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...Et pour quelques berrys de plus. [PV Tagata Tai]

Tictac. Tic tic tac. Tic tac. Tictic tac. Costa avait les yeux vissés sur sa montre. Dans quelques minutes, il arriverait en vue de sa cible. Qui? Je vous le dis en mille. Thomas Manova surnommé Grave, un pirate de moyenne envergure qui commençait à faire un peu trop de bruit dans South Blue. Rien de bien dingue me direz-vous. Il n'était pas rare que le Cipher Pol 5 soit envoyé faire du nettoyage dans les Blues. Les raisons derrière cela? L'incompétence notoire de la Marine? Le fait que même la Marine d'Elite fasse mal son travail? Rien de tout ça. Il suffisait juste d'emmerder la mauvaise personne et hop, le tour était joué. L'Agent Cruise avait juste à faire son boulot et flinguer le pauvre type qui avait gêné. Ni vu ni connu. Enfin vu mais n'espérons pas connu. Il faisait pas très bon de se faire connaître en ce bas monde. Peu importe le côté de la barrière.

D'un regard rapide, il regarda autour de lui les hommes et femmes qui se préparaient. Les Chacals de South. Un truc comme ça. Bref de jeunes types qui avaient une dent contre Manova sans doute. Costa avait profité de l'occasion et s'était infiltré dans le tas de pirates. Ils allaient coller une dérouillée à "Grave" et lui en profiterait pour le terminer. Fuuu. Que ce boulot était usant à force. Dans sa tête résonnaient les paroles d'une douce chanson et il se surprit à la fredonner derrière son masque.

Sur des paroles de Gnarls Chadnazour, musicien de South Blue :

Sur le pont, des gromellements l'arrachèrent de sa rêverie tandis qu'ils entraient dans la nappe de brouillard qui allait leur permettre de surprendre leurs futurs adversaires. Le capitaine, un certain Cal' le Chacal, observait sa troupe s'affairer sur le pont avec un air grandement satisfait. Il avait l'air à l'apogée de sa carrière. Prêt à... Tic tac. Tic tac. Costa regarda sa montre une nouvelle fois. Des types comme lui, il en avait vu des centaines sur les mers. Tous finissaient sous les mers comme disait le proverbe de par chez lui. La preuve?

Leur navire émergea de l'épais volume de brouillard et, malgré son masque, Costa put voir assez rapidement que quelque chose clochait. Un navire de deux fois leur taille leur barrait la route, tout juste à portée de canon. D'ailleurs, en voilà deux bonnes douzaines qui pointaient en dehors des sabords. Le grand boumboumboumboum qui suivit fut facilement imaginable pour les lecteurs en présence. Visuellement, le rendu était plutôt brouillon mais les sphères d'acier fracassèrent leur navire qui filait toujours tout droit vers le navire deux fois trop gros.

"Phoque."


Voilà ce que s'écria le poulet en ce beau matin. Il faisait bien trop froid pour se faire plumer. Et il n'était pas assez bien payé pour ces conneries. Laissant ses camarades temporaires hurler pour se donner du courage, il se prépara à l'impact et rammassa son club de golf non loin.

Qui que soit le con à la tête de ce gros vaisseau, ce n'était sûrement pas un type constituant le menu fretin des Blues. L'info qu'on lui avait filé était pourrie. A moins que ce ne soit dû à la ligne Den Den qui grésillait au moment de l'appel? Il n'avait clairement pas le temps d'y réfléchir car les deux navires se choquèrent, propulsant le poulet dans un léger vol plané au milieu du pont ennemi.

Autour de lui? Du monde. Trop de monde. Sa main se raffermit autour du club et il pensa à l'enseignement de son ordure de grand-père, bien entendu applicable quasi-uniquement dans de telles situations.

Costa, il n'y a que deux personnes qui peuvent te régler ton compte sur ces Mers. Celui là-haut et ton banquier. A ce que je sache, celui là-haut y est toujours, reste plus qu'à espérer que celui là soit pas banquier.



Dernière édition par Carnival Cruise le Lun 13 Fév 2023 - 16:38, édité 1 fois
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  Je ne deviens pas comme eux, je suis eux. Cette pensé frappa Tagata « Skrik » Tai comme un coup de massue. Je ne deviens pas comme eux, je suis eux. Ce matin-là achevait son sixième mois au sein d’un équipage de pirates qui sévissaient à South Blue. Je ne deviens pas comme eux, je suis eux. Peut-être devait-il s’en inquiéter, mais il ressentait plutôt une forme singulière de soulagement. Je ne deviens pas comme eux, je suis eux. Skrik se sentait libre, il se sentait, non... il se savait à sa place alors qu’à l’horizon ses yeux ne pouvaient se perdre que sur l’infinité de l’océan. Je ne deviens pas comme eux, je suis eux. Le jeune homme respirait à plein poumon, s’enivrait de l’air iodé qui gonflait sa poitrine. Je ne deviens pas comme eux, je suis eux. Les joies, les peines, les victoires et les défaites de ses compagnons étaient aussi les siennes. Je ne deviens pas comme eux, je suis eux.  Il se répétait cette phrase comme un mantra, comme s’il cherchait autant à convaincre ses camarades que lui-même.   Je ne deviens pas comme eux, je suis eux. Pour autant, il n’était pas l’un d’eux : il était un agent de la police secrète du Gouvernement Mondial. Je ne deviens pas comme eux, je suis pire qu’eux.

  Lorsque – six mois plutôt – sa nouvelle mission lui avait été confié, Skrik n’avait pas tiqué. Les consignes étaient simples, gagner la confiance des criminels de la région pour remonter jusqu’à un trafiquant d’armes qui équipait les pirates, les criminels, les réseaux de révolutionnaires et à peu près tout ce qui ce n’était pas du côté du Gouvernement. Puis, l’éliminer. Simple, n’est-ce pas ? Quant à ce qu’il devait faire pour y parvenir, cela relevait de son seul jugement. Une largesse dans les manœuvres que seul le Cipher Pole pouvait garantir. Et qui convenait amplement à des hommes incapables de suivre les ordres, mais qui ont toujours eu besoin d’une mission. Des hommes à la moralité douteuse, ambiguë, monnayable. Des voleurs, des tricheur. Des menteurs. Pour Skrik, qui ignorait tout de son passé, il était alors facile de s’inventer une vie. De l'oublier encore, et de recommencer.

- Eh, Donnie, prépare-toi !  

  Donnie Pistone, l’identité que Skrik s’était forgé pour l’occasion, était né un dix-sept septembre sur sur une petite île oubliée de tous. Il aimait les spaghettis à la bolognaise et les sandwich au pastrami. Un type marrant, avec un drôle d’accent qui devenaient incompréhensible lorsqu’il s’énervait, ce qui arrivait à chaque fois que quelqu’un touchait à son arme. Le Lièvre, comme Skrik avait surnommé le pirate qui venait de lui parler en raison de ses grandes dents, aimait bien Donnie. Derrière un physique disgracieux, se cachait un jeune homme étonnement sensible et un grand amateur de poésie. Le silencieux Donnie était devenu tout naturellement le réceptacle idéal à ses déclamations lyriques. En bon confident, ce dernier écoutait tout aussi religieusement les moments où le Lièvre parlait de ce type à la barbe hirsute à qui le capitaine parlait toujours seul à seul. Ce type qui avait à la taille plus que flingues que de doigts à chaque main… Ce type que Donnie, ou plutôt Skrik, suspectait d’être sa cible. Ce type que le capitaine avait prévu de rencontrer dans un jour ou deux selon le Lièvre. S'arrachant bien malgré lui à la contemplation de l'océan, l'agent infiltré se retourna vers la voix et haussa un sourire interrogateur, restant fidèle à son économie de mots, à la limite de l'avarice.

- Le capitaine dit qu’on doit se tenir prêt au combat Don’.
- Ok.
- « Sous moi donc cette troupe s'avance,
Et porte sur le front une mâle assurance.
Nous partîmes cinq cents ; mais par un prompt renfort
Nous nous vîmes trois mille en arrivant au port » *
- J’crois qu’tu rêve l’ami, c’est pas d’l’assurance mais d’la folie.

  Le Lièvre ne pouvait qu’esquisser un pâle sourire après la déclaration de son compagnon d’arme. Alors que la silhouette massive d’un navire se découpait hors du brouillard, Skrik pouvait voir que le sourire naïf du Lièvre s’était brusquement transformé en quelque chose de bien plus carnassier. Il repensait à la légende du lapin de Caerbannog qui aurait tué et dévoré tout ceux qui s’approchait de sa grotte. Skrik resserra sa poigne autour de son arme jusqu'à ce que ses jointures blanchirent. Bientôt, la poésie et les légendes devront laisser leur place au chaos et à la violence. A travers le plancher du navire, Skrik sentait la houle, les vagues, la vie sous-marine et tâchait de respirer en synchronisation avec elle. En voilà un bel endroit pour mourir !


*Pierre Corneille - Le Cid
Acte 4, scène 3
    Costa se retrouva sur le pont du navire en moins de temps qu'il ne lui en fallut pour s'en rouler une. Son club valsa de gauche à droite pour qu'il puisse se faire un peu de place. Il n'avait pas eu le temps de voir le pavillon du navire sur lequel il venait de tomber et ça tirait déjà de partout. De quelques grands revers de bras, il fit passer par dessus bord deux gonzes qui l'avaient en mire. Il ne fallait pas qu'il se fasse remarquer sinon il allait attirer tous les gros bras à bord.
    D'un regard circulaire, il jaugea la situation. Cal' le Chacal avait jugé bon de passer à l'abordage. Le voilà qui bondissait par dessus le bastingage avec sa fourrure puante et son sabre rouillé. Quel enfer celui-là. La plupart des membres de l'équipage riaient comme des chacals ou des hyènes et poussaient des bruits en bondissant sur le pont. D'un simple coup d'oeil, Costa vit tout de même qu'ils avaient pris quelques mauvais coups de canon et leur mât semblait prêt à aller voir le fond des mers.

    Dommage. Il aimait bien ces pirates. Un peu trop sanglants pour lui mais c'étaient de braves types liés par l'honneur. Evitant de justesse un coup de sabre, Costa se mit à gesticuler pour éviter les quatre types qui l'entouraient puis explosa leurs visages d'un seul coup de club. Non mais. Pour qui ils se prenaient ceux-là? Ils avaient de la chance qu'il ne puisse pas tous les arrêter. Il venait pour un seul en particulier. Censément le boss de ce navire-ci. Enfin, encore fallait-il voir le pavillon.
    Ferraillant jusqu'à un endroit un peu plus dégagé, Costa regarda au-dessus de lui et pesta. Merde. Pas le bon navire. Quelle poisse. Il sentit une présence dans son dos. Cal le Chacal était arrivé à sa hauteur et brettait contre trois types. Pas si mal.

    "Alors La Fouine, on s'amuse? NIAHAHAHAHAHA"

    Costa se tendit légèrement. Il aurait du choisir un autre surnom. Se faire appeler ainsi le crispait un peu plus à chaque fois? Mais bon il n'avait pas le temps d'y réfléchir plus avant. Les chacals commençaient à dominer la mêlée malgré leur infériorité numérique. Comme quoi, mieux valait avoir de meilleurs combattants. Puis vous savez ce qu'on dit au CP, gros navire, petit mât. La résistance en face d'eux s'amenuisait et certains des membres des chacals commençaient même à faire des prisonniers en jetant des filets ou autres appareils de capture.
    Se dirigeant sur les poches restantes, Costa tenta de réduire l'opposition au maximum en faisant swinguer deux trois types par dessus bord.
    A l'arrière du navire se dressaient encore une douzaine de types, entourant un homme moustachu qui semblait être le capitaine. Au vu de leurs regards, ils semblaient mi-effrayés mi-prêts à mourir pour leur cause. Sauf un d'entre eux qui avait un je-ne-sais-quoi d'étrange. Un regard un peu troublant pour un pirate. Costa décida de s'opposer à lui et lui envoya un grand coup de club en guise de premier échange.

    - Désolé l'affreux. Mais j'ai pas le temps de jouer avec toi.

    Ce qu'il ne savait pas, c'est qu'il venait d'engager un de ses collègues de bureau.
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     Au cours de sa carrière, Skrik avait eu le privilège d’être frappé par une quantité invraisemblables d’objets contondants. Il avait été tranché partout où cela était possible, sa peau toute entière pouvait servir de catalogue pour la vente d’objets de tortures et il était tout à fait possible que des armes n’aient été conçues que dans l’objectif succinct de le blesser, lui, personnellement. En retour, l’agent Skrik s’était illustré dans sa capacité à transformer à peu près tout et n’importe quoi en arme létale, d’une simple poêle à frire jusqu’au plus innocent des stylos. Nous y reviendrons en temps voulu. Quoi qu’il en soit, Skrik pouvait s’enorgueillir d’avoir une connaissance exhaustive des mille et une manières de faire saigner un homme. C’était du moins ce qu’il croyait jusqu’à ce beau jour où un homme à tête de poulet le frappa avec un club de golf ce qui, aussi difficile à croire que cela puisse être, n’était encore jamais arrivé. Même s’il avait déjà été agressé par un poulet, mais ça aussi c’est une autre histoire. De fait, Skrik n’avait d’ailleurs aucune idée de ce que pouvait bien être un club de golf. Cela accru d’autant plus sa surprise jusqu’au moment fatidique de l’impact qui l’assomma et remisa la question de la nature de l’arme tout en bas de sa liste des priorités. Elle commençait ainsi : survivre. Et elle s’achevait de la sorte : découvrir qu’est-ce que c’est ce truc.

      Lorsqu’il eut reprit ses esprits, Skrik avait brièvement analysé la situation. Elle était peu glorieuse. Alors que lui et les siens – aussi éphémères les liens les unissant soient-ils – étaient supérieurs en nombre et qu’ils profitaient de l’effet de surprise et d’une batterie de canons deux fois plus importante que celle du navire ennemi, alors même que l’issue de l’abordage ne faisait pas l’ombre d’un doute cinq minutes plus tôt, la tournure des événements était – et c’est un euphémisme – plutôt décevante. Le Poulet qui avait expédié Skrik au tapis s’était tourné aussitôt vers le Lièvre qui ne méritait plus son surnom depuis que ses dents ornaient le le pont du navire. La volaille psychopathe allait s’en prendre au capitaine quand Skrik parvint à se relever. Mobilisant toute son énergie et rejetant toute notion de bon sens, il s’était jeté sur son adversaire pour le plaquer au sol.

    - J’vais t’plumer!

      Que la volonté derrière cette injonction incongrue soit ou non crédible, qu’elle demande à être prise au sérieux par son destinataire ou que ces propos ne soient que le reflet d’une commotion cérébrale, elle eut au moins le mérite de galvaniser les troupes, demeurées stupéfaites suite à l’intervention d’un  gallinacé golfeur. Les fusils qui s’étaient brièvement tus reprirent leur concerto en bain de sang majeur et le choc des lames les unes contre les autres compléta la symphonie belliciste. L’équipage des Wobblies n’avait pas encore dit ses derniers mots. Joel Hägglund, le capitaine, n’allait pas laisser ses hommes se faire martyriser sans réagir et il le prouvait en se jetant à corps perdu dans la bataille. Au mépris du danger et tout cela malgré un début d’incendie au sein de sa célèbre moustache et qui s’était déclaré quand sa non moins célèbre pipe s’en était un petit peu trop approchée !

    - Ne perdez pas de temps dans le deuil. Organisez-vous !*

     Traversant la cohue en assenant tout autour de lui de puissants coups de cannes sur le crâne de ses ennemis, Joel était parvenu jusqu’à sa plus récente recrue, Donnie, aux prises avec un adversaire beaucoup plus fort. Mais il ne serait pas dit que les Wobblies ne se battaient pas les uns pour des autres, hurlait-il, cherchant courage et réconfort dans ce qui devait probablement se révéler être son épitaphe puisqu'il s'en prenait à l'agent aussi dévoué que désaxé du Cipher Pol : Carnival Cruise. En mission sous couverture, comme Skrik. Une mission confidentielle, comme Skrik. Et qui ne laissait pas de témoins. Comme Skrik. C'est con, n'est-ce pas? Ca va mal finir, n'est-ce pas ?

    *Derniers mots prononcés par le syndicaliste Joe Hill avant d’être exécuté.  
      Costa était en train de nettoyer consciencieusement le pont de toute menace quand le type qu'il avait envoyé danser plus loin lui était revenu dessus. "J'vais te plumer." V'là ce qu'il lui avait dit. Entre temps, il avait pu bousiller un clown que les autres appelaient le Lièvre. Les types avaient l'air de bien l'aimer vu qu'ils s'étaient mis à trois contre lui avant de se faire claquer par le club. Pendant que les membres du Chacal démontaient le reste de leurs adversaires, Costa avait repéré ce qui semblait être le capitaine de l'équipage avant de se faire sauter dessus, dans un regain d'énergie des défenseurs.

      Lassé de ce simulacre de combat, il avait commencé à être plus chirurgical dans ses mouvements. Plus de grandes giclées de sang formant de belles pluies mais des coups millimétrés dans des tempes, cous, côtes avec pour but de finir le combat rapidement. Mine de rien il faisait chaud sous son masque et son stamina n'était pas illimité non plus. Alors, au détour de deux corps qui s'effondrent, il se jeta sur le capitaine en face d'eux.

      Evidemment il savait que ce n'était pas sa proie. Evidemment qu'il savait qu'il allait gagner et évidemment il savait que ce type n'étais pas un supernova surviolent. Pourtant, il eut le sentiment du travail bien fait quand il réussit à passer la garde du gentilhomme en face de lui et à le faire sauter par dessus bord d'un coup de club.

      - RENDEZ-VOUS MAINTENANT ! OU JE VOUS FAIS PICORER PAR MON CLUB !

      - BIEN DIT. VOUS DEVRIEZ ECOUTER LA FOUINE, s'écria Cal le Chacal. POSEZ VOS EPEES OU JE VOUS DECOUPE EN QUARTIERS !

      Cal le Chacal jeta un regard entendu à Costa. Ils n'étaient pas idiots tous les deux. Massacrer tout le monde ne servirait à rien. Par contre, faire des prisonniers pouvait leur rapporter gros. L'agent du CP5 commença donc à éloigner les armes des mains de ceux qui se rendaient sur le pont. Distrait un instant, il faillit voir trop tard une ombre qui fonçait sur Cal le Chacal. Il s'agissait du type qu'il avait clubbé avant le Lièvre. Avec le recul, comment se faisait-il qu'il ait pu tenir le choc alors que tous ses collègues étaient tombés? Cela força Costa à la méfiance.

      Chier.


      En un instant, l'agent Cruise venait de traverser le pont pour se retrouver à portée du dénommé Donnie. Enfin c'est comme ça qu'un des types l'appela avant que Costa ne lui fasse goûter son club sur l'arrière de la tête une seconde fois. Couché mon brave. Il venait de se faire une frayeur. Cal le Chacal le regarda d'un air suspect pendant qu'il prenait le pouls du type. Ouf. Il était pas mort. Etrange mais bon. Costa n'aimait pas tuer, il le faisait par nécessité.

      Et puis, ne venait-il pas d'éviter d'être radié du CP5 à son insu pour avoir manqué d'assassiner un collègue? Sans doute oui...
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      A son réveil, l’agent Skrik était plus que surpris. Sa stupéfaction – contrairement à ce que nous pourrions imaginer aisément – n’était pas tant dû à la minuscule cellule dans laquelle il avait été enfermé. Ni parce qu’il était pieds et poings liés. Pas d’avantage par la chaîne qui le suspendait au plafond. Pour être tout à fait franc, ça pouvait être un lundi comme les autres. Non, après sa confrontation avec Poulet, l’inconnu masqué qui l’avait battu à plate couture, il était surtout surpris d’être encore en vie vie. Surpris et presque déçu. Consterné peut-être ? C’eut été une belle façon de partir, auréolé de gloire par une action intrépide au cours d’un affrontement perdu d’avance. C’était la vie qu’il avait choisi : une vie qui devait s’achever avec panache et certainement pas dans un cachot crasseux. Cela dit, songeait-il avec optimisme, ce n’était finalement que partie remise.

        A en juger par la flaque de sang coagulé qui s’était formée à ses pieds, Skrik estima qu’il était resté inconscient pendant deux, peut-être trois heures. Son estomac vide devait confirmer ce diagnostique par un gargouillement ostentatoire. En tournant sur lui-même, Skrik remarqua alors que son nez le démangeait. La surprise se dissipa alors pour laisser place à un agacement généralisé… Saucissonné comme il était, im-pos-si-ble de se gratter ! Habitué à l’inconfort de la torture, Skrik était supposément capable de dépasser ce léger tracas, mais différents formateurs l’apprirent à leurs dépens quand le jeune homme arracha tantôt un lobe d’oreille imprudent, tantôt un petit doigt intrépide. Pour préserver les membres pas innocents d’autres instructeurs, on s’accorda à dire que ce n’était pas si grave. A cet instant, Skrik était prêt à décapiter le premier venu avec ses dents si cela pouvait le soulager un peu. Ou pire encore.

      - Pitié, y a que’qu’un ?

        Et le pire s’était produit. Ravalant sa fierté, Skrik appelait à l’aide. N’importe qui. Peu importe. Il était prêt à vendre son âme, à tuer père et mère, à trahir ses frères d’armes pour peu qu’on lui frictionna la paroi nasale gauche. En se tortillant dans tous les sens comme un ver sur un hameçon, l’agent en détresse aperçu, vautré dans un coin, une ombre sans forme qui portait les vêtements de… oui, c’était le Lièvre ! Il était méconnaissable sans ses dents, avec son nez en choux-fleur et les pommettes tellement gonflées qu’elles cachaient ses yeux. Mais c’était bien lui ! Du moins, ce qu’il en restait. Mais cela n’avait pas d’importance pour Skrik, le Lièvre pouvait bien clamser APRÈS lui avoir gratté le blaire.

      - Eh ! Pst.. pst ! Eh, gratmoilnez ! Eh !!

        Les yeux de Skrik, agent chevronné et habitué à l’horreur du monde, se brouillèrent de larme. Oh, bien sûr l’état de Lièvre était navrant. Le pauvre allait mettre des mois avant de croquer une carotte. Il était promis à un stricte régime de soupe pour un long moment, c’était sûr et réellement déchirant quand on connaissait son goût pour la bonne bidoche, admettait volontiers Skrik. Mais surtout, il était totalement, profondément et désespéramment inconscient. Et donc également incapable de répondre à la simple requête de son compagnon d’arme. A ses supplications larmoyantes. A ses plaintes geignardes. Quelques minutes passèrent pendant lesquelles Skrik maudit le sort qui lui était réservé, il maudit également le Lièvre, le Poulet et s’en prit au reste de la basse-cours. Puis à tout le règne animal. Quand il ne trouva plus d’animaux à abhorrer vint le moment de se ressaisir.  

        Analysant calmement la situation, il remarqua premièrement qu’il était toujours à bord du navire des Wobblies. Dans la pénombres, il reconnaissait quelques visages familiers et tuméfiés. Eux aussi étaient aux fers et, pour la plupart, eux aussi inconscients. Joel brillait par son absence. Ou son corps inerte avait été rejeté à la mer, ou bien était-il interrogé par leur mystérieux agresseurs. En toute logique, il y avait donc quelqu’un à bord. Quelqu’un qui pouvait marcher librement, parler librement et se gratter le nez librement. Qui pourrait alors le libérer de son enfer personnel. La solution était là, sous son.. non, pense à autre, se conjurait-il.

      - OOOOOOH ! GRATTÉMOILNEZ !!!!

        Il avait craqué. Totalement. Sans aucun embarras, sans aucune honte. Si personne ne venait lui gratter le nez dans les prochaines secondes, alors autant le tuer, ce serait faire preuve de clémence. Il y avait bien une âme charitable ici, non ?
        L'Agent Cruise n'avait pas attrapé le pirate qu'il souhaitait donc il devait rester un peu plus longtemps sur cet équipage. Tant mieux. Cal' le Chacal lui faisait désormais confiance. Une confiance accrue vu l'efficacité de Costa durant le combat. Il avait même récupéré le titre de bosco, le leur étant mort pendant l'assaut. Son corps nourrissait surement une bête quelconque maintenant. A y penser, il se rappela qu'il avait faim. Il pouvait se rendre voir le cuisinier de l'équipage mais pour le moment celui-ci était occupé à compter les ressources des Wobblies. C'était le nom des types qu'ils avaient castagné.

        Il avait toujours la possibilité d'interroger les bonhommes qu'ils avaient cogné. Pas si con ça. Laissant ses pas le mener dans la soute du navire des Wobblies, il se mit à siffloter gentiment. Peut-être que ces types savaient où était Manova après tout. Peut-être que celui que Costa avait assommé puis saucissonné le savait. Cette pensée le réjouit. De tous les types qu'il avait passé au fer 7 en cette faste journée, c'était le seul qui avait tenu un peu le coup. S'il n'était pas mort entre temps.

        Quelle ne fût pas sa surprise quand il l'entendit beugler en avançant dans la soute. Il l'aperçut de dos, entouré de cordes plus serrées les unes que les autres et ferraillé à une chaîne. Décidemment, les Chacals ne faisaient pas dans la finesse non plus. Apercevant les regards des pirates présents dans la pièce et leurs états, il leur fit signe de se taire en posant son index sur le bec de poulet de son masque. Et en leur montrant son club également. Cela dut leur suffire car certains détournèrent le regard tandis qu'il glissa son club sous le nez du remueur.

        -Besoin d'un coup de main? Cot cot...

        D'un revers de poignet, il lui gratta le nez avec la partie intérieure de son club dans un silence gênant. Qui donc pouvait être ce type? Il semblait tout aussi agité que lui. S'installant en face de lui en tirant une chaise, Costa le dévisagea un instant. Il semblait être de ceux qui recevaient plus de coups qu'ils n'en donnaient au premier abord. Cependant, il était charpenté comme un bœuf bien musclé et il avait un regard acéré.

        - Je cherche un pirate qui s'appelle Grave. Ca t'parle?

        Il venait de lancer cela de but en blanc tandis qu'il entendait d'autres pirates arrêter de respirer ou presque. Ils semblaient connaître la proie de Costa et cela l'intéressait d'autant plus. Ce type était-il vraiment si dangereux que cela? Pff. Attrapant une dague dans sa botte, l'agent Cruise défit les liens du type qu'il interrogea et lui tendit une outre d'eau qui pendait à sa ceinture. L'eau déliait bien mieux la langue que les coups. Il l'espérait vivement. Surtout que casser un crane et nettoyer le pont souillé par l'hémoglobine lui prendrait une heure. Et il avait faim. GRMBL. Son ventre venait de gargouiller. Il fixa son regard dans celui du type. Rigole-pas ou je te termine. V'là ce que ça disait.
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        Avez-vous déjà connu un tel soulagement ? Skrik était persuadé du contraire tandis que son désir le plus cher était en train de se réaliser. Arriver enfin aux toilettes après une longue file d’attente ? Pff, ridicule. Retrouver son enfant disparu après six mois ? Non, ce n’était même pas comparable à cette sensation. Bien sûr, au-delà de la consolation qu’apportait la réalisation de son souhait, il y avait quelque chose d’étrange dans cette situation. Quelque chose de curieux, peut-être même suffisamment absurde pour inspirer un peintre quelconque qui immortaliserait – pour la postérité – cette scène inhabituelle qu’était celle d’un homme au visage de poulet grattant le nez d’un autre homme enchaîné avec le bout d’un club de golf. A dire vrai, ce tableau n’aurait sans doute pas détonné dans la décoration d’un donjon sado-masochiste et aurait peut-être même pu être source d’inspiration. Toutefois, dans la cale puante d’un navire, au milieu d’une bande de pirates sanguinaires, cela avait de quoi troubler les esprits. Les réactions auraient pu être autrement plus perceptibles si ces derniers n’étaient pas menacé de mort par l’ange providentiel de Skrik.  

          A cet instant, les motivations du Poulet étaient totalement inconnues de tous. On n’accordait pas ce genre de traitement de faveur sans attendre quelque chose en retour et c’était tout à fait clair dans l’esprit de chacun, même celui de Skrik. Sauf qu’à la différence des spectateurs, il s’en moquait royalement. C’est pour cela qu’il n’avait pas réagis à la question de l’inconnu, contrairement à l’ensemble de l’équipage. Il affichait simplement un sourire de pure béatitude, un sourire troublé seulement quelques longues et embarrassantes secondes plus tard quand l’esprit de Skrik s’arracha à sa plénitude pour rejoindre son corps meurtris.

        - Je cherche un pirate qui s'appelle Grave. Ca t'parle?

          Thomas « Grave » Manova était la raison-même de sa présence à bord. Alors oui, ça lui parlait. Skrik entendait aussi, par cette simple question, que le type en face de lui n’était probablement pas un pirate ordinaire. Un chasseur de prime peut-être ? Lui aussi sur les traces de Grave ? Ce serait là une improbable coïncidence et dans la logique terre à terre de Skrik, très peu crédible. Alors quoi ? Un homme de Grave qui chercherait à évaluer sa notoriété ? Ou bien les raisons de sa mission avaient été éventées et Skrik était grillé ? Mettre la main sur des renseignements du Cipher Pole pouvait être difficile, mais pas impossible et Skrik mit cette option de côté alors qu’une autre possibilité se présentait à lui.

        - Tout l’monde connaît Grave, l’ami.

          Il fixait son interlocuteur d’un air affable, espérant inciter sa sympathie et de nouvelles informations. Skrik devait la jouer fine s’il ne voulait pas finir au fond de la mer à nourrir les poissons.  

        - J’peux ptet’ t’aider à l’renc’trer, si c’est c’que t’veux.

          Le paris était risqué. Mais quel choix avait-il ? Au moins, aux yeux de l’équipage, Skrik essayait de sauver sa peau, sans vendre son âme. Restait à espérer que l’homme poulet comprenne le message. Il l’avait épargné pour une raison et Skrik avait tout intérêt à lui en fournir une autre pour allonger sa propre espérance de vie en tant que prisonnier. Et puis il y avait cette théorie, qu’il ne pouvait pas totalement rejeter même si cela lui coûtait. Le Poulet et lui partageait non seulement le même objectif, mais également la même allégeance ce qui signifierait que le CP avait lancé deux hommes sans les avertir. Une décision qui n’aurait rien de surprenant.

        - ‘coute, t’pourrais m’détacher et ‘lors on partag’rait nos info’. Qu’est-ce t’en dis ?  
          Bon, il connaissait Grave. C'était déjà une bonne chose. Mais attendez. Poulet se dégouta un instant. C'était lui ou ce type venait de prendre du plaisir à se faire gratter le nez? Il avait presque senti les muscles du détenu se raidir. Eurk. Il se contenta de ne plus y penser. Apparemment, tout le monde connaissait Grave. Super. Merci du tuyau l'asticot. Il envisagea un moment de lui briser le crane comme à tant d'autres bougres qui ne savaient pas se battre, se taire ou au contraire parler au bon moment.

          - J’peux ptet’ t’aider à l’renc’trer, si c’est c’que t’veux.

          AH. Là son attention était portée sur lui. Pour une phrase de plus. Le type voulait être détaché pour partager des infos. Hmpf. Costa aurait-il envie de perdre son temps? Rien n'était moins sur. Il pouvait lui éclater la tronche une nouvelle fois, aller manger et revenir quand le type aurait repris conscience. C'était tout à fait envisageable. GROOOOOOOOOOOOR. Son ventre gronda une nouvelle fois. Fuuu. Il n'aurait pas le temps de faire les deux. Quoique? En même temps? D'un coup de canif, il fit sauter les liens en fixant le type de son air de poulet stoïque. Si le type caftait, c'était soit un pirate un peu trop con soit un type là pour d'autres raisons. Autant l'écouter. En mangeant.

          - Ramènes ton cul. On va manger un morceau. Et passes devant.

          Il le fit monter dans l'ex-cabine du capitaine des Wobblies, grapillant au passage quelques vivres dans l'autre partie de la soute. Charcutaille, fromage, un peu de rhum. De quoi vivre une vie de pirate heureux. Ou d'agent du gouvernement affamé. Engloutissant un quart du brie qui était posé devant lui, il laissa le type se remettre de ses émotions quelques instants avant de parler la bouche à moitié pleine.

          - Alors? Hm..m'nova, l'est où? Pis t'es qui toi?

          D'un coup de main, il rompit un quignon du pain qui trainait sur la table, récemment utilisée pour ripailler suite à la victoire et il en cura la mie. Les Chacals se reposaient quelques heures avant de reprendre la mer avec leur prise. Ils avaient un peu trop festoyé et beaucoup d'entre eux pionçaient à cette heure-ci. Du bout de sa lame, Costa annoonça à l'autre gars qu'il pouvait se servir. C'tait peut-être son dernier repas mais Cruise était un chic type. Toujours tuer des gens au ventre plein. C'était toujours un grief de moins si le bonhomme le maudissait depuis l'au-delà. Au delà des apparences, il était tout à fait prêt à achever ce type. Aussi tenta-t-il le jeu de sortir de sa poche ses ordres de mission et de les reconsulter. Oui. C'était bien Manova qu'il cherchait. Il les remit dans sa poche et lorgna en face. Qu'importe si ce type avait lu quelque chose sur les papiers, il aurait qu'à le buter si jamais il se mettait à piailler.
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          Libéré des liens qui le maintenaient dans une position inconfortable et surtout l’empêchaient de subvenir à ses instincts parmi les plus primaires, Skrik, contre tout sens commun, éprouva une bouffée de sympathie pour l’homme-poulet. Il aurait presque pu oublier que c’était par sa faute qu’il s’était retrouvé ainsi ligoté, en premier lieu. Presque. Le syndrome de Stockholm, dont Skrik ne pouvait pas avoir entendu parler pour des raisons évidentes, n’avait pas encore frappé. Tout en se massant les poignets et en étirant ses muscles endoloris comme une ménagère à son cours de yoga quotidien, Skrik se demandait bien ce qu’il allait faire maintenant. Son sort était loin d’être assuré et son instinct lui dictait qu’un pas de travers ou un mot en trop pourrait bien faire basculer son destin vers une fin tragique. Le mieux à faire restait donc de marcher droit et de fermer sa gueule, une chance que cela fusse des activités auxquelles Skrik excellait.

          - Ramènes ton cul. On va manger un morceau. Et passes devant.

            En voilà une riche idée. Après toutes ces émotions, l’estomac du jeune agent était un peu noué, mais quitte à ce qu’on lui fasse avaler son bulletin de naissance autant l’accompagner d’un peu de rhum et d’une tranche de fromage. Skrik, fidèle à son commandement, ne pipa mot. Malheureusement, entre sa commotion cérébrale et tout le sang qui maculait le sol, il n’était pas au meilleur de sa forme et avait bien du mal à mettre un pied devant l’autre, comme s’il était déjà ivre. Il lui fallait mobiliser toutes ses ressources pour ne pas s’effondrer à genoux.

            Sur ses talons, alors qu’il grimpait les escaliers menant au pont supérieur, Skrik pouvait sentir les pulsions de mort qui émanaient de Poulet au rythme de son propre cœur qui battait dans sa poitrine. Lorsqu’il butta contre une marche et manqua de tomber à la renverse, Skrik sentit que son palpitait avait connu quelques ratés. En tant qu’agent du CP2, il était régulièrement amené à risquer sa vie et il n’en avait pas peur, mais quelque chose dans l’attitude de l’autre homme avait de quoi hérisser les poils de sa nuque, une traînée de sueur froide maculait le dos de sa chemise. Respire, calme-toi, s’intimait-il. Il tâchait de penser à quelque chose de plus agréable, comme une nuit à bord d’un frêle esquif passée à pêcher en éclusant quelques bières fraîches. Les muscles de son corps se décontractèrent, doucement, lentement, mais sûrement.

            Arrivé dans ce qui était encore la veille la cabine de son capitaine, Skrik se reconnecta à la réalité. Il savait, il sentait que c’était le moment ou jamais pour prouver qu’il valait plus vivant que mort. Il allait devoir se montrer sacrément convainquant et n’était même pas sûr d’être lui-même convaincu. Le Poulet s’installa à table, comme s’il était chez lui, et attaqua sans vergogne un morceau de fromage innocent. Le message était clair comme du cristal, met toi à table aussi littéralement que métaphoriquement.

          - Alors? Hm..m'nova, l'est où? Pis t'es qui toi?

            Bon, gagne du temps. C’était l’une des première leçon apprise pendant sa formation. Gagne du temps. Il s’y appliqua en finissant de mâcher un morceau de pain insipide. Comme il n’avait pas de réponse satisfaisante à lui soumettre, Skrik devait trouver autre chose. Feintant de réfléchir à la question en grattant sa barbe hirsute, il s’était saisi de la bouteille et servit généreusement son hôte. Quitte ou double, pour peu que le type en face ait l’alcool mauvais.

          - Skrik, moi c’est Skrik. Et j’sais pas où est Manova… Mais ‘tends avant d’me fracass’ l’crâne, j’peux t’dire où il s’ra. OK ?!

            Ce qui était partiellement vrai. Le capitaine et Grave avaient convenu d’un rendez-vous prochain et Skrik avait une petite idée du lieu et de la date. Une petite idée, seulement. Pour détendre l’atmosphère qu’on aurait pu découper à coups de hache, Skrik s’était levé de table pour préparer la suite du repas. Il n’avait rien d’un grand chef, mais à force de vivre seul au milieu de nulle part, il avait acquis les bases permettant de proposer décemment un repas à quelqu’un de pas trop exigeant. Sur un feu vif, il faisait revenir deux filets de poissons frais et leurs chaires blanches dégageaient un doux fumet tandis qu’un Skrik épuisé ajoutait des aromates. Pas de quoi avoir honte, pensait Skrik alors qu’un détail attira son attention dans le reflet d’une fenêtre. Poulet avait déplié et observé un bout de papier. Un avis de recherche ? Sa thèse du chasseur de prime se confirmait-elle? Alors qu’il servait le poisson à table, Skrik observa plus attentivement Poulet, cherchant désespéramment le moindre indice qui révélerait ses objectifs et son identité. Sur le ton de la conversation, comme s’ils étaient à un dîner tout à fait ordinaire, Skrik lui demanda :

          - T’es un genre d’chasseur d’primes ?

            La question était posée, mais Skrik était presque sûr que la réponse serait négative. Il y avait chez cet homme quelque chose de différent, une posture et une attitude qui, en un sens, lui rappelait la sienne. Sous ce masque de Poulet se cachait un combattant très bien entraîné et plus dangereux qu’un imbécile qui court après une prime. En revanche, c’était définitivement un chasseur. Un prédateur.
            MANGER. VOMIR. TRIPER. Euh... MENTIR VOLER TRICHER. C'était quoi les trois principes déjà? Aucune idée. Costa avait le ventre un peu plus plein chaque minute et son humeur s'améliorait sensiblement. De là à libérer son prisonnier... Non je déconne. Le p'tit père devant lui avait une sacrée paire de testiboules. Il commença à gnoquer d'la bouffe. Du pain pour commencer pis v'là qu'il commençait à toucher aux bouteilles. Bah vas-y mon p'tit. Y a moyen que ce soit ton dernier jour sur les mers et pas dessous. Profite.
            Il s'appelait Skrik. Chelou comme nom. Ca lui disait vaguement quelque chose. Peut-être qu'il l'avait lu dans un listing. Des types dangereux sur les Blues? Bizarre. Un listing d'agents? Encore plus improbable. Quoique... Le doute commençait sérieusement à s'instiller en lui.

            Semblant apparemment savoir où se rendait Manova, le Skrik venait également de lui dire que le capitaine des Wobblies et Manova avaient rendez-vous. Le hic? Les Wobblies n'étaient plus. M'enfin. Skrik venait également de se mettre à cuisiner. Il savait être diplomate; Costa le laissa faire revenir du poisson. Oui il avait sans doute pris un couteau pour cela mais rien de dangereux. Il devait s'en douter car il n'émanait pas de lui un sentiment de rebellion quelconque.

            - Chasseur de primes? Je travaille pour le Gouvernement. Le CP5 ça te parle?

            Devant l'air interdit de son interlocuteur qui venait de se raidir, il ajouta en se ressaisissant un peu et en engloutissant un morceau de poisson au passage.

            - N'essaie même pas d'en parler à quelqu'un d'autre ou je bute tout le navire.

            Le poisson était délicieusement bien cuit. En papillote avec un filet d'huile d'olives et quelques purées de légumes, c'eut été un festin. Mais l'heure n'était pas au festin. Elle était aux questions. Costa se racla la gorge et continua.

            - Bon. Manova, on se le fait comment? T'as un plan?

            Costa sentit un changement dans le comportement de Skrik. Comme si le fait d'avoir révélé son appartenance au CP était quelque chose de grave. Ou de soulageant pour lui quand il le vit se détendre. Skrik. Skrik. Skrik. Cela lui disait définitivement quelque chose...
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            Drôle de coutume que le dernier repas du condamné, n’est-ce pas ? Nous sommes, en tant que civilisation, prêt à donner la mort dans le cadre d’une certaine forme de justice, mais nous sommes conscient que c’est peut-être cruel et nous offrons, comme un cadeau de consolation, un repas. Un repas ! A quel point l’acte de consommer de la nourriture est-il important ? Qui s’est dit, un jour, qu’il faudrait quand même proposer un dernier gueuleton avant d’ôter la vie ? C’est quand même extraordinaire. Pourquoi pas un saut en parachute ou une partie de jambes en l’air ? Non, il fallait que ce soit un dîner. Au fond, ce n’était peut-être que l’astuce d’un bourreau qui trouva dans cette tradition un moyen de manger à l’œil. Un cadeau moins destiné à celui qui le reçoit qu’à celui qui l’offre. Ne dit on pas « plaisir d’offrir, joie de recevoir » ? La bouche pleine de poisson, bien conscient qu’il savourait probablement son dernier repas en compagnie de son exécuteur, Skrik se posait un tas de questions auxquelles il n’espérait pas forcément de réponse. Seulement, parfois, les réponses viennent quand même sous une forme inattendue et vous allez devoir faire avec.

            - Chasseur de primes? Je travaille pour le Gouvernement. Le CP5 ça te parle?

            Un peu que ça lui parlait ! Skrik, lui-même agent du CP2, manqua d’avaler de travers et de mourir de la plus bête des façons avec une arrête coincée dans la gorge. C’était, certes, rassurant à certains égards. Il n’allait pas tuer un collègue, même d’une branche rivale. D’un autre côté… Les agents du Cipher Pol n’étaient pas réputés pour être des enfants de cœur et l’élimination d’un camarade, sans être dans leur habitude, n’était pas tout à fait exclue. Rien, dans la formation, n’était réellement précisé à ce propos. En outre, l’agent Poulet ici présent avait le profil de quelqu’un que ça ne dérangerait pas, qui considérait le meurtre comme un étape de plus sur leur agenda. Il avait l’art et la manière de le prouver.

            - N'essaie même pas d'en parler à quelqu'un d'autre ou je bute tout le navire.

            Comme ça les choses sont claires, nettes. Précises. On ne parle pas de buter tout un navire comme ça, littéralement entre la poire et le fromage, à moins d’être un authentique psychopathe. C’était d’ailleurs une constante chez les agents que Skrik avait déjà rencontré. La conclusion logique serait donc de déduire qu’il était lui-même un danger public ? Malgré tout ce qu’il avait accomplis, Skrik ne s’était jamais considéré comme un fou lunatique, et pourtant… Seulement, ce n’était ni le moment pour une introspection qui s’avérerait certainement aussi pénible qu’enrichissante, ni pour savourer ce poisson cuit en papillote, pourtant délicieux. En effet, une question avait été posée et cette question, par sa nature même, attendait une réponse. Quant à la nature de l’agent Poulet, tout portait à croire qu’elle n’était pas du genre patiente ou même compréhensive.

            - Bon. Manova, on se le fait comment? T'as un plan?

            Un plan ? C’était vite dit. La priorité du moment étant d’avaler cette bouchée et d’en faire une bouchée parmi tant d’autre, pas la dernière bouchée. Skrik retourna le problème dans sa tête un instant et se demandait si avouer sa propre appartenance au Cipher Pol se révélerait pertinent. Dans le pire des cas, l’autre agent ne le croirait simplement pas. Non, Skrik balaya cette idée. Dans le pire des cas, l’autre agent le prendrait pour un menteur et abrégerait sa vie avant le dessert. Des poires au sirop. Comment le convaincre. Les neurones du jeune agent tournaient à plein régime. Il connaissait certains agents du CP5, il avait d’ailleurs déjà entendu parler de celui qui portait un masque… Skrik maudissait son incapacité pathologique à se souvenir du moindre prénom. Soudain, un éclair de génie le frappa.

            - Mais oui, t’es l’Agent Poulet !

            Bon, pour le génie, on repassera peut-être plus tard. L’Agent Poulet. Aperçu brièvement il y a longtemps. Il avait un nom, oui… mais pour Skrik c’était seulement l’Agent Poulet.

            - J’suis Skrik ! Du CP2. Et j’connais bien le directeur d’ta section... un gros con à c’propos. J’me souviens plus d’son nom.. Homard ? Fred ? Non c’pas ça…

            Le directeur en question n’avait pas spécialement sa place dans le cœur de Skrik, d’autant plus qu’il était passé un peu trop près de la mort à cause de lui lors d’une de ses premières missions d’agent. Il aurait pu discourir encore un moment à propos de ce cafard – était-ce son nom ? - qui sévissait dans les bureaux depuis des années, ce qui pouvait s’avérer peu judicieux sans connaître les liens qui unissaient les deux hommes. De toute façon, les deux agents auraient bien le temps d’en parler plus tard – si plus tard il y avait – car pour l’heure un affaire plus urgente les pressaient. En effet, à bord, c’était le branle-bas de combat. Mais à chaque chose malheur est bon. L’apparition d’un navire ennemi remisait à plus tard la question d’un plan inexistant et offrait quelques instants de répits à Skrik, si tant est qu’il survive à l’abordage qui ne saurait tarder.

            A défaut de son arme fétiche qui lui avait été retiré précédemment, Skrik n’avait pour arme qu’un couteau de cuisine quand il sortir sur le pont avec l’Agent Poulet. Une arme de secours qui n’aura même pas eu l’occasion de goûter au sang ennemi qu’une balle perdue venait réduire en pièces. Un rapide coup d’œil vers le pavillon ennemi indiqua à Skrik à qui ils avaient affaire. Pour se faire entendre au milieu des coups de canons et du choc des lames, il hurla à son collègue :

            - C’lui ! C’l’équipage d’Grave ! J’ai b’soin d’mon arme, elle est où ?! Où est mon harpon ?

            En effet, Thomas « Grave » Manova était venu à eux, à bord bien évidemment de son vaisseau de guerre et en compagnie de ses hommes qui, à défaut d’une hygiène dentaire respectable, collectionnaient les dents de leurs victimes pour en faire des colliers. Des vrais poètes. Skrik, qui tenait à ses dents, comptait bien les défendre chèrement.

             
              Agent Poulet ! Agent POULET ! WOW AGENT POULET ! Costa faillit fendre le crâne au moment où il entendit la mention du mot agent accolé au mot poulet. Malheureusement pour lui, cela ne signifiait qu'une chose. Ce type savait qui il était. C'était soit un infiltré au sein du gouvernement mondial ayant eu assez d'infos sur les CP pour le menacer soit... Non il n'y avait qu'une option. Vu les capacités de combat de l'homme, il n'était sans doute pas un infiltré. Skrik. Ah. Le CP2. Et bah voilà d'où ça lui revenait. Il avait bien dû voir le nom sur un listing d'agents.

              - Scorpio. Et c'pas un dirlo' c't'un admin. Mais oui, fit-il en hochant la tête, c'est bien une roulure.

              Costa, perdu dans ses pensées, entreprit de défaire le prisonnier. Ils avaient mangé ensemble. Le type était d'la maison. Tous les feux étaient au vert pour qu'ils s'entraident. Il allait fallait expliquer ça au Chacal. Ou le buter. Aussi sympathique qu'il puisse être, c'était un pirate lui aussi.
              Les réflexions de Costa furent vite interrompues. L'alerte venait d'être sonnée car un navire fonçait droit sur eux. Manova. Au vu de Skrik qui s'excitait, c'était sans nul doute sa proie. D'un geste de la main, il indiqua un tonneau où avaient été foutues les armes des captifs. Le harpon de Skrik y était sans doute. Un harpon? Original cela dit. Quoiqu'un club de golf ait plus de prestance.

              Chac le Chacal se mit à hurler des ordres rapidement. Les deux navires étant proches, Manova pouvait sans aucun souci se permettre de les aborder. Son navire les dépassait de plusieurs têtes et avait à son bord une jolie collection d'arracheurs de dents au sens propre du terme. Dans la vigie de son navire, un type bizarre vêtu hurlait.

              - TOP ! DANS LE COIN SUPERIEUR GAUCHE, L'EQUIPAGE DE CHALLENGERS AU PAVILLON DE CHACALS ! DE SOMBRES INCONNUS AUX DENTS TROP LONGUES POUR LEUR BIEN. PALMARES CONNU UNE VICTOIRE ET UNE DEFAITE A VENIR HAHA.  DANS LE COIN SUPERIEUR DROIT, THOMAS "GRAVE" MANOVA ET SON EQUIPAGE DE DENTISTES DE L'EXTREME, INVAINCUS SUR CETTE BLUE DEPUIS DE NOMBREUX MOIS POUR UN COMPTEUR DE QUINZE VICTOIRES ET ZERO DEFAITES !

              A ces mots, un cri et des hourras embrasèrent le pont du navire qui leur fonçait droit dessus. Au vu de leur attirail, ça sentait bon l'abordage. Les Chacals se regroupèrent sur le pont des d'un des deux navires. Leur but allait être de se carapater au plus vite. Voyant Costa, Chac lui fit signe de les rejoindre. Costa lui mima un non et pointa du doigt le sol du pont où il se trouvait ainsi que son poing. Il allait se battre ici. Avec les prisonniers s'il le fallait. Cela leur permettrait de gagner du temps. Et puis peut-être de se faire Manova en somme. A confirmer. Le Chacal eut un regard surpris et sourit. Il devait se douter que Costa jouait double jeu mais sa décision de rester couvrir le navire vaincu était tout à son honneur. Cela empêcherait les Chacals de South de trop être pris à revers.

              Tandis que le navire fendait les flots et que les Chacals faisaient tout pour reprendre le vent, Costa se tourna.

              - Alors Cendrillon, tu as retrouvé ton soulier ?


              Un harpon... Franchement.
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              De nombreuses rumeurs circulaient à propos de Grave et de son équipage maudit, on disait ici qu’ils se battaient comme démons et qu’à leur tête le capitaine prenait un malin plaisir à arracher les dents de ses ennemis après les avoir décapité. Ailleurs, certains allaient même jusqu’à raconter qu’il était capable de vous les arracher – sans anesthésie bien sûr – avec le crochet en acier qui remplaçait sa main gauche. Qu’elles soient véridiques ou qu’elles s’amusent à jouer avec la peur ancestrale et primaire des dentistes, les légendes ne rendaient en tout cas pas justice à l’épouvante qui vous saisissait à la vu de ces ignobles praticiens qui ne respectaient certainement pas les normes d’hygiènes les plus élémentaires. Chez les pirates qui s’étaient emparés du navire des Wobblies, certains parmi les moins aguerris peinaient à contrôler leurs genoux qui s’entrechoquaient. Le palmarès, scandé à tue-tête par la vigie des arracheurs de dents, n’étaient pas des plus rassurant et le pronostic penchait plutôt en leur faveur. Bien sûr, c’était sans compter sur la présence de deux challengers qui pourraient surprendre et déjouer les prévisions. Deux hommes, deux agents surentraînés, deux psychopathes en puissance et qui avaient pour intention de reprendre le monopole sur la récolte des chicots.

              - Alors Cendrillon, tu as retrouvé ton soulier ?

              Skrik observa un moment l’agent Poulet, en se demandant de quoi il pouvait bien parler. Décidément ce type était bizarre. L’important, en tout cas, était qu’il était parvenu à récupérer son harpon, faisant de lui le plus heureux des hommes. Sa lame semblait avide du sang dont elle avait été privée trop longtemps et Skrik comptait bien rattraper le temps perdu et même prendre de l’avance. De toute façon la tournure des événements indiquaient qu’il aurait bientôt toute latitude pour y parvenir. Le jeune homme aplatit sa main sur l’épaule de son collègue pour le remercier.

              - Elle est bizarre ton arme camarade, c’est quoi au juste ?

              Un boulet passa entre leur deux visages avant de s’écraser plus loin en causant d’importants dégâts sur ce rafiot qui, à peine échappé d’un combat, nécessitait déjà de nombreuses réparations. Si sur le pont le chaos était déjà bien en place, Skrik n’osait imaginer ce que pouvait vivre ses anciens compagnons dans leur cellules plus bas. Les pirates venus avec l’agent Poulet espéraient encore pouvoir s’échapper pour remettre l’affrontement à plus tard, mais c’était peine perdue. Le vaisseau de Grave était plus rapide et surtout intact, l’abordage n’était qu’une question de temps et plus tôt le réaliseraient-ils, plus leurs chances d’y survivre augmenteraient. Le jeune agent fit un rapide calcul. Les chiffres, pour le moment, n’étaient pas de leur côté et même si son collègue était redoutable il redoutait que cela ne suffise pas pour qu’ils survivent tous à l’affrontement imminent.

              - On d’vrait libérer les gars en bas pour qu’ils s’battent avec nous. Et pis ils méritent pas d’crever comme ça !

              Skrik se surprit lui-même à penser cela tandis qu’il se précipitait pour rejoindre les cales et délivrer les rares hommes capable de prendre les armes pour se battre, à peine une quinzaine qui ne comprenaient pas bien ce qu’il se passait mais sentait que l’urgence se trouvait ailleurs. Malheureusement, Lapin n’était pas en état et il n’eut guère que la force de lever le pouce en direction de Skrik qui lui rendit la politesse. Après cela, ils se précipitèrent pour remonter à la surface où, d’une minute à l’autre, les hommes de Grave débarqueraient en force. Poulet lui aussi avait donné ses consignes et peut-être que son aura suffisait ou que ses camarades craignaient plus sa colère que la mort, mais quoi qu’il en soit ils étaient prêts. Fusils chargés, sabres au clair, ils se défendraient même si l’issue semblait perdue d’avance. Ennemis quelques heures plus tôt et à présent alliés, cette équipe hétéroclite ne flancherait pas si facilement.

              Ils s’étaient préparés à l’impact, mais la violence du choc dépassait largement leurs attentes. Le son du bois qui craquait, ployait et finalement rompait était lui aussi plus impressionnant qu’ils ne l’avaient imaginés, comme si la foudre s’était abattue sur eux. Le résultat n’aurait pas été si différent. Skrik n’avait jamais rien vu de pareil. La violence des batailles navales n’avait rien à voir avec celles menées sur le sol. Ici l’ennemi pouvait arriver de nulle part, frapper dans votre dos avant même de l’avoir remarqué et le bois sous vos pieds pouvait se dérober sans crier gare et votre tête passait au fil d’une épée en un clin d’œil. Avec le manche de son harpon Skrik frappait le pont à intervalles réguliers. L’impatience le gagnait alors que l’ennemi tardait à se manifester et les coups de feu qui claquaient se perdaient dans le vide océanique. Skrik frappait et bientôt les pirates superposèrent le fracas de leurs armes sur son rythme. Puis les hommes de Grave apparurent comme une lame de font qui emportait tout sur son passage. Ce spectacle avait quelque chose d’hypnotique, mais pour Skrik l’heure n’était pas à l’ébahissement. Au loin, il entendait la voix d’un homme qui hurlait à s’époumoner.

              - PAS DE QUARTIER ! PAS DE PITIÉ !

              Non, Skrik n’en ferait pas preuve se promit-il. Et le premier malheureux qui de dressa face à lui en fut le malheureux témoin. Les lames pointues du harpon l’avait déchiqueté dans un seul mouvement, digne d’un boucher habitué à désosser d’un coup sec, mécanique, maîtrisé à la perfection après s’être chargé d’un milliers, d’un million de bêtes… plus qu’il ne saurait en compter. Les prochaines têtes tomberaient comme les autres et leur sang aura la même couleur quand il se diluera dans les profondeurs de la mer.
                Il avait pas pigé la référence sur Cendrillon. Dommage. Mais ils devraient tout de même lire un peu plus au CP2. Lire tout court parfois. Cette pensée traversa l'esprit de Costa un instant tandis qu'un boulet fusa entre eux. Au même moment où Tagata lui demandait quelle était son arme. Son "arme". Comme il y allait fort lui... C'était un club de golf. Un outil utilisé dans un des sports les plus nobles et les plus classes qui soient. Costa avait souvent vu des images de golfeurs dans les journaux et ça l'avait intrigué. Jusqu'au jour où son grand-père, dans un de ses rares bons jours, l'avait emmené sur un des nombreux terrains de golf pour riches de Red Line. Il avait a-do-ré. OK, il avait failli tuer deux trois personnes par inadvertance sur le practice mais bon... Il s'était bien entrainé depuis et son swing était irréprochable.

                - Ca s'appelle un club de golf. C't'un sport où faut faire rentrer une balle dans un trou. En plusieurs essais parce que c'est difficile. Du basket avec une longue tige en acier en gros. Mais au sol. Tu comprends?

                Skrik avait pas trop pris le temps de l'écouter selon lui. Il avait l'air un peu affolé et l'avancée fulgurante de Manova et d'son rafiot semblait l'inquiéter un peu trop. Il voulait libérer les types enfermés en dessous. Rah et pis merde. Plus on est de fous plus on rit comme disaient les fous. Ca avait l'air de bien les faire marrer. Pas ceux sur le pont en attendant. Costa en voyait certains se pissaient dessus à la vue des types qui naviguaient vers eux en beuglant comme des veaux. Leurs mains tremblaient et leurs dents faisaient déjà du bruxisme. Rah. Flipettes. Il fallait leur faire un p'tit discours. Montant dans un des cordages, Cruise se mit à hurler pour motiver les troupes.

                - Ecoutez-moi bien bande de ragondins puants ! Les bâtards qui nous foncent dessus sont tout aussi humains que nous. Et ils puent p'têtre bien plus du bec que nous. Alors arrêtez d'vous chier dans le froc. On peut leur faire la peau et c'est pas leurs colliers en molaires qui vont nous arrêter ! Est-ce que vous êtes avec moi?

                Silence gêné tandis que le speaker du navire de Manova criait. Apparemment, les colliers de dents faisaient plus effet que la première partie de son discours. Merde. Il n'avait pas été le plus doué des élèves en rhétorique. Il était meilleur pour improviser sur son capital charisme.

                - ON VIENT POUR VOUS FAIRE LA PEAU MESDAMES ! J'ESPERE QUE VOUS AVEZ BIEN LES DENTS PROPR...

                BANG. Plouf. Un corps dans l'eau et tout de suite moins de bruit.

                Costa laissa fumer le pistolet un instant avant de le caler entre son pantalon et sa ceinture. Tout était minutieusement calculé. Chaque geste et même sa posture, une main sur le cordage, le corps penché vers l'adversité. Le masque de poulet reflétant le soleil.  D'un air théâtral, il se tourna vers les hommes et femmes qui peuplaient le pont et cria:

                - EST-CE QUE VOUS ÊTES AVEC MOI?

                La clameur fit vibrer le pont tandis que l'intégralité des individus en présence exprimait leur accord. Costa sourit sous son masque. Il avait bien fait de ne pas s'endormir pendant le module de formation à la manipulations des masses. Les pirates des Blues étaient si faciles à embrouiller. Pendant le même instant, les Wobblies libérés débarquaient sur le pont, prêts à s'associer avec ceux qui les avaient capturé quelques heures plus tôt. La vie était étrangement faite vue ainsi. Regardant le navire leur foncer dessus pour l'abordage, Costa se mit au premier rang, collé au bastingage. L'impact allait être brutal mais il avait la technique. Avant que le navire ennemi ne les percute, il sauta par dessus bord en direction de celui-ci, laissant l'impact se produire pendant qu'il était dans les airs.

                Cela avait en premier lieu l'avantage de l'effet de surprise. La plupart des adversaires se préparaient à l'impact et donc l'un d'entre eux prit un coup de club avant de pouvoir réagir. One down. De quelques mouvements de bras, il faucha quelques bonhommes avant d'avancer sur le pont. Dans l'affrontement, il ne perçut même pas que les adversaires étaient plus nombreux. Il cherchait Manova. Après tout, c'était lui la cible de la mission. L'apercevant crier un "Pas de quartier sonore", il ne vit pas le colosse à côté de lui le charger et lui mettre un violent coup d'épaule. Déséquilibré, il tourna son corps de manière à faire face et essaya de reprendre pied. Jusqu'à ce que ce dernier ne rencontre un cordage. Et il trébucha.

                PLOUF.

                One drowned?



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