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Fuck'in Hospital

*Dans quel merde m’étais-je encore fourré ?...*

Me v’la attaché et bâillonné au fin fond d’une cale dans je ne sais quel galère miteuse, côte à côté d’un loubard soupe au lait franchement stupide qui n’arrête pas de bavasser et de balancer toutes les conneries qui lui passaient par la tête. Si il m’avait pas balancé 45 fois que son petit nom c’était Hhan Brank Ignol, je m’en serais jamais douté quoique qu’avait un nom pareille, qui avait le mérite d’être euphonique et mémorisable, je n’étais pas prêt de l’oublier le bougre. Hhan était un sacré gaillard, avoisinant un bon 10 pied de hauteur pour une pesée de 110 kilos de graisse, il n’avait rien à envier aux ténors du genre et à ces congénères galériens aussi bien lotis. Hhan Brank Ignol ne pouvait s’empêcher de déblatérer en permanence des inepties, moyen de se faire bien considérer par un entourage de forçats et d’abrutis forts ingénus comme vous pouvez vous en douter. A la rigueur, je me fous d’entendre ses talents oratoires mais bordel que quelqu’un fasse quelque chose pour l’odeur pestilentiel que cette enflure m’envoie à chaque mouvement de rame dans les naseaux. En termes de relent savoureux et concentré de dessous de bras, il se pose la. Ca vous réveille les papilles et charme subtilement votre appendice nasal. Ouais vous avez bien entendu et sans doute la première question qui vous traverse l’encéphale serait de savoir ce que j’avais bien pu foutre pour me retrouver dans ce bateau démoniaque où l’on fait trimer les esclaves des Nobles jusqu’à ce qu’ils suent sang et eau et qu’ils s’effondrent d’épuisement.

‘Cha va t’y bien, mon bon ? J’ai point vu le coin’ de t’a poire, tu dois être bien nouveau. »

Me voyant me tortiller sévère comme un ver et essayant d’émettre quelque son audible. Il renchérit :

« Bah aaaloors, tu m’snob, c’est ca, M’sieur le richard en costar ?! Hé mais c’est que t’as une bien belle veste, mon salop…je peux te la prendre, hein hein, dis le, heeeeein ? »

« Grmpfh Grmpgh,Co... »

« Je pige rien a ce que vous dit’es mais j’prend ca pour un oui »

*Sale enflure, tu t’attendais à une réponse, t’es aveugle ou débile mentale, ou les deux à la fois pt’ain…*

Et vl’a comment je me suis fait tirer d’une sublime veste à 250 000 berrys fraichement claqué la semaine dernière dans un quartier chicos de Luvneel. L’idée que ce pequenot puisse ainsi porter le même habit que moi m’horripilait foutrement, sa sueur et toute sa peau innommable m’ont directement fait mettre une croix sur cet investissement…

Vous imaginez bien qu’un mec de ma classe, de ma trempe, de mon standing, de ma prestance formidable, qui taille davantage dans le costume 3 pièces sur-mesure et dont le tissu sublimissime coute plus cher que la peau de votre fesse droite surmonté d’un diamant rose 24 carats, ne peut se résoudre à se complaire dans un uniforme zébré tout poisseux et visqueux au possible. Le matricule qui figure sur mon pectoral droit M-16432 cousu à l’épingle à nourrice à l’aide d’un fil doré, rajoute une couche à l’aspect indélicat de l’accoutrement bicolore tandis que des fers et un boulet en fonte taille XXL m’empêche de me faire la male par-dessus bord pardi ! Bah bien sûr, il est bien connu que le détenteur d’un Fruit du démon lorsqu’il souhaite fausser compagnie à l’assistance, il se prend un petit séjour dans le grand bleu…

Le motif de ma présence sur ce navire est foutrement risible mais puisque vous insistez, je vais instamment l’évoquer ici avec vous. Figurez vous que dans les affaires, on est parfois amené à prendre des choix irréversibles, ce n’est pas l’idée de liquider un type dont je parle, ca j’ai appris à le faire les yeux fermés, les histoires morbides de Luvneel sont pléthores et je dois bien avouer que j’ai foutu mon grain de sel dans pas mal d’entre elles. Seulement, cette fois-ci, j’avais essayé de ferrer un plus gros poisson et ce sans avoir l’hameçon idéal pour le ramener à bon port. Un foutu Aristo du beau monde de Luvneel, Nihil Calgon, le genre d’enflure de bonne famille dont les générations d’ancêtres étaient de riches propriétaires terriens faisant parti de la vague initiale des pionniers de cette contrée auparavant si inhospitalière. Pas besoin de vous faire un dessin, Nihil Calgon était typiquement le fils à papa qui a constamment un balai dans le fessier et qui en plus adore cette sensation qui pour lui est indescriptible. Bien mal ’en a pris, lorsque j’ai détroussé le pauvre garçon dans l’un des tripots malfamés de Luvneel…faut dire que je l’avais laissé repartir avec son slip moulant rose avec des petits canards étaient pas du même effet pour garder la tête haute dans les rues de Luvneel. Ouais, je suis comme ca, lorsque j’ai tendance à remporter la gagne et que je m’emporte, je me sens obligé d’humilier l’adversaire, règle élémentaire de mon code d’honneur. Seulement, le bourge s’en est plaint à papa Calgon qui a utilisé son réseau pour m’assigner quelque griefs à la con pour que les autorités me convoquent et sous-entendent sciemment que mes activités étaient loin d’être légales. Papa Calgon avait sans doute versé de copieux pots de vins et attendaient en retour un cachet astronomique pour enterrer l’affaire et arrêter tout forme de poursuite. Plutôt crever que de verser le moindre sous à ces moustaches peignés, aussi ai-je décidé de simuler la folie, l’aliénation pure et dure de l’homme d’affaires qui a littéralement cédé au Burnout et qui se retrouve obligé de faire un séjour de plusieurs mois dans l’un de ces établissement où l’on vous colle une camisole et des baffes accessoirement pour se calmer les nerfs. Résultat, 4 jours plus tard, on m’embarque comme un putain de paquetage avec tout l’attirail du bon dégénéré mental et voilà où j’en suis désormais.

Je m’attendais pas à un navire de première classe certes mais celui-ci n’avait vraiment rien du confort réglementaire à attendre ne serait-ce que d’un navire de marchands. La galère fendait les eaux à toute vitesse, le batteur donnait le rythme et les gars rêvaient d’un bon bol de soupe chaude. Y’avait bien une trentaine de mecs, sapés de la même blouse blanche dernière mode avec les petits motifs à pois noires, histoire qu’on nous repère bien partout où on pose le foutu pied. Dans le lot, des types qui bavent comme si ils avaient la rage, d’autres qui se frappent la gueule jusqu'à se faire pisser le sang, en parlant de pisser, y’en a d’autres qui se font dessus et qui s’amuse dedans…

« Pt’ain, où est-ce que je suis tombé, manquerait plus que l’autiste pour que l’assortiment soit complet. Puis avec le bol que j’ai, y’en a bien un, qui va venir me ruiner la gueule à la fourchette pour que le cauchemar soit complet… »

« IIIIIIIIIIILE EN VUE, Capt’ain mais mais qu’est ce que c’est que ce bordel «

L’armateur sort de sa cabine en trombe, à moitié défroqué comme d’habitude, occupé avec une jolie jeune femme, un brin plus âge que lui à la poitrine opulente dénudée. A peine gêné de sortir de la sorte, le gros ventripotent se précipite à la barre et jette un coup d’œil à la longue vue.

« Bah Qu’est ce qu’il y’a Flynn, pt’ain ?! »

« Rien capt’ain, juste que j’aime vous interrompe au moment fatidique, m’voyez «

« Les autres débiles en bas suffisent pas, faut que tu rajoutes une couche, foutu équipage, foutu travail à la con. Qui m’a fiché des abrutis pareils ! Tenez le cap et tâchez pas de vous la jouer plus malin que vous l’êtes. «

Bientôt, nous accostâmes sur le territoire où trônait tel un détritus dans un paysage d’exception, ce que je supposais être le fameux asile de décadents dont je faisais désormais partie. Le bastion était dans un état déplorable et bien entendu comme vous vous en doutez, je me réjouissais par avance d’en gagner les chambres luxueuses en capiton.

    Arthur Booyabeth était un sacré lascar. Mais étonnement, ce n'est pas lui qui se tenait pieds et poings liés dans ce long couloir au bout duquel Alfons Laput' était persuadé de trouver la mort. Déjà que tout près de lui se tenait un... humanoïde vivant qui y ressemblait drôlement. Pas de visage, pas de peau... Ou du moins rien de visible. En effet, à la place de l'habituelle tête de l'être humain ne se tenait qu'un crâne, certes rempli, mais d'une lueur particulièrement inquiétante. Et si jamais il possédait un soupçon de peau autre part sur son corps, il s'était foutrement bien appliqué à la camoufler. Si certes Alfons ne voyait le bonhomme que de dos, il était persuadé que la chemise blanche au col haut était parfaitement close à l'avant du corps du bonhomme, dissimulant ainsi la totalité du haut de son corps, à l'exception des mains qui, elles, portaient des gants, blancs, identiques à ceux qu'on enfile à tous ceux qui sont amenés à traverser ce couloir. Alfons en était persuadé, l'individu qui marchait devant n'était pas un homme. Ou en tout cas, plus. C'était un squelette. Un énième squelette. Venu pour le dépiauter. Pour dérober sa peau et en faire à son tour un mort-vivant. Alors Alfons se mit à paniquer, et hurla.

    "Raaah, mais, il peut pas fermer sa gueule lui?"
    "Laisse tomber, Arthur. Des cinq nouveaux arrivants, celui-ci est probablement le plus timbré. Et la présence de ce mec au crâne bleu n'arrange rien. J'en ai marre de bosser ici, dans c't'hôpital rempli de fous furieux. Enfin... moi je ne les côtoie pas tous les jours au moins. Je ne fais que les réceptionner et te les amener. Le plus dur, c'est toi qui te le tape. Désolé mon gars. D'ailleurs, on arrive, donc je vais te laisser là mon ami. Bonne chance."
    "Tu m'laisses comme ça avec ces 5 types dont ce gros con qui gueule?"
    "Ouais. Allez, tchao !"
    "Ah la pute !"
    "AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA-vous m'avez appelé?-AAAAAAAAAAAAAAAA----"
    "Hein?"
    "AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA-lfons Laput', c'est moi ! Et comme les gens m'appellent Hal, j'ai cru que vous m'parliez à mo-AAAAAAAAAAAAAAAA----"
    "Bah, pas spécialement, mais maintenant que j'y suis, si vous pouviez vous taire, ça m'arrangerait."
    "AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA-mais j'ai peur !-AAAAAAAAAAAAAAAA----"
    "Nan mais... et puis merde."


    *BAM*

    Arthur Booyabeth n'était pas un délicat, et heureusement pour lui, car s'il ne l'avait pas frappé, Alfons Laput' ne se serait jamais tu. Et si maintenant, il devait porter ce dernier, sa douleur aux oreilles avait trouvé une fin des plus honnêtes. Hélas pour lui, ce n'était ni la première ni la dernière fois qu'Arthur entendant un plouc lui hurlait aux oreilles. Et il le savait. C'était probablement l'aspect le plus désagréable d'être le gardien principal de l'asile de Xeraud Town. Piteux d'apparence, ce dernier n'en était pas moins l'un des endroits les plus jolis de la ville, bien qu'isolé de celle-ci. Ce n'était pas particulièrement compliqué, cela dit, vu l'état dans laquelle le dit patelin avait sombré dans la débauche et la connerie, d'années en année, d'abord sous le joug de l'ami Troy Francis puis de celui de son fils, encore pire, Rockfor Egry. Ces deux-là, durant le temps qu'ils y vécurent, avaient largement eu le temps de créer et d'insuffler à la bourgade le spectre de tous les maux du monde. Le fait que l'hôpital psychiatrique soit surpeuplé n'était donc qu'une conséquence assez logique du chaos que les deux hommes avaient créé. Quelques années plus tôt, Arthur faisait encore partie des malades du dit asile. Mais la soudaine augmentation de l'effectif des fous depuis l'arrivée d'un groupuscule d'individus avait finalement amené les directeurs à recruter parmi les anciens patients les mieux rétablis pour constituer un corps de sécurité plus important. Et c'est parce qu'au final tous les autres cadres de l'hôpital avaient fui la ville ou sombré dans un travers quelconque qu'Arthur s'était finalement imposé au statut de gardien principal. Et à la différence de ses anciens collègues, il ne lâcherait point son poste sous la pression administrée par ses patients. Aussi voulait-il toujours faire forte impression lorsque de nouveaux quidams étaient déposés dans l'hôpital. Il n'y avait ainsi aucun risque qu'ils se rebellent contre lui. Et frapper l'un d'entre eux était généralement le meilleur moyen de s'attirer le respect des autres nouveaux venus.

    Et pour une grande partie des nouveaux venus, ce jour-là ne manqua aucunement à la règle. A peine avait-il assommé Alfons Laput' que trois des quatre récents patients avaient frémit. Mais 75% de réussite était un taux qui ne convenait nullement à notre bon vieux gardien-chef. Parce qu'effectivement, l'un des débarqués du jour ne semblait pas le moins du monde touché par le sort du fou furieux qui hurlait un peu plus tôt. Typiquement, Arthur en fut frustré. C'est ainsi que ce matin-là, après avoir enfermé tous les parvenus, l'attention du bonhomme se porta quasiment uniquement sur Sharp Jones, le crâne. Il ne savait pas d'où il sortait ni comment il était arrivé là, mais une chose était sure, il n'était pas net. Ce qu'Arthur n'avait cependant pas prévu, c'était qu'il n'était pas le seul à s'être intéressé au bonhomme. Aussi, quand Rockfor Egry, patient de son état et accessoirement individu le plus dangereux de l'hôpital appela le gardien qui quitta immédiatement du regard la cellule du crâne afin de se lever pour rejoindre celle de l'homme en blanc, il ne se doutait pas du sujet qu'il allait aborder.

    "Qu'est-ce tu veux, Egry?"
    "Oh bah, Arthur... pourquoi tant d'agressivité, voyons?"
    "Je me méfie. Tu t'affirmes roi et tu l'es plus ou moins. Tu domines cet hôpital d'un bout à l'autre. Ta secte, les patients... même certains médecins te traitent comme un demi-dieu. Et y a que les gardiens pour s'opposer à toi. Alors oui, je me méfie, Egry."
    "Oh? Je ne suis qu'un simple roi en cage pourtant. Et malgré ta conscience qui t'interdit de m'écouter, je te rappelle que tu es aussi mon sujet."
    "..."
    "L'après-midi, tous les patients sont libérés de leur cage et peuvent vaquer dans la partie de l'hôpital qui leur est dédié à leur guise. Tous, sauf les nouveaux qui sont censés passer des tests."
    "Qu'est-ce que tu veux?"
    "Cet après-midi... laisse-les sortir. Tous."


    Alors Rockfor détourna le regard et repartit s'allonger au fond de sa cellule. Arthur frémit et retourna guetter la cellule du crâne. Il resta là de longues minutes. Puis Sharp Jones vint poser son regard sur lui. Un regard froid. Alors le gardien-chef se leva et s'approcha de l'homme enfermé. Il ouvrit la porte et vint coller sa bouche tout près de ce qui pouvait servir d'oreille à l'individu. Et chuchota.

    "Tout à l'heure, tu es libre de faire ce qu'il te plaît. Mais ne t'approche pas du type en blanc. Et si jamais tu t'en approches alors... tue-le."



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    • https://www.onepiece-requiem.net/t4401-rockfor-egry-un-bonhomme-qu-il-est-moisi
    « Le Crane, vl’a ta bouffe. Régale toi bien et bienvenue au sanctuaire ! »

    « Cette ruine, un sanctuaire ? Nan mais vous vous êtes tous donnés le mot ou vous vous foutez véritablement de ma gueule ? Reprend le ton plateau enflure, j’en veux pas de ta daube »

    Un sanctuaire…ce qu’il ne fallait pas entendre, ce trou miteux, cette abomination esthétique, cette monstruosité pouilleuse où cette bande de gueux et vanupieds séjournaient et faisaient profiter de l’odeur aigre de leur urine chaude déposé sur les murs de l’enceinte de l’asile, n’avait Rien d’un sanctuaire de guérison. Il n’y a qu’a passer deux minutes à regarder l’aspect vétuste des murs et les conditions d’hygiène de cette maison de dégénéré mentaux pour comprendre qu’on était pas tombé dans le nec le plus ultra de l’élégance et de la fraîcheur. Je crois bien que j’avais écopé de la pire des cellules enfin pardon d’espace de repos comme on dit ici. Passons en revue, le formidable habitacle de cette espace de plaisir inouï… je ne peux vous décrire toute l’admiration ressentie lorsque je suis tombé nez à nez sur le papier peint rose bonbon avec des petits chats. D’emblée, ca avait eu le don de me foutre les nerfs à vif mais passe encore, ensuite le pieux, sans matelas ni sommier, une vulgaire planche de béton armé tout juste propice à s’éclater le coin de la tête et se repeindre l’arcade sourcilière. Les waters euh pardon les chiottes, vous vous attendiez au dernier modèle de la collection SchioT-Hard…hé bien vous vous êtes foutu le doigt dans l’œil jusqu’au coude, c’était un trône franchement dégueulasse blindé de calcaire comme pas uns et qui avait une fonction jukebox intégré et relent de fosse sceptique.

    Ils se pourraient bien qu’en effet si je tarde trop dans cette cahute répugnante que je finisse par devenir l’un de ces déséquilibrés mentaux qui bavent comme si ils avaient la rage et défèquent là où bon leur semblent en s’esclaffant d’une manière fort sinistre. Vous vous demandez sans doute pourquoi j’ai pris tant de soin à vous dépeindre la cellule du majestueux et auguste Sharp Jones…car figurez vous que certaines autres détenus euh pardon patients sont pas logés à la même enseigne que bibi. Je pense notamment au type à la cellule adjacente à la mienne, Barnabé Schiassamort, qui se fait livrer des pâtes maison chaque jour et qui lui, possède un set complet d’ustensiles de cuisines pour se préparer ses entremets. Je fais aussi référence au mec en face, un bourgeois gentilhomme qui a pété les plombs après que sa femme ait passé l’arme à gauche, Augustin Robert de la Bouzzardière, pour qui les journées se résument à repeindre les murs de sa cellule de toute son incontinence…il a besoin d’éveiller son âme d’artiste, faut croire. Mais surtout, il y a un type que j’ai plus qu’aucun autre dans le collimateur, c’est le type qui figure au bout du couloir et qui peut pas s’empêcher de discuter 3 ronds de flanc à chaque gardien qui fait les 400 pas dans l’allée. A croire qu’il sent seul ou qu’il a besoin d’un type pour lui tenir ou pour lui mettre, je ne peux pas me prononcer encore.

    Ce que je sais cependant, c’est qu’il est comme Hhan Brank Ignol, le type que j’avais croisé dans la galère et qui avait une véritable foret vierge sous les aisselles…ouais, ils étaient tous deux de sacré gaillards. Rockfor Egry qu’il s’appelle et lorsqu’il a posé ses petits yeux malsains sur ma carne basané, j’ai tout de suite compris que ce fier Artaban n’avait comme votre serviteur, rien à branler dans cette asile de dégénérés. Le regard en biais, à moitié fourbe, à moitié malsain, le genre de clin d’œil qui peut pas vous laisser de marbre à moins que…vous vous appeliez Sharp Jones. Eh oui bonhomme, des regards enjoués comme le tien, des battements de cils et autres clin d’oeils en tout genre, j’en ai vu a la pelle héhé. J’en profite pour lui lâcher mon spécial regard noir même si le terme regard suppose que j’ai quelque globe oculaire relié à un nerf optique, choses qui me font défaut depuis une sacrée paire de lunes déjà. Rockfor Egry tient mon regard et désormais plus de doute sur le lascar, je sais que ce mec est de la même trempe que moi et qu’il va soit constituer mon pire ennemi dans toute cette foutu aventure ou qu’au contraire, il va en être le némesis. Tel un côque en pâte dans son costume blanc immaculé, le gus semble bien connaître les rouages de cette innommable institution et puis bon, c’est quand même le loustic qui a la meilleure suite de l’étage du couloir de la mort bordel, rien que pour ca, il mérite que je me penche davantage sur sa pomme. Les types comme moi en règle générale, je les aime guère, le plus souvent calculateur et froid, ils finissent toujours par essayer de me la mettre ce qui se solde par un aller simple dans le fleuve avec une brique de béton sur les chevilles. On va bien voir avec celui là mais mon petit doigt ou du moins mon os de petit doigt me dit que notre ami est résolument différent.

    Quel foutu capharnaüm cette asile putain, les mecs qui crient à la mort comme des fous furieux à travers les murs en placo et les autres abrutis qui me sert de voisins, j’ai pas été foutu de bien déchiffrer ce que l’autre gardien a voulu me faire passer comme message


    « heure…es libre…plaît. Mais…approches…type blanc. Et…jamais…tue-le «

    Qu’est ce que ce foutu charabia pouvait bien signifier et pas de bol pour moi j’avais pas mon guide des bribes de Champolion pour déchiffrer cette connerie. Je savais que ca venait de l’autre hurluberlu, au fond, ca je pouvais en foute ma main à couper ou même ma gueule à rôtir quoique ca ne changerait plus grand-chose à son état. Ce qui m’interpelle foutrement dans le discours c’est les dernières syllabes tue-le…que je bute le gardien ? Rockfor Egry ? Le directeur de l’asile ? Tout cela restait un mystère opaque, inextricable dont mon cher comparse Egry avait sans doute les clés pour résoudre l’énigme. En attendant, je me mûre dans un silence de mort, un peu d’introspection ca n’a jamais fait de mal…bien au contraire.

    En fin de matinée, on m’emmène dans les locaux du service psychiatrie de l’asile, un bien grand mot pour un bureau, deux chaises et une grosse rombière rousse à lunette en guise de doctoresse.


    «Bonjour Monsieur Jones, je suis la doctoresse Alvide Desaichs, heureuse de vous rencontrer. «

    « …il m’aurait été étrange qu’il en soit clairement »

    « Pourquoi ca ? »

    « Je sais pas…votre gueule pt’et bien, elle me revient assez bien. »

    « Vous m’en voyez ravi Mr Jones. Nous allons commencer cette thérapie par ce qu’on appelle dans mon jargon le test de Rohrsach. Le connaissez-vous ? »

    « Ne me prenez pas une bille doc. Je suis plus futé que j’en ai l’air. Grouillez vous par contre, je veux pas bouffer les restes a la cantine. »

    « Très bien. Dites moi ce que vous voyez ? »

    « Un Gorille qui fourre une banane dans le nez d’un mammouth »

    « Et là ? »

    « Bah la c’est moi dans toute ma splendeur, beau riche et ténébreux. »

    « Très bien et sur celle-ci ? »

    « Celle la c’est ma préféré, c’est lorsque le directeur vous saisit a califourchon dans son bureau le vendredi soir. Hahahaha »

    «… je suis navré que vous le preniez comme ca Mr Jones. Gardien »

    « La séance est déjà terminé ? Merde aurais-je gaffé quelque peu ?...Pardon doc, pardon ! Bwahaha»

    On me ramène dans mon antre puis vint enfin la bouffe puis l’après-midi. J’ai le droit à l’instar de tous les patients à un quartier libre en plein air. Drôle de façon de considérer que ce dépotoir est un foyer d’oxygène. J’ai oublié de vous dire que pour mon premier jour ici, on m’avait gratifié de sublimes gants blancs en latex comme ceux des gynéco lorsqu’il…non non oubliez ca. L’enceinte de loisirs de l’asile de Xeraud Town, était paradoxalement immense comparativement à la taille des cellules dans lesquelles on était logé. Encore un argument de plus pour que ces pauvres patients se fassent injecter une piqure mortelle. Je déambule dans le parc en observant le va et vient, histoire de me familiariser avec cet environnement pour en découvrir la faille exploitable et me tirer de ce bahut en décomposition. Normalement, ces sorties en plein air sont censés être des moments de partage et de communion avec les autres patients dixit les psychologues, je décide de faire de béa pour le coup et d’aller vers mon prochain. C’est plutôt marrant de voir que même dans un putin d’asile comme celui là, des clans subsistent. Les sociopathes restent avec les sociopathes, les psychopathes restent avec les hypocondriaques, les cannibales entre les cannibales et tout va bien dans le meilleur des mondes. J’évite subtilement les dits groupes cités précédemment tout en faisant mine d’être assez abruti pour pas susciter l’attention des matons et ainsi aller taper un brin de causette avec Rockfor le Blanc. Je m’assois sur les lattes du banc où mon cher interlocuteur s’est placé. J’observe l’horizon quelques secondes tel le penseur de rodin puis apostrophe mon partenaire :

    « En voilà une belle veste blanche, tu la vendrais pas par hasard ? «

    En haut de la butte qui surplombait le Parc, le directeur Arthur Booyabeth et Alvine Desaichs nous scrutaient de leurs regards inquisiteurs comme s’ils supputaient quelque chose quant à cette discussion proprement fortuite.
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