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The Longest Day [FB 1611]

Tout est en place, mon Commandant.
Bon boulot Lieutenant. Faites-moi sortir ces chiens, qu’on en finisse.
A vos ordres, mon Commandant.

Les huit charges partent au même moment. Trois fumigènes, cinq incendiaires. Je regarde. La troupe regarde. Les mousquets regardent. Le bâtiment devient une énorme torchère. La fumée noire du bois s’élève. La fumée blanche du gaz reste au sol. Sort par les fenêtres, la porte, le toit éventré. Mais reste en surface. C’est sa raison d’être. Rester là, faire pleurer. Et puis rien. Rien qui se passe. Rien du tout. Pas un bruit.

Putain d’impression d’avoir foiré mon coup. Encore. Comme la semaine dernière. Derrière mes hommes, je sens peser les regards des civils qu’on a évacués pour mener l’opé. Pourtant, aucune raison qu’on ait foiré cette fois. L’opération a été décidée cette nuit même entre mes supérieurs et moi. Aucun risque de fuite. Alors quoi ? Quoi bordel ?! Cette fois j’en réchapperai pas. Je soupire.

J’aurais pas dû. Mon soupir, c’est une permission de rompre pour le lieutenant Poteur. La balle l’atteint en plein milieu du front. Brave Hari, c’était la dernière fois que tu te relâchais. D’autres plombs claquent. A l’intérieur ils ne tiennent plus. Enfin ils réagissent. Enfin. Enfin on va les avoir. L’odeur du sang me prend. Difficile de me retenir d’aller moi-même les cueillir dans leur nasse en feu.

Mais non. Stratégique. Attendre qu’ils sortent. Et les cueillir. Vivants.

Ils sortent. On les cueille. Une quinzaine se fait abattre et s’effondre. Vive la Révolution. Ou pas. Les suivants tiennent plus à la vie. Encore deux pour la route. Des brûlés dont on achève les souffrances. Et dix qu’on parvient à garder en vie. Des pas brûlés dont on va prolonger les souffrances.

Un mort à déplorer pour une cellule démantelée. Succès. C’est un succès. Le bâtiment s’effondre.



Sortir des cachots. Vomir un peu. Passer à la réserve siffler une bouteille. S’entendre interpellé.
Ca va mon Commandant ? Vous êtes couvert de sang !
Oui oui, Sergent, c’est pas le mien.

Oublier un peu. Remonter auprès des hautes instances. Rapporter.
Cinq des rebelles ont craché le même morceau, Monsieur. Les mêmes coordonnées, oui. Un îlot isolé.
On peut s’y fier ?
Non Monsieur. Mais à tout hasard, on devrait y aller.
Tahgel.
Oui Monsieur ?
Prenez qui vous voulez. Mais réussissez.
Oui Mons-
J’irai.

Tous regardons celui qui m’a interrompu. Nouveau visage pour moi. Quarante ans en approche, cicatrices, cheveux courts, air borné. Marin d’élite à tous les coups. Sur un dossier comme ça, ça me pendait au nez. C’est pendu. Commandant Jemthro Tasseur, gagné. J’ai lu des trucs sur lui. Un gros bœuf qui vient de Grand Line. Rien à dire pour m’opposer à sa venue, sinon vendre mon pain.

J’ai juridiction, je connais l’affaire, c’est la mienne depuis que j’ai obtenu ces infos inespérées sur les révos de South. Pas la sienne. J’argumente. On m’écoute. On m’entend. Il argumente. On l’écoute. On l’entend. Il ira. Moi aussi. Et on bosse main dans la main pour la réussite de la mission. Qui sait, deux commandants ensemble, peut-être même qu’on finira par s’aimer les uns les autres bordel de merde. Z’avez entendu ? Rompez soldats.
’kay
Oui Monsieur.
Cause toujours Monsieur. Que j’ai dit. Qu’il a dit. Il me fixe. Je le fixe. On se fixe. Et on s’en va.



Chacun de notre côté. Aux quais, j’avise son équipage. Des tueurs. A priori j’ai rien contre les tueurs. J’en suis un aussi. Mais eux je les aime pas. Suis pas le seul. Mon nouveau lieutenant me chuchote nos infos à l’oreille. Trois cents hommes. Deux corvettes. Plus le Tambour Battant. Mon Tambour Battant. Plus les hommes et le petit navire de Tasseur. On peut prendre le large. On le prend. Sans les prévenir. Mais ils nous suivent. Facile.

Et le surlendemain à l'aube, on est en vue.


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Dernière édition par Tahar Tahgel le Lun 12 Déc 2011 - 19:55, édité 1 fois
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Voilà six mois que tu te trouves ici. Un îlot complètement perdu au milieu de South Blue où seule une petit forêt fait place. L'endroit idéal. Au milieu des arbres, une grotte surplombe l'île d'une petite dizaine de pieds immiscée sur une falaise, assez grande pour y installer plus de cent hommes. Malheureusement pour vous, il n'y a que cinquante gaillards de présents pour le moment. Rester cloîtré sur ce bout de terre commence à rogner sur ton humeur et tu comptes les jours avant que la chef de QG se décide à passer à l'action. 'Semblerait que le jour approche à grand pas. Il semblerait même qu'elle voit les choses en grand et se décide à attaquer Suna Land. Tu n'sais pas trop si elle est folle ou sûre d'sa puissance, mais tu commences vraiment à douter d'sa fiabilité. Reste que tu n'es qu'un soldat parmi les autres, et qu'ton seul devoir, c'est d'obéir, et non donner des ordres. Alors tu restes à ta place, et quand on t'dit d'aller au poste de garde, tu dis « oui » sans presque rechigner. Parce que la patronne, elle sait se faire respecter, et qu't'as déjà trop tatté de son courroux, alors maint'nant tu fais le dos rond.

Aujourd'hui, c'est jour de repos. Enfin de r'pos, vu l'ambiance au QG, ça a plus la gueule d'un enterrement que d'une après midi de vacances. Toutes les trognes tirent leurs lèvres vers le bas, et aucun homme dans la pièce ne desserre les dents. Ça fait maint'nant plus de 24 heures que vous attendez un message de Baterilla. Vu le retard, ça ne peut signifier que deux choses : soit le messager s'est fait attraper, et dans ce cas il ne tardera pas à cracher le morceau, soit le message n'a jamais été envoyé. Dans cette situation, ça veut simplement dire que la base s'est faite détruire. Tu espères alors qu'aucun révolutionnaire n'a survécu car autrement les marines risquent de débarquer d'un moment à l'autre. Et même si tes poings te démangent, tu n'penses pas que les bleus feront dans la dentelle s'ils posent le pied sur l'île.


« Bateaux en vue !! »

Ils poseront le pied sur l'île.

« Ce sont des marines, il y en a quatre! »

Les ennuis commencent et ça réjouit la patronne. Tellement qu'elle torgnole le gars à côté d'elle pour passer ses nerfs. Pauvre vieux, y'a pas à dire, il est vraiment bête pour rester aussi prêt d'la folle. Toi tu t’écartes et prends la longue vue des mains du vigie. C'est bien des bleus qui arrivent. Et ils ont l'air nombreux pour le coup. Pendant que la mouette gesticule sur le drapeau, tous les soldats s'arment sur le pont. De votre côté c'est la même chose, en pire. La boss hurle ses ordres à tout va, frappant les malheureux s'étant bêtement approchés trop près d'elle. Fallait t'y attendre, les vacances sont fini, mais tu restes là, à l'entrée de la grotte. Tu regardes tout ce beau monde s'activer pour garder une chance de rester en vie. La lignée de canons s'arme et vise les vaisseaux. Les fusils se chargent et attendent d'être à porté. Les guibolles tremblent et les jeunots se font presque dessus. C'est ça la guerre, un mélange de haine, de savoir faire et de peur. Surtout de peur.

Tu commences à mirer le goût de la défaite lorsque la boss ordonne à tout le monde de se mettre à l'entrée de la grotte. Vous aurez peut être une bonne vue sur la mer, mais dès que les marines seront dans la forêt, ce sera perdu. Les mouettes pourront surgir du bois par surprise alors que vous serrez à découverts, bloqués par la roche. Mais ce n'est pas toi le patron, alors t'obéis et attends l'moment où tu devras user de tes poings. En attendant, tu sors ton pistolet, t'aurais peut être le temps de tirer de trois coups avant que les marines ne montent la colline pour arriver à la grotte.
    Les étoiles étaient voilées cette nuit. Le soleil qui se lève l’est pas moins. Pour tout dire, on le voit pas vraiment. Et du coup il fait ce temps grisâtre des journées qui vont mal se passer. Gris, c’est une bonne couleur pour un débarquement. On voit moins le rouge du sang sur un fond gris. Un peu comme sur le marron de la boue d’un champ de bataille rangée.

    Rangé, j’essaie de faire en sorte que l’assaut d’aujourd’hui le soit. Fente noire bien visible dans le pan rocheux qui domine la forêt de l’île, mes longues-vues ont repéré sans mal la grotte ennemie. De même que celles d’en face ont manifestement repéré notre approche aussi. On en voit pas tout, mais là-bas ça s’agite au moins autant que sur mes ponts. J’ai aussi mis l’œil sur quelques pièces longue portée probablement moins bien dissimulées que d’autres. On est pas encore à distance mais sitôt qu’on le sera la réception promet d’être bruyante.

    Sans trop me soucier de Tasseur, dont je sens qu’il ne fera de toute façon pas ce que je pourrais vouloir lui demander, je donne mes instructions par signaux aux capitaines des deux corvettes de part et d’autre du Tambour. L’îlot est petit, nous permettrait dans faire le tour rapidement. Mais plutôt que de débarquer de tous les côtés et de disperser les forces que j’ai à disposition, j’opte pour un atterrissage en trois points à la fois proches et éloignés les uns des autres. Diviser la puissance de feu adverse qui nous accueillera, mais pouvoir se retrouver en un point proche de la caverne, c’est le but.

    Ca marche plutôt bien. Pour deux des navires sur trois.

    Pendant quelques instants on n'entend encore toujours que les étraves qui fendent les flots. C’est un bruit dont tout marin est amoureux. Un peu comme les voiles qui claquent au vent la nuit ou les cordages qui travaillent à chaque manœuvre. Moi je suis pas fondamentalement marin, mais j’aime bien. Cet instant de détente avant le carnage. Cet instant pendant lequel on oublie le pourquoi de la présence ici pour ne garder en tête que l’objectif : prendre la place forte, tuer l’ennemi, gagner. Puéril, mais la guerre est puérile.

    Au loin la coque de noix du commandant d’élite fait le grand tour. Prise à revers ? Probablement.

    Et ensuite on passe dans la zone de balayage des canons adverses.

    A part deux pièces à l’avant de chaque navire, nos canons à nous sont faits pour l’abordage, pas pour le tir à distance. On est donc à six gueules d’acier contre quinze ou vingt ou plus. Et en plus on a l’inconvénient de devoir tirer alors qu’on est en mouvement. Entre la fumée poussiéreuse qui ne tarde pas à de dégager de la falaise et les gerbes d’eau qui jaillissent de la mer à chaque boulet qui par chance nous rate, difficile de vérifier les dégâts causés chez eux.

    Bientôt on se retrouve même à quatre canons contre tous ceux d’en face. La corvette à bâbord se fait plomber comme une lapine avant même d’avoir pu décharger sa deuxième salve. Explosion, flammes, et deuxième explosion quand la sainte-barbe est atteinte par l’incendie. De loin les survivants ne sont que des points noirs qui tentent de rejoindre les côtes à la nage.

    Le Tambour et l’autre bâtiment semblent avoir meilleure fortune, ou meilleurs navigateurs, et on arrive assez près pour que les arbres de la côte nous masquent aux artilleurs d’en haut. Ca ne veut pas dire qu’ils arrêtent de tirer, loin de là, mais tirer à l’aveugle leur laisse moins de chances de nous toucher.

    La descente des hommes se fait sans trop de pertes de mon côté. Une chaloupe se fait avoir sur le lot, mais c’est peu en proportions. Formation des groupes, consignes relayées par mes officiers pour progresser dans la forêt en resserrant un étau basique autour de la position ennemie, et on est partis.

    L’îlot est pas grand mais à pied ça paraît toujours moins court que de loin depuis un château arrière en mer. Surtout avec à manœuvrer une cohorte de huit dizaines de soldats de plomb qui font leur possible pour rester discrets mais pour lesquels, à ce nombre là, c’est difficile de réussir. Les canons se sont tus en plus, comme si là haut on se préparait à la seconde partie de l’assaut. L’heure des fusils commence, et quand il y aura eu suffisamment de trous percés dans suffisamment de corps, on passera aux sabres. Et pas avant.

    Sur le chemin, jonction avec l’équipage de la corvette épargnée. Les tirs à l’aveugle ont eu plus de succès chez eux, ils sont seulement soixante. Cent quarante contre on ne sait pas encore combien. Mh.

    Les oiseaux se sont cachés, les bêtes aussi. Il n’y a plus que nous. Nos cuirs qui gémissent et nos aciers qui cliquètent. Nous qui grimpons la pente douce sous les arbres. Qui grimpons qui grimpons, et puis qui arrivons au pied d’une rampe d’accès au bas de la falaise caverneuse. Situation parfaite pour les tireurs ennemis. Nos pertes vont s’alourdir. Raisonnablement ?


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    Les coques avancent et les canons tirent. Le capitaine des mouettes a décidé de disperser les rafales de plomb et chaque canonnier vise depuis, un peu en tout sens. Les révolutionnaires tentent de répartir leurs efforts sur les quatre navires mais le quatrième ayant décidé de faire le tour se trouve vite hors de porté. Tous les canons pointent en direction de l'une des trois coques restantes. C'est un joyeux bordel auquel tu assistes.

    Toi tu observes le spectacle la longue vue en main. Les marins ne se laissent pas impressionner par les coups et les navires continuent de briser les vagues en direction de l'île. Les coups ont maintenant détruit le doux bruit des flots depuis quelques minutes. La boss voyant votre QG dans une position plus qu'inconfortable t'a ordonné de commander les canonniers avant de prendre en charge le reste des troupes. Paraîtrait que tu sois dans les plus vieux et expérimentés, paraîtrait aussi que c'est dans ce genre de moment que tu doives montrer à quoi te servent tes longues années de soumission à la révolution. Alors tu demandes à tous les tireurs de se concentrer sur le vaisseau le plus à l'Ouest. Quitte à tirer, autant essayer d'en avoir au moins un.

    Et ça fonctionne. T'aperçois à la longue vue une longue nappe de fumée noir s'échapper de l'un des navires. Touché Coulé. T'entends certains révolutionnaires crier de joie alors tu vas gentiment leur rappeler qu'il leur reste encore trois navires à toucher avant de pouvoir se réjouir. Ils s’exécutent et se remettent au travail, motivés par ton sermon mais surtout tes coups de poings stimulateurs.

    Les marines quant à eux ne sont pas en reste. Ils ne veulent pas se laisser faire et lancent rapidement la riposte. A coup d'poudres dans les yeux. Leurs six canons frappent de boulets votre caverne mais ne peuvent espérer être aussi précis que vous. Le fracas des vagues sur les coques, la vitesse du bateau, rien que ses deux choses empêchent le compas dans les globes. Tu demandes aux cinq canonniers à ta droite de viser le bateau central. Le chef des marines doit s'y trouver et le couler serait aussi une bonne chose. Enfin tous les couler serait magnifique en soit, mais tu as perdu le goût du rêve depuis bien longtemps.

    Les navires sont maint'nant cachés par la forêt alors tu ordonnes aux canonniers de continuer leurs pluies violentes et de baisser leurs armes de cinq degrés tous les trois coups. Ce devrait peut être fonctionner. Avec un peu de chance, mais de toute façon sous le bruit tonitruant de tous le fracas tu ne le sauras sûrement jamais. Ce qui est bien tout de même, c'est que les ennemis ont aussi peu de visions que vous, ça permettra de ne plus avoir trop de dégâts dans vos canonniers. Un bon quart s'est fait mitrailler. La moitié de ceux cis, voire plus est tombée.

    Les minutes passent. Les canons ont laissé place aux armes moins encombrantes, tu as sortis ton six coups et vous n'attendez plus que les adversaires pour faire voler les munitions. C'est d'un lourd. L'ambiance est aussi pesante qu'un homme cachalot, et les secondes paraissent des heures. Une bonne partie des hommes tirent à l'aveuglette, en espérant pouvoir toucher autre chose que de la verdure. Ce n'est pas ton cas. Les munitions tu ne les gâches pas inutilement. Chaque balle que tu utiliseras servira à faire tomber un homme. Ou à tenter d'y arriver.

    Tu mires les bleus. Ils arrivent. Enfin. La rampe d'accès est votre dernière chance d'équilibrer le combat, on ne peut y mettre que 3 voire 4 soldats épaule contre épaule sans qu'ils ne soient gênés. Alors ils perdront forcément des troupes, et tu espères qu'ils en perdront assez pour vous laisser une chance. 4 bateaux, au moins cinquante hommes sur chaque coque. Ça fait beaucoup trop par rapport à vous. Le combat commence enfin. Les bleus foncent sur vous tandis que les balles volent des deux côtés. Les révolutionnaires se cachent comme ils peuvent derrière des rochers ou en s’allongeant au sol. Ton six coups se vide avant de se remplir tout aussi rapidement. Tu ne comptes pas les munitions, c'est remboursé on dira et puis ça fait bien de trop de dégâts alors tu en profites.
      Pas vraiment raisonnablement, non.

      Je n’ai pas pour mes hommes la considération que certains chefs auraient. La différence entre un bon commandant et un commandant bon, pourrais-je prétexter. Peut-être. Mais je n’ai pas besoin de me chercher d’excuses. Les excuses amènent rarement la victoire dans une bataille. Non, ce qu’il me faudrait présentement c’est une solution qui me permettrait d’en garder en vie le maximum. Pas pour eux mais pour moi. Pour moi mais pas pour ma vie ni ma carrière. Deux abstractions auxquelles je n’attache pas grande valeur. Pour gagner. Juste gagner.

      Commandant !

      Une balle siffle à mon oreille.

      J’ai à peu près autant de raisons d’attaquer ici que n’en ont à défendre les quelques hommes lucides qui doivent se trouver de l’autre côté. En haut de cette rampe, aux côtés des idiots qui combattent eux pour des idées comme la gloire ou le bien du peuple, ils n’ont aucune raison valable de rester. Et pourtant ils restent. Je n’ai aucune raison valable de rester. Et pourtant je reste. Et eux tirent et moi je regarde des fétus de paille humaine se faire faucher par la Passeuse.

      Commandant !

      Sous-lieutenant Coryn, surnommé Tite-Goutte car bon buveur aussi, pour me servir. Un jeune rouquin pas mal brave que j’aime bien. Il me regarde. Mon dernier officier puisque le lieutenant qui m’avait été affecté après la mort de Poteur était sur la mauvaise corvette. Fait pas bon être lieutenant à mes côtés ces derniers temps, on dirait. Je lui fais signe de parler en rallumant un mégot piqué à un mort, pendant que tombent les derniers fous assez fous pour m’obéir et mener le premier assaut. Boucherie prévisible dont le seul but était de sonder les forces ennemies. Il attend un peu puis parle : ça y est, le dernier des derniers y est resté. Je compte dans ma tête. Cent quarante moins trente-deux, restent cent-huit. En face j’ai vu cinq caches d’où partaient des balles tomber dans le silence. Le ratio est salé.

      Commandant, venez avec moi. Venez à leur rencontre !
      Pour la Marine, pour mes hommes ?
      Pour la mort et la gloire !

      La gloire rejoint la carrière et la vie dans l’abysse sombre des notions dont je ne sais quoi faire depuis avant ma naissance. Flirter à nouveau avec la Grande Dame, par contre. Oh, sortir avec elle encore, me souvenir avec elle de notre dernière rencontre où déjà je l’ai laissée en plan, voir sur son masque son sourire déçu à l’idée qu’à nouveau j’ai su esquiver son baiser. Et puis enfin, enfin la narguer pendant qu’elle s’ira consoler auprès des cadavres de mes ennemis… Oh ça oui. Oui. Cruauté réveille-toi, qu'importe le courroux, qu'importe la ruine, et que midi soit rouge !

      Pour Eorlingas !

      La troupe ne prête aucune attention au non-sens que je viens de proférer en m’emboîtant le pas. C’est tant mieux parce que je ne me sens pas d’attaque pour une analyse des raisons qui m’ont fait le beugler, c’est normal parce que le but d’un cri de ralliement est de rallier, pas de troubler. On s’arrache les tripes à le hurler en sortant de sa cache, on arrête de penser, on dégaine son sabre, on court plus vite qu’on a jamais couru. Et tout ça, en cherchant à survivre par l’évitement des projectiles des méchants ou en tombant par-dessus les corps des gentils nous ayant précédé, sur lesquels on marchait sans les regarder.

      Suis aux premières loges, c’est mon rôle.

      Mais je ne tombe pas. C’est mon rôle. Les billes de plomb m’évitent comme la peste. Je les évite comme la peste. Et, marathonien de l’extrême, j’arrive au sommet sans plus me préoccuper de mes gars. Beaucoup sont sûrement encore tombés dans mon dos mais j’ai les réflexes occupés par plus important. Lui, le planqué derrière son roc, lui le sniper embusqué là-haut qui me canarde, l’autre, là-bas, avec sa barbe plus très grise et son revolver du diable. J’évite, je taille, je plante. Je me démène pour forcer cette avant-garde qui nous tient en haleine. A mes côtés j’entends Tite-Goutte, puis un autre chanceux, puis un autre, puis encore un qui me rejoignent et jouent de même avec la mort qui rôde. J’étais trop loin tout à l’heure, mais enfin l’odeur du sang me parvient des blessures qui m’entourent. Me fait frétiller les narines.

      Nous prenons l’avantage, nous pourrions presque passer. Mais il reste ces trois tireurs trop hauts perchés pour pouvoir les atteindre, trop dominants pour qu’aucun de mes tireurs puisse prendre le temps d’ajuster sa mire.

      Et alors que je vais me décider à passer outre le bras égratigné de Coryn qui cherche à me retenir, que je vais courir plus loin dans l’abattoir avec ces trois menaces dans le dos, la première détonation retentit. Forte, longue, dont l’écho prend le temps de se dissiper au milieu des brumes poudreuses qui s’élèvent de la zone. Un des aigles chute de son nid et s’écrase à nos pieds. Puis un autre, puis le dernier. Et du sommet de la falaise tombent quatre cordes, et je comprends.

      Le silence retombe, les rebelles nous attendent sabre au clair dans l’antre infernale. A moins qu’il n’y ait une issue de secours, là-bas au fond ? Du geste, je salue le tireur d’élite aux ordres de Tasseur qui, caché dans un de ces arbres là-bas, nous a ouvert la voie. Du verbe, j’accueille mon confrère et son commando qui nous arrive du ciel, et qui cette fois ne m’ignore presque pas. Pas main dans la main mais épaule contre épaule, nous reprenons la charge.


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      C'était trop facile. Comme tu t'y attendais. Les dominos bleus tombent les uns après les autres. C'est une ribambelle de déroulage de cartes à laquelle tu assistes. Il t'est incapable de compter le nombre de victimes. Beaucoup, mais pas assez. Il y a maintenant un tapis humain sur le ponton, mais ce n'est rien comparé à ce qu'il doit encore y avoir à se terrer dans la forêt. Maintenant la question n'est pas de savoir si vous tiendrez ou non mais bel et bien combien d'heures, de minutes il vous reste à vivre. Tu sembles être le seul à t'en rendre compte, et en observant le reste des troupes, tu les remarques crispés, concentrés, à l’affût de la prochaine charge. Ces pauvres hommes embrigadés dans des idéaux dont la plupart n'doit comprendre qu'un tiers du sens. Ils ont offert le plus beau d'leur trésor, celui qu'on ne possède qu'une fois, ils l'ont offert à la révolution sans s'en rendre compte. Leur vie ne leur appartient plus maint'nant et ce soir ils mourront pour votre mouvement comme de fiers petits soldats. Pour une fois, tu doutes même de t'en sortir. Pourtant tu ne comptes plus le nombres d'occasions où tu as flirté avec la mort sans jamais toucher ses lèvres. Mais là c'est différent. Malgré votre avantage géographique, les soldats d'la mouette ne font pas que d'la résistance et se préparent pour un carnage tout en légalité.

      En fin d'compte c'est bel et bien c't'histoire de carnage légal qui t'a toujours donné envie de retourner ton repas. D'après ces foutus marines, toutes les vies n'valent pas le même prix. Pour eux, chaque homme issant un drapeau noir mérite de voir finir sa vie. Mais après tout, certains de ceux qu'on nomme pirates sont de simples aventuriers, des âmes possédant une grande bonté. La mouette, elle, ne fait aucune distinction et becte tous les hommes de la même façon. Violemment.

      De violent, le chef de ces marine semble en être. Envoyer plus de trente hommes au massacre. Et maintenant courir à la mort sans une once d’hésitation. Tu croirais qu'il a pactisé avec l'En Coup pour avoir le cul autant bordé de nouilles. Sa rage t'impressionne, même toi qui n'est pourtant pas l'dernier des couards. En fait, tu te revois il y a trente ans. Courir vers l'ennemi la rage au ventre et les poings en avant, à un contre cent. Et toujours t'en sortir. Plus mort que vivant mais t'en sortir quand même. Et c'est bien ça qui compte.

      La vraie bataille commence maintenant. Celle qui dira quel est le camp ayant encore le droit de subsister. Un énième combat d'une guerre qui n'en finit pas.

      Vous vous défendez bien. Les bleus sont bloqués par trois de vos tireurs perchés sur la falaise. Bloqués par ce mur invisible, tu imagines l’énervement des mouettes et ça te fait bien marrer. Pt'être bien que vous vous en sortirez en fin d'compte.



      Pt'être bien qu'non aussi. Les fourbes de mouettes s'étaient perchés dans les bois. C'sst une saquance de vie pour les trois bougres de révolutionnaires. Au moins leur mort aura été rapide, et à peine qu'ils s'en seront rendu compte qu'ils seront déjà ailleurs. Pour toi, l'affaire est differente. Tu fais maintenant fâce à l'un de ces soldats à uniforme tendant une épée en ta direction.


      _J'suis désolé p'tit, j'ai jamais bien pifré la strass !

      Sur cette phrase encore une fois à la limite de l’indigeste, tu sautes en arrière histoire de n'pas te faire trancher en deux par l'épée du soldat. Pris dans son élan, il ne peut que partiellement parer ton coup de poings dans les cotes. Sa rapidité te surprend quand même, à peine remis du coup, il t'offre une magnifique taillade verticale que tu esquives au dernier moment. Lorsqu'il tente une deuxième fois de t'ouvrir le ventre, tu en profites pour te baisser et lui balailler les pieds tout en douceur. L'bougre tombe de surprise et tu ne lui laisses pas le temps de se relever. Tes poings volent chacun leurs tours en direction de sa trogne jusqu'à ce qu'il ne soit plus capable de rien.

      _C'bien, fais l'mort et t'vivras p't'être.

      Pour le reste, tu t'rends quand même compte qu'ils n'ont pas choisi des manches pour la sale besogne ces bougres. Si les bleus présents sont tous comme ça, ça va vite tourner à la boucherie. Heureus'ment pour vous, la patronne montre l'exemple et combat l'un des chefs d'la mouette. Tu mires l'combat de loin, tout en t'avançant vers l'un des marines.
        Nous avons repris la charge. Moins efficace qu’on aurait pu s’y attendre. Les guérilleros d’en face sont des soldats prêts à tout qui n’ont plus rien à perdre, ils connaissent l’endroit alors que nous pas, et notre nombre… disons que notre nombre s’est réduit. Trois éléments qui limitent d’autant notre avantage. La seule bonne nouvelle, c’est la présence de Tasseur et ses trois hommes. A eux quatre ils attirent bon nombre d’ennemis et j’en profite pour avancer, m’enfoncer toujours plus profond dans la gueule de l’enfer. Un par un ceux qui m’accompagnent se font ralentir ou arrêter. Et au milieu des rocs et des sacs de vivres et du mobilier sommaire qui occupe la caverne, j’arrive seul devant

        Anna Kaurismäki…

        Plus jeune que moi sur le papier si j’en crois les rapports que j’ai lus sur elle. Dans les faits je ne pourrais pas en être sûr. La brûlure de son visage la vieillit autant que son costume pour homme et sa coupe de cheveux. L’enlaidit, aussi. Une hommasse. Une hommasse contre laquelle j’ai à peu près autant de chances de l’emporter que n’en aurait eu la trentaine de révolutionnaires qui reste face à ma troupe si leur chef n’était pas apparue.

        Je ne devrais pas l’affronter sans renfort mais tout homme qui est allé à la rencontre d’un adversaire avec cette consigne en tête vous le demandera : comment tu fais pour ne pas affronter un ennemi une fois que tu es devant lui ? Tu lui demandes d’attendre bien sagement que tes collègues arrivent ?

        Evidemment non. Deux réflexes alors peuvent venir. Petit un : fuir. Petit deux : soulever ta fidèle lame et tenter une frappe. Un seul réflexe en réalité pour un homme comme moi, donc.

        Raté !

        Narnak évacue sa frustration en coupant la table et en entaillant le sol sur vingt centimètres là où était la diablesse une demi seconde plus tôt. Là où elle n’est plus.

        Encore raté…

        Encore j’ai tenté, encore j’ai manqué. Encore je tente…

        Encore raté… Ha ! Et c’est toi qui mènes l’assaut ? Tes chefs t’aiment si peu qu’ils t’envoient au suicide ?

        Je n’ai pas même le temps de penser à m’interroger sur la pertinence de sa réflexion. Elle a dégainé son épée qu’on dit si terrible et me donne une leçon d’escrime qui me fait oublier tous mes acquis en un clin d’œil. J’assiste à un vrai récital, c’est à peine si je suis les mouvements de sa lame. Sans mon instinct de vie et sans l’aide de mon propre sabre, je serais déjà tranché aux jarrets et à la gorge. Deux fois à la gorge. Au lieu de ça je le suis une seule fois, au poignet. C’est un bon équilibre. Je pense que j’ai même de la chance d’avoir réussi à esquiver deux de ses bottes. Et je pense aussi que ça ne va certainement pas durer.

        Car pendant ce temps-là aucune de mes frappes ne touche. C’est comme si elleTEUH !

        A trop réfléchir on perd la vue, paraît-il. Son tibia droit me brise deux côtes, s’enfonce de toute la profondeur de son élan dans ce qui me sert ordinairement de ventre, et le temps s’arrête.

        Oh, pas longtemps. C’est tout juste si je peux me dire que je vais souffrir.

        Et après je souffre. D’abord je fais en volant tout le chemin inverse de celui que je viens de parcourir. Au passage je dis bonjour à Tasseur, qui s’avance pour prendre le relais : Bonne chance Jemthro. Au passage je dis au revoir à Coryn, qui s’effondre sous un coup mieux assuré que les autres : Bonne chance Tite-Goutte. Et puis après je dis bonjour à une paroi tout sauf lisse qui me broie tous les os du corps, certes sans méchanceté mais avec une redoutable efficacité dans le geste. Elle était là, point, et je la sens.

        C’était une figure de style bien sûr. Je n’ai pas tous les os broyés. Je me relève. Bien sûr. Comme un vieillard dont la colonne vertébrale se serait pliée d’un coup sous l’effet de trop d’années de droiture. Avec difficulté.

        Le temps de reprendre mes esprits en esquivant la lame d’un diable qui si ça se trouve était un des miens mais ne m’a pas reconnu –ou qui au contraire m’a reconnu, allez savoir, dans l’ardeur du combat–, Tasseur et deux de ses hommes sont au corps à corps avec la grande brûlée. A leur pied, une forme qui doit être le denier larron du commando venu depuis le haut de la falaise. Je ramasse Narnak tombé au bout de mes bottes et j’ai toute la grotte à retraverser pour leur prêter main forte. Kamoulox, une vive douleur me transperce.

        Et sur ma route, l’homme au revolver dont ma mémoire se souvient vaguement. Une des figures de la défense de la rampe. Il était là, et il est là à nouveau. Et il va me gêner. Me gêne, même, puisque après quelques claudications je suis devant lui. Je le regarde, il me regarde. On se regarde. Nos coups partent en même temps je crois.


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        La bosse montre bien l'exemple. Pour sûr qu'elle n'a ni le charisme ni la sympathie d'une dirigeante aimée, mais quand il s'agit de frapper, elle sait y faire. Très bien y faire même. Le pauvre bougre ayant voulu tâter de l'épée contre elle s'en est vite rendu compte. Mais pas assez. Trop tard pour lui, l'épée d'Anna s'est mise à voler contre le pauvre homme qui tente tant bien qu'mal d'éviter ce qui lui tombe sur le crâne. Sauf qu'il est trop lent, comme tout le monde, alors il subit le courroux de la dame aussi énervée que tu l'es à l'idée d'une bouteille de gnôle. Certains aiment les femmes, d'autres le saké, elle c'est le sang, la violence à l'état brute. Comme une furie, elle continue sa démonstration.

        Mais toi, tu n'peux admirer le spectacle que d'un œil, parce qu'en face, il y'a des mouettes qui se prennent pour des aigles. Faut donc que tu t'occupes de leur briser les ailes. Un marine armé d'une lame affûtée tente de t'trancher en deux. Le bougre est trop lent et tu évites le coup d'un pas sur le côté en te dépêchant d'enfoncer aussitôt ta caboche dans la sienne. On ne pourra pas dire que tu n't'es pas servis de ta tête pour celui là. Le pauvre bonhomme tombe en arrière sous le choc, mais tu n'as pas le temps de l'achever qu'il te faut encaisser un pied dans ton estomac. Ç'aurait pu tout remuer si tu n'avais pas eu l'temps de bomber le torse. Heureus'ment tu l'as eu, t'en as même assez pour saisir la jambe du soldat avant qu'il ne la repose au sol. Enfin saisir, frapper serait plus exacte, frapper assez pour déséquilibrer le marine et te consacrer au suivant sur la liste. Ils sont nombreux ces bougres, et tu n'peux finir un homme sans qu'aussitôt en apparaissent deux autres. Tu as beau te remuer pour faire le ménage, la crasse est tenace.

        Mais aux grands moyens les grands remèdes. Ou quelque chose y ressemblant. Lorsque tu as quelques secondes de plus que d'habitude, tu profites pour saisir les jambes d'un soldat un peu plus assomé que les autres. Et le tourniquet se met en marche. Tu tournes et tournes encore te servant de l'homme comme d'une quille de billard, ses collegues sont les boules. Tu en dégommes un bon nombre de boules. Pas loin d'une demi douzaine. Lorsque la tête commence à perdre le fil et les guibolles à n'plus trop savoir comment rester droites, tu lâches ton arme qui part valdinguer bien plus loin. Ca te laisse un peu de repos. Assez pour tenter d'faire moins tourninguer ta matière grise. Assez pour éviter un autre lancé d'homme et baisser la trogne à temps. C'est un cadeau de la dâme Anna ça, le pauvre marine qui tentait de faire face a fini par lâcher prise.

        Au bruit que ses os font lorsqu'ils percutent la roche, tu réussirais presque à le plaindre. Une mort atroce que tu t'dis.
        ,,,
        Pas si mort que ça en fin d'compte. Le guss réussit encore assez à faire fonctionner ses guibolles pour tenir debout. Là t'es épaté. Tu n'en connais pas beaucoup de lustiques qui auraient survécus à un tel vacarme, l'garçon fait de la résistance (sans jeu d'mot). Un bon nombre de cotes cassées à vu d'oreille mais il est toujours là, à clopiner pour y retourner.

        Sauf que la pauvre mouette ne s'est pas levée de la bonne patte. Déjà qu'elle s'est coltinée le monstre te servant de bosse, elle va devoir passer sous les griffes du chien sauvage que tu es. Une mouette échouée contre un vieux Rhodesien affamé. La violence engendrant la violence, et la haine engendrant la haine, tu arrives à l'un de ses stades où tu ne réponds plus de toi même, où tu te fais avalé par la rage de la bataille et où tu ne distingue plus ton esprit du corps, où tu agis comme une automate réglé sur le bouton du carnage. Tu t’arrêtera lorsque plus aucune goutte de sang ne pourra couler, tu t'es engagé à servir la révolution, tu as payé pour ça, et tu as accepté les risques qui en découlaient. Pauvre bougre que tu es.

        Alors tu cours, sans hésiter un seul instant, sans même réfléchir au bel en coup qui n'attend que de pouvoir t'enlacer. Tu cours jusqu'au moment où il te faut sauter les poings en avant en direction des doux yeux de cet homme à moitié mort.
          Je le reste. Mort. A moitié. Ni plus, ni moins. Les vingt-deux os encore en place de ma tête ne doivent leur salut qu’à la salvatrice intervention d’un flamant rose qui s’effondre dans une gerbe de plumes.

          Oui. Un flamant rose. Ca arrive. Perdu dans une grotte. Ca arrive aussi. Surgi de nulle part pour terminer en flaque d’os informe à terre. Moins souvent, mais ça arrive aussi. La preuve.

          La preuve se répand à mes pieds dans un sinistre raclement de bec contre le roc. Je reste sur place. Pas parce que j’ai prévu l’intervention du brave phénicoptère, mais parce que ça ne servirait à rien.

          Ma jambe s’est bloquée alors que je tentais de mon côté de porter mon coup. Pas de mystère : si même ce genre de mouvement m’est impossible je ne pourrai pas tenir bien longtemps au corps à corps contre mon adversaire du moment. Dans l’instant de flottement qui suit la mort de l’animal, je le regarde. Le vieux. Il me regarde. Moi.

          Le barbu tueur de piaf qui me fait face dans la pénombre est visiblement plus frais, plus en forme que moi. Plus rapide donc. La faute à cette chère Anna et à la muraille de roche de tout à l’heure, probablement. Et accessoirement il ne court pas depuis l’aube devant trois cents soldats pour essayer de prendre une place forte. Il la défend. Et donc il ne me laissera pas passer.

          Pas vivant.

          Et je ne reculerai pas. Pas vivant.

          Derrière mon obstacle à moi j’aperçois Tasseur et son désormais unique acolyte essayer encore et toujours de percer la garde infranchissable de Kaurismäki. Pour espérer la vaincre il faudrait que je sois à leurs côtés mais.

          Mais pas possible. Je recentre mon attention sur l’homme au revolver vide. En finir vite.

          Des images mauvaises me viennent. Des images qui me font oublier la douleur et le devoir. Ce genre d’images que les duellistes doivent avoir dans un affrontement à mort s’ils veulent l’emporter.

          Dans ma main droite la garde du fidèle Kan me réchauffe la paume, me rappelle qu’il existe, qu’il est là, qu’il m’a juré allégeance depuis que j’ai tué Houj il y a quatre ans aux côtés de La Plaie des Mers. Que je peux me servir de lui. Pludbus Céldèborde. J’ai un sourire en me demandant son âge alors que l’homme que j’ai devant moi me paraît déjà bien âgé. Si mon opposant a ne serait-ce que dans les cinquante, combien pouvait avoir un débris aussi décati que l’amiral… Soixante-dix, quatre-vingts ? Quatre-vingt-dix ?

          Ma main gauche me réveille à son tour. Elle est allée d’elle-même dans la poche de mon manteau et un bord de la roue d’acier un peu plus tranchant que les autres a accroché un de mes doigts.

          Et j’attaque. En règle. Sans prévenir. D’estoc. D’estoc. Et encore d’estoc. Huit ou neuf frappes peu puissantes mais très rapides, sans fléchir. Sans faillir ? Dans le doute je termine par un tour sur moi-même et un lancer de disque de niveau professionnel.

          Sauf que mon bras ne lâche pas la poulie, il la suit.

          Et quiconque la réceptionne ne s’en sortira pas indemne.


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          Une saleté de morue, ou bien de zouave, ou de flamant rose. Tu y crois toi à cette histoire ? Oui bien sûr que tu y crois. Bien de trop même. Cette enflure de volatile finit de vivre à tes pieds tandis que tu tentes encore de comprendre ce qu'il vient de se passer en la mirant donner ses quelques derniers souffles d'âme. Elle est belle celle là. Alors que tu voyais ton poing partir en direction des dents de la mouette, l'autre volaille a décidé de ce moment là pour apparaître au milieu du décor...

          Sal'té de poisse, elle te colle cette charogne, et ce depuis un bon nombre de printemps. Tu as eu beau parcourir les Blues à toute vitesse pour la semer, elle a toujours réussi à te retrouver. Parfois en se cachant sous les traits d'une femme bien de trop attirante, d'un vent un peu trop fort faisant son apparition au milieu d'une mer calme ou d'un marin ayant décidé de changer pour une fois sa patrouille. Elle arrive toujours à te retrouver et aujourd'hui encore elle se cache sous les traits d'une volaille et d'une mouette mi-morte mi-consciente, mais toujours aussi dangereuse.

          L'homme aux traits arrachés par la douleur dû à ses côtes cassées te regarde en caressant la poigne de son épée. Un doux son de violence s'annonce et c'est à peine si tu as le temps de sauter en arrière lorsqu'il lance sa lame en direction de ta trogne. Le bougre ne se suffit pas d'un coup, ce serait de trop simple, alors c'est par une partie de claquette que tu lui réponds. Tu esquives tant bien que mal la fine lame voulant jouer à la petite saignée. Tes jambes se mettent à tourniller à toute vitesse, de gauche à droite et inversement, tes pieds soulevant masse de poussière en frappant le sol. C'est à peine si tu mires le bout de ton vieux nez ridé tellement le sol poussiéreux se décide à taquiner ta trogne. Forcément ça te donne des idées, mais tu n'as pas le temps de la mettre en œuvre que le bougre ré attaque déjà, cette fois de la main. Sortant de son manteau ample une arme plus qu'étrange, il tente de te frapper et tu es obligé de cambrer ton dos en arrière pour éviter de te faire tailler en deux.

          Mais vieillesse se paye, et tu sens tes articulations craquer au moment où la lame rase ton nez. Quoi que, craquer... Saigner serait plus juste... Trop asphyxié par la poussière, trop embrumé par la tension du corps, tu n'as même pas remarqué que ses coups d'épée t'avaient tailler les côtes sans réelles profondeur, mais faisant saigner abondamment ton corps déjà meurtri par le passé.

          Posant le genou à terre, sous la fatigue des coups subis, tu mires la mouette d'un regard empli de la rage du combat. Toi, perdre ? Encore une fois ? Tu en as eu ta tasse, des défaites et des désillusions. Aujourd'hui ne sera pas à marqué dans le calendrier des jours à oublier. Aujourd'hui sera jour de fête dans toute la révolution de South Blue. Comment pourrais-tu perdre contre un homme déjà à moitié mort ? Alors que tu te prépares à fendre l'air de ton poings, tes pauvres oreilles croient entendre le son d'une voix connue :


          _Sergueï !! Prends les plans et vas-t-en !!

          _Qu'est c'qu'tu mires patronne, j'vais l'avoir et v'nir t'aider ! Que tu cries sous la surprise. Ah les femmes, tu n'en as jamais rien compris à leurs idées farfelues...

          _C'est un ordre !! Qu'elle crie encore plus fort avec une telle hargne, une telle puissance que tu ne vois comment refuser d’obéir.

          _Saltées d'femmes, elles auront ma peau...

          Te relevant difficilement, tu mires une dernière fois ton adversaire. Brave gars, il a compris la vie cet homme. Rares sont les soldats que tu as vu combattre avec la même ardeur dans ta longue vie. Mais malheureusement pour toi, ce combat doit se terminer. Ces foutus plans, des papiers que la patronne dit bien d’trop importants pour une si petite base. Tu sais où ils sont, tu sais comment aller les récupérer. Mais tu ne sais trop comment te débarrasser de la mouette carnivore.

          __ »Tu combats bien gamin. Très bien même, mais ce combat se termine ici. Un jour on s’retrouvera, et cette fois personne ne nous arrêtera ! »

          Raclant rapidement ton pieds contre le sol, tu tentes de soulever le plus de poussière pour aveugler ton adversaire avant de frapper avec ton autre pied l’autre volatile se trouvant entre vous deux. Ta jambe lance le cadavre à plein vitesse en direction de la trogne du marine. Ceci fais, tu cours, tu ne fuis pas que tu te dis, tu cours en direction de la grotte, là où sont cachés les papiers que tu dois récupérer.

            Reviens ! T’es où ?! Reviens espèce de vieux fumier !

            Beuglé-je comme un damné. Mais trop tard. Aveuglé par la fumée, j’ai laissé passer ma chance. Et j’avise trop tard le flamant mort qui bec le premier revient se venger. Le plumé m’accroche l’épaule et m’envoie valser un pas, deux pas en arrière. Autant dire que je ne fais qu’avancer et reculer.

            Je n’aime pas le comique de répétition. Beaucoup trop surfait.

            Par contre l’absurde j’aime beaucoup. Et j’entrevois déjà beaucoup de choses très absurdes que je pourrais faire avec le corps du barbu qui vient de me lâcher comme ça ne se fait pas du tout.

            Mais j’ai à peine enclenché la poursuite que la voix de Tasseur me coupe dans mon élan comme celle d’Anna avait coupé celui du vieux au revolver.

            Tahgel, grognasse !

            Peut-être était-ce bien Ta gueule, grognasse ! Je ne sais pas trop.

            En tous les cas je me sens interpellé. Le cri est impérieux, l’affaire sans doute urgente, et le souvenir de l’image de la révolutionnaire me rend à nouveau mauvais, très mauvais. C’est elle qui m’a brisé le dos, c’est elle qui m’a brisé mon duel, c’est elle qui commence à briser ma patience.

            Elle et son visage brûlé au troisième degré. Visage que je commence à apercevoir de nouveau alors que le rideau de poussière soulevé par… Sergueï, hein ? Je le note. Alors que le rideau de poussière soulevé par ce crétin un peu plus assuré que les autres commence à retomber.

            Mon pair commandant semble en difficulté. Je confesse aimer la chose un peu. Mais son dernier compagnon s’écroule et je retrouve enfin assez d’énergie pour me mettre en branle à nouveau pour le devoir et la marine et le gouvernement et surtout pour ma satisfaction personnelle.

            Elle semble un peu fatiguée, de près. Les prémices d’une défaite annoncée ? Serait-ce possible ? De manière inconsciente mon cerveau note alors que j’approche que ses parades aux attaques du Jemthro se font moins promptes, moins assurées, moins précises. Fatiguerait-elle ?

            Ah ! Garce !

            Non. Visiblement non. Mon très estimé collègue lâche son arme pour s’attraper le bras maître et m’envoie seul contre le monstre le temps de se faire un garrot. Je fais pâle figure comme tout à l’heure. Quand bien même elle serait fatiguée d’avoir bretté si longtemps, moi je suis blessé. Case départ, donc, dirons-nous.

            Et comme à la case départ je vole-plane à nouveau. Mais un peu moins loin, un peu moins fort, un peu moins longtemps, ce qui me permet de chuchoter au passage à mon homologue que, merde, on va s’la faire putain d’sa mère. Et messe basse dessus, messe basse dessous, nous revoilà ainsi tous deux flamberge au vent à mener un assaut commun après quelques instants d’intense concentration. Et quand deux commandants attaquent, ça tape sec.

            Enfin… un des deux tape sec. Dur de parer deux coups simultanés avec une parfaite efficacité même quand on a des aptitudes visiblement pas mal hors norme comme cette chère Kaurismäki. Surtout donc après quelques temps à combattre. Et voilà donc la planteuse plantée, au niveau de l’épaule gauche, par un Narnak comblé.

            Lui reste l’épaule droite pour pleurer et continuer à nous menacer, mais tout épéiste vous dira qu’une blessure d’un côté déséquilibre totalement et, peut-être aussi parce qu'elle est atteinte par la douleur, sait-on jamais, les enchaînements ennemis perdent encore en intensité. Perdent tant et si bien qu’après une autre attaque de concert, c’est Tasseur qui plante sa pointe en symétrie de la mienne. Tandis que moi je me fais planter de mon côté mais c’est accessoire.

            Et telle une frêle abeille qui vient de piquer, percée de deux trous pas forcément loin de sa p… de ses poumons, l’Anna lâche son dard. Très poétique, je sais. C’est la fin du combat. Et ça fait un bruit de cloche qui sonne. D’ailleurs, pour les deux pèlerins qui continuaient à combattre aux cris de la Révolution, ça résonne comme un ordre de reddition. Pas de chances pour eux, le marin n’aime les prisonniers que dans les histoires. Ils y passent.

            Anna aussi va y passer. Je suis en train de râler ma bile quand je l’aperçois lever à nouveau son arme sur la femme sans défense. Tasseur. Enfin… Sans défense, elle esquive encore une ou deux frappes, qui ne touchent que le sol dans un bruit mat. Au grand dam du gentil devenu méchant qui jure qu’il va l’avoir. La troisième aurait été fatale je crois.

            Tahgel ?! Qu’est-ce que vous foutez bordel ?!
            Je fous que c’est mon affaire. Je fous qu’à moins que vous me trouviez un cadavre de quinqua barbu et pistolero d’ici notre départ un homme s’est barré avec des plans. Je fous qu’on a donc besoin d’elle vivante pour interrogatoire. Je fous que vous êtes tout seul contre moi. Et contre le reste des hommes, qui ne sont plus très nombreux certes mais qui sont à moi.
            … Hmf. Vous finirez mal, Tahgel. Vous finirez mal.

            Il se tire. J’ai une pensée pour lui en train de manœuvrer tout seul sa coque de noix. Je pense. Nous pansons. Nous rentrons.


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            La vie est un cycle qui recommence tant et tant de fois qu'aujourd'hui, tu as du mal à t'en rappeler le début.
            Au tout départ de l'histoire, tu étais seul sur une barque sanguine à lutter contre les tois et les tois qui font de toi ce que tu n'es pas. Puis tu as repris une coque de noix dix neufs printemps plus tard, et tu t'es encore retrouvé seul à lutter contre cet océan d'absurde. Ainsi se présente le début de chacun de tes chapitres, de chacun des romans qui parsèment ta vie.

            Tu mires l'île se faire avaler par l'horizon, ne laissant dans quelques temps plus qu'un vague nuage noir disparaître dans le ciel. Un large soupir de soulagement vient taquiner tes lèvres alors que tu te surprends à encore être en vie.

            Pour sûr que ça n'a pas été facile : Courir pour semer l'épéiste à moitié mort mais à la force toujours aussi impressionnante, courir pour se cacher des marines qui restaient, se rappeler de quel rocher, prendre l'enveloppe et encore courir. Alors que tu faisais fonctionner tes guibolles à pleins régimes, tes globes miraient la boss combattre comme elle sait si bien le faire, tes partenaires tomber les uns après les autres, le sang couler encore et encore. Tu as traversé la forêt sans te poser de questions et couru jusqu'à la première coque de noix que tu as vu.

            A vrai dire, tu ne sais même pas quelles informations sont cachées à l’intérieur de l'enveloppe et au fond t'en as cure. Tu sais juste à quel point l’Âne a toujours répété que c'était la plus belle chose de l'île après elle même. Mais le plus important maintenant est bel et bien d'être encore en vie et vu la situation, tu peux croire au miracle. Il ne te reste plus qu'à retrouver un QG pour transmettre les informations, le problèmes c'est que les mouettes font si bien leur travail que tu ne vois même pas quel repère est encore intact sur South Blue. Alors ça te fait rugir un peu, parce que tu penses à toutes ces nuits en mer à se nourrir de poiscaille en attendant de trouver un endroit où t'abriter. Pour sûr qu'avoir comme seule compagnie l'océan, c'est l'une des choses les plus agréables au monde, mais pour sûr aussi qu'un peu d'eau potable et de viande ne fait jamais de mal...

            Les jours suivant seront un mélange de calme paradisiaque et de course effrénée pour réussir à becqueter quelque chose. Un matin où tu seras à moitié endormis par le bruissement de la mer, une mouette -et cette fois une vraie- viendra te réveiller pour te lancer une gazette faisant sa première page sur l'arrestation d'Anna, l'une des plus dangereuses révolutionnaires des Blues. Forcément ça te fera piaffer de rire jusqu'aux éclats, d'un rire jaune et fatigué. En dessous de l'article apparaîtront deux marines dont ton ami épéiste. Tu graveras ce visage dans ton esprit en espérant bien qu'à votre prochaine rencontre tu seras de taille à lutter contre un monstre comme lui.


            _On se reverra, ta gueule...