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La Voix du Sabre [OneShot 162X]

Faisait grand jour quand nous sommes sortis ce matin. Tahar m’a pris d’une serre ferme comme d’habitude. Ferme qui tremble un peu. Oxymore classique de fin de vie. Les jours qui passent et les soirées qui durent jusqu’à l’aube ne s’encaissent plus aussi bien qu’avant. Mais qu’est-ce que j’y peux moi. Un jour il tombera et un autre me tiendra. Ou alors je finirai pourrissant sous des lieues d’eau salée. A voir suivant l’endroit. Suivant si quelqu’un me récupérera ou non. Mais l’heure n’est pas encore. Le diable a de la ressource. M’a pris donc. M’a passé à sa ceinture et nous voilà quittant l’hôtel où pour une fois nous avions dormi. Nuit tranquille. Qui change des fossés où nous rouillons tous les deux en attendant qu’un voleur de grand chemin aimant le risque nous tire de notre torpeur. Pendant qu’il cuvait je somnambulais dans mon fourreau. Regardais les étoiles dehors. Me disais qu’elles avaient de la chance à tout contempler depuis leurs sièges de feu. Me demandais si de là-haut elles savaient pourquoi le monde. Pourquoi moi et pourquoi eux. Pourquoi moi dans eux.

Sortis donc. Sortis pour entrer dans leur monde de déjà morts. Lui le faucheur et moi la faux. Eux à faucher. Fait des choses et d’autres. Sous cet épaisse cuirasse qu’il s’obstine à porter même en plein soleil je vois rarement ce qui se passe avant qu’il ait besoin de moi. Ils me voient moins aussi. Avantage. Ils me voient moins et je sens moins leur peur primale. Animale. Ma soif reste alors supportable. Et j’attends que le temps me rende utile. Parfois c’est le cas parfois non. Parfois je participe et parfois je regarde. Il y a eu plusieurs phases. Juste après notre rencontre Tahar me dégainait à chaque escarmouche un peu musclée. Pour me montrer. Moi Narnak. Moi l’ancien sabre de la raclure pirate des mers du sud. Il ne sait pas qui m’a manié avant. Je ne suis pas sûr de m’en rappeler non plus. Puis il a repris ses habitudes de cogneur et je ne suis plus sorti que pour les vraies occasions. Une fois sur neuf ou dix à l’époque. Une sur cinq ou six maintenant. Sans qu’il s’en rende compte. La vieillesse est insidieuse chez lui. Plus encore que chez eux. Plus que chez moi.

Moi je rouille si je ne bois pas. Eux meurent. Lui vieillit et mourra. Mourra plus vite s’il ne boit pas. Ironie. Tous les deux assoiffés mais tous les deux hydrophobes et pourtant tous les deux nés de l’eau. Lui de la mer et moi de la forge. Fait des choses et d’autres et puis allés boire enfin. Tahar a pris sa dose de whisky. Ou était-ce de rhum. Je ne sais pas et peu importe. Il y a noyé sa mort et ses restes d’humanité. Il était tard déjà. Encore il a couru le jupon. Mais pour une fois la porte de vertu s’est dérobée devant ses assauts. Incident sans gravité car il lui restait de l’alcool. Habituel. Deux heures passent et il a provoqué en duel un homme honorable. Honorable peut-être. Honorable qu’en sais-je. Je l’ai tué c’est ce qui compte. Compté-ce ? Un de plus un de moins. La même. La puissance de mon maître et mon expérience ont eu raison de l’adversaire. Un homme mûr au sang ferreux. J’ai bu. Bu et rebu. Lui aussi buvait. Négligemment accoudé au comptoir. J’attendais la suite mais personne n’est venu et tous sont rentrés chez eux. Il a cet effet sur les gens. La crainte disent-ils.

La route nous a repris dès la bouteille finie. Un endroit où il devait aller. De nuit peu lui chalait. Les routes sont plus sûres au clair de lune qu’en plein jour pour lui. Et puis je suis toujours là pour les mauvaises rencontres. Curieux attachement que j’ai pour lui qui me porte. Le même que pour les autres avant. Pourtant il a tué son prédécesseur comme celui-ci avait tué l’encore précédent. Cycle infini qui ne finira qu’à ma propre fin. La route et encore la route. Le balancement qui berce contre le flanc protégé. Parfois une pause parfois pas. Non-sens pour moi qui n’ai ni cœur ni fluide interne mais après dix ans à le fréquenter ainsi c’est devenu comme un rythme physiologique. Et jusqu’au lever du jour marcher. Avancer toujours avancer encore. Arrivés à la côte avant l’aube. Nous voilà dormant dans une charrette de foin. Boutés sans ménagement après quelques minutes seulement. Autre port autres affaires. Les gens se lèvent tôt ici. Ils chargent les bateaux. S’agitent et s’agitent et s’agitent toujours. Aucune patience. Ils préfèrent s’aliéner à la tâche car l’inaction leur est mauvaise.

La journée passe. Des bateaux aussi. Beaucoup de bateaux aperçus depuis la fenêtre. Il m’a laissé contre un mur et s’occupe d’une énième conquête. Son existence résumée en peu de phrases. Noyée dans toujours plus de mouvement. Elle part et il oublie. L’oublie. L’a oubliée. S’ennuie puis s’arrête. S’ébroue puis s’ennuie. A nouveau. Se noie. S’est noyé. Flotte jusqu’au soir. Et nous sortons encore. Marchons loin et dur. Il est nuit. Tahar est nuit. Je crois le voir sourire. Mauvais signe pour quelqu’un. Mais qui. Nous sommes seuls. Une odeur de pin. Du vent. La mer qui donne la vie et corrode le métal. Nous sommes sur une falaise. Il me plante en terre dans ma gaine de métal. Doucement car un trop fort choc abîmerait la gangue de fer. Me parle mais je n’entends rien. Je n’entends jamais rien à ce qu’ils disent. Je suis seul dans son monde comme lui dans le leur. Ses iris brillent sous le ciel noir. Il allume un cigare et regarde au large. Il songe. Je pense aux étoiles. Savent-elles ? Voient-elles ? L’air caresse ma garde et soudain il a disparu. Où est-il ?


La Voix du Sabre [OneShot 162X] 661875SignTahar
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