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Cipher Pol, mensonges et chevaux.

  Il paraît que cette île est surnommée La terre des dieux, que l’air qu’on y respire est plus pur que partout ailleurs dans ce monde. A en croire la grimace de dégoût qu’il affichait, Skrik n’était visiblement pas de cet avis. Il paraît aussi que le château qui y a été bâti est l’un des joyeux de l’architecture humaine. Pour Skrik, ce n’est jamais qu’un tas de cailloux. Et ça l’énerve, les cailloux. Quand il est arrivé, la veille au soir après un voyage de plusieurs semaines à bord d’une succession de navires marchands et de vaisseaux de la Marine, on l’informa de la chance qu’il avait de fouler cette terre bénie. Au milieu des citadins et des nobles qui déambulaient dans les rues comme des rats, Skrik se surprit à regretter les soldats puants la sueur et les négociants malhonnêtes. Au moins avec eux, il savait à quoi s’attendre. Ici, tout n’est que mensonges, illusions et mensonges dissimulés par plus d’illusions encore. Ici, la cruelle réalité de notre monde le frappa plus durement qu’en mer alors qu'au milieu de l'opulence et la richesse survivent des hommes, des femmes et des enfants réduits à l'état d'esclave, que l'on aurait dépossédé de leur statut d’êtres vivants pour n’être plus que des propriétés.

  En se grattant la barbe, Skrik songea à ce qui l’avait amené à Marie-Joie. Quand ses supérieurs au Cipher Pol – la police secrète du Gouvernement Mondial – lui confièrent la mission de se rentre à la capitale il l’accepta parce qu’il n’avait de toute façon pas le choix, mais de mauvaise grâce. L’objectif étant de contacter un nouvel agent avec qui il était censé par la suite collaborer sur plusieurs missions d’une importance capitale tout en le gardant à l’œil pour une raison qu’il «  n’avait pas besoin de savoir pour le moment » afin de «  garder les informations compartimentées et éviter une fuite ». A dire vrai, Skrik se fichait bien des raisons, des causes et des intérêts qu’il sert en travaillant pour le Gouvernement. Sa curiosité s’arrête précisément au salaire qui lui est versé chaque mois. Une somme bien trop insuffisante pour faire preuve de zèle.

  La seule information en sa possession : une simple photographie où le visage de Farore S. Corsandre apparaissait au milieu de ce qui pouvait être une forêt ou une jungle que Skrik estima comme provenant de North Blue, mais aucun indice ne lui permettait de se faire une idée sur la jeune femme, son identité, son rôle ou quoi que ce soit révélant une information pertinente. Même ses cheveux d’un gris cendré rendait difficile une appréciation de son âge. Skrik observa le portrait une dernière fois et malgré son désintérêt pour le sexe opposé, il était forcé d’admettre que la femme y qui figurait était d’une indiscutable beauté. Sans y accorder plus d’importance, il chiffonna la photographie et la jeta d’un mouvement lest du poignet dans le feu qui agonisait à ses pieds. Il se leva d’un bond et, jugeant la position du soleil dans le ciel, jugea qu’il était l’heure de se mettre en route.

  Plutôt que de dépenser sa solde dans un hôtel hors de prix et dans lequel il se sentirait forcément claustrophobe, Skrik avait monté un campement de fortune sur un bout de plage dans un coin isolé qu’il avait mis plusieurs heures à trouver. Et après une nuit à la belle étoile, le jeune homme se sentait prêt à affronter les vicissitudes du monde moderne. Il débarrassa ses habits du sable qui s’y était infiltré et rangea ses maigres affaires. Son arme lui avait été confisquée à son arrivée au port. Son statut de membre du CP2 – de par sa nature secrète – ne lui fut d’aucune aide. Pas d’arme au château ! L’absence de son harpon se faisait sentir à chaque pas, au déséquilibre qu’il ressentait en arpentant les pavés. Skrik sentit un petit pincement au cœur en imaginant son arme chérie entre les mains brusques d’un inconnu. Il se promit de lui offrir un traitement de faveur dès qu’ils se retrouveraient et qu’il éliminerait cet imbécile de garde s’il avait eu loutre couidance (Skrik n’était pas sûr du mot) de l’abîmer.

  Selon les instructions qui lui avait été communiqués discrètement pendant son voyage, Skrik devait attendre l’agent Corsandre à proximité d’une des nombreuses fontaines qui poussaient à Marie-Joie comme des champignons. Précisément, une fontaine présentant des chevaux sculptés en plein galop et qui frappaient l’eau de leurs sabots. Skrik s’en approcha pour apprécier le caractère sauvage que l’artiste avait su exprimer avec une matière aussi figée que le marbre. Malgré l’heure matinale, il avait déjà trop chaud, empêtré qu'il était dans les vêtements civils qu'il portait. En fait, il faisait toujours trop chaud en ville. L’air y était piégé et ne pouvait pas circuler comme sa nature l’y poussait. Assis à l’ombre d’un arbre qu’on avait honteusement piégé dans la pierre, Skrik s’abîmait dans la contemplation de l’eau en attendant que la raison de sa présence ici se manifeste enfin et jouait machinalement avec le petit insigne en métal qui devait permettre à l'agent inconnu de le reconnaître.
    Marie-Joie est décidément un lieu plein de surprise. A peine avait-elle quitter le bureau du coordinateur qu’un message s’était présenté à Farore. Il lui tend un pli qu’elle ouvre aussitôt sans pour autant prendre la peine de remercier le coursier. Elle jete l’enveloppe dans la poubelle la plus proche : un lieu de rendez-vous est indiqué, un rendez-vous avec un agent du Cipher Pol 2, un nom, un prénom, totalement inconnu pour la jeune femme.
    Le Cipher Pol 5 voulait s’assurer de son intégrité ? Ou est-ce là une nouvelle mission qui mettrait en exergue les compétences financières non négligeables de Farore ? Elle n’en n’avait aucune idée, mais en tant qu’agent en formation il valait mieux filer droit et faire fissa ce qui est demandé dans la lettre sans mot dire. C’est d’ailleurs bien ce qu’elle fait puisqu’elle sort du bureau du Cipher Pol 5 sans chercher à prendre contact avec l’agent Cruise qui l’attendait sûrement pour déguster des ailes de poulet. A moins que… les ailes de poulet ne soient considérés comme du cannibalisme pour lui ?

    Elle pousse la lourde porte du hall pour se retrouver de nouveau dans les rues de Mariejoie. Non loin d’elle se trouve un plan qu’elle consulte et au vu de la difficulté pour rejoindre les fontaines aux chevaux à pied, une toute autre idée lui vient.
    Ses deux bras s’embrassent spontanément et s’enveloppent de flammes bleutées qui viennent former deux ailes distinctes, propulsant ainsi Farore dans les airs sous les yeux ébahis de certains badauds qui restent stupéfait.

    Encore peu familière avec le vol, Farore doit maintenir sa concentration à 100% pour garder un bon cap et une bonne altitude, la forçant à passer en forme complète. Ses reflets irisés illuminent le ciel tandis qu’elle cherche du regard la fameuse fontaine. Il faut effectuer plusieurs vols de reconnaissances pour apercevoir le divin sésame et entamer une approche en douceur pour descendre non loin du lieu de rendez-vous. Elle se pose suffisamment loin afin de ne pas révéler sa véritable nature, inutile de se pavaner avec des pouvoirs. Si elle avait bien appris quelque chose dans la mafia, c’est de faire fi des apparences.
    Elle finit donc le trajet à pied, absorbée par ses pensées.

    Peu de temps après la voila arrivée à hauteur de la fontaine, elle s’assoit sur le rebord de cette dernière en prenant soin de ne pas salir son tailleur et ne faire aucun fâcheux faux pli. N’ayant pas plus d’informations, elle attend paisiblement.


        Les minutes s’écoulaient comme des heures sous l’influence combinée d’un soleil de plomb et d’une patience mise à rude épreuve par le retard de son contact. Skrik était tendu, son corps musculeux semblait trop grand pour les vêtements ridiculement petits qu’il portait et de l’extérieur on jurerait voir un dangereux psychopathe piégé dans une camisole de force ou un ours piégé dans le corps d’une souris. Pour retrouver un semblant de calme le jeune agent prit une profonde respiration qui fit craquer les coutures de son gilet et il se leva pour étirer ses muscles ankylosés, quand il remarqua que l’objet de sa mission approchait enfin.

        Sans aucun doute, la jeune femme aux cheveux cendrés était l’agent Corsandre. L’agent ? Etait-elle encore en période probatoire ? Skrik remit cette question à plus tard. Même si son identité ne faisait pas l’ombre la doute, elle semblait différente de la flemme dont il avait vu le portrait. Moins sauvage, tout en retenu comme si elle s’efforçait de camoufler ou de maîtriser sa flamme intérieure, un incendie en vérité incontrôlable. Peut-être que pour le commun des mortels l’illusion serait parfaite, mais Skrik n’en fut pas dupe.  Il était lui-même bien placé pour reconnaître les signes distinctifs d’un félin mis en cage, furieux, féroce, en rage. Corsandre et lui, apprentis dompteurs, devaient apprendre à travailler avec ce fauve avant que leurs instincts réprimés ne les rendent fous.

      - Jaimisésurmauvaischval, débita d’une traite Skrik à l’intention de sa collègue qu’il avait rejoint d’un pas faussement nonchalant. Il n’avait pas parlé depuis longtemps, si bien qu’il sentit que ses lèvres s’étaient soudées l’une à l’autre et qu’elles ne cédèrent qu’un grommellement à peine compréhensible. Joignant le geste à la parole- ou plutôt au marmonnement, l’agent révéla brièvement l’insigne en métal et espéra que sa collègue lui répondrait que « Jappeloup pouvait réserver des surprises ». Dans le cas contraire, Skrik avait la consigne de la supprimer dès que possible.

        Au risque de vous surprendre, l’efficacité de Skrik ne s’explique pas par le plaisir de tuer, mais par son implacable sens de la survie. Cette compétence plus que nécessaire pour un agent de terrain destiné à infiltrer le territoire ennemi était la traduction d’une vie ne permettant pas la moindre hésitation ni la plus petite erreur. Lors d’une précédente mission, sa source en avait fait l’amère expérience quand ses employeurs comprirent sa trahison. Alors que sa journée commençait comme toutes les autres, il l’avait fini en compagnie des poissons, les pieds lourdement lestés et le corps criblé de plomb.

        Sans compter le déplaisir et la montagne de détails à considérer  lorsqu’on assassine quelqu’un, surtout dans un lieu aussi sécurisé que Marie-Joie, cela signifierai également que son séjours ici se prolongerait et cette idée était à elle seule un motif bien suffisant pour que Skrik espéra de toutes ses forces de ne pas y avoir recours. Maladroitement, il afficha un sourire qu’il voulait rassurant. Si Corsandre était aussi douée qu’il l’imaginait, il ne pouvait se permettre de la laisser deviner ses mortels projets. La sueur dégoulinant sur son dos, Skrik regrettait  d’être ici et ne pas pouvoir se prélasser dans l’eau fraîche et il essaya de focaliser son esprit sur cette idée pour se donner un air plus détendu qu’il ne l’était en réalité. Il s’imagina flotter librement sur la mer, bercé par les vagues et par une légère brise.
        Malgrè ce début d’année 1629, le soleil à son zénith, parviens à réchauffer avec un effort tout particulier la place, il faut dire que les accoutrements noirs emmagasinent à la perfection la puissance de l’astre. Alors que Farore vérifie sa manucure, car oui, il faut savoir être irréprochable de la tête au pied, un homme s’approche d’elle et débite soudainement une phrase qui n’a ni queue ni tête pour l’agent en formation.

        « Jaimisésurmauvaischval. »

        Ah, Farore avait brièvement vu les codes signalétiques du Cipher pol, mais elle n’était pas encore sûre à 100% de l’assimilation de ces derniers. Que fallait-il répondre à cela ? Était-ce « Comment est votre blanquette ? » Non. C’était quelque chose de plus complexe et de plus, mais c’est bien là que le bât blesse puisque Farore est dans la parfaite incapacité de répondre au code secret qu’on vient de lui imposer dans cette prise d’otage verbale. Elle se devait donc de broder au mieux pour tenter de satisfaire la servile demande de son interlocuteur. D’un ton calme et posé, elle entame.

        « Bonjour, Farore S. Corsandre. Agent en formation pour le Cipher Pol 5. »

        Elle se lève pour être à hauteur de son mystérieux apostropheur afin d’assurer sa pleine confiance en plongeant son regard verdoyant. Elle l’observe de haut en bas, un homme banal en soit mais qui semble cacher autre chose. Notamment son jeu. Car en l’état, elle ne connaît cet homme ni d’Eve ni d’Adam, serait-ce un test de Costa ou de son coordinateur ? Aucune idée, mais il fallait répondre à ce fichu code qui lui était impossible de sortir, peut-être qu’une phrase plus terre-à-terre suffirait à le dissuader ? Auquel cas l’homme s’en irait certainement sans faire d’histoires mais laisserait Farore dans l’interrogation la plus totale.

        « Je suppose ici que vous me demandez de répondre à un code, à ne pas douter. Et bien, je ne connais pas ce code, navré. En fait, pour tout vous dire, c’est ma première affectation aujourd’hui et je ne suis pas sûre de connaître encore parfaitement les us et coutumes des différents pôles. »

        Faire des courbettes n’était clairement pas dans ses habitudes, après tout elle venait littéralement de conquérir en intégralité une île pour le compte du Gouvernement Mondial et mis hors d’état de nuire les plus grandes familles mafieuses de North Blue. Devait-elle vraiment mettre son égo de côté à ce point et ravaler aussi amèrement sa fierté ? Quelques peu excédée par cette nouvelle condition de simple « bleu » alors qu’elle était au sommet de la chaîne alimentaire de North Blue, Farore reprend avec un ton un peu plus sec devant le mutisme de la personne.

        « Ecoutez, je n’ai pas de temps à perdre, j’ai d’ores et déjà une mission, aussi, si vous n’avez rien d’intéressant à me confier, je préfère vous dire de partir. Nous gagnerons tous deux de précieuses minutes. Voulez-vous ? »

        Elle marque une pause et fais claquer ses souliers vernis à semelle rouge avant de réajuster sa cravate sur son chemiser de soie ivoire, puis elle fait un demi-tour pour rejoindre la zone de l’ascenseur principal, à moins que ce dernier ne l’interrompe avant tout.

            Évidemment, il fallait s’y attendre. Depuis combien de temps un seul de ses plans s’étaient-ils déroulés sans accroc ? Skrik n’avait-il pas le droit d’espérer, ne serait-ce qu’une fois dans cette chienne de vie, qu’on lui verse un salaire sans risquer sa peau ?Le jeune homme n’était plus seulement énervé, il était dépité. Le masque avenant dont il pensait s’être paré avait brusquement mué en une grimace de lassitude et ses rêveries de paysages paradisiaques n’y feraient rien : cette journée était définitivement et indubitablement gâchée. Seulement, en bon professionnel, en tant qu’agent d’élite du Cipher Pol, il avait néanmoins l’obligation – au moins morale – de faire bonne figure et surtout de réagir convenablement à la situation. De prendre les décisions nécessaires, même si elles impliquaient des choix désagréables. Tuer ou ne pas tuer ? Faire confiance ou s’en détourner ? Exposer sa vie ou mettre la mission en péril ? Un entraînement difficile, pardonnez l’euphémisme, l’avait formé à des situations improbables mais la réalité du terrain était bien différente. En définitive, la décision lui revenait à lui et à lui seul.

            Alors comme ça l’agent en formation Farore S. Corsandre ne connaissait pas les mots de passes en circulation cette semaine ? Bon… ce n’était peut-être pas une raison pour la liquider. Après tout, son identité correspondait avec la description qu’il en avait et dans son tailleur si sérieux, elle était plutôt crédible dans son rôle de petite nouvelle au sein d’une organisation telle que le Gouvernement Mondial. Non, il n’allait quand même pas tuer une jeune femme sous prétexte qu’elle n’avait jamais entendu parler de Jappeloup. Certes, il avait tué pour des motifs plus discutables. Certes, il avait des ordres. Skrik grogna son assentiment à destination de la jeune femme. Il n’était pas obligé de prendre sa décision tout de suite et pouvait lui accorder le bénéfice du doute jusqu’à ce qu’elle se trahisse, ou idéalement qu’elle confirme son identité.

          - Écoutez, je n’ai pas de temps à perdre, j’ai d’ores et déjà une mission, aussi, si vous n’avez rien d’intéressant à me confier, je préfère vous dire de partir. Nous gagnerons tous deux de précieuses minutes. Voulez-vous ?

            Skrik la considéra d’un œil torve, la nouvelle avait son petit caractère. Peut-être plus proche du cochon que de l’humain, d’ailleurs. Il imagina la belle avec un groin en lieu et place de son joli nez et une queue en tire-bouchon plantée sur un fessier qu’on devinait remarquable. Pour se souvenir des gens et des noms de tout ceux qu’il rencontrait dans l’exercice de ses fonctions et éviter de commettre un impair qui pourrait compromettre une opération, Skrik avait développé cette habitude de les identifier à un animal en lien avec leur apparence ou leur tempérament. L’agent Cochon était ainsi née. Son officier supérieur ? L’Agent Cafard, évidemment.

          - Poztoncul, Corsandre. Moi c’est Skrik et on va d’voir bosser ensemb’, ok ? T’veux les détails ? Alors cam’ toi.

            D’un geste apaisant, Skrik tenta de calmer la bête. Il avait envie d’une bière, mais il était trop tôt pour y penser, le jeune homme repoussa bien malgré lui cette idée séduisante et posa sa grosse main sur l’épaule de Corsandre pour se baisser à sa hauteur et lui demander quelque chose, presque en murmurant.

          - T’sais fabr’quer une bombe ?
            Après une phrase dès plus cinglante, Farore arque un sourcil lavant de faire une fois de plus demi-tour pour revenir s'assoir vers la fontaine qui ne cesse d'émettre ce bruit blanc. Elle avait l'habitude de ce genre de langage, elle avait grandi sur Manshon après tout, ce n’était pas vraiment une île réputée pour son vocabulaire et son savoir-vivre, c’est aussi la raison pour laquelle elle ne se formalise pas devant cette tirade. Elle prend donc le temps de s’assoir là aussi en prenant soin de ne pas faire un faux pli à sa jupeavant de croiser les jambes et d’écouter avec attention son interlocuteur.
            Il avait enfin daigné se présenté, c’était donc lui son contact, mais contact pourquoi ? Elle n’en n’avait aucune idée, du moins pas une véritable, de celle qui s’esquisse et permet de préparer des plans convenables. Mais lorsque ce dernier pose la simple question au sujet d’une bombe, Farore esquisse un large sourire, carnassier, affichant une rangée de dent blanche prête à mordre son adversaire s’il se présente à lui.

            « Oui, mais pourquoi ? »

            Une question en entraînant inexorablement une autre. Comment ne pas penser à la destruction du Palace hôtel de Manshon, contrôlé par les Tempiestas, qui avait explosé l’an dernier avec l’aide de Vito. Inutile de mentir, le Cipher Pol savait sûrement qu’elle était à l’origine de l’explosion qui avait secoué l’île entière pour attenter à la vie de Don Martico.
            Le mystère autour de ce mystérieux agent ne cesse donc de s’épaissir et quand sa fonction et sa mission, une certaine inquiétude peut se faire sentir. Il lui semble logique de devoir poser la question.

            « De quel pôle faites-vous parti ? Quel est votre fonction ? »

            Une question qui aurait sûrement l’effet d’un coup d’épée dans l’eau, mais il fallait bien tenter de cerné davantage son mystérieux et intriguant collaborateur.

              Peut-être avait-il jugé l’Agent Cochon trop durement. Mettons-nous à sa place, pour cette première mission elle avait toutes les raisons d’être tendue, anxieuse… Il n’y a dans leur branche aucun droit à l’erreur et il avait fallut à Skrik admettre qu’elle risquait sa vie tout autant que lui, peut-être même davantage, allez savoir ? Le jeune homme ignorait bien ce qui avait poussé ce joli de brin de fille à embrasser une carrière aussi risquée quand elle aurait tout aussi bien pu s’offrir le luxe d’une vie oisive et sans danger, fonder une famille et profiter d’un foyer aimant. Une vie normale - selon les critères d’un homme qui n’avait rien connu de tel - quoi que cela puisse réellement signifier. Pour lui, c’était différent il ne savait rien faire d’autre, Skrik était pour ainsi dire né pour ça. Peut-être Corsandre avait-elle une cause à défendre ou bien le sens du devoir l’avait-il poussé à renoncer à l’insouciance d’une vie futile ? Vraisemblablement, elle était là pour une raison.

              En répondant positivement à la question de Skrik, elle l’avait déjà en parti prouver. Quelque chose dans le sourire triomphant qu’elle afficha en avouant ses compétences pyrotechniques parvint néanmoins à vexer le jeune homme qui se souvenait amèrement de ses échecs successifs en la matière. De manière systématique et hors de toutes autres considération presque drôle, ses tentatives ne s’achevaient qu’en de pathétiques sifflements quand étaient attendues de grandioses déflagrations. Rien à voir, Skrik était une bille en chimie. Espérant camoufler sa jalousie, Skrik adopta le ton d’une conversation banale, comme s’il s’agissait de la recette d’une tarte aux pommes. Recette que, se remémora-t-il, je maîtrise à la perfection !

              - Comme ça, pour savoir.

              Impossible, du moins Skrik en était-il convaincu, de deviner ce qu’il avait vraiment en tête. Les pièces du puzzle se mettaient doucement en place dans son cerveau jusqu’à se changer en une image nette et précise de ce qu’il avait à faire. Boire une bière. Non. Plus tard, d’abord, contacter la source du CP2 qui devait leur transmettre des informations cruciales concernant la mission. Des noms, des dates, des lieux… Des données qui restait à sa charge – et à celle de Farore S. Corsandre, de confirmer par des actions sur le terrain. La source était d’ailleurs la raison pour laquelle les deux agents se trouvaient à Marie-Joie. Bien loin des dangers, mais au cœur des magouilles, philosophait Skrik.

              - De quel pôle faites-vous parti ? Quel est votre fonction ?

              Arrivée comme un cheveux sur la soupe, la question surprit Skrik plus que si la jeune femme s’était soudainement levée pour le tuer d’une balle en pleine tête. Depuis quand les agents étaient formés pour être aussi curieux de la vie de leurs collègues ? C’était une nouvelle tendance? Une façon d’assurer une meilleure cohésion d’équipe au sein d’une agence qui était notoirement connue pour ses agents névrosés et – pour reprendre les termes que Skrik avait entendu de la bouche d’un officier de la Marine : belle i queue. Peut-être. Lui-même s’était déjà fait la réflexion et même s’il n’aurait jamais pris l’initiative, il s’était déjà demandé d’où venaient ses partenaires. Corsandre elle-même l’avait d’ailleurs rendu curieux, n’est-ce pas ?

              - CP2. D’ploiements en zonennemi, tact’ques d’guérilla, ‘ssinats de VIP… c’genre d’choses. Et euh… et toi ?

              Pris au dépourvu, Skrik s'était mis à parler encore plus vite que d’habitude, arrachant des morceaux entiers de mots qu’il se contentait de mâcher en temps normal. Fourrant ses mains dans ses poches, Skrik commença à marcher, doucement, comme un touriste et d’un signe de la tête, il avait invité sa collègue à l’imiter. Ils avaient du pain sur la planche et plus vite s’étaient-ils débarrassés de cette corvée, plus vite il pourrait se rafraîchir autour d’une bonne bière. Et en parlant de pain, il pourrait même manger quelque chose, après tout il n’avait rien avalé de solide depuis qu’il était arrivé ici. Les eaux entourant le château était en effet avares en poisson si bien que la veille sa pêche s’était révélée désespérément infructueuse. Pour Skrik qui se vantait de ses qualités de pêcheur, c’était une raison de plus de filer d’ici au plus vite.  
                Tout ceci n'était qu'un enlisement perpétuel de banalités. Au moins, dans la mafia, on allait droit au but. T'as l'argent ? Oui, tout va bien. Non, on reçoit un plomb. Il n'y avait pas de fanfaronnades de ce genre. Après tout pourquoi se laisser brimer par un statut d'agent en "Formation", il fallait immédiatement montrer sa volonté et sa détermination, agir avec tact. Elle plonge son regard implacable dans celui de l'agent du Cipher Pol 2.

                "Bon super, on s'est bien reniflé, maintenant, il serait peut-être temps d'aller au but. Toute cette situation me fatigue et c'est une énorme perte de temps pour moi. Alors, soit vous me dites clairement ce que je fais ici, sois je prends la poudre d'escampette. J'ai répondu à toutes vos questions, j'ai subi vos menaces et votre air... Bizarre. Maintenant, il est temps de se mettre à table, si c'est un test de combat n'ayez crainte... Je serai à la hauteur."

                Le bruit blanc de l'eau s'accentue, c'est un sensation pénible que d'entendre sans cesse le même bruit en boucle. Farore lance un nouveau regard à l'agent du Cipher Pol 2 avant de lâcher un long soupir pour répondre à une énième question, interminable entretien. D'un ton nonchalant et blasé, elle répond.

                "Je suis du Cipher Pol 5, je viens d'arriver. C'est moi qui ait mis en place l'opération du faux escargophone doré sur Manshon. Je sais, vous m'avez à l'œil, vous n'avez pas confiance et bla bla bla."

                Elle se dresse davantage et redresse sa posture encore une fois avant de passer machinalement ses mains sur son tailleur neuf de chez Popo Cannel.

                Puis un éclair lui traverse l'esprit, si cet agent demande tant d'informations, c'est qu'il n'est pas si bien informé et donc, qu'il n'est potentiellement pas la personne que devait voir Farore. La Valkyrie voit rouge, elle fait mine de fouiller sa poche pour en sortir un mouchoir, mais c'est bel et bien son arme de service qu'elle pointe droit sur le prétendu agent du Cipher Pol 2.

                "Tu vas m'écouter attentivement. Cette arme n'est clairement pas la chose la plus dangereuse ici. Dans le pli, il était écrit que je devais voir un agent entraîné et qu'il m'avait fixé rendez-vous ici. Sauf que, tu poses beaucoup trop de questions à mon goût. T'es un révolutionnaire infiltré ? Un pirate ? Un ancien de la Mafia Tempiesta venu me refroidir ? Je n'hésiterai pas une seule seconde à te dessouder ! On ne monte pas un empire du crime sans se salir les mains ! T'as deux secondes pour raconter ta version, et elle va devoir être concluante !"
                  Tant pis pour l’esprit de groupe, songea Skrik, partiellement soulagé et relativement déçu. L’Agent Cochon portait définitivement bien son épithète et le jeune homme se félicita pour avoir si brillamment analysé le caractère et la nature de sa première – et peut-être dernière – équipière. Quand même, il se demandait si cette femme n’était pas un peu bipolaire. Skrik croyait que ce mot désignait une sorte d’animal très poilu, jusqu’à ce qu’on lui explique son véritable sens. Et avant de se changer en véritable plaie, elle s’était montrée raisonnable, non ? Il l’aurait menacé ?! Skrik en était venu plutôt à imaginer une collaboration fructueuse dans un contexte sinon agréable, au moins paisible. Cela dit, cette tarée n’était pas la seule à blâmer. Skrik était tout à fait conscient de cette tendance à la violence caractéristique des agents du Cipher Pole. Malgré ses propres accès de colère et son appétences pour les ennuis dont il avait fait – selon ses propres mots – son business, Skrik se croyait sincèrement différent et sa singularité était une fierté. Toujours est-il qu’il aurait du s’en douter. Ces gens-là sont tous bons à enfermer…

                    Alors forcément, quand l’agent Cochon saisit son arme pour le braquer il jugea le geste tout à fait inapproprié, presque insultant mais le fait qu’il se saisisse lui-même de son poignard d’un geste purement automatique était au contraire aussi naturel que respirer. La température, déjà élevée à Marie-Joie, monta d’un cran et Skrik bouillonnait intérieurement. En la tuant ici et maintenant, il se débarrassait de se ses problèmes en même temps que du corps inerte. Non, c’était juste repousser les ennuis à plus loin… Le froid de l’acier contre sa peau l’avait néanmoins quelque peu calmé. Pendant une minute, Skrik fixa le soleil dans le ciel d’azur d’un air de défi ou comme s’il y cherchait un signe. Pas un nuage ne se prêta à l’exercice et il concentra à nouveau son intention sur le canon pointé sur lui et la psychopathe qui se trouvait derrière.

                  - Tu vas m'écouter attentivement. Cette arme n'est clairement pas la chose la plus dangereuse ici. Dans le pli, il était écrit que je devais voir un agent entraîné et qu'il m'avait fixé rendez-vous ici. Sauf que, tu poses beaucoup trop de questions à mon goût. T'es un révolutionnaire infiltré ? Un pirate ? Un ancien de la Mafia Tempiesta venu me refroidir ? Je n'hésiterai pas une seule seconde à te dessouder ! On ne monte pas un empire du crime sans se salir les mains ! T'as deux secondes pour raconter ta version, et elle va devoir être concluante !
                  - Range ton flingue, siffla Skrik entre ses dents en articulant inhabituellement bien. Et arrête d’te comporter comm’une gangster. J’sais pas d’quoi t’causes alors TOI ‘coute-moi bien tentivement, vais pas m’répéter. On est ici pour une mission et si t’avais b’soin des détails, t’les aurais eu.

                    En desserrant l’emprise de sa main sur son arme, Srik prit une profonde respiration. Voilà ce que c’est que de travailler des bleus, ils se sentent obligés d’en faire des caisses pour démontrer qu’ils ont leur place. A son avis, survivre à leur première mission était une preuve amplement suffisante et puis dans le cas contraire ils n’avaient pas à s’en faire. En jetant un œil autour de lui, Skrik constatait avec soulagement qu’aucun badauds n’avaient été témoins de cet esclandre et le revolver n’avait alerté personne et surtout pas les flics du coin.

                  - On doit r’contrer un type dans une heure. Une ordure bien emballée, mais t’sais c’que c’est hein ? T’vas d’voir ‘couter c’qu’il a à dire et ‘suite on s’casse d’ici avec un job.

                    La réalité était que Skrik n’en savait pas plus, une situation déjà assez pénible pour ne pas avoir besoin qu’un tierce personne vienne l’envenimer. Et l’Agent Cochon avait l’air d’être un vrai poison. A l’image de cette mission secrète, d’ailleurs. Skrik, même s’il répétait à qui voulait l’entendre qu’il préférait le calme, était étrangement excité à l’idée de leur prochain objectif. Tous ces simagrées ne pouvaient signifier qu’une chose : quelque chose de gros était en train de se préparer et il allait en faire parti. Avisant le revolver que sa collègue pointait sur lui, un sourire narquois se dessina sur le visage de Skrik.

                  - L’prochaine fois qu’tu pointe c’jouet sur moi, j’te conseille d’pas t’louper.

                    Sans laisser de temps à une éventuelle réponse, Skrik avait tourné les talons et marchait vers les hauteurs de la capitale où ils devaient se rendre. La foule y serait moins dense, mais ce qu’elle perdait en quantité elle le gagnait en qualité. Seule la haute noblesse se permettait d’approcher autant les quartiers sacrés des Dragons Célestes. Depuis qu’il travaillait pour le Gouvernement, Skrik n’en avait jamais croisé un seul et il se demandait intérieurement si ce jour était arrivé, mais il repoussa immédiatement cette possibilité : jamais les descendants des Fondateurs ne fraieraient des ordures telle qu’on en trouve dans le Cipher Pole. Ils ne respiraient même pas le même air qu’eux ! En rêve, Skrik s’imaginait comme il s’y prendrait s’il devait descendre les intouchables Dragons Célestes. A coup sûr, ce serait un vrai défi. Sans même s’en rendre compte alors qu’l s’était mis à y réfléchir sérieusement comme lors de n’importe quel contrat, il était arrivé au lieu de rendez-vous.

                   Perdu parmi les autres bâtiments de la rue, il ne faisait pas exception. L’architecture de sa façade était en tout point similaire à celles de ses voisins, presque trop, comme si quelqu’un sans imagination l’avait imité en espérant ne pas se démarquer. Un regard aiguisé ne se laisserait pas prendre au piège et certains indices, comme des fausses fenêtres, l’absence d’immeuble mitoyens et des gardes en civils assis au café en face, trahissaient sa véritable fonction de bureau gouvernemental. Skrik évita soigneusement la magnifique porte d’entrée et longea le mur ouest jusqu’à une petite porte, normalement utilisée par le petit personnel qu’il ouvrit à l’aide d’une petite clef avant de s’y engouffrer rapidement.

                  L’intérieur sobre contrastait violemment avec la décoration extérieure. Des murs nus et gris s’étalaient sur presque six mètres de haut. Aux quatre coin de l’immense hall se trouvaient des escaliers en bois qui permettaient de monter à l’étage supérieur. Les yeux de Skrik prirent un moment pour s’habituer à la pénombre des lieux et distinguer les hommes en costumes qui s’afféraient sans lui prêter attention. Silencieusement sur l’épais tapis, il s’était approché d’un bureau massif derrière lequel était assise un homme dans la même tenue que les autres, mais qui semblait profondément s’ennuyer. Histoire de le secouer un peu, Skrik frappa du plat de la main sur la table et lui adressa un seul mot. Un seul.

                  - Maestro.
                    Farore range son arme, de toute manière elle n'était même pas chargée et elle jugeait ce genre d'outil complétement inapproprié. Elle avait entendu et compris les déclarations de son comparse sans pour autant lui avouer une confiance aveugle pour le moment, préférant ainsi rester sur la défensive et sur le qui-vive pour parer à toute éventualité.

                    Elle avait ainsi emboîté le pas à Skrik pour le suivre au travers de l’impressionnante Marie-Joie, le véritable bijou architectural. Ils passent ainsi devant le "quartier" des Dragons-Céléstes. Farore, au cours d'un événement inapproprié s'était retrouvé à bord du Cuisino, gigantesque bâteau-ville appartenant à l'une de ces nobles et au cours d'un malheureux Davy Back Fight, elle s'était retrouvée dans son équipage quelques heures. Hormis cet incident marquant, elle n'avait jamais eu de raisons de côtoyer la noblesse divine. Peu à peu, en traversant des rues en trompe l’œil, le duo de choc se retrouve devant un bureau gouvernemental.Skrik ouvre sans mal la porte à l'aide d'une clé et s'engouffre dans les locaux, suivi de près par une Farore toujours plus aux aguets, d'autant plus lorsqu'elle tombe nez à nez avec plusieurs individus en costumes eux aussi. Était-ce là un plan pour l'éliminer ? Le Gouvernement, était-il revenu sur l'accord qui lie Farore ? Aucune idée, une chose est sûre, si elle doit partir, elle emporte Skrik avec elle et un ou deux de ces brigands en costumes.

                    "-Et bien ? Maintenant ? J'attends."

                    Stoïquement, elle ne laisse transparaître aucune émotion sur son visage. Allister Corsandre, grand mafieux de son temps sur Manshon lui avait appris à dissimuler ses craintes, ses doutes, ses peurs, et ce, afin de paraître toujours plus implacable et indiscernable. Elle se dresse davantage pour paraître plus imposante et bien plus alerte.

                    "-Quel est donc ce job ? Quelle est la mission ?"


                    L'impatience gagne petit à petit la jeune femme qui se demande plus en plus si elle n'est pas en train de percer à jour un complot au sein même de Marie-joie. Skrik serait-il un agent révolutionnaire infiltré  ? L'un des hommes en uniforme dépose un épais dossier sur la table.

                    "-Bonjour agents. Nous avons jugé bon de convoquer l'agent Skrik, ces compétences d'assassinats; d’infiltration et de surveillance vous seront fort utile agent Corsandre. Nous avons découvert quelque chose en fouillant les dossiers découverts sur Manshon et notre brigade financière à fait le rapprochement avec une affaire qui se déroule actuellement sur le Nouveau-Monde... Nous avons découvert que Yurinobou Sandrecor est un chef yakuzas réputé sur l'île de Wanokuni et que son influence ne cesse de s'étendre. Rien ne vous choque ?"

                    "-Sandrecor ? Vous vous foutez de moi ? C'est tout proche de Corsandre. Quelle est cette farce ?"

                    "-Et bien... Nous avons creusé le sujet, nous avons pris soin de relier les indices. Certains de nos agents ont déterrer le cercueil de feu Alister Corsandre, votre père. Et devinez quoi ? Le cercueil est vide ! Yorinobou Sandrecor correspond à l'âge et à la description de votre père, comme vous pouvez le voir sur cette photographie."

                    Livide, Farore s'empare de la photo, sa main tremble et son cœur semble vouloir sortir de sa poitrine pour découvrir la vérité. Est-ce bien vrai ? Ou s'agit-il d'un nouveau piège ? Tremblotante, elle regarde Srkik puis l'assemblée.

                    "-Vous êtes en train de me dire, que mon père, m'a menti sur son identité, nos origines et sa mort c'est bien ça ?"

                    "-Et bien en fait, il s'agit ici de votre mission. Vous devez découvrir la vérité sur Yournibou et ses activités."

                    Décontenancée, Farore laisse ses genoux au sol.
                      Le Cipher Pol n’était pas connu pour abriter une bande de joyeux lurons. Pour être exact ses agents sont plutôt connus pour compter parmi les individus les plus vils de la planète, au point que vous seriez en droit de vous demander si, quelque fois, le remède ne serait pas pire que le mal. A cette question, il n’y a peut-être pas de réponse simple et lapidaire, mais les événements qui se sont produits se jour-là dans les bureaux de Marie-Joie pourraient apporter de l’eau au moulin qui, pour achever la métaphore, broierait sans problème les doutes que vous pourriez nourrir. Skrik, pourtant aussi émotionnellement impliqué dans son travail que pourrait l’être la hache d’un bûcheron, trouva même que quand même, c’était un peu fort de café. Voire carrément franchement salaud, à défaut d’un terme plus élégant pour définir un homme qui vous révélerait non seulement que votre père est en vie et qu’il vous ment depuis des années, mais qu’en plus vous allez devoir enquêter sur ses secrets et probablement finir par le tuer. C’était beaucoup à encaisser et si Skrik n’avait pas beaucoup d’affinité pour l’agent Cochon, cela lui faisait de la peine de la voir dans cet état. Il ignorait comment lui-même réagirait si le voile de ses origines se levait sur des mensonges et de ses trahisons, mais ce n’était pas le moment pour y penser.

                      - Ok, bien compris.

                      S’efforçant de rester professionnel malgré la situation Skrik s’était saisi du dossier pour y jeter un œil superficiel en réfléchissant à cette nouvelle mission. Pourquoi le CP confierait-il la charge de traquer un suspect à sa propre fille, un agent encore en probation et intimement lié à la pègre ? Bien sûr, il aurait beau retourner la question dans tous les sens il n’y comprendrait jamais rien. Les voies du Cipher Pol sont impénétrables, comme on dit. Quoi qu’il en soit cette mission ne serait pas de tout repos surtout s’il était attendu de sa part qu’il l’exécute parallèlement à une surveillance rapprochée de Corsandre. Sans un mot, il lui tendit la main pour l’aider à se relever. Ces types en costume n’avaient pas besoin de la voir dans cet état. Enfin, à cet instant c’était probablement le cadet des soucis de la jeune femme.

                      - Allez, on a du boulot.

                      Adressant au sourire mielleux et vicieux de l’agent qui leur avait confié la mission un regard qui le décomposa en un instant, Skrik rebroussa chemin jusqu’à la porte dérobée qui menait à l’extérieur. A ses côté, l’agent Cochon semblait néanmoins absente et se déplaçait comme un automate auquel on aurait confié des ordres, mais aucune émotion. Son visage était blême et en l’état elle ne pourrait pas faire grand-chose. Ce qui conduisit Skrik à revenir à son plan initial : trouver une terrasse où s’enfiler une bonne bière et peut-être quelque chose de plus costaud pour sa collègue.

                      Après l’obscurité des locaux, le soleil de Marie-Joie était encore plus éblouissant et ses yeux mirent quelques secondes à s’adapter à la lumière. Ils n’étaient pas restés longtemps à l’intérieur, mais les rues s’étaient métamorphosées pour devenir un champ de bataille. Ça lui faisait le coup à chaque fois qu’on lui confiait une mission. Surtout quand cela impliquait un assassinat, se rappela Skrik en tâchant de démêler le sac de nœud qu’on lui avait confié à lui et à Cochon.

                      - Écoute, on est pas forcé d’faire ça maintenaient, mais faudra qu’tu m’expliques c’t’histoire. Mais avant tout, on va grailler et boire un truc OK ?

                      En se mêlant à la population, l’étrange duo redescendit vers la partie basse de la ville où il pourrait plus facilement passer inaperçu et qui offrait surtout une sélection d’endroit où se nourrir ne leur coûterait pas l’équivalent d’un an de salaire. Peut-être un jour. Skrik soupesa encore une fois le dossier entre ses mains. C’était du lourd. Du très lourd.
                        Quelle est la meilleure façon pour tester un agent en période probatoire et s’assurer de sa fidélité ? Lui donner une mission « familiale ». Non seulement le Cipher Pol pourrait avancer dans une enquête importante, mais il pouvait ainsi tester l’inflexibilité et la loyauté du nouvel agent en question. C’était ici le cas pour Farore, avait-elle cru avec une naïveté frivole que l’agence de renseignement gouvernementale la laisserait s’en tirer à si bon compte après Manshon ? Après tout, elle avait érigé une famille mafieuse et pris le contrôle d’un vaste cartel sans l’aide de personne, si les ressources dont elle dispose semblent illimitées, sa loyauté est à craindre, d’autant plus que cette dernière n’ait pas brillé sur Manshon et ses péripéties.

                        Machinalement et avec nonchalance, elle était sortie du bureau, littéralement assommé par cette histoire. Pourquoi son père aurait-menti sur sa mort ? Pourquoi aurait-il abandonné Manshon ? Pourquoi sous couvert d’une fausse identité reprendre le contrôle d’une organisation Yakuza sur Wanokuni ? Un million de questions assaillent Farore et lui torture l’esprit, elle avait ainsi suivi Skrik jusque dans un restaurant mondain ou ils avaient tous deux pris place. Le serveur s’approche et verse d’ores et déjà de l’eau tout en distribuant les menus. Après quelques minutes, Farore avait fait son choix.

                        « -Bonjour, pour moi, en entrée : Tomate cocktail grappe et gelée de courgette,Croquant parmesan et coulis basilic avec la Foccacia au fromage frais. En seconde entrée, Œuf cuit à 63° avec les pointes d’asperges vertes et leur émulsion et la Baguette au levain. En premier plat : le Croustillant de ris de veau et jus acidulé Riz venere et pousses d’épinards avec le pain noir complet aux graines de tournesol et lin. Pour le second plat, le Filet de maigre de Corse rôti à l’huile d’olive avec la Compression de pommes de terre et colrave suivi de sa Sauce au cresson de fontaine. Un assortiment de fromage après je vous prie. Pour le vin… Nous prendrons… Un Dézaley grand cru 1618. »

                        Elle repli le menu et le tend au serveur avant de jeter son regard implacable dans celui de Skrik, qui avait probablement fini de commander lui aussi.

                        « -Pardon d’avoir perdu mes moyens. Je vais être franche, et raconter l’histoire dans son ensemble. Je suis issue d’une famille mafieuse qui a longtemps travaillé pour la glorieuse famille Tempiesta. Mais en 1625, le blocus de la Marine sur l’île a changé la donne. J’ai décidé de monter ma propre famille et bien entendu, j’ai dû supprimer au passage quelques familles mafieuses gênantes. Manshon est devenu le théâtre d’une guerre de clans systémique. Quand j’ai compris que je ne pouvais pas gagner, j’ai monté un subterfuge en faisant croire au gouvernement mondial que nous avions volé un escargophone doré. J’ai pu négocier ma vie avec le Cipher Pol en leur offrant un plan parfait : laver définitivement le crime de Manshon en faisant croire que le Buster Call avait bien lieu, de ce fait, les familles mafieuses se sont mises à attaquer la Marine, leur offrant ainsi une raison d’arrêter tout le monde. Vous pouvez me traiter d’arriviste, je n’en ai cure, bien que je comprendrais votre avis. De ce fait, je pense que le Cipher Pol souhaite clairement me tester à la suite de la petite annonce que nous avons eue auparavant… »

                        Le serveur dépose avec adresse et habilité les tomates grappes entourées de sa gelée de courgette et une sorte de chips au parmesan Manshonais et verse le fond de blanc qui permettra à Farore de goûter. Ce qu’elle s’empresse de faire en humant le précieux liquide, elle fait signe d’un simple signe de la main qu’il est parfait.

                        « -Je connais donc bien les mafias, je sais comment elles fonctionnent, comment on s’y infiltre et comment on remonte à ses dernières. Ces Yakuzas ne feront pas exception. »
                          Après avoir tourné en rond pendant un temps qui sembla une éternité à Skrik, tant par l’ambiance pesante qui régnait après après les récentes révélations qu’en raison de son estomac qui criait famine, l’étrange duo finit par trouver une table qui n’avait pas encore été réservée. Pris d’assaut par une population affamée, les restaurants de Marie-Joie avaient, les uns après les autres, refoulés les deux agents du Cipher Pol – l’un d’entre deux suspectait que de place il ne manquait pas, mais qu’en revanche c’était bien leur tête qui ne leur revenait pas. Finalement, un garçon qui allait certainement se faire remonter les bretelles plus tard par le patron accepta de les servir. La veine qui gonflait à la tempe de Skrik et qui menaçait d’exploser dans un feu d’artifice de violence a pu – va savoir – suggérer fortement au serveur qu’un refus ne plus ne saurait être toléré.

                          Quoi qu’il en soit, alors que les cloches sonnaient un midi dépassé d’une heure, l’agent Cochon et Skrik étaient à table. Malgré ce début de journée pour le moins chaotique, ce n’était véritablement qu’à cet instant que les ennuis commençaient. Du moins pour Skrik qui, après avoir jeté un œil à la carte qui était apparemment écrite dans une autre langue, commençait à croire qu’une conjuration s’était mise en place dans le but remarquablement imprudent de lui pourrir l’existence. Aussi à l’aise que pouvait l’être un éléphant dans un magasin de porcelaine Skrik cherchait désespérément un soutien tactique auprès de sa collègue, mais cette dernière semblait tout ignorer de la détresse dans laquelle s’était-il retrouvé lorsque leur commande fut prise. Quand l’agent Cochon adressa au serveur une litanie qui aurait eu sa place dans un livre de magie noir, ce fut au tour du jeune homme qui tentait de comprendre ce que pouvait bien vouloir dire « pigeon cuit sur le coffre » ou ce que souhaitait l’agent Cochon en commandant un riz « venere ». Avait-on déjà entendu parler de revendications formulées par des grains de riz ? C’était quoi, leur problème ? Au cœur de cette logorrhée verbale, Skrik cru cependant reconnaître quelques mots comme «  pression » et « vin », et même s’il pouvait comprendre que la jeune femme avait besoin d’un remontant après la nouvelle qui lui était tombée dessus, c’était quand même un peu tôt pour se la coller, jugeait-il intérieurement.

                          Prenant à tort le silence de son client pour de la réflexion, le serveur attendait patiemment que l’homme commanda. Il avait noté – avec une précision quasi militaire – les choix de la jeune et séduisante femme et se tenait prêt, comme s’il était sur le front, à une nouvelle salve d’artillerie. Il n’était donc absolument pas préparé à l’agression fourbe qui ne manquerait pas de percer sa garde. Sa fierté obtenue après plusieurs années de bons et loyaux services dans les plus grands restaurants du monde l’empêchait tout simplement de comprendre Skrik pour qui un repas devenait gastronomique et prétentieux sitôt qu’on s’y servait de couverts. A leur table il n’y en avait pas moins d’une douzaine, et par personne !

                          - Un croque-monsieur. Avec des frites. Et une pression, ajouta-t-il d’un air entendu croyant reprendre les termes dédiés. Merci !

                          Le professionnalisme du serveur fut mit à mal. Rien ne l’avait entraîné à subir ce genre d’injuste agression dont il se sentait la victime. Il vacilla un instant alors que son cœur manquait de défaillir et entre ses doigts le crayons dont il servait pour prendre les notes faillit bien se briser net. Dans son uniforme le serveur n’avait jamais eu aussi chaud, même lorsqu’il s’était trompé en versant un Château d’Yquem de 1588 dans le verre dédié au vin rouge ! Choqué à vie, oubliant l’espèce d’un instant la formation spartiate qu’il avait quitté en tant que major de promo trois ans plus tôt, le pauvre serveur s’était retiré en bredouillant pour transmettre au chef en cuisine la commande la plus étrange de sa carrière.

                          Lorsqu’ils ne furent que tous les deux, l’agent Cochon se tourna vers Skrik et lui apparut sous des traits biens différents de ceux qu’elle avait affiché quelques secondes plus tôt. Même sa voix paraissait différente alors qu’elle livrait à son collègue le récit intime de sa vie. Skrik avait faim et avait suffisamment de difficultés à contenir les grognements de son ventre pour que sa concentration en soit affectée. Très vite il décrocha du discours pour se contenter de noter les points importants en ignorant les mots qu’il ne comprenait pas. De ce qu’il en retenu, l’agent Cochon – autrefois criminelle au sein de la Mafia – était non seulement dangereuse, mais aussi complètement dingue. Skrik se jura de faire attention à ne pas s’en faire une ennemie.

                          Un garçon arriva en portant avec lui les plats – du moins le supposa Skrik puisqu’il ne reconnaissait rien de comestible. Ce n’était pas le même serveur que plus tôt, encore traumatisé par l’expérience qu’il venait de vivre. Le nouveau tâchait de concentrer son attention sur la femme en s’efforçant d’ignorer les ondes meurtrières qui se dégageaient de l’homme qui l’accompagnait. Le garçon était convaincu d’une chose : s’il lui tournait le dos alors il allait le tuer. Skrik avait faim et toujours rien à manger ce qui commençait à sérieusement l’agacer. D’un geste de la main, l’agent Cochon congédia le garçon et reprit la conversation.

                          - Je connais donc bien les mafias, je sais comment elles fonctionnent, comment on s’y infiltre et comment on remonte à ses dernières. Ces Yakuzas ne feront pas exception.
                          - Et si c’est vrai, si ton vieux n’est pas mort… Qu’est-ce qu’tu vas faire ?

                          L’approche manquait indubitablement de tact, mais puisqu’il était question de vie et de mort – potentiellement la sienne qui plus est – Skrik n’allait pas prendre de pincettes. Cette histoire était déjà assez bizarre comme ça, inutile de la compliquer avec des simagrées.

                          Skrik avait commandé un croque-monsieur et lorsque son plat arriva il était prêt à le retourner. Il n’avait jamais rien vu de tel, mais la faim l’emporta sur ses réserves et il attaqua sans vergogne l’étrange création que le chef avait concocté en entendant la commande. L’agent dut admettre que c’était vraiment délicieux et la bière, sous ce soleil de plomb, n’en était que meilleure.

                          - T’crois que le CP t’fait passer un genre d’test avec c’te mission à la con ? C’peut-être le cas pour moi aussi, j’sais pas. J’suis censé t’surveiller ? T’en fais pas pour ça, c’pas trop mon truc d’jouer au condé, mais va falloir qu’on s’met’ d’accord. J’imagine que t’as d’jà un plan ?
                            Que ce soit le vin, la nourriture et le pain, tout est absolument parfait ! Même le plat « sommaire » de Skrik est servi avec grâce, élégance et une pointe de décoration. Farore se concentre sur l’enchaînement des plats, discutant de tout et rien avec Skrik, météo, architecture, art, elle se rend compte qu’ils ont peu en commun hormis la mission confiée par le Cipher Pol, et c’est bien pour cette raison qu’au moment du dessert, elle revient sur le sujet encore brûlant. Il avait raison sur toute la ligne, c’était un test. Il faut savoir si Farore S. Corsandre avait tiré un trait définitif sur la Mafia et ses entourloupes.

                            « -Je pense que tu as entièrement raison. C’est un test, c’est sûr, peut-être même qu’ils ont menti sur la vie de mon père. Je ne crois que ce que je vois et je dois me ressaisir aussi… »

                            Elle achève le dessert de quelques coups de cuillère avant de s’essuyer avec distinction la bouche, puis elle dépose ses services dans l’assiette, signal universel pour faire comprendre que le repas est achevé et aussitôt, l’armada de serveur vole dans sa direction.

                            « -Il va nous falloir jouer double jeu. Inutile d’avoir fait de grandes études pour comprendre le fonctionnement des Yakuzas. Drogues, jeux, prostitution, immobilier… Leur terrain de jeu est immense et tentaculaire. J’ai quelques contacts qui voudront sûrement bien m’aguiller, mais il va falloir attirer leur attention, proposer un service criminel que personne ne propose et dont ils sont terriblement tributaires… Un service sur mesure… Avec une puissante façade légale. Hmmm … »

                            Elle marque un bref temps d’arrêt avant de se ressaisir et d'afficher un large sourire.

                            « - Sauf erreur, les trajets vers Wano Ku Ni sont complexes, la politique locale est très dure… Il nous suffit de monter une entreprise de logistique maritime qui relie Grand-Line au Nouveau-Monde… Mais il faut faire ça sur une île où ils sont peu ou pas implantés… Comme Kikai No Shima par exemple ? Manshon c’est trop petit… Plus assez fructueux. Il doit bien avoir d’autres îles intéressantes. Laissons-nous quelques jours pour réfléchir, je vais monter un business plan et un plan solide pour approcher l’ennemi. Oh et l’addition, c’est pour moi ! »

                            Elle règle l’addition en entier et dépose un pourboire généreux. Puis elle se lève, repousse sa chaise et salut poliment Skrik avant de laisser claquer ses talons en direction de la sortie, inutile de dire qu’elle est d’ores et déjà en pleine réflexion pour mettre en place un plan fumant.

                            « - Il faut de l’originalité… Hmm. Oh je sais… Un train des mers blindé pour les marchandises sensibles… Aussi bien pour le gouvernement que pour la mafia… hm… Une compagnie aéroportée ? »

                            Et c’est ainsi que Farore rencontra l’agent Skrik.
                              Une fois que la barrière séparant Skrik de l’agent Cochon fut démontée, à grand renfort de révélations fracassantes et d’alcool délicieux, le jeune agent fut surprit de constater que sa collègue était une grande bavarde. Il en arrivait presque à regretter le ton acerbe et ses accusations incisives, mais brèves, de ce début de mâtinée. Skrik n’avait jamais réussi à comprendre comment les autres personnes pouvaient parler autant sans se fatiguer au point qu’il souhaitait parfois que ses pensées soient directement transmise à son destinateur pour lui épargner l’effort surhumain qui consister à les formuler verbalement en prenant non seulement le soin de ne pas heurter personne et d’articuler convenablement. Une vraie plaie. Quoi qu’il en soit, il se contentait d’hocher la tête sans chercher à perturber l’agent Cochon ou peut-être était-ce à présent l’agent Pie et s’efforçait de se concentrer sur l’important.

                              A table, l’assiette de Skrik s’était vidée bien plus rapidement que celles – nombreuses – de la jeune femme. N’étant absolument pas rassasié il crut pendant longtemps, trop longtemps, que l’étrangeté qui lui avait été servie n’était qu’un amuse-bouche, une entrée, un apéritif avant d’entrer dans le vif du sujet et il n’osa pas, par crainte de passer pour un imbécile, faire part de ses interrogations à qui que ce soit et sa détresse n’en fut que plus grande lorsque l’agent Cochon intima au serveur de lui présenter l’addition. A sa grande surprise, une fois de plus, cette dernière proposa – du moins elle décréta – qu’elle payerait la note et Skrik n’en aurait été que plus reconnaissant s’il avait eu la moindre idée de son total. A la place, il était partagé entre gratitude et déception alors qu’ils quittaient la table. Skrik n’était pas vraiment bouche sucrée, mais un filet de bave cartoonesque et intolérable en ces lieux aurait pu en couler devant le somptueux dessert commandé par sa collaboratrice alerte sur bien des points, mais totalement hermétique au supplications muette de Skrik qui contrôlait à grand peine ses glandes salivaires.

                              - Il faut de l’originalité… Hmm. Oh je sais… Un train des mers blindé pour les marchandises sensibles… Aussi bien pour le gouvernement que pour la mafia… hm… Une compagnie aéroportée ?

                              L’oreille distraite de Skrik s’était alors dressée tel un chien de chasse reniflant sa proie. Aéroportée ? Il avait une vague idée de ce que cela pouvait impliquer et ne pouvait tout simplement pas rester de marbre après une telle information. Voler… Le rêve ! Calmtoi, s’ordonna-t-il

                              - Oui ! Ça ! L’areoportée ! Ça m’semble… euh.. la meilleure idée. Ouais.

                              Et c’est ainsi que Skrik rencontra l’agent Cochon.