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Le traqueur traqué

Le soleil était déjà bas dans le ciel quand Rain se mit à la recherche d’un commerce. Il avait besoin de substances chimiques très précises pour mettre au point un carburant suffisamment performant pour soulever un bateau dans les airs. Cela pouvait sembler plus que surréaliste pour le commun des mortels de l’époque, mais la division travaillait jour et nuit sur ce projet et les scientifiques en charge du projet, lui y compris, étaient très optimistes. Ils avaient récemment réussi à soulever un gros bloc de pierre avec une hélice. Bon, ca n’avait pas tenu longtemps et un navire pèse environ mille fois plus lourd, mais cela prouvait que, la pratique était à la hauteur de la théorie. Il était possible, grâce à un système de pales rotatives, de provoquer une importante poussée vers le haut. Le principal problème auquel les chercheurs étaient confrontés était le carburant. En effet, la quantité de combustible nécessaire à la rotation de l’hélice pesait plus lourd que celle-ci ne pouvait soulever. Tout était donc parfaitement inutile, malheureusement. Si la traction n’avait même pas la force de soulever son propre carburant, à quoi pouvait-elle bien servir ?

Rain marchait tout en réfléchissant à des formules chimiques qui permettraient d’atteindre un rendement plus intéressant et un poids plus léger. Il ne prêtait pas la moindre attention au décor des rues qu’il traversait, ses pensées étant loin, loin, loin, dans le petit monde des molécules. Dommage, car le paysage était plutôt joli, des commerces étaient dispersés à intervalle régulier et des stands proposaient toute sorte de marchandises, décorant la rue grise de milliers de couleurs. Le jour du marché de Orange était toujours un événement pour les habitants de l’île ; les gens se retrouvaient pour faire les emplettes et en profiter pour colporter les ragots de la semaine. Le marin n’avait que faire des ragots mais il savait que si l’on cherchait bien au milieu de tous ces étals, on pouvait y trouver des choses très rares, pas forcément précieuses, mais qu’on ne trouvait pas sur les autres îles.

Soudain, il sortit de ses pensées et se demanda où il était. Après avoir remarqué qu’il avait dépassé son objectif depuis longtemps, il rebroussa chemin. Il arrivait enfin face au bâtiment qu’il cherchait. Ce magasin était une véritable mine d’or pour toute personne qui voulait construire une mécanique quelle qu’elle soit. Rouages, pistons, huile... Tout se vendait ici. Le batiment était un peu plus gros qu’une maison ordinaire mais possédait un escalier pour atteindre la porte qui faisait vachement classe. Mais à peine une seconde après que Rain est posé le pied sur la première marche, la porte s’ouvrit en grand en claquant contre le mur et cinq personnes dévalèrent l’escalier en courant. Le savant fut bousculé et tombe les fesses par terre en criant d’indignation. Ce n’est qu’après quelques secondes qu’il entendit ce que criait le vendeur du magasin.


-...oirés de pirates !! Rattrapez-les ! Ils ne doivent pas posséder une telle chose, ils ne pourraient en faire que du mal ! Mais faîtes quelque chose, bordel, restez pas plantés là !!!

Le sang de Rain ne fit qu’un tour et il se leva d’un bond pour prendre les voleurs en chasse. Sans ralentir, il tendit les mains en arrière et retira ses deux poings américains de son sac. Cela faisait déjà un petit moment qu’il ne s’en était pas servit et cela le démangeait depuis longtemps. Il fonça sans faire attention aux passants, les bousculant sans ménagement si nécessaire. Mais il n’en avait que très rarement besoin car les pirates s’étaient déjà chargés de repousser la foule. C’est d’ailleurs cela qui lui permit de gagner du terrain rapidement. Ils écartaient la foule pour lui et du coup, il pouvait sprinter en ligne droite. Lorsqu’il arriva à hauteur du dernier pirate, le plus lent, il l’attrapa par le col, le tira en arrière pour le faire tomber sur le dos et le frappa violement en plein visage. Le crâne heurta violemment les pavés de la rue et rebondit deux fois avant de s’immobiliser.

-Et d’un ! Ramenez-vous par ici !

Il reprit sa course effrénée. L’explosage de crâne ne lui avait même pas pris cinq secondes mais cela avait suffit pour se faire distancer. La course-poursuite les emmena en direction du port. Il parvint à en rattraper un mais continua à courir de manière à pouvoir en attraper deux en même temps. D’un coup sec, il les tira l’un vers l’autre, et frappa les deux têtes l’une contre l’autre. Il sauta pour enjamber les deux corps qui s’effondraient et continua sa course sans se retourner. Le choc ne les avait certainement pas tués, mais suffisamment sonnés pour que les habitants puissent les attraper et ligoter. Il n’en restait que deux. Soudain, sans crier gare, les deux pirates s’arrêtèrent et firent volte-face.

Rain, surpris par le brusque changement d’attitude ne parvint pas à s’arrêter à temps. Il trébucha et se retrouva par terre. Assis par terre, il releva la tête et vit les deux pirates qui se tenaient devant lui. Celui portait le sac le posa au sol et l’autre sortit un long sabre.


-Euh...Salut...

Réflexe ! Rain roula sur le coté et entendit la lame frapper contre le sol. Il ne put voir si une étincelle avait jaillit, mais il savait que le coup avait été puissant. Il avait frappé pour tuer. Se relevant rapidement, il serra les poings sur ses armes et passa à l’attaque. Les deux pirates se jetèrent sur lui et il dut se replier, en parant les deux sabres à la fois. Les voleurs forcèrent sur leurs appuis et Rain commença à plier sous la pression des hommes. Il décida de se laisser tomber en arrière. Sans résistance opposée, les adversaires basculèrent en avant et perdirent leurs appuis. Le marin profita de la chute du premier pour lui infliger un violent coup de poing dans le ventre, lui ouvrant par la même occasion la chair avec le bord effilé de son poing américain.

°°C’était suffisant pour le blesser. Je peux me concentrer sur l’autre, mais restons vigilant, il n’est pas à terre. °°

Il se releva légèrement, plaçant ses pieds sous ses fesses, en position accroupie. Il croisa ses deux lames contre sa poitrine, comme s’il voulait se protéger d’un coup. Il fixait son adversaire qui brandissait son sabre au dessus de sa tête mais attendait une occasion de frapper. Dés que le mouvement fut amorcé, Rain sauta en avant et tendit ses bras croisés devant lui, visant la gorge de son ennemi.

-Dragon Fly !!

Les lames passèrent juste au dessus du pirate qui s’était baissé et Rain passa littéralement par-dessus son adversaire. La tête en bas, il ne laissa pas le loisir au voleur de se retourner et lui lança la lame de sa main gauche.

-Dragon Arrow !!

La lame s’envola et se planta à la base du dos. Une fois son adversaire terrassé, il se retourna pour voir où était passé le premier pirate. Celui-ci rampait en se tenant le ventre, le sac dans l’autre main. Où diable espérait-il aller à cette allure ? Le scientifique ayant retrouvé son sang-froid, il donna un petit coup de pied dans la main qui tenait le sac en hochant négativement de la tête. Il ne prit pas la peine d’achever le blessé et ouvrit le sac pour savoir ce qu’il contenait.

Ses yeux s’écarquillèrent lorsqu’il sortit une machine aux détails très précis et dont le poids ne laissait aucun doute sur la solidité. Il ne savait pas ce que c’était, mais c’était de la mécanique d’ultra-haute précision. Surement un réacteur ou un moteur miniaturisé. Quelque chose dans ce goût là, en tout cas, cela devait valoir une véritable petite fortune. Rain fut très tenté de garder l’objet pour lui mais avait un sens de la justice trop prononcé pour se le permettre. Il retourna sur ses pas et récupéra au passage les corps éparpillés des pirates. Il ne savait pas si ces gars étaient primés, mais ce serait bête de les laisser là. Surtout qu’ils étaient encore vivants. Ha ! Non, rectification, le premier à être tombé sous ses coups était visiblement décédé. Bah, un sur cinq, ca va encore. Trainant les cinq carcasses a semi-consciente derrière lui, il se dirigea vers le magasin dévalisé. Mais arrivé à quelques dizaines de mètres du magasin, il remarqua un fameux remue-ménage. Il s’y attendait mais la voix qu’il entendit le fit s’arrêter brusquement.


-Retrouvez les, tout les six ! Ils vont s’enfuir ! Et vous vous dîtes de la Marine ?! Qu’est ce que vous attendez pour quadriller le secteur ?

Les pensées se bousculèrent dans sa tête. Comment ça six ? Les gens pensaient qu’il était de mèche avec ces connards ? Mais c’est incroyable ça ! Et maintenant, il ne pouvait pas revenir avec le.... le quoi au fait ? Bon on va dire réacteur, ce sera plus simple. Bref, s’il se ramenait maintenant qu’on le prend pour un voleur avec le réacteur, tout le monde se dirait qu’il fait ça pour atténuer ses charges. Il ne pouvait pas non plus le garder, si on le prenait pour un voleur, le fait de le devenir vraiment n’arrangerait rien. Il se mit à réfléchir à toute vitesse. Il ne pouvait pas le retourner, il ne pouvait pas le garder.... Il devait s’en débarrasser ! Comme ça, il dirait qu’il les avait attrapé, ce qui était vrai, et on ne pourrait pas le soupçonner d’être complice, sinon il serait parti avec le butin, il ne serait pas revenu. Une minute... S’il cachait l’objet et que les marines qui quadrillaient le secteur tombaient dessus, ce serait pire que tout.

°°Ils penseront que j’ai trahit les pirates pour garder le réacteur, que j’ai caché le magot avant de les livrer aux Marines pour aller le récupérer après. Ce serait la fin de ma carrière !! Rahhhh qu’est ce que je vais faire ??!!!°°

Soudain, l’idée lui vint, telle une fulgurance. Il devait le détruire, le réduire en petits morceaux et le disperser dans toute la ville. Comme ça, plus de soucis. Il devait agir vite, les marines fouillaient la ville et il allait finir par se faire griller. Si c’est pas malheureux, servir la Marine pendant si longtemps et se retrouver traqué de la sorte pour un malentendu. Il fallait faire vite, il courut se cacher dans un coin et entassa les pirates en vrac. Il serra ses Ha no gen’kotsu et donna un violent coup de poing dans le réacteur qui ne fit que se déplacer de quelques centimètres tandis que la main de Rain vibra pendant une bonne vingtaine de secondes. La vibration atteignit son cerveau et fit des dégâts. Comment pouvait-il péter ce truc ? C’était au moins du titane ! Ou même plus solide encore ! Il attrapa une grosse pierre et la lança de toutes ses forces sur le réacteur. La seule conséquence fut un rebond malencontreux sur le pied du savant. Conclusion, le réacteur était plus solide que son pied. Bref. Pris par le temps, il se mit à enchaîner des coups d’une violence incroyable avec ses poings américains. Une fois les poings en sang, il observa le réacteur et remarqua qu’à part une rayure sur la peinture, il ne l’avait même pas entamé. Il commença à légèrement paniquer. Il avait besoin de trouver quelque chose qui avait une force extraordinaire. Il ne savait pas encore quoi, mais il le fallait. Il tournait en rond sur le port avec le réacteur entre les paluches et regardait partout dans l’espoir de.... de... de trouver quelque chose, merde !

Il vit soudain un grand navire qui arrivait par la mer en direction du port. C’était un grand bateau aux armatures métalliques, surement des marchands. Très classe, très fier, il se mouvait lentement et sans bruit au milieu des vagues. Rain réagit immédiatement. Il attrapa une amarre et attacha le réacteur de manière à pouvoir le laisser pendre au bout de la corde. Il attendit de savoir avec certitude où le vaisseau allait amarrer et laissa pendre le réacteur contre le mur du quai. Le navire arriva, se rapprocha rapidement avant de ralentir en arrivant près de sa destination. Les tonnes en mouvement s’écrasèrent avec force contre l’objet qui grinça presqu’autant que la coque lorsque les deux entités se compressèrent l’une contre l’autre. Bien évidemment, le choc ne fut pas violent, mais le poids du bateau était suffisamment important pour lui octroyer une force de compression phénoménale. Le bateau se recula juste assez pour permettre à Rain de remonter le larcin. Il vit avec dépit que celui-ci n’avait qu’une grosse fissure. Cette saloperie était incassable ou quoi ? Mais il avait réussi à l’ouvrir, c’était déjà vachement bien. Il attrapa une pierre, l’inséra dans la fente et commença à faire levier. C’était dur mais il sentit une faible résistance à la tension exercée. Il saisit une barre de fer qui trainait dans les déchets de déchargement des bateaux et frappa le bout le plus fin avec une pierre pour rendre la pointe entièrement plate. Il glissa la partie aplatie dans la fissure et utilisa toute la longueur de la barre pour faire levier. La pression fut trop forte et le réacteur s’ouvrit en deux dans un couinement suraigüe. Rain se précipita sur la carcasse et vit tout les petits composants. C’était criminel de détruire une mécanique de si bonne qualité mais il n’avait pas le choix. Il ne devait rester aucune trace de ce truc.


-Allez, quand il faut, il faut.

Il attrapa une pleine poignée de ces petits composants, si minutieusement assemblés et d’une telle fragilité. Il fourra tout dans ses poches, ne laissant que deux morceaux de métal misérablement vides et sans intérêt. Il versa ensuite son plus puissant acide sur la surface des deux morceaux. L’acide n’était pas assez puissant pour le ronger entièrement, mais suffisamment pour rendre sa surface irrégulière et effacer toute trace d’écriture ou de motifs gravés. Il les balança ensuite à la mer et se mit à courir dans toute la ville, balançant sur les toits un boulon par ci, un ressort par là, une vis, un écrou.... Le plus dur étant de ne croiser aucun marine. Lorsqu’il eut dispersé la totalité des morceaux, il retourna chercher les pirates, les traîna jusqu’au magasin et se présenta au vendeur.

-Vice-Lieutenant Rain Maniko, pour vous servir ! J’ai attrapé ces vauriens, ils ne vous embêteront plus.
-Vous ! Je vous reconnais, vous vous êtes enfuis avec eux, vous êtes de mèche !
-Non, vous pouvez appeler le colonel de la 358eme division, je suis vice-lieutenant. Voici vos voleurs.

Le vendeur le regarda d’un air soupçonneux. Il n’avait pas l’air de le croire véritablement mais il se souvenait d’avoir déjà vu la tête du savant. Rain était déjà venu souvent acheter des ingrédients dans l’établissement. Il s’éloigna et attrapa son escargophone. Après quelques minutes, il revint vers lui, l’air un peu moins réticent. Il observa les cinq pirates et se mit à les toucher avec frénésie, les retournant dans tout les sens.

-Et le turbopropulseur ? Où est-il, nom de dieu ?

Rain pensa intérieurement qu’il n’était pas tombé très loin mais qu’il n’aurait tout de même jamais trouvé le véritable nom.

-Le quoi ?
-Le turbopropulseur qu’ils ont volé, vous êtes débiles ou quoi ? Le sac qu’ils avaient en sortant du magasin !

Rain fit semblant de rassembler ses souvenirs et finit par hausser les épaules.

-Désolé, ils n’avaient rien quand je les ai rattrapés. Ils s’en étaient surement débarrassés avant. J’étais tout seul, j’ai fait ce que j’ai pu. Ils avaient surement un complice caché qui a récupéré le sac et a filé en sens inverse.

Le vendeur tomba à genoux sembla prêt à éclater en sanglot. Il se mit à trembler de rage et frappa violemment les cinq prisonniers, ne se rendant pas compte que l’un d’eux était décédé. Après s’être bien défoulé, il se retourna vers Rain et lui tendit la main à contrecœur.

-J’ai perdu le fruit de plus de quatre années de recherches mais vous avez agit comme un héros. Vous avez fait ce que vous avez put et je vous en suis grandement reconnaissant. Dieu du ciel, j’avais mis au point un alliage d’une résistance à toute épreuve. Maintenant, il est perdu dans la nature aux mains de ces brigands.
-Ça faut admettre, c’était pas de la gnognotte. Enfin, je veux dire, ça avait pas l’air. Vu...le nom... euh...turbopropulseur...ça impressionne, ça devait..être quelque chose.

Une lueur de méfiance passa dans le regard du marchand, mais disparut aussitôt. Les yeux dans le vide, il retourna à son magasin, Rain lui emboitant le pas. Il avait encore des choses à acheter et la journée était presque finie. Pendant ce temps, les marines étaient revenus de leur ronde et commençaient à embarquer les pirates. Lorsqu’ils remarquèrent que l’un d’eux étaient morts, Rain se retourna et lança avec un grand sourire.

-C’est le vendeur, il n’a pas pu s’empêcher de les tabasser, on ne peut pas lui en vouloir, hein ?

Bon, ce n’était pas vraiment une bonne action d’accuser le vendeur à sa place. Personne n’est parfait.