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Métal hurlant - Episode 1 : Pour une poignée de berrys.

J’avais la désagréable sensation d’être qu’un vulgaire mouton se dirigeant volontairement vers l’abattoir.

Nous étions en train de monter à la hâte à bord de son navire, courant certainement vers une fin peu glorieuse. Mais avions-nous le choix ? Rester ici était synonyme de finir nos jours dans le meilleur des cas sur la potence avec un nœud bien serré autour du cou. Alors, ne valait-il pas mieux tenter notre chance ici ? Même si c’était pour faire finalement au premier venu ? Enfin surtout, le seul qui voulait bien s’enquiquiner d’une marchandise pour le moins problématique.

Je voyais en tout cas gros comme une maison que notre bon samaritain allait faire un joli coup avec nous. En empochant d’une part une somme bien coquette pour nous prendre en charge et de l’autre s’attirer les faveurs des autorités locales en livrant sur un plateau d’argent les fauteurs de troubles. Ce genre de personne n’avait en règle générale aucune éthique, c’était là d’ailleurs leur principale force. Savoir vers qui se tourner au bon moment.

Nous montrant en personne le chemin au plus profond de son navire qui était pour le coup d’un fort beau gabarit, nous voilà donc entassés dans les entrailles de l’embarcation à l’abri de tout regard indiscret. Comme il fallait s’y attendre dans ce genre d’endroit, le standing n’était pas vraiment la priorité. C’était poisseux de partout, et je voyais des rats d’un fort beau gabarit courir ci et là sur les poutres. Je me tournais vers notre hôte pour lui faire part de mon entonnement.

« Vu le prix du billet, je m’attendais cependant à mieux, je suis un peu déçu de la qualité du service. »

Mon interlocuteur rigola bruyamment.

« Je comprends votre déception, toutefois, la priorité est de vous sortir d’ici. Je joue aussi ma tête dans cette histoire, si jamais la Marine d’Alabasta tombe sur vous, je terminerais avec vous sur l’échafaud. Alors par ici, messieurs ! »

J’étais pour le moins dubitatif, je doute que pour une poignée de pièce d’or, il garde bien longtemps sa langue en cas de contrôle. Il souleva une planche pour tirer sur un mécanisme caché, actionnant l’ouverture d’une petite trappe.  

« Vous êtes si prévisible, vous les contrebandiers avec vos astuces, je suppose que ce sera ici notre chez nous ? De toute façon, je mets la main à couper que vos collègues contrebandiers restés sur l’ile vont rapidement vendre l’information aux autorités locales, n’est-ce pas ?! »

« Non, je ne me fais pas d’inquiétude pour ça.. J’ai la chance de jouir d’une certaine réputation dans le milieu, ils savent à quoi s’en tenir avec moi. Sinon, en effet, voici vos quartiers pour la traversée. »

« hum.. »

L’idée pouvait être tentante de se débarrasser d’eux rapidement pour prendre le contrôle du navire. Mais quelque chose me disait que notre interlocuteur n’était pas du genre à se laisser faire. D’autant plus, qu’aucun d’entre nous n’avait les compétences nécessaires pour pouvoir diriger un tel navire. J’avais déjà eu l’occasion d’avoir à bord, un certain John, membre du cartel de Medelin, un véritable virtuose à la barre. C’était à n’en point douter un véritable métier, d’ailleurs, c’était la prochaine étape sur ma liste, recruter des membres d’équipages dignes de ce nom.

Pour le moment, je m’en remettais donc à ma bonne étoile pour la suite des évènements. Après nous avoir fait apporter des vivres et de rhum par ses hommes, le capitaine Gasby retourna nous voir, il fixa notre quarantaine à trois jours, le temps nécessaire d’après lui pour avoir mis assez de distances avec Alabasta pour ne plus être inquiété. Une fois remonté, le dernier membre d’équipage referma la trappe et poussa quelque chose au-dessus de l’ouverture. En cas d’avarie, nous voilà bien.

Nous étions dorénavant seuls, dans une pièce plongée en grande partie dans l’obscurité, il était toutefois possible de voir l’extérieur par le biais de petits trous d’où s’engouffrait la lumière. Durant plusieurs minutes, un silence de mort s’installa entre nous. Personne n’osait prendre la parole, et le seul bruit que nous entendions était celui des râles du navire. Olek fut le premier à se lever pour prendre une bouteille de rhum. Il retira le bouchon à l’aide de ses dents, avant de le cracher par terre, puis but une grosse gorgée.

« Hum.. Pas mauvais ! »

La vie avait petit à petit repris son rythme ici, de mon côté je pansais mes blessures. J’avais la chance, d’avoir un métabolisme pour le moins avantageux, mes blessures guérissaient à une vitesse anormale.

La première journée s’écoula lentement, on se faisait littéralement chier. Il n’y avait absolument rien à faire dans ce réduit, même se dégourdir les jambes relevait de l’exploit. Alors que la nuit était tombée, j’étais déjà au bout de ma patience. Je tentais en vain de trouver une position pour dormir, mais mes grandes guiboles étaient un véritable fardeau.

« Putains, ils n’avaient pas encore plus petit comme trou à rats ?! »

Je n’allais certainement pas passer une seconde journée là-dedans. Je préférais au final encore me chicaner avec un régiment entier de soldats en armure que d’être entassé là-dedans comme un vulgaire esclave. Dès les premières lueurs de l’aube, je tambourinais donc sur la trappe pour faire attirer l’attention des marins. Au bout de plusieurs longues minutes, j’entendais enfin le mécanisme d’ouverture s’actionner.

« Pas trop tôt putain ! On aurait le temps de crever dix fois de suite ici avant d’avoir de l’aide ! »

L’homme qui se tenait en face de moi avait tout du parfait contremaitre. C’était évident, au vu de la tête des passagers, que le patron préférait envoyer un gars d’expérience en guise d’interlocuteur.

« Qu’est-ce qui se passe ?! Pourquoi tout ce bordel ?! »

J’expliquais donc la situation et s’il était possible de nous trouver une planque un peu plus spacieuse pour pouvoir au moins dormir dans des conditions respectables.

« Non, pas moyens, c’est ça ou rien. »

J’avais comme une furieuse envie de lui enfoncer sa tête de con dans la coque du navire rien qu’au ton qu’il employait. Mais, j’avais aussi appris à me contrôler dans certaines situations du moins, ce serait con de tout foutre en l’air maintenant. Débuta alors une longue tractation portant sur la possibilité d’avoir un peu plus de confort et de denrées. J’avais en face de moi une bonne tête de pioche, le mec n’était pas du genre à avoir fait des études de diplomatie. C’était soit oui, soit non. Pas de « Je ne sais pas, je vais voir ».

Subitement le bruit d’une cloche retentit dans tout le navire. Pas besoin d’être expert en la matière pour comprendre que ce n’était pas une bonne nouvelle pour nous. Le contremaitre remonta dard-dard la petite échelle et nous enferma de nouveau. Je pouvais l’entendre courir sur le niveau supérieur, cela avait l’air d’être sacrément la pagaille au-dessus de nos têtes. L’un de mes gars avait un œil sur l’extérieur, mais ne voyait toujours aucun signe d’un navire ennemi.

« Qu’est-ce qu’on fait Jack ?! »

Je regardais autour de moi, le champ de possibilités était très mince. À part attendre ici sagement, l’arme au poing au cas où tout cela finissait en trahison.

« On la ferme et on reste concentrés ! » Aboya, Trembol.

« Je n’ai rien à dire de plus, si jamais cela part en couille, il va falloir assurer les gars. De toute façon, il n’existe qu’une seule entrée donc on aura l’effet de surprise et on ne sera pas débordés par l’ennemie. »

Je jetais un regard en direction d’Olek, le gaillard se tenait déjà prêt à étriper du soldat par paquet de dix.

« Mais, priorité à la discrétion avant tout.. Sur un malentendu… »

Notre vigie se recula brutalement de son poste d’observation. Une immense masse noire venait de nous plonger dans l’obscurité.

Je tenais fermement dans ma main mon arme, j’étais intimement convaincu que notre hôte allait nous livrer dans les prochaines minutes. Je faisais signe à l’un de mes compagnons d’infortune de grimper sur une petite caisse pour coller son oreille au plafond. Un mec en armure, cela fait forcément du bruit, même en étant le plus discret possible.
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Les derniers jours étaient vagues dans l'esprit d'Olek, aussi vagues que les vagues qui faisaient tanguer le bateau. Heureusement qu'il n'avait jamais été propice au mal de mer sinon c'est sur sa trentaine de compagnons encastrés les uns sur les autres qu'il aurait dégobillé. Il y avait plein d'avantages à faire trois mètres, mais aucun à faire cette taille et se retrouver enfermé dans une cale de navire. Le colosse guérissait doucement, à grands coups de rhum et d'eau fraiche. Là où Jack bouillonnait d'impatience et d'énervement, lui optait pour le silence et le sommeil. Être ainsi enfermé ravivait de récents et mauvais souvenirs, mais il savait que dans ce genre de situation, prendre son mal en patience et se noyer dans l'alcool était la meilleure des solutions.

Il fut réveillé de sa petite sieste par un boucan monstrueux dans les étages du dessus. Tout le monde était sur les nerfs et observait la trappe comme s'il s'agissait de l'entrejambe d'une catin, quoi que se trouve de l'autre côté, la fine équipe de pirates le défoncerait dans les règles de l'art. Ce qui signifiait dans leur jargon: taper d'abord et poser les questions ensuite. Le seul problème avec cette stratégie était qu'en général les morts n'étaient pas très bavards, et les blessés bien plus occupés à hurler à la mort qu'à se concentrer pour répondre. Après, tant que le danger était maitrisé, le reste importait peu. C'était avec cet état d'esprit de gagnant qu'ils attendaient, la bave au coin des lèvres et les mains crispaient sur les pommeaux de leurs armes.

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Au-dessus, Gasby s'occupait de la situation comme un chef, pas le moins du monde inquiété. Un navire de la marine d'Alabasta les avait abordés quelques minutes auparavant et les soldats retournaient sens dessus dessous le pont et toutes ses marchandises. A priori, ils cherchaient la bande responsable de la destruction de Nanohara et avaient pour ordre de vérifier chacun des navires qui quittaient l'île. Le capitaine des contrebandiers était un habitué, il connaissait très bien le commandant à la tête de ce détachement. Mais la manière dont lui et ses hommes s'affairaient à la tâche était bien trop sérieuse, méticuleuse et pleine de ferveur. Quelque chose n'allait pas et ce fut le premier indice qui mit la puce à l'oreille de Gasby quant à la véritable identité des pirates qu'il transportait.

Il parvint d'un signe de tête discret à inviter le commandant à la proue, loin des regards et oreilles indiscrètes. Gasby, aussi charismatique que charmant, posa une main fraternelle et respectueuse sur l'épaule du vieux marine, probablement aussi roublard que lui. Il sortit un étui à cigares de son manteau qu'il tendit à son ainé. Le chef des contrebandiers ne prit pas la parole de suite, préférant jouer la carte de celui qui n'avait rien à se reprocher, il tira deux bonnes bouffées de son cigare avant d'ouvrir la bouche dans un petit nuage de fumée.

- Mon ami, ça fait combien de temps qu'on se connait ? Combien de temps que notre petit partenariat nous facilite la vie a tout les deux ? Tout ceci est-il vraiment nécessaire ? Dit-il en englobant du bras son navire et le bordel que ses hommes y faisaient. Le vieux Marine répondit d'un ton sec.

- Ça va être dur d'échapper au contrôle cette fois-ci.

Le contrebandier n'y croyait pas une seule seconde, il y'avait toujours possibilité de négocier. La moindre des choses, de la plus petite à la moins tangible, avait un prix sur ces mers, telle était la devise de Gasby. Il s'agissait d'un jeu pour lui, d'un plaisir malsain d'avoir et de contrôler tout ce qui lui paraissait inaccessible aux premiers abords ou bien destiné à autrui. Il était donc hors de question que les marines continuent leurs recherches et mettent la main sur sa cargaison secrète qui venait soudainement de prendre de la valeur.

-Que cherches-tu exactement ? Peut-être ai-je des informations qui nous feraient gagner du temps à tous les deux ?

Gasby tentait ainsi le tout pour le tout. Une perche avec un hameçon que le commandant bouffa à pleine bouche.

- Un groupe de Pirates, deux notamment, des jumeaux d'après ce qu'on sait, primés à trente et quinze millions de berrys. De la bleusaille qui vient juste d'arriver sur Grand Line, de la mauvaise herbe des Blues.

Magnifique, pensa Gasby qui jubilait intérieurement. Leurs primes étaient trop basses pour qu'il ne les balance à la marine, mais suffisamment élevés pour témoigner d'une certaine utilité et capacité à semer le chaos. Un plan germa en quelques secondes dans son esprit calculateur. Il avait grand besoin de ce genre de talent, et les sauver ainsi de l'exécution les rendrait redevables. Il sortit de son manteau en peau de Minks une bourse pleine d'or qu'il tendit discrètement au commandant. Elle disparut dans son uniforme avant même que Gasby n'ouvre la parole.

- Évidemment ce n'est qu'une infime partie. À l'étage inférieur, tu y dénicheras un coffre en bois avec une croix dessus, il y a dedans bien plus que ce que ces deux misérables pourraient valoir.

Cette phrase était à double sens et insinuait qu'il détenait bien les types recherchés, une provocation que le commandant aussi avare que cupide et connaissant les dérives de Gasby décida de ne pas relever. Il détenait à présent une information qu'il pourrait transmettre à ses supérieurs, tout en récupérant une somme colossale qui lui offrirait une retraite anticipée. Que demander de plus ? Sans un mot, le gradé aussi corrompu qu'un morceau de bois bouffé par les termites rejoignit ses hommes, qui de leur côté s'approchaient dangereusement de la cachette secrète. À seulement quelques centimètres de la trappe et sans le savoir, les marines rebroussèrent chemin sur ordre de leur chef.  Le contremaitre de Gasby attendit que les voiles du cuirasser se perdent à l'horizon avant d'aller enfin sortir les pirates de leur trou.

- C'est bon, vous pouvez sortir les petits cafards, les mouettes viennent de partir.

Olek voulut lui fracasser la tête et le clouer dans les lattes du bateau, mais Jack fut plus rapide. Son ancre lui broya les pieds en tombant de ses mains par "inadvertance", il haussa les épaules et prit la direction du pont presque en courant. Le glaiseux, en lui emboitant le pas, nota dans un coin de son esprit que son collègue n'aimait pas les espaces clos.
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