-50%
Le deal à ne pas rater :
-50% Baskets Nike Air Huarache
64.99 € 129.99 €
Voir le deal

Un voyage inattendu

Robina regardait autour d’elle, la mer était calme pour une fois sur la route de tous les périls. Le galion fendait les flots, guidé par la Translinéenne qui se trouvait légèrement devant lui. Le navire venait de partir depuis quelque temps de l’archipel Shabondy. Depuis le crochet que l’équipage de chasseurs de primes avait fait pour que sa capitaine combatte la reine des amazones, la majorité avait fait un voyage calme. Toutefois, ça n’était pas le cas de tout le monde, un combat avait fait rage entre Robina, Jin et Fang Shui contre la première Flotte des Mangemondes.

Cet équipage pirate était à la solde de l’ancien corsaire Léonov Kutroshinsky. Des géants cannibales venant du Nouveau Monde, la seconde partie de la route de tous les périls. Loin d’être des enfants de chœur, les hommes de Gluttony étaient en train d’affronter les Sandstorms Pirate quand les Glaciers avaient fait irruption. Les combats avaient été violents, et la cuisinière aidée de son second et de son navigateur avait réussi à eux trois à arrêter l’un des trois atouts de l’équipage. Les Sandstorms s’étaient occupés des deux autres.

La Sanderrienne avait été impressionnée par la puissance que les anciens pirates avaient montrée sur le grove. Comme l’homme qu’elle avait brièvement rencontré lors du Convoi du Gun’s and Banana avait pu faire pour devenir aussi puissant en aussi peu de temps ? Elle avait senti qu’il y avait un écart, néanmoins, ce dernier s’était creusé entre eux depuis. Elle allait devoir redoubler d’efforts pour s’attaquer à de plus grosses cibles, ou du moins se défendre seule contre elles.

Elle allait devoir apprendre à se servir de ses sabres, non pas comme des couteaux de cuisine, mais bien comme des armes. Il était temps de quitter le tablier pour quelque temps et de s’améliorer sur la voie du sabre. Elle eut un sourire amer à cette pensée. Ses parents avaient toujours voulu lui apprendre à se battre, à se défendre et à se servir d’armes pour combattre. Elle n’en avait fait qu’à sa tête et ne les avait jamais écoutées. Préférant la cuisine et sa passion à tous leurs conseils pour sa survie.

Elle leva les yeux vers le poste de timonier, dernière Mars se trouvait Fang. Ses yeux gris scrutaient l’horizon et il donnait ses instructions au timonier en faisant attention à la météo. Depuis son arrivée sur l’Iceberg, il ne faisait que ronchonner de voir la cuisinière utiliser ses armes comme des couteaux de cuisine, et non comme des sabres d’exceptions. Il allait rire à gorge déployée en voyant que la jeune femme avait changé d’avis. Malheureusement, l’orgueil de la chasseresse de primes lui interdisait pour l’instant de s’ouvrir à celui qui pouvait l’aider, cela viendrait plus tard.

La jeune femme aux longs cheveux blancs était adossée à la rambarde de sécurité sur le côté tribord de son bâtiment quand un mousse vint la voir. Elle s’arrêta à quelques mètres, fit claquer ses bottes dans un semblant de salut militaire et se mit à parler fort.

- Capitaine ! Nous perdons de la distance avec les vaisseaux de la Translinéenne ! Il était jeune, un peu plus que Robina, qui elle était âgée de vingt-cinq ans. Monsieur Shui vous demande, il aurait une explication à tout cela. Ayant fini son rapport, le jeune homme se détendit.

- Je vous remercie, vous pouvez retourner à vos occupations. Elle lui fit un signe de tête avec un léger sourire. Elle n’oubliait jamais que ses hommes étaient avant tout là pour l’aider. Elle n’était pas la dirigeante despotique d’un navire. Elle se retourna vers lui et l’arrêta. Allez même prendre une pause, vous semblez être mort de fatigue, ça ne vous fera pas de mal.

Le mousse hocha de la tête pour remercier sa supérieure et fonça dans les entrailles de l’Iceberg pour prendre une pause bien méritée. Robina passa à côté d’un petit groupe qui discutait sur le pont, elle les écouta distraitement, ils parlaient de la nouvelle personne qui était montée sur le navire à Shabondy. En entendant parler d’elle, la cuisinière la chercha du regard, mais n’arriva pas à la trouver dans toute l’activité sur le pont supérieur. Peut-être était-elle même dans les niveaux inférieurs. D’un hochement d’épaule psychique, la Sanderrienne remonta l’escalier pour arriver au poste de pilotage.

- Monsieur Shui, vous m’avez fait demander ? La jeune femme posa son avant-bras droit sur les pommeaux d’Aube et Crépuscule.

Le navigateur se tourna vers sa patronne et la salua d’un léger mouvement du buste.

- En effet, capitaine. Il se tourna vers le Nord-Est et pointa des nuages à l’horizon. Ils arrivent sur nous à grande vitesse. Ils seront sur nous dans quelques heures, trois ou quatre, au maximum.

- Et pour la Translinéenne ? La chasseresse de primes fronçait les sourcils en posant la question. Il semblerait qu’ils nous laissent derrière. Ils ne vont tout de même pas nous laisser comme ça ?

- J’en ai malheureusement bien peur, commandante. Nous ne sommes pas assez rapides avec la taille de votre bâtiment pour semer ce gros temps, mais eux oui. Ils ont préféré sauver leurs autres clients plutôt que nous. L’expression du samouraï se fit plus sombre. Il ne pensait pas l’entreprise capable d’abandonner des clients. C’était un grand déshonneur pour la Translinéenne selon lui.

- Ne vous inquiétez pas, tout va bien se passer. La capitaine des Glaciers posa sa main sur l’épaule de l’homme face à elle. Elle croyait qu’il se faisait du souci pour eux. Je suis sûr que ça ne sera qu’une petite averse. Elle lui fit un grand sourire, optimiste.

- Espérons le capitaine. Espérons-le. Il regarda les nuages de nouveau, et il savait qu’il venait de mentir, la tempête qui allait les frapper allait être la plus violente qu’ils aient jamais connue.
  • https://www.onepiece-requiem.net/t21190-
  • https://www.onepiece-requiem.net/t21186-
Conscient mais l'esprit embrumé, le blondin n'arrivait pas à ouvrir les yeux. Ses paupières étaient lourdes, peut-etre même les lui avait on cousu, pensa-t-il. Ses membres aussi restaient inertes malgré ses tentatives de les bouger, engourdis par un trop long sommeil. Il sentit des fourmillements à l'extrémité de ses doigts et de ses orteils, preuve que le sang y circulait encore et qu'ils étaient fonctionnels, ce qui le rassura. Après un tel affrontement, il n'était pas rare d'en garder des séquelles. Après quelques efforts supplémentaires il parvint a serrer le poing et à entrouvrir les yeux. Il entendit le son d'une porte que l'on venait d'ouvrir, mais n'avait pas la force de tourner son corps ni sa tête pour observer la personne qui venait d'entrer dans la pièce.

- Oh ! Vous êtes réveillés, quel miracle ! Se réjouit le jeune homme qui venait de rentrer dans la chambre.

Jin tenta de lui répondre, mais aucun son ne sortait. Sa gorge et sa bouche étaient totalement sèches. Le jeune homme aida le cuisinier à relever son buste et porta une coupelle contenant de l'eau a ses lèvres. Jin but goulûment tout le contenu, bien qu'une partie s'échappa du coin de des lèvres et coula le long de ses joues.

- C... Combien de temps ? Balbutia t-il.

- Pendant combien de temps êtes vous resté inconscient ? Hum cinq ou six jours...

Jin n'en revenait pas qu'en si peu de temps son corps se soit autant engourdi.

- ... Puis vous avez regagné consciences l'espace de quelques heures avant de vous évanouir à nouveau. Cela doit faire environ deux semaines.

Les derniers souvenirs du chasseur de primes étaient le combat contre la première flotte des Mangemondes pendant lequel il avait subi ces blessures, ainsi que le banquet qui suivit où les Glaciers étaient accompagnés des hommes du Grand Corsaire "Fear". Une bien belle manière de festoyer après une victoire, même si l'idée de partager ce moment avec des pirates - bien qu'ils furent affiliés au gouvernement - ne l'enchantait guère. Mais Azerios l'avait sauvé d'une mort certaine. De quoi remettre en question la vision du monde qu'avait le jeune cuisinier originaire de South Blue. Ou pas. Après tout, un pirate restait un pirate. Et puis quoi encore, pourquoi pas rejoindre son équipage tant qu'on y est...

Après ça, Jin n'avait plus souvenir de rien. Le jeune homme a son chevet lui compta les évènements qui avaient conduit a son état ainsi que ce qu'il s'était passé au sein de l'équipage durant ces deux semaines. L'équipage de Robina Erwolf avait emprunté la voie de la translinéenne, se dirigeant a destination de XXX. Le quartier maître Lanch et le navigateur Fang Shui s'étaient pris le chou. Et la Sanderrienne avait fait monter a bord une jeune femme. Le blondin ne put s'empêcher de faire une grimace.

- Qu'y a t'il ? S'interrogea le mousse. Vous avez mal ?

- Non, seulement un mauvais présage...

Jin remercia le garçon, ce dernier quitta immédiatement la pièce. L'artiste martial n'était pas totalement remis de ses blessures et ses cicatrices le faisaient souffrir mais il se pensait en capacité de pouvoir reprendre son poste sur le navire. Il se vêtit de manière à recouvrir son corps couvert de bandages. Il éprouvait une certaine honte a se montrer dans cet état au reste de l'équipage, comme si ces blessures étaient le témoignage de sa faiblesse et que le reste des Glaciers ne le juge pas a la hauteur.  Ceux-ci n’étaient pas de cet avis. Le navigateur du pays des Wa leur avait conté les exploits du cuisinier lors du combat contre le Mangemonde, même s’il s’était bien gardé de leur dire que le jeune chasseur aurait succombé sous les coups de son homologue cuisinier sans l’intervention du Capitaine corsaire. Jin avait beau en douter, il avait gagné le respect de ses pairs dès lors qu’il s’était tenu à leur coté sur Little Garden face aux redoutables pirates qui se faisaient appeler les «Lizards».

Titubant dans les entrailles du navire, il tâtonnait les murs pour y trouver le soutien dont il avait besoin pour se déplacer. Il se dirigeait vers les cuisines. Même à l’article de la mort son sens du devoir prévalait. N’importe quel homme sensé serait resté alité jusqu’à récupérer ses forces plutôt que de risquer sa vie pour se rendre aux fourneaux, d’autant plus quand sa capitaine est elle même une cuisinière -et de renom. La main agrippée à la poignée pour ne pas tomber, il poussa le battant de la porte de son épaule. Un frisson parcourut son corps lorsqu’il entra dans la pièce. Il se sentait chez lui. Il se sentait vivant. Devant lui, sur le sol, se trouvait d’imposants sacs en tissu, remplis de pommes de terre. De quoi nourrir tout l’équipage pendant plusieurs jours. Un soupçon de souvenir lui revint alors à l’esprit. Celui de Robina qui lui criait qu’il serait de corvée de patates, bien qu’il ne se souvint pas la raison qui avait poussé la jeune femme à lui donner cet ordre. Un sourire se dessina sur ses lèvres.
  • https://www.onepiece-requiem.net/t21190-
  • https://www.onepiece-requiem.net/t21186-
Robina regardait la jeune femme qu’elle avait prise avec elle sur l’archipel de Shabondy. Elle semblait perdue dans ses pensées, descendant le long du mât par une échelle de corde. Charlie, la cuisinière l’avait rencontré il y a de cela plusieurs mois sur l’Archipel Vert, sur West Blue, si ses souvenirs étaient bons. Que faisait-elle sur la dernière île de la route de tous les périls ? Et pourquoi faisait-elle demi-tour ? Plusieurs autres questions se bousculaient dans la tête de la jeune femme, toutefois, elle n’allait pas importuner sa connaissance, elle vivait sa vie, tout comme la sabreuse.

Apolo sortait à l’air libre, des poches sous les yeux. Il semblait sur le point de s’effondrer. Le voyant dans un tel état, la Sanderrienne se dirigea vers lui pour prendre de ses nouvelles. La regardant approcher, le médecin de bord se releva légèrement pour avoir l’air en meilleure forme. Il se passa une main dans les cheveux, appréciant les doux parfums du sel iodé et des embruns de l’océan depuis plusieurs heures. Il plongea alors ses yeux gris et fatigués dans ceux, jaunes, de sa capitaine.

- Je peux faire quelque chose pour vous, mademoiselle Erwolf ? Il affichait un léger sourire sur son visage. Il était toujours prêt à aider, même s’il ne se sentait pas bien lui-même. Venez, suivez-moi, je vais vous ausculter pour être certain que tout va bien suite à votre combat contre ces pirates géants.

- Ça ira très bien Apolo. Elle lui fit un léger sourire puis posa sa main sur son épaule. C’est vous qui devriez vous reposer. À voir la tête que vous avez, vous devriez faire une bonne nuit et ne prendre personne avant demain, le temps de vous remettre.

- C’est très gentil de votre part, commandante. Un léger soupir s’échappa de ses lèvres. Mais je ne suis pas sûr que cela soit possible. Il me reste des patients à l’infirmerie, il faut que je les traite.

- Sont-ils en danger de mort ? Elle leva un sourcil vers le ciel. Il n’y avait eu aucun combat pour l’équipage depuis Bulgemore, dans ce cas-là, personne ne devrait se trouver à l’infirmerie. Je ne pensais pas que nous avions des blessés ou des malades.

- Hahahaha. Rien de grave, je vous rassure. Il s’épongea le front avec une serviette avant de la ranger dans sa poche de pantalon. De nouveaux membres de l’équipage qui n’ont pas encore le pied marin, ça passera dans quelques jours, tout au plus.

- Alors vous allez vous reposer. Elle sera l’épaule de l’homme à qui elle parlait. Vous avez vraiment une tête à faire peur.

- J’aimerai bien, mais il faut que je fasse mon travail. Une expression peinée sur le visage, il détourna le regard. Les vomissements de ces hommes ne vont pas se nettoyer tout seuls.

- C’est donc ça votre souci ? La chasseresse de primes fronça des sourcils et releva la tête. Elle croisa le regard d’un pauvre mousse qui passait par là. Vous là ! Oui, vous ! Venez ici s’il vous plaît !

- Oui, capitaine ! Un homme d’une trentaine d’années se rapprocha. Il s’était attendu à faire ses preuves, il voulait montrer sa valeur à cette jeune femme. Que puis-je faire pour vous, capitaine ?

- Vous allez vous occuper des malades à la place d’Apolo à l’infirmerie. Elle continua à donner ses instructions alors que l’homme ne semblait pas heureux de ces dernières. Le médecin de bord n’a pas eu un seul instant à lui pour se reposer, j’espère que vous comprenez qu’il a besoin de vous pour prendre du repos. Le regard de la jeune femme aux longs cheveux blancs se fit plus dur, elle n’accepterait pas un refus.

Le matelot avait eu l’idée de dire non, au début tout du moins. Néanmoins, en lisant dans les yeux de sa commandante, il sut qu’il n’avait pas d’autre option qu’un oui franc. Lui qui s’était attendu à être son compagnon d’entraînement, à devoir tenir la barre ou même à lui faire un massage. Il allait devoir revoir ses attentes à la baisse. C’est la mort dans l’âme qu’il lui répondit enfin.

- Bien sûr, capitaine. Il la salua rapidement ainsi qu’Apolo. Je vais maintenant m’occuper des malades. Je vous remercie de me faire confiance pour cette tâche, madame.

- Je vous remercie… Elle se stoppa, cherchant le prénom de l’homme qui prenait le relais du médecin de bord. Je suis désolée, je n’ai pas saisi votre nom, vous vous appelez ?

- Herwan, Herwan Mac Layn. Je viens d’Alba, capitaine. Il lui avait répondu avec un grand sourire. Sa première tâche n’était peut-être pas grandiose, mais sa capitaine lui demandait enfin son nom. Il n’était plus qu’un visage dans la foule, il avait un nom.

- Je vous remercie Herwan. Elle se tourna vers Apolo alors que le mousse s’enfonçait dans les entrailles du galion. Quant à vous, vous allez vous reposer maintenant, c’est un ordre !

Le vieil homme leva les mains en l’air comme s’il se faisait attaquer par un pirate.

- Je n’oserai pas remettre en question un ordre de ma commandante. Il souffla légèrement avant de reprendre la parole. Je vais donc vous laisser et dormir. Alors qu’il commençait à partir vers ses appartements, il se souvint de quelque chose et se retourna vers sa supérieure. J’ai oublié de vous dire avec tout ça, Jin est réveillé, il est sorti je ne sais où. J’étais en train de le chercher quand je suis tombé sur vous.

- Vous pouvez arrêter, je vais demander à Billy de le chercher. Elle lui fit un geste de la main. Maintenant, aller dormir s’il vous plaît. Billy !

Alors qu’elle venait tout juste de crier son nom, l’armurier des Glaciers se retrouva devant elle.

- Je peux faire quelque chose pour vous, madame ? Il s’inclina légèrement vers elle. Passer de l’huile sur vos couteaux de cuisine ? Les affûter ? Vérifier qu’ils coulissent bien dans leurs fourreaux ?

- Rien de tout ça. Elle souffla, agacée par cette obsession des meitous de son armurier. Je voudrais que vous retrouviez Jin et que vous me l’ameniez. J’aimerais le féliciter pour ce qui s’est passé sur Shabondy.

- Bien sûr, capitaine. Il s’inclina de nouveau légèrement et partit en marchant à reculons. Je vais maintenant prendre congé, si vous permettez.

- Pas de soucis.

Elle ne faisait déjà plus attention à lui. Elle détourna le regard pour regarder ses hommes s’occuper sur le pont. Ils n’avaient plus rien à voir avec ceux qu’ils étaient sur l’Archipel Vert quand Charlie les avait rencontrés la première fois. Ils avaient tous gagné le pied marin, pris une peau bronzée et des muscles puissants pour manœuvrer l’Iceberg.

- Charlie ! Robina appela la musicienne qui venait de mettre le pied sur le pont. Comment se passe la vie sur l’Iceberg ? Les Glaciers ne sont pas trop envahissants ? Je sais qu’en tant que femme sur un navire ça n’est jamais facile, vous me dites si vous avez besoin de quoi que ce soit.
  • https://www.onepiece-requiem.net/t21190-
  • https://www.onepiece-requiem.net/t21186-
Jin :

Éplucher des légumes était loin d’être ce qui l’animait en cuisine d’ordinaire et cela faisait quelques temps que la tâche ne lui incombait plus, le jeune homme ayant pris du grade. Mais cette fois-ci, Jin prenait étrangement du plaisir à effectuer cette corvée. Les souvenirs chaleureux de ces moments passés en cuisine avec sa mère resurgissaient dans son esprit. Un bref retour à la réalité qui lui rappelait d’où il venait, et qu’il ne fallait jamais qu’il ne l’oublie, comme les arbres qui poussaient tout au long de leur vie mais dont les racines restaient ancrées dans le sol.

Malgré ces bons souvenirs auxquels il pensait tandis qu’il était seul dans les cuisines du grand navire, la frustration le crispait. Il n’arrivait cependant pas à mettre la main sur l’origine de cette frustration. Tout semblait aller pour le mieux. Etait-ce à cause du combat contre les Mangemondes, pour lequel le cuisinier s’était persuadé qu’il aurait pu faire mieux. Qu’il aurait du faire mieux. Et qu’il n’avait été qu’un fardeau. Ou alors était-ce encore la faute de cette diablesse de Charlie ? Jin l’avait ressenti plus tôt et bien que leurs chemins se soient séparés des mois avant, il ne pouvait oublié cette effusion de sentiments et de pensée qui submergeait son esprit.

- J’étais sûr que je vous trouverais ici !

Le jeune cuisinier n’avait pas entendu les gonds de la porte grincer lorsque Fang Shui avait fait son intrusion dans la pièce.

- C’est un plaisir de vous revoir sur pieds. Le samouraï agrémenta ces salutations d’une tape amicale sur l’épaule du blondin. Comment vont vos blessures ?

- Le plaisir est partagé, Fang. Lui répondit-il en pudeur comme il avait l’habitude de le faire. Mes blessures se sont fermées mais mon corps est encore fragile.

- Très bien. Reposez-vous autant que besoin, nous reprendrons les entrainements lorsque vous serez parfaitement rétabli.

Les deux hommes se voyaient un profond respect et partageait de nombreuses valeurs. Rapidement Jin s'était naturellement rapproché du navigateur après son arrivée sur l'iceberg. Bien que l'un pratiquait des arts martiaux utilisant poings et pieds et l'autre avait emprunté la voie du sabre, ils pouvaient passer des heures entières plongés dans des discussions philosophiques sur les arts martiaux autour d'une tasse de thé ou a s'entraîner.

- Je n'ai pas eu l'occasion de vous remercier de m'avoir sauvé. Le samouraï s'inclina respectueusement. Bien, je retourne à mon poste avant que la capitaine ne remarque mon absence.

Le navigateur sortit de la pièce. Au même moment, un autre homme fit son apparition. Bill l'armurier. Il était essoufflé et suait comme un bœuf.

- Jin, vous étiez donc la. J'aurais dû y penser plus tôt. Sa phrase était entrecoupé de respirations saccadées.

- Bonjour Bill. Vous avez besoin de moi pour quelque chose ? Répondit le cuisinier en ne cachant pas sa surprise de voir l'armurier venir le chercher dans les cuisines.

- Robina vous demande sur le pont.

Tandis que Jin s'apprêtait a sortir et se diriger vers le pont pour rejoindre la Sanderrienne, Bill tira un tabouret et posa sa lourde carcasse dessus.

- Merci Bill. Et tâchez de ne rien toucher, Robina sera furieuse autrement.

Voilà des semaines que le blondin n'avait pas laissé le vent caresser ses cheveux. Ses yeux bleus agressés par le soleil, il lui fallut quelques minutes afin de s'adapter à la lumière du jour. Il finit par apercevoir sa capitaine, qui discutait avec une autre jeune femme. Son coeur accéléra. Cela ne pouvait être qu'elle. La jeune femme qui lui tournait le dos se retourna, les sourcils froncés. Ses yeux rubis pétillaient.

- Tu étais donc bien sûr ce navire, je le savais ! Lui cria-t-elle.


Charlie :

À peine ai-je le temps de poser un pied hésitant sur le pont que Robina -ne souhaitant visiblement pas me laisser le temps d’encaisser ma tragique découverte- m’aborde pour me demander comment le séjour sur son navire se déroule. Je lui accorde un regard se voulant amène -et, étant donné la situation, je vous prie de croire que ça me coûte- et parvient même à y accrocher un sourire. Non pas que ses hommes aient été particulièrement désobligeants avec moi -ils auraient d’ailleurs tôt fait de le regretter- mais je dois bien avouer que ce mal de mer -qui n’en est pas un, je le sais désormais- impose un bémol assez significatif à ce voyage au demeurant sympathique.

J’observe un instant la jeune femme. J’ai eu une sacrée veine de tomber sur elle sur Shabondy. Je l’ai rencontrée par le passé, au cours de l’une de mes premières aventures en dehors de mon île natale, durant laquelle elle m’a d’ailleurs sauvé la vie. J’aimerais vous dire que je lui en serai éternellement reconnaissante, malheureusement, vous le savez, ce n’est pas exactement mon genre. Toujours est-il que je garde un souvenir assez mémorable de notre rencontre, ce qui m’a encouragée à embarquer sur son bâtiment dès que l’occasion s’est présentée.

- Robina ! C’est gentil de t’inquiéter pour moi, mais ne t’en fais pas je saurai remettre ces forbans à leur place si le besoin s’en fait ressentir. En revanche…

Oui, car il y a un « en revanche ».
Il y en a toujours un.

Je suis obligée de marquer une pause avant de terminer ma tirade alors qu’un nouveau malaise me prend. Je ferme un œil tandis que mon -pourtant si angélique- visage se crispe dans une grimace peu séduisante. Je ne sais pas ce que ce foutu cuisinier s’est cru malin de faire, mais j’aimerais bien qu’il pense un peu à moi la prochaine fois, parce que je me passerais volontiers de ses ecchymoses. Et en parlant du coq, on en voit la qu n’est-ce pas là une tignasse blonde que j’aperçois nous rejoignant sur le pont ?

- Tu étais donc bien sûr ce navire, je le savais ! Je me disais bien que je me sentais fade et insipide à en mourir.

J’interromps soudainement ma provocation -exercice que j’affectionne pourtant tout particulièrement- en voyant l’étant dans lequel se trouve Jin. Des bandages lui couvrent une bonne partie du corps et le teint blafard de son visage me rappelle curieusement celui des momies que nous avons affrontées ensemble au plus profond d’une pyramide mystérieuse sur Alabasta -et ce n’est pas bon signe-. Pourquoi donc mon cœur se serre à cette vision pathétique ? Serait-ce là de l’empathie ?

Mon regard sibyllin se pose à nouveau sur la capitaine des Glaciers.

- Primo, qu’est-ce qui t’est passé par la tête pour qu’il finisse dans ton équipage. Et deuzio, Il va falloir que vous me racontiez ce que vous avez fait tous les deux pour que ce bêta se retrouve dans cet état.

Je finis par me tourner à nouveau vers Jin et lui adresse presque malgré moi un sourire sincère malgré son aspect narquois. On dirait malgré tout qu’une partie de moi est plutôt heureuse de revoir sa tête enfarinée…
  • https://www.onepiece-requiem.net/t21190-
  • https://www.onepiece-requiem.net/t21186-
Robina écoutait attentivement la réponse de Charlie. La jeune femme ne semblait pas aussi enjouée que quand elle l’avait rencontré sur l’Archipel Vert, sur West Blue. Est-ce que c’était sa mauvaise période du mois ? Le visage de la musicienne devint livide alors qu’un nouveau roulis plus puissant que les autres frappait la coque. L’Iceberg bougeait de plus en plus et déjà des gouttes de pluie tombaient sur le pont. La tempête les avait rattrapés. Il ne restait que quelques minutes avant qu’elle ne soit sur eux. La cuisinière attendait la fin de la phrase de Charlie pour savoir ce qui n’allait pas sur le navire pour elle, quand cette dernière fit un de ses effets théâtraux.

— Vous vous connaissez déjà ? La Sanderrienne leva un sourcil vers le ciel. Mais c’est une superbe nouvelle. Je suis sûr que vous allez bien vous entendre. Elle leva les yeux alors qu’on l’appelait au poste de pilotage. Je crois que l’on appelle, je vous demande un instant.

Elle attrapa un des mousses qui passaient près d’elle et le stoppa en posant sa main sur son épaule. L’homme s’arrêta en reconnaissant sa capitaine qu’il avait surtout observée de loin sans jamais véritablement s’approcher. Il la salua rapidement avant de prendre une position plus décontractée, les préparatifs pour la tempête avaient commencé, il n’avait pas de temps à perdre.

— Je vous écoute, mon capitaine. Il parlait fort, le vent soufflait violemment et déjà plusieurs gouttes s’écrasèrent sur son visage.

— Allez voir Mars, il me fait des appels de la main, mais je ne peux pas encore me déplacer jusqu’à lui. Elle plongea ses yeux dans ceux du mousse. Demandez-lui un rapport complet sur la situation et revenez me voir pour me le rapporter. Compris ?

— Oui, madame ! Il se détourna quelques instants après ces paroles. Il n’avait pas une seule seconde à perdre.

Se retournant vers Charlie et Jin qui étaient en train de se foudroyer du regard, elle ne réussit pas à lire l’atmosphère entre les deux. Étant occupée à donner ses ordres, elle n’avait pas entendu les dernières paroles de l’artiste qui attendait des réponses. Elle se pencha alors en avant pour se faire entendre. Le vent prenait en force et les bruits ambiants disparaissaient dans le son des rafales qui balayaient le galion.

— Je suis désolé, je ne vous ai pas entendu. Une affaire pressante a demandé mon attention pendant quelques secondes. Elle se tourna vers le duo qui était comme chien et chat. Nous ne devrions pas rester là. La tempête se rapproche. Venez dans ma cabine, nous y serons au sec, cela sera plus simple pour discuter.

La chasseresse de primes attrapa les deux personnes avec qui elle parlait et les guida jusqu’à la porte de ses appartements et bureaux. Elle ouvrit cette dernière et se glissa à l’intérieur, précédant les deux rivaux.

— Je vais me changer, je n’ai pas envie d’attraper quelque chose, laissez-moi un instant. Elle passa derrière un paravent cloué au sol. Ce dernier tremblait à cause du climat qui tombait sur l’équipage. Toutefois, il réussit à tenir bon. Juste un instant.

Elle retira son haut et enfila un gilet épais en laine noir. Elle attrapa un lourd manteau en cuir noir pour se protéger de la pluie quand elle serait dehors. Elle s’ébouriffa les cheveux et passa rapidement une serviette pour enlever les gouttes qui s’étaient accrochées dans sa tignasse blanche.

— Pardon de l’attente, mais je n’ai pas trop envie de finir à l’infirmerie. Elle tendit un linge pour se sécher à Charlie et Jin tout en parlant. J’apprécie beaucoup notre médecin de bord, mais si je peux le voir le moins souvent possible, je m’en porte pour le mieux. Vous me disiez quoi à l’extérieur ?

Alors que la jeune femme allait répéter ses paroles, on toqua à la porte. Agacée, la jeune femme aux longs cheveux blancs souffla, ils étaient encore interrompus par quelque chose, cette discussion n’en finirait jamais. Elle allait renvoyer la personne et oublier ce qui se passait dehors pendant une minute ou deux.

— Madame ! Je viens vous rapporter ce que disaient Mars et maître Fang Shui !

C’était le mousse à qui elle avait ordonné d’aller prendre le message du timonier et du navigateur. Elle ouvrit la porte normalement, mais le vent n’était pas de cet avis. L’élément s’engouffra dans ce nouvel espace et força le passage Manquant de lâcher la poignée, le pan de bois allait s’écraser sur le mur de la cabine de Robina si elle ne l’avait pas retenu. L’air glacé envahit instantanément la pièce, mais la commandante des Glaciers tint bon et resta ferme. Elle voulait donner l’impression que tout allait bien pour l’instant.

— Je vous écoute ! Elle se mit à parler fort aussi. La pluie tombait maintenant encore plus fort.

— Monsieur Shui vous informe qu’il a déjà donné ses ordres pour faire gréer les voiles ! Les manœuvres et gréeurs sont déjà en train de travailler pour tout mettre en sécurité. Malheureusement, il semblerait que nous soyons en retard. Il aurait besoin de vous pour donner vos ordres !

— Dites-lui que j’arrive dans un instant ! Elle se tourna vers Charlie et Jin. J’ai du monde pour le moment, je vais au moins les prévenir que du travail m’attend ! Merci de votre travail !

Elle referma la porte en forçant pour combattre le vent furieux. La pluie tombait de plus en plus violemment aussi dehors. De grosses gouttes s’écrasaient sur le bois du navire. Des éclairs déchiraient le ciel et s’écrasaient tout autour d’eux. Il était temps de s’activer.

— Désolé, mais des affaires urgentes m’appellent. Elle attrapa le manteau en cuir qu’elle avait mis de côté pour sortir. Nous reprendrons cette conversation plus tard, promis. Jin ! Il y a de quoi faire du thé et quelque chose de plus fort si vous voulez dans le bar là-bas. Elle désigna un petit comptoir sur le mur de droite. Je vous laisse.
  • https://www.onepiece-requiem.net/t21190-
  • https://www.onepiece-requiem.net/t21186-
Jin :

Le ciel s’était assombri, désormais recouvert d’un épais tapis de nuages gris. Le vent soufflait fort, si fort que les marins devaient s’époumoner pour se faire entendre. Un effort que n’étaient pas prêts à faire Jin et Charlie. Pendant que Robina était occupée à donner ses ordres aux membres de son équipage afin de se préparer à la tempête qui se levait, les deux jeunes maudits se regardaient droit dans les yeux, en chiens de faïence. Aucun mot ne sortait de leur bouche, mais leurs regards en disaient tant. Et les deux se comprenaient. Les aventures qu’ils avaient vécus ensemble avaient forgé un lien, ça et surtout la malédiction de la vieille sorcière. Ce lien était fort mais pas appréciable pour autant et l’un comme l’autre aurait préféré que leur chemin ne se croise pas à nouveau. Mais le destin les avait de nouveau réuni, sur l’Iceberg cette fois-ci. Le cuisinier s’attendait à tout sauf à la présence de la saltimbanque sur le navire.


- Qu’est-ce que tu fais sur ce navire ? La jeune femme grimaça en fronçant les sourcils.


Jit fit mine de ne rien entendre. Il savait que Charlie s’agaçait de parler dans le vent, littéralement. Il le ressentait. Autant qu’elle devait ressentir qu’il se moquait d’elle pour l’énerver. Robina de retour, elle les emmena dans sa cabine à l’abri du vent et de la pluie. Mais une fois de plus, la jeune femme aux cheveux blancs fut interrompue par un mousse. La vie de capitaine à bord d’un navire n’était pas chose aisée en temps normal, alors en temps de violentes tempêtes lorsque les troupes s’affolaient et que les rouages se déréglaient, la tâche était encore plus ardue. Elle laissa donc Charlie et Jin seuls dans sa cabine. Chien et chat dans une seule et même cage.


- Tu veux du thé ? demanda-t-il en qualité d’hôte, bien qu’il se trouvait dans la cabine de sa capitaine. Autre chose peut-être ? Bien que tu n’aies pas l’âge de boire de l’alcool et je ne veux pas avoir de problème avec tes parents.


Le blond cuisinier fouillait derrière le comptoir comme le lui avait autorisé Robina. Il en sortit un pot qui contenait du thé et une théière qu’il posa sur une petite plaque, avant d’allumer le feu avec une allumette. Il sentait la température lui monter à la tête, pourtant l’eau n’était pas encore chaude. Peut-être Charlie était-elle en colère, pensa-t-il. Cela expliquerait pourquoi elle était silencieuse, ce qui pouvait sembler inquiétant lorsque l’on connaissait le monstre.

Charlie :

Mes questions restent en suspens alors que Robina tourne une nouvelle fois les talons pour prêter attention à un nouveau matelot vraisemblablement en mal de directives -comme s’il fallait une nouvelle preuve que les hommes sont des bons à rien-. Croyez-le ou non, la météo semble s’aligner sur mon humeur du moment, sa voute nuageuse s’agitant à la mesure de mon esprit qui tente non sans mal de se remettre de la présence du blondin honni sur le même pont que moi.

Blondin qui, à l’instar de la capitaine dudit pont, prend un malin plaisir à ignorer mes interventions, ce qui a le don de m’agacer plus que de raison.
Ce qui leur vaut à tous les deux un clignement irrité de ma paupière droite, symptôme caractéristique de mon irritation qu’ils ne remarqueront sûrement même pas.

Une goutte vient alors s’écraser sur le bout de mon nez. Puis une autre. Et une autre. Rapidement, c’est un déluge qui commence à s’abattre sur nous. Je reste pantoise, les bras ballants le long de mes hanches alors que les deux cuisiniers s’empressent d’aller se mettre à l’abri dans la cabine de la jeune femme à la chevelure argentée, à mi-chemin entre la frustration et l’incompréhension. Quand je pense que j’éprouvais de l’empathie pour ce grossier personnage quelques secondes plus tôt à peine. On ne m’y reprendra plus.

Je les rejoins finalement après quelques secondes de tergiversations -Non pas que je n’apprécie pas de me faire allègrement tremper jusqu’aux os, mais mon masochisme a ses limites-, les rejoignant en courant, d’ores et déjà gaugée jusqu’à la moelle, pour trouver un toit dans les appartements de Robina. Celle-ci, toujours autant sollicitée, enchaine alors les excuses, n’ayant de cesse d’être interrompue par ses subordonnés qui viennent s’enquérir de ses décisions au sujet de la tempête -car c’était bien ce dont il s’agissait- approchant. Finalement, elle nous abandonne, visiblement peu soucieuse de la tension qui règne jusqu’alors en maîtresse entre le coq et moi.

- Alors j’étais en train de dire que…

La porte claque, autant rabattue par l’action de la chasseuse de prime que par le vent se faisant de plus en plus imposant, et me voilà coincée avec ce dernier. Dans une cabine. Sur un bateau. De pénibles souvenirs refont soudainement surface. Et ce sans compter le fait que Jin s’octroie alors le luxe de me provoquer ouvertement. Je ne peux retenir un sourire amusé. Je ne sais pas si c’est dû à la disparition soudaine de Robina ou si l’influence de notre lien si particulier commence à se faire sentir, mais voilà que le blondin se met à faire de l’esprit. J’essaye tant bien que mal de sécher mes cheveux dorés avec la serviette que nous a léguée Robina avant de me diriger vers ses armoires.

- Avoir des problèmes avec mes parents, c’est l’histoire de ma vie. Toi tu en auras quand tu devras leur annoncer qu’on va devoir se marier parce qu’on est visiblement liés d’une manière ou d’une autre pour toujours.

Je ne crois bien évidemment pas un mot à ce que je suis en train de dire. Ou du moins, je me persuade autant que faire se peut que cela n’arrivera pas, même si je dois bien avouer qu’avec tous les efforts que j’ai faits pour rompre cette foutue malédiction, je commence à douter de nos chances de nous en extirper. J’ôte négligemment mon pull trempé avant de le jeter à la figure du cuisinier et de plonger dans l’armoire de Robina à la recherche d’un vêtement de remplacement. S’il veut essayer de me déstabiliser, on sera deux à jouer. Je tombe sur un épais pull que j’enfile immédiatement et qui me va comme un gant -fait prévisible si l’on considère le fait que Robina et moi avons sensiblement la même corpulence-, avant de me tourner à nouveau vers Jin et de lui servir l’un des fameux regards hautains dont j’ai le secret.

- Mets-y un peu de rhum pour que ça réchauffe. C’est la patronne qui offre apparemment. Alors, dis-moi maintenant. Tu bosses avec Robibi ? Qu’est-ce qu’il s’est passé pour que tu te retrouves… Mon regard le parcourt de haut en bas. Dans cet état-là ?
  • https://www.onepiece-requiem.net/t21190-
  • https://www.onepiece-requiem.net/t21186-
Alors que Robina sortait de ses appartements, une vague de gouttes de pluies glacées lui frappa le visage. Elle grommela dans sa barbe avant de rabattre sa capuche en cuir pour ne pas finir noyée sous ce déluge. Elle referma la porte plus violemment qu’elle ne le voulait, le vent emportant cette dernière avec la force qu’il avait avec la tempête. Elle aurait bien fait demi-tour pour s’excuser, toutefois elle n’avait pas de temps à perdre, le temps allait de mal en pire et il n’y avait pas un seul instant à perdre.

Elle baissa la tête pour laisser le moins de prises au vent possible et monta jusqu’au poste de la capitainerie. Là, le quartier-maître Lanch, le navigateur Fang Shui et le timonier Mars Xulia attendaient ses ordres. Chacun faisait ce qu’ils pouvaient pour ne pas finir tremper par les averses qui arrivaient par vagues.

— Messieurs ! Elle hurlait pour se faire entendre avec les éléments autour d’elle. Est-ce que nous arrivons encore à voir la Translinéenne ?!

— Pas du tout, capitaine ! L’ancien sergent Lanch prit la parole le plus vite des trois. Ils ont pris de la vitesse et ont réussi à fuir ce qui est sur nous en ce moment ! J’ai déjà donné l’ordre à la vigie de descendre de son poste, elle serait trop en danger là-haut !

— Vous avez bien fait, quartier-maître ! Elle se tourna vers Fang, son navigateur. Est-ce que nous avons toujours le cap que nous suivions avec la compagnie maritime ?! Je ne voudrais pas que nous perdions le chemin que nous prenions !

— Malheureusement c’est déjà le cas, commandante ! Fang criait, mais le ton n’était clairement pas enjoué. Il avait déjà failli à sa mission qui était de faire suivre la bonne voie à sa supérieure. J’ai pris la première destination possible avec le gyropose pour ne pas que nous nous perdions dans cette tempête !

— Comment est-ce possible que nous ayons perdu le chemin vers Tortuga ?! Elle ne comprenait pas, ils avaient tous les instruments pour retourner sur leur pas sans encombre. Personne n’avait enregistré la destination avec le nôtre auparavant ?!

— C’est de ma faute, madame ! Mars se mit légèrement en avant pour appuyer ses paroles. Ainsi que de se faire mieux entendre. Monsieur Shui m’avait dit de régler le gyropose pour notre destination avec la Translinéenne, mais je ne l’ai pas fait. Et maintenant nous ne savons pas où nous nous dirigeons !

— Monsieur Xulia ! Elle foudroya l’homme du regard, lui qui était toujours souriant en toute circonstance n’en menait pas large à ce moment-là. Que cela ne se reproduise pas ! Vous avez toujours fait de l’excellent travail jusqu’à maintenant ! J’aimerais ne pas devoir faire attention à votre travail !

— Moi aussi, madame ! L’homme qui était si sûr de lui d’habitude n’en menait pas large à cet instant.

— Un rapport sur l’état du navire s’il vous plaît ! Elle se tourna vers Lanch, il était le point névralgique du navire, celui qui savait tout sur tout.

— Les hommes ont déjà cargué les voiles, capitaine ! Nous n’avons plus aucune prise aux vents ! Fang fit une première partie du rapport, il avait pu observer tout le manège sur le pont supérieur.

— Tous les gréeurs et manœuvres s’activent en ce moment pour sécuriser les tonneaux sur le pont ainsi que nos réserves dans la cale ! Lanch prit le relais voyant que le navigateur se tournait vers lui pour la suite. Les hommes et femmes poissons se trouvent dans la cale, en train de fermer les sabords pour que nous ne soyons pas noyés par ces derniers ! Une légère voie d’eau a commencé à se créer à cause de cela, mais elle est déjà jugulée !

— Autre chose ?! Elle se tourna vers les trois hommes qui la regardaient chacun d’une façon différente. J’ai l’impression que vous me cachez quelque chose, messieurs !

— Absolument pas, madame ! Lanch prit la parole, dans un semblant de salut militaire. Mais nous préférerions que vous retourniez dans votre cabine !

— Et pourquoi cela ?! Elle se tourna vers lui, ses yeux lançant des éclairs. Elle n’était déjà pas d’humeur de savoir qu’ils avaient perdu la direction qu’ils suivaient. Et maintenant on voulait la mettre de côté ? Cela n’arriverait jamais, foi de Sanderrienne.

— Pour votre propre sécurité, capitaine ! Rien de plus ! Comme vous le savez, c’est avant tout mon travail et je me sentirais plus à l’aise si vous n’étiez pas sur le pont avec nous, mais à l’intérieur, au chaud et sauve ! Les tensions entre les deux venaient de disparaître, l’ancien givrelames ne voulait pas qu’elles reviennent pour un si petit événement.

— Je comprends Sergent ! Toutefois, il va falloir que vous fassiez avec ! Car je ne compte pas laisser mon navire aux éléments sans me battre ! Elle se tourna vers le pont supérieur, tournant le dos à ses hommes de confiance un instant, analysant la situation.

Elle prit un instant pour regarder l’activité, ceux qui travaillaient et ceux qui avaient déjà fait ce qu’ils devaient. Un équipage était comme une brigade de cuisine, des dizaines de bras, de mains et de personnes toutes à l’écoute d’une seule et même voix : la sienne. Elle refit face à ses hommes pour donner ses ordres.

— Lanch, faites en sorte que la moitié de nos hommes se reposent dans leurs appartements ! Nous allons organiser un roulement toutes les trente minutes ! Comme ça chacun pourra se reposer un minimum avant de revivre l’enfer ! Shui ! Xulia ! Vous aussi vous vous relayerez ! L’un de vous doit toujours se trouver au poste de pilotage pour suivre ce pose ! Xulia vous y aller en premier !

L’homme aux cheveux roses posa un regard attristé sur elle, en baissant les épaules.

— Je sais que ça peut ne pas vous plaire, mais vous êtes déjà aux commandes ! Shui va prendre le relais pour l’instant !

Le timonier laissa la barre au navigateur avant de descendre dans ses appartements pour la prochaine demi-heure.

— Et vous, capitaine ?! Le quartier-maître se rapprocha d’elle espérant lui faire entendre raison. Vous allez aussi vous reposer, n’est-ce pas ?!

— Il en est hors de question, monsieur Lanch ! Elle le regarda calmement, elle n’avait pas peur, elle était plutôt excitée. Je suis cheffe et capitaine de mon navire ! Et tout le monde a le droit de prendre une pause, sauf moi ! Et vous savez très bien que j’ai raison ! Je me reposerai quand la tempête sera passée ! Maintenant, faites passer le mot : je veux que la moitié des hommes disparaissent dans les niveaux inférieurs pour se reposer et reprendre des forces ! Il n’y a pas un instant à perdre !

— Oui, commandante ! L’ancien militaire salua la chasseresse de primes et commença à descendre pour choisir qui allait rester sur le pont et qui allait descendre se reposer.

La tempête était sur eux depuis déjà un moment, mais elle ne faisait que commencer, il en avait bien peur.
  • https://www.onepiece-requiem.net/t21190-
  • https://www.onepiece-requiem.net/t21186-
Jin :

Se marier ? A ces mots prononcés par la petite peste, le visage de Jin s'empourpra autant de gêne que de colère. Il n'avait jamais vraiment songé au mariage, ni même a l'amour. Mais se marier avec elle ? Cette idée lui donna la nausée. Une nausée bien plus intense que celle que lui infligeait la simple présence de la jeune femme près de lui. Elle lui avait juré sur sa propre tête qu'elle n'avait pas volontairement lancé la malédiction lors de la croisière. Mais Jin commençait à douter. Ne l'avait elle justement pas fait exprès ? Un moyen efficace pour elle de séduire le cuisinier. Elle aurait peut être compris qu'aucun moyen traditionnel ne fonctionnerait sur lui et se serait résolu a utiliser la sorcellerie. Un énième caprice d'enfant gâté de sa part.

- Du rhum dans du thé ? Le blondin leva un sourcil. Nous nous sommes rencontrés maintes fois et pourtant tu ne cesses de m'impressionner.

Il versa quelques gouttes du breuvage alcoolisé dans la tasse d'eau chaude dans laquelle infusaient quelques feuilles de thé. Malgré ce lien qui les unissait malgré eux, Jin ne s'était pas encore totalement accommodé de l'excentricité de la musicienne. Si leurs émotions étaient partagées il était difficile de discerner quoique ce soit dans le capharnaüm qui régnait constamment dans la boîte crânienne de la conteuse.

- Robina et moi nous sommes rencontrés sur Whisky Peak. Raconta le cuisinier. Peu de temps après notre aventure sur Alabasta.

- Et tes blessures ? Vous avez combattu des pirates ? La jeune femme semblait intéressé par le fait de recueillir une histoire qu'elle pourrait ajouter à ses récits. Quitte à la romancer un peu pour la rendre épique et a en changer le protagoniste.

- Nous avons combattu les Mangemondes sur Shabondy.

- Les Mangemondes ? Interrogea Charlie qu semblait ne jamais avoir entendu parler d'eux.

- Tu étais également sur l'archipel et tu n'es pas au courant ? Ce sont des géants mangeurs d'hommes a la solde de l'empereur pirate Kutroshinsky.

- Oh, des géants mangeurs d'hommes ! Le visage de Charlie s'illumina. Voilà une histoire intéressante a raconter. Je ne pensais pas que ta vie puisse ne pas être fade.

Jin ne réagit pas a la pique de Charlie. A dire vrai il n'était pas tant concentré a écouter la jeune femme. Le jeune homme était préoccupé par ce qu'il se passait a l'extérieur de cette cabine. L'on entendait clairement le reste de l'équipage s'agiter a tous les postes, pendant qu'eux deux se prélassaient dans la cabine de Robina a siroter leur thé. Même si dans son état il était peut-être plus prudent pour lui de rester a l'abri. Et Charlie ne faisait même pas parti de l'équipage, même si elle voyageait avec les Glaciers sur l'Iceberg. Robina ne souhaiterait sûrement pas qu'une passagère invitée sur son navire risque sa vie. Et avait-elle seulement quelque compétence pouvant être utile ? Jouer du violon n'avait jamais permis d'éloigner une tempête.

- Peut-être devrions nous aller voir ce qu'il se passe ? Lança tout de même le blondin

Charlie :

Il faut que j’emploie toute ma volonté pour ne pas éclater de rire à la vue de la grimace de Jin à l’idée de rendre notre « union » officielle, ce qui n’est tout de même pas suffisant pour retenir le sourire goguenard qui traverse alors mes lèvres. Crois-moi, grand coq, cette perspective me répugne au moins autant que toi. Rien que l’idée de me retrouver enchaînée à quelqu’un -et en particulier ce fade blondin- me glace le sang et je sens un étau se resserrer sur mon cœur, un nœud se formant dans mon estomac alors que l’angoisse me saisit. La seule raison pour laquelle je me permets de plaisanter à ce sujet est que d’une part je suis assez certaine que cela ne se produira jamais et d’autre part je sais que Jin ressent peu ou prou les mêmes émotions que moi face à cette situation et le tourmenter m’enchante au plus haut point.

- On dit souvent que je suis impressionnante, oui. C’est la version underground du grog. C’est ce qu’on fait à Favela pour couper le mauvais rhum. Ou le mauvais thé, en vrai. Pour ce que j’en sais…

Je dois bien avouer que son histoire de Mangemondes n’est pas banale. Mes yeux s’écarquillent de surprise et de curiosité, mais au fond de moi quelque chose me chiffonne. Une pointe -ou plutôt une poutre- de déception perle dans mon esprit. Il me coûte beaucoup de l’admettre, mais Jin a raison. Je n’étais pas au courant. Voilà qui est pour ainsi dire désappointant, pour rester polie. Je ne suis pas sur l’île depuis longtemps, mais tout de même ; des géants mangeurs d’hommes, dit-il. Pour quelqu’un en recherche d’aventures rocambolesques à conter, passer à côté d’un tel événement faire montre d’un évident manque de professionnalisme -si tant est que ce mot a une quelconque signification à mes yeux-.

Alors de deux choses l’une : soit mon légendaire instinct de fouine s’est émoussé, ce qui me paraît impossible ; après tout je suis celle qui écrira la dernière ligne de la dernière histoire de ce monde, soit quelque chose a détourné mon attention de la seule vraie quête de la seule vraie œuvre de ma vie. Et ce quelque chose en question se trouve en face de moi, avec sa tête de benêt et ses yeux de merlan fris -diantre, il fallait qu’il ait des yeux d’un bleu aussi profond que la mer pour que l’on puisse s’y noyer-. Car j’ai passé l’intégralité de mon -court- passage sur l’archipel Shabondy à la recherche d’un remède à nos tourments pendant que monsieur se la coulait douce à vivre des aventures incroyables.

C’est donc entièrement de sa faute.

- Voilà une histoire intéressante à raconter. Enfin… Si je la contais moi. C’est comme ça que tu relates tes exploits ? Pfff…. En tout cas, je ne pensais pas que ta vie puisse ne pas être fade. Au moins c’est toujours vrai pour ton éloquence.

Et cela lui vaut une attaque sous la ceinture.
Pourquoi donc affronter ses émotions lorsque l’on peut les éviter à grands renforts de remarques passives-agressives ?

Mais le blondin ne m’écoute déjà plus que d’une oreille -évidemment, il héritait grâce à notre malédiction de mes traits les plus agaçants-, visiblement très concerné par ce qu’il se passe au dehors. Je dois reconnaître que le brouhaha qui parvient jusqu’à nos oreilles, et ce malgré la protection que nous offre la cabine de Robina, est plutôt impressionnant. La voix de cette dernière, particulièrement étouffée, crie des ordres dont il m’est impossible de saisir le sens. Je jette un œil à ma tasse bouillante puis laisse échapper un soupir en haussant les épaules. Je m’en voudrais trop de rater une nouvelle source d’inspiration.

- Allons-y. Comme ça ça laissera le temps à mon thé de refroidir. Être cuistot et ne pas savoir ne pas faire bouillir un thé… Nous nous sommes rencontrés maintes fois et pourtant tu ne cesses de me décevoir.

Puis d’ouvrir la porte dans un petit rire joyeux… Et de le regretter instantanément. Il faut moins de cinq secondes pour que je me retrouve trempée jusqu’aux os. Le temps est désormais au déluge. Il ne fait plus aucun doute que sur nous s’abat une tempête d’une ampleur telle que je n’en ai sans doute encore jamais vue. Une bonne partie des membres des Glaciers s’affairent à tenter de maintenir le cap -et surtout à empêcher le navire de chavirer, ce qui relèverait déjà de l’exploit-. Je tente de m’approcher de Robina, une main en visière pour essayer en vain de protéger mon visage de la pluie drue qui me tombe dessus à la diagonale.

J’aurais peut-être dû songer à enfiler des vêtements plus appropriés avant de foncer tête baissée dehors.

C’est la pensée qui traverse mon esprit lorsque, non contente d’être absolument gaugée, une bourrasque plus violente encore que les autres me déséquilibre. Ma chaussure glisse sur le bois détrempé et je me retrouve en l’espace d’une fraction de seconde emportée par le torrent qui s’abat sur le navire, filant à grande vitesse et dans un cri strident vers le bastingage.

Ça valait le coup de me changer.
  • https://www.onepiece-requiem.net/t21190-
  • https://www.onepiece-requiem.net/t21186-
Robina hurlait des ordres autour d’elle pendant que les hommes rentraient dans les ponts inférieurs. La moitié était plus que contente de se reposer pendant une demi-heure. Elle hurlait contre le vent, les gouttes de pluie et les éclairs qui perçaient l’obscurité qui s’était installée avec les nuages noirs. Avec son tricorne sur la tête pour la protéger des intempéries, elle était à la limite de s’arracher les cordes vocales pour se faire entendre de tous sur le pont supérieur.

— Carguez les voiles ! Protégez les écoutilles en tendant les prélarts ! Je ne veux pas que l’eau puisse s’infiltrer dans l’Iceberg ! Elle se tourna vers le quartier-maître. Faites passer le mot sur tout le pont ! Cordage obligatoire pour n’avoir personne qui tombe par-dessus bord !

— Bien reçut mon capitaine ! Il la salua militairement, par habitude et descendit sur le pont pour donner l’ordre à tout le monde.

— Deux hommes au cabestan ! Hissez la haute vergue ! Elle désigna deux mousses qui se trouvaient proches d’elle. Et surtout, mettez la poudre à l’abri !

Des hommes-poissons couraient sur le pont comme s’ils étaient chez eux. La pluie ne les dérangeait en rien et un solide cordage les faisait rester sur le galion. Les hommes montèrent dans les hauteurs pour attacher les voiles et serrer les cordages. Quelques autres tendirent des carrés de toiles goudronnées au-dessus des ouvertures pour descendre dans les ponts inférieurs. Chacun d’eux se mettait en sécurité en s’arrimant fermement avec un cordage autour de la taille. Les deux mousses désignés étaient déjà à l’œuvre sur le rocambeau pour faire grimper la haute vergue.

— Brassez les vergues quand les voiles seront carguées ! Bien qu’elle était déjà à moitié transie de froid, elle était bien contente qu’il pleuve. Avec l’eau qui tombait, elle n’avait au moins pas besoin de chercher pour boire et se rafraîchir la gorge. Elle fit une pause pour reprendre son souffle et entendit l’ancien sergent des givrelames reprendre ses mots.

— Vous avez entendu bande de ganaches ? Il hurlait alors qu’il courait sur le pont pour reprendre son poste au côté de sa commandante. Brassez les vergues, tas de cossards !

La cuisinière eut un léger sourire en l’entendant. Elle n’appréciait pas vraiment ce langage, mais elle devait bien avouer que cela la faisait rire. Et l’homme apprenait chaque jour de nouveaux mots et insultes, il était maintenant comme un poisson dans l’eau.

— Nous continuons tout droit, monsieur Shui. Elle se tourna vers le navigateur qui était derrière le gouvernail.

— Vous êtes certaine, capitaine ? Nous pourrions virer de bord pour éviter le plus gros.

— Non, nous n’aurons pas plus mal que maintenant ! En avant toute, au cœur de la tempête !

— Vous êtes bien téméraire, commandante ! Shui fit tourner le gouvernail vers la gauche, suivant le vent.

— Eh bien, monsieur, vous avez peur d’être mouillé ? Elle lui fit un sourire mutin en lui lançant un regard moqueur.

— Absolument pas. Le samouraï se mit à sourire aussi. Il connaissait la façon de penser de sa supérieure, de grands risques pour grands bénéfices. Plus ils iraient vite dans la tempête, plus elles passeraient vite.

La Sanderrienne vit alors Charlie et Jin sortir de sa cabine. La musicienne perdit alors l’équilibre sur le bois glissant et partit à la renverse. Une vague les frappa sur bâbord, faisant tanguer le navire. Les torrents sur le bois n’aidant pas à se retenir, voilà que la jeune albinos se retrouvait à se précipiter vers le bastingage et l’océan. N’écoutant que son instinct, la capitaine de l’Iceberg attrapa une corde qu’elle défit en frappant sur l’attache.

Avec la force du vent et la voile que le cordage retenait dans les hauteurs. Le nœud devint l’extrémité d’un fouet, avec la jeune femme aux longs cheveux blancs à son bout. S’envolant, elle utilisa son poids pour prendre la direction de la passagère qui allait finir par le fond. Charlie venait de passer par-dessus bord. Toutefois, Robina passa un bras autour d’elle, l’attrapant sous les bras. C’est comme Tarzan et Jane que les deux s’écrasèrent dans une échelle de corde, plusieurs dizaines de mètres plus loin après que le fouet qu’était devenu le cordage les ait éjectés.

Les secours se trouvaient déjà autour d’eux. Plusieurs manœuvres leur jetèrent de quoi s’attacher pour se mettre en sécurité. Passant un bras autour d’un barreau de chanvre, Robina passa une corde autour de la taille de Charlie et serra pour faire un nœud.

— Au moins, comme ça, vous ne vous envolerez plus. Elle lui fit un clin d’œil. Je ne voudrais pas vous perdre tout de suite, nous devons vous emmener jusqu’au Royaume de l’Absurde après tout.

Elle attrapa la deuxième sécurité qu’elle avait à portée de main et l’enroula autour de son poignet. Elle descendit en prenant son temps et en guidant la musicienne pour qu’elle ne s’emmêle pas les jambes dans l’échelle. Cette dernière n’ayant pas l’habitude de faire des manœuvres sur un bâtiment.

— Qu’est-ce que vous faites là tous les deux ? Elle regarda Jin qui s’était approché ainsi que Charlie.

— Nous étions venus vous aider, capitaine ! Jin expliqua rapidement la situation. Nous pouvons aussi nous rendre utiles.

— Et puis ce crétin a fait bouillir l’eau de mon thé. C’est imbuvable. Charlie maugréait les dernières actions de sa moitié.

— Très bien si vous voulez aider, suivez mes instructions ! Jin ! Vous allez faire le relais pour que ceux sur le gaillard avant puissent entendre mes ordres ! Charlie ! Vous allez aider ceux à la manœuvre de la timonerie, je pourrais vous aider si vous avez un souci comme ça. Je vous remercie de nous aider alors que vous n’êtes qu’une passagère.

Elle remonta au poste de pilotage avec la musicienne. Fang Shui la regarda revenir en tenant fermement la barre.

— Que faisons-nous capitaine ?! Il avait les dents serrées avec l’effort de combattre les éléments qui frappaient l’Iceberg.

La cuisinière reposa son regard sur ses hommes avant de prendre la parole.

— Restez sous le vent ! Elle hurlait ses ordres comme si elle se trouvait en cuisine. Nous allons traverser cet enfer par le milieu.

Des vagues triangulaires se formèrent tout autour du navire de ligne. Des vagues de la route de tous les périls.

— Bouchez toutes les écoutilles ! Nous ne devons pas laisser l’Iceberg prendre l’eau surtout ! Je vois encore des jours ! Jin, au loin, partit en courant pour faire écho à sa supérieure.

La tempête se déchaînait tout autour des Glaciers et la capitaine et son navigateur faisaient tout pour les en sortir. Heureusement que les moussaillons étaient rapides pour suivre les ordres.
  • https://www.onepiece-requiem.net/t21190-
  • https://www.onepiece-requiem.net/t21186-
Jin :

A peine sorti de la cabine de Robina, le cuisinier en second de l’équipage des Glaciers se heurta face au vent violent de la tempête. Les rafales étaient semblables à des fouets invisibles qui assaillaient les malheureux qui se trouvaient dehors sans leur donner le moindre répit. La pluie froide portée par le vent donnait la sensation de milles aiguilles qui s’abattaient d’un coup sur quiconque bravait cette tempête. Et comme si cela ne suffisait pas, les éclairs qui frappaient près du navire étaient si intenses que les regarder brûlait la rétine. Et le bruit du tonnerre faisait siffler les tympans, brouillant la communication sur le pont. Une scène des plus chaotiques. Le natif de l’île du Karaté n’avait jamais rien vu de tel. Se battre contre des pirates, qu’ils soient dinosaures ou géants mangeurs d’hommes, était une chose. Se battre contre la nature en était une autre. L’équipage des Glaciers et leur enquiquinante invitée vivaient à ce moment le cauchemar que redoutaient tous marins.

Encore une histoire qu’elle pourra chanter dans toutes les tavernes... songea Jin en pensant à Charlie. La perspective de la voir chantonner les aventures rocambolesques de la Sanderrienne et de ses hommes ne l’enchentait guerre. Mais l’heure n’était pas à ces pensées futiles que la jeune conteuse lui greffait dans l’esprit grâce à sa malédiction. Il fallait avant tout réussir à sortir vivants de cette tempête. Et la tache ne s’annonçait pas aisée.

La foudre déchira le ciel une nouvelle fois dans un craquement effroyable. S'en suivit une gigantesque vague qui vint s'écraser contre le navire. Jin faillit perdre l'équilibre mais parvint à se maintenir tant bien que mal, en s'accrochant la où il le pouvait. Une douleur intense lui saisit la poitrine. Il reconnut instantanément le jeu de la malédiction et su qu'il s'agissait de Charlie et qu'elle courait un grand danger. La jeune femme n'était plus a ses côtés, en un instant elle s'était volatilisée. Un regard vers le côté et il l'aperçu en train de dévaler le navire qui s'était fortement incliné sous l'impulsion des vagues. Le temps sembla s'arrêter dans l'esprit du blondin au moment où la conteuse passait par dessus bord. Le rubis éclatant de ses yeux brillait au loin, comme deux flammes vacillantes prêtes à se faire engloutir par les flots. La peur se mit à l'envahir. La peur de voir un être humain mourir sous ses yeux, sans même pouvoir lui apporter de l'aide. La peur aussi que le lien maudit qui les unissait ne l'emporte lui aussi, au moment où Charlie s'éteindrait. Dans la stupeur, Robina sauva son invitée d'un geste aussi acrobatique qu'héroïque. Jin se précipita vers elles pour les aider.

- Il s'en est fallu de peu. Lança t'il en tendant la main a Charlie. Dommage, c'était peut être la l'occasion de se débarrasser de la malédiction. Un sourire mesquin s'affichait sur son visage.

Elle qui avait l'habitude de le taquiner de la sorte, ne trouva pas la boutade a son goût et lui lança un regard furibond. D'un revers de la main, elle repoussa la sienne.

- -Ce n’est pas le moment, grand dadais. Tu as de la chance que je n'ai pas encore trouvé ma répartie, sinon tu en prendrais pour ton grade.

Était-ce la situation et le fait qu'elle ait échappé de peu a la mort qui la faisait réagir ainsi, ou était-ce la malédiction qui se renforçait. La réponse ne lui importait peu, Jin était déjà en route vers le gaillard avant afin de transmettre les ordres de la capitaine. Le sol trempé du pont le fit perdre l'équilibre plusieurs fois mais aussitôt qu'il tombait, il se relevait. Ses blessures se réveillaient mais il n'était pas question de s'en préoccuper dans un moment pareil. Il serra fort les dents et continua sa lancée.

- Jin ! Que faites vous ici ? Vous êtes blessés ! Hurla un homme-poisson.

- Ce n'est rien. Le grand blond essayait de se convaincre que tout allait bien, mais son visage pâle ne mentait pas. Je dois d'abord accomplir mon devoir de membre de l'équipage. Nous aurons tout le temps de nous reposer une fois la tempête passée.

- Retournez a l'intérieur et allez voir le médecin de bord. Ses yeux transparaissaient son intention de ne pas lâcher prise. Vous ne nous serez plus utile vivant que mort

Le cuisinier n'avait pas l'intention d'écouter les conseils de son acolyte. Les ordres de Robina étaient bien plus importants. Mais une douleur atroce lui cisailla le flanc droit, l'obligeant a poser le genou au sol. Malgré l'obscurité, l'on pouvait voir le sang du karatéka qui perlait sur le plancher mouillé par la pluie et les vagues. Les larmes lui montaient, il avait compris qu'il ne serait d'aucune utilité dans cet état. Une fois de plus il se sentait comme un fardeau sur les épaules de la Sanderrienne et du reste de l'équipage.

Charlie :


Le vent, le sol glissant et le torrent qui s’abat sur nous m’emportent inéluctablement vers le bastingage. Croyez-le ou non, mais j’arrive à boire la tasse alors même que je suis toujours sur le pont. Pont que je vois défiler sous mes yeux tandis que mon corps est projeté par-dessus bord. Il est d’ordinaire, d’après les témoignages de quelques chanceux, plus commun de voir sa vie défiler. Mais que voulez-vous, j’imagine que lorsque l’on limite son paradigme à l’instant présent, une gigantesque plateforme en bois est déjà plus que l’on ne pourrait espérer.

Un calme inhabituel m’envahit lorsque je passe le garde-corps. La peur m’est toujours inconnue. Il ne peut rien m’arriver. Ma bonne étoile veille au grain. Comme pour me donner raison, je sens une ferme prise m’empoigner pour me ramener contre la coque du navire, dans un crac sonore qui en aurait fait grimacer plus d’un si la tempête qui nous assaillait ne l’avait pas couvert de son sinistre capharnaüm. Je laisse échapper un grognement de douleur alors que mon épaule percute sans ménagement le bois à pleine vitesse. Chienne de vie. On finit par nous remonter à bord, et Robina -ma sauveuse- de m’humilier un peu plus en nouant le cordage dont elle s’est servie pour voler -littéralement- à ma rescousse autour de ma taille.

Le regard que je lui assène à cet instant en dit long sur ma manière de voir les choses, mais je n’ajoute rien. Je crois que me sentir ainsi prisonnière et spoliée de ma liberté m’a coupé le souffle. J’essaye vainement de desserrer le nœud que la capitaine de l’Iceberg a cru bon de faire pour me ligoter, mais c’est peine perdue. C’est évidemment le moment que choisit Jin pour faire à son tour son apparition, non sans s’octroyer le luxe d’une réflexion désobligeante. Et si d’ordinaire ses piques ont pour seul effet de me lancer sur une répartie bien sentie, je sens cette fois-ci l’agacement prendre le pas sur la minauderie.

- Ce n’est pas le moment, grand dadais. Tu as de la chance que je n'ai pas encore trouvé ma répartie, sinon tu en prendrais pour ton grade.

Je laisse moi-même échapper un hoquet de surprise en m’entendant parler. Il n’est clairement pas dans mes habitudes de laisser libre court à ma frustration de la sorte -en tout cas pas aussi ouvertement-. Est-ce là un nouvel effet néfaste de la malédiction qui nous accable, m’attribuant ainsi un autre des déplaisants traits du cuisinier ? C’est bien la seule explication plausible que je vois à cette saute d’humeur qui ne me ressemble définitivement pas -moi qui suis d’ordinaire la plus douce des crèmes, vous en êtes témoins-. Mais je n’ai pas le temps de m’apitoyer sur mon sort que Robina revient à la charge, visiblement déterminée à affronter la tempête et à sotir victorieuse de cet affrontement contre la nature personnifiée, aussi faibles soient nos chances dans ce combat contre une force qui nous dépasse tous de -très- loin.

- Et puis ce crétin a fait bouillir l’eau de mon thé. C’est imbuvable.

Je me mords la lèvre inférieure. Voilà que ça me reprend. Et cette foutue corde qui me sert la taille. Entre l’autre benêt, la tempête et l’immondice qui m’entrave, si j’avais su ce qui m’attendait sur ce navire, je me serais bien volontiers abstenue d’y mettre le moindre orteil. Loin de se laisser décontenancer, Robina continue à vociférer ses ordres.

- Ah oui… La timonerie… Oui, bien sûr…

Je recrache assez peu élégamment les abondantes gouttes d’eau qui s’immiscent en faisant royalement fi de mon consentement à l’intérieur de ma cavité buccale. Je n’ai pas la moindre idée de ce que peut bien être la timonerie. Il est évident qu’avec un minimum d’observation -ou bien simplement en demandant- je pourrais avoir la réponse que je cherche. Mais je suis agacée. Je dois bien l’avouer, je ne suis pas excessivement admirative du fait qu’on me ligote puis qu’on me donne des ordres. Je laisse quelques secondes -le temps que tout un chacun se remette en action- s’écouler, puis me mets en mouvement moi-même. Mais il n’est pas question que j’obéisse aveuglément aux consignes que l’on m’a interjetées. D’une part parce que je ne suis pas bien certaine de ce qu’elles signifient, et d’autre part parce que j’ai un léger problème avec l’autorité de manière générale.

C’est ainsi que je me retrouve quelques secondes plus tard à l’abri tout relatif du porche de la cabine de Robina. Alors que quelques sbires de cette dernière s’affairent à maintenir le cap de l’Icerberg contre vents et marées – assez littéralement, en l’occurrence-, je tends mon bras gauche et incline ma tête sur le côté sans trop leur prêter attention. Un instant plus tard, un violon d’un rose bien trop voyant se matérialise au creux de ma paume et un archet dans mon autre main.

Je ne sais pas naviguer, mais je pourrai certainement leur donner du baume au cœur en les accompagnant.
Cela rendra sûrement la mort moins douloureuse lorsque le navire chavirera.
Du moins je l’espère.

Near, far, wherever you are
I believe that the heart does go on
Once more, you open the door
And you're here in my heart
And my heart will go on and on
  • https://www.onepiece-requiem.net/t21190-
  • https://www.onepiece-requiem.net/t21186-
La capitaine des Glaciers hurlait pour se faire entendre. Le vent tourna, les poussant vers l’avant. L’Iceberg gagna un peu en vitesse alors que la voilure était réduite au minimum pour affronter le climat. Une vague de gouttes frappa le dos de Robina. Elle n’eut pas le dos trempé grâce à son manteau en cuir, mais elle sentait déjà qu’elle avait froid. Et où pouvait donc se trouver Charlie ? Elle avait proposé d’aider, et la cuisinière lui avait donné des ordres simples. Toutefois, aucune trace de la petite albinos.

Alors que la Sanderrienne pensait à ça, le son d’un violon s’éleva dans les airs. La musicienne se trouvait en dessous, au niveau de la capitainerie. La chasseresse de primes hocha les épaules. Elle n’avait pas réellement le droit de donner d’ordres à la musicienne. Si son aide se limitait à de la musique, cela lui irait très bien. Après trente secondes, la musique s’arrêta, et avec le vent, la commandante de l’Iceberg put entendre un juron. Elle leva un sourcil en l’air, se demandant ce qui avait bien pu se passer. En même temps, un homme courait sur le pont, une corde attachée autour de la taille. Il leva les mains en l’air, essayant d’attirer l’attention de sa supérieure.

— Capitaine ! Il hurlait pour se faire entendre au-dessus des éléments. Nous avons un problème ! Il ne semblait pas rassurer. Jin ! Il est tombé ! Sa plaie semble s’être réouverte !

— Quoi ?! Affolée, la jeune femme aux longs cheveux blancs sauta les marches quatre à quatre, plus en train de tomber que de marcher. Montrez-moi ! Vite !

Elle chassa l’homme d’un geste et les deux partirent au pas de course. Après quelques mètres, Robina trouva le blond un genou à terre, du sang coulant de sa chemise.

— Jin ! Elle se tourna vers deux manœuvres qui se trouvaient autour. Vous ! Prenez-le et amenez-le à l’infirmerie !

— Oui, capitaine ! Ils s’exécutèrent tous les deux sans attendre.

— Quant à vous, Jin. Reposez-vous. Elle frappa son épaule avec le plat de sa main légèrement. J’ai encore besoin de vous, je compte sur vous.

Elle avait géré la situation ici, elle pouvait maintenant retourner au poste de pilotage. Courant le plus vite possible, elle remonta à son poste aux côtés de son navigateur. Le samouraï fronçait les sourcils derrière ses habits qui le protégeaient tout juste de la pluie. Interloquée par son attitude, elle se rapprocha de lui.

— Un problème Monsieur Shui ?!

— J’en ai bien peur, capitaine ! Le sabreur hurlait pour se faire entendre. Que le vent ait tourné aussi rapidement ne me dit rien qui vaille ! Il leva les yeux au ciel. Surtout que des nuages en face de nous se rapprochent !

— C’est une bonne chose, non ?! Ne comprenant pas, la cuisinière posa la question qu’elle avait sur les lèvres.

— Non ! Si le vent est dans notre dos, et que devant nous, il est contre nous, alors… Il ne finit pas sa phrase.

La Sanderrienne eut même du mal à entendre ses derniers mots. À peine quelques sons et elle dut assembler les pièces du puzzle pour reconstruire la phrase de son homme de main. L’homme ne semblait pas se détendre, il tournait le gouvernail de temps en temps, sans explications. Sentant son stress, la jeune femme lui posa une main sur l’épaule pour qu’il s’arrête un instant.

— Calmez-vous Shui ! Elle fronça les sourcils. Vous me faites stresser et vous mettez l’équipage mal à l’aise !

— Désolé, capitaine ! Il se passa une main dans ses cheveux pour se détendre. J’ai un mauvais pressentiment, c’est tout !

— Quel genre ?! Elle avait appris à écouter l’instinct de cet homme.

— J’ai l’impression d’avoir déjà vécu ça ! Un déjà-vu que je n’arrive pas à remettre ! Il hocha des épaules. Pourtant, je n’ai pas connu beaucoup de tempêtes comme celle-ci !

Alors que la chasseresse de primes et le navigateur discutaient, un moussaillon s’approcha en grimpant à toute vitesse à la timonerie. Il salua rapidement avant de commencer à parler, sans attendre l’accord de la capitaine.

— Maelstrom droit devant, capitaine ! L’homme était livide.

Et le visage de la commandante des Glaciers en devint de même. Qu’est-ce qu’elle devait faire ? Elle se tourna vers celui qui tenait le gouvernail.

— Vous devez nous sortir de là, Monsieur Shui !

— Oh oui ! Il fit brusquement tourner la roue, prenant une autre direction. En avant tout ! Nous mettons le cap sur les abysses !

— Mais qu’est-ce qui vous prend Fang ? La jeune femme aux longs cheveux blancs ouvrait de grands yeux ronds en le regardant. Vous êtes sûr de vous ?

— Certain, capitaine ! Il se tourna vers elle avec un grand sourire sur le visage. Qu’est-ce qu’il y a ? Vous avez peur d’être toute mouillée ?

Il partit dans un grand rire, détendant l’atmosphère. Il était l’heure d’affronter leur plus grande épreuve depuis le début de cette tempête.
  • https://www.onepiece-requiem.net/t21190-
  • https://www.onepiece-requiem.net/t21186-
Jin :

Le jeune membre des glaciers peinait a rester debout. Le sang s'écoulait lentement de sa plaie, indiquant que celle ci ne s'était pas rouverte entièrement. Ce qui n'était pas rassurant pour autant. Sa tête tournait a tel point qu'il en était désorienté. Il entendait son compagnon crier a quelques mètres de lui sans pour autant distinguer ses paroles, la tempête n'aidant pas non plus. La seule chose qui maintint le blondin en espèce d'état de conscience fut la mélodie qui semblait provenir d'en dessous. Le son délicat d'un violon traversa le vacarme de la tempête pour parvenir à ses oreilles. Il ne se fit pas d'illusion, il était évident que c'était l’œuvre de Charlie. Seule elle était capable de jouer d'un instrument dans un moment pareil. Et il semblait être le seul a y prêter attention, était-il le seul a l'entendre où est-ce que les autres étaient simplement trop occupés à tenter de sauver le navire. La musique de la jeune femme avait la particularité de l'irriter autant que de le rassurer. Un mélange de sentiment paradoxal dont il avait l'habitude en la présence de celle qui lui avait jeté la malédiction.

Dès lors qu'on lui rapporta l'état de son second en cuisine, Robina accourut vers lui. Inquiète de son état, elle lui ordonna de se reposer et réquisitionna deux matelots afin de l'emmener se faire soigner à l'infirmerie. Le grand blond n'avait même plus la force de résister, il ne dit mot et laissa les deux mousses le porter, chacun un bras sur ses épaules. L'heure n'était pas au repos, dans ce contexte chaotique mais dans cet état il ne servirait à rien et ne ferait que gêner le reste de l'équipage. Le plus sage était d'écouter les ordres de la capitaine et de faire confiance au médecin de bord.

L’agitation avait atteint l’infirmerie. L’équipage comptait déjà plusieurs blessés, plus ou moins grave. Ces derniers attendaient devant la porte ou allaient s’allonger dans les cabines juxtaposées à la salle de soins, les lits de celle-ci étant déjà tous occupés. Personne n’était passé par dessus bord pour le moment, bien que Charlie eut failli y passer, et aucune perte n’était à déplorer malgré les blessures occasionnées par la tempête.

Quand vint son tour, le cuisinier s’immisça au milieu des meubles tombés à la renverse sur le plancher. Une tonne de paperasse jonchait le sol, de même que tout un tas de flacons en tout genre. Etonnemment peu d’entre eux s’étaient brisés. Les médecins étaient généralement prévoyants lorsqu’ils prenaient la mer en protégeant convenablement leur matériel mais l’on n’était jamais assez préparé à une telle tempête.

- Faites moi voir votre blessure.

Le médecin, aussi froid que l’île dont il était originaire, souleva la chemise de Jin pour examiner sa plaie. Apollo avait assez d’expérience pour effectuer son travail de manière consciencieuse sans pour autant se laisser submerger.

- Je vous avais demandé de vous reposer et de ne pas forcer. Il soupira. Vu ce qu’on traverse, j’imagine que je ne peux vous en vouloir.

Le médecin des Glaciers appliqua un onguent sur la poitrine de Jin, d’où le sang coulait, avant de le bander.

- Bien, retournez dans votre cabine en attendant l’accalmie. Le vieil homme accompagnait le cuisinier vers la sortie tout en faisant signe au suivant de rentrer. Même si je comprends que c’est difficile pour vous de ne rien pouvoir faire pour aider, retourner là haut ne serait pas sage de votre part.

Jin écouta les conseils avisés d’Apollo et allongé sur son lit tenta de fermer les yeux malgré le tracas qui l’accablait.
  • https://www.onepiece-requiem.net/t21190-
  • https://www.onepiece-requiem.net/t21186-
L’Iceberg se dirigea alors inexorablement vers les fonds marins. Une vague frappa le navire sur la gauche, éclaboussant tous ceux qui se trouvaient sur le pont. ainsi, le galion bascula vers l’avant, piquant vers le bas. Avec la force des multiples courants du maelstrom, le bâtiment tourna vers la droite, emporté par la nature qui se déchaînait. Plusieurs Glaciers perdirent l’équilibre, glissant vers la proue du vaisseau puis l’océan. Les cordages de sécurité attachés autour d’eux leur permirent de ne pas tomber à l’eau ou de se faire aider rapidement par ceux qui se retrouvaient alentour.

Déjà le mât de misaine s’enfonçait plusieurs mètres plus bas que la capitainerie. Robina se tenait au bastingage pour ne pas sombrer et à devoir être secouru. À ses côtés, Fang Shui, le navigateur, tournait le gouvernail vers la droite, suivant les forces du phénomène climatique. En quelques secondes tout le navire de ligne bascula pour rejoindre à l’intérieur du tourbillon. Lentement ils se rapprochaient du centre de l’évènement, gagnant en vitesse.

L’Iceberg vira de bord, suivant le courant, la construction de bois se pencha dangereusement vers bâbord. Plusieurs hommes et femmes passèrent par-dessus bord. Sauvés seulement par la corde qui les attachait au galion, ils remontèrent après avoir été aidés par ceux qui les entouraient. Le samouraï tourna le cadran pour le tourner vers la gauche, dans le sens du flot marin vers son cœur.

— Vous êtes certains de ce que vous faites ? La cuisinière n’était clairement pas à son aise. Elle pouvait voir l’eau noire et écumeuse au fond du gouffre qui se trouvait à côté d’elle.

Une nouvelle vague de pluie la frappa sur la droite, lui rappelant qu’elle se trouvait toujours dans une tempête. Elle cracha un peu d’eau qui lui était rentrée dans la bouche en écoutant la réponse de Shui.

— Oui ! Il désigna le gyropose qu’il tenait en main du visage. Je vais utiliser la force des courants du maelstrom pour nous faire sortir de là !

— Comment ?! Elle regardait autour d’elle, elle se trouvait dans la fin du monde d’après elle. Nous n’allons pas pouvoir sortir d’ici !

— Faites-moi confiance, capitaine ! Il se tourna vers elle. Nous allons utiliser la puissance des courants et la force du maelstrom pour passer de l’autre côté. Son regard gris ne cillait pas, il ne doutait pas un seul instant de sa solution.

— Faites-nous sortir de là alors, Monsieur Shui ! La Sanderrienne retrouva sa confiance en soi. Elle devait rester forte pour tout le monde, même dans ce genre de situation. Je compte sur vous ! Elle appuya ses paroles d’un hochement de tête approbateur avant de regarder ce qui se passait autour d’elle.

Le navire de ligne virait un peu plus vers bâbord, penchant toujours plus dangereusement vers le vide. Une vague s’écrasa sur l’armure, remontant le long de la coque pour se répandre sur le pont supérieur. Sentant que le mastodonte allait basculer et que tous les Glaciers allaient se retrouver la tête sous l’eau, le timonier tourna le gouvernail de nouveau. Le gaillard avant grinça sous l’effort d’aller contre la force de la marée. Toutefois, le bateau se dirigea vers le centre du tourbillon.

Avec la gravité et la force des courants, l’Iceberg prit de la vitesse. Il était bien plus rapide qu’il ne l’avait jamais été jusque là. Pris entre deux éléments déchaînés, la pluie et les vagues, chacun était trempé. Tous recevaient ses ordres pour vérifier les cordages, les voiles ou secourir un des siens. Le galion arrivait sans coups férir près de l’épicentre, c’est alors que le Wano Kunien vira avec le gouvernail. Rapidement la vitesse qu’avait accumulée le mastodonte les fit remonter, dans le sens du courant, comme des poissons.

Lentement, les courants du typhon le firent reprendre de la hauteur. Toujours poussé par l’océan qu’il continuait tant bien que mal à suivre dans ce chaos ambiant, Fang regarda le gyropose qui se trouvait dans sa main. L’île qu’ils devaient atteindre n’était plus devant eux, mais sur leur droite. Il continua de manœuvrer le navire de ligne pour exécuter encore un tour quasi entier du phénomène.

Après un temps qui parut interminable, l’ancien vaisseau ressortit du maelstrom, s’extrayant des éléments pour se retrouver sur la mer déchaînée. L’équipage hurla son plaisir après avoir frôlé la mort d’aussi près. La nouvelle destination se trouvait devant eux et déjà la tempête perdait en force. L’île était en vue, il ne restait plus qu’à débarquer.

— Que tout le monde se prépare à mettre le pied à terre ! Elle vociféra son ordre pour que tous l’entendent. Nous allons pouvoir nous reposer ici !

Un hurlement de soulagement et de victoire s’éleva dans les airs, les Glaciers avaient vaincu la tourmente.
  • https://www.onepiece-requiem.net/t21190-
  • https://www.onepiece-requiem.net/t21186-