que subir cette technique novatrice. Son Tekkai s'était affaibli progressivement, si bien qu'un coup sur deux faisait mouche. Les entailles étaient de plus en plus nombreuses, profondes. Un agent du Cipher Pol était entraîné à avoir une grande résistance à la douleur, mais ses pouvoirs démoniaques lui conféraient un instinct primitif qui réagissait primairement à la souffrance. Mount s'acharnait avec une agressivité singulière et qui n'était pas ressortie depuis le conflit sur Vindex. C'était un défouloir. Il avait besoin d'exprimer sa rage, celle d'avoir eu la vie brisée à cause des machinations politiques qui faisaient fi d'un homme. C'était aussi un moyen d'atténuer la pression liée aux traumatismes de la guerre. Il revoyait en Hans Mueller le Cipher Pol évidemment, mais aussi les révolutionnaires qu'il avait combattus pendant plus de sept mois. Plus intimement, il exprimait à sa manière le deuil de son meilleur ami et de sa fiancée. Tout son univers avait été annihilé. En cet instant précis, l'assassin de Marie-Joie représentait la cause de tous les malheurs du monde.

Une guerre défigure un homme. Il était devenu quelque chose qui l'aurait répugné en temps normal. Un être hors de la civilisation, hors humanité. Il avait rejoint son adversaire dans son animalité. C'étaient deux bêtes enragées qui se livraient une lutte à mort, qui ne semblaient suivre que les règles de la nature, où la survie prime et où la morale n'a guère de place. Et il semblait désormais clair que l'un avait le dessus sur l'autre.
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Le combat avait duré quelques dizaines de minutes supplémentaires, durant lesquelles les deux hommes s'étaient férocement affrontés. Du sang s'était répandu sur tout le carrefour. C'était une boucherie sans nom. Il faut dire que l'animal avait été résistant : malgré les attaques incessantes du Fantôme, le Pachyderme était resté debout bien plus longtemps que prévu. Toutefois, l'asymétrie s'était fait ressentir très vite. Pour l'éléphant, il s'agissait de frapper quelque chose d'invisible, d'indétectable. Pour son adversaire, la chose était plus aisée : sa cible était gigantesque, lente et incapable de réagir aussi rapidement que lui. C'était David contre Goliath : la ruse contre la force pure, la finesse contre la brutalité bestiale. La lutte fut brève, mais intense ; passionnée, mais tragique. L'agent du CP9, à quelques années de la retraite, se mesurait à un homme qui n'avait plus rien à perdre. Rien n'était plus dangereux que quelqu'un qui a tout perdu.

Alors que le cadavre encore chaud de son ennemi gisait au beau milieu du croisement de rues, Mountbatten s'était très vite écroulé. Il n'était plus habitué à se livrer au maximum de ses capacités, voire plus. La vie mondaine et confortable qu'il avait mené pendant un bon moment avait affaibli sa condition. De ce fait, le vainqueur avait passé les jours suivants à l'hôpital pour guérir de ses blessures. Il avait mené ses capacités physiques à leurs limites. Ses muscles étaient tous endoloris, ses articulations avaient beaucoup souffert. Il y a toujours un coup à payer à la fin. Par ailleurs, la capitale semblait se remettre de ses blessures, elle aussi. Plusieurs bâtiments avaient été endommagés et il avait fallu nettoyer l'endroit où avait eu lieu le duel. Mais le prix à payer était négligeable face au résultat : l'équipe du CP9 avait été éliminée pour de bon. Le calme et la paix pouvaient revenir à Terra.

Un crépuscule triomphant concluait la première soirée que passa le Fantôme à la clinique. Toute la journée, les médecins s'étaient relayés pour prodiguer des soins au blessé. Finalement, son état s'était stabilisé en fin d'après-midi. Une infirmière annonça un premier visiteur venu se rendre au chevet de l'officier.

Un imposant homme s'avança, habillé de ses vêtements si formels de militaire. C'était une bonne connaissance de Mount, puisqu'il s'agissait du Maréchal Flika. Il portait dans ses mains des roses blanches particulièrement éblouissantes de beauté. Chastes, raffinées, ce geste toucha l'ancien marin. C'était une preuve du respect durement acquis auprès de son supérieur. Un respect mutuel, qui caractérise les relations entre collègues admiratifs du travail de l'autre. Après avoir posé ces égards sur une commode posée non loin de là, le Premier Maréchal s'assit, fixant avec bienveillance son subordonné. Les roses blanches étincelaient aux derniers rayons qui pénétraient dans la pièce.

"- Tu t'es bien battu, Mountbatten."

L'intéressé porta son regard sur la fenêtre, regardant sans vraiment regarder un soleil rougeâtre qui sombrait à l'horizon. Il restait pensif, sans pour autant ignorer la présence de son interlocuteur.

"- Certes. Mais le vrai combat commence maintenant, n'est-ce pas ?"

Les yeux malicieux du Marijoan se tournèrent vers le visage austère de Flika. Dos à la fenêtre, celui-ci se trouvait à contre-jour, de sorte qu'il apparaissait plus sombre qu'il ne l'était vraiment. Après quelques secondes, il haussa les épaules.

"- C'est probable. Toutefois, si nous décidons de mener bataille, il ne faudra pas faire la moindre erreur.

- Évidemment. Maréchal, c'est le moment ou jamais pour entrer dans l'arène. Il faut faire bouger les choses. Nous ne pouvons plus nous contenter du statu quo.

- Alors, soyons révisionnistes." Dit-il, la mine grave.

L'heure des comptes avait également sonné. Il restait de nombreuses leçons à tirer des récents événements. Les retentissements politiques pourraient être énormes dans les prochaines semaines à venir, et déjà les journalistes du pays entier s'affolaient. Dans les cercles mondains, les rumeurs parlaient d'un jeune et ambitieux officier de la Garde Impériale venu de l'étranger qui pourrait devenir le visage du changement à Terra, d'après de nombreux observateurs. Certains appelaient à une réforme des forces armées pour éviter un nouveau désastre. D'autres encore redoutaient un coup d'État de la part de la Garde. Seul le temps pourrait déterminer l'issue de cette période de bouleversements dans le royaume.
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