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On se fait la bise?

« J'ai besoin d'un garde » que l'gérant de la transilienne m'a dit. A croire qu'avec son costume trois pièces, sa moustache bien épilée et son sourire d'cérémonie il se prenait pour quelqu'un. Alors je lui ai répondu « ce sera l'voyage plus un million ». Là, il m'a regardé noir. L'a grattouillé ses poils de nez avant de me rire au nez.

L'avait compris.

Que sur l'île où on était, y'avait pas de travail. Y'avait pas de voleurs. Y'avait rien à faire à part prendre le premier bateau pour aller chercher ailleurs de quoi rentrer chez soi et offrir un joli cadeau à sa belle femme. Alors j'ai accepté. J'ai laissé tomber le million et je suis monté sur la coque.

La loi du marché.

On m'a expliqué le problème. L'un des passagers était l'un des plus riches de South Blue. Le genre à se promener avec plusieurs dizaines de millions sur soi. Le genre à manger du foi gras de morue au petit déjeuner et à n'accepter que les cuillères en or. Forcément ça attire. Forcément un pirate était au courant. Un gars qui connaissait un gars qui connaissait un pirate avait fini par dire que l'bandit allait tenter de la faire à l'envers. Le pirate ? Jack I. I pour Inconnu. Parce que sa gueule n'avait jamais réussi à finir sur une feuille et qu'il n'avait pas l'habitude de laisser des témoins derrière lui. Ça montait sa prime à 10 000 000. Beaucoup de zéros. Trop pour dormir tranquille.

Trop pour croire à un voyage paisible.

Alors pas con, j'ai dormis trois nuits avec mon pétoire sous l'oreiller. D'un œil, une oreille toujours sur la pièce d'à côté. Où le riche se noyait dans sa piscine de billets verts.

Trois nuits et quatre jours sans rien d'autre que l'bruit des vagues claquant contre la coque, que le cris du riche pour une bouchée de fois gras, que les ordres du capitaine pour son équipage. Je commençais vraiment à croire à un voyage sans emmerde. Et donc sans paye.

Pis la quatrième nuit ça a tourné. On venait de passer le bordel de Reverse. Tous les nerfs étaient à cran. Grand Line, ça ne rassure pas et surtout quand on arrive au beau milieu d'une tempête. Ça bourlinguait de tous les côtés. Les bourrasques cognaient si forts sur le bateau qu'on devait presque hurler pour se faire entendre. Moi, ça me mettait pas bien. Parce que j'étais obligé de foutre mon oreille sur la planche de bois servant de mur pur entendre le voisin. Et que j'entendais presque rien. A peine le murmure d'un discussion. Et c'est pourtant pas discret, même au milieu d'une tempête, ce genre de guss.

Alors j'ai ouvert. Et j'ai vu ce que je ne voulais pas voir.

La gueule du bourgeois à l'envers, la main tendue vers un verre brisé. Sa pute à moitié nue à gesticuler de peur devant une lame. Et au bout de la lame. Jack I. Ou tout du moins un gars que j'avais pas envie de connaître. La longue barbe descendant jusqu'en dessous le menton. Les larges épaules de l'homme qu'a trop soulevé de fonte dans sa vie. Les frusques dégueulassés par le temps qui sentent trop. La gueule boursouflée de cicatrices.

Ça sentait l'emmerde comme j'aime pas souvent la sentir.

« On se fout sur la gueule avant ou après les présentations ? »

Celle là, je l'ai sortis avant de réfléchir alors que ce que j'aurais dû sortir, ce sont mes flingues. J'ai été trop con et lui, l'a pas attendu. Sa lamelle a foncé vers ma gueule trop vite. J'ai esquivé trop lentement et déjà, ma vieille chemise était en lambeau. Alors j'ai répondu par un coup de feu qu'a fini sa course trop à droite. Trop loin du pirate. Trop près de la pute. Dans sa pauvre jambe qu'avait rien demandé. Mais j'avais pas le temps d'y penser que déjà l'méchant tentait d'encore me trancher, emmenant tout mon corps dans une pirouette qui mettait pas bien mon dos comme l'aime pas être.

Et le reste s'est encore passé vite. Trop vite. Les coups se sont enchaînés. Les esquives aussi. Jusqu'à ce que toute la pièce vole dans un immense bordel. Que les tables se renversent, les verres se brisent, les hublots se cassent, les meubles se fassent tranchés.

Et au milieu, moi et l'vilain, deux ombres immondes au pays des mécréants, on se foutait sur la tronche comme pas souvent on foutait dessus. Pis l'un de nos corps est partis là où il fallait pas partir. Une main s'est tendue et a amené l'autre dans la chute. L'eau glaciale. Qui gifflait le corps comme d'innombrables griffures. C'est putain de douloureux. Tant que j'ai cru prier pour mourir maintenant.

Mais la gueule de ma fille me revenait à l’esprit, et même gelé, même à me battre contre le courant pour ne pas me faire engloutir, je continuais à fracasser mes poings sur la trogne de l'enfoiré.

Puis une vague trop grande, trop violente est apparue. Et ça a été le trou noir. Béant. Comme le début de la fin.


C'est comme ça que je me suis retrouvé là. Les lèvres gercées. A ne plus sentir mes pieds. A ne plus savoir où je suis. Les cheveux collés au sable avec à coté, la sale gueule de Jack. Tout aussi mort.
      - Je vais me promener un instant, je n’en aurais pas pour longtemps…

      Qu’avais-je soudainement dit à Ketsuno qui se tenait près de moi, en train d’éplucher certains dossiers. Celle-ci me fit un geste fluet de la même, sans daigner lever les yeux vers moi. Elle semblait beaucoup trop occupée à rattraper mon retard qu’à me consacrer un peu de temps. J’eus un léger sourire, avant de me relever et sortir de la salle où nous étions. Direction la forêt de Little Garden ! L’idée était un peu d’oublier tous les morts de la bataille de cette île, ainsi que de me reposer un peu. Une initiative qui me redonnait des couleurs. Lorsque je traversai le pont, je n’eus aucun mal à afficher un sourire et à saluer chaleureusement mes hommes comme à l’accoutumée. Si ces derniers affichaient des visages tristes, le simple fait de m’avoir vu ainsi leur redonna du baume au cœur. Comme quoi l’humeur d’un capitaine était vraiment primordiale et capitale pour l’esprit de groupe. Peu de temps après, j’étais descendu du Léviathan, mais à peine avais-je foulé une fois de plus la terre de cette île, que je me ressassai immédiatement du carnage qui avait suivi notre bataille sanglante sans queue ni tête. Ma mine s’assombrit une nouvelle fois… Preuve que ma joie précédente n’avait été que façade… Il fallait cependant que j’apprenne à garder ce sourire devant mes hommes, le temps de digérer mes fautes. Il n’était plus question de ternir l’ambiance au sein du Léviathan juste parce que je regrettais mes hommes. Quitte à être véritablement hypocrite, j’allais m’y atteler en tant qu’honorable marine !

      Mais alors même que je ne m’y attendais pas, j’entendis des cris, puis… Le bruit d’une grosse chute. Surpris, je me retournai avant de voir Marone et Sarkozyzy, encastrés l’un sur l’autre au sol, tout juste en dessous de la gigantesque échelle de coupée du Léviathan. Automatiquement, j’eus un rire. Nourri et sincère cette fois. Ces deux garçons n’en manquaient pas une pour m’amuser et c’était un peu pour ça que je les adorais tant. Me voir épanoui leur donna le sourire, avant qu’ils ne se relèvent, et qu’ils ne se dépoussièrent. Ils me rejoignirent rapidement après, en me proposant de m’accompagner ; proposition que je n’avais d’autres choix que d’accepter, vu leur détermination à ne pas me laisser seul. « La forêt est dangereuse » qu’ils me disaient. Mais au même moment, quelque chose se manifesta et remua un buisson tout près de notre position. Il n’en fut pas plus aux deux garçons qui dégainèrent immédiatement leur arme. Puis, un tricératops fit son apparition devant nous. Il avait l’air inoffensif. Je m’approchai de lui, et avec un air doux, le caressai tendrement au grand dam de mes hommes qui finirent par ranger leur arme. L’animal resta en notre compagnie pendant quelques minutes, et repartit plus tard dans son habitat. C’est à ce moment même que j’m’étais dit que je devais en avoir un. Un animal de compagnie j’veux dire. Pour égayer mes journées et ne pas trop sombrer dans la dépression comme trop souvent malheureusement… Dépression qui me remettait en question à tel point que je me demandais si j’étais vraiment fait pour être marine…

      Notre marche commença enfin. Sous un beau temps, vu qu’il ne faisait ni chaud, ni froid. L’endroit semblait vraiment paumée, et trop préhistorique surtout, mais on s’y habituait très vite. Il fallait cependant faire gaffe aux maladies tropicales qui y trainaient. Beaucoup de soldats avaient choppé de curieuses maladies, mais avaient vite pu être rétablies par les infirmiers du Léviathan. Il y avait aussi de drôles d’animaux, mais qui pour la plupart, avaient malheureusement tous été exploités par l’équipage de Morvak. Un salopard qui allait aller régler ses comptes dans l’au-delà, pour ne pas dire dans les tréfonds de l’enfer. D’ailleurs, au bout de cinq minutes, nous étions arrivés sur une zone qui avait profondément été marquée par la bataille. Il n’y avait plus de cadavres, certes, mais on sentait qu’une violente confrontation s’y était déroulée avec les arbres déracinés et les cratères parsemés ça dans la terre complètement retournée. Un vrai capharnaüm. J’eus un sourire cependant, parce que je savais pertinemment que la nature allait reprendre ses droits. Plus qu’une question de temps pour ça. Nous continuâmes donc notre chemin en papotant et en se taquinant, jusqu’à ce que nous arrivions à la rive opposée à celle d’où nous étions venus. C’est à ce moment-là que Marone aperçut les deux corps qui s’étaient échoués sur la plage. Nous nous précipitâmes rapidement vers eux, sans trop se méfier. Intérieurement, nous sûmes que ces gens n’étaient pas des pirates de Morvak mais si c’était le cas, ils trouveraient irrémédiablement la mort malgré mon bras gauche plâtré…

      - Celui-là est mort. On n’peut plus rien faire… Mais attendez… J’ai déjà vu ce visage quelque part… Et je suis sûr qu’il était pirate, quelque chose du genre. J’ai dû voir sa prime il y a quelques temps, dans la paperasse.

      - Et l’autre ?

      - Il respire. Je vais essayer de le sauver…

      Marone qui les avait rapidement inspectés, s’empressa de faire un massage cardiaque extérieur à celui qui semblait toujours parmi nous. Un autre pirate ? Va savoir. Le survivant rendait l’eau qui encombrait ses voies aériennes et autres. Une bonne chose de faite. Alors que je me tenais à l’écart en compagnie de Sarkozyzy, notre blond finit par faire du bouche à bouche au naufragé. C’est dans ces conditions-là qu’on aurait eu plaisir à voir Ketsuno avec nous. Celle-ci aurait vite fait de réveiller la victime du mauvais temps en mer. Grand Line était vraiment une région atypique, imprévisible, dangereuse… Ces types ne le savaient pas apparemment. Je tournai ma tête vers la berge, et ce, dans tous le sens, pour voir s’il n’y avait pas d'autres survivants à qui l’on pourrait apporter aide et assistance, mais il n’y avait personne. Marone finit par se redresser, en restant toujours à genoux près du corps. L’homme semblait revenir à lui-même petit à petit. Il allait sans doute s’essuyer une quinte de toux dans les minutes qui suivront avant de nous regarder avec de gros yeux. C’était toujours comme ça avec les gens que nous avions secourus par le passé. Restait plus qu’à souhaiter une chose : Qu’il ne soit pas pirate. Ça nous éviterait bien de soucis, et d’efforts inutiles. Parce qu’à trois contre un, clair qu’il allait y passer rapidos, sans compter le fait que son voyage forcé dans la mer l’avait éreinté. Pour patienter en attendant qu’il revienne complètement à lui et qu’il reprenne connaissance, j’m’étais assis sur un morceau de bois, tandis que Sarkozyzy chargeait son fusil d’un air suspicieux…
      J'sens comme un truc que j'aime pas sentir. Comme un goût chaud sur mes lèvres qui ressemble pas à celui de ma femme. Pas bon. Mon poings se ferme. Mes yeux gueulent pour s'ouvrir. Mais non, l'image est trop flou, comme dans un Den Den qu'aurait trop été foutu à l'eau et qu'aurait salement vieilli. Mes poumons gueulent et veulent cracher du feu. Mes pieds ? J'les sens pas. Plus. Mon poings par contre, si.

      PAAAM

      Et c'est dans la gueule du gars qu'a osé me chatouiller les lèvres qu'il part.

      _Désolé l'ami, mais je préfère les femmes. Ma femme.

      J'me gratte la tête comme pour retrouver mes esprits. Ça continue à tanguer trop fort et ma pauvre gorge en crache des geysers de sang et d'eau salé. Comme un sale goût en bouche. Puis j'observe de travers les trois guss qui me mirent aussi mal. La bande de trois blondinets. L'plus petit avec ses frusques toutes blanches qu'on se demande comment il fait pour les garder tant propres. Le deuxième avec son sourire pas satisfait et sa gueule pas contente de s'être pris un pain. Et le troisième, bien grand et large d'épaules avec son bras cassé. Le corps musclé comme j'en ai pas souvent vu. La gueule d'ange qu'il faut pas chercher. Cette trogne là, elle me dit quelque chose mais là, j'ai plus important à faire.

      Mon pétoire se fait sortir de la poche, la gueule du Jacky I se fait viser et le coup part. Sauf que ça fait pas « Bam » mais « Clic ». Comme quand on s'est amusé à nettoyer son flingue à l'eau de mer. Ça m'plait pas trop. Ça laisse une chance au fumier de s'reveiller et c'est pas le genre de chose qui me rend jouasse. Mais j'ai pas le choix alors je tente de me lever. Ça fait sacrément mal. Je sens mes deux guibolles qui me disent merde, mais si elles me parlent encore c'est qu'elles vivent toujours. On dira que c'est bon signe.

      J'étire mes panards. Je déchausse mes godasses. Je fais danser mes jambes histoire de refaire couler le sang et lui redonner une couleur moins bleu. Mais pendant ce temps, les trois guss continuent à me mirer noir, alors au milieu de l'étirement, j'me sens obligé. Mon cerveau s'remet à fonctionner

      _Ah oui... Navré … Pour le coup de poings.

      [...]

      Moi c'est Mihaï.

      Mon chapeau profite du moment de blanc pour réapparaître, ramené par une vague plus sympa que les autres. Tout le cuir est fichu, salement noyé, décoloré par le sel qui l'a trop bouffé. Mais trop con, j'en ai cure et il retrouve sa place sur ma gueule, faisant couler les gouttes comme autant de larmes devant mes yeux.

      _Fenyang, non ?

      J'fais un signe du menton, en continuant à moitié à mirer mes pieds. Ça me rend pas jouasse cette histoire. Trop de bordel ces derniers temps pour que ça termine bien. Sa trogne m'est revenu, au plus grand guss. Comme si la substance grise recommençait à couler après s'être endormis. J'ai déjà vu sa tête. Chaque foutu guss a déjà vu sa tête. Connerie de propagande.

      _On dit du bien d'vous.

      Je lui gratte le poil, c'est vrai. Façon de faire passer la gueule cassée à son pote. Façon de m'excuser. J'aime pas cette histoire, j'veux rentrer chez moi. J'veux embrasser ma femme. Retrouver la gosse. Putain de vie. Et le plus petit des blonds qui se rapproche du vilain, comme pour me donner raison.

      L'est à moi, ce pirate.

      Là, ça s'annonce mal, le blond au pétoire lèverait presque son arme, le grand au bras cassé ferait presque la grimace. Putain que je le sens mal, j'ai beau m'creuser je ne sais plus quoi dire pour remettre bien les guss.

      _Ecoutez les gars, j'ai passé une rude journée. J'ai failli crever. Je me suis battu avec un gars trop fort pour moi. Tout ce que je veux c'est ramasser sa prime et rentrer dans ma p'tite baraque m'occuper d'ma famille. On est dans l'même camps.
          - Moi je dis pas non tu sais. Mais après t’as tapé l’un de mes hommes. Alors qu’il te faisait du bouche à bouche, ce qui est pourtant très différent d’un baiser « langoureux… »

          J’avais souri. Doucement. Tranquillement. Un peu comme pour me moquer, et de Marone, et du type qui était toujours à terre devant nous. Que de malheureux très franchement. L’un voulait porter secours et s’était mangé un poing percutant ; l’autre après son méfait, semblait en mauvaise posture au milieu de trois marines, et pas n’importe lesquels. Par respect pour mon pauvre Marone, j’m’étais fait violence pour ne pas éclater de rire comme un idiot. Parce oui, l’action, elle m’avait un peu amusé il fallait avouer. Marone et Sarkozyzy s’étaient armés de leur arme respective. On sentait d’assez loin leur envie d’en découdre. « Vous deux, ne bougez pas, laissez le tranquille ! » Ma voix résonna avec un soupçon de malice, même si elle avait été assez ferme dans le genre. Les deux autres marines se retournèrent vers moi, l’air complètement interloqué. Ils ne comprenaient pas ma réaction alors qu’ils avaient là l’occasion de rendre la monnaie de leur pièce. Malgré tout, Marone ne put s’empêcher, à son tour, de flanquer un bon coup d’pied au pauvre type qu’on venait de sauver. Un coup d’pied vif, percutant, qu’il avait dû sentir passer. C’était tout d’même assez rare de voir Marone sortir de ses gonds, lui qui était pourtant le plus calme et le plus posé d’entre nous tous. Mais le pauvre avait tout d’même des raisons de s’énerver vu son nez cassé et comment il saignait abondamment. D’ailleurs, son sang tâchait complètement la chemise qu’il avait pourtant joliment arboré. C’était vraiment pas d’chance…

          - Marone… Ça te ressemble pas pourtant…

          Le lieutenant pesta juste après mes dires, trouva un mouchoir dans la poche droite de son pantalon et commença à s’éponger le nez. J’sentais clairement qu’il avait du mal à respecter l’ordre que j’lui avais donné. Ce fait n’était jamais arrivé auparavant, mais j’m’étais rapidement dit qu’il n’y avait pas de quoi le gronder. Il venait après tout de se venger, ce qui était légitime. Nonobstant, l’autre inconnu saignait à présent, mais c’était assez minime par rapport à ce qu’il avait dû vivre lorsqu’il se noyait dans les eaux tumultueuses de Grand Line. « Mihai, c’est ça hein ? Si j’ai bien compris, tu es donc un chasseur de primes qui guettait ce pirate au sol ? Mwouais… Néanmoins, j’voudrais vérifier ça, et j’espère que tu n’y verras pas d’inconvénients… » J’fis un mouvement de la tête vers Marone qui s’avança d’un pas décidé vers le type. En un seul regard, nous nous étions compris. S’accroupissant vers le type, il avait commencé à lui faire les poches avec fougue. J’voulus lui dire de se calmer, mais ça n’aurait pas changé grand-chose. Au bout d’une petite minute, mon lieutenant sortit enfin un portefeuille. Ce type avait d’la chance. On allait par cette occasion savoir s’il nous disait la vérité. Plus qu’une question de secondes. Marone se fit un plaisir de fouiller sa trouvaille. Mais si ce portefeuille était vide de sous, il y avait un papier. Semblable à un document officiel. Il était devenu illisible pour sûr, mais un professionnel d’la paperasse comme Marone n’avait aucun problème avec ce genre de choses. Sa conclusion m’rassura : Ce type était bien ce qu’il prétendait être…

          - Maintenant je te crois. Tu excuseras volontiers mon côté méfiant, mais on a essuyé une grande bataille ici. C’est un peu pour ça que j’ai ce plâtre d’ailleurs, m’enfin bref…


          Là encore, j’avais souri. M’demandez pas pourquoi, mais la situation était rigolote, d’autant plus que le type ne se rendait pas compte qu’il n’allait pas voir sa famille pendant longtemps. Un mois minimum, et encore… « Ah et puis, range ton flingue. Ton pirate est mort. On pourrait toujours chercher sa prime dans notre base de données et te payer directement. » Un vrai élan de philanthropie. Parce que j’étais comme ça, et parce que la suite ne promettait pas d’être aussi rose. Sarkozyzy et Marone voulurent répliquer, mais je leur fis un non de la tête. Ma décision était irrévocable. Marone qui avait plutôt une dent contre ce type, finit par quitter les lieux en jurant. Il était vraiment en boules. Mais cela lui passerait, sans compter qu’il en profiterait pour soigner son nez. Un pif détruit, c’était pas la joie, pour sûr. J’l’avais regardé s’éloigner, avant d’me retourner vers Mihai d’un air on ne peut plus sérieux. Autant lui dire ce qui l’attendait : « Je ne sais pas si tu sais comment fonctionne Grand Line, mais lorsqu’on est sur une ile, on ne peut plus faire machine arrière, à moins d’avoir un éternal pose. » J’avais marqué une pause, histoire qu’il assimile l’information. Un eternal pose, ça s’trouvait pas comme ça dans la nature, d’autant plus que ça coutait hyper cher. « En gros, tu es obligé de progresser jusqu’à trouver une ile où la translinéenne puisse te ramener à bon port, mais l’autre problème, c’est que la compagnie ne vient pas jusqu’ici… » C’est après avoir calé cette phrase, que je me levai de tout mon long, surplombant tout l’monde…

          - Or cette ile est hostile. Très hostile. Ta seule chance est de prendre place à bord de mon navire. Mais tu devines bien que j’ne pourrais pas te déposer où tu le souhaites. Tu pourras toujours te débrouiller une fois à Drum ou à Alabasta… Qu’est-ce que tu en penses ?
          Je suis de bonne humeur. Si si, je le jure. J'me sus battu toute une nuit avec l'océan. J'ai été toquer à la gueule d'un pirate trop fort pour moi. Je me suis retrouvé à moitié mort sur une plage pourrie à me faire embrasser par un connard d'inconnu. Je me suis pris un pain par ce dit connard. Je me suis fait fouillé comme un mal propre par ce même connard.

          Et avec tout ça, je sourirais presque encore.

          Enfin, sourire. Grand mot. Juste les lèvres qui se coincent pas trop bas dans une grimace de circonstance. Le genre de grimace qui dit « connard d'blondinet d'merde j'vais t'la rendre au centuple » mais lèvres qu'au final s'ouvrent pas parce que z'ont trop peur du grand guss debout à côté. Celui avec un bras dans le plâtre qui même avec une jambe en moins pourrait me mettre à terre comme un gosse. J'le sais. J'le sens. Et j'aime pas ça.

          Alors je reste tranquille. En mode gentil chien à son maître qui s'écrase parce qu'il tient trop à revoir sa femme.

          Je me lève un peu, histoire d'étirer les panards qui commencent à rouiller d'avoir passé trop de temps sans bouger. Je fais le tout lentement. De la démarche du gars qu'est assuré, rassuré. Mais pas trop en vrai. Je me fais une place, je mire noir le blondinet qui pisse plus le sang que moi. J'me mare à voir sa gueule déconfite. Son nez défait. Mais pas trop fort quand même.

          Pis mes esgourdes captent un son qui me met pas bien comme faut pas me mettre pas bien. J'entends comme un gars qui me prend pour un con et ça provenait du grand platré. Pile le gars qu'il fallait pas. Les deux autres encore, j'en fais mon p'tit dej, mais lui...

          Lui, il croit que je ne connais pas Grand Line. Lui, il me prend pour le dernier des gosses qui se serait perdu sur cette mer par hasard. Il me prend pour un con. Comme si je ne savais pas. Les vagues qui déferlent. Puis le calme plat. Les grandes bourrasques de vent avant le grand ciel bleu. L’hivers avant la canicule.

          Putain de merde, je connais tout ça !

          Mais je range mon pétoire, comme il dit. Comme pour paraître sympa, comme pour pas rajouter de l'huile sur le feu. Et là, alors que je crois avoir touché le fond, il rajoute une couche. Comme si ça suffisait pas. Le guss palabre mais moi j'entends qu'une chose.

          TU REVERRAS PAS TA FEMME AVANT UN BAIL !!

          Je perds en contenance. Je me sens pas bien comme j'aime pas. Les jambes flagolent un peu. Le sourire se fait encore plus bas. Le crane se gratte. Je réfléchis. Un peu. Autant sortir de là en gagnant un quelque chose. Même si c'est pas grand. Histoire de gagner un peu. Un joli collier pour s'excuser. Une belle peluche comme les gosses aiment.

          « A bord de ton navire hein ? Tu payes combien à la journée ? Je suis charpentier et ceux qui me prennent disent que je suis bon. Le meilleur. »
              J’le sentais, j’le percevais, j’le savais même. C’type faisait tout pour s’maitriser, presque au bord de l’irritation. La p’tite leçon que j’lui faisais sur Grand Line semblait bien l’énerver, à un tel point que son sourire ressemblait plus à un rictus mauvais qu’à autre chose. Qu’on s’le dise bien : Il avait beau être un vieux d’la vielle, mais j’n’étais pas non plus né d’la dernière pluie. Si ça s’trouvait, j’étais même plus âgé que lui malgré ma plastique assez juvénile. Mais d’une manière ou d’une autre, j’avais dit ça, non pas pour l’énerver, mais pour qu’il s’rende compte d’la situation dans laquelle il s’était fourré inconsciemment. D’plus, j’doutais fortement qu’il savait sur quelle île où on était. Son irritation avait beau m’montrer qu’il savait tout, n’empêche que Little Garden était une île sortant d’l’ordinaire. Sans oublier que la translinéenne n’passait par ici. Il s’en serait bien rendu compte s’il avait fait l’tour de l’île étant seul, mais j’lui épargnais au moins cet effort inutile et les dangers qui allaient avec. Des animaux géants et affamés, c’était pas c’qui manquait ici. Puis il prit enfin la parole… Pour prononcer des mots non seulement incongrus, mais carrément insolents. Son effronterie m’fit immédiatement éclater d’rire. Du tac au tac. Même Sarkozyzy s’fendait la poire à mes côtés, tellement c’était inattendue d’sa part. Mihai hein ? Un rigolo celui-là, et on en trouvait plus, des comme ça. Et les rires s’étalèrent pendant trois bonnes minutes. Trois bonnes minutes où j’avais eu du mal à m’contenir et à reprendre mon calme. Mais ce fut chose faite quelques temps après.

              - Non mais tu manques pas de culot toi ! Je m’attendais à des remerciements, mais quedal ! Comme si tu n'en avais rien à foutre. T’es vraiment un chasseur de primes, ça il n’y a pas de doutes ! Mais quand on veut être reconnaissant, on taxe pas déjà des services dont je peux bien me passer ! Tu crois que je manque de charpentiers ou quoi ?


              Et oui ! Des charpentiers, j’en avais à la pelle. Faut dire que l’optimisation du Léviathan nécessitait d’nombreux professionnels dans l’domaine de la charpenterie. On n’avait donc pas lésiné sur les moyens pour s’en procurer, civils comme marines. Qui plus est, j’avais l’un des meilleurs charpentiers d’la marine : Le commandant Oswald Jenkins. Malgré son physique atypique, c’était un expert qui n’finissait jamais de m’étonner et qui faisait toujours du bon boulot. Un élément dont j’ne pourrais jamais m’séparer et qui comptait trop pour l’navire de l’amiral en chef. Par contre, et j’devais bien l’avouer, Mihai avait titillé ma curiosité à son égard. J’aimais ce genre de prises de risques, et on sentait qu’il n’avait pas du tout froid aux yeux. Enfin, si quand même… J’le voyais bien, à quel point il m’respectait, sans quoi il m’aurait certainement tapé dans la gueule avec toutes les leçons que j’lui avais faite sur Grand Line. Faut croire que ma renommée m’précédait dans certaines contrées, c’qui était bon à savoir quand on y repense. Ça m’permettait aussi d’me ménager vu le plâtre que j’avais. Plâtre dont j’aimerais bien m’débarrasser d’ailleurs. Mais j’imaginais déjà la tronche qu’allaient m’tirer Ketsuno ainsi que toutes les infirmières qui s’occupaient de moi ces derniers temps. Clair que j’allais m’essuyer des gueulantes mémorables. L’déclic que fit Sarkozyzy en rechargeant son fusil chassa ces idées d’mon esprit. Encore un peu et j’m’évadais carrément. L’chasseur de primes devait certainement attendre mon verdict final. Sans compter qu’il avait besoin d’soins, d’nourriture et d’un repos bien mérité.

              - Je t’offre l’hospitalité, et la prime de ce pirate qui a crevé. Compte pas sur moi pour te refiler un boulot, dis-je finalement d’un air malicieux.

              Ma phrase fit rire Sarkozyzy pendant quelques secondes. Voir comment j’avais l’destin de cet homme dans l’creux d’ma main devait être drole. Enfin… Ça dépendant aussi de qui aussi. Mihai dans son cas, ruminait très certainement mes paroles. Il devait p’être me maudire, si ça s’trouve. Mais j’avais été gentil. Bien trop gentil même. J’lui offrais un toit provisoire, un transport jusqu’à l’île prochaine, et qui plus est, des millions pour la tête du forban six pieds sous terre. Avouez que tous les marines nétaient pas aussi généreux que moi, quand même ! Car pour l’reste, il pouvait aller s’faire voir. Faut quand même pas exagérer, héhé. Mais j’avais tout d’même une idée. A long terme. On allait bien voir si elle ça allait fonctionner : « Par contre, je veux bien te prendre à l’essai pour quelques petits trucs. Si tu me montres ton talent, je pourrais toujours revenir sur ma décision et t’embaucher. T’auras un très bon salaire, tu peux me croire. Néanmoins, si tu ne fous rien… Je te jette direct à l’eau… ? Ça marche ? Allons bon… Fais pas cette mine, je plaisante, va ! Hahahaha ! » J’me foutais de sa gueule ? Bien sûr que non ! C’était juste de l’humour, de l’humour et rien de plus ! Cependant, s’il le prenait mal, ça, c’était trop mon problème. C’est sur cette pensée que j’m’étais retourné, avant d’lui faire un signe d’tête, histoire qu’il nous suive. Et dès lors, j’avais recommencé à marcher, tandis que Sarkozyzy m’emboitait l’pas. Nous marchâmes pendant temps, jusqu’à ce qu’au bout de dix minutes, nous arrivâmes enfin à quelques mètres du Léviathan. Gigantesque navire qui devait impressionner l’charpentier chasseur de primes…

              - Alors, qu’est-ce que tu penses de ce chef d’œuvre, chasseur de primes ?
              Alors comme ça je suis un vrai chasseur de prime ? Ca demande une réponse ça ? Parce qu’à part un « oui », je ne vois pas trop… Ou alors je suis censé rire… L’a vu ma gueule ? Y’croit peut être que je suis le genre à me marrer comme un gosse. Que je vais m’esclaffer avec lui.

              Mais non.

              Je reste là, à le mirer comme un con se marrer avec ses potes. Les minutes passent mais eux, continuent. Et la question de la fin. S’il manque de charpentier. Je le sais bien, qu’il doit en avoir, un gars comme lui a forcément sa petite troupe derrière. L’a forcément quelques guss qui doivent s’y connaître. Un peu. Mais des gars aussi bons que moi hein ? Pas sûr. Mais lui, trop sûr, y’s’en rend pas compte. Il me prend pour un gars qui palabre sans agir. Qui sais ouvrir sa gueule mais pas se servir de ses doigts.

              Je mire l’océan. Les vagues qui s’écrasent. La houle qu’apparaît avant de se faire avaler. Ca me donne une idée. Je sais nager. J’ai pas laissé mes couilles à la maison. Je rentrerai à la nage. Alors le cadavre se fait hisser sur mon épaule. Connerie de lourdaud plein d’eau qu’est pas léger pour un sou. Je mets un pas devant l’autre, pas sûr de mon coup, les jambes me font déjà mal sous le poids, mais j’ai pas le choix.

              Sauf que le beau bandé l’ouvre encore. Cette fois pour une idée qui me tente bien. Cette fois pour me faire presque sourire. Pour de vrai. Avec les lèvres qui montent haut sur les joues pour redescendre quelques secondes plus tard. Un « héhé » s’échappe même, preuve que l’histoire commencerait presque à me plaire. Et c’est pas plus mal. Bosser gratis qu’il me propose. Le genre de chose que je refuse, auquel je ris au nez d’habitude. Ou auquel je réponds par un bon petit poing dans la gueule.

              Mais là en fait, je viens de me rendre compte d’un truc. Tout con.

              On est où ?

              Je le dis pas, non. J’ose pas. On me prend déjà assez pour un con. Vais pas encore aggraver mon cas. Alors je la ferme, et j’écoute. J’hoche la gueule vers le bas histoire de dire que j’accepte. Ca fait longtemps que j’ai pas touché du bois. Que j’ai pas enfoncé des clous, ça me manque. Et le voyage gratis jusqu’à l’île. Les 10 millions suffiront pour la femme. Et puis, le gars se rendra vite compte que moi, je suis bon. Qu’un gars comme moi, ça ne se trouve pas n’importe où. Que je mérite un salaire. Et pas n’importe lequel.

              Alors on part. On traverse la forêt que je ne connais pas. On passe à côté d’arbres que je n’ai jamais vu. J’ai beau faire marcher la substance grise, ça ne vient pas. Je ne sais pas où on est. Temps pis. On continue comme ça sans que je n’ouvre ma gueule. Les autres sortent une blague de temps à autres. Se marrent pour un rien. Me font presque sourire, presque changer d’avis sur celui qu’a osé me cogner.

              Pis on arrive. Enfin, devant un grand machin qui fait rêver. Jamais vu ça et pourtant j’en ai vu, des coques. Mais là, non, c’est immense, colossale. Inimaginable. J’aurais pas cru. Chef d’œuvre même, que dit le bandé. Mais moi, je me sens obligé de répliquer. Forcément.

              -Z’avez du papier sur votre coque ? J’ai une lettre à écrire avant de trimer pour vous. Je payerai la paperasse. Bien sûr.

              Ma gueule s’ouvre mais mon regard dit autre chose. Y’a pas photo. Ca crève les yeux. Temps pis.
                  - Rhooo… Ça va… Pas la peine d’être vieux jeu. Tu l’auras ton papier, et gratos en plus !

                  Bon, j’suis gentil, j’arrête d’me marrer ou d’me foutre d’sa gueule. J’suis pas comme ça d’habitude, bien que Mihai avait joué un grand rôle dans mes moqueries. Et puis, il faut dire que ça m’avait fait du bien, rire un bon coup ! J’avais totalement oublié la mort d’mes hommes à qui nous avions rendu un dernier hommage pas plus tard qu’avant-hier. C’est vous dire comment malgré les apparences, j’avais déjà d’la sympathie pour notre cher chasseur de primes. Sarkozyzy s’allumait une clope pendant ce temps. Il n’avait rien dit concernant ma décision, mais j’supposais aisément qu’il devait certainement la cautionner. Il n’avait pas l’choix de toute façon. Ou tout du moins, il pouvait contester ma décision, sans pour autant qu’il y ait de suite. D’un côté, ce Mihai m’faisait un peu… Pitié. Pas sûr qu’il allait revoir sa femme de sitôt si jamais j’le laissais ici ; parce que même si un navire s’aventurait dans l’coin, il prendrait certainement un an pour recharger son log pose avant d’s’en aller sur Drum. A moins que ce navire ait un eternal pose, mais encore que. On avait beau en parler mais les éternal, c’était pas courant. Même au sein d’la marine. Pour notre part, nous pouvions nous estimer heureux car après la guerre, mes hommes avaient réussi à mettre la main sur un log pose déjà chargé. Certainement l’un de ceux que Morvak possédait puisqu’il comptait reprendre sa revanche sur mon père bien avant mon arrivée… C’est vous dire qu’on comment on allait souffrir ici, si jamais il n’y avait personne…

                  - Suis-moi… J’vais te montrer ta chambre… J’en profiterais aussi pour te présenter notre charpentier en chef. C’est lui qui décidera de ton avenir en tant que charpentier ici, pas moi.

                  J’parlais un peu comme si l’chasseur de primes allait durer sur notre navire, mais même s’il comptait s’casser dès la première occasion, il valait mieux pour d’être précis. Au moins, mes dires avaient l’mérite d’être clairs et pas qu’un peu. C’est juste après cette phrase que j’m’étais mis à m’avancer vers le gigantesque navire dont j’avais la charge. Lourde responsabilité pour un pauvre contre-amiral comme moi, vous en convenez. Nonobstant, j’étais plutôt fier, et j’avais senti après la victoire contre Morvak, que plus rien ne m’était impossible sur ces eaux à la fois fantastique et maudite de la route de tous les périls. Sans trop m’en rendre compte, j’étais en train de passer le cap de mes soldats tués, ce qui était plutôt un bon point. Peut-être, était-ce l’idée même de recruter un nouveau venu ! Les soldats près de l’échelle de coupée, se dégagèrent d’mon chemin avant d’se mettre au garde à vous. Que de braves zigs, bien respectueux. D’un geste fluet d’la main, j’avais rompu leur position et leur avais gratifié d’un beau sourire. Voir leur capitaine sous un nouveau jour leur donna de l’entrain et c’est avec enthousiasme qu’ils se mirent à me saluer. Il semblait bien que je reconquérais leur cœur, tous autant qu’ils étaient ! La dernière bataille avait semé doute et peur dans les esprits, mais ces ondes négatives commençaient à s’estomper. Un bon point pour l’équipage qui se bonifiait avec le temps. Et comme Oswald l’avait si bien dit un jour, nous devenions une famille, unie et soudée dans l’adversité !

                  - Karl, tu préviendras Oswald de l’arrivée d’un nouveau venu. Pour le reste, dis-lui d’me rejoindre à ma cabine plus tard. Félix, va dire à Gina que j’ai un invité !


                  Ça, c’était une fois sur le pont du bateau. Karl qui avait compris mon ordre, se hâta d’aller en faire part au commandant double-face. De même pour Félix avec Gina. Pour l’reste, il fallait montrer sa future cabine à l’autre là. C’est d’ailleurs d’un signe de tête que j’lui avais dit d’me suivre. Nous traversâmes donc l’pont de tout son long. J’avais salué la plupart des soldats qui se trouvaient sur ma route, avant que nous nous engouffrions enfin dans le navire. En silence donc, nous traversâmes un long couloir pendant au moins deux minutes. Pas pour rien qu’il était balèze, le léviathan : « J’espère que t’es pas impressionné par ce joujou au point d’ne plus vouloir relever mon semblant de challenge, hein ? Bwahahahaha ! » Et ça recommençait ! En fait, j’ne pouvais pas m’empêcher d’me marrer un peu. Faut croire que c’était plus fort que moi. « Ici, c’est ma cabine… Tu peux venir m’demander là chaque fois que tu auras besoin d’un truc » Ma porte était blanche, par rapport aux autres qui étaient marron ou noire. C’était aussi pour ne pas que les soldats se trompent d’cabines, tant elles toutes se ressemblaient. Puis une jeune femme fit son apparition en ouvrant la porte d’une cabine à quelques mètres de nous… Elle avait dû être prévenue d’la présence de Mihai depuis le temps, et avait anticipé mes ordres comme d’habitude. Une bonne caporale, cette Gina. C’est ainsi que nous arrivâmes enfin devant la cabine plutôt luxueuse du type qui allait faire un p’tit bout de chemin avec nous…

                  - Voilà ta chambre. Tu y trouveras tout ce dont tu as besoin. N’hésite pas à utiliser l’escargophone pour demander un truc à manger si tu as faim. Bref, fais comme chez toi. T’as vu comment je suis généreux, hein ? Bwahahahahaha,
                  dis-je en riant de bon cœur. Le charpentier en chef viendra te voir plus tard, quand tu te seras reposé comme il faut. Des questions, Mihai ?
                  Le gars recommence à palabrer d'une façon que j'aime bien. Le genre qui ferait presque oublier les merdes passées, le bordel du début de rencontre. Il va me donner du papier qu'il a dit. Et gratuit qu'il a piaillé. M'a traité de vieux mais je note pas. Plus. Je crois bien qu'il faudra s'habituer, à ses foutages de trognes, à ses rires tordus. Au moins le temps d'arriver à l'île suivante. Drum à ce qu'il parait. L'une de celles où fait pas bon de se balader en tee shirt, où même avec le plus épais des manteaux on continue à trembler de froid, à gueuler au bain chaud qu'existe pas parce que y'a rien à cramer qui soit pas gelé. Rien d'autre que la putain de chaleur humaine pour se réchauffer. Ça donne pas envie. Ça me ferait presque vouloir rester là. Mais non, Drum c'est mon ticket de sortie, celui d'entrée pour le chez moi. Les beaux yeux de ma femme.

                  Faut que j’arrête de penser à toi, chérie, ça me rend con.

                  Et le grand marine est là pour me sortir des rêves qui me rendent pas bien. Il me palabre une histoire rapport à mon avenir de charpentier ici. L'avenir? L'appelle comme ça les quelques jours qu'on passera ensembles? Je m’arrête un peu. Je le mire presque noir. Je crois bien qu'on s'est pas bien compris comme faut pas. Mais lui, me tourne le dos, continue à jouer des épaules en traçant sa route comme s'il avait pas remarqué ma gueule. Alors je remets les guiboles en marche. Histoire de suivre le rythme. De pas me perdre au milieu de tous ces couloirs, de toutes ces portes se ressemblant, de tous ces uniformes bleus identiques. Il trace son chemin jusqu'à ouvrir une porte où la seule différence avec les autres, c'est le numéro qui change. Le tout petit numéro écrit en phyligramme tout en haut.


                  "Des questions Mihai?"

                  Je renifle un peu, je regarde ce qu'il m'a ouvert. Le beau lit avec les draps tout blancs tout neufs. Le bureau comme j'en ai jamais eu dans ma vie. En bois où je m'attendrais presque à y voir des gravures. Il me prend pour qui ce guss? Mes deux yeux disent plus que les mots là. Je me retourne, la gueule ahuri vers ce foutu Contre Amiral.


                  _Bien sûr qu'j'en ai une. M'avez pris pour une princesse? C'est l'fait que j'vous ai demandé un crayon, c'est ça? Pas besoin d'toute cette fioriture. Un lit suffit. Donnez cette chambre à un autre. J'irai dormir aux dortoirs.

                  J'attends pas qu'il ait fini de comprendre. Suis partis. C'est quand je me rends compte que je l'ai laissé là, comme un con, que je me rappelle. Bah que les dortoirs, j'en sais fichtrement rien, d'où ils sont. Mais l'est dans mon dos et je ne ferai pas demi tour. C'est un coup à ce qu'il me refoute chez la Belle au Bois dormant, et ça, pas question ! A croire qu'à force de vivre avec une cuillère en or dans la bouche l'a oublié sa fierté. Quelle connerie. Quand je reviendrai chez moi, ce sera dans un fétu de paille que je ferai l'amour à ma femme, qu'on s'embrassera comme s'il on s'était jamais quitté. Pas besoin d'avoir de la broderie.


                  _Monsieur? Une femme vient me sortir de mes pensées. Je la regarde. Elle me regarde. Je regarde autour. Elle me regarde encore. Putain de pot de colle. Je ne lui ai rien fait à celle là, pourtant.
                  _Quoi? Ca, c'est le ton le plus gentil que j'ai pour toi, ma petit dame.
                  _Vous êtes perdu, non?
                  _Comment vous savez ça? Oui, je cherche les dortoirs.
                  _Je le sais, parce que vous êtes dans le quartier femme. Je vais vous y conduire. Aux dortoirs homme.

                  Et merde. Encore une qui me prendra pour un con. Mais rien à faire, j'hoche bien la tête comme font les gens biens. Une sorte de remerciement muet si elle veut. De bonjour un peu plus poli et elle pourra même y trouver des excuses si elle va chercher un peu plus loin. Comme quoi je suis un gars bien, moi. Alors je la suis, je mets un pas devant l'autre et on arrive vite devant une porte comme toutes les autres. Juste un peu plus grande. Beaucoup plus grande en fait. 2 immenses battants qui soutiennent un énorme trou de plus de 3 mètres de large pour autant d'hauteur. Z'ont des géants à héberger?

                  _C'est là.
                  _Merci ma p'tite dame.

                  Mon chapeau vient se perdre dans mes mains et ma gueule se baisse. Là, c’était de vrais remerciements comme je sais les faire.

                  Pis j'entre. Dans le capharnaüm. Dans le bordel. Dans l'odeur de sueur, de tabac, de frusques sales et de graisses de moteur. Sacré bon Dieu ce que j'préfère ça à cette foutue piaule de princesse. L'objectif maintenant? Trouver du papier pour s'excuser auprès de mon bout d'femme. Je serai pas là pour l'anniversaire de la petite. Ça va faire gueuler la mère.

                    Je plaçai finement la longue planche de frêne en soutient sur une table de travail, une ligne tracée au crayon traversant d'un bord à l'autre le matériau de charpenterie. Incertain de la finition de la dernière tâche laissée à un de mes acolytes quelques minutes plus tôt, je saisi sur l'étagère à proximité de mon espace de finition un papier sablé. Papier qui vint fermement caresser une des faces latérales de la planche, réduisant de même sa longueur, comme convenu dans les calculs. Suivant ensuite avec fluidité mon ouvrage, j'attrapai dans l'armoire d'une main distraite un racloir. Outil qui à son tour fut utilisé pour tendrement égalisé la hauteur de la planche pour que celle-ci vienne coïncider avec toutes les autres planches servant à la reconstruction des murs de l'aile B. Suivant l'ordre des tâches, je me tournai vers le même étagère pour y trouver une scie, outil nécessaire à la coupe de la planche, là où le trait l'indiquait clairement. Mais comme de fait, lorsqu'on a besoin de quelque chose, ce dernier doit obligatoirement se faire absent.

                    Soupir.

                    Regard anxieux à gauche. Personne.

                    Regard anxieux à droite. Personne.

                    Visiblement personne n'était sur l'aire de travail pour l'instant, ainsi, pas de jugement, pas d'étonnement. Pas de numéro de cirque comme à la salle d'entraînement.

                    Blade Mode 1

                    Un liquide froid s'écoula vivement dans mon bras droit. Rapidement, la transformation s'effectuait. Mes muscles se raffermirent, s'affinèrent, s'acérèrent pour devenir mortel. Mon coude, normalement articulé, devint complètement circulaire, n'étant plus qu'une mince courbe scintillante qui renvoyait l'éclat du jour qui filtrait par la paroi calcinée du milieu en réparation.

                    Je posai un simple regard sur mon bras, devenant de plus en plus habitué à la sensation que me procurait une métamorphose de mon fruit du démon, pouvoir maudit qui s'avérait chaque jour très utile. Je levai mon bras au dessus de ma tête, prenant un simple élan d'un pas vers l'arrière.

                    Certain s'entraîne toute leur vie pour casser des planches. Moi j'improvise.

                    Simple scintillement, éclat d'une lumière sombre qui se répercute à travers la pièce, suivi du chuintement classique du sabre remis au fourreau. La planche, quant à elle, se voit fendue en deux parties, dont l'une, déséquilibrée, chut au sol.

                    Une planche de plus pour la réparation.

                    -Euh Commandant?
                    -Hein quoi?!
                    Surpris dans mon intimité, je relevai la tête pour faire face à un jeune homme en uniforme.

                    -On requiert votre présence aux dortoirs des hommes du second niveau du navire, Commandant.
                    Reprenant en main mon rôle d'officier supérieur;

                    -Déclinez votre nom et grade monsieur, puis si vous vouliez ensuite me faire part de la situation…

                    ***

                    "Un autre connard venu te voler du grade…"

                    -Oh bon sang Dark.

                    "Qu'un connard j'te dis! Qu'un connard!"

                    -De un, tu ne l'as jamais rencontré. Tu peux donc pas juger de si oui ou non ce mec est un connard. De deux, un chasseur de primes ne viendrait pas s'enrôler dans la marine à tout bout de champ tu sais. Salem a mentionné qu'on lui faisait faire un bout de chemin jusqu'à la prochaine île.

                    "Et alors? S'il veut justement la peau de Salem! Ou pire! La tienne!"

                    -Trêve d'idioties Dark. Un rapport complet des infos s'teplaît.

                    "Bon alors, comme Karl disait un peu plus tôt, on a Mihai Moon, un chasseur de primes dans la trentaine -J'lui en donnerais quarante-, soit disant charpentier de talent. Ah et…on l'a retrouvé sur le bord d'une plage de Little Garden. Ah et…c'est Salem qui décide."


                    Je pénétrai le dortoir. Une odeur que j'avais longtemps connu que celle qui émanait de l'endroit. Léger sourire à l'attention des hommes se reposant, jasant, s'engueulant. Un silence, une seule seconde lorsque Double Face fait son entrée. Juste assez longue pour faire me faire comprendre que personne n'était encore habitué à ma présence. Certes, j'étais reconnu pour mes performances de guerrier et mes exploits sur Little Garden, mais toujours comme un homme quelque peu effrayant. Défaut qui me suivrait probablement toute mon existence.

                    -Garde à vue Messieurs!

                    Au moins le grade était efficace, un truc qui ne faisait pas de quartiers. D'un seul mouvement, tous se levèrent, plaquèrent la main sur leur front, droits comme des piquets. Tous s'exécutèrent, tous sauf un.
                    L'homme en question, c'était Mihai Moon.

                    Assis à un pupitre au fond, penché sur un papier qu'il meurtrissait à l'aide d'une plume et de l'encre. Je m'assis à sa gauche, le siège n'étant qu'une couchette improvisée en banc sur lequel nous étions désormais tout les deux assis.

                    Dark avait raison. L'homme donnait plutôt l'impression d'être dans la quarantaine, les traits tirés, fatigués. Un homme qui en a vu, un homme à qui la vie n'avait pas fait de cadeaux, un peu comme moi. Le genre d'homme chez qui l'orgueil est le seul truc avec lequel on peut tergiverser. Un truc connu chez un homme qui a passé six ans dans un asile. Un truc de dur.

                    -C'qui l'heureuse à qui t'écris tout ça?


                    On se fait la bise? 599742Zetsu2On se fait la bise? Oswald10
                    • https://www.onepiece-requiem.net/t3486-fiche-de-double-face
                    • https://www.onepiece-requiem.net/t3227-oswald-double-face-jenkins-t-as-un-probleme-avec-lui
                    Ma belle femme.

                    J'suis désolé. J'pourrai pas être avec toi avant un moment. Une broutille m'oblige à passer un peu d'temps sur le Leviathan. C'est immense. Embrasse la petite pour moi.

                    Je vous aime.

                    -C'qui l'heureuse à qui t'écris tout ça?

                    Y'a quelqu'un qui me parle, je crois. Alors gentil comme je suis, je me retourne. Sauf que j'aurais pas du au vu de la gueule du guss. Une sale tronche comme on aime pas souvent les voir mais qu'heureusement, on voit pas souvent.

                    A qui que j'écris ? A ta mère.

                    Ça, c'est ce que je lui sors. Enfin, ce que j'aimerais. Parce qu'au vu des mirades des autres, ça n'a pas l'air d'être le guss qu'on cherche. Sa gueule à moitié noirâtre, à moitié pas noirâtre et cette voix qu'est trop gentil par rapport au reste. Alors je réfléchis à un truc plus sympa, histoire de passer pour quelqu'un de bien, de presque gentil sans trop lui cirer les pompes, à ce monstre. Parce que oui, les sales gueules comme ça, d'habitude, je les casse.

                    _A quelqu'un je crois. Une femme, un homme. Qui sait ?

                    L'enveloppe se plie, mon mégot se rallume.

                    _Mihai Moon. Et toi ?

                    Voilà, c'est dit, l'a compris que s'il voulait pas m'emmerder, fallait juste s'occuper de son cul, surtout quand on ressemble à un truc aussi moche. Je le mire, on se mire. Je sens que les autres autour, z'ont fermé leurs gueules tellement z'ont été surpris de comment je la lui ai fermé, de gueule. Un peu trop ? Beaucoup ? Faudrait quand même pas que je m'excuse non ? Journée de merde.

                    _Ecoute l'ami, j'suis crevé. Si t'es là pour me filer du travail, on y va de suite. File moi du bois, une scie, et je trimerai. Mais ma vie, c'est la mienne. De vie. Navré si j't'ai vexé.

                    Pas content ? Tire encore la gueule ? Boarf. Tant pis.
                      Regard. Le regard. L’œil naufragé s’allume d’une lueur incertaine quand ce dernier se retourne et s’étonne devant mon visage. Ce regard du mec qui ne comprend pas, ne trouve pas d’explications concrètes et rationnelles à l’air que j’lui fais. Dégoût peut-être? Se retiendrait-il même de me fendre la gueule d’un bon pain de sa droite qui a lâché la plume? Je n’le sais pas, et m’en fou. Depuis longtemps que ce regard je sais le reconnaître, chaque nouveau visage l’affiche une simple seconde, minimalement, lorsqu’on m’aperçoit et qu’on ne comprend pas. Qu’on ne comprend pas pourquoi un tel monstre que Double face existe, pourquoi une telle aberration est-elle acceptée parmi les rangs du gouvernement. Cette réponse, personne ne l’avait, même pas moi, du moins, pas pour le gouvernement. Là c’était simple, si on me tolérait sur c’navire, c’était pour éclater la tronche du premier troufion qui aurait la malchance de se proclamer pirate devant moi, mais ça, c’était une autre histoire.

                      Donc Mihai me mire, me juge, se trouble à se polluer l’œil sur mes deux couleurs. Puis me répond. Réponse simple. Réponse vague. Réponse du genre « c’pas tes affaires tu me pompes l’air. » à la grand solitaire. Réaction normale que je dirais, mais réaction qui fait mal tout d’même. C’est comme un nouveau poignard qu’on m’enfonce au cœur que de m’envoyer promener avec toute la verve qu’y peut bien rester à un naufragé. Pour moi, rien à voir avec c’que peut ressentir le bonhomme, seulement ma tronche compte, seulement cette malédiction des cieux qui me rejette un peu plus de la société chaque jour compte. Et c’est bien sûr de là que j’me doute bien qu’l’agressivité du charpentier prend naissance, de ce rejet inné qu’à l’espèce humaine envers moi.

                      Poignée de main comme il se doit, l’atmosphère devenue tendue dans la salle se détend. Certains mousses et matelots retournent à leur activité après l’épreuve psychologique imposée par le débat silencieux tenu plus tôt entre le nouveau et Double Face.

                      -Jenkins. Oswald Jenkins. Mais tout l’monde m’appelle Double Face ici. Du moins, pour la plupart. J’suis chef de charpenterie du Léviathan.

                      Puis il en rajoute, se plaint à la manière des durs. Vient me raconter sa vie en une ligne et demie. Puis indirectement me fait savoir qu’il sait comment s’y prendre avec le bois. Je le matte avec un regard froid, un peu du même genre qu’il a pu me faire un peu plus tôt, me lève, puis lui fait signe d’me suivre.

                      « Tronche de connard. »
                      -Je sais.
                      « Y s’prend pour un autre cet idiot. »
                      -Je sais.
                      « J’espère que tu vas pas juste lui montrer où travailler quand même? »
                      -T’inquiètes je sais c’que j’fais.

                      De retour là où plus tôt je réparais un trou dans la coque du navire, l’endroit est toujours désert, mon équipement toujours à sa place. On entre, j’m’approche du trou qui donne sur l’océan, immense, infini, mortel dans mon cas. Puis violemment, sans prévenir, mes muscles se tendent, se secouent, bougent, et, un instant plus tard, mon poing droit va directement s’enfoncer dans la joue de l’autre.

                      Moon mange le coup sans broncher, recule un peu, j’y suis pas allé très fort. Peu importe, il a comprit où j’voulais en venir.

                      -Y’a personne dans le coin, l’aire est réquisitionnée pour réparation. Ici , t’inquiètes tu peux dire c’que tu penses vraiment. Dans mon cas c’est déjà fais.


                      On se fait la bise? 599742Zetsu2On se fait la bise? Oswald10
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                      S'attend à quoi, le monstre, en me frappant? Je lâche un juron de surprise tellement je l'avais pas vu venir celle là. Ma main vient se perdre contre la lèvre qu'a déjà doublée de volume. L'a de la force le con, heureusement que j'étais bien cramponné. L'enfoiré cachait bien son jeu. Je lève les yeux vers cet enfoiré, mes pieds s'avancent vers lui. Et là, je lui souris.

                      Avant de lâcher mon poings sur sa sale gueule.

                      Vrai que dire les choses comme ça, ça évite les incompris. Sauf que j'avais pas imaginé que mon poings se torde sous le coup. J'avais pas prévu d'tomber sur du si dur. L'a la gueule métallisée ou quoi? Ça lui donnerait une excuse pour sa sale gueule au moins. Je le fixe comme pour comprendre et cette fois, c'est lui qui se mare. De voir ma gueule du gars qui comprend pas. Vrai que je me sens con, là. Depuis quand c'est moi qui subit les coups que j'donne? Pas l'habitude. Oh ça non. Mais ça m'fait marrer. J'aime bien les gens qui cachent leur jeux. Quoi qu'avec sa gueule, j'aurais du m'en douter...

                      _C'que je pense vraiment? Héhéhé. Que d'al l'ami. J'suis là pour pas longtemps. J'ai pas envie d'être là, mais j'le suis. Alors j'ferai le trajet et j'trimerai pour payer l'dut. C'que je pense vraiment? Que cette coque est dans un sale état et que plutôt que d'la réparer, on s'tape dessus comme des cons. Et faut pas croire, mais j'réfléchis des fois. Et j'me dis que tant que c'sera pas réparé, on pourra pas repartir.

                      Une tige vient se rouler dans mes mains avant de s'coincer entre les lèvres et de s'allumer.

                      -J'te devais un poings, j'l'ai rendu.

                      En fait j't'aime bien l'ami. J'te l'dirai pas, bien sûr mais ta façon de pas passer par quatre chemins, j'aime ça.


                      Alors que le mégot se fait consumer en coin de bouche, je trouve quelques papelards et un bout de crayon de bois qui traînent. Le papelard finit sur une sorte de table. Le bout de bois se fait tailler et le mètre se sort de ma poche. Y'a tellement de trous à boucher dans cette foutue pièce que je sais pas par où commencer. Mais faut s'y mettre alors les mesures se prennent. Y'en a sûrement pour une demi journée de travail à deux si le gars sait faire aut'chose que foutre des poings.

                      _Z'avez assez de réserve de planches pour boucher les trous au moins? Ou faut que j'aille chercher du bois dehors? Si on veut pas faire d'bricolage faudra attendre un mois d'sechage... Et sérieusement, j'ai pas envie d'passer un mois d'ma vie dans c'trou..."
                        Un poing vient se coller sous mon menton, pas d’bol, je sais y faire.

                        Blade Mode 3

                        Un froid liquide se diffuse sous ma peau et se refugie précisément au niveau de la cible de Mihai. Je sens ma peau se durcir, s’acérer, s’affiner, puis le poing s’étampe dans mon visage, ne procurant chez moi qu’un simple recul par la force du choc. Lui aussi sait cogner, au moins un truc bien chez ce type. Il ne comprend pas, cause l’amusement chez moi qui sent le pouvoir de mon fruit du démon s’estomper doucement. Au moins, j’reconnais chez lui un mec rationnel, qui semble bien ancré dans l’vrai monde. J’lui envoi un sourire narquois, puis lui glisse sans trop de défi :
                        -Le pouvoir de mon fruit du démon me rend aussi solide et coupant que d’l’acier, les cogneurs dans ton genre je sais les mater comme tu peux voir.

                        Regard entendu, pas du même genre que le premier regard. Un regard qui comprend cette fois. Mihai semble apprécier, profiter de mon style direct plutôt. La moitié claire de mon visage lui renvoi le concept dans le même genre, mais version Double Face.

                        Puis il s’y met. S’attèle à l’ouvrage, rapidement il se saisit d’un bout d’bois qui traîne, en prend les mesures, trace les traits qu’y faut aux bons endroits. Et ça, c’est un diplômé en ingénierie navale qui vous le dit, d’un simple regard, on pouvait savoir que l’homme usé qui attaquait la planche de son crayon s’y connaissait. Comment? Bof, si il se rend utile à la réparation du Lév’, pourquoi s’attarder sur des broutilles?

                        Puis il s’y remet. Sans se retourner, il se la rejoue à la dur, se plaint indirectement pour faire savoir qu’il est presqu’indispensable. J’le prends bien cette fois, faut savoir s’adapter avec des esprits du genre. Il questionne l’inventaire donc, veut savoir si il allait devoir se la jouer bûcheron. J’ai une pensée pour le fort carbonisé de Morvak et de ses pirates qui devait toujours prôner au centre de la clairière non loin du navire colossal. Si ce dernier n’était pas parti en flammes, on aurait facilement pu remplir les réserves avec les restes du bâtiment. Mais pour l’instant, les calles étaient toujours pleines, pleines comme il fallait.

                        -T’inquiète, le bois on en manquera pas.

                        Simple, concis, précis. Que demander de plus?

                        Je pose les yeux sur la pièce, l’étage est un vrai gruyère. J’avais déjà réparé une bonne partie de l’endroit mais un important travail restait à faire. Mais j’avais confiance, en moi comme en mon nouveau partenaire, les autres étages du navire, je les laissais à mes mousses pour l’instant. Mieux valait s’introduire comme il fallait avec le Mihai.

                        Il cherche une scie pour en finir avec sa première planche dont les prises de mesures sont terminées, je n’en utilise pas, malheur à lui. Alors je m’approche, le bouscule calmement pour me faire une jolie place, appui une de mes mains sur la planche, lève l’autre haut dans les airs. Puis le temps s’arrête, un instant, une simple seconde où mon bras, avant de s’élancer, s’effile, se métallise, se transforme en un sabre incurvé par la vitesse de sa descente.
                        La seconde plus tard, la planche est prête, les restes tombent au sol, on les ramassera plus tard.

                        -J’vais demander qu’on nous apporte d’autre planches. Tu m’préviendras quand t’en aura un paquet à couper, j’m’occuperai de remplir les trous dans les murs en attendant.
                        Je souris. Sacré moi.
                        « Ce type reste un connard. »
                        -Bon sang Dark!


                        On se fait la bise? 599742Zetsu2On se fait la bise? Oswald10
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                        « Ce type reste un connard. »
                        -Bon sang Dark!

                        Putain d'merde. Encore un truc que j'avais pas tilté chez ce zozio. En plus d'avoir un fruit du démon il se tape la double personnalité qui va avec. Ils savent plus qui engager chez les mouettes. Mais le guss sait y faire. Oui, p'têtre bien qu'il coupe vite et comme il faut. Qu'il a l'air de manier son pouvoir comme s'il était né avec. Mais quand même. Y'a des hôpitaux pour c'genre de personne et c'est pas pour rien.

                        Mais c'est ce qui ressemble le plus à un boss ici,-même si j'jamais eu de boss, moi-, alors j'dis rien. Je m'écrase même. Parce que je suis un gars bien. Faut pas croire. Et j'trime. Comme il faut.

                        On réussit vite à trouver l'équilibre, c'qui tend presque vers un travail d'équipe. J'prends les mesure et j'trace les traits. Il coupe et installe. On travail si bien qu'en quelques heures la coque se met à ressembler à un coque, 'fin dans cette pièce. Toutes les planches ont étés coupées à la perfection. Pas d'recoupe à faire. Pas d'jour ni de connerie du genre. On est des pros et ça se voit.

                        J'souris.

                        _M'dis pas que c'est déjà fini?

                        Il me regarde de travers avec ce qu'a l'air de ressembler à un sourire. Me lance un baragouinement ou deux que je ne comprends pas. Et m'amène dans une salle immense. Le genre de salle qu'on croit pas possible tell'ment tout est trop grand. Les murs, la hauteur de plafond. Les trous béants. Le nombre de guss à trimer dessus. Le nombre d'outils et de planches qui trainent. Me faut un moment pour comprendre. Pour voir l'organisation là où le gars lambda verrait un bordel. Une équipe de cent gars répartie en trois groupes. Les mesureurs, les coupeurs et les placeurs. Forcément que ça fait salement impressionnant. Une clope se roule entr'mes doigts comme pour me donner une cont'nance. Puis s'allume. Double personnalité, à côté, continue à regarder d'un œil presque fier tout ce beau monde qui trime sous son œil. Moi, jamais bossé avec plus d'un dizaine de péquenots. Mais je m'en fous. Même pas peur.

                        _J'sais bien que t'es fonctionnaire, mais on y va ?

                        Mon mégot se jette et je pars trimer. Je vois un gars qui coupe des planches de bizo comme un manche. L'est pourtant pas jeune, serait censé avoir de l’expérience. Avec sa grosse barbe et ses épaules de bûcheron, il me rappelle Grigore. Sauf que le Grigore, il sait trimer lui. Alors le faux, je lui fous un coup d'épaule et lui dit de laisser faire les pros. L'est prêt à en venir aux mains. Je le fixe. Il s'écrase. Pauvre merde.


                        Je recommence le labeur. Les planches défilent. Les scies aussi. A force de trop les faire siffler, leurs lames viennent s'effiler et finissent par ne plus rien couper. Les heures passent ainsi. Sans la moindre coupure. Les mains se recouvrent de sciure et de coupures. Les frusques de poussière et de transpiration. Les regards de rouges et de fatigue.

                        Et, sans que je ne m'en rende copte, la nuit tombe. Les hommes sortent et la pièce se vide. Et j'me retrouve là, comme un con, seul. C'est l'heure de partir. D'aller se remplir le bide et de dormir pour tenter de récupérer.