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[Quête] Les flammes du mal - Chapitre deux

Dans les épisode précédents ::

Une énième tempête faisait rage à l'extérieur. Olek, Burasuto et Benjamin se trouvaient au chaud, dans la cabine principale à élaborer un plan pour la énième fois. Personne n'était d'accord sur la marche à suivre, comme d'habitude, le colosse préconisait un truc simple: les rattraper, leur rentrer dans le flan, les massacrer et les couler, pas forcément dans le même ordre. Benjamin, lui, optait pour une stratégie un peu plus fourbe : leur tendre un piège, connaissant leur destination, il était simple de les attendre sur la prochaine île de leur parcours. Burasuto, lui, était indécis et sachant que c'était lui qui prenait les décisions, ils étaient dans de beaux draps. Tandis que leur discussion s'éternisait, Olek, agacé et fatigué, s'éclipsa en trouvant une excuse bidon.

- Bon démerdez-vous, je vais voir si mon crapaud géant va bien ! J'espère qu'à mon retour tu auras retrouvé tes couilles Benji !
- Ta gueule !

Il ne fallait pas croire les apparences, le trio s'entendait bien. Le colosse avait noué une certaine amitié avec l'ex-commandant de Kiyori et son second depuis ces deux semaines en mer. Ils suivaient la flotte d'Elizabeth Marsh à bonne distance pour ne pas être repérés et étaient informés par den-den des déplacements de leur proie par un espion au sein même de l'équipage ennemi. Olek ne comprenait cependant pas pourquoi Burasuto tardait à donner l'ordre d'attaquer, surtout que leur homme sur place pouvait saboter le navire et leur permettre de les rattraper en quelques heures. Plus le temps passait et plus les risques d'être repéré augmentaient, le colosse grogna d'incompréhension dans sa barbe et sortit sur le pont. Le navire tanguait de droite à gauche et des vagues de plusieurs mètres venaient se fracasser sur le bastingage et les planches. Le pirate s'accrocha à une des cordes de sécurité et se mit à hurler à pleins poumons. Sans grands résultats, lui-même peinait à entendre sa propre voix, il continua dix bonnes minutes avant d'abandonner et de regagner les étages inférieurs, convaincu qu'Esto Mak devait être en train de chasser dans les profondeurs marines et que ce n'était pas une petite tempête qui lui ferait du mal.

Olek repensa avec un sourire aux lèvres au jour où l'équipage avait rencontré son monstre marin. Esto Mak avait surgi de la surface de la mer dans un hurlement de joie, cachant le soleil par son immensité, l'horreur et la surprise dans les yeux de ses confrères humains avaient été quasi tangibles et le capitaine Hassha avait manqué de l'exploser par réflexe, heureusement, le colosse était intervenu à temps pour éviter le drame. Il s'était interposé entre l'attaque de Burasuto et son compagnon crapaud en lui hurlant d'arrêter ses conneries. Les visages dubitatifs et les mâchoires tombantes alors qu'il expliquait qu'Esto Mac était son ami et son moyen de transport resteraient à jamais un de ses souvenirs préférés.

Alors qu'il rentrait au chaud et au sec, une idée lui vint à l'esprit, dans le prolongement de son plan initial. Une fois n'étant pas coutume, il refusa d'un signe de la main quelques gredins l'invitant à se souler dans la cantine du navire et rejoignit la chambre du capitaine. Burasuto était affalé dans un canapé, s'amusant à créer des petites explosions de ses mains, Benji quant à lui avait la tête enfouie dans des papiers, comme s'il allait enfin trouver la pièce manquante du puzzle qu'était leur mission. Olek était persuadé qu'il faisait semblant et qu'il roupillait, histoire d'en avoir le cœur net, il s'approcha sans un bruit et claqua ses deux mains sur la table. Benjamin fit un saut et son visage se crispa autant que son cœur se figea quelques secondes, le colosse explosa de rire et Burasuto avec lui.

- La prochaine fois que tu fais un truc de ce genre, je te tue. Allié ou pas.

Un faciès de marbre, une menace simple et efficace que Benjamin mettrait à exécution sans aucun remords, Olek en était persuadé. Même s'il agissait de manière nonchalante et amicale avec ces deux hommes, le colosse connaissait sa place dans la hiérarchie. Burasuto et Benji jouaient dans une autre ligue que la sienne, il en était bien conscient, mais lui-même aimait jouer avec le feu, comme depuis toujours, tester les limites et parfois même les dépasser, c'était plus fort que lui. Il savait cependant que dans ce cas-là il fallait mieux fermer sa gueule et changer de sujet.

- Bien reçu ! Sinon, j'ai une petite idée, on sait qu'ils ralentissent leur vitesse de nav la nuit. On en profite pour envoyer Esto Mak au-devant leur bloquer la route et nous on leur rentre dans le lard par derrière !
- C'est déjà un peu mieux ! Ta maudite bestiole est assez intelligente pour gérer un coup comme ça ?
- Bien sûr !

Olek n'en avait strictement aucune idée, mais dans la vie, paraitre sûr de soi était souvent plus important que la vérité. Un détail cependant chiffonnait le colosse, il n'était pas certain que son compagnon monstre-marin puisse survivre longtemps contre Elisabeth Marsh et sa flotte.

- Si on fait ça, il va falloir bien calculer notre coup, Esto Mak ne pourra pas leur tenir tête plus de quelques minutes.
- Aucun problème, quelques minutes c'est tout ce dont on a besoin.
- Alors c'est réglé, je te laisse parler avec ton crapaud Olek ! Benji, regroupe l'équipage qu'on leur explique le bordel ! Ce soir les salopes vont saigner, et je parle pas de leurs règles !

Burasuto était aussi excité qu'une pucelle un soir de bal. Oui, le plan était bancal, mais c'était le meilleur qu'ils eussent, tous en avaient ras le cul d'attendre et une ambiance désinvolte commençait à peser sur le reste de l'équipage depuis quelques jours, il était compliqué de tenir en laisse une bande de scélérats et la troupe s'impatientait...
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Au même moment et à quelques lieux de là, alors qu'Olek essayait, à grand renfort de gestes et de cris ridicules, d'expliquer à Esto Mac ce qu'il attendait de lui.

Elisabeth Marsh se tenait à la proue de son navire, à la tête d'une petite flotte de trois cuirassés. Le soleil disparaissait timidement à l'horizon, dissimulé par des nuages qui commençaient à peine à s'éclaircir. Ils venaient d'échapper à la tempête et la capitaine adorait cet instant, semblable à l'œil du cyclone où le temps semblait s'arrêter et qu'un silence mystique vous caressait les oreilles et se posait sur vos épaules. Silence qui fut interrompu par des bruits de talons sur le plancher de bois, Elisabeth connaissait cette démarche, c'était celle de sa seconde, Margareth Orléando.

- Madame. Nous avons trouvé la taupe, c'était bien Gertrude comme on pensait, une des nouvelles.  J'ai pris la liberté de la "questionner". Il semblerait que nous soyons suivis, par cet abruti de Burasuto qui plus est !
- Elle respire encore ?
- Bien sûr.
- Très bien, elle va nous servir, allons la voir.

Elizabeth avait la mine sombre, en féministe émérite, elle détestait voir une autre femme souffrir, surtout par sa faute. Ce fut une vision de cauchemar, mais familière qui se dévoila à elle alors qu'on allumait une bougie dans la pièce obscure et humide faisant office de cageot. L'odeur âpre et métallique du sang était omniprésente dans l'air, les pieds de l'espionne y baignaient dedans et il lui manquait la moitié de ses ongles. Cette gamine avait du caractère pour avoir tenu aussi longtemps la torture, ce qui, étrangement, réconforta la capitaine et diminua sa culpabilité. Cela prouvait que Gertrude était une femme loyale avec des convictions.

- Pourquoi les protèges-tu ?
- Ils paient bien.

À croire qu'il lui restait encore une étincelle de résistance. Il s'agissait d'un mensonge, Gertrude n'était nulle autre que la compagne de Benjamin, depuis plusieurs mois maintenant, un amour passionnel, irrationnel l'enveloppait et la poussait à braver les pires dangers pour son bien aimé. Elizabeth n'y mordit pas une seule seconde.

- Je te laisse une dernière chance.

Intransigeante, sa voix était froide, dépourvue de toute patience. La goute de trop et comme si le verre se brisait sous la pression, la gamine fondit en larme et répondit entre deux sanglots.

- Je l'aime...
- Qui ça ?
- Benjamin...

Un long silence le temps de digérer l'information, cette sotte était amoureuse du second de Burasuto. Ce fut d'une voix attristée, mais non sans une pointe de colère que Marsh lui répondit.

- Il se sert de toi ma belle, je connais Benjamin... Depuis longtemps... Je sais cependant que tu ne me croiras jamais, ce misérable est un manipulateur hors pair, donc inutile de perdre du temps. Voilà ce que je te propose, je vous laisse la vie sauve à tous les deux, si tu leur envoies un petit message pour moi.
- Qui me dit que vous tiendrez votre promesse ?
- Penses-tu avoir seulement le choix ?

Pour appuyer ses propos, Elizabeth sortit de quelques millimètres sa lame du fourreau dans une longue note métallique funeste.
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De retour dans la cabine du navire de Burasuto alors qu'ils sortaient à leur tour de la tempête.

- Cheeeeeeeeeeeeeeeeef ! On a des nouvelles !!
- Quoi encore ?

Le type venait de déballer sans même frapper à la porte, un manquement à une étiquette qui n'existait pas, mais qui suffit cependant à énerver le capitaine. Olek lui sirotait tranquillement un cognac de Whiskey Peak en jouant aux échecs avec Benjamin, autant dire que la partie était des plus ennuyeuses et unilatérales.

- C'est l'espion à bord des Rosas Negras ! Elle vient de nous informer qu'ils se sont arrêtés pour la nuit, ils viennent de mouiller sur un bout de terre trop petit pour être répertorié, à seulement quelques lieux de là !

Benjamin se releva instantanément, foutant le plateau et la partie en l'air, Olek se plaignit de manière ironique qu'il était en train de gagner et qu'il détestait les mauvais joueurs, mais personne ne fit attention à lui.

- C'est le moment ! On laisse tomber l'autre plan de merde avec le crapaud ! On fonce, on n'aura pas d'autres occasions comme celle-ci !
- Je suis bien d'accord !
- Et Esto Mac dans tout ça ?

Encore une fois, personne ne releva sa participation, Benji était déjà en train de hurler à l'équipage de hisser les voiles et Burasuto de mettre sa tenue de combat en sifflotant un air lugubre. Olek haussa les épaules et se resservit un verre, c'était surement pour le mieux, Esto Mac n'aurait pas à faire l'appât et risquer sa vie. Au lieu de rejoindre le reste de l'équipage sur le pont, il descendit d'un étage pour se rendre en cuisine, la nuit promettait d'être longue et il était hors de question que le colosse combatte le ventre vide. Le cuistot le vit et lui fit un clin d'œil complice, ces gars ne vivaient que pour une chose, voir leurs plats terminés et Olek était réputé pour son appétit insatiable. Il engloutit les restes de la marmite géante au milieu de la pièce en papotant tranquillement avec le chef, le colosse se sentait chez lui ici, lui qui n'avait jamais fait partie officiellement d'aucun équipage se sentait comme un poisson dans l'eau au milieu de tous ces sympathiques meurtriers sans scrupule. Olek eut une pensée affectueuse et fraternelle pour le bon vieux Jack, son compagnon de galère, une sorte de frère jumeau d'une autre mère et aussi taré que lui qu'il espérait retrouver vivant un jour.

Il décapsula une des dernières bouteilles de rhum qu'il savait cachée sous une vieille latte et servit deux verres. Ils trinquèrent ensemble à la bataille à venir et aux futurs morts, qu'ils fussent alliés ou ennemis. Quelques types un peu nerveux avant le début du combat les rejoignirent, cherchant un réconfort inutile dans le calme et l'alcool. Le colosse glissa quelques blagues salaces histoire de calmer l'atmosphère et quelques rires sincères, mais timides se firent entendre. Olek buvait pour des raisons diamétralement opposées, principalement pour calmer son sang en ébullition, il tremblait d'excitation et d'ardeur et n'avait trouvé que l'alcool pour tamiser ce surplus d'émotions destructrices.

L'alarme finit par sonner et tous retournèrent à leur poste, celui d'Olek était à la proue et faisait office de bélier humain. Il serait le premier à débarquer, ses prouesses physiques et sa taille lui permettant aisément de sauter plus d'une dizaine de mètres. Ils avaient éteint les lampes et baissé les voiles, le navire s'approchait du petit îlot dans un calme surnaturel, fendant avec délicatesse la mer et les vagues. L'effet de surprise était primordial, hors de question de tirer les canons et de risquer d'abimer la marchandise, même s'ils étaient armés et prêt-à-tirer au cas où.

- Enfaite, c'est quoi comme marchandises qu'elles transportent pour Kiyori ?
- Aucune idée, mais si une des commandantes de flotte s'en charge personnellement ça doit être un truc auquel l'impératrice tient énormément !
- Effectivement !

Même si Olek et Burasuto venaient de chuchoter, Benjamin les foudroya du regard en passant un pouce à l'horizontale sur sa gorge, le signe ne nécessitait aucune explication et les deux troublions fermèrent leur gueule. Le navire ennemi n'était plus qu'à quelques dizaines de mètres, éclairé par une unique lampe sur le centre du mât et les fins rayons d'une lune capricieuse. Le navire ennemi ? Un seul bateau ? Olek tiqua, en même temps que la moitié de l'équipage. Ils s'étaient fait avoir, qu'il s'agisse d'un piège ou d'un leurre pour faire gagner du temps aux Rosas Negras, ils s'étaient fait niquer dans tous les cas.

- y'en avait pas trois normalement au départ d'Armada ?
- PUTAIN ! LES CHIENNES !
- Je croyais qu'on devait chuchoter ?

Burasuto fit exploser de rage l'air devant la tronche d'Olek en guise d'avertissement, une déflagration inoffensive qui lui roussit tout de même la barbe, mais ne l'empêcha pas de ricaner dedans. L'assaut fut tout de même donné et ils abordèrent tels des pros le navire qui effectivement était abandonné et vidé dans son intégralité. Seul restait le cadavre de l'espionne, au-dessus de sa tête se trouvait une feuille de papier accrochée au mât par une dague avec écrit en lettres de sang :

"C'est rude pour Gertrude, à la prochaine les nazes ! "

Benji garda le silence quelques instants devant le corps sans vie de feu son jouet, il n'était pas triste, simplement agacé, au plus haut point et il se promit d'écorcher vif la responsable. Le capitaine ordonna alors sèchement à tout le monde de regagner leur navire avant qu'il ne laisse libre cours à sa rage et face disparaitre la preuve de leur échec. Les bras tendus devant, il usa du pouvoir de son fruit du démon pour faire exploser le bateau d'Elizabeth Marsh. La déflagration éclaira les alentours comme en plein jour et Olek put voir la centaine de visages défaitistes qui l'entouraient.

- Ça, c'est du feu d'artifice !

Personne ne rit, tous comprenaient ce que cela signifiait. Ils avaient échoué, c'était pire qu'un retour à la case départ, d'après le log pose et le trajet d'Elizabeth, leur prochaine escale serait sur Shabondy, juste avant l'île des hommes-poissons et le Nouveau Monde, leurs chances de les rattraper avant ça étaient infimes et les attaquer sur les Grooves reviendrait à un suicide. Un affrontement pareil ameuterait toutes les mouettes sur des kilomètres à la ronde. Ça sentait la merde et la défaite, pas étonnant qu'ils affichent tous des têtes de déterrés. Il était cependant impossible pour Olek d'abandonner, en chasseur et traqueur de génie, il n'avait jamais laissé échapper une seule proie, du moins en Amerzone, et même s'il était aujourd'hui bien loin de chez lui, il ne comptait pas déroger à la règle. Il attendit donc que Burasuto revienne à bord avant de parler suffisamment fort pour que tout le monde l'entende.

- On a toujours Esto Mac les gars ! Ayez un peu confiance, bordel ! Si on repart maintenant, on aura perdu à peine quelques heures ! Puis y'a quoi d'autre à faire ? On peut s'enfiler si vous voulez, mais je suis pas sûr que y'en ait beaucoup qui marchent encore après !

Il agrippa sa trompe en se déhanchant d'avant en arrière, son petit numéro fut suffisant pour faire s'esclaffer toute la bande, même Benji d'ordinaire peu loquace afficha un léger sourire en coin. En réponse, Burasuto claqua dans ses mains qui explosèrent de milliers d'étincelles.

- Le rookie à raison ! On se bouge le fion et on rattrape ces chiennes des mers ! Au boulot !
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Il y a plusieurs jours de ça, en mer et pas si loin de Shabondy...

Le contre-amiral Ulrik, l'homme qui avait vaincu Olek et qui le pourchassait depuis des mois venait de rejoindre son supérieur, le vice-amiral Jurgen Phillip à la tête d'une flotte de cuirassés. Leur mission avait été de débarrasser les mers des infameuses Supernovas Jack et Olek, autant dire qu'ils avaient échoué lamentablement. La dernière piste qu'Ulrik avait suivie l'avait mené bien trop près d'Armada et avait failli lui couter la vie, depuis plus rien, le pirate semblait s'être volatilisé. Jurgen quant à lui avait vu filer Jack entre les mains de Ravrak, une cible intouchable pour le vice-amiral qu'il était. Les voilà donc à se regarder dans le blanc des yeux et à s'apitoyer sur leur sort, un verre de vin à la main et une planche de charcuterie sur le bureau.

- On fait quoi maintenant ?
- On attend, on est à un emplacement stratégique, aussi proche de Shabondy et du Nouveau Monde on va finir par tomber sur un gros poisson.
- Du coup on attend ? C'est tout ?
- Oui mon grand, le plus important quand on chasse ou pêche, c'est la patience !
- Et Jack et Olek ?
- On s'en branle, au point où on en est, il nous faut juste une tête primée, qui qu'elle soit, pour ne pas rentrer les mains vides au QG.

Ulrik hocha simplement la tête avant de leur resservir un verre. Ce ne sera que plusieurs jours plus tard qu'ils recevront finalement une information par Den Den susceptible d'être profitable. Une patrouille un peu plus au nord de leur position signalera la présence d'un étrange monstre marin éléphantesque à la tête de crapaud en prise avec deux navires pirates.
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Esto Mak nageait sur la surface dans un crawl aussi bruyant que disgracieux. Il frappait l'eau de ses palmes immenses et parcourait des dizaines de lieux en quelques minutes. D'ordinaire, il préférait voyager en profondeur, mais son maitre lui avait donné une mission : dévorer trois bateaux et pas n'importe lesquels, ceux avec uniquement des femelles humanoïdes à bord. Olek avait trimé pendant des heures pour lui expliquer ce qu'il attendait de lui et même s'il n'avait compris que la moitié c'était amplement suffisant. Tout comme un chien allait chercher une balle ou un morceau de bois pour son maitre, lui cherchait des embarcations.

Il se trompa deux fois avant de tomber sur les bons, c'est-à-dire qu'il engloutit deux innocentes barques qui voguaient tranquillement avant de se rendre compte qu'il y avait peut-être des mâles à bords. Puis Esto Mak n'était pas à l'aise non plus avec les nombres, un, deux, trois, etc. Lui ne comptait qu'en estomac plein, moitié plein, quart de vide, ou vide, ce qui n'était pas si stupide en vérité. Tout cela étant, il finit par rattraper deux navires qu'il pensait être les bons, comment en était-il sûr ? Il ne l'était pas complètement, mais une autre chose que sa taille et sa graisse était développée chez lui: son odorat, la bestiole commençait à reconnaitre la différence entre les phéromones que dégageaient les mâles humains de ceux des femelles. Il se basait pour quantifier cette disparité sur l'odeur d'Olek: un mélange de sueur, de sang, de bouffe et d'alcool qui lui aguichait les narines comme un bon steak saignant.

Aucun des êtres vivants sur ces deux navires ne sentait de près ou de loin à son maitre, l'objet de tous ses désirs culinaires, qu'il s'était au passage promis de bouffer un jour. En attendant, il devrait se satisfaire d'une brochette d'humanoïdes rachitiques. Il cessa donc de rêvasser et se mit au travail, plongea dans les profondeurs pour prendre de la vitesse et ressortit au-devant des deux rafiots, dans une vague de plusieurs centaines de mètres qui manqua de les renverser. Les cris de détresse, de surprise et d'horreurs furent un fin nectar, les boulets de canon qui fusèrent quelques secondes plus tard, un peu moins. Du haut de ses neuf cents mètres et ses milliers de tonnes de couches de graisse, ces armes de facture humaine étaient semblables à des piqures de guêpes, douloureuses, mais superficielles.

Esto Mak était capable d'encaisser plusieurs salves comme celle-ci sans problème, mais il comptait bien avaler les deux voiliers avant qu'ils ne recommencent. Il ouvrit la bouche en grand et plongea en avant, malheureusement sa mâchoire ne rencontra que de l'eau, les maudites bestioles avaient changé de bord à temps. De sa main couturée de cicatrices, il voulut en attraper un, une des petites créatures sur le pont lui trancha la paume si profondément qu'il sentit l'acier frotter contre l'os. Le monstre marin rugit de douleur et frappa la mer de son autre main pour créer un geyser d'eau protecteur et lui permettre de reculer.

Il décida de jouer la carte de la précaution et changea de stratégie, mieux valait attendre Olek. Il se positionna en retrait, à une centaine de mètres des navires et tout en leur bloquant la route, il leur envoya des salves d'eau pour les incapaciter. De leur côté, les Rosas Negras bombardaient sans relâche la monstruosité, leur précision se trouvait cependant grandement perturbée par la houle artificielle. Commença alors une bataille d'attrition, qui des boulets de canon ou des vagues d'Esto Mak auraient raison de cette impasse ?
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Aucun des deux, ce qui vint dénouer la situation, ou plutôt emmêler un peu plus le bordel déjà présent, fut deux forces opposées arrivant au même moment. D'un côté, une frégate sombre et inquiétante, voguant sous un pavillon pirate autrefois réputé pour son infamie : L'Enfer, avec à sa tête Burasuto et son fidèle bras droit Benjamin. De l'autre côté de la ligne d'horizon approchaient deux navires de guerre de la Marine, avec aux commandes le vice-amiral Jurgen et le contre-amiral Urick.

Esto Mak, intellectuellement dépassé par les événements, cessa ses battements de bras, les Rosas Negras, elles, changèrent leurs canons d'angle pour faire face à aux nouvelles menaces. Plus personne ne bougeait, les trois camps se regardèrent en chiens de faïence pendant de longues minutes et un calme surnaturel plana sur la zone, seuls les cris de quelques mouettes impatientes de plonger leur bec dans de la chair sanguinolente vinrent le troubler par intermittence. Le soleil était à son zénith et s'ils ne s'étaient pas trouvés en pleine mer, la scène aurait été semblable à un vieux western entre le shérif du village et deux cowboys rivaux.

Elizabeth Marsch aurait bien tenté sa chance dans une retraite anticipitée, mais la maudite bestiole leur bloquait la route, fuir n'était plus une option et leurs réserves de boulets étaient à moitié vie, ça sentait le roussi. Ce fut sa seconde, Margareth, qui proposa une solution.

- Eli, notre seule chance de sortir vivant de cet affrontement est de s'allier avec Burasuto, passer un marché avec lui le temps de s'occuper de ces maudites mouettes.
- Effectivement, ça me dégoute, mais on n’a pas vraiment le choix, amène-moi le Den-Den qu'utilisait Gertrude.

Sur la frégate de l'Enfer, un des marins apporta en courant le vieux Den-Den cassé. Il le tendit au Capitaine qui le regarda en fronçant les sourcils avant d'y répondre nonchalamment.

- Quoi encore ?!
- Salut le blondinet !
- Elisalope...

Sa voix était pleine de mépris et il cracha par-dessus bord à la mode pirate pour accentuer le dédain dans ses paroles.

- Tu viens te rendre ? Tu veux qu'on te sauve les miches ?
- Tu es moins con qu'avant on dirait, ou alors c'est Benjamin qui te murmure à l'oreille les bonnes réponses ! Plus sérieusement, je te propose la moitié de la cargaison dans mes cales contre une alliance temporaire.
- Pourquoi ? J'ai juste à attendre tranquillement que les mouettes s'occupent de toi et les finir une fois que tu les auras assez affaiblis.
- Je retire ce que j'ai dit, tu as dû t'exploser le cerveau avec ton fruit du démon, je ne vois pas d'autres raisons à ton idiotie. Tu vas la récupérer comment la marchandise si mes navires sont coulés ?
-...
- Elle n’a pas tort la gueuse !
- Ta gueule Olek !/Ta gueule Olek !

Burasuto et Benji venaient de répondre à l'unisson en le fusillant du regard. Les Rosas Negras et l'Enfer, malgré leur lourd passé, finirent par arriver à un accord: celui d'attaquer dans un front uni la flotte de la Marine, ensuite ce serait chacun pour soi. Trois frégates pirates contre deux cuirassés, les chances étaient de leur côté, presque.
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Fou de rage, le contre-amiral Ulrick frappa sa longe vue contre le bastingage, le verre se brisa en éclats et un des morceaux ricochant manqua de lui crever un œil, ce qui ne fit que l'énerver un peu plus.

- Ces lâches se sont alliés !
- Tu attendais quoi d'autre de la part de la racaille ?
- ...

Le vice-amiral, pas le moins du monde décontenancé par la nouvelle et même légèrement amusé, distribua ses ordres, les deux cuirassés, en demi-cercle, se mirent à bâbord et présentèrent ainsi leurs faces latérales gauches et leurs rangées de dizaines de canons pour freiner la charge ennemie. Même si les navires pirates étaient espacés pour attaquer sous plusieurs angles, Jurgen n'en était pas à son premier numéro et avait confiance en sa puissance de feu. Ses cuirassés ainsi positionnés permettaient de rafler une zone sur près de cent quatre-vingts degrés, et même si leur précision était limitée, ce genre de tirs ne servait pas à couler l'adversaire, mais à l'incapacité, à le blesser et à le ralentir.

Une stratégie qui fonctionna. Olek et ses comparses en firent les frais, tout comme les Rosas Negras. La proue ainsi en avant, ils offraient une cible limitée pour les canons ennemis, mais leur nombre était tel que certains étaient obligés de faire mouche. C'est là que Burasuto et son maudit pouvoir rentraient en jeu, debout sur la pointe à l'avant du bateau, le capitaine usait de sa magie pour créer un champ magnétique autour de lui qui explosait les boulets avant qu'ils ne les percutent. Cette technique les protégeait de la plupart des dégâts, mais le souffle et l'impact des déflagrations étaient suffisants pour faire trembler la frégate et la faire changer de cap. Benji au gouvernail pestait dans sa barbe et usait de toute sa force pour garder l'embarcation sur sa course, le bois trembla, les voiles se déchirèrent, mais ils tinrent bon.

À une centaine de mètres de là, un des navires des Rosas n'avait pas connu un si bon sort, de par sa position au centre de la formation, il était la cible de plus de la moitié des canons centraux des cuirassés. À présent quasiment arrêté, ainsi criblé de trous et en proie à un incendie sur la poupe et les étages supérieurs, le bateau irrécupérable vivait ses derniers instants. Ses passagers se jetaient à la mer ou rejoignaient bêtement des canaux de sauvetages, cibles idéales pour l'artillerie mortelle de la Marine.

Heureusement que la seconde frégate commandée par Elisabeth Marsh s'en sortait mieux. Tout comme Burasuto, mais de manière beaucoup plus subtile, la capitaine se dressait fièrement à la proue et tranchait net dans une danse martiale envoutante les boulets qui s'approchaient trop prêt. Autour des cuirassés, après cette longue succession de tirs ininterrompue, flottait un nuage dense de fumée et de poudre à canon rendant toute précision impossible. Le vice-amiral Jurgen sortit son sabre du fourreau et hurla à ses hommes.

- CESSEZ-LE-FEU ! PRÉPAREZ-VOUS À L'IMPACT !

Ulrick quant à lui rugit quelques encouragements à ses hommes qui lui répondirent à l'unisson dans des cris fervents et surexcités. Quand bien même, personne n'était jamais prêt à un tel affrontement, aucune bataille n'était jamais la même et la moindre erreur pouvait vous couter la vie. Exactement ce qui arriva à une demi-douzaine de marins trop proches du bastingage, qui furent écrasés vivant par la coque du navire ennemi qui les percutait. Le choc fut si puissant que ceux qui n'étaient pas accrochés s'effondrèrent lourdement sur le sol, se cognèrent ou furent projetés par-dessus bord et à peine étaient-ils relevés qu'une deuxième secousse aussi puissante que la première les renvoyait au tapis.

Vint enfin l'heure de l'abordage et avec elle les hurlements stridents de pirates en quête de carnage. Il y avait quelque chose d'effroyable dans le fait de ne pas pouvoir voir son adversaire ni de savoir par quel côté il arriverait. Olek était persuadé que bien plus d'un allié devait être mort de sa main et vice versa, dommages collatéraux, tir fratricide, appelez ça comme vous voulez, c'était un truc vraiment moche à faire et encore plus à subir. Voilà ce à quoi il pensait alors qu'il fracassait des têtes, de droite et de gauche sans trop réussir à se repérer. La seule certitude qu'il avait était qu'il se trouvait sur un des cuirassés de la Marine, puisqu'au moment de l'impact il avait effectué un saut périlleux pour atterrir au milieu du nuage de fumée et des rangs ennemis. Du coup rien d'autre n'importait que de continuer à frapper, encore et toujours jusqu'à ce que Burasuto ou Benji ne l'arrêtent, les seuls capables de le maitriser si besoin.

Le colosse avait prévenu les autres membres de l'équipage de rester le plus loin possible de lui pendant la bataille, qu'aucun d'entre eux n'était à l'abri qu'il s'en serve comme d'une massue. Ils avaient tous rigolé en pensant à une blague, mais Olek espérait vraiment qu'ils respecteraient son souhait, pour leur propre sécurité. Il n'avait jamais eu besoin de personne et se battait mieux lorsqu'il n'avait pas à faire attention à son entourage, sans être une bête enragée comme Jack, il était ce qu'il aimait appeler "un passionné", un amoureux du travail bien fait. Sachez qu'il n'a d'exigence que pour la castagne et s'il devait s'expliquer en termes simples, non pas qu'il pourrait le faire en termes complexes même s'il le voulait, ce serait en comparant son art avec le boulot d'une femme de ménage : il est tellement plus simple de nettoyer une maison vide, aussi sale soit-elle, qu'une maison remplie de meubles, de décorations et d'objets de valeur. Non, n'allaient pas prétendre que notre colosse aime la simplicité et le travail facile, ce n'est clairement pas la chose à retenir de cette comparaison. Que faut-il donc retenir ? Qu'il aime casser, tout et partout, sans rien laisser debout.

Ceux qui prétendent que casser, détruire ou démolir est beaucoup plus facile que de construire ou de bâtir, ,ne sont rien d'autres que des goujats, des ignorants, des hommes et femmes sans gouts ni valeurs, mais force est d'avouer qu'ils ont raison. Il ne faut cependant pas s'arrêter là et voir un peu plus loin que le bout de son nez coincé dans le fion : toute la beauté de la mort, du chaos et de la destruction, se trouve dans le temps qu'il a fallu à l'objet détruit pour murir et en arriver là. La complexité de l'art d'Olek n'est pas uniquement d'ôter la vie, mais de l'anéantir, de nettoyer à jamais tous les souvenirs, toutes les expériences et ressources, toutes les relations qui font la somme de l'individu zigouillé. Être conscient de ce que l'on détruit transforme un geste supposé abject et immoral en une œuvre d'art intemporelle et unique, il n'y a jamais deux morts identiques.

C'est ainsi qu'Olek imprégnait dans la rétine de ses adversaires encore en vie la vision cauchemardesque de leurs camarades se faire écraser, broyer, éviscérer, démembrer ou pulvériser et encore, ils pouvaient s'estimer heureux et remercier la fumée omniprésente salvatrice qui leur floutait les détails les plus morbides. Olek avait un principe parmi tout un tas d'autres contradictoires : une vie vécue avec panache méritait une fin en adéquation avec son histoire, plus la personne était aimée, célèbre ou importante et plus sa mort devait être spectaculaire. Plus le type qu'il affrontait était puissant ou réputé et plus il s'appliquait à la tache, cherchant indéfiniment de nouvelles manières de donner la mort. La violence ne suffisait pas, on finissait par très vite s'ennuyer s'il n'y avait pas une pincée quotidienne d'originalité dans le travail...
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Comme expliqué, Olek était un passionné et c'était avec minutie qu'il fauchait ses ennemis comme un fermier le ferait avec ses pousses de blé. Malheureusement et comme dans tout champ agricole, il finit toujours par surgir un rocher coriace interrompant la moisson et émoussant la faux. Là cependant s'arrêtait la comparaison, puisque dans le cas de notre colosse, les rochers étaient au contraire la pépite d'or qu'il cherchait inlassablement, la cerise sur le gâteau. Qu'il s'agisse d'un officier, d'un vétéran, d'un courageux ou d'un dément, du moment qu'il résistait et rendait les coups alors notre pirate était au paradis.

Le vice-amiral Velsan Ulrik s'interposa en un éclair entre un misérable matelot tenant le moignon de son bras arraché et un Olek bien décidé à lui défricher le deuxième. Les yeux du colosse s'écarquillèrent alors qu'il reconnaissait l'homme en face de lui, son visage se défigura en un rictus mauvais et ses poings ensanglantés se crispèrent de rage.

- Comme on se retrouve...
- Effectivement, à croire que tu es plus dur à tuer qu'un cafard...

Un compliment cachant une insulte, le marine aux allures de dandy sourit et se mit en garde, un sabre au-dessus de la tête, pointé en direction de son adversaire et l'autre à l'horizontale, légèrement au-dessus de la ceinture. Une technique originaire de Drum qui avait causé bien du tort au colosse par le passé. Il s'agissait de leur seconde rencontre, la première s'étant clôturée par une défaite magistrale pour Olek qui avait manqué de peu de finir six pieds sous terre. Les circonstances étaient cependant différentes aujourd'hui et le pirate était en pleine possession de ses moyens. Il était inutile de tergiverser plus longtemps, ils n'avaient rien à se dire et tout à se faire. Les combats faisaient rage tout autour d'eux, mais semblaient garder leur distance, les deux camps laissant par un accord tacite un bout de parcelle sur le pont autour des deux hommes pour qu'ils puissent se foutre sur la gueule sans interférence.

Olek était un adepte du corps à corps, mais ne maitrisait aucune arme particulière, il usait de ce qu'il pouvait se mettre sous la main pour se battre. Il ramassa donc deux fusils qu'il tint par le canon et fonça sur le vice-amiral. Celui-ci, bien plus vif, trancha net les armes de fortune et crocheta la jambe du colosse avant de se glisser dans son dos grâce à un jeu de jambes parfait. Le pirate se rattrapa in extremis en se saisissant d'une corde qu'il arracha du mat avec sa poulie, il la fit tournoyer dans les airs et tenta à plusieurs reprises de fouetter son adversaire. Il s'arrêta lorsqu'il ne tint dans la main plus que quelques pitoyables centimètres de corde et que Ulrik lui ria au nez.

- On dirait que tu es encore plus paumé que la dernière fois !

C'était à son tour de passer à l'offensif, il fondit sur Olek et ne lui laissa plus une seule seconde de répit, ses lames sifflèrent das les airs dans un combo trop rapide à suivre à l'œil nu que le colosse ne put parer complètement. De plus en plus d'entailles apparaissaient sur ses avant-bras tandis que le pirate peinait à esquiver, ce fut acculer qu'il finit par recourir à une technique haïssable qu'il chérissait particulièrement. Le colosse se saisit d'un pauvre marin se tenant un peu trop prêt et s'en servit comme bouclier humain. Les sabres d'Ulrik le tranchèrent comme du beurre et les yeux du contre-amiral se remplirent d'abord d'horreur face à ce qu'il venait de faire puis d'une rage incontrôlable envers l'unique responsable, Olek.

Ses bras et ses armes se recouvrirent subitement d'une fine couche noire et ses attaques déjà cauchemardesques devinrent encore plus meurtrières. Le pirate se rappelait de cette technique, il n'avait aucune idée de ce que c'était si ce n'était que cela décuplait sa puissance. La dernière fois, Ulrik était passé à deux doigts de lui couper le bras aussi nettement qu'une tranche de jambon, hors de question de revivre le même scénario. Olek gardait ses distances tant bien que mal, jetant entre lui et le contre-amiral pour le ralentir tout ce qu'il trouvait autour de lui. Le pirate commençait à paniquer et perdre ses moyens, s'il ne faisait pas quelque chose rapidement l'issu du combat serait sa grosse tête de blondinet sur une pique. Non pas que la mort lui fasse peur, non, ce qui l'effrayait au plus haut point était de subir une seconde défaite, après tout ce qu'il avait enduré pour se relever, pour retrouver confiance en lui, le voilà une nouvelle fois à trimer contre le même adversaire.

Olek hurla de rage et de frustration, crispant impuissant ses poings lacérés et croisant en protection devant lui ses bras recouverts de blessures de plus en plus nombreuses et profondes. Au même moment, une explosion retentit à quelques mètres de là, offrant une vue dégagée sur un Burasuto en plein combat, complètement dément à détoner les corps ennemis comme on le ferait avec du papier bulle, en beaucoup plus sanglant et dégueulasse. Il croisa le regard du colosse et lui sourit, montrant deux canines bien trop pointues.

- Tu as besoin d'aide contre un gringalet comme ça ? Contre un Haki aussi faible ? Tu me déçois le rookie !

Le visage d'Olek se crispa d'incompréhension, trop occupé à parer et esquiver, il peinait à comprendre les paroles de son camarade. Haki ? À qui ? aquí ? C'était quoi ce bordel ? De quoi il parle ? Le nom de ce truc noir ? Comment pouvait-il lutter contre ça ? Avec quelle arme ? Trop de questions sans réponse et qu'il n'avait surtout pas le temps de poser, la moindre erreur et ce serait sa tête qui roulerait sur le pont comme un vieux boulet rouillé. Une pensée cependant persistait dans son esprit dépassé, Burasuto pensait sincèrement qu'il pouvait le vaincre, qu'il était plus fort que ce Marine, comment était-ce possible ?

Il lui fallut cinq bonnes minutes pour mettre le doigt sur une piste intéressante, laps de temps durant lequel Ulrik manqua de l'éviscérer une demi-douzaine de fois. Le colosse suait par la moitié des pores de sa peau, l'autre moitié, elle, pissait le sang par intermittence. Faut dire que trois mètres et trois cents kilos de barbaques ça fait une jolie fontaine d'hémoglobine quand c'est percé aux bons endroits. La carcasse d'entrainement à vif qu'était Olek commençait à comprendre ce que Burasuto avait insinué dans ses paroles. Peut-être que lui aussi était capable de générer une force capable de rivaliser avec cette magie noire ? Ou même de la surpasser ? Il décida de s'arrêter sur cette pensée et chercha au plus profond de lui, par delà son égo et sa fierté, sa douleur et sa rage, il puisa encore et encore à la recherche de la moindre étincelle de pouvoir.

Rien. Le néant le plus total, aucune lumière au milieu des ténèbres, pas une seule révélation ou évolution, mais au lieu d'être incrédule et encore plus décontenancé, un calme d'hiver l'habitait comme jamais auparavant. Il observait le monde d'un regard désabusé, il n'avait jamais été aussi serein, comme si au contraire, le fait de n'avoir rien trouvé de spécial le réconfortait dans ce qu'il était et ce qu'il avait toujours su être, une raclure d'Amerzone, un prédateur sans foi ni loi, un animal qui ne vivait que pour la chasse et la domination. Un être vivant dont l'instinct surpassait la raison et il était grand temps de lui lâcher la bride, la civilisation autant que toute forme de réflexion ne lui seyait guère.

Olek ne recula plus, il campa sur ses jambes semi-fléchies et dressa ses avant-bras en croix devant lui pour recevoir l'assaut d'Ulrick. Il se promit, quitte à crever sur place, de ne plus bouger d'un seul millimètre, convaincu qu'il arrêterait les lames adversaires quoi qu'il lui en coute, avec rien d'autre que sa chair et ses os. Le contre-amiral ne perdit pas une seule seconde et dans un cri de victoire abattit ses sabres de toutes ses forces, la puissance qu'il venait de mettre dans son attaque était capable de fendre un navire un deux, impossible que le pirate n'y survive.

Et pourtant, alors qu'un énième nuage de fumée se dissipait, il put apercevoir le colosse dans toute sa splendeur, on ne peut plus imposant, ses avant-bras d'un noir de jais dressés fièrement devant lui en protection. La tête baissée pour accuser le coup, Olek lui-même n'avait pas remarqué sa prouesse et ce fut dans un pur cri de joie qui surplomba le champ de bataille qu'il accusa la nouvelle. Il n'avait aucune idée de comment il avait fait, mais il venait de réussir, il sentait ce pouvoir agir sur lui comme une seconde peau, un deuxième épiderme décuplant ses capacités, qu'elles fussent offensives ou défensives. Le comment du pourquoi était inutile, la seule chose qui importait était qu'ils se battaient à présent à armes égales, la contre-attaque débutait.
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Olek écrasa ses poings sur un ennemi troublé, perturbé, Ulrik n'avait jamais vu quelqu'un maitriser le Haki de cette manière, en plein combat et aux portes de la mort, mais ce qui le mettait hors de lui était qu'il suivait impuissant du coin de l'œil le capitaine ennemi, maudit détenteur du fruit du démon, décimer ses camarades les uns après les autres. Le contre-amiral peinait à garder le rythme et à se concentrer, lui qui comptait en finir rapidement pour prêter main-forte à son supérieur et sauver le peu qu'il restait de son équipage, voyait ses plans se volatiliser à cause de ce colosse obstiné.

- Engeances du démon ! N'avez-vous donc aucun honneur ?!

Son cri était empli de haine et de furie incontrôlable qu'il transféra inconsciemment sur ses mouvements et attaques qui devinrent plus saccadés, prévisibles et presque brouillons. Le colosse ne laissa pas passer cette chance, une feinte sur la droite, un uppercut sur la gauche, avant de rabattre son coude enveloppé de haki à la verticale sur le crâne du Marine. L'explosion de cervelle qui s'ensuivit était comparable aux déflagrations de Burasuto, qui, n'étant qu'à quelques mètres de là, le félicita en applaudissant gaiment.

- Bon boulot mon gars ! C'est pas trop tôt !

Terminant de son côté, il rejoignit un Olek haletant sous l'effort et lui tapota fièrement l'épaule, la fumée commençait à se dissiper et les bruits de combats s'espaçaient de plus plus, la bataille touchait à sa fin et l'heure de récolter le butin sonnait telle une douce cloche à leurs oreilles.

- Benji doit avoir fini de son côté, je ne serais pas étonné qu'il ait déjà zigouillé la petite Elizableth malgré le pacte !

Préférant hocher la tête, le colosse ne pipa mot, il était encore sous le choc et regardait comme un gosse ahurit ses bras reprendre leur blancheur initiale. Histoire de vérifier qu'il ne s'agissait pas d'un coup de chance, il se concentra à nouveau dans un effort de volonté intense et réussit bien que faiblement à faire apparaitre cette seconde peau protectrice. Incroyable, pensa-t-il en imaginant tout ce qu'il pouvait réaliser avec ce pouvoir.

- C'est donc ça le Haki ?
- Oui et enc... BAISSE-TOI !!!

Burasuto attrapa au même moment Olek et se jeta à plat ventre sur les planches de bois rougies par le sang. Une lame d'air de plusieurs dizaines de mètres siffla au-dessus de leur tête et sur tout le champ de bataille, coupant net mats et bastingages et dissipant la fumée dans son intégralité. C'est alors qu'Olek l'entendit, un cri inhumain dans lequel était palpable une douleur terrible, la puissance de la voix fit vibrer la mer et trembler les bateaux entremêlés dans cette embrassade fatale. Les quelques survivants se redressèrent et purent voir l'énorme monstre marin, Esto Mac, quasiment coupé en deux à la base du ventre par la même attaque qui venait de tous les frôler de près. Olek, impuissant, vit son compagnon s'effondrer de toute sa masse dans la mer et sombrer péniblement dans les profondeurs dans un dernier râle d'agonie. Au large, dos au soleil, approchait un navire fait pour la vitesse, à son bord, une troupe d'élite réputée sur toutes les mers avec à leur tête, l'amiral Kindachi Tetsuda. L'homme de fer, responsable de l'attaque dévastatrice, remit son katana au fourreau et hocha la tête, satisfait.

Burasuto s'était relevé, mais ne bougeait plus, attentif et soucieux, il fixait le navire au loin, cherchant à découvrir sous quel drapeau les nouveaux venus voguaient. Seule une poignée de personnes étaient capables d'exécuter une attaque de cette envergure, mais de qui s'agissait-il ? Un empereur ? Kiyori ? C'était la réponse la plus probable. Que foutait-elle ici, comment pouvait-elle être au courant de leur trahison aussi rapidement ? Olek le tira de ses pensées et de cette spirale de questions sans réponse en le bousculant légèrement.

- Aucune idée de qui ça peut-être, mais on n’est pas en état de lutter, faut qu'on se tire de là et vite.

Le colosse se haït avant même d'avoir fini sa phrase et ne savait s'il devait rire ou pleurer, Esto Mac, son fidèle compagnon, gisait probablement mort dans les fonds marins et voilà que la seule chose qui le préoccupait était de sauver sa misérable peau. Où était donc passé le colosse intrépide et loyal qu'il se targuait d'être ? Ne devrait-il pas avoir le sang bouillonnant à l'idée d'affronter un nouvel adversaire surpuissant ? À croire qu'Olek gagnait enfin en maturité et commençait à choisir ses batailles plutôt que de les subir en permanence et il n'était pas sûr d'aimer ça. L'homme qu'il était en phase de devenir, bien que capable, était d'un ennui mortel. Il voulut revenir sur ses paroles, mais Burasuto le devança.

- Bordel de merde ! c'est le drapeau de l'Amirauté ! Tu as raison, chaque seconde nous rapproche un peu plus de la potence ! On récupère Benji et les quelques survivants et on se tire sur le premier rafiot qui flotte encore !

Allez savoir ce que foutait un amiral ici, les deux pirates n'avaient ni le temps ni l'envie de se poser la question. Ils sautèrent sur un navire, puis un autre, ne rencontrant aucune résistance, les quelques survivants agonisaient dans leur coin, trop fatigués pour hurler ou trop effrayés de se faire choper par le camp adversaire, ils s'accrochaient à la vie comme le corps d'une poule décapitée qui court sans comprendre qu'elle est déjà morte.

Ils finirent par trouver Benjamin sur le dernier bateau de la brochette flottante, sortit victorieux de son affrontement, il tenait d'un côté en joue de son pistolet le vice-amiral Jurgen et de l'autre la pointe de sa lame contre la gorge d'une Elizabeth Marsh en piteux état. Un peu plus loin, ce qui semblait être la peau dépecée de Margareth pendait comme un vieux chiffon mouillé sur le bastingage. Attendant le coup de grâce, la commande de Kiyori, fixait sans fléchir son bourreau avec des yeux rendus fous par la douleur, son bras droit ne tenait plus que par quelques ligaments distendus de l'épaule. Jurgen quant à lui, bien que vaincu et poussiéreux, affichait un air satisfait, triomphant, avant de se faire capturer, il était parvenu à envoyer un S.O.S par Den-Den. De passage sur shabondy pour escorter le porte-parole du gouvernement et une délégation de dragons célestes, le célèbre amiral Green Wolf avait répondu présent.

- Tu peux me tuer, mais aucun de vous ne sortira vivant, personne n'a jamais échappé à Tetsuda !
- Il faut bien une première à tout !

Malgré sa réplique assurée, la voix de Benji avait baissé d'une octave, témoignant de son désarroi face au critique de la situation. Il croisa le regard de Burasuto, puis celui d'Olek, il leur fit un clin d'œil à chacun se voulant faussement rassurant.

- Il ne reste plus que nous les gars, tous les autres sont morts et aucune de ces épaves trouées de boulets ne peut espérer distancer la frégate qui nous fonce dessus...
- Vu comme ça...
- Du coup on fait quoi ?
- Ce qu'on fait depuis toujours !
- On se bourre la gueule ?
- Oui, mais nan, l'autre truc !
- Ah, on se bagarre ?
- Et jusqu'à la mort !

C'était toujours mieux de crever ici en combattant que décapité ou pendu sur une place publique, tous les trois étaient d'accord et hochèrent la tête en même temps.

- C'est quand même dommage pour tout ce butin dans les cales...  
- En parlant de ça, je vais aller voir si je nous trouve pas quand même une ou deux bouteilles avant que l'amiral n'arrive, on a bien mérité un petit verre les gars !
- Bien dit le rookie ! On s'occupe d'armer les quelques canons encore en état, dépêche-toi, on a grand-soif et pas beaucoup de temps !

Elizabeth le foudroyant du regard, Olek s'engouffra en baissant la tête dans les étages inférieurs à la recherche du moindre truc à se foutre dans le gosier. Il y découvrit une cuisine à moitié inondée pleine de victuailles, de quoi se faire un festin de roi, mais curieux de savoir quels genres de trésors avaient été destinés à l'impératrice Kiyori, il décida de descendre d'encore un niveau. Grande fut sa déception lorsqu'en ouvrant la porte il ne découvrit qu'un seul petit coffre qui flottait misérablement, dans un bois aussi vieux que pourri et sans aucun autre ornement qu'une barre de fer serti d'un énorme cadenas rouillé. Olek l'embarqua sous le bras pour l'ouvrir avec les autres et repartit en cuisine, il y récupéra un tonneau de rhum et s'enguirlanda de saucisses et saucissons avant de regagner la surface avec ses trouvailles.

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En peu de temps, les choses avaient drastiquement changé, Jurgen, une plaie béante au ventre, était sur le dos en train d'essayer de contenir ses viscères qui se faisaient la malle, Elizabeth, elle, s'était évanouie et s'étouffait doucement dans une marre de son propre sang. Benji et Burasuto jouaient à pierre feuille ciseau pour savoir lequel des deux ferait diversion pour permettre à l'autre de  charger une attaque contre l'amiral. Toute tension semblait avoir disparu, comme s'ils avaient accepté leur sort, tergiverser ne servait à rien, le capitaine avait retrouvé sa nonchalance provocante et Benji son flegme princier. Même acculés, des rats pouvaient toujours mordre, c'était avec cette philosophie en tête qu'ils comptaient accueillir l'amiral et vendre chèrement leur peau. Ils virent Olek arriver et un sourire s'afficha sur leur faciès, ils s'assirent en tailleur et commencèrent à casser la croute avec lui, rien d'autre ne comptait plus que l'instant présent, l'œil du cyclone, le calme avant la tempête. La scène semblait surréaliste et Olek se dit qu'il n'aurait pu rêver mieux comme dernier repas, à entendre une des célèbres aventures de l'équipage de l'Enfer et à trinquer avec eux à leur très probable mort imminente.

Le colosse ne comptait pas survivre à ce combat, ses blessures, sans être mortelles, l'incapacitaient suffisamment pour savoir qu'il ne servirait pas à grand-chose, haki ou non. Ce qu'il pouvait faire cependant c'était servir de bouclier, même si ce n’était qu'un quart de seconde, pour offrir à ces deux zigotos bien plus puissants que lui une chance de contre-attaquer. Il y avait une sorte de respect mutuel dissimulé sous des insultes de gaillards, comme si ironiquement, ces hommes pouvant commettre des génocides au petit-déj étaient incapables d'avouer leurs sentiments fraternels les uns envers les autres. Une sorte de non-dit qui flottait dans l'air comme un doux parfum de confiance, tous trois étaient de la vieille, élevés à l'ancienne, de ceux qui parlaient pour ne rien dire et agissaient pour se faire comprendre. Olek rota aussi bruyamment que possible pour se donner du courage et dérogea à la règle en s'ouvrant à ces deux abrutis, l'émotion lui faisait trembler la voix.

- Les gars, je suis prêt à faire le sale boulot, je vais l'occuper l'autre salopard d'amiral et vous donner une chance !
- Au lieu de dire de la merde, c'est quoi ce coffre miteux ? Y'a quoi dedans ?
- Hein ? Ça ? Aucune idée, j'avais complètement zappé, c'est le seul truc que j'ai trouvé dans la cale.
- Bah ouvre le pardi !

Olek ne se fit pas prier et fracassa le coffre, avec ce qu'il y avait à l'intérieur, en l'écrasant de la paume de sa main. Le contenu explosa tout autour d'eux comme une pastèque trop mûre et une odeur nauséabonde emplit l'air autour du trio.

- Mais pas comme ça abruti !
- Oups !
- Putain, mais tu es vraiment trop con...
- Ne dit pas ça tu me rappelles ma mère, paix à son âme la catin !
- Attendez les gars, je crois bien que c'est un fruit du démon qu'Olek vient d'exploser !

Benji ramassa un des morceaux et l'inspecta du bout des doigts. Sa couleur rouge flamboyant et les légères spirales incrustées dans la peau ne laissèrent aucun doute, il le balança au loin comme s'il s'agissait du truc le plus toxique au monde.

- Morbleu ! C'est bien ça !
- Les gens bouffent vraiment ce genre truc et ils gagnent des pouvoirs ?
- Ouais mon grand, c'est comme ça que j'ai eu mes petites explosions !

Burasuto fit étinceler ses doigts de dizaines de petites déflagrations inoffensives, mais très impressionnantes pour appuyer ses propos. Olek était sur le cul, Benji lui s'était écarté de plusieurs mètres, à croire qu'il en avait une peur bleue. En réalité, le second de Burasuto, fervent nageur, marin et navigateur, avait un dégout indicible pour les fruits du démon qui piétinaient tout ce en quoi il croyait.

- Et comment ça marche ?
- Bah tu dois croquer dedans normalement...
- Ah...
- J'imagine que tu peux toujours te lécher les doigts et bouffer les morceaux.
- Et je gagne un pouvoir ?
- Normalement, pas sûr que ça marche vu l'état du fruit...

Olek haussa les épaules et bouffa les quelques morceaux collés à sa main, c'est alors que Benji revint pour l'en empêcher, un air effaré lui déformant sa tronche de bourgeois.

- Putain, mais arrête imbécile, tu ne sais même pas quel pouvoir tu vas récupérer !
- Et ?
- Et tu ne pourras plus jamais nager !
- Ah... Fallait tout me dire aussi !
- T'inquiète Olek, y'a toujours les bateaux pour ça, moi ça m'a jamais posé de problème...
- Ne commence pas Bura, tu veux que je lui dise le nombre de fois où j'ai dû te sauver de la noyade ?
- De toute façon c'est trop tard il l'a déjà bouffé !

Burasuto explosa de rire et les deux autres l'accompagnèrent. Ils rigolèrent comme des gosses insouciants du danger imminent et trinquèrent une dernière fois avant de se relever à l'unisson en entendant du bruit.

- Tu te sens différent Olek ?
- Pas du tout, j'ai juste la gerbe...
- Dommage, ça aurait peut-être pu nous aider pour le combat à venir...

De l'autre côté de l'amoncellement de navires, opposé à leur position, s'amarrait la frégate de l'amiral Tetsuda. Une rangée de soldats en uniforme, le sabre au clair et levé, ouvrirent la voie pour faire une haie d'honneur à leur capitaine. Le célèbre Homme de Fer de la Marine descendit sans se presser, la mine sombre il marcha en silence jusqu'à se tenir à quelques mètres du trio de pirates. Il sortit sa lame dans un tintement métallique menaçant avant de parler d'une voix ruisselante de plaisir sadique et de supériorité assumée:

- Vous avez deux choix, combattre et mourir, ou vous rendre et mourir.
- Charmant !

Burasuto passa à l'attaque sans perdre une seconde, misant sur l'effet de surprise, Benji le suivit avec une fraction de retard. Débuta alors un ballet mortel dont Tetsuda était le chef d'orchestre s'amusant avec les notes de musiques qu'étaient ses deux adversaires, les fracassant à chaque couplet comme un pianiste névrosé détruirait ses touches. Olek quant à lui  venait de se plier en deux à cause d’une douleur fulgurante à l'abdomen, des crampes d'estomac l'empêchèrent de bouger et il glapit de douleur. Impuissant, il regardait ses alliés se faire défoncer.

De sa bouche jaillit alors une gerbe de feu qui vint carboniser la moitié du ponton, en réponse, l'amiral envoya valser le duo de l'Enfer comme s'il s'agissait de vulgaires moucherons pour se concentrer sur le colosse en pleine éruption. Des flammes commencèrent à s'échapper de chaque orifice du corps d'Olek jusqu'à ce qu'il ne devienne plus qu'un unique brasier incandescent.

- Intéressant... murmura l'amiral en haussant un sourcil de surprise.

L'être qu'était Olek n'avait plus rien d'humain et s'était transformé en un élémental de feu incontrôlable, les flammes se répandirent sur le bois des navires entremêlés en quelques secondes et la zone devint un brasier insupportable. Profitant du spectacle et pas le moins du monde inquiété, l'amiral Tetsuda attendit jusqu'au dernier moment, jusqu'à ce que le feu vienne menacer sa propre embarcation.

Burasuto et Benjamin ne bougeaient plus non plus, ils s'étaient repliés en rampant à moitié sur l'un des derniers carrés de pont encore intact, ils ne réagirent pas lorsque les soldats se saisirent d'eux et leur enfilèrent des menottes en granit marin. Obnubilés par la scène et malgré qu'ils fussent épuisés, lessivés et vaincus, ils échangèrent tout de même un sourire complice et satisfait.

- Faut croire qu'il contrôle le feu maintenant le rookie !
- Ou plutôt que le feu le contrôle...
- Effectivement, mais pas pour très longtemps vu son adversaire...

Comme si l'amiral avait entendu leur discussion par-dessus la fournaise, il passa à l'action et tendit la main devant lui. L'entièreté de la zone fut recouverte par une substance noire à l'aspect de guimauve, en quelques secondes le feu inarrêtable ne fut plus que crépitements ridicules et fumée. Enseveli sous un raz de marée d'acide, le brasier s'éteignit et mourut aussi rapidement qu'il avait pris forme.

- Il n’aura pas fait long le feu le gamin !
- C'est bâtard, très bâtard, mais si bien dit !

Ils éclatèrent de rire tandis que deux coups de crosse derrière la nuque les envoyaient rejoindre les bras de morphée. L'homme de fer Kindachi Tetsuda regagna son équipage et distribua ses ordres.

- On en a fini ici, récuperez les quelques survivants et le contrôleur du feu s'il respire encore. Ça fait quelque temps que l'état-major cherche un moyen de redorer l'image des armées, rien de mieux qu'une décapitation publique de grosses têtes primées. Cap sur Marine Ford soldats !
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