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Nécessaire et suffisant



J'étais dans une sale passe. Le temps m'pesait l'morale. Pas l'climat. Le temps qui passe. M'surpasse. Le temps du bilan. Et c'était pas brillant. Loin de là. Un tableau tout d'noir. Des couleurs de grands sur une toile d'enfant. Qu'est-ce qu'je foutais bon sang ? Combien d'temps qu'j'avais quitté l'Rocher ? Un vortex. Et rien d'puis. Rien de rien. Deux, trois casses à la manque. Du truandage de p'tit niveau. Ça me tuait la tête. Les s'condes filaient entre mes doigts. Moi, j'faisais rien pour serrer la patte. J'devais pourtant. L'fallait. C'tait un b'soin. Mais j'avais pas l'envie. A quoi bon en fin d'compte. Tout ça pour finir poussière. Pour finir souv'nir. Avec d'la chance.

Prostré dans l'fin fond d'une ruelle, j'avais bu à mort. J'étais saoul. Jeune et saoul. Inutile. En rade. Méchant. Dang'reux. Des types passaient dans l'fond. Sur la route principale. Z'étaient là. Leurs beaux vêt'ments. Leur 'tite tronche. Toute pincée. Accélérant l'pas en m'mirant. Moi l'clodo d'pas vingt printemps. J'sais plus quand exactement tout s'est déclenché. J'sais plus qui. Ce quidam à gueule de condévidence ? Ce gang de rabours trop grillés qu'pour capter l'danger d'moi en mal d'être ? Ou juste rien ? J'sais plus. Mais un truc a fait basculer. Un truc tout con. Sur'ment. Suffisant et nécessaire. Qu'a mis l'feu aux poudres. Et j'ai éclaté. Des crânes. J'me rappelle débouler sur l'allée. L’œil torve. La tronche mauvaise. Un gus est passé. M'a miré d'traviole. J'l'ai tané. Une droite pas droite pour un sou. Mais suffisante. Suffisante et nécessaire. Il est tombée. Pour plus s'relever. Et j'ai continué ma route. Titubant comme une merde. Gerbant sur mes groles. Inexistantes. Passant l'coin, une échoppe fermait. J'y suis entré. Deux gus ont gueulés. Un étalage est apparu. Entre mes pattes. Qui l'ont fait basculer. Et les gus gueulaient plus. Et mes poches étaient pleines. Pleines de brol. D'conneries inutiles, d'un peu d'oseille. Y avait un flingue sous l'comptoir. J'l'ai rangé dans ma ceinture. Et suis parti.

Combien d'temps j'ai airé ? Une heure ? Deux peut-être. À distribuer des pains à la ramasse. À terroriser les braves gens. A resquiller des marines débordés. Y d'vaient rien comprendre. L'endroit d'vait être calme. D'habitude. Mais Jack était là. Et pas l'meilleur des Jack's. Un moment, j'ai capté une lumière. Bien vive. Ça m'a attiré. Comme un papillon. Un putain d'papillon létal. Pas d'mystère. La lumière v'nait d'un bar. J'ai déboulé comme une tempête. Commander un verre. En gueulant. Ça a gêné l'ambiance. L'endroit était plutôt peinard avant mon intrusion. Au troisième verre, l'barman m'a filé la bouteille. 'Stoire d'avoir la paix. J'ai dû l'insulter. Un truc dans l'genre. C'était d'trop. Des gars s'sont levés. Pour v'nir me trouver. J'ai pas attendu. Avant qu'le premier ouvre son claque-bave, la bouteille s'abattait sur sa tronche. L'souvenir qui suit, c'est c'lui d'ma clope qui tourbillonne et tourbillonne. J'm'en souviens bien. C'était très beau. Et très lent. Ça m'a fasciné. J'ai r'ssenti du bonheur. Bizarre c'qui passe par ma tête. J'ai aimé la suite aussi. Quand l'bout rougeoyant d'ma tige s'est subtillement viandé sur l'gars. L'bougre gueulait les mains sur les yeux. Un filet vermeil s'écoulait douc'ment d'son crâne. Il a continué à crier. De plus belle. L'alcool qui imbibait ses fringues s'est enflammé en un instant. Et dans c'bar si calme avant, une torche humaine courrait partout. Implorant d'l'aide. Au début. Quelques secondes, et on comprenait plus rien. Son braillage sonnait comme un cri animal. Indistinct. Quelque part entre le loup et le piaf. C'était vraiment beau. Sale mais beau.

L'paysage a vite changé, après ce p'tit incident. Le mec s'est écrasé dans les tentures. Pour y mourir à petit feu. D'vant l'regard béat d'ses potes. D'vant les yeux vides des clients. Et les toiles ont pris feu. À leur tour. Un d'ses potes s'est r'tourné vers moi. J'l'ai étalé. Sec. Et tout a pris vie. La place était mûre. Le décor était posé. Manquait plus que les acteurs. C'est mon pain qu'a lancé la pièce. A croire qu'ma rage s'transmettait. Comme une maladie. L'genre hyper contagieuse. L'assistance s'est partagée. Un : ceux qui courraient. Deux : ceux qui voulaient ma peau. Trois : ceux qui prenaient part à la fête. Un chaos indescriptible. Les types s'entre-bouffaient. Les gonz', rares, braillaient, chialaient. Entraient dans la danse. Les souvenirs sont flous. J'me souviens. Ma main qui part vers mon froc. J'grippe le flingue. Pour plomber l'dos d'un gars qui tente la porte de sortie. Gratuitement. Pour le geste. L'magasin d'poudre s'vide. Un lancé, et v'la l'gun qui s'écrase dans l'crâne d'un quidam. Le dit quidam s’effondre. Ça r'part d'plus belle. Le peuple oublie ses règles. Le peuple se crève. Avec panache. Et la taverne qu'est métamorphosée. Qu'est d'venue un cercle d'l'enfer. D'la folie c't'endroit. d'la pure perte. Du gâchis.

Et pour la première fois, sur cette journée pourrie. Pour la première fois, sur ces années perdues, j'étais heureux. Je savais. J'envisageais enfin ma place. Pas la plus belle. Pas la plus facile non plus. Mais c'était clair. Ma raison d'être. Mon talent, offert par mère nature. Offert aussi par tous les braves gens qu'avaient contribué à m'faire mûrir. A m'rendre plus âpre. C'tait limpide, comme d'la flotte. Ça l'est toujours. Y a ceux qui construisent. Y à ceux qui détruisent. J'fais partie d'cette dernière classe. Et pas le bas d'gamme. J'ai les armes pour être performant. C'serait sacrilège de gâcher. Faut assumer sa nature.

Le lendemain j'étais à ramasser. La gueule en chantier. La corps en charpies. Et les rumeurs qu'j'entendais. L'incendie s'tait propagé. Toute le nuit, les pompiers avaient lutté contre. Apparemment. Y avait eu des morts. Des bons gars. Des innocents. J'étais pas fier. Mais c't'un boulot. L'en faut pour l'faire. Eux sont nés pour être innocents. Moi pas. Et comme l'hiver succède à l'été, c'qui émerge doit pouvoir être détruit. C'est l'ordre des choses. Et si ça l'est pas, dis-moi, pourquoi l'monde a chié une crasse comme moi ? J'suis un mal nécessaire. Nécessaire et suffisant.
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