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Rats in the Cellar.

Bordel.
Combien de temps passé sur ce foutu navire ? J’ai la tête qui tourne, les poignets qui brulent, une envie de gerber. Une gueule de bois, aussi, peut-être. Je ne me souviens pas avoir bu ; c’est l’enfer. Ouvre les yeux, Micha. Ouvre, juste pour voir ce qui t’attend : du bois rongés par le temps, un endroit mal isolé dans lequel l’eau s’infiltre, une cage, peut être bien. Et des menottes autour de tes mains, qui t’empêche de bouger. Ah ouais, tu te souviens, l’bordel dans lequel tu t’es mis, malgré toi.
Pauvre fille, tu pensais pouvoir te défendre au milieu de ces enfoirés ; tu t’es gourée. Tu mérites presque ce qui t’arrive, ma grande. Qu’est-ce que tu peux être bête, parfois. De toute façon, t’es habituée à pire, on t’en a fait des crasses, pas vrai ?

Ah… et ce putain de mal de crâne. Combien de temps sans avoir vu la lumière du soleil ? Quelques jours, peut être une semaine. Je n’en sais rien. C’que je sais, c’est que ça remue pas mal dans cette cale, et que je ne suis visiblement pas seule. Y’a d’autres personnes. D’autres gens qui en sont réduit au même titre que moi. Esclave, qu’on m’appelle maintenant. Ou « connasse », selon l’humeur de mes geôliers - un joli sobriquet qu’on m’a donné : C’est juste parce que je ne suis pas du genre à plier si facilement et qu’on n’aime pas trop ça, dans le coin -. J’échappe au pire : je suis arrivée y'a pas longtemps, on devrait accoster dans peu de temps. Possible que je m’en tire avec une jolie pirouette. Ça devrait le faire. Ils ont pris soin d’attacher mes mains dans le dos.
Mais ça tourne pas rond. Ou du moins, ça ne file pas droit… En bref, t’as compris ou je voulais en venir. Pour le coup, j’ai toujours cette fichue migraine à la con, toujours envie de rendre mes tripes et de cracher mes poumons. Un mal de mer couplé à un vilain coup sur la tête. Une poisse monumentale aussi. Faut dire que les types que je suis allée voir, c’est ceux qu’une personne normale n’irait pas fréquenter… Mais que voulez-vous, la bouche en cœur et les yeux pétillants, me voilà à demander un voyage moyennant mes services…

Ah, c’est peut être ça qui merde : Dans l’esprit d’un type, « service » venant d’une donzelle, ça ne doit pas vouloir dire « faire la cuisine ». Tu m’étonnes qu’ils m’aient accepté. Y’avait un petit mal entendu.

Et c’est sûrement pour ça que l’autre tordu est venu vers 3h du mat’ me tirer de mon sommeil pour quémander mes « services ». L’pauvre type s’est retrouvé avec quelques dents en moins et un nez refait, sans comprendre pourquoi. Juste de quoi attirer ses autres compères qu’ont pas compris non plus pourquoi j’étais aussi farouche. Bref, face à un type, j’ai tendance à pouvoir m’en sortir à l’aise. Face à trois mecs montés comme des armoires à glaces, beaucoup moins. Ça avait beau distribuer en coups de poêle, j’ai toujours pas saisi à quel moment ils m’avaient assommé.
Et ça fait mal. Ces connards cognent dur, ils sont vraiment pas marrants et m’avaient eu en traitre. Fils de chien, que je peste pour moi-même. Ces crevards m’avaient pris mes lunettes, ça, ça allait se payer très cher. Je relève la tête, posant ma nuque sur les barreaux froids pour la soulager. Y’a des petits bruits d’animaux apeurés, à côté, des petits couinements qui me font penser que le commerce d’esclaves prospère toujours aussi bien. Et puis d’un coup, le bruit d’une porte qu’on ouvre et qui grince, des gros pas sur un escalier miteux (du genre qu’on s’demande comment ils supportent le poids de ce mec) et la silhouette du dit « mec » avec une matraque.

Il tape contre mes barreaux. Son visage m’apparait plus clairement. Je le détaille, il me sourit. Son nez est tuméfié et sa risette me permet de voir ses deux dents manquantes. Ahah, au moins, je t’ai bien refait le portrait, connard. Devant mon petit air triomphant, il se gosse et frappe violemment contre la cage.
Si tu crois me faire peur, tu te fourres le doigt dans l’œil jusqu’au coude.

« Saint Urea, tout le monde descend, qu’il beugle en tournant la clef dans ma serrure avant d’attraper la chaine de mes menottes. »

Petit fils de con. Je le hais.
Il me tient, me pousse devant et m’assène un violent coup dans le derrière pour me forcer à avancer. Il m’intime de rester tranquille. Encore une fois, va te faire foutre. T’as très bien compris que je n’avais pas l’intention de regarder sans rien faire.
A ma grande surprise, j’arrive sur le pont suivit par une vingtaine de personnes. La majorité est affamée, maigrichonne, faible. Ces types me font pitiés. Quelle bande de trou du cul.
Ils baissent la planche pour accéder au quai. Il fait nuit, y’a pas un chat. On passe en toute discrétion dans un coin reculé de l’île. Ce bordel est bien organisé et ces cons sont armés. Ah, que je les hais. Ils nous ordonnent de nous foutre en rang, de ne pas bouger. Je m’exécute, mais j’ai la dalle. Et je veux récupérer mes lunettes. L’un des six gaillards s’approchent et nous compte, il fait le tour et vérifie la marchandise.
Je suis au milieu du troupeau et j’observe. Je sens un regard pesant sur moi. Pas besoin de tourner les yeux pour savoir que c’est l’autre amoché qui a bien envie de me faire ma fête, histoire de rattraper la soirée perdue. Qu’il vienne, je l’attends.

D’ailleurs, il s’approche, pousse les quelques gus autour et me fixe intensément. Qu’il est laid. Il m’attrape par le bras en serrant fort, il me fait mal, il jubile. Je sais qu’il a une idée sordide derrière la tête, qu’il a bien envie de me foutre une balle entre les deux yeux pour se venger. Ils sont du genre « sans cœur » mais il en faut plus pour me faire vraiment flipper. Des mauvais bougres, on avait l’habitude de très bien le recevoir, au cirque. Il allait gouter à l’accueil sauce Micha. Les cinq autres le regardent avec l’air dur, ils savent le sort qui m’attend. Je leurs fais un petit sourire, ils s’en foutent.
Ils se pensent fort, mais j’ai pas de temps à perdre avec ces conneries. Il me suffit maintenant d’attendre le bon moment.

Et le bon moment, c’est maintenant.

Quand il me lâche brusquement. Je me tourne vers lui et lui colle un coup de genoux entre les jambes. Le gars se plie. Je bondis par-dessus la chaine pour faire passer mes mains devant et passe les menottes de chaque côté de son cou pour l’étouffer avec les maillons. Les autres entendent le glapissement qui lui échappent et se tourne vers nous. Je m’en sers comme défense.

« Lâche le, connasse ! »

Tu rêves, mon mignon. Ils pointent leurs armes sur moi. L’un d’eux demande à ce qu’on ne tire pas car le rustre que je tiens, c’est son frangin. Ahah, bonne pioche. Je sers un peu plus, jusqu’à ce qu’il devienne tout rouge et que ses lèvres virent au bleu.
Il se casse la gueule, inconscient, je le libère, je tourne les talons, prends la poudre d’escampette.

Hop, je fonce dans une rue déserte, puis dans une autre, j’en profite pour escalader un mur et passer de l’autre côté. Une avenue déserte. Je n’ai pas le temps de réfléchir. J’ai pas la tenue pour me fondre dans un bar non plus. L’idée, c’est d’en trouver une, et vite.

Tiens, la bonne femme qui a étendu son linge me sauve la vie. Dieu le lui rendra. Moi, j’lui pique ses fringues.
Une chemise, une jupe, un bandana pour les cheveux. Ça fera l’affaire. Je fourre ça sous mon bras et prends la première rue à gauche, faut que j’enfil…

PAF.

C’est quoi ce bordel encore ?

« Putain ! »

Un type, là, qui traversait d’une rue à l’autre et que j’ai percuté. Un con, voilà ce que j’en pense. Il me fait presque perdre pied, mais je m’en tamponne, je l’engueulerai plus tard. Pas le temps de tergiverser, je retire mon T-shirt crade pour enfiler la chemise et ensuite la jupe. Je retire le reste, je sers le bandana et…

« Elle doit être par-là !! »

Et je me plaque contre le mur en m’arrêtant de respirer, embarquant l’autre type avec moi, une main sur sa bouche pour pas qu’il l’ouvre.
S’il me fait avoir, je l’égorge.


Dernière édition par Michaela Hope le Lun 2 Avr 2012 - 16:55, édité 1 fois
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    « Sept. Encore gagné. Tu veux retenter ta chance ? »

    Impassible, Saru O. Suiji fixait son partenaire de jeu en attendant sa réponse. Un gros type aux cheveux trop gras, aux dents trop noires, aux vêtements trop sales. Il n'arrêtait pas de chiquer son tabac tout en lançant encore et encore les dés depuis près d'une heure pour regagner les berrys qu'il avait perdus contre le cuisinier. Les badauds réunis autour d'eux se disputaient bruyamment pour déterminer si le jeune homme trichait ou non, se lançant insultes et poignards au visage.

    Une journée banale pour le pirate qui procrastinait depuis le début de la journée au lieu d'effectuer la mission que son capitaine lui avait confiée. En manque d'argent, il avait proposé de parier sur les dés avec une grande gueule qui prétendait être le plus veinard des hommes. Désormais dépouillé, il semblait bien moins enclin à fanfaronner, encore moins à persister dans le jeu. Il essaya de soutenir le regard de glace de Suiji, esquissa un mouvement vers les dés, et finalement, jeta rageusement sa bourse entre eux.

    « J'me casse, c'est bon. Crevard. »

    Une bien sage décision sans doute. Les spectateurs s'éparpillèrent tandis que Suiji ramassait ses gains et sifflait Yaen pour qu'il le rejoigne. Il n'avait certainement pas envie de s'attarder dans cette rue sordide avec autant d'argent sur lui. Bourse pleine à la ceinture, sac sur l'épaule, lémurien dans les pattes, le pirate sortit un sachet de pop-corn de ses affaires qu'il picora en traversant les rues de la ville.

    Il avait de l'argent, mais il n'en était pas pour autant plus avancé. Il n'avait plus aucun prétexte pour ne pas aller capturer il-ne-savait-plus qui, qui habitait il-ne-savait-plus où, et la ramener pour faire une demande de rançon. A moins de trouver une excellente excuse, ou d'offrir une compensation monétaire, le capitaine allait sans doute le jeter par dessus bord.

    A peine cette pensée formulée qu'une furie percuta Suiji. Le pop-corn vola à terre, Yaen poussa un couinement effrayé, et Suiji se permit un juron couvert par celui de l'inconnue. Inconnue qui se changea sous ses yeux sans autre forme de procès. Encore dans sa phase d'observation et de réflexion, le cuisinier se fit brusquement plaquer contre le mur.

    Mademoiselle essayait donc de se cacher.

    Bien qu'il n'apprécia pas vraiment d'être réduit au mutisme de force, Suiji se laissa faire tout en tendant l'oreille. Les poursuivants de la fille à l'afro étaient dans la rue d'à côté, mais le ralentissement de leur course laissait supposer qu'ils avaient conscience que la demoiselle pouvait rôder dans les rues adjacentes.
    En silence, Saru se dégagea sans ménagement de celle qui l'immobilisait.

    « Le grand méchant loup est à tes trousses, on dirait. Si tu me suis, je peux te mener en lieu sûr. »

    Sans attendre de réponse, le pirate reproduisit parfaitement le couinement du lémurien et Yaen rappliqua sur son épaule. Il lui donna quelques instructions à voix basse qu'il accompagna de gestes explicatifs et l'animal partir en direction des crapules qui n'arrivaient pas à s'organiser pour leurs recherches.

    « Toute seule tu n'as aucune chance, alors décide-toi vite. Si ça peut te rassurer, cette aide n'est pas gratuite, mais ça, on en parlera une fois qu'on se sera débarrassé de ses types. »

    Des piaillements retentirent un peu plus loin, rapidement suivis de cris de colère. Phase de diversion amorcée. Suiji n'attendit pas plus longtemps et prit une ruelle adjacente qu'il savait mener rapidement au navire de son équipage.
    Putain. Putain de putain de putain !
    Ce couillon ne pouvait pas regarder devant lui ? Ni prêter attention à ce qu’il faisait ? Il allait me faire remarquer ! Et son singe, là… Grr. J’vous jure, les gens d’nos jours ont vraiment un talent pour me foutre en boule. Genre, sévère. Genre j’ai bien envie de lui bouffer sa mignonne petite bouille tellement ça me mettait furax de devoir me planquer à cause de ses conneries. Et puis, avec les gus à mes trousses, pas dit que j’m’en sorte. Ah, ça me mettait encore plus en colère ! Grr !
    L’fait étant que je n’avais pas pu récupérer mes affaires sur ce navire, et que j’étais totalement à découvert. Ouais, pas d’arme, pas de moyen de me défendre si ce n’est ces fichus menottes à mes poignets. Penser à s’en débarrasser, et très vite. Parce que ce n’est vraiment pas pratique ces bidules. Surtout pour enfiler une chemise. Même si, pour étrangler un putain d’esclavagiste, c’était plutôt utile.

    Bref, pour en revenir à ma situation, je suis toujours placée contre ce mur à attendre que ça se passe. Que quoi se passe ? Que ces abrutis déguerpissent et en vitesse. Mais vu ma poisse habituelle, ils n’ont pas l’air décidé à se barrer du coin. Nop, ils sont même plutôt certains que j’me planque ici. Ne prêtant pas vraiment attention au mec que j’venais juste de percuter, je m’intéresse à lui lorsqu’il se dégage de ma prise. Pas commode, le garçon. Il pourrait au moins comprendre qu’avec tout ça, il me fout d’autant plus dans la merde. Bref, je l’écoute. Il est moqueur. Mais c’est si facile de se moquer qu’je relève à peine :

    « Oh, te fatigue pas mon mignon. »

    Que j’lâche avant d’entendre la suite de sa phrase. Ohoh, bonne pioche ? Ça a l’air. C’est top. Je fronce un sourcil et lui fais un sourire qu’en dit long sur ce que je pense. Il papote à l’oreille de son singe. Ok, un barré. Un gros barré qui parle au singe. Putain, j’ai vraiment le don pour les choisir. Et le pire, c’est que le singe comprend c’que son maitre lui dit. Le monde ne tourne plus rond, j’en suis sûre, y’a forcément un problème quelque part. J’hallucine, hein ?

    « Toute seule tu n'as aucune chance, alors décide-toi vite. Si ça peut te rassurer, cette aide n'est pas gratuite, mais ça, on en parlera une fois qu'on se sera débarrassé de ses types.
    - Naturellement que je te suis, surtout si tu me proposes une issue de secours. Car au cas où t’aurais pas remarqué, ce n’est pas des tendres que j’ai à mes trousses. »

    Et comment qu’on s’en débarrasse, hein ? Pas le temps de bavarder trop longtemps, le singe fait diversion. Tant pis pour la suite. J’lui devrais quelque chose, mais c’était rien comparé à ma vie. Ouais, je tenais à la vie. Fallait que je retrouve Lia, pas le temps de mourir ou d’être réduite en esclave.
    L’gus tourne les talons et fonce vers une rue adjacente, je le suis sans même me demander ou ça peut mener. Je n’avais pas un grand sens de l’orientation et je ne connaissais absolument rien de l’île. J’lui fais confiance, je ne vois pas ce qui peut m’arriver de pire. Enfin, j’devrais bien m’habituer, à force d’attirer autant d’emmerdes. La diversion du singe a fait son effet, c’est clair qu’y’a moyen que je me tire des griffes de ces crétins. Et je suis du genre honnête, je n’entends pas faire faux bond à l’autre type qui me sort de ce bordel…

    « Mec, tu connais le coin ? Je voudrais au moins savoir où tu m’amènes. Pas que je n’ai pas confiance, hein… »

    Enfin, si, c’est exactement pour ça. Je devrais, mais on ne force pas les choses comme ça.

    « Et puis, t’entends quoi par ‘pas gratuit’ ? »

    Parce qu’au cas où t’aurais pas remarqué, je ne suis pas la fille la plus riche de l’île, loin de là. D’ailleurs, faudrait vraiment que je pense à récupérer mes affaires. Quand ? Aucune idée.
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    « J'ai eu tout le temps qu'il me fallait pour explorer le coin. Je te mène vers le port. »

    Vers le port, pour ne pas dire vers son équipage, et plus précisément, à son capitaine. Le port représentait une échappatoire, une issue de secours, le chemin vers la mer et la liberté. Diplomatiquement, il était plus subtile de lui présenter les choses ainsi.
    La seconde question était moins facile à éluder. Suiji ne répond pas immédiatement, continue à traverser les ruelles, certain de ne pas se tromper de direction.

    « Je ne compte pas te faire payer avec de l'or. Ni avec du sexe. »

    Après un regard par dessus son épaule, Suiji estima qu'ils avaient mis une distance suffisante entre leurs poursuivants et eux, et il se remit au pas. Avec un soupir, il repoussa un gamin qui traversait devant lui tout en réfléchissant à un moyen de délayer sa réponse. Peu bavard, il ne savait pas vraiment comment combler le silence tout en noyant le poisson.

    « M'appelle Suiji. Saru O. Suiji. Je suis cuisinier. »

    Bon... C'était toujours un début, même si on a déjà trouvé mieux, hein. Le pirate se perdit un instant dans la contemplation d'une gravure sur un mur, avant de se reprendre. Sa main gauche en quête d'une bricole à grignoter, son ventre criant famine depuis quelques temps déjà, et il laissa le silence se prolonger.

    Une idée, il devait trouver une idée. Un mensonge, quelque chose, n'importe quoi à dire pour ne pas lui mettre la puce à l'oreille. Quoi que, au fond, il n'était plus très loin du navire et ce n'était pas une pauvre fille avec un afro qui allait lui faire peur !

    « Je devais ramener à mon capitaine une fille de noble pour qu'il l'échange contre une rançon, sauf que tu m'es tombée dessus... Alors en compensation, je te ramène à mon capitaine. Je lui laisserai le choix de te revendre aux types de toute à l'heure ou de te convertir en cuisinière pour l'équipage. »

    Ses doigts rencontrèrent à ce moment le manche d'une poêle qu'il sortit de son sac avec lenteur.

    « Tu peux aussi me battre en duel. Je te laisse le choix de l'arme. Si tu gagnes, je te laisse partir. Si tu perds, tu me suis docilement et tu pries pour que le capitaine n'ait pas envie de te revendre. Ça te convient ? »

    En même temps, il ôta son sac de son épaule et le tendit à son adversaire sans aucune hostilité dans l'attitude. Joueur et homme d'honneur, il ne pouvait se résoudre à tromper la jeune femme, encore moins à se battre contre elle alors qu'elle était désarmée. Il posa le sac à terre et s'en éloigna de quelques pas, lui laissant le temps de faire son choix sans qu'elle ne se sente menacée ou n'essaie de l'attaquer par surprise.
      « Ouf, me voilà rassurer. »

      Et pas qu’un peu. J’ai jamais vraiment eu de chance, mais de la dignité, comme de la fierté, j’en suis pleine. J’ai, pour l’instant, jamais eu à m’abaisser pour sauver ma peau. S’il ne me demandait rien en compensation, c’était top : je n’avais ni or, ni… Ah, si, ça j’en avais un. Mais comme déjà souligné, je n’avais pas forcément l’envie de l’utiliser. Et voilà que le gus se présente et tente de me faire la parlotte. Il a l’air un peu tendu. J’imagine que c’est la traversée qui l’angoisse comme ça. Qu’il n’a pas envie de se faire prendre.
      Il me dit qu’il est cuisinier, son nom, tout ça.
      C’est cool, j’ai l’impression que ça détend l’atmosphère et ça me met en confiance.

      « Enchantée Saru, merci de ton coup de main. Je m’appelle Michaela. »

      Une pause.

      « Michaela Hope. »

      Histoire de bien conclure les présentations. Un truc bien, comme il faut, avec les formes qu’il faut. Je ne lui dis pas mon métier, mais je suis contente de croiser un compère de la même espèce que moi. Je n’en rencontre pas souvent, dans mes périples. Et là, je me dis que y’a moyen qu’on puisse s’échanger des petites idées de plats. Je me monte peut être une pièce, mais j’ai bien envie d’être naïve pour une fois.

      Et puis voilà qu’il part dans un monologue impressionnant. Il m’explique tout plein de trucs et ça se bouscule dans ma tête. Des trucs énormes, gros comme des maisons, des immeubles, des bateaux. Arg, ça pique.
      C’est nul.
      Ça craint même.
      Genre il veut me revendre. Genre j’ai l’impression de m’être encore fait avoir.
      Bordel, mais quand est-ce que j’aurais un peu de chance ? Encore berner par un de ces foutus mecs. Je les hais. Jure que je les hais. Fallait encore que je me fasse avoir, à croire que j’étais vraiment une bonne poire. Et j’ai suivi, j’ai couru même en pensant à une issue. Clair que pour l’instant, j’avais encore un mince espoir de pas être revendu. Mais c’était qu’un tout petit minuscule espoir.
      L’espoir fait vivre qu’il parait. Boarf, j’y crois pas trop.

      « Ok. Ok, je t’écoute parler depuis tout à l’heure mon grand, et j’t’avoue que je ne te suis pas toujours. Soit t’es extrêmement con, soit extrêmement intelligent. Et j’t’avoue que je ne sais pas lequel je préfère. »

      Il a parlé vite. Très vite. J’ai pas tout compris, ou alors j’ai trop bien compris. Mais ça me plait pas des masses ce qu’il me dit. J’ai pas envie de finir dans les mains des gus de tout à l’heure. Ni à la merci d’un capitaine que je ne connais pas. Je ne sais pas ce que l’on peut tirer de moi.
      Il me faut une idée, quelque chose pour repartir.
      Pour l’instant, noyer le poisson.

      « Alors, tu devais ramener une jolie donzelle à ton capitaine, et t’es tombé sur moi. Certes, tu remarqueras que je n’ai rien de la jolie donzelle très friquée à qui on peut demander une rançon. Et me revendre à ces mecs-là, c’est de loin l’idée la moins brillante qu’tu puisses avoir dans ta vie. T’me diras, je n’ai pas de leçons ni de conseils à te donner… Mais pour le coup si. Alors que je t’explique… »

      Faut que tu m’écoutes. Je vais être convaincante, je tiens le fil.

      « Ces gars-là, pour autant que je sache, c’est vraiment pas des rigolos. Dans la catégorie « gros beaufs qui vendraient papa et maman pour un peu d’oseille », c’est de loin des champions comme on en fait plus. Et ils ne voudront pas me racheter. On ne rachète pas un produit qu’on s’est fait dérobé, logique hein ? Alors ce qu’ils feront, si tu te pointes la bouche en cœur en disant « eh les mecs, j’vous ramène votre copine contre des biftons », ils te tueront et ensuite, ils te démoliront la gueule. »

      Et note bien l’ordre, mon gars, parce que c’est exactement comme ça que ça va se passer.

      « T’es cuisinier. Ton capitaine a donc déjà un cuistot. Je suis moi-même cuisinière de métier, et il est fort probable qu’il ne veuille pas de moi sur son navire, parce qu’il t’a déjà toi. Tu vois, t’y gagne strictement rien dans l’histoire à faire ce que tu fais, ton capitaine sera pas forcément content. Maintenant, je n’ai pas non plus la force de te coller une mornifle : j’suis démunie, ça fait quatre jours que j’ai rien becqueter, autant de temps que je n’ai pas dormi. Tu pars avec un avantage certain, autre que ton talent naturel en matière de choix d’arme. »

      Douce ironie. Ma Poêle à moi est toujours en possession de mes poursuivants. Et qu’est-ce qu’elle me manque, bordel de chien. Alors, l’allure du gosse, le fait qu’il utilise une poêle comme instrument, c’est plutôt chouette à voir. De quoi me foutre la larme à l’œil quoi.

      « Mais j’sais rebondir. J’veux bien tenter l’affrontement pour la liberté. »

      Quand on s’appelle « Hope » et qu’on a une coupe afro, on n’a vraiment plus rien à perdre. Ou tout du moins, on sait qu’on peut tenter le diable. C’est un fabuleux pouvoir, n’est-ce pas ? Avec un peu de chance dans mon malheur, je pourrais tenter d’avoir le dessus. Pour l’instant, j’avais encore une carte à abattre pour intéresser mon plus-ou-moins-futur-adversaire :

      « Mais j’ai peut être autre chose qui peut t’intéresser, si c’est de l’argent dont t’as besoin. Disons que mes détracteurs ont les poches bien pleines, et que leur commerce est du genre à très bien fonctionner. Et ce n’est pas la première fois qu’ils font ça, je peux te l’assurer ; Alors ? »

      Me désillusionne pas encore, gars. S’il te plait.
      J’ai encore l’option de prendre mes jambes à mon cou, mais être traquer par deux tigres en même temps, c’est pas non plus une situation enviable.
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      La demoiselle répondit et Suiji ne se permit pas de l'interrompre pendant qu'elle parlait. Ah, c'était bien une fille à causer autant. Au moins, il n'avait plus à se demander comment remplir le silence. Elle expliquait des trucs, montrait qu'elle avait un peu compris mais pas tout dans ce qu'avait raconté le pirate, lui donnait des détails sur les vilains pas beaux qui lui courent après. Le pauvre Suiji fut complètement assommé par toutes ces paroles. Pour un peu, elle le mettrait K.O. sans lui porter un coup, la garce !

      Elle avait pourtant bien fait de l'assaillir comme ça de parole. Voilà deux trois trucs qui retiennent son attention. Déjà, elle était cuistot. Copine. Pourraient s'échanger leurs recettes de grand-mère, se donner des trucs et astuces, créer une secte même. Bon, p'tète pas, mais ce serait drôle.
      Bref, Michaela causait encore et toujours, et Suiji tiqua lorsqu'elle glissa qu'elle n'avait pas mangé depuis quatre jours, et pas dormi non plus. Elle avait bien trouvé ce qu'il fallait pour toucher l'insensible de service ; lui qui trouvait indispensable de nourrir les bêtes perdues, il n'avait plus du tout envie de la refiler à son chef. Enfin, pas comme ça en tout cas.

      Elle poursuivait encore et toujours, et finalement, s'arrête sur une proposition. Tu veux bien te battre pour la liberté, mais tu prévois quand même un plan de secours ? Haha. Courageuse mais pas téméraire, comme diraient les autres. Ce qu'il comprenait plus que de raison, en bon narcissique et égoïste qu'il était.

      Il attendit qu'elle ait fini en garçon bien élevé qu'il était, et réfléchit à la proposition. Il n'avait jamais été rustre, ce n'était pas aujourd'hui qu'il allait commencer. Faire les poches à des sales types qui vendaient de belles jeunes femmes, ou exploiter une belle jeune femme pour la renvoyer au trou... ? L'un dans l'autre, il avait plus de chances de s'attirer les faveurs de son chef avec une coquette somme. Il pourrait même faire croire qu'il avait vraiment suivi le plan.
      Mais si la gamine se payait sa poire et essayait de le piéger... ? Au fond, qu'avait-il à craindre d'une fille ayant plus de cheveux que de cerveau ?

      « … Alors on te nourrit, et tu m'amènes à ces types. On les dépouille, on partage 50/50, et en prime je t'aide à casser quelques dents. Tant que j'ai un paquet de berry à ramener au capitaine, moi, ça m'va. »

      Il se gratta le dos avec sa poêle comme si ce geste était on ne peut plus naturel, et revint vers Micha pour récupérer son sac et en sortir... tadam ! Un gâteau au chocolat. Un beau gâteau emballé dans un truc qui ressemblait à du papier alu mais en équivalent monde One Piece, qu'il tendit à la jeune femme. Et au gâteau suivi un jambon soigneusement enroulé dans un torchon propre, et une miche de main. Le minimum de survie, quoi.

      « Mes réserves de secours, c'est offert par la maison. Tu me files un filon, je te file un jambon. »

      On voyait bien le gosse de cuisine qui avait vu passer des hommes et des femmes affamés dans le restaurant où il avait grandi, et les cuisiniers qui glissaient discrètement aux pauvres gens les restes qui allaient être jetés alors qu'ils étaient encore bon. Bref, il ne pouvait pas la laisser crever de faim sous son nez, et il attendit qu'elle ait rempli un peu son maigre ventre.

      « Je te suis pour aller trouver ces types. Sans entourloupe cette fois. »

      Aucune entourloupe aucune. Le pirate n'attendait plus qu'on lui montre le chemin pour suivre.

      Spoiler:
        « … Alors on te nourrit, et tu m'amènes à ces types. On les dépouille, on partage 50/50, et en prime je t'aide à casser quelques dents. Tant que j'ai un paquet de berry à ramener au capitaine, moi, ça m'va. »

        Wut ?
        Ça a marché ?
        Oh putain… ?
        OH PUTAIN !
        Ok, mec, toi, je t’adore. T’es un chic type. Non sérieux ! Attends, je te lèche pas les bottes, je le pense vraiment que t’es un gars bien, un mec super chouette plus top de la vie. Les gars comme toi, ça courent pas les rues, j’ai du bol. Encore un coup de la coupe afro, on me dira. J’ai bien envie de penser, pour une fois, que les gus dans ton genre y’en a plus que ce qu’on en croit. Je te jure que tu fais remonter la gente masculine dans mon estime de +3. Ouais, tout ça. C’est fou nan ?
        Alors en plus, il me tend son casse-dalle en première réaction à ce que lui ai dit… Je l’aime. Voilà, c’est l’amour fou. Il faut que je l’épouse. Non, que je l’adopte, on a l’air d’avoir le même âge, alors je trouve ça super plus mieux chouette. J’attrape le gâteau au chocolat, remercie le garçon et le goute. J’ai les larmes qui me montent aux yeux, c’est l’émotion. Le chocolat. Ça faisait un bail que j’en ai pas bouffé. Faut dire qu’enfermer dans une cellule, c’est pas ce qu’on te donne à manger.
        En fait, on ne te donne rien, mais là n’est pas la question…
        Et son truc est super bon. J’ai pas envie de lui finir sa ration de survie, j’en prends qu’un morceau. Je m’en contenterai, même si c’est super bon et que ça fait du bien par ou ça passe.
        Alors, il me suit.

        Là où je me suis échappée.

        Et moi, je le mène au port de fortune ou nous avons accosté quelques heures plus tôt. L’endroit est calme pour l’heure, je préfère passer par les hauteurs pour avoir une meilleure vue et pouvoir mettre un plan d’action au point.

        Il s’avère que foncer dans le tas n’est pas toujours la solution. Et même si c’est dur de me faire rentrer ça dans la tête (vi, y’a une grosse touffe de cheveux avant le boite crânienne), avec le temps, j’ai su l’apprendre. Un peu. Le gamin m’a suivi, je tends à lui prouver que j’ai pas l’intention de l’arnaquer, de me jouer de lui. Ce que je lui dois, c’est l’honnêteté et j’ai pas envie de faillir. Alors, là, au sommet de la falaise, au-dessus de nos proies, on note la présence de seulement deux des ennemis, qui rameutent tout ce beau monde dans les cales et qui s’apprêtent à foutre le camp. Les quatre autres doivent encore être à ma poursuite…
        Alors, j’expose :

        « De ce que je sais, ils sont six. Armés jusqu’aux dents et prêts à tout pour protéger leurs bénéfices. Le bateau, de ce que j’en ai visité, a quatre chambres dans lesquelles ils se tassent, une grande cuisine, une salle de séjour, les cales, ou sont enfermés les esclaves. Et, une pièce à laquelle je n’ai pas accès, c’est la chambre du plus grand. Qui doit forcément contenir la thune. »

        J’en suis sûre. J’ai pas de doute là-dessus.
        Le chef était assez parano pour dormir avec son flouz le soir. Pour ne pas dormir du tout, histoire de garder un œil sur son butin. Enfin, un grand malade comme on a parfois l’occasion d’en croiser. J’explique qu’il est pas forcément intelligent, mais très protecteur, ce qui lui permet d’être particulièrement chiant. Je regarde Saru, je ne sais pas ce qu’il a l’intention de faire. Il serait plus sécurisant pour lui de me suivre, pour être sûr que je l’entourloupe pas. Mais plus pratique pour nous de nous séparer. Plus rapide, surtout.

        « Il aura probablement un coffre, j’espère que tu sais les ouvrir. J’ai pas l’intention de te piéger, ni quoique ce soit. Alors si tu veux, on y va ensemble. »

        Et puis, je jette un œil aux esclaves qu’on enferme. Encore. Et je sais l’enfer que c’est, alors je préfère prévenir que bonne âme que je suis j’ai pas envie de les abandonner dans ce merdier :

        « J’ai pas non plus l’intention de laisser ces gens là-dedans. Je parle des esclaves. Quitte au moins à les libérer, pour qu’ils puissent se tirer eux-mêmes après. Tu as les clefs, à toi de choisir. Je vais personnellement commencer par récupérer mes affaires. »

        A noter que je lui devais une ration de survie et la liberté. Et ça valait bien la totalité du butin qu’on pourrait tirer ici.
        Je me relève et me fonds dans l’ombre de la nuit pour descendre, à l’escalade mode Yamakasi, la falaise. J’ai l’entrainement qu’il faut pour ça, une jeunesse dans un cirque qui me fait passer pour une véritable attraction humaine. Mais ça a ses avantages, et ce que je fais le prouve simplement. Mes pieds touchent le sol en quelques minutes, sans un bruit. Et j’effleure la terre pour foncer vers le navire. Je saute sur l’avant et attrape la corde de l’ancre baissée. Ma main s’y accroche, mon poignet s’y enroule pour me favoriser une prise. Je monte discrètement, me hisse sur le parquet humide de mon ancienne prison. La cuisine se trouve à l’arrière du bateau, ou je suis. Je m’attèle à passer par la petite fenêtre qui sert d’aération.
        Je l’avais pas fermé en partant, j’en profite. Je me glisse, me tortille un peu et fini par sentir le marbre du plan de travail. Je me redresse, m’habitue au noir de la pièce, me baisse, avance à tâtons et mets la main sur mes affaires que j’ai réuni avant d’aller me pieuter et qu’on ne m’enferme en compagnie des autres esclaves... Mon sac est prêt, je le pose sur mon dos et m’approche de la porte. Je l’ouvre, la passe, et file au fond du couloir pour ouvrir celle qui donne sur le pont, et qui indiquerait au gamin ou est-ce qu’il doit se diriger…

        Mais c’est dans l’ombre d’une chambre que surgit un des deux frangins restés sur le pont. Il me saute dessus et m’attrape par la taille pour me plaquer contre le mur le plus proche. Ça fait du bruit. Mon couteau accessible, je l’attrape d’une main avant qu’il ne s’enfonce dans mon dos. Le gars me balance à l’autre bout du couloir en riant à moitié, fier comme à paon d’avoir mis la main sur moi avant ses compagnons.

        « Le Chef n’était pas sûr que tu reviendrais, mais je lui ai dit que tu allais sûrement passer par là pour venir chercher tes affaires, ça n’a pas loupé ! »

        Mh.
        Je me relève en m’époussetant. Merde, que je me dis, parce que je suis repérée. Enfin, peut-être pas si j’arrive à le faire taire avant qu’il alerte les autres. Et je m’y attèle, sur ces pensées. Fonçant vers lui, le couteau à la main, il esquive habilement, malgré l’étroitesse du couloir et sa masse. J’arrive pourtant à entailler son bras. Je me baisse pour ne pas me prendre son poing dans la tête. Celui-ci s’encastre dans le bois. Il a du mal à le retirer, alors j’en profite pour planter l’arme dans ce que j’ai de plus proche. Genre, sa cuisse, que je taille de haut en bas. Il crie, mais je l’empêche de continuer en lui coupant la gorge, d’un mouvement sec, net. Qui éclabousse.
        Beurk.
        La masse tombe à terre, il glousse légèrement avant de s’arrêter de bouger. J’ai les fringues sales, ça me rend triste. Je m’essuie le visage d’un revers de main, et je retourne vers la porte, que je tiens fermement en attendant l’arrivée du gamin.

        Je sais pas ce qu’il veut, s’il tient à être vraiment discret. C’est pas dit qu’il soit une machine à faire mal, ce gosse là.
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          Sans piper mot, Suiji suivit sa collègue jusqu’au navire, et écouta attentivement ses explications. Les esclaves étaient par ici, les sous par là, les sales types à frapper un peu plus loin… Bien, ils avaient de quoi s’amuser un peu. Six têtes pour deux cuistots, ils n’en feraient qu’une bouchée, peut-être deux. Il ne rechigna donc pas lorsque la femme afro lui précisa qu’elle tenait à délivrer les esclaves. Ma foi, si elle se sentait d’humeur héroïque, il n’avait pas de raison de lui mettre des bâtons dans les roues. Peut-être l’aiderait-elle, même. Pour l’instant, il ne savait pas vraiment quelle serait sa décision.

          Cet élan de bienveillance à l’égard des malheureux eut toutefois ceci de bon que Suiji décida d’accorder, au moins pour le moment, sa confiance à Michaela. Il la laissa disparaître dans la nuit, avant de se rapprocher de la passerelle permettant d’accéder au navire accosté. Si l’autre allait chercher ses affaires, un peu de diversion ne serait pas malvenue, et désormais dans une perspective de coopération, Suiji était prêt à se transformer en appât pour laisser à sa camarade le temps de s’équiper.

          Il s’interrompit toutefois en voyant revenir les quatre gaillards manquant, tenant solidement par les oreilles le pauvre Yaen. Imperturbable, il regarde l’animal s’agiter vainement pour se libérer sous les rires gras de celui qui le retient captif. Une voix s’élève à l’adresse des deux types restés sur le pont pour faire entrer les esclaves dans la cale.

          « On l’a pas r’trouvée. C’te saloperie s’est pointée et nous a perturbés. Impossible d’mett’ la main sur c’te garce. »

          Une insulte répondit à cette piètre excuse, et les deux se mirent à se disputer, tandis que l’un des deux présents dès le début disparut, apparemment attiré par quelque chose de plus intéressant à faire.
          Inquiet, Suiji se mit finalement en mouvement et monta à son tour la passerelle entre le quai et le bateau sans prendre la peine de se rendre discret. Son pied se posa sur le pont, et le bruit des lames sortant de leur fourreau accueillit le jeune homme.

          « T’es qui toi ? Qu’est-ce que tu viens chercher ? »
          « Vous avez quelque chose qui m’appartient, et que j’aimerais récupérer. »
          « On t’as piqué ta femme ptète ! »

          Sans relever la pique, Suiji plongea la main dans son sac pour en sortir son plus long couteau de cuisine, soit l’équivalent d’une petite dague.

          Bien entendu, aucun de ses ennemis ne se méprit sur la signification du geste, et le plus proche du cuisinier se jeta sur lui sabre au clair dans l’intention de le trancher de la tête aux pieds d’un coup ajusté. A sa grande surprise, Suiji ne fit pas un pas en arrière, bien au contraire. Alors que la lame s’abaissait pour le pourfendre, il alla à la rencontre de la lame qu’il immobilisa juste à la poignée avec son arme. La tranche de sa main libre vint alors s’abattre sur le poignet de son ennemi qui lâcha son arme de surprise avant de faire plusieurs pas en arrières.

          Suiji n’eut pas le temps de poursuivre l’offensive puisqu’un autre criminel avait entrepris d’imiter son collègue en prenant le jeune pirate par derrière. De justesse, le Singe évita la lame qui manqua de le couper en deux au niveau des hanches, avant de partir en courant dans la direction prise par le cinquième homme quelques minutes plus tôt.

          « Eh ! Il s’enfuit ! Toi, lâche ce putain de macaque et viens nous aider ! »
          « Mais…. »
          « Ta gueule et obéis ! »

          Suiji se permit un cri silencieux de triomphe en espérant que Yaen aurait l’intelligence de filer du bateau. Sans trop réfléchir, il se rendit dans la pièce dont la porte était ouverte, manquant de percuter Michaela de peu.

          « Ah. Hope. J’étais en train de les distraire, mais j’vois que t’as pas de mal pour se débarrasser de ces crétins. J’en ai 5 et demi qui me courrent après. J’les emmène plus loin, tu les prends par derrière et on fait un rôti à la broche avec ceux qui resteront debout ? »

          Probablement accepta-t-elle, alors Suiji ressortit immédiatement de la pièce, récupérant son hachoir dans son sac, et attirant ses poursuivants un peu plus loin. Ils ne feraient sans doute pas attention à cette porte ouverte, ni à cet énorme afro qui bouchait la vue.

          A peine quelques mètres plus loin, le jeune homme s’immobilisa et se retourna, ses deux lames bien visibles.

          « J’espère que vous aimez la viande en émincés…. »


          Je viens d’en finir avec le gros, et voilà que j’entends des bruits de pas qui courent dans tous les sens et qui s’approchent un peu plus de moi. Je jette un coup d’œil à la porte que j’ai laissé entrouverte exprès, le gamin vient d’y foncer et manque de me percuter de plein fouet. Je me rattrape à ce que je peux en tentant d’être discrète, mais la discrétion et moi, ça fait quinze. Il me cause et parle vite, parce qu’il vient de se piquer un petit sprinte, a presque semer ses adversaires et a foncé ici sans savoir vraiment dans quoi il se fourrait. Je le regarde fixement en essayant de comprendre, tout ce qu’il me dit.
          Je comprends que le cuistot a voulu distraire ses ennemis en les faisant courir, que le singe est entré en jeu et qu’il a réussi à s’enfuir, apparemment, il relève que j’ai pas eu de mal pour me débarrasser du premier gars, parce que je suis couverte de sang et que j’ai l’air de sortir tout droit d’un show d’horreur plutôt mal fait ou je pourrais, avec ma tenue, tenir le rôle de la méchante psychopathe tueuse en série. Et surtout, qu’il a un plan pour se défaire de ses copains les pots-de-colle en les prenant en traitre et ou je tiendrai le rôle du traitre. Mwehehehehe… Mh.
          J’ai pas le temps de dire « oui », « non », « merde » ou « pas compris, tu peux répéter la question ? » que le gars file à tout allure, en attirant les gros lards à ses trousses et en sortant ses couteaux avec un grand sourire super triomphant, en mode « super-psychopathe » qu’à presque l’allure d’un cannibale toxicomane en manque. Son plan semble plutôt sympa, alors je me dis qu’il vaut mieux unir nos forces pour avoir ce qu’on veut.

          « Euh… Ok. »

          A tout de suite, alors.
          Je me fonds dans le noir, camouflage extra de ma peau d’ébène et m’approche en douceur des lascars qui entourent leur nouvelle proie. La bande est très contente de « coincer » le gamin qui les fait suer depuis tout à l’heure, des rires explosent à la suite de sa petite phrase, pas franchement affolée par la stature plutôt maigrichonne de leur adversaire dans la pénombre de la nuit, malgré la menace de ses deux lames aiguisées que tout bon cuisinier sait extrêmement dangereuse. Mais le plan maléfique du dit gamin est en marche, une machine infernale et destructrice (aussi très habile) qui n’épargnera aucun des esclavagistes ici présent.
          Le plus proche de moi se prend une lame dans le dos qui lui sectionne net la colonne vertébrale et atteint son poumon. Pas besoin d’en mettre une deuxième couche : je sais, et les autres comprennent rapidement, qu’il ne se relèvera jamais et que son temps est compté à partir de maintenant. En même temps, ils comprennent aussi qu’ils ne sont plus que quatre et demi à pouvoir se protéger contre deux fous furieux déchainés, qui en ont après leurs argents et leurs vies.
          Le plus à ma gauche se retourne vivement dans ma direction pour me porter le premier coup, mais je lève ma jambe presque à la verticale pour lui assener mon pied dans sa tronche qui le calme immédiatement et l’oblige à embrasser le sol, au moins le temps de m’occuper de son frère/cousin/copain à sa droite qui se rue à son tour sur moi pour m’en empêcher.

          Le gamin s’occupe des autres, je suis de toute façon trop épuisée pour tous les enchaîner. Un coup bien placé me permet de repousser mon assaillant qui rencontre la rambarde du navire. Je le menace de mon couteau mais il évite en se penchant en arrière. Sa jambe se relève légèrement et j’en profite pour l’attraper et l’amener à moi d’un coup, le faisant passer par-dessus bord. Un cri strident et suraigu retentit avant qu’un bruit flasque et lourd ne le coupe. Ou une façon plus poétique d’expliquer qu’il a crié comme une minette avant de s’écraser comme un gros sur le sol, quelques mètres plus bas. Peut-être pas mort, en tout cas assommer. C’est une chute dont l’on ne se remet pas si on a pas un peu de souplesse ou la présence d’esprit de s’amortir.
          On enserre ma taille violemment et je me sens projeter vers l’avant. Ma main accroche la rambarde qui a servi de plongeoir un peu plus tôt. Je vois le sol apparaitre, le bitume, tout ça, et je me dis que je suis prête à le rejoindre vu comment ça part. Je me fais glisser en m’accrochant au bois qui longe le navire, et retourne la situation à mon avantage. Souplement, avec toute la grâce du monde, je colle un coup de tête à mon assaillant, qui repart vers l’arrière et en profite pour le finir. Je prends de l’élan et de la hauteur et termine mon saut, pied joint, dans le ventre rebondie de mon adversaire, et en profite pour l’achever d’un geste sec dans sa gorge.
          Ça éclabousse. J’éternue.

          « SOS ? »

          Non, j’appelle pas à l’aide. Je me demande ou en est le gamin. Mais j’ai du sang dans les yeux et ça aide pas à voir très bien.

          « Le plus gros, c’est le boss, il a certainement une clef pour son coffre. Prends tout. Absolument tout. Et garde tout. »

          Je crois même qu’il devrait quitter son capitaine et certainement rien lui donner, avec tout ce qu’il va se mettre dans les poches. Je me retourne et me relève, j’essuie d’un revers de main un de mes yeux pour y voir quelque chose. Je pense au reste, à ce que j’ai à faire. Redonner la liberté à des gens pris dans un système de pensée qui me débecte. Bordel. Je suis pas une grande âme, mais ça m’agace, ça. Je sais pas. La Liberté, c’est pour tout le monde. On a pas le droit de l’enlever.

          « Je m’occupe des gars en-dessous. »

          HRP : Si problème, réclamation, besoin de modifications, Meupé ! Bisous !
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