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Braveheart [OneShot 1611]

Previously on…

La cérémonie se termine à peine que je me retire après un bref salut au parterre de supérieurs réuni pour l’occasion dans la salle de bal du QG. A peine passées les portes ouvragées du bâtiment consacré aux réceptions, j’enlève mon uniforme d’apparat, la ceinture de tissu qui tient pour cette fois mon sabre, et toutes les autres babioles qu’on ne met que pour les passages de grade et remises de médailles. Ca pèse plus lourd que d’habitude, je le sens. Incroyable la masse de métal que représentent ces machins. Ecraser sous le poids du devoir et des responsabilités, ça devait être l’idée de celui qui a pondu ces trucs… Hum, trois centaines de pas plus tard, dans mes appartements, je récupère un costume plus habituel, enfile mon manteau qui en a tant vu et que les couturières viennent de repriser, noue ma cravate rouge éternelle et chausse mes bottes de chasse, chasse à l’homme, ainsi qu’un ceinturon. Avant de ressortir illico. Direction les quais, direction le Tambour. Coryn est là droit comme un piquet trop bien planté, qui m’attend déjà. Lui ne s’est pas changé.

Tout est prêt Lieutenant ?
Oui mon Command-mon Colonel, pardon.
Pardonné, ça date de deux heures. Et aujourd’hui je suis encore Commandant. Tout, tout ?
Armes, munitions, hommes, vivres. Tout.
Bien, traînons pas.

Nous ne traînons pas. Les amarres et la passerelle sont retirées à peine j’ai posé le pied sur le pont. Ma nouvelle équipe de choc m’observe. Attend. Coryn, évidemment, tout fier d’enfin ne plus être seulement la moitié d’un vrai lieutenant et toute une basse-cour d’adjudants, sergents, caporaux et matelots de base. Deux autres lieutenants également, sur les deux autres vaisseaux qui nous accompagnent, aussi bondés d’hommes en armes que le Tambour.

Colonel ! Colonel que faites-vous ? COLONEL !
Quelque chose en cours, mon amiral.

Le haut gradé, haut même pour moi malgré la marche supplémentaire prise à l’instant, s’arrête sur le quai. Je ne descends pas, le navire ne tient au bord de la jetée que parce que les voiles ne sont pas encore sorties. Je le regarde du haut du bastingage, nous nous regardons. Il n’est pas petit malgré les quelques coudées qui nous séparent. Shiro Fuuryuko. Tahar Tahgel. Les présentations sont déjà faites, nous nous sommes côtoyés toute la cérémonie jusqu’à ce qu’il me poinçonne l’ego d’un galon de plus et m’agrémente le pourpoint d’une Hagyar et de la Gouvernementale. Il a eu le temps de se faire une opinion sur moi. Moi aussi mais moins. Je n’avais pas son dossier en tête, moi. Contre-Amiral Shiro. Sa tête me revient bien, c’est celle d’un homme qui peut. Son allure moins. Trop doux, presque effacé malgré sa puissance. Puissance sur laquelle une laisse a été mise, celle de l’amirauté, celle de Marie-Joa. Je le comprends. Un peu. Pas complètement.

Colonel, ne donnez pas cet ordre. Vous avez eu votre affectation, un autre prendra le relais…
Vous savez comme moi que je suis le mieux placé pour terminer, mon amiral. Et que c’est maint
Ce n’est pas une raison !
Que c’est maintenant ou jamais.
Les procéd… Lieutenant Coryn, ne relayez pas !
Coryn ?
… Oui mon commandant ?
Colonel !
Arrêtez-moi mon amiral. Vous le pouvez.

Même la houle sur les coques et la pierre se fait soudain silence. Résignation. A quoi bon. C’est pour le mieux. Pour le mieux ? Par réflexe, le barbu aux reflets roux recule d’un pas sans plus desserrer les dents que me quitter de ses yeux acérés.

Voiles dehors, Coryn.
Oui mon commandant.

Relais. Amplification. Signaux. Les trois grandes voiles montent à même allure, claquent et gonflent du même vent, sont suivies d’autant de focs, misaines, brigantines et artimons. Les hommes s’agitent, luttent pour ne pas mourir d’un faux mouvement comme même les plus expérimentés en commettent parfois, hurlent comme des marins en pleine manœuvre. Mais la scène se passe comme s’il n’y avait plus ni son ni mouvements brusques. Juste la mer brisée par nos étraves aiguisées comme des lames. Et bien vite l’amiral n’est plus qu’un point sombre indiscernable sur une île noire qui disparaît elle aussi depuis la poupe. Coryn relâche un peu la pression par le biais du maître d’équipage.

Devant, la tempête.


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Paréés…

Les mots trébuchent sur mes lèvres gercées par l’humidité fraîche de l’aube. Un timide rayon perce l’horizon, derrière les nuages gris qui le rendent inutile. Autour de nous les brumes peu à peu s’éclaircissent. Les doigts se crispent sur les crosses, les bras frémissent, les jambes vacillent. La sueur s’installe, le vomi des plus jeunes chatouille les narines. La rosée perle de la moindre pointe, qu’elle soit de cheveux, de chair ou de métal, et passer la manche sur le visage n’endigue le problème que quelques instants. Et deux raclements de gorge plus tard c’est la même.

Sensible à mon appel, enfin, la mort se réveille. Secoue les endormis dans les épaves, prépare les déchets dans les taudis. Et arme l’ennemi. Un blanc, encore. Court. Ephémère. Déjà taché du sang des victimes à venir. Et les trompettes résonnent. Celles des anges protecteurs, déchus, qui quittent la place. Celles des cinquante bouches à feu, deuxième bras de l’étau qui va broyer l’endroit, qui tonnent depuis les trois navires stationnés à l’autre bout de l’agglomérat d’épaves.

PREMIEEERES LIIIGNES…

Pluie de fonte, fumées noires. Champ de ruines. Puis le grand rien avant le néant total.

EN AVAAANT !!

La consigne est simple. Limpide. Passée la veille.

Ruminée toute la nuit par cinq cents esprits munis de cinq cents fusils, parés de cinq cents lames.

Pas de prisonnier.

Canon à l’épaule, le triple cordon s’étale en accordéon sur un quart de lieue. Deux cents yeux noirs, de front, prêts à cracher leurs billes mortelles dans une seule direction. La purification méthodique par la poudre de ce vivier à rebuts gouvernementaux qu’est devenu le Cimetière d’épaves depuis quelques mois, et surtout quelques semaines. L’occasion est trop belle après la chute du QG général de South Blue. Trop belle d’enfin en finir maintenant que les troupes sont désorganisées sans leur tête partie en aller simple pour les niveaux inférieurs d’Impel Down. Trop belle dans toute son horreur. Les premières balles partent, plus pour calmer les nerfs que pour tuer des combattants de la liberté.

La deuxième ligne suit le mouvement, puis la troisième. Marée humaine sans visage et sans la moindre once d’humanité, les fantassins s’enfoncent au milieu des carcasses en feu. Et finalement, alors que j’observe, concentré, en quête des premiers indices, des premiers signes, finalement le premier corps tombe. Dans son uniforme. Mieux que tous les ordres que je pourrais crier, mieux que tous les discours que j’aie pu leur servir, c’est le signal pour tous les soldats voisins du mort. Et de la barricade de fortune d’où est parti le coup de feu, il ne reste bientôt qu’une dentelle qui s’envole au vent chaud des incendies. Derrière, un corps s’effondre sans avoir eu l’occasion de pousser un cri.

Ou alors celui-ci n’a pas passé le crépitement des cinquante détonations.

Dans l’écho qui sonne sur la brouillasse en train de retomber, mêlée de tout ce qui peut voler dans une apocalypse, les bottes avancent encore. Mille bottes brunes, de cuir gainées. Conduites par la peur. Par la peur d’être le suivant. Par l’instinct de survie. Tuer le premier. Veiller sur les camarades pour qu’ils puissent mourir avant. Pour qu’ils veillent sur soi. L’homme animal dans toute sa splendeur.

Et explorer, explorer les chemins de boue. Passer les flammes qui échappent irrégulièrement des points où sont tombés les boulets. Contourner les cratères. Et encaisser la première vague.

Ils sortent à cinquante. Pauvres d’eux. L’espoir est une vertu d’esclave, paraît-il. Les révolutionnaires sont des libérateurs mais en réalité sont aussi enchaînés que ceux qu’ils prétendent délester du joug des puissants. Enchaînés par leur nombre ridicule, enchaînés à leur espoir que quelques uns d’entre eux, que toujours quelques uns d’entre eux pourront survivre. Passer les mailles. Et porter le combat un an, dix ans, un siècle plus loin. Pour le bien des peuples. Sacrifier cinquante pour sauver le reste.

Permettre aux autres de fuir. Mais séparer les forces, c’est perdre en puissance des deux côtés. Ils auraient dû sortir tous ensemble. Alors ils auraient eu une chance. Mais à cinquante contre cinq cents d’un côté, le sacrifice devient suicide. Et à cent cinquante de l’autre contre cinquante canons, sur la plage de débris flottants c’est un jeu de quilles pour les artilleurs restés à bord. Un horrible jeu de quilles fait de membres orphelins, de flaques rouges glissantes pour les bottes des survivants, de cris éplorés. Vive la révolution ou maman, l’issue est la même, aucun de leurs idéaux, dépassés dans un monde où les armes tuent à distance, ne peut les sauver. Ils ont perdu d’avance.


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Même lui. Même lui qui se dresse soudain au milieu de douze hommes qu’il renverse d’un seul coup de poing rageur, même lui il a perdu d’avance. Tout puissant qu’il soit, ce n’est pas aujourd’hui que je serai défait. Oh, il me donnera bien quelques coups qui me feront mal quelques jours, mais ce n’est pas lui qui me fera tomber, me prendra la gorge et m’arrachera le cœur à mains nues pour m’empêcher de continuer mon œuvre au noir. Pas lui, non… Mais allons-y, puisque son enthousiasme de suicidaire qui n’a plus rien à perdre vient de doucher à l’eau froide l’énergie des soldats. Et qu’une poignée de tireurs embusqués peuvent encore faire une bonne différence entre un succès total et une mission massacre, s’ils ne recouvrent pas leur allant. J’avance, sabre déjà au clair.

Le colosse me toise avec le sourire en coin de ceux qui sont à leur place et le savent.

Comment tu t’appelles, le gnome ?
Est-ce que c’est bien important… ?
Oh ? Tu n’es pas un de ces gars qui croient important de mourir en connaissant le

Ma semelle droite lui prouve qu’il avait raison tout en lui arrachant une dent, peut-être une incisive.

Hahaha ! Je t’aime bien, toi. Je vais te tuer doucem

Ma semelle droite réitère.

Hmffr, okay okay…

Il a enfin compris. Ses derniers instants à la surface du monde n’ont pas besoin d’être amusants. Partir en riant n’amuse personne que celui qui part. Mes hommes ne seront pas moins souillés par leurs actions à la fin de la journée s’il part sourire aux lèvres. Au contraire même, puisque de toute façon ils ne pourront pas le laisser s’échapper. Consigne oblige. Pas de prisonnier. Eradication. Autant achever un homme qui souffre plutôt qu’un homme qui rit. Plus simple pour la conscience.

Conscience… Mot surfait en plein carnage s’il en est. Alors que les hommes récupèrent leur ferveur avec leur attention aux dangers extérieurs, la contre-attaque approche, sous forme d’une paume de main large comme ma tête et visiblement destinée à enserrer celle-ci dans un étau aussi dévastateur que celui déployé par nos forces. A son échelle. Celle d’une main. Pierre contre fer égale pierre fendue. Pierre contre chair égale chair meurtrie. Fer contre chair égale chair coupée.

Le hurlement fend l’air comme une balle, attire les yeux de tous. Et un bras fait un bruit écœurant en retombant sur un sol déjà bien malpropre. Perdue sa main d’argile, le géant redevient homme et s’humilie devant moi, tombant genou à terre en geignant comme tous le feraient. Je le contemple sans haine. Sans pitié particulière pour sa douleur que j’imagine. En soldat qui reste attentif. En combattant plutôt, ce sont les autres les soldats. Ceux qui observent. Va-t-il se relever ? Vais-je l’achever ?

T’as fait tomber ton bras.
Tu… Tu me… Tu.. M…

J’imaginais la première, à sa grande gueule d’avant, mais j’opte pour la seconde maintenant qu’il a perdu ses moyens. C’est après deux pas que je comprends que quelque chose cloche. Déconne. Je ne sais pas ce que c’est. S’il a fermé les yeux trop tôt. S’il est trop calme. Pas serein devant sa mort prochaine. Calme. Pas un poil qui bouge. Pas un pouce carré de chair de poule sur son torse découvert. Pas un mouvement de globe oculaire derrière les paupières. Le calme absolu. Absolu… Comme un idéal. Un idéal de rév

EVACUATION ! COUREZ !

Sur ses lèvres point un rictus. De sa main indemne glisse une boule de mort concentrée. Je ne fais pas d’illusion. Je ne déduis rien. Aucune hypothèse ne me vient miraculeusement sur l’éventuelle présence d’autres explosifs, de piège dans le sol ou ailleurs autour de nous. Pas le temps.

HORS-ZONE ! HORS-Z

Ce n’est pas le sol qui se dérobe sous nos pieds. Ce n’est pas seulement le sol qui. Se dérobe sous nos pieds. C’est le monde. La gerbe de bois, de pierre, de métal probablement aussi, nous ensevelit en même temps qu’elle nous éjecte. Nous abîme en même temps qu’elle nous protège. Le monde est ambivalence, dualité, yin et yang. Paraît-il. Là j’ai simplement mal. Jusqu’à ce que Coryn accoste avec les artilleurs j’ai mal. Jusqu’à ce qu’il nous déterre avec l’aide des hommes qui n’étaient pas à l’épicentre de l’explosion j’ai mal. Après avoir été ramené j’ai mal.

Mais je suis vivant. Indemne. Comme la moitié des cinquante concernés par l’explosion. Comme trois cent soixante-seize des soldats qui n’ont pas dormi cette nuit.

Stupide sens du sacrifice.


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