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Jeska : année un

J'ai quitté mon île il y a quelques semaines. L'orphelinat ne me manquera pas. Franchement, je commençais à en avoir un peu marre d'être considérée comme un monstre. Du coup, j'ai enchaîné les petits boulots pour me payer le voyage, mais je ne le regrette pas. Je vogue sur les mers en quête d'action et de justice. Bon, okay, j'ai le mal de mer et je gerbe mes entrailles par dessus bord. Mais je suis certaine que ça finira par passer. Après tout, mon aventure ne fait que commencer.

Je suis Jeska Kamahlsson. J'ai quatorze ans, et je vais enfin intégrer la Marine.

Il y a des gens qui courent les mers à la poursuite de leurs rêves. Mais moi, je vais réaliser le mien sous peu. J'ai toujours voulu porter l'uniforme. Enfin, ce n'est pas vrai, ça date de ma rencontre avec Artorius. Un homme exceptionnel. Il m'a donné confiance en moi. En mes capacités. En peu de temps, il m'a appris à accepter mes différences. Et à en faire ma force.

Oui, je suis aveugle, et j'ai des ailes noires. Pour la plupart des gens, je suis un monstre, et dans le meilleur des cas une curiosité. Mais je le vis bien. L'air iodé ébouriffe ma tignasse et j'ai encore le goût acre de la bile qui tapisse ma bouche. Mais je suis heureuse. Plus que je ne l'ai jamais été. Enfin, il y a bien la fois où j'ai rencontré Phoenix.... heu... hum ... c'est une autre histoire.

Enfin, la vigie voit la destination. L'académie de la Marine de South Blue. J'y suis enfin. Seulement quelques jours après m'être enfin habituée au roulis de ce fichu navire! Pas de bol, mais c'est tant mieux. J'ai trop hâte! Pour l'occasion, je porte mon débarder avec le logo de la Marine dessus. Enfin, si le marchand qui me l'a vendu ne m'a pas entubée. L'été semble jouer les prolongations alors que Septembre commence. Il fait beau, et je sens le soleil caresser ma peau. C'est si bon! J'ai essayé de me faire belle pour l'occasion. Ce qui n'est pas évident quand on ne peut pas se voir dans le miroir! Il faut que ce jour soit parfait! Et il faut que je sois parfaite aussi! C'est si important la première impression! Bien que je n'aie jamais vraiment compris pourquoi.

Le navire arrive à quai. Ça secoue drôlement! Je vais chercher mes affaires! Je suis si impatiente qu'il faut que je fasse une escale aux toilettes. Nom d'une biscotte! J'ai tellement attendu ce moment! Je me le suis tellement imaginé. Ha là là... j'ai du mal à tenir en place. Allez, du calme ma fille! Je reprends mon souffle. Je sors de ma cabine avec mon paquetage et je descends enfin de la passerelle. Le sol pavé sous mes pieds semble mou. J'essaie de compenser un roulis inexistant. Bon sang, après avoir autant souffert du mal de mer, je ne vais pas en plus me coltiner un mal de terre! Pas aujourd'hui! Non. Non. Et re non! Je lutte. C'est bon, ça va mieux. Mais je sens que le sang à quitté mon visage. J'espère qu'on ne me prendra pas pour le canard boiteux de la promo.

Le navire qui m'a amenée ici met les voiles. Et c'est là que je réalise que je suis seule. Il n'y a que moi! Suis-je en avance? En retard? Oh non! Ce serait pire que tout! J'entends le claquement singulier des bottes sur le pavé. Quelqu'un vient! Un soldat surement! Chouette, je vais pouvoir lui demander!

B... bonjour. Je J... Jeska Kamahlsson. Je suis là pour... pour intégrer la Marine, suis-je au bon endroit? bégayé-je.
Bonjour, mademoiselle, je suis le le première classe Ricky Martin. Je suis navré de vous le dire, mais les inscriptions n'ouvrent qu'à quatorze heures. Et il n'est que dix heures du matin! Vous voulez que je vous escorte à l'intérieur? Vous serez plus à l'aise pour patienter. répond l'homme.
Oh, merci, ce serait adorable. me réjouis-je.

L’homme sent l’orange amère et la réglisse, il me guide en me tenant doucement par le bras. Ouh là là, je suis si excitée. Allez, Jeska! T'es une grande fille maintenant! Tu ne dois pas te laisser déstabiliser par si peu! Encore une fois, il faut que je calme mon émoi, moi. Mais il est si gentil et si prévenant. Un bon soldat, prêt à aider la populace. Je me souviendrai toujours de son petit nom. Quoi? On y est déjà. Je le remercie, et j'essaie de lui faire un joli sourire. J'espère qu'il apprécie. Il parait qu'on peut lire ce genre de choses sur un visage. Encore une chose hors de ma portée. D'ailleurs, j'espère qu'on ne m'embêtera pas trop à cause de mon handicap. Ce genre de brimades, j'en ai déjà assez soupé à l'orphelinat.

Je suis dans une grande salle. Et surtout, je ne suis pas la seule. Il y a tant d'odeurs et tellement de bruit. Je n'ai pas l'habitude d'avoir autant de monde autour de moi. Je ne me sens pas très bien. Je sens mon cœur accélérer. Du calme. Du calme. Du calme! Je me sens défaillir. Il me faut une chaise, d'urgence! Non… ça va… finalement, ça va. Je réussis à tituber vers un coin plus tranquille. Pfiou! Faut que je m'habitue à avoir foule autour de moi. Pas facile, mais c'est la rançon de ma gloire future! Ah… si Artorius me voyait… serait-il fier? Je l'espère.

Cette salle est immense! Hormis le réfectoire de l'orphelinat, je n'avais jamais mis les pieds dans une pièce aussi vaste! Il y a même de l'écho! Wahou! Et il y a tellement de monde. Je ne sais plus où donner de la tête. Ça parle de tous les cotés et ça me perturbe un brin. Mais d'un autre coté…. avec tout ces gens, il va bien en avoir un qui va m'adresser la parole. Je pourrais aussi initier la conversation, mais je suis trop timide. Je préfère largement attendre que quelqu'un vienne discuter avec moi.

Hé bien… personne ne m'a causé. Même lorsqu'un soldat est venu apporter des sandwiches pour le midi. J'ai l'impression de faire tapisserie. C'est horrible!  Mais je connais personne moi! Comment diantre pourrais-je aborder tous ces gens qui se connaissent sans avoir l'air ridicule? Argh! Je me prends déjà la tête avec des trucs débiles! En plus, on est de plus en plus nombreux dans la salle. Et, moi, je n'arrive à m'approcher de personne.

J'ai une super idée, je vais essayer de me rapprocher d'une personne seule! Comme ça, cette personne sera aussi ravie de me voir que moi d'être avec elle. Ouais, c'est un plan du tonnerre!  Et si cette personne pouvait être timide comme moi, ce serait encore mieux! Oui, elle me sera sans doute reconnaissante de l'avoir approchée, alors qu'elle, elle n'osait pas! Franchement, je suis géniale!

Seulement, trouver une âme solitaire avec autant de gens autour de moi pour brouiller mes sens, c'est loin d'être aussi évident que je le croyais. Du coup, les quatorze heures sonnent, et je n'ai abordé personne. Tant pis. J'entends des soldats rentrer, ils portent quelque chose. Au raclement contre le sol alors qu'ils les disposent, je pense bien qu'il s'agit de tables et de chaises. On commence déjà les cours?

Non, ce n'est pas ça, on nous fait nous tasser au fond de la pièce tandis que les soldats finissent de tout mettre en place. C'est alors qu'un type se met à nous causer.

Bonjour, je suis le Colonel Farlane, et je suis l'officier le plus gradé ici. Mais avant tout… Bienvenue au test d'entrée dans l'académie de la Marine. Vous allez commencer par l'épreuve écrite. Comme vous pouvez le voir, nous avons disposé ici des tables et dessus, il y a des questionnaires. Ils sont retournés pour le moment. Allez tous vous choisir une place, et nous commencerons.

Tout le monde se place et moi, je reste là, plantée comme une cruche. Une épreuve écrite. De toutes les crasses que le Seigneur pouvait me faire, celle-là tenait le pompon! Comment pourrais-je intégrer la Marine maintenant? C'était fini. Mon rêve était tué dans l’œuf… C'est alors que la voix du Colonel se fait à nouveau entendre.

Mademoiselle, si vous voulez bien vous asseoir, on attend que vous pour commencer l'épreuve.

Nom d’une biscotte! Je me fais déjà remarquer. Et pas en bien en plus ! Je sens mon sang empourprer mon visage, je plie les bras devant moi et replie mes ailes comme pour essayer de prendre le moins de place possible. Je baisse la tête et j’essaie de parler mais aucun son ne sort de ma bouche. Trop impressionnée et trop honteuse, je suis comme paralysée. J’entends alors les murmures des autres futurs aspirants et ça finit de me pétrifier. Puis tout d’un coup, le gradé se racle la gorge et le silence se fait.

Il y a un problème, mademoiselle?

Sa voix chaude, enveloppante et rassurante est comme un baume qui apaise mes craintes. Je prends une grande inspiration et j’arrive enfin à m’exprimer.

Désolée, mais je suis aveugle et… je ne peux participer à l'épreuve.

Je n'ai pas parlé assez fort. Il me demande de répéter. J’entends les rires et les gloussements, et je suis horriblement gênée. Cependant, j'obéis en montant le volume. Apparemment, ce n'est pas un aussi grand problème que je le pensais. Un soldat m'escorte dans un endroit à part pour me faire passer l'écrit à l'oral. Et voilà. Je m'étais fait une montagne de pas grand chose! Bon, je me suis fait remarquer dès mes débuts, mais au moins, j'ai toujours une chance de vivre mon rêve.

En fait, je passe mon examen dehors avec une personne que j'ai déjà rencontrée. Ricky Martin me pose les questions et moi, j'y réponds. Il n'y a rien de bien compliqué. Pas mal de culture générale, et quelques colles sur l'organisation de la Marine. Bref, de la gnognotte pour moi. Je pense avoir cartonné! Une fois le test fini, le soldat me guide vers une grande cour intérieure. Petit à petit je suis rejointe par ceux qui ont bouclé l'épreuve écrite. Enfin, tout le monde est là. Et le Colonel de nous présenter l'épreuve suivante.

Comme vous pouvez le voir. On va à présent évaluer vos capacités physiques. Vous allez devoir traverser ce parcours du combattant le plus vite possible. Vous serez appelés par ordre alphabétique. Donnez le meilleur de vous-mêmes, aspirants!

Un "oui" franc et massif fut crié en cœur par l'ensemble des recrues. Et le second test commença. Cette fois-ci, je n'ai pas à le demander, le première classe Ricky Martin assure spontanément le rôle du chien d'aveugle. Il me décrit les obstacles. Et par où je dois passer. Il y a un peu de tout. De la course, du saut, de l'escalade, on doit même ramper sous des barbelés où j'y laisse quelques plumes, littéralement! Je me donne à fond. Je me suis bien entrainée à l'orphelinat. Certes, ce n'est pas aussi intense qu'ici. Mais j'ai clairement l'impression que tous mes efforts portent enfin leurs fruits. Allez, je suis presque au bout. Un petit sprint pour finir en beauté et…

Oui! J'ai plié cette épreuve! Je suis à bout de souffle et je suis couverte de crasse et de sueur, mais je suis ravie car je pense encore avoir cartonné. Ricky m'annonce mon chrono. Il a l'air surpris. Apparemment j’aurais fait un super temps. Ça flatte mon égo, du coup, je me permets de demander.

Avec un temps pareil, je dois être première, non?

Non, vous êtes deuxième, Mademoiselle Kamahlsson.

Pas le temps d'être surprise que le chef connaisse déjà mon nom. Je ne suis que seconde. Bon sang, qui est le premier, m'interroge-je à haut voix.

Hé, c’est moi. fit une voix derrière moi. Je suis, Diego! Tu as fait un beau parcours! poursuit-il avec un drôle d’accent hispanique.

Ce type, hormis son langage étrange, il ne sentait pas la sueur, juste des odeurs océaniques que je n’arrive pas à déterminer avec précision.  Le mec, il avait passé l'épreuve sans se fouler. C'était impossible. Enfin inenvisageable pour moi serait plus juste. Je ne sais pas quoi dire à un homme pareil. Ce gars, c'est une brute. Je ne pensais pas qu'il puisse exister de telles forces de la nature! Et encore, je n'avais pas encore foulé Grand Line. Mais vraiment, la présence de types de ce niveau était plus que stimulante.

Brièvement, j'échange un peu avec Diego. C'est un homme-poisson. Et il serait dix fois plus fort qu'un humain normal. Le petit tricheur, voilà pourquoi il me bat! On fait rapidement connaissance. On a les mêmes idéaux. Super! Et puis… je discute avec quelqu'un et je semble bien partie pour m'en faire un ami! Dès le premier jour! C'est super!

Et puis, les derniers participants achèvent le parcours et on m'oriente avec quelques autres filles vers les quartiers réservés aux femmes pour qu'on puisse se doucher. Les hommes, quant à eux, ont leurs propres baraquements séparés. Apparemment, il faut faire vite, car les résultats ne tarderont pas à tomber. J'ai trop hâte!

Les douches communes, c'est vraiment très étrange pour moi. Je n'ai pas l'habitude. Pas l'habitude de partager mon intimité avec d'autres filles. C'est gênant. Je me sens toute nue. Enfin, non, ça je le suis déjà. Seulement, j'éprouve un sentiment de vulnérabilité assez inexplicable. Et encore, je devrais m'estimer heureuse de ne pas avoir eu à me laver dans des bains mixtes. Il parait que c'est le cas sur East Blue. J'en frémis malgré la douce caresse de l'eau chaude sur mon corps. Le temps nous est compté, ce qui est gênant pour moi car si j'arrive à me laver relativement vite, dès que j'ai les plumes mouillées, je mets trois plombes à éponger l’eau. Malheureusement, je n'ai pas le luxe de me sécher les ailes comme il faut.

Propres, on nous fait mettre en rangs bien ordonnés. Je suis terriblement nerveuse. Je tremble comme une feuille. Pourtant, je mettrai ma main à couper que j'ai cartonné aux examens. Mais bon, vu que je suis déjà aveugle, je ne vais pas me rajouter le handicap d'être manchot. Ou manchotte. Je ne sais pas comment on dit. Nom d'une biscotte! Je suis si nerveuse. Je n'ose imaginer repartir d'ici dès à présent. Retourner à l'orphelinat et faire une croix sur mes rêves. Faire serveuse pour vivre. Non, c'est trop horrible! Ce n’est pas la vie que je veux mener! Et voilà le Colonel Farlane qui commence à annoncer des noms. Je ne suis pas dans le lot. Que diable cela veut-il dire? Que je ne suis pas reçue, que je ne suis pas assez bonne pour faire partie de la Marine? Non. Non. Non.

Ceux dont j'ai appelé le nom. Vous pouvez partir. Les autres. Vous êtes reçus, bravo!

Ouah! Quel soulagement! J'ai cru que mon cœur s'était arrêté de battre quelques instants. Je suis reçue! Oui! Enfin! Il me faut quand même quelques instants pour réaliser. Reprendre mon souffle, mon calme et mes esprits, quelque soit l'ordre, il fallait que je récupère les trois. Quelle retombée de tension! Puis j'entends un tonnerre d’applaudissement qui nous tombe dessus comme une mousson. Quoi? Que se passe-t-il? Je m'interroge à voix haute et un homme à coté de moi me décrit la scène. Tous les soldats de la base sont là et nous applaudissent. C'est très émouvant. Puis le bruit se dissipe, et le chef reprend la parole.

Bienvenue dans la grande famille qu'est la Marine. Aujourd'hui, je suis fier d'avoir devant moi l'avenir de notre corps d'armée. La mission qui incombe à moi et à mes hommes est de faire de vous de bons soldats. Pour ce faire, nous allons vous répartir en différents groupes en fonction de vos qualités. Ce sera comme votre deuxième famille pour les six ans à venir. Ne pensez même pas pouvoir en changer en cours de route. Je vais maintenant annoncer les groupes.

Et je l'entends sortir des noms. Les groupes vont de la lettre A à I. Le premier nommé de chaque groupe en est le chef. Et moi, je suis la chef du groupe I! Incroyable, à peine dans l'académie et déjà on me confie des responsabilités! Ho là là! C'était le début d'une incroyable carrière! Tous les groupes sont constitués de dix recrues, sauf le mien. Super, j'aurai moins de gens à gérer! Ce sera donc plus facile! Vraiment, s'il y avait un Dieu là-haut, il devait m'avoir à la bonne! Alors qui était avec moi? Diego Lamprey? Le même mec qui m'avait battue au parcours d'obstacle sans suer goutte? J'aurais pensé qu'un mec comme lui aurait du être chef d'équipe. Enfin, on me colle une autre fille. Hephillia, elle n'a pas de nom de famille? Je m'en fiche un peu. Et puis, je troue qu'elle sent bon. C'est un point plus que positif. On m'affecte aussi trois autres types. Gaston Labévue, Wolgang Krauzer, et Hakim El Kebir.

Bonjour, les gars, je suis Jeska Kamahlsson, enchantée! entonné-je joyeusement.
Moi je suis Diego Lamprey! chante la voix de l'homme-poisson.
Je m'appelle Hephillia V... mais je préfère qu'on m'appelle Héfy! minaude-t-elle.
Oups, désolé, Gaston Labévue, heureux de faire votre connaissance.
M-m-moi c-c-c'est Wolg-g-g-ang Kr-r-rauzer.
"Hakim, du désert."

Hé! C'est quoi cette équipe de bras cassés qu'on m'a refilé? Hormis Diego et Héfy, les autres on l'air de sacrés cas… finalement, je crois que Dieu, s'il existe, a un bien étrange sens de l'humour.

Je suis enfin dans la Marine! J’ai même le commandement de mon unité. .Alors oui, je suis un peu le phénomène de foire de la promotion, moi, l’ange aux ailes noires, aveugle qui plus est. J’ai le droit à tout plein de questions dont certaines franchement indiscrètes ! Mais je ne suis pas la seule personne originale de mon équipe. En premier il y a Diego. Un homme-lamproie. C'est une sous-variété d'homme-poisson particulièrement moche. Mais ça, c'est ce qu'on me dit. Oui, je suis toujours non-voyante, mais pas sourde. Enfin. Apparemment, il viendrait de sous l'océan, et sa force est dix fois supérieure à celle d'un homme. Normal qu'il soit meilleur que moi au parcours d'obstacles. Il est avantagé par la Nature. C'est injuste, mais c'est comme ça. Et puis, il parle avec un drôle d'accent! Il faudra bien que je m'y fasse, ou que je m'entraine. Oui, je vais m'exercer comme une dingue. Et je dépasserai ce type, oui!

La seconde, c'est Héphillia. Elle attire les regards comme un aimant. On m'a dit qu'elle était vraiment très très belle. Je dois bien m'avouer un peu jalouse. Moi, on ne me fait jamais de compliments sur mon physique. On doit se dire qu'en tant qu'aveugle, je m'en fiche. C'est un peu vrai. Mais… je n'en reste pas moins une femme! Et surtout, j'aime bien qu'on me flatte. Ou plutôt, j'aimerais bien qu'on me flatte de temps en temps. Mais bon, comme je ne suis pas toujours à l'aise en société, c'est bien qu'une fille comme elle soit avec moi. Elle draine l'attention, même en ce qui me concerne, elle reste la nana qui sent la rose et qui a une voix douce. Mais, il y a un truc étrange chez elle. Elle n'a pas de nom. Enfin, je dirais plutôt qu'elle refuse de nous le dire. Et je ne vois pas ce que ça cache. J'ai bien quelques idées, mais c'est assez farfelu, alors je m'abstiens de le lui dire! Parce que je suis certaine qu'elle est la fille soit d'un pirate très connu, du coup elle a honte. Soit d'un haut gradé de la Marine et elle dissimule son identité pour ne pas avoir de passe-droits.

Ensuite il y a Gaston Labévue. Ce type est une catastrophe ambulante. Je n'ai jamais vu de type aussi maladroit de toute ma vie. Et je suis aveugle, oui! Mais c'est une façon de parler. Je ne vais pas m'interdire le mot "visiblement" pour vous, hein? Bon, pardon. Mais hormis ça, c'est un garçon très gentil, aux bonnes capacités physiques. Et puis, il est drôle. Vraiment, hormis son coté gaffeur horriblement horripilant, c'est un super compagnon.

Le suivant c'est Wolgang Krauser. Avec son physique d'armoire à glace, on a du mal à croire qu'il soit bègue. Héfy m'a dit qu'il était à tomber. Mais moi, vous savez, la beauté des gens, ça ne fait ni chaud ni froid. Enfin, c'est dur de le prendre au sérieux dès qu'il cause. On essaie de ne pas rire lorsque ses mots se bousculent au portillon, car on sait que ça le blesse, mais ce n'est pas facile. Enfin, pour lui, ça doit être cocasse de me voir tâtonner partout avec ma canne blanche ou mes mains. En fait, je suis super mal placée pour rire d'un autre handicapé.

Même comme Hakim. Son souci à lui, c'est qu'il n'est pas câblé comme nous. Haut Potentiel Intellectuel que l'on dit. Moi, je pense juste qu'il ne communique pas sur le même canal. Des fois, un truc anodin pour nous provoque chez lui une réaction démesurée. Et inversement. Je fais des efforts pour me mettre à sa portée car il a un super bon fond. Mais peu se donnent la peine de s'en apercevoir. Alors oui, il en rebute certains car il a toute la panoplie du débile, mais ce n'est pas le cas, c’est juste qu’il parle mieux aux machines qu’aux humains. Il n’est pas plus idiot qu’un autre, après tout, il a passé l'examen d'entrée! C'est juste qu'il n'arrive pas à se gérer tout seul. Je me souviens encore de la première fois qu'on a dû l'habiller… épique!

A croire qu’ils ont mis tous les soldats un peu particuliers dans la même équipe!

]Après avoir passé l'après-midi avec l'équipe, je prends un peu de temps pour aller faire un tour et visiter la base. L'endroit est grand, bien plus grand que l'orphelinat dans lequel j'ai grandi. Et il y a un monde fou! Ça grouille littéralement! Nous, les bleus, on est encore libre jusqu'à demain. Alors, moi, j'en profite à fond. Avant que les choses sérieuses ne commencent. En tant que cheftaine je passe à la laverie pour chercher les uniformes de toute ma bande. Je les retrouve comme on avait convenu au réfectoire. Je leur distribue leurs tuniques et on dîne. On est tous très impatients de commencer. Moi la première! J'ai tellement attendu ce moment! Bon sang, je suis si excitée que je dois aller aux toilettes! Oh là là! Il faut sérieusement que je me calme. En tant que leader je dois me montrer à la hauteur! Allez!

Le repas du soir n'était pas la meilleure chose que j'ai mangé, mais au moins, j'étais repue. Avec Héfy, on se dirige vers le dortoir des filles et les garçons partent de leur coté. Je leur conseille de ne pas veiller tard car demain ce sera certainement une rude journée. Quant à moi, je suis tellement nerveuse que je ne trouve pas le sommeil. J'ai énormément de mal à rester en place dans les draps. Bon sang, demain, je serai officiellement une aspirante! J'ai tellement hâte! Ah… si mon mentor Artorius me voyait, serait-il fier? Je l'espère de tout mon cœur! Et puis, finalement, Morphée me fauche, me faisant sombrer dans un sommeil…

Trop court!

J'ai l'impression d'avoir à peine fermé les yeux qu'un sinistre abruti se met à jouer du clairon. Un autre beugle dans les couloirs!

Debout la bleusaille! Il est deux heures du matin, la journée commence! Allez, je vous veux tous sur le pont dans trente minutes! hurle un soldat.
Nnnnnn, il déconne là, non? grogne ma copine.
Je crains que non, Héfy. Allez, enfile ta tenue, on n'a pas beaucoup de temps.

Je me mets en tenue aussi vite que faire se peut. J'entends ma camarade maugréer. Et ce n'est pas la seule. Les autres filles râlent et pestent contre cette façon de faire. Moi, je m'en fiche. Je suis tellement contente d'être là! Dans la cour, au milieu de mon équipe, je dois bien être la seule à être ravie. J’arbore un sourire déterminé et les autres me traitent de malade. Mes gars ne semblent pas bien comprendre ce que j'ai traversé pour être là. Les petits boulots pour récolter l'argent du voyage. Mes entrainements pour être physiquement au top. J'avais dédiée ma vie à ce moment, et là, je profite de chaque seconde.

Je déchante vite quand ils nous font partir au pas de course, un paquetage sur le dos. Ils ont mit quoi là dedans? Sérieusement? C'est lourd. Mais bon, je cours quand même. J'ai mes gars avec moi, et les autres semblent avoir fait de même. On se regroupe dans l'adversité. Comme si le fait d'être ensemble pouvait aider. Le vent frais cingle sur ma peau, m'assurant de rester éveillée. J'entends mes compagnons peiner. Sauf Diego, mais lui, c'est une force de la nature. Au bout d'une heure, Héfy flanche. Elle est essoufflée. Je me doutais qu'elle était de constitution fragile, mais à ce point.

Héfy, tu peux continuer? demandé-je.
Non...
Je ne sais pas encore combien de temps ils vont nous faire courir, alors, passe ton sac. ordonné-je.
Mais tu vas devoir porter le double! couine-t-elle.
T'inquiètes.

Je ne lui demande pas son avis. Je lui prends son paquetage avant que le sergent instructeur que j'entends approcher arrive et ne nous enguirlande. La bande repart. Mais cette fois, c'est moi qui peine, porter le double de la charge, c'est rude! Même pour moi qui jouit d'une bonne condition physique. Ma respiration se fait plus rapide, je sue abondamment, et surtout, ma foulée ralentit. C'est alors que je sens une main sur mon épaule.

C'est Wolfgang. Il me prend le sac avant même que j'aie le temps de protester. Sans mot dire une chaine se met en place. On se passe tous le sac à intervalles réguliers et on cale notre course sur celle d'Héphillia. Je suis si fière de ma troupe. Car c'est là qu'on touche la vraie essence de la Marine : la force de la solidarité. Quelques soient nos compétences individuelles, en groupe, on est plus fort. Bien plus que la somme arithmétique de chacun des membres. Au final, je perds un peu la notion du temps. Puis soudain, on ralentit. Je ne comprends pas encore pourquoi.

Allez, les bleus, soufflez, il est sept heures, c'est l'heure du petit déjeuner. Ouvrez vos sacs. Y'a vos rations dedans.

Je ne me fais pas prier. Et les autres ne se le font pas dire une seconde fois. En moins de temps qu'il ne  faut pour dire Alabasta, on était tous assis en train de manger. C'est des barres de pâtes de fruits. Ce n’est pas super bon, et hyper sucré. Eew … je n'aime pas ça, mais c'est énergétique. On a à peine eu le temps de souffler une demi-heure que déjà, on repart. Bon sang, c'est à croire qu'ils veulent nous vider! Mais cette fois-ci, il n'y a pas que de la course. On a un peu d'escalade et de natation. Avec mon paquetage sur le dos, je souffre. Mais ça va encore. Et c'est pareil pour mes amis. J'entends leur souffle peiner. Je sais qu'ils galèrent comme moi. La pause de midi, je suis heureuse de la voir arriver. Enfin, pas littéralement, je suis aveugle. Quelques snacks trop sucrés et on repart.

L'après-midi est rude, le soleil me cuit la nuque et je commence à avoir des points de côté. Quelques temps plus tard, je ne cours plus, je marche. Comme tous mes camarades, excepté Diego. Il semble à peine fatigué. Le bougre, c'est presque énervant de savoir que nous on en peut plus et que lui, il en a encore sous la semelle. Finalement, il se fait cinq heures de l'après midi, et le calvaire cesse enfin. Je crois que leur but était de nous épuiser pour mieux nous mater. En effet, je percute que les soldats on fait le même parcours que nous et ils sont à peine plus fatigués que l'homme-poisson. Oui, on sera de vrais soldats quand on pourra encaisser cette dose d'efforts sans broncher et j'en étais encore loin.

Alors que je savoure une bonne douche chaude en compagnie des autres filles, une pensée décourageante me mine l'esprit. Je pensais un peu naïvement que le plus dur serait d'intégrer l'académie. Mais, je dois bien me rendre compte que ce n'est pas aussi simple que je l'avais cru. Je vais devoir mettre les bouchées doubles. Cette première journée ne m'avait pas démoralisée. Contrairement à mes camarades de salle de bains. Moi, je me sens stimulée comme jamais. Il y a un défi! Un objectif à atteindre! Et je serai à la hauteur!

Et ce soir, je ne me couche pas en pyjama, mais en uniforme, on ne sait jamais!

La vie à l'académie est très routinière. On nous apprend plein de choses. Le maniement des armes. L'entretien de ces dernières. Les règles de base de la survie en terrain hostile. Mais surtout, on nous entraine. Course, pompes, escalade, nage. Rien ne nous est épargné. Mais étrangement, les choses sont bien dosées. Même une fille comme Héfy qui est faible de nature arrive au bout des exercices. Et même moi, je sens que je progresse. Certes, Wolfgang est toujours bègue et Gaston toujours aussi maladroit, mais je "vois" qu'ils s'améliorent. Tous, on devient plus endurants, plus forts, plus habiles aussi. Même dans l'art du combat. Seulement, moi, j'ai un blocage. Je n'arrive pas à me battre contre des gens que je considère comme des amis. Alors mes camarades me chambrent. Ça m'énerve un peu, mais je ne cherche pas à devenir plus forte pour blesser mes amis.

Enfin, voilà, ça fait deux mois qu'on est à l'Académie. Et Novembre pointe le bout de son nez. Amenant avec lui fraîcheur et pluie. Mais qu'il pleuve, qu'il vente où qu'il neige, je m'entraine avec la même volonté. Celle de dépasser un jour Diego. Je monte et démonte un fusil en un temps record. Malheureusement, pour le tir ce n'est pas vraiment ça. J'en suis à peine surprise. Mettre des balles dans une cible en carton que je ne peux voir, forcement… je n'y arrive pas. Je sais que je ne devrais pas mais ça me frustre énormément. Au moins autant que le train-train quotidien. Nom d'une biscotte! Je ne m’attendais pas à ce que ma vie soit si… ennuyeuse. Non, c'est un peu dur de dire ça. Monotone. Oui, ce serait plus juste.

Alors le jour où l'on me convoque avec les autres chefs d'équipe, je sens que quelque chose va arriver. Et là, je jubile. En tant que jeune recrues, on va passer nos week-ends à faire des rondes pour rassurer les habitants des villages environnants. C'est super. On va enfin faire quelque chose! Servir les gens! Certes, ce n’est pas très glorieux, mais c'est une super opportunité de mettre en pratique ce qu'on a appris lors des entrainements et surtout, de se mettre en valeur. Oui, je sais, je suis ambitieuse. Mais je rêve d'accomplir de grandes choses, moi. Passer ma vie à m'entrainer juste pour être prête au cas où, ça ne me motive pas. Mais alors, pas du tout. Une fois la réunion finie, je file comme une balle prévenir les autres.

J'arrive au réfectoire et je leur annonce la nouvelle. On va patrouiller tout le weekend autour d'un village qui s'appelle Nibelheim. Ils me sentent toute excitée, mais ne partagent pas mon enthousiasme. Seulement moi, je ne tiens plus en place. On part avec trois tentes, un paquetage qui comprend de quoi manger pour les deux jours du weekend et des armes. Le but étant de ne pas avoir à s'en servir. Mais la vue de soldats armés rassure les gens des campagnes et dissuade les brigands. Et moi, je trouve ça génial d'accomplir une mission d'intérêt public. Seulement, ils ont du mal à cacher leur joie. Mais bon c'est un ordre!

Le samedi matin, on part tôt avec la bande. On marche quelques temps en suivant un sentier. Dieux que j'aime cette odeur de terre et de feuilles. Il y a même une fragrance un peu musquée qui m'indique qu'on ne doit pas être loin d'un terrier de renard. Alors que personne ne voulait faire cette ronde, je réalise que l'ambiance est excellente. En fait, on prend tous ça comme une ballade dans les bois. Et je dois bien admettre que ça y ressemble beaucoup. Comme d'habitude, on se relaie pour porter le sac d'Héphillia. Dès que Hakim m'annonce les huit heures, on s'arrête et on prend un bon petit déjeuner près d'un petit ruisseau. Vraiment, je me crois plus en randonnée qu'en train de maintenir l'ordre du monde. Mais ça ne me plais pas vraiment. Je réalise cependant que cette situation convient parfaitement aux autres. Alors je me tais. Après tout, que pourrait-il bien nous arriver ici?

On reprend notre route paisiblement et on avance à bon rythme tout en continuant à discuter de choses et d'autres. Puis soudain, on débouche sur une plaine. Il y a des champs et des pâturages. Gaston me dit qu'il y a un village au loin. Parfait, on va y faire un tour, pour se présenter aux gens du coin. Encore une bonne paire d’heures de marche et nous y voilà. Et là, on se fait littéralement sauter dessus par des paysans affolés!

Des soldats! Dieu merci! Il faut que vous nous aidiez! Un ogre nous a attaqué cette nuit! s'écrie un homme paniqué.

Je ne sais pas quoi leur dire. Je n'ose pas dire que nous somme qu'aspirants. Ils ont l'air tellement en détresse. Je ne peux pas rester comme ça alors que ces gens sont en plein désarroi. Minute, ils ont bien dit un ogre? Du coup, je suis un peu moins enthousiaste. Ma voix essaie de ne pas trembler.

Bonjour! On va enquêter et vous débarrasser de cette créature. Vous voulez bien nous montrer les lieu de l’agression?

Les paysans nous guident dans un champ. Une clôture a été défoncée et une vache qui manquerait à l’appel. Devant l’absence de preuves, je me dis qu'ils essaient d'attirer l'attention sur eux. Je m'approche de la palissade en miette. Oh, un trou. Je saute dedans. Quelle idée de mettre un fossé ici. Puis soudain, j'entends Héfy crier.

Héphy ça va?
Jes, tu ... tu es dans l'empreinte du pied du monstre!

Non, ce n'est pas possible! Je pourrais m'allonger en entier dedans que je ne toucherais pas les bords! Dans quel guêpier suis-je allée me fourrer?

Je ne suis absolument pas rassurée. Les villageois me pressent de faire quelque chose. Mais quoi? Que puis-je faire dans cette situation? La chose est énorme. Et elle mange une vache par jour! Bon sang! Il faut que je me décide! Nom d'une biscotte, je sens les regards inquiets de mes compagnons posés sur moi et ceux des paysans aussi. Je réfléchis aussi vite que je peux. Je suis dans une empreinte de pas et … eurêka! C'est évident!

Dites, il n'y aurait pas d'autres traces de pas?
Ouais, y'en a une autre là bas!

Mes compagnons comprennent ce que je veux faire. Et ainsi, on suit la piste de l'ogre jusque dans un bois. Je demande aux locaux de ne pas nous suivre. Déjà que je ne suis pas sûre qu'on puisse vaincre pareille créature à nous six qui avons un peu d'entrainement, je me dis que de rajouter des paysans avec des fourches ne ferait que rallonger la liste des victimes. Dans la forêt, mes amis me disent que la chose a brisé pas mal de branches sur son passage. Du coup, ils me soutiennent que la bête ferait plus de six mètres, et ça ne me rassure guère. Finalement, on arrive à flanc d'une grosse colline. Et la piste s'arrête net devant une grosse pierre. J'essaie de faire bouger le rocher, mais… c'est peine perdue. J'ai une petite satisfaction en constatant que même Diego et sa force d'homme poisson n’y arrivent pas. Bon, on a trouvé la tanière de l'ogre. Mais on ne va pas camper devant non plus. Je décide donc qu'on va monter un camp dans les champs pour protéger le bétail des paysans.

On retourne au village pour demander si les locaux sont d'accord pour qu'on plante la tente dans leurs champs. Visiblement, ça leur fait très plaisir. Ils nous invitent même à diner. Ce serait malpoli de refuser. Alors j'accepte. C'est vraiment de bonnes gens. Ils nous fêtent comme des héros alors qu'on n'a encore rien fait. Je me sens gênée. Mais ce n'est pas le cas de tout le monde. Wolgang et Gaston semblent bien s'amuser tandis que Diego éveille la curiosité de part son physique hors-normes. Héfy se fait draguer par des jeunes alors qu’Hakim fait tapisserie. Moi, je décline poliment les verres de vin qu'on n'arrête pas de m'offrir. Mine de rien on est en mission, je ne peux pas me permettre d'être ivre. Et puis je suis mineure! Mais… mes compagnons n'ont pas mes scrupules. Le génie dort déjà à moitié sur la table. Je crois qu'il ne supporte pas l'alcool. La fête s'éternise. On aurait dû regagner nos tentes depuis longtemps. Il se fait presque onze heures du soir et nos charmants hôtes ne nous lâchent pas.

Puis, soudain, je sens le sol trembler. Mais… personne ne bronche. Ils ne le sentent pas. Mais moi si. Encore une fois. Je me fige. J'ai peur. Je ne sais pas à quelle distance se situe la menace, mais la façon dont le sol tremble sous ses pas secoue tout mon être. Je me dépêche de réveiller Hakim. Puis je fonce vers mes autres camarades. Mais aucun n'est en état. Hormis Diego, ils sont tous trop saouls pour combattre. Mais je les traine tous dehors avec des torches. On va essayer d'effrayer cette chose. Je n'y crois guère, mais on ne peut pas se dégonfler devant ces gens qui nous ont accueillis avec tant de chaleur. Plus on s'approche, plus les pas de l'ogre font trembler le sol. Et plus j'ai du mal à me tenir sur mes deux jambes. On arrive, je sens son odeur. Et la quantité d'air qu'il déplace aussi. Je suis effrayée, mais je me force à aller de l'avant alors que chacun de mes neurones me hurle de fuir. Fuir, c'est bon pour les robinets, pensais-je. Alors je fonce pensant que la Justice serait mon bouclier.  

La chose nous a vu venir avec nos torches. Il hurle si fort que je sens son haleine putride me soulever l'estomac et mes cheveux aussi. Son souffle est tel une bourrasque. Je suis encore debout mais je tremble. Mon corps ne répond plus. Il est comme gelé. J'ai plus que peur. Je suis terrorisée. Les ogres mangent le bétail et les gens. Et là, c'est comme si on était un open bar pour lui. Il pouvait picorer qui il voulait. Je sens que mes amis ne bougent plus. Sauf Diego. Dans les profondeurs, il a du en voir des créatures immenses. Moi, je sens le sol qui tremble. Il s'approche de moi. Il va me manger. Je… je… j'ai tellement peur que je suis en train de me faire dessus. Si je n'étais pas dans un tel état de panique, je serais morte de honte.

Mais ce n'est pas moi qu'il prend. Il enlève Héphillia et tourne les talons. Diego se jette sur lui. Mais il est balayé comme si ce n'était qu'une mouche. Moi, je reste pétrifiée, impuissante, inutile. J'ai envie de faire quelque chose, quoi que ce soit, mais je n'y arrive pas. Un monstre enlève mon amie, éclate un de mes hommes et moi je reste plantée là. Je me hais! Je me hais! Dieu que je me hais! Moi et ma faiblesse! Je tombe. Comme une marionnette dont on aurait coupé les fils. Et je chiale. Puis… je réalise que je ne peux pas rester comme ça. Faible et en pleurs. D'un revers du bras, je sèche ces yeux qui refusent de voir, mais pas de pleurer. Et je me relève. Je me précipite aux coté de Diego.

Diego! Rien de cassé? m'enquiers-je.
Je crois qu’à part mon bras, tout va bien!

Je suis soulagée. Au moins, il n'est pas mort. Il faut que je me ressaisisse. Donner des ordres, brefs et rapides. Ne pas laisser le doute emporter mes gars.

Hakim, va me chercher mon paquetage. Gaston, une trousse de soins et donne les premiers soins à Diego. Wolf', va au village et assure-toi que personne ne sorte. Diego, tu restes avec moi, et tu ne bouges pas.

Chacun part accomplir sa mission. Quant à moi, je m'approche de l'homme-poisson.

Diego, dès que Gaston t'as soigné, tu retourne à la base aussi vite que tu peux. Il faut prévenir les Colonel. On n'est pas de taille à affronter cette chose. Je sais que tu veux aider. Mais tu es blessé. Ici, tu ne servirais à rien. Et tu es le plus rapide d'entre nous. Alors c'est sur toi que je compte pour aller nous chercher de l'aide. Tu peux le faire?

Il hoche la tête. Il a compris pourquoi je l'éloignais. Quelques minutes plus tard, Hakim et Gaston  reviennent. Et Diego se fait remettre sur pied. Et moi, je peux me changer. Puis, l'homme-poisson part. Il est notre dernière chance.

Bonjour, moi c'est Héphillia Von Huckbein. Ou Héfy pour les intimes. Je remplace Jeska pour quelques temps à la narration. J'espère que vous ne m'en voudrez pas trop.

Où en étions-nous? Ha oui, je me souviens, c'est cette fameuse nuit! Je viens donc de me faire enlever par un ogre. Et tout le monde sait ce que disent contes sur ces monstres. Ils mangent des enfants. Alors je crie à l'aide autant que je peux tandis que la créature me soulève et m’emmène loin de mes amis. J'ai peur. Très peur. Je m'agite, je gigote, je me contorsionne du mieux que je peux pour essayer de me soustraire à mon agresseur. Mais je n'y peux rien. Il ne me lâche pas. Je ne comprends pas d'ailleurs pourquoi il ne me mange pas de suite. Pourquoi il me prend avec lui? Pourquoi se donne-t-il tant de mal? Et surtout, vu sa force, pourquoi ne broie-t-il pas entre ses doigts? Mais j'ai trop peur pour réussir à répondre à ces questions, alors je ferme les yeux à m'en fendre les paupières et j'attends que ça se passe.

Pendant quelques instants, ne rien voir de ce qui se passe autour de moi me terrifie. Mais, d'un autre coté, j'entends mieux. Le souffle rauque du monstre. Le bruit de ses pas. Le craquement des branches. L'espace d'un instant, j'ai l'impression d'être Jeska et je suis admirative que cette fille arrive à vivre ainsi. Seulement, je n'ai pas trop l'envie de me préoccuper des autres pour le moment. Ce qui va m'arriver à moi m'occupe suffisamment l'esprit. Puis soudain, je sens qu'il me pose au sol. J'ai même l'impression qu'il fait ça délicatement. Je l'entends rouler l'immense rocher qui sert de porte à sa tanière. C'est l'occasion où jamais! Je me relève et je suis stupéfaite du spectacle qui s'offre à mes yeux. La cave a été aménagée. Il y a des torches qui brûlent sur les murs. Et il y a une vache qui cuit sur une broche au dessus d'un feu de bois en plein milieu! Au fond, j'entr'aperçois une couche de paille et de lichens.

Mais aucun endroit où se planquer!

Et là, je sais qu'il est derrière moi. Et qu'il va me manger! Je suis trop jolie pour mourir! Je fuis! Je contourne le feu central par la droite. Je me retourne et je le vois. Il est presque aussi grand que large. J'ai envie de crier, mais le son reste coincé dans ma gorge. Il se saisit de moi, et je suis sur le point de m'évanouir. Pourtant, il ne me croque pas. Il se contente de me poser délicatement sur sa couche. Il arrache un gros bout de viande et me le tend. Il ne veut donc pas me manger? Encore un peu secouée par l'émotion, je prends poliment la nourriture et je donne de petits coups de crocs dedans. L'ogre, quant à lui, s'est pris une jambe entière de la bête et y mords dedans goulument.

Je le regarde avaler des morceaux de barbaque gros comme ma jambe et je reste assez stupéfaite. Tout d'un coup, il réalise que je ne mange pas, et j'entends pour la première fois sa voix. C'est étrange, il parle fort et laisse trainer ses mots. Comme si ses phrases viennent du plus profond de son être.

Tu manges pas? me demande-t-il.
Désolée, je n'ai pas très faim. gémis-je.

J'ai un peu peur de lui encore, alors, pour ne pas le vexer, j’essaie de me montrer polie. Et puis, après le dîner qu'on a eu au village, je dois avouer que je ne puis rien avaler de plus.

C'est pas bon?
Mais si, c'est très bon, regardez, je mange!

Bon sang, qu'est-ce qui ne faut pas faire pour rester en vie!

C'est parce que d'habitude, je mange cru!
Ah bon? Il paraît que c'est très bon pour…. heu… les dents!
Oh oui, c'est vrai, j'ai de bonnes dents!

Et il me montre ses quenottes! Des crocs grands comme mes mollets! Je blêmis. Ressaisis-toi Héfy! Ou tu vas te faire bouffer!

Tu es pâle! Ça ne va pas? Tout à l'heure, tu t'es évanouie! J'ai eu peur de t'avoir fait du mal. Tu sais, tu me rappelles ma maman. Je suis un géant d'Erbaf. Je m'appelle Godfanone. Avec mes parents on devait explorer le monde, mais le bateau a coulé, et je me retrouve ici tout seul!
Et moi, je te rappelle ta mère?

Je pose la question sans voir la larme qui coule au coin de son œil gargantuesque.

Oui. Tu es aussi jolie qu'elle.

Je rougis. Et puis je réalise qu'il me compare à une géante d'Erbaf, et le compliment perd un peu de sa force. Je change d'ange d'attaque.

Tu es rudement grand pour ton âge, non?
Ho, non! Je n'ai que dix ans, pour mon âge, je ne suis pas très grand!

Que répondre à ça? Je ne suis pas experte en géants, moi! Un petit silence s'installe. Il le brise aussitôt.

C'est quoi ton petit nom?
Je me prénomme Héphillia.
C'est joli, on dirait un nom de princesse.

Il a beau être jeune, il est habile en flagorneries. Ou alors il est honnête. Oui, il a ce coté candide propre aux enfants. Ça le rend attachant, le bougre.

Mes amis m'appellent Héfy.
Et moi, je peux?
Bien sûr. Vu que tu ne m'as pas mangé. Tu es mon ami.

Hé...fy? A...mie?

Il en pleure de joie. Je souris. Et on discute ainsi jusqu'à ce que la fatigue nous emporte. J'ai même réussi à le convaincre que mes compagnons d'armes étaient gentils. Demain matin, il me libère. J'espère qu'ils n'ont pas ramené la cavalerie en mon absence.

Je n'arrive pas à dormir. Wolfgang, Gaston et Hakim non plus. Oui, c'est moi, Jeska. Je tiens à nouveau le fil narratif de cette histoire. J'ai envoyé Diego chercher de l'aide et maintenant, avec le reste du groupe, on a suivi la piste de l'ogre. Je me retrouve plantée devant un immense rocher. Je ne peux pas le bouger. Je n'arrive même pas à entendre ce qu'il se passe derrière. Je ne peux qu'attendre et me faire un sang d'encre tout en espérant que rien de grave ne soit arrivé. Rester positif. Pas pour moi, mais pour le reste du groupe. Je me doute qu'ils me scrutent à présent. Et chaque signe de faiblesse que je laisse transparaître leur mine le moral.

Alors je les occupe. Je leur fais couper un arbre pour avoir un gros levier et enfin bouger ce satané caillou. Mais même avec ça. Rien n'y fait. On s'est épuisé pour rien. Plus le temps passe et plus je me sens anéantie. Mon courage s’égrène au fur et à mesure que les secondes passent et que les chances de revoir Héfy s'amenuisent. Enfin, "voir" pour moi c'est un bien grand mot. Alors quand j'entends des bruits de bottent qui martèlent le sol, je ne peux que me réjouir. Les renforts arrivent! Enfin! J'avertis mes amis. Et la nouvelle leur gonfle le moral. On sait que ce n'est qu'éphémère, et qu'on risque certainement de tomber sur le cadavre de notre amie. Mais cette attente de mort est pire que la mort elle-même.

Alors quand la troupe s'approche, je suis plus que stupéfaite. Déjà, du nombre de renforts envoyés. J'ai l'impression qu'il y a beaucoup de soldats. Et surtout, j'en tombe presque sur le derrière lorsque j'entends la voix du Colonel Farlane. Instinctivement, je me mets au garde à vous.

Repos sol... aspirants. J'ai besoin d'un compte rendu de la situation, soyez brefs et précis. tonne la voix du Colonel Farlane.
L'ogre est à l'intérieur avec Héfy. Il a obstrué l'entrée avec ce rocher. Et on ne peut pas le déplacer. On ne sait pas ce qu'on va trouver à l’intérieur non plus. réponds-je.

Très bien, vous avez fait tout ce que vous pouviez, on prend le relais.

Je ne sais pas si il a dit ça ce façon sincère ou si il est fin psychologue, mais le fait qu'il me dise qu'on a fait le maximum m'enlève un poids. Celui des regrets. Je me sens soulagée. Je l'entends donner ses ordres et les hommes s'affairer. Alors, je vais vers ce qui reste de ma troupe. Et je réalise que Diego n'est pas revenu. Il doit être en train de se faire soigner à l'infirmerie de la base. Avec mes gars, on reste debout, les uns contre les autres. Soudés comme un bloc d'acier. Ils regardent les soldats sauver notre amie. Un jour, nous aussi, on sera comme eux. Mais pour le moment, je ne suis bonne qu'à pleurer. Je ne sais même pas pourquoi d'ailleurs. Et heureusement que mes amis sont là, sinon ça fait longtemps que je me serais effondrée. Toute la pression que je m'étais mise m'a été enlevée si brusquement que j'en perds presque mon équilibre.

Puis soudain, la terre tremble, le rocher bouge. Mais ce n'est pas l’œuvre des soldats. Il s'agit bien de l'ogre qui souhaite sortir. Le Colonel aboie quelques ordres et immédiatement, les hommes se mettent en rang, fusils pointés vers l'entrée de la grotte. Le sol tremble et ça me remue jusqu'aux tréfonds de mon âme. J'espère que je ne vais pas encore m'uriner dessus. Bon sang! J'ai beau avoir mes amis avec moi, je me sens si insignifiante. J'ai peur d'avoir a assister à ma première bataille sans y être pleinement préparée. C'est alors que j'entends la voix d'Héphillia. Et, l'espace d'un instant, j'ai cru que mon cœur allait sortir de ma poitrine tellement il s'était mis à battre fort.

Ne tirez pas! Il est gentil! crie ma camarade.

Nom d'une biscotte! Ça veut dire quoi? Que je me suis rongée les sangs pour rien? Les hommes ne baissent toujours pas les armes cependant. Le Colonel, quant à lui, s'approche. Le géant finit par dégager totalement le rocher pour se libérer le passage et là, je sens clairement le petit mouvement de recul des soldats. Ça me rassure. Même des hommes du métier hésitent face à une telle chose. Je me sens un peu moins minable. Mais pas totalement sereine pour l'instant. J'attends avec une impatience mêlée de frayeur ce qui va se passer ensuite. Ben, ça discute paisiblement. La situation s'explique d'elle-même dans le calme.

L'ogre n'en est pas un. C'est un géant. Enfin, un enfant de géant. Qui a dix ans et mesure plus de six mètres. Mais, Godfanone n'est pas méchant, juste perdu. Effectivement, moi aussi j'ai du grandir sans parents, et je dois bien avouer que c'est déstabilisant. Je me mets à éprouver de la compassion pour cette immense créature. Je me surprends même à me réjouir que Héfy propose au Colonel de le prendre avec nous. Et lorsque ce dernier accepte, je me retiens de me sauter de joie car je sens que la vie avec un demi-géant ne sera pas rose tous les jours! Et puis, avec sa force, ça me fait un rival de plus à surpasser. Même si là, je doute sérieusement d'y parvenir!

Finalement, tout est bien qui finit bien! Avec les soldats on escorte Godfanone au village et on y explique la situation. Il s'excuse et voilà, tout est réglé. On aide à réparer ce qui a été cassé, et on retourne à la base. Wolfgang, Hakim, Gaston et moi-même somme épuisés d'avoir veillé toute la nuit. Physiquement et mentalement, je sens bien que je suis fatiguée. Je peine à tenir debout. Et c'est la même chose pour mes camarades. Sauf Héphillia. Nom d'une biscotte qu'elle peut jacasser celle-là. Elle piaille. Je ne sais pas si c'est la fatigue où si ma copine use ma patience, mais au bout de la troisième fois où elle me narre les événements de la nuit, j'en ai marre!

Je m'arrête. Et puis soudain, c'est le trou. Je ne me souviens pas m'être endormie. Mais je me réveille à l'infirmerie. Je déteste l'odeur d'alcool et de désinfectant. Il y a dans le parfum aseptisé des dispensaires quelque chose qui me met mal à l'aise. J'émerge doucement. Petit à petit, je prends conscience de mon environnement. Je hume l'air à la recherche d'un fumet familier et je tombe sur celui de Diego. Il est à coté de moi. Il m'a veillé? Combien de temps?

Quelle heure il est? demandé-je.
Tu as dormi quelques heures. Il est midi et demi. Les autres t'ont veillé aussi. Il y avait  même lé géant qui regardait à la fenêtre. Mais là, ils sont tous allés manger. Tu vas bien? m'infore-t-il.
Un peu vaseuse, mais ça va. Et toi? Rien de cassé?
J’ai un  bras de cassé et quelques cotes dé fêlées, mais ça va! Je peux me lever. Et toi ?

Je n'essaie pas de me lever de suite. Au cas où je ne sois pas assez remise pour tenir sur mes jambes, je n'ai pas très envie de m'étaler sur le dallage froid d'une infirmerie. Et ce n'est pas Diego avec un bras dans le plâtre qui pourra m'aider à me relever. Alors je préfère me redresser d'abord. Je suis donc assise sur le lit. C'est seulement là que je constate que j'ai toujours mes habits. C'est une bonne chose. Parce que j'ai beau être aveugle, je n'en suis pas moins pudique. Et l'idée que l'on puisse me voir nue me terrifie. Mais ce n'est pas le plus important. Car je me sens vaciller. J'ai la tête qui tourne. Il faut dire que je n'ai rien avalé depuis la veille au soir. Une hypoglycémie sans doute. Alors que je m’apprête à tomber sur le coté et donc à choir de mon lit d’hôpital, je sens une poigne ferme me retenir et me remettre droite.

Ma ma ma! Doucement! Il faut que tu manges d'abord! On a mis de la compote de coté pour toi!

Il me tend un pot et une cuiller. Sans mot dire j'obéis. Je me sens faible et m'alimenter avec quelque chose de sucré me semble aussi une nécessité. Alors je mange. Le goût de la pomme, du sucre et de la cannelle m'emplissent agréablement la bouche et encore plus l'estomac. Le pot est vite vide, mais je ne suis pas repue pour autant. Seulement, je me sens mieux. Prête à me lever vraiment cette fois. Seulement, je sens quelque chose. Une chose qui n'a pas d'odeur. Diego veut me dire quelque chose depuis tout à l'heure et attend juste le bon moment pour le faire. Je n'hésite donc pas à mettre les deux pieds dans le plat.

Tu veux me dire quelque chose, Diego?

Oui, oui! Il faut que je te dise une chose très importante! J’ai un doute… sur Héfy! Quand je suis arrivé à la base et que j’ai demandé dé l'aide, au début, lé Colonel il ne voulait pas se déplacer. Mais… dès qu'il a su que c'était Héfy, il a changé d'attitude! De suite, il a réquisitionné des hommes et il est parti. Je ne comprend pas. La vie d'Héfy est-t-elle plus importante que la nôtre?

Apparemment, ce serait le cas. Je ne me l'explique pas moi-même. Mais, on aura sans doute l'occasion de le lui demander d'ici peu. J'entends des pas qui s'approchent.

Je ne m'étais pas trompée. Ils s’agissaient bien de gens qui s'approchaient. Mais ce n'était pas mes amis, juste des soldats qui sortaient du réfectoire. Le reste de ma bande n'arriva que quelques minutes plus tard. Je les rassure sur mon état de santé, mais très vite, je pose la question qui brûle les lèvres de l'homme-poisson.

Dis, Héfy, tu peux me dire en quoi ta vie est plus importante que la notre?

Je manque clairement de tact. J'y suis allée les deux pieds dans le plat et je sens bien au silence qui m'entoure que peu comprennent le sens de ma question. Alors j'explique ce qui m'amène à penser ça. Je détaille ce que Diego m'a dit et je repose la question. Cette fois, ce n'est pas sur moi que les regards se braquent. Et je n'ai pas besoin de mes yeux pour le deviner.

Je suis une noble.
N...no...nob … noble co … comment? bégaie Wolfgang.
Je… Je suis une princesse.
QUOI???!!!

Alors là, on était tous bouche bée. Qui dit princesse dit haute noblesse. Pas simplement la petite bourgeoisie des blues. On parle d'une noble de niveau mondial. Un peu en dessous des Tenryuubito, mais sa famille participe aux Rêveries. J'ai entendu dire tellement de choses sur ces gens… bon sang! C'était un très gros secret. Bien trop gros pour nous! Le Colonel est au courant, c'est pour ça qu'il est allé en personne, et en pleine milieu de la nuit, la secourir. C'est une évidence, mais je préfère enfoncer une porte ouverte, juste au cas où les autres n'aient pas saisi l'importance de la situation.

Les gars, on garde ça pour nous. Okay? Héfy... qui que tu sois en dehors de cette base, ici, tu es notre amie, notre camarade. Ton secret ne change pas nos rapports, ou les sentiments qu'on a à ton égard. Compris?

J'ai dit ça autant pour elle que pour les autres. C'est mon opinion, et elle n'engage que moi. Mais, pour une fois, je souhaite vraiment qu'elle soit partagée par tous. On est une famille. Et Héphillia, toute noble qu'elle soit, ne déroge pas à cette règle. Elle est comme nous. Et lorsque mes camarades ont approuvé mes paroles, je me sens immensément fière d'être à la tête de ce groupe. Quant à mon amie, elle pleure. Je ne comprends pas encore pourquoi.

Je vous remercie. J'avais tellement peur que ça change le regard que vous avez sur moi. Désolée de vous avoir menti. Je ne voulais pas… désolée…

Je lui souris. J'espère que ça signifie plus que les mots pour elle. J'ai l'impression que Gaston et Diego font de même. Suivis de près par Wolfgang. Hakim, quant à lui, se rapproche d'Héfy. Et il la prend dans ses bras, tout simplement. J'ai hâte d'entendre plus de détails sur ma camarade, mais, pour le moment, j'ai surtout envie de bouger. Je me relève. J'ai encore faim et je le fais savoir. Ça permet de détourner un instant l'attention vers moi. Voilà, on m'accompagne au réfectoire. Si notre amie a envie de parler de son secret, elle le fera quand elle s'en sentira prête. Rien ne presse.

Après les événements de Nibelheim, j'ai été convoquée dans le bureau du Colonel. Je pensais qu'il allait me confier le "secret" d'Hefy. Quelle ne fut donc pas ma surprise quand je me suis fait passer un savon monumental. Il me reproche de ne pas avoir appelé les renforts immédiatement et d'avoir voulu jouer les héros. Et que mon attitude aurait pu coûter la vie à la princesse. Il a raison, je sens sa déception dans sa voix et je crois que c'est bien ça qui me blesse le plus. Il m'avertit même que si je ne redresse pas la barre, je pourrais perdre le commandement de l'équipe I. J'acquiesce, je suis de toutes façon bien trop honteuse pour faire autre chose.

Finalement, Godfanone, a été renvoyé dans son pays et petit à petit, chaque membre de notre groupe se met à développer des talents bien particuliers. Hephillia, malgré son sang bleu et sa faible constitution, se révèle être un stratège hors du commun. Gaston, quant à lui, a augmenté significativement ses compétences médicales, le seul domaine épargné par sa maladresse maladive. Hakim s'est spécialisé dans la mécanique et l'ingénierie. Pour la plupart d'entre nous, la technologie, c'était comme des ponéglyphes, mais pas pour le jeune homme. Ça lui parle aussi clairement que je vous adresse la parole. Je suis ravie pour lui, il a enfin trouvé un domaine dans lequel il s'éclate. Après, vient notre trio combattant. Wolfgang est devenu notre sniper, Diego excelle au corps à corps. Et moi, en plus du rôle de chef d'équipe, je cumule à présent un rôle d'éclaireur qui va bien avec mes sens surdéveloppés.

Du coup, lors des compétitions inter-équipes d'aspirants, on rafle tout. L'épreuve de natation? Diego de par sa nature d'homme-poisson ne peut pas perdre. Le tir à la corde? On met juste Diego et moi en face de toute l'équipe adverse. Je suis agréablement surprise de voir que nous sommes les meilleurs en presque tout. Et, pour ne rien gâcher, c'est moi la chef de cette joyeuse bande! Vous n'imaginez pas à quel point je suis fière de mes gars, et aussi de moi. En plus on est super soudés, comme une seconde famille. Enfin, pour moi, ils sont ma vraie famille. Comme on ne choisit pas ses parents, ils ont été imposés à moi, mais je les aime de tout mon cœur.

L'automne finit par laisser place à l'hiver, et finalement, c'est le printemps qui pointe le bout de son nez. L'entrainement porte ses fruits. A présent, j'arrive à encaisser la séance de cinq heures de course avec le paquetage sans être essoufflée. Même Hephy arrive à faire tout le parcours avec son sac lesté sur son dos. On s'améliore, et  ça crée une saine émulation au sein des différentes équipes. Selon les dires du Colonel Falane, on est sans doute la génération la plus brillante qu'il ait jamais eue à former. On a presque trois mois d'avance par rapport aux promotions précédentes. Tant est si bien que lorsque l'été arrive, et avec lui les examens de fin d'année, il arrive quelque chose d’incroyable : aucun recalé.

Ce n'est jamais arrivé depuis la création de l'Académie de la Marine.
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