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Red Dead Cotillon




- Vous êtes donc condamné à... hum... Commença le juge, le bras levé, prêt à taper sur sa table. Il attendait ça depuis le début de cette nouvelle barbante séance. C'était à vrai dire le seul moment véritablement intéressant du boulot et certainement la seule raison pour laquelle il avait fait les études. Et même si, sur Hat Island, les études consistaient en un cours de six mois proposé par le maire du patelin, il y avait tout de même une remise de diplôme. Si son diplôme était depuis longtemps accroché sur un mur, le juge n'avait pas oublié ses leçons. Ainsi il décida de les ignorer et demander l'avis de l'avocat de la défense. Il aurait tout aussi pu parler à l'attaque, mais la chaise de cette dernière était un peu plus éloignée, rendant plus difficile la conversation discrète. Hé, d'après toi faut lui donner quoi ? Un truc fort ou pas trop ?
- On va quand même pas le condamner à mort, il a juste volé des poules...
- Pas faux
Répondit le juge à voix basse pour finalement relever la tête et s'adresser à l'assemblée
L'accusé sera donc condamné à la pendaison !
- WHO, c'est pas légèrement fort ça ?!
Continua à voix basse l'avocat
- C'est la seule condamnation qu'on a ici, ça et non-coupable. On devrait bien pouvoir s'arranger, le pendre pas trop longtemps, ou par les pieds...

Hat Island était une île définitivement séparée du reste. Consistant en une dizaine de petits patelins dispersés, un taux de criminalité étonnement haut avait provoqué une réaction assez direct de la part de la justice. La seule possible sanction devenant la pendaison. Si cette décision eu une nette influence sur la taille de la population, elle ne provoqua pas de baisse de criminalité. Être un hors-la-loi était une tradition profondément encrée dans la vie quotidienne, presque autant que les chapeaux. Effectivement, le territoire immense de Hat Island étant entièrement désertique, la protection du soleil était devenue obligatoire. Au point que, si l'on rencontrait quelqu'un sans chapeau, il pouvait être condamné par la loi. Rappelons maintenant que la seule sanction possible est la pendaison et on comprend pourquoi la population n'augmente pas depuis des dizaines d'années. En plus d'une population peu nombreuse, l'immense taille de l'île rend difficile la communication entre les différentes villes. Si il y en a bien une légèrement plus importante que les autres -économiquement, socialement et culturellement-, la plupart ne l'acceptent pas, prétextant ne pas vouloir montrer leurs propres statistiques parce que "ils les ont perdus dans le désert". Evidemment ils ne se donnent en réalité même pas la peine de faire les statistiques en question. On peut cependant admettre que ça vient aussi du fait que personne ne sait les faire. Les habitants préfèrent glander dans des saloon -le nom local des tavernes, tiré d'un certain Edward Saloon qui a réussit, en un jour à battre à la fois le record de boisson ingurgitée et de vomit éjecté le plus loin. On a cependant beaucoup remit en cause le second, critiquant qu'il n'avait été réalisable que grâce au premier- qu'apprendre à comprendre les chiffres. Ainsi, si ce n'est pas exactement pour les mêmes raisons -ici l'importance des chapeaux, de la loi et la contre-importance des statistiques-, la vie sur Hat Island est très comparable avec celle du Grand Ouest américain et d'un vieux Western. La seule véritable différence étant une invention prématurée du vélo. Cependant son utilité n'a pas encore était découverte. Effectivement, le territoire de l'île étant recouvert de sable, le véhicule est incapable de bouger.


Si son véhicule n'était pas non plus capable de se déplacer dans le sable, le navire de Canard avançait bel et bien sur l'océan. Depuis son départ de L'île au gros train, notre héros avait été envoyé sur Hat Island. Cela faisait plusieurs années que le Gouvernement était intéressé par cette dernière, et si notre protagoniste ne comprenait pas pourquoi, la marine comptait bien mettre la main dessus. Cependant, la nature chaotique des habitants -et des touristes qui, s'ils voulaient voyager ici, étaient bien frappés aussi- empêchait tout contrôle. On voulait continuer à se battre et à voler en toute tranquillité, pas besoin de le faire contre des hommes en uniformes payés pour ça. Le vieillard se fichait bien de toutes ces disputes, son seul travail -selon lui- étant de tabasser les hors-la-loi. Et des hors-la-loi, il y en a un paquet sur Hat Island. Maintenant arrivé au port du plus grand patelin, que l'on nommera Bull Town pour plus de facilité -et puisque c'était son nom-, le lieutenant regardait la ville assit dans sa chaise roulante. Il avait laissé son armure dans la cabine du navire de transport du Gouvernement. Souhaitant aller immédiatement en reconnaissance, il demanda qu'on le lance sur le sol, il aurait bien le temps de revenir plus tard prendre ses jambes. Avançant avec difficulté dans le sable, le sol ferme du port n'existant que sur exactement deux mètres, Canard accompagnait chaque avancée d'une nouvelle insulte, adressée à personne en particulier -sauf si quelqu'un a décidé d'installer le sable ici, dans quel cas il les mérite-. Après quelques minutes à traverser la place principale sans remarquer la présence de qui que ce soit, le soldat vit une assemblée.

Bull Town se diversifiait de beaucoup de villes par sa logistique. Elle était toute en longueur. En effet, il n'y avait qu'une seul longue rue, traversant tout le patelin et autour de laquelle les maisons et autres bâtiments étaient placés. Tout au bout de cette rue se trouvait un arbre. Sur une île désertique, ces derniers sont très rares, on les chérit donc bien plus qu'autre part. Sur Hat Island, où les pendaisons sont choses communes, un arbre devient presque un monument municipal. Le village avait donc été construit pour que tous les chemins y mènent. La solution la plus simple avait été de ne faire qu'un seul chemin. Actuellement, des gens regardaient alors que le voleur de poule allait être pendu. Dans ce genre de moment, une partie de la ville est réunie. L'autre partie est au saloon, soit se tapant dessus, soit buvant pour se remettre des coups. On en était arrivé au point où les bastons devenaient plus importantes que la boisson. Bull Town était le seul endroit au monde où les bars utilisent les combats comme pub et non les breuvages. De toute façon, tout le monde boit du whisky ou du rhum. Si tout se passait normalement à la taverne, la pendaison aujourd'hui était différente. Effectivement, le voleur n'était pas condamné à mort. Ainsi on avait placé un homme qui devait compter les secondes pour que l'homme ne meurt pas étouffé. On avait par contre oublié de prévenir Al que, pour compter les secondes, savoir compter les nombres était nécessaire. Ainsi après trente secondes le compteur se rendit compte qu'il ne le savait pas. Qu'il y avait eu trente secondes. Trop timide pour avouer son erreur, il préféra ne rien dire, il mettrait ça sur le dos du type chargé de couper la corde. Le type en question mâchait tranquillement du réglisse -il n'aimait pas le tabac- ne se doutant de rien.

Canard avançait donc vers la pendaison, poussant de toutes ses forces les roues de son véhicule. Bien sûr, sans son armure, toutes ses forces n'étaient pas très impressionnantes, seulement s'il avait son armure, il n'aurait pas eu besoin d'utiliser toutes les forces en question. Ainsi il décida d'ignorer ce détail énervant, pour se re-concentrer sur la chaise. Encore très loin de l'arrivé et le voleur de poule commençait à sérieusement s'étouffer. Evidemment il s'étouffait depuis le départ, c'est le principe de la pendaison. Seulement, au bout d'un certain temps, tu en viens à remarquer que tu n'as VRAIMENT plus d'air. Habitués à voir des gens pendus, la foule ne se doutait pas qu'il se passait quelque chose. A savoir que l'homme était en train de mourir. Notre héros ne se doutant lui non plus de rien, n'aurait de toute façon pas réussit à intervenir à temps. C'est à cet instant qu'une balle traversa la rue, perforant la corde et laissant le voleur tomber au sol en vie. Sur le toit d'un bâtiment, un homme tenait le fusil fumant. En un instant il descendit de la structure pour se retrouver proche de notre protagoniste. Le tireur portait, comme toute le monde, un chapeau -assez standard, marron pour être assortit avec son long manteau-. Le seul détail le séparant du reste des habitants était deux caches oeils. Le quarantenaire avait perdu ses deux yeux depuis plusieurs années.

- Joli tir, tu fais ça grâce au son ? Demanda Canard de sa façon la plus sociale possible. Même s'il reconnaissait du talent, il avait vu assez de choses dans sa vie pour ne pas être trop impressionné.
- Nop... Pure chance Se contenta de répondre l'homme avant de poser son fusil sur son épaule et partir vers le saloon -on peut noter que, puisque aveugle, il arriva en réalité dans la maison d'une famille et bu plusieurs litres de thé en pensant que c'était un très mauvais whisky-.

En voyant le véritable saloon -voisin de la famille en question- et surtout le combat général qu'il abritait, notre héros décida qu'il était temps de sortir l'armure.
    Il suait à grosses gouttes. Tous ses muscles se bandaient et son corps, strié de veines sur le point de péter, s'agitait spasmodiquement à la manière qu'ont nos grand-mères de nous rappeler qu'elles ne tarderont pas à y passer. Les mouvements disparates et chaotiques du Lion auraient terroriser n'importe qui qui se serait trouvé dans son champs de vision, mais il n'y avait pas une âme à l'horizon et les râles d'agonie de Ging se perdaient dans l'immensité brûlante du désert. Cela faisait plusieurs heures qu'il trimait sous un soleil ardent à son zenith et il commençait à croire qu'on s'était foutu de sa gueule. Si les premiers minutes il s'était émerveillé de peau hâlée, le fait qu'elle ressemblait maintenant au croustillant d'un poulet rôti l'inquiétait davantage. Mais il ne faiblissait pas, préférant encore crever ici et maintenant dans l'indifférence totale, sa carcasse becquetée par les vautours plutôt que s'avouer vaincu par ce foutu astre solaire. Depuis son enfance il gardait rancune contre le soleil, estimant qu'il se la jouait trop avec son incandescence et s'était juré tôt ou tard d'aller lui coller une torgnole. Mais il n'y vit pas l'occasion à ce moment là de l'histoire, bien trop occupé qu'il était à suer.

    Chevauchant son "vélo" comme l'avait appelé ce vendeur affable, le colosse n'avait pas su déceler le coup fourré endormis par les fausses alertes du commerçant comme quoi les moitiés de géants n'avaient pas été définies comme cible principale du produit. Résultat des courses, notre bonhomme se retrouvait à pédaler avec les gros orteils plus qu'avec les pieds et ne pouvant loger grosso modo qu'un quart de cul sur la selle, il avait choisi de se cambrer vers l'avant s'imaginant qu'il aurait plus vite comme ça. Plaisir du destin ou concours de circonstances, le gaillard avait réussit à faire plusieurs kilomètres, ayant pris de la vitesse sur le chemin de terre partant de la boutique. Puis, une fois que les dunes sableuses remplirent l'intégralité de l'horizon, il fit l'erreur de s'arrêter. La salope de mer désertique fit le reste et les derniers huit cents coups de pédales donnés ne firent qu'enterrer notre héros dans un trou de sable au milieu de la toundra. A l'exact moment où il releva la tête pour se rendre compte qu'il creusait sa propre tombe de sablons, son guidon se brisa en deux et il eut juste le temps d'écarquiller ses yeux d'une foudroyante surprise avant de faire une méchante culbute en avant, s'inhumant ainsi sous des millions de grains.


    Un spectateur avisé se serait attendu à ce que ce soit une main qui surgisse du sol et pourtant ce fut le vélo. Il fusa à tout berzingue, monta assez haut dans le ciel pour cacher un instant durant les rais du soleil, puis revint se fracasser sur le sol. Tout cela ponctuait de la naissance, par oral, d'un nouveau principe de Ging.


    —PLUS JAMAIS J’ACHÈTE DE VÉLO A UN MAUDIT VENDEUR A MOUSTACHE !

    Bien sûr si Ging avait su à l'époque que des années plus tard il perdrait son bras gauche, un bout d'oreille et sa rate pour avoir annuler l'achat d'un vélo à un honnête marchand moustachu ; il n'aurait peut être réfléchi à deux fois, mais aurait au moins pris une pose un peu classieuse pour marquer le coup. Puisque le Lion à la crinière granuleuse et la bouche remplie de gravier ne figurait pas en top 5 des accoutrements les plus épiques du personnage.


    Le reste du voyage fut du même acabit. Peut être se serait-il mieux passé si le pirate avait eu la présence d'esprit de se munir d'une gourde ou même l'idée de cracher le sable qu'il avait dans la bouche. Heureusement il eut la bonne intuition de marcher tout droit, sans jamais dévier d'un iota, et s'il ne remarqua pas les villages se dessinant à droite comme à gauche, trop occupé à pester contre la malhonnêteté d'un boutiquier qu'il avait rossé et volé, cela lui permit au moins de ne pas se perdre et d'arriver dans la charmante bourgade de Bull Town un peu avant la tombée de la nuit. Autant vous dire qu'en vu des derniers heures de son existence, c'était un Ging à fleur de peau qui arpentait l'unique rue de la ville. Il regardait durement autour de lui, tournant nerveusement la tête à droite et à gauche, et avançant du pas calme mais robotique typique des types voulant masquer leur état d'excitation avancé. Lorsqu'il passait dans l'ombre d'une bâtisse, son corps oscillant entre pourpre et homard, relâchait une quantité incroyable de vapeur dans un grésillement de métal brûlant qu'on plonge dans un torrent d'eau fraîche. Puis, il vit la taverne animée de rixes. Il se fendit un mauvais rictus et accéléra le pas. Bien sûr, il ne vit pas la fillette qui, par une malchance fâcheuse, se trouvait pile dans le chemin.


    Avant que ce soit sa tête, ce fut sa glace qui percuta le pantalon de Ging, mais cela ne l'empêcha pas se tomber sur le cul. Ce fut parce qu'elle se mit instantanément à brailler que le pirate comprit qu'un truc l'avait percuté et quelle ne fut pas sa rage lorsqu'il découvrit, la gorge sèche, les entrailles brûlantes, que des boules vanille et fraise -les parfums qu'il détestait le plus au monde- avaient copulé avec le pantalon qu'il aimait le plus au monde -puisque le seul qu'il avait. La gamine dut voir les narines fumantes du géant puisque ses pleurs redoublèrent d'intensité mais cela ne fit qu'énerver son bourreau davantage. Et instinctivement, le poing du pirate partit.


    Et caressa maladroitement la tignasse de la gamine.


    —JE SUIS DESOLE, MAIS TA GLACE A MANGE MON PANTALON !


    Ce fut pas tant le ton bienveillant des paroles du Lion que leur manque de sens qui firent cesser net les larmes de la jeune fille. Elle ne sut pas bien s'il lui sourit amicalement ou pour lui faire comprendre qu'il aurait pu broyer tous ses os d'une bouchée, mais il était déjà parti.

    Encore un peu choquée, elle le vit se diriger d'un pas franc vers la taverne, passé à coté d'un homme en fauteuil roulant et... l'attraper pour violemment l'expédier à travers la vitre de l'échoppe ?

    Ce fut le rire tonitruant de Ging qui claqua sa stupeur pour lui faire prendre conscience de la réalité et qu'elle avait bien vu un géant de trois mètres passer sans prévenir un vieil homme paralysé à travers une fenêtre.




    Dernière édition par Ging "BAM" Dong le Jeu 2 Mai 2013 - 22:50, édité 1 fois

      Canard faisait tourner ses roues, s'efforçant de faire à l'envers le chemin qu'il venait de s'efforcer de faire. Maintenant que la pendaison était terminée -le voleur avait été libéré et pouvait reprendre son chemin qui, étonnement, fut dans la direction d'une ferme- la foule se séparait dans Bull Town. La plupart rejoignant les différents saloon, les autres préférant boire et se frapper dans la rue. A vrai dire la nécessité d'un bâtiment pour ces activités restent à ce jour encore mystérieuse. Notre héros lui continuait sa route, refusant peu poliment l'aide proposée par les trois clampins les plus sympathiques de l'île. Ce n'était même pas une question d'honneur, le vieillard voulait simplement éviter la compagnie humaine si elle n'est pas nécessaire. À mi-chemin cependant cette compagnie lui fut forcée. Alors que les rues s'agitaient à nouveau de vie, les enfants décidant même de sortir manger leurs glaces -une pendaison n'étant définitivement pas le meilleur contexte pour apprécier la vanille et fraise- un certain demi-géant décida de s'agiter lui même. Et d'emporter notre protagoniste dans son élan. Ce dernier ayant bien trop de fois frôlé la mort, il arrêta sa vie défilante à la naissance, il connaissait déjà le reste, préférant trouver un moyen de ne pas se briser le reste de colonne vertébrale en atterrissant sur la tête. Le moyen le plus évident fut de se protéger la tête avec des bras anciennement vigoureux. Le "anciennement" ici étant le mot clé. Le lieutenant s'écrasa pitoyablement sur le sol après avoir avalé plusieurs éclats de verre. Si traverser une vitre semble affreusement simple dans un film, c'est un procédé en réalité tout aussi douloureux que l'arrivé. Effectivement, le verre, c'est résistant et ça coupe. Deux qualités qui en font jamais du bien quand on se les prend dans le visage. Ou dans le dos, puisque c'était le cas du soldat. Un magnifique salto l'avait retourné, de son départ assit à un atterrissage la tête la première.

      Désormais allongé dans le saloon, Canard ne se démarquait pas du reste. Le bruit de la vitrine fut remarqué. Par contre, un autre type allongé sur le sol, ce n'était définitivement pas original. Depuis le début de la journée une bonne quinzaine de personnes étaient passées, certains encore moins capable de se relever que le marine. Lorsque le demi-géant entra à son tour -par la porte, il préférait apparemment réserver le premier traitement aux autres- le vieux décida, dans un élan de témérité qu'était sa vie, de cracher au visage du pirate. En réalité, trois mètres obligent, la bave n'arriva qu'au début du torse, mais le mal était fait. Et si Canard voyait ça comme une vengeance ou une justice, pour Ging c'était définitivement un mal. Alors, puisqu'il n'avait de toute façon plus grand chose à perdre -encore que, même s'il en avait eu beaucoup, ça ne l'aurait pas stoppé- notre protagoniste ajouta :

      - J'vais pas pouvoir te faire pareil, après t'avoir collé mon pied au cul tu pourras plus t’asseoir sur tout type de chaises pour le restant d'ta vie

      La plupart des habitants présents dans la pièce apprécièrent la preuve de courage et de stupidité en arborant un air transparent le "Pas mal", mais il faut préciser que les habitants présents dans la pièce étaient eux-mêmes profondément courageux et stupides. Ging quant à lui jugea bon de balancer une nouvelle fois le vieillard par la fenêtre. Si la traversée de la vitre était moins impressionnante au retour, l'arrivé sur le sable fut tout aussi marquante. Pour Canard particulièrement, le reste du monde étant déjà retourné boire. Allongé sur le sol, la bouche à son tour remplie de sable, notre héros était bien déterminée à rester ici jusqu'à la sortie du pirate pour lui mordre la jambe ou tenter de lui écraser des doigts de pied. C'est cet instant que choisit un groupe de cavalier pour passer sur la rue principale. Et si le lieutenant n'avait pas plus de problème avec le cavalier qu'avec le reste du monde, les chevaux eux lui en posaient quelques uns. Tel un tatou paraplégique Un commença une roulade, qui s'arrêta à mi-chemin, lui permettant de s'allonger sur le ventre et de s’agripper à la celle d'un animal. De la façon la plus désinvolte possible lorsque l'on est traîné au sol par un cheval le vieux demanda si on pouvait l'emmener au port.

      Arrivé devant le navire, Canard lâcha son nouveau moyen de locomotion et cria pour qu'on vienne le chercher. Il n'allait évidemment pas demander de l'aide. Il ne l'aurait pas fait à un inconnu, alors encore moins à des marines. C'est donc en s'efforçant d'avoir un ton d'ordre, mais tout de même un minimum sympathique pour qu'on ne le laisse pas pourrir sur le chemin qu'il cria. L'effet sympathique fut complètement loupé, cependant un jeune matelot arriva bel et bien. Quelques minutes plus tard et l'ancien officier était prêt à mettre ses menaces sous exécutions. Ils comptaient même les répéter maintenant qu'il avait les trois mètres nécessaires pour être pris un minimum au sérieux. Descendant tranquillement du navire, il marchait désormais dans la grande rue, tous les regards braqués sur lui comme s'il était un marchand de glace. En même temps c'est vachement cool, mais d'un autre côté ça rend rapidement malade. Finalement un marchand, essayant d'arboré un air peu impressionné s'approcha du vieillard.

      - Chouette armure... Je t'en donne 35 berrys Lança-t-il en donnant une pichenette au torse, d'une façon étonnement professionnelle. Il semblait vouloir faire croire à un test de la qualité, chose peu utile lorsque l'on a vu la machine en question en marche.
      - Non
      - Je suis prêt à monter à 50 mais j'y perd de l'argent...
      - Non
      - Ah si, c'est certain, mais vous m'avez l'air sympathique alors je veux bien le faire... pour vous


      Canard termina la conversation en donnant une pichenette bien moins professionnelle mais beaucoup plus utile. Débarrassé de la nuisance le soldat se rendit à nouveau au saloon. Pour la troisième fois il traversa la vitrine, attrapa sa chaise roulante et l'envoya dans le pirate toujours présent. Du haut de ses trois mètres il faisait une très bonne cible.

      - Pied, cul, chaise
        Il est de ces journées où vous vous prenez une chaise roulante en pleine mouille. Si c'était pas celles que Ging préférait, il avait déjà connu pire. Et puis lorsque le métal du fauteuil baisait froidement sa nuque, cela constituait bien souvent un prétexte suffisant pour s'échapper au comptoir, à l'homme qui le polissait et par extension à une ardoise impayée. Mais plus que cela, le sulfureux échange de caresse entre l'homme et l'acier représentait une promesse. La promesse que ça allait chier. Puisque, et ces mots sont à prendre avec des pincettes, il demeurait exceptionnel qu'un tel engin ait décidé de son propre chef de s'encastrer dans votre gueule ; sauf si, évidemment, vous vous appeliez Ging et qu'on servait après coup un discours théorique sur les cas de lévitations spontanés recensés ces dix dernières années. Heureusement pour l'action, malheureusement pour lui, Canard Un ne se rangeait pas dans la catégorie des hommes volubiles sinon dans la catégorie des trous du cul. Et question fondement, le briscard s'y connaissait.


        L'animation n'avait pas diminué dans la taverne et chacun y allait de sa chaise, ou de sa jambe de bois pour les plus polissons, afin de prouver à son voisin qu'il avait tout à fait la capacité de bouffer du mobilier sans y laisser sa peau. Habitué, Denis le barman astiquait une choppe avec la moue du mec résolu à brûler son établissement le soir même afin de toucher l'assurance. Ce fut au milieu de ce tumulte et d'une démarche chaloupée d'indolence comme d'ébriété, que Ging se redressa. Pour finir de se lever d'un bond. Juste après avoir glissé sur une flaque de gerbe mâtinée de rhum et s'être mangé la rangée de tabourets du bar en pleine poire. Après avoir pesté contre les autres, trop occupés à se foutre sur la gueule pour lui accorder un brin d'attention, la mauvaise foi coutumière du pirate fit place à sa joie agressive. Heureux comme un gosse qu'il était lorsqu'on venait lui chercher des poux, et plus le danger était important, plus son sourire était grand. Aussi put-on admirer jusqu'aux dents de sagesse du gaillard quand il vit Canard. Son premier étonnement fut qu'il n'eut pas à baisser les yeux. Ravi qu'il était de frayer avec un bébé en aussi bonne santé que lui. La seconde surprise fut de constater que gros bébé revêtait une peau fripée, voire burinée, comme s'il s'agissait d'un vieillard. Mais ce qui mis réellement Ging sur le coup, ce fut l'armure. Une lueur subtile s’immisça dans ses flamboyantes prunelles. Celle partagée entre l'envie enfantine d'admirer le géant de fer en action et la curiosité de voir sa réaction lorsqu'on tapait dessus.


        Étonnamment, le Lion décida de la jouer fine. Durant plusieurs secondes il scruta le plafond en sifflant grossièrement puis, l'air de rien, il lança sa choppe vers l'homme en armure. Celle-ci fendit les airs en direction du pif du vieillard, répandant son contenu sur le chemin et se brisa en plusieurs morceaux à quelques centimètres de Canard. Bien que Ging vit l'homme aux deux caches-œils arrivait au même moment le pistolet encore fumant, il hésita à mettre cela sur le compte de la fortuité. Alors, il en balança une nouvelle pour être sûr. Même trajectoire, même fin et en plus de la fumerolle du canon ; l'on avait pu voir l'aveugle bouger. Y'avait manifestement pas à chier dans un tonneau et la scène se gelant quelques secondes rendit l'atmosphère oppressante. Les trois forts protagonistes se dévisageaient à tour de rôle, enfin techniquement y'en avait que deux sur trois qui pouvaient espérer dévisager quelqu'un, mais si le tireur en était incapable, Ging lui, n'en avait rien à foutre. Il affichait la même tête d'ahuri qui ne le quittait que pour un sursaut de débilité profonde, et subrepticement sa main se glissa dans son dos à la recherche d'un nouveau projectile. Les têtes de cons de notre héros durent dépasser les limites de la compréhension visuelle puisque gâchette facile prit la parole.



        —Tu peux en envoyer autant que tu veux, le résultat sera le même.


        A cet instant quelque chose fit 'click' dans l'esprit torturé du colosse et il ne lui fallut que quelques secondes pour retourner la taverne, propulsant tout ce qu'il trouva à portée de main pour le décocher au petit bonheur la chance. Y passèrent toutes les pintes alentours, éparpillées en monticules de verres par les tirs chirurgicales de Sniperman, les tabourets comme les tables explosèrent en l'air arrosant les ivrognes de dizaines de copeaux de bois ; et ce fut finalement Ging qui tomba en premier à court de munitions. Qu'à cela ne tienne, il se saisit lui-même à la gorge et -dieu seul sait comment- s'expédia manu militari sur caches-yeux. Celui-ci réagit aussi rapidement qu'il l'avait fait jusque ici. Il décocha une première balle qui rasa d'un cheveux la joue de Ging, et tandis que sa mire s'ajustait pour que le prochain tir aille se loger entre les deux yeux du bonhomme ; il découvrit, non sans un sanglot, à quel point la main du bonhomme en question était mastoque. Il pressa la détente.


        Non seulement il entendit le cliquetis singulier venant confirmer ce que ses doigts savaient déjà, à savoir que le barillet était vide, mais il se découvrit dans la foulée des talents en lévitation puisque son corps décolla violemment du sol et vola en direction de Canard. Il mit une seconde de trop à comprendre ce qui lui tenait les pieds et l'idée d'arme humaine ; il était déjà trop tard pour tenter quoi que ce soit. Tout ce qu'il restait à faire, c'était serrer les dents. Le choc fut rude mais l'aveugle s'était attendu à pire. Il rebondit plus qu'il s'encastra et bien que légèrement groggy, il s’étonna de ne ressentir aucune douleur. Un nouveau venu avait fait son apparition pour faire écran, et il fallait bien avoir les deux orbites vides pour ne pas le remarquer. Dépassant Ging d'une tête, la dame en question était plus large d'épaule et autant de hanches. En fait elle ressemblait plus à un bloc de trois mètres cube taillé dans de la graisse que l'on aurait affublé d'une tête, d'une paire de bras comme de jambes miniatures qu'à un être humain ; mais son immense bedaine avait eu le mérite de servir de coussin. C'était typiquement le genre de personne qui ne pouvait physiquement pas toucher plus toucher ses pieds que ses hanches, et se relever sans assistance devait pouvoir rendre le sourire au plus dépressif des suicidaires. Et en plus, diantre, ça parlait.


        —Je suis la grosse Bertha. Et c'est moi le shérif dans cette ville.


        Si les mini saucisses qui lui servaient de doigts pouvaient en théorie réussir à tenir une arme, il requérait une imagination folle pour la visualiser en train de viser avec son bras sans coude et sa tête sans cou. Pourtant, le fait qu'une bonne partie des joyeux lurons beurrés s'était tue semblait à prouver qu'elle ne se foutait pas de la gueule de Canard comme de Ging. Et pourtant...


        —Alors, on va régler ça comme on le fait ici. Avec les flingues.




        Dernière édition par Ging "BAM" Dong le Dim 5 Mai 2013 - 20:36, édité 1 fois

          Malgré les soupçons qu'elle était devenue shériff en mangeant l'ancien, la grosse Bertha était respectée à Bull Town. En témoigne la fin des combats après son entrée dans le saloon. Si ce phénomène peut aussi être associé au fait que la seule peine disponible est la pendaison, c'était quand même en partie grâce à l'immense femme. Cette dernière semblait être efficace pour servir de mur, voir de projectile si l'on est capable de la soulever, par contre on l'imaginait mal utiliser une arme. Quelle qu'elle soit. Pourtant c'était bien la technique pour résoudre une problème sur Hat Island. Le fait de légaliser le duel avait d'ailleurs provoqué une incroyable augmentation des blessés admis au semblant de clinique existant. Les homicides au contraire avait drastiquement baissé. En effet, la plupart des problèmes étant causés par des individus bourrés, les obliger à se tirer dessus, et ce avec une distance entre le ventre et le canon, ne provoquait que des blessures plus ou moins graves. Autrefois par contre, on tuait bien souvent son adversaire sans le faire exprès au milieu d'un combat. Qui plus est cette nouvelle loi avait permis de vider les tribunaux, permettant ainsi aux juges de prendre des décisions plus réfléchies sur chaque cas. Bien sûr cela n'avait aucun intérêt puisque la seule condamnation était toujours la pendaison. Mais au moins on réfléchissait longtemps avant de la donner. Et même si l'on réfléchissait plus à ce qu'on allait manger le soir ou à la couleur de peinture pour les murs, c'était toujours ça. Plus de réflexion, quelle qu'elle soit, ne pouvait faire de mal sur une île comme Hat Island. On avait longtemps expliqué la stupidité générale par la chaleur trop importante qui devait trop faire bouillir le cerveau. Cependant, même après l'instauration du chapeau obligatoire, l'idiotie resta, obligeant les scientifiques à chercher une autre solution. Finalement on arriva à la conclusion que les gens étaient juste cons et qu'il n'y avait rien à y faire.

          Canard lui avait une technique bien précise pour s'occuper des cons. Si la plupart du temps elle consistait à coller un pied sur un cul avec une phrase quelconque criée au visage, parfois on pouvait aussi choisir une version différente. Tel que le lancé d'aveugle. Ce n'était pas sa propre idée, Ging l'avait en effet devancé, mais ça avait le bénéfice d'être original et sans trop de risque. En plus même pas besoin de toucher une raclure de pirate soit même. Evidemment la partie sans risque est moins importante lorsque l'aveugle en question est avec une femme de trois mètres. Ou quoi que ce soit de trois mètres d'ailleurs. Ainsi, alors que le marine balançait à son tour le tireur d'élite, il ne vit pas venir le minuscule bras se poser durement sur son crane. Il y a peu de choc permettant à une armure mécanique en acier de tomber au sol. La grosse Bertha en est définitivement un. Après avoir laissé le temps au vieillard de se relever, et puisqu'elle ne pouvait pas assez se pencher pour l'attendre au sol, la géante attrapa nos deux protagonistes par les oreilles pour les tirer en dehors du bâtiment. De par les regards étonnés, on pouvait voir que Ging et Canard avait droit à un traitement de faveur. Bertha avait habitué à moins de subtilité, préférant lancer les futurs duellistes que les tirer. Seulement elle avait reconnu en nos héros des hommes, tout comme elle, difficile à jeter. Ou juste à soulever.

          Arrivés dans la rue, la petite assemblée, suivie par tout le village évidemment, commença à se placer. Si Canard n'était pas habitué à recevoir des ordres, ou à être tiré par qui que ce soit, il avait préféré suivre le mouvement cette fois ci. Après tout régler ça aux flingues ne le dérangeait pas vraiment, le soldat pourrait facilement se débarrasser de quelques personnages énervants. Les quatre intéressés portaient maintenant chacun des armes et devaient se regarder en attendant un signal. C'était rendu difficile puisque l'aveugle était tourné dans la mauvaise direction, prenant un groupe de chevaux pour ses adversaires. Les trois autres préféraient l'ignorer, bien prêt à se tirer dessus. Il s’avérait que Bertha était bel est bien capable de brandir une arme à feu. Pour ce qui était de viser, on ne pouvait être sûr. Elle avait bien l'air de savoir ce qu'elle faisait, mais le doute planait toujours. Le silence fut finalement rompu par un citoyen.

          - Hé c'pas très juste l'armure en métal, non ?
          - Ouais, c'quand même plus difficile de tuer un type quand les balles l’atteignent pas...
          - En même temps ce serait pas beaucoup plus juste s'il était en fauteuil roulant
          - Moi j'dis, il garde l'armure, mais il doit enlever ses lunettes, ça m'a tout l'air d'être de la triche pour mieux viser !
          - Vous pensez pas qu'on risque quelque chose à rester autour d'eux s'ils se tirent dessus ?
          - ...
          - ...
          - ... Moi j'pense toujours qu'il devrait enlever son armure !
          - FERMEZ LA


          Finit par crier Canard, permettant ainsi à la foule de réfléchir sur les paroles du type parlant en orange. Ils décidèrent finalement d'abord de reculer, puis de regarder par les fenêtres, avant d'aller sur les toits des bâtiments, parce que les plus petits ne pouvaient rien voir. Alors le moment pouvait enfin commencer. Le moment de se concentrer et tirer sur son ennemi. Le moment de savoir si Bertha était bel est bien capable de viser des adversaires placés à trois et neuve heures. Le moment où l'aveugle allait peut-être se rendre compte que c'était étrange que Ging hennisse.

            Les derniers rayons du soleil couchant bordaient l'horizon d'une mer ambrée et les maigres rais dardés se reflétaient sur chacun des protagonistes. Disposés en carré, les quatre compères se scrutaient intensément, sauf pour cache-n'oeil faisant face au box où les chevaux commençaient à s'agiter. Comme piqué par l'atmosphère électrique ils se ruaient en tout sens, retournant la terre et cambrant leur dos. Ging, fidèle à lui-même, n'en avait rien à foutre. Affublé d'un sombrero géant, puisque s'il était de coutume de revêtir un chapeau lors d'un duel, on avait malheureusement pas su dénicher un couvre-chef adapté à la situation et qui en plus serait à sa taille ; il attendait. Son chapeau n'était pas le seul accessoire car même s'il n'avait que peu de chance de remporter une rixe au browning, il n'en aurait pas eu davantage sans arme. Alors, aussi fou que cela puisse paraitre, l'on avait refilé un flingue au pirate. Et pire encore, on lui appris à s'en servir, sans même s'imaginer que cela revenait à donner un lance-roquette à un fou ou plus de dents à un requin. Tandis que notre forban ceignait son ceinturon portant l'arme à sa cuisse, rare endroit où il arrivait à faire le tour sans se couper la circulation sanguine, les pronostics allaient bon train chez les ptites gens de Bull Town.


            Quelques personnages excentriques donnaient Ging vainqueur. D'autre, plus saints d'esprit pariaient plus sur Bertha ou sur l'aveugle qu'ils gratifiaient d'un sobriquet joliment trouvé : Billy Joe Boucher. Beaucoup changèrent leur mises lorsque le clochard du village trouva ce nom. A défaut d'être malins, les habitants misaient sur l'intuition. Et leur instinct de péquenot les incitaient à hypothéquer tous leurs biens dès lors qu'un pseudonyme retenait leur attention. Mais la très grande majorité du public avaient parié sur le fait que Ging se tirerait une balle dans le pied. Un pari qui ne rapporterait pas gros, néanmoins il ne semblait plus présenter de risques dès lors qu'on voyait le capitaine tenir son arme à l'envers, le canon pointé vers lui. Pourtant, et le bookmaker failli faire une syncope en prenant le cave, un homme défia toute logique. Tout d'abord parce qu'il ne comprit pas très bien l'esprit du truc et au lieux d'écrire un nom, il tenta carrément de prédire le futur. Sur le coupon témoin de son engagement était inscrit : "explosion, taureaux, ouragan.".


            Ce fut la grosse Bertha qui bougea la première. Son minuscule bras pivota vers le bras pour attraper le revolver. Manque de chance et surtout de bon sens, l'arme fixé sur sa hanche avec du scotch se trouvait deux mètres trop bas. Elle força et parvint à gagner quelques centimètres, or cela la déséquilibra et ses guibolles se dérobèrent sous son poids. Bouboule n'eut pas le temps de se manger le sol en pleine face que Billy Joe avait tiré. Et fait mouche. Pile entre les deux yeux. Cela lui apprendrait à cette saleté de poney. Puis, comme il se livrait à un carnage parmi les pur-sangs, les abattant les uns après les autres, Canard fut le suivant à bouger. Ging, en train de se curer le nez, dut régir. Et il le fit comme il put. Miraculeusement il parvint à choper l'arme par la crosse et l'envoya tout droit dans le pif du vieillard en armure, à peu près au moment où ce dernier pressait la détente. Bien que Un partait à la renverse, cela ne l'empêcha nullement de faire feu ; en revanche, cela perturba légèrement sa précision.


            La première balle rasa un spectateur, ce qui créa un mouvement de panique dans la foule. La seconde alla se perdre dans la crinière de Ging, à un doigt de lui traverser le cerveau, mais il ne s'en offusqua pas. La troisième se logea dans un drôle de tonneau où était représentée une flamme au dessus d'une inscription que le lion ne put déchiffrer. Cela entraina une tonitruante explosion qui souffla plusieurs badauds et pulvérisa une maison en miette. Et, alors que tombait gerbes d'étincelles et copeaux de bois, le canon cracha la dernière balle.


            Elle fendit les airs et traversa une poutre volante avant de ricocher sur l'enseigne en métal de la taverne. Doublant de vitesse, le choc fut rude lorsqu'elle rebondit contre la dent du bookmaker. Au quatrième rebond improbable qu'elle fit, Ging la remarqua. Et comme si elle n'attendait que ça, elle partit au loin et percutant le loquet de l'enclos à vaches ; elle monta dans les airs et retomba lentement par terre, redéfinissant la gravité à sa sauce. Après quoi, il suffit à Billy Joe de vider son ultime cartouche dans le cul d'une carne pour que ses sabots viennent frapper la tête du taureau dépassant de l'enclos mitoyen qui se trouvait juste derrière. En quelques secondes il se mit non seulement à charger, mais entraina ses petits copains dans l'opération ; et ce furent une douzaine de bovins fumants qui fondirent dans la ville, renforçant la panique.


            L'un d'eux, sans doute le plus con, eut la folle idée de se ruer vers Ging. Pour sa défense, il était évident qu'il n'avait jamais rencontré de Lion. Sa course sauvage et puissante laissait une trainée de poussière dans son sillage. Ses cornes étaient solides et aiguisées. Sa bidoche, musclée et endurcie. A trois mètres de percuter le pirate, il ne changea pas de direction. Alors les muscles du Lion se bandèrent, son poing se serra, son bras s'arma. Et fondit droit sur le front de l'animal. Il y eut un léger "poc" et la bestiole sembla rapetisser. Mais pas seulement elle, l'enclos, la taverne, tout devenait petit. C'était comme si l'on dézoomait sur le monde.


            Finalement, lorsque Ging vit Canard s'agitait en vain, pris dans un cyclone ; il eut deux réactions. Tout d'abord il se foutu de sa gueule. Puis, il comprit que lui aussi s'était fait chopé par l'ouragan.




            Dernière édition par Ging "BAM" Dong le Mer 2 Oct 2013 - 21:30, édité 1 fois


              Si Canard avait au départ été motivé par l'ambiance, et particulièrement l'idée de pouvoir se battre avec quelque chose, il se rendait maintenant compte qu'il était absolument incapable d'utiliser une arme à feu. Ou en tout cas de l'utiliser convenablement. Le soldat connaissait la théorie, suffit d'appuyer sur la gâchette. Seulement personne n'avait pensé à lui dire qu'il fallait aussi viser. Depuis toujours notre héros supposait que les flingues de toutes sortes n'étaient que des outils de tricheurs permettant de tuer sans trop se fouler. Ainsi, lorsque les balles décidèrent de partir dans toutes les directions sans se soucier de l'avis du marine, ce dernier commença à se poser des questions. Heureusement pour son esprit, trop vieux pour être enclin à changer d'opinion, son attention fut rapidement détournée par l'assemblée fonçant dans la direction de nos protagonistes. Une assemblée des plus particulières, composée entièrement de bovins et de Jim, un simplet qui pensait être un serpent se prenant lui même pour une vache. Après un très court temps de réflexion les animaux avaient décidé de courir vers n'importe où. Le n'importe où en question était cependant déjà occupé par nos quatre protagonistes.

              - Hé ! C'est un duel, vous avez pas le droit de foncer sur moi comme ça, un peu de sérieux !  Commença à s'écrier l'aveugle, supposant toujours que les taureaux étaient ses adversaires. Et s'ils l'étaient maintenant devenus, ce n'était certainement pas pour un duel au pistolet.

              Du côté de Canard, la situation était légèrement la même, à l'exception d'un désintérêt assez évident pour la race à corne. S'il appréciait combattre la racaille, frapper des vaches n'appartenait pas à sa conception d'un bon après-midi. Ainsi il se contenta de rester debout, ignorant l'animal souhaitant le percuter. Ce dernier, emplit de honte après avoir échoué, l'armure n'ayant pas bougé d'un pouce, décida lui aussi d'ignorer ce dernier événement avant de partir dans une autre direction. La grosse Bertha subissait le même traitement, à la différence que les bovins rebondissaient avant d’atterrir, la plupart du temps, dans une maison voisine. Sans s'en rendre compte, elle fut la cause de nombreuses destructions, mais aussi d'une fin heureuse. Effectivement, l'une des familles ne voulant pas déranger l'animal qui s'était installé chez eux, le laissèrent vivre dans le salon. Après des années à le côtoyer il devint un fidèle compagnon et une compagnie agréable. Cependant, nous n'étions pas encore après des années, et à l'instant la bestiole se contentait de tout casser.

              Soudainement, dans un tonnerre d'absence de bruit, un cyclone tomba sur la ville. Ou plus précisément, sur le duel. Pour une raison qui lui est certainement propre, il ignora le reste, n'emportant avec lui que les protagonistes et la grosse Bertha. Avant de partir, la tornade vacilla dans tous les sens, semblant prête à s'écraser au sol. Chose assez étonnante quand on parle d'une étendue de vent. Puis elle reprit son envol, s'éloignant rapidement de la rue. Débarrassée du poids de Bertha qu'elle avait jeté dans une maison, la réduisant immédiatement en morceaux de pièces, la catastrophe naturelle était maintenant libre d'agir à nouveau comme un anomalie temporelle des plus normale. Les deux héros, au départ occupés à tournoyer, commencèrent très rapidement à s'ennuyer et tentèrent ensuite de se rapprocher pour se coller des beignes. Si les essais n'étaient pas flagrant de succès, au moins ils stoppaient l'ennui. Le soldat et son ennemi y mettait autant de volonté que possible, mais frapper quelqu'un lorsque l'on tournoie à cinquante mètres d'altitude, c'est plus compliqué qu'avec une chaise de bar. Il faut aussi prendre en compte que le quelqu'un en question subit le même mouvement, souvent dans le sens contraire puisqu'il a un but semblable, coller son poing dans votre tronche. C'est finalement Ging qui, en essayant de se curer le nez alors qu'il tournait sur lui même -en plus de tourner autour de l'ouragan- eu une difficulté à contrôler ses mouvements. Résultat, il envoya son doigt -et le reste de la main par extension- dans le bide du vieillard. Ce dernier, n'acceptant pas d'être ainsi éjecté, attrapa le bras de son adversaire avant d'être projeté dans le vide. Si la chute semblait pleine de grâce en regardant de loin, telle une unique valse aérienne, de près l'illusion était rapidement brisée. Canard se contentait de tourner, regardant le paysage -chose difficile lorsque l'on se retrouve la tête à l'envers toutes les secondes- d'un éternel air mécontent, les bras croisés. Ging de son côté ne semblait pas avoir remarqué qu'il avait quitté la tornade et se rapprochait donc dangereusement du sol.

              Après un choc peu ressenti avec le sable, le moustachu remarqua qu'il avait rétrécit. Un peu plus loin le pirate remarquait, sans comprendre, qu'il n'était plus dans le ciel. Ces deux observations pouvant s'expliquer par un seul et même phénomène, la gravité. C'était elle qui avait enfoncé la moitié du corps de notre lourd héros dans le sable et écrasé Ging sur le sol. C'est en se rendant compte qu'il n'avait aucun moyen précis pour se sortir de la situation que le soldat fut frappé par un détail : cette dernière était encore plus pourrie que prévu. Enfoncés au milieu de l'île, les deux combattants se trouvaient maintenant dans le désert, séparé du peu de civilisation existant sur Hat Island.
                Lorsque Ging percuta la toundra il y eut une explosion majestueuse, des millions de grains s'élevant altièrement dans les airs avant de se faire happer par un zéphyr opportun. Une autre bonne partie de la dune s'engouffra dans les haillons de Ging, s'insinuant entre le repli de son pantalon et sa peau dure pour y laisser la désagréable sensation du grain sur la peau. Tiraillement néanmoins atténué par la présence d'autre milliers de sablons dans la gueule du Lion, se mélangeant rapidement à sa salive pour former une pâte molle et granulée. Sans parler de ceux qui avaient réussi à se loger dans le nez ou l'oreille de Ging, jouant avec sa pilosité sans oublier de se répartir sur le plus de place possible. Et bien entendu le fait que le Lion était en nage n'avait rien arrangé à l'affaire, le sable accroché à son corps en sueur comme une moule à un rocher. Et une moule récalcitrante en plus.

                Alors, quand Ging se redressa, ce fut une véritable marre de sable qui s'écoula de son corps durant d'interminables secondes, l’ensevelissant jusqu'aux genoux sans que cela n'attire son attention une seconde. Il plissa les yeux, scrutant les alentours dans l'espoir de repérer Canard et quand ce fut fait, non seulement son visage s'illumina mais sa bouche s'ouvrit également pour laisser tomber ce qui ressemblait à une mauvaise pâte brisée.

                Le temps de parcourir les quelques dizaines de mètres qui le séparaient du cyborg, le soleil s'était définitivement couché sur Hat Island faisant passer la température du désert ardente à un froid polaire à s'en claquer les dents. Même pour Ging et le feu intérieur qui l'habitait en tout temps, il ne faisait pas bon rester sans abris par moins quinze degrés. Et la nuit n'en était qu'à ses prémisses. Dans quelques minutes il allait faire bien plus froid.

                Quand Ging fut enfin arrivé au niveau de Canard, il fut heureux de découvrir que ce dernier était parvenu à extraire sa carcasse du sol. A présent il lui faisait face, le regard placide renvoyant sa longue expérience de marine, son poing agité de spasmes d'excitation. Il était rare que quelqu'un n'ait pas à lever les yeux pour s'adresser au colosse, mais Canard en faisait parti. Il n'y avait que la lune ronde pour éclairer les deux hommes et leur permettre de se jauger du regard. Elle nappait Ging d'une lueur pâle et cristalline tandis que l'armure du vieil homme renvoyait des reflets d'un bleu profond. La paisible ville de Bull Town qui se trouvait qu'à quelques kilomètres dispersait la nuit à la lueur de chandelles domestiques et l'on pouvait entendre les chansons des tavernes ramenées par le vent sous la forme d'un murmure.

                Il n'y eut aucun signal, aucun évènement parasite et pourtant les deux hommes bougèrent de concert. Leur pied remuèrent le sable lorsqu'ils s'avancèrent et leur poing masqua la lune lorsqu'ils frappèrent. Ils avaient décoché leur coup avec un timing parfaitement identique, le poing métallique et robuste de Canard se logeant dans la joue gauche de Ging tandis que le sien s'encastrait dans le pif du vieil homme. La violence des coups ne les firent reculer que pour une seconde et ils revinrent directement à la charge. Ging manqua sa frappe, effleurant à peine le menton de son adversaire qui n'avait pas manqué l'occasion, lui, de lui coller un rude taquet à la tempe. Mais sans rien laisser paraître, le Lion enchainait déjà avec une nouvelle frappe. Il ne souciait guère d'être touché ou d'avoir les dents branlantes, tout ce qui lui importait était d'en coller une sévère au marine. Mais force était de reconnaitre qu'il s'y prenait pas de la meilleur des façons, comme en attestait son sourire masqué par le sang qui lui emplissait la bouche et teintait ses crocs.

                Et Canard n'était pas seulement plus rapide que lui, chacune de ses attaques avait déchargé un pic de douleur dans l'échine du Lion qui s'efforçait à chaque fois de répliquer sans parvenir à placer un coup propre. Cela devait être le septième crochet qu'il se prenait, sa tête tournant sur le poing autant pour minimiser les dégâts que cracher une gerbe de sang. Il ne détourna les yeux de son adversaire qu'un instant mais cela suffit pour qu'il puisse apercevoir les restes de son vélo à moitié enterré dans le sable au dessous de Canard. Non seulement il en tira un regonflement moral propre à tous ceux qui n'aiment pas se faire entuber par les marchands pas nets, mais un plan machiavélique s'inscrivit également en lui.

                Sans prévenir il martela l'extrémité de ce qui restait du vélo avec son pied, faisant remonter la partie opposée d'un coup sec avec, par chance et génie diabolique, les bijoux de famille de Canard sur le chemin. Cela aurait pu passer pour un acte déloyal mais curieusement, le sourire fendant la trogne de Ging le faisait passer pour une mauvaise plaisanterie. De celles qui coutent cher. A l'autre, bien entendu.

                Le colosse ne prit pas la peine d'attendre la réaction du vioque, il tenait là sa meilleure chance. Lorsque les muscles du bras de Ging se bandèrent, il y eut un raclement métallique comme le bruit d'une arbalète qu'on arme. Lorsque le poing du Lion partit, il y eut un courant d'air, comme la naissance d'un puissant aquilon dans un désert stérile. Et lorsque les douze kilos de phalanges atteignirent la tronche du canard, il y eut un hic, comme le pressentiment que ce type aux airs félins était peut être bien une mauvaise rencontre.



                  Canard commença bien le combat. Il esquivait les coups de l'autre, plaçait les siens, montrant une agilité et force qu'il avait pendant longtemps oublié posséder. Si l'armure jouait un rôle majeur dans cette agilité et force, notre héros préférait ignorer ce détail, se concentrant sur quelque chose de plus joyeux. Il était enfin en train de se battre. Après avoir attendu ce moment depuis qu'il avait posé ses roues sur le sol de l'île, le marine pouvait profiter de l'instant. Profiter de caler son poing dans la mâchoire étonnement adaptée d'un ennemi. Pendant sa longue période de retraite, peu de choses avaient manqué au vieillard, mais pouvoir cogner un type était l'une d'entre elles. A vrai dire c'était la seule avec les petits gâteaux servis aux réunions de l'Etat Major. Ce n'est d'ailleurs que durant sa dernière année d'arrêt qu'Un découvrit l'existence d'une compagnie livrant les desserts en question, et maudit la mouette n'ayant pas livré la pub 15 ans plus tôt. Cependant, malgré les nombreuses tentatives de par les mers, il n'y avait pas encore d'entreprise livrant des types à cogner. Ainsi retrouver le plaisir de se battre était incroyablement stimulant pour le Lieutenant. Si stimulant qu'il en oublia certain détail. Déjà que son adversaire n'était pas n'importe quelle racaille, mais bien un Lion. Ensuite qu'il n'était lui même plus une telle créature depuis bien longtemps. Très vite rattrapé par son âge, la fatigue apparue chez le moustachu. S'il tenta bien pendant quelques instants de le cacher en essayant de caser un huitième crochet, Ging profita du bref moment de repos pour enchaîner une fourberie.

                  L'ancien vice-amiral, même s'il n'en utilisait pas lui même, n'avait rien de particulier contre de fourbes techniques en combat. Il avait comprit il y a longtemps qu'un combat c'était quelque chose de sérieux et si une occasion se présentait, il fallait la prendre et la balancer sur l'ennemi. A cet instant Canard révisa sa vision en ajoutant un utile "sauf dans les couilles" derrière la première phrase. La selle de vélo, sous l'impulsion du puissant coup de Dong, fractura l'armure pour frapper là où ça fait mal. Expression qui, comme s'en aperçut le vieillard après la seconde attaque du pirate, n'avait pas beaucoup de sens. Quand on tape comme Ging, peu importe où, ça fait mal.

                  Lorsque l'on est pas ce dernier, on peut admirer la façon dont le forban arrive à projeter quelque chose d'aussi lourd que le soldat. Canard préféra ignorer le sentiment d'admiration pour se concentrer sur un élément bien plus terre à terre, le sol. Sol qui n'avait pas pour habitude d'être vertical, ou encore de se rapprocher dangereusement du vieux. Si le presque-cyborg n'était pas occupé à avoir mal, il aurait remarqué que ça ne le rendait pas moins heureux. Enfin le marine affrontait un ennemi capable de le blesser, sans doute même capable de le vaincre. Il n'avait pas participé à un véritable combat depuis tant d'années, notre héros en avait oublié la joie que cela confère. Seulement il est temps pour nous d'oublier tout ce que Un ignorait et oubliait pour le laisser se manger difficilement la colline qu'il percuta après sa contre-majestueuse envolée.

                  Un peu plus loin sur l'île, une vache participait à sa première vraie aventure. Elle qui n'avait jamais quitté son enclos depuis sa tendre enfance, voilà qu'elle se retrouvait à parcourir le monde. Ou plutôt l'idée qu'elle se faisait du monde, à savoir son enclos et, maintenant, le désert de Hat Island. Le bovin se contentait de regarder autour, abasourdi par toutes ces nouvelles choses. Et si cela n'avait aucun rapport avec les débandades du Canard et Ging, ça permettait de faire une transition.

                  Notre protagoniste était lui aussi abasourdi par cette nouvelle chose. Cette idée que quelqu'un pouvait bel est bien lui faire mal, et qui plus est avec un certain panache respectable. Sonné par le genre de coup de poing qu'il n'avait pas reçu depuis bien des années, le Lieutenant resta plusieurs secondes allongés. On peut aussi argumenter que c'était surtout à cause de son armure, ne permettant pas de bouger sans un minimum de contorsions. Finalement Canard était debout. Il ne tenait que grâce aux kilos d'aciers l'entourant, mais il l'était tout de même. Prêt à en découdre à nouveau, le soldat fonça à son tour vers l'adversaire. Bientôt les poings frappaient, s'entrechoquant encore une fois, notre héros souhaitant placer quelques autres crochets. A mesure que les deux combattants esquivaient et se collaient des gnons, le vieillard s’essoufflait de plus en plus, jusqu'à être obligé de reculer pour réfléchir un peu. Action très symbolique puisque Un avait pour habitude de laisser la réflexion en dehors des affrontements pour se concentrer sur les coups de pied dans le cul. Et si cette tactique avait bien fonctionné auparavant, depuis qu'il avait 67 ans ça semblait moins efficace. Après s'être rendu compte qu'il n'avait absolument aucune idée de comment créer une stratégie, il décida de rester standard en attrapant le premier rocher aux alentours et le lancer au visage du pirate. Chose qui fut difficile à effectuer lorsque l'armure s'arrêta au milieu de l’enchaînement. Le gros caillou en main, l'ancien vice-amiral cria

                  - POUCE ! Cette saloperie a l'air d'être en surchauffe Puis il se contenta de regarder devant lui, incapable de faire le moindre geste. Il ajouta bien plusieurs Machine à la con et autres Gouvernement d'incapables qui savent pas faire leur boulot. C'est cet instant que choisit Ging pour coller un autre coup de poing dans la face de Canard.
                  MAIS PUTAIN, J'AVAIS DIT POUCE Et, alors qu'il reprenait sa respiration, le forban lui en balança un nouveau. MAIS ARRETE PETIT CO Sans lui laisser le temps de finir le capitaine attaqua encore une fois. Y a plus de respect, saloperie de jeunesse.

                  C'est à ce moment que la vache surgit. Ce ne fut pourtant pas l'animal que Canard remarqua, mais bien la tornade qui la portait depuis un bon moment. Cette dernière, après être arrivé de l'autre côté du désert avait croisé une bande d'indigènes essayant de la chasser en invoquant leur Dieu. Il n'y avait cependant pas de divinité liée à la météo dans leur croyance, il jugeait qu'un peu de pluie ou de soleil c'est pas la mort, faut arrêter de se plaindre un peu. Ainsi ils priaient le Dieu des trucs qui tournent, ce dernier ayant rejoint leur panthéon après l'invention -prématurée- du vélo. La tornade, pour ne pas les vexer, décida de faire demi-tour, quitte à détruire une seconde fois les mêmes choses. Ainsi une nouvelle fois nos deux protagonistes tourbillonnèrent dans les cieux avant de s'écraser à l'intérieure d'une maison. La maison en question, elle, s'écrasa quelques minutes plus tard un peu plus loin dans le désert. Si ce n'est pour les deux géants dans le salon et les quatre taureaux ne comprenant pas ce qu'il leur arrivait et ne cherchant de toute façon pas à -comprendre-, elle avait toute d'une habitation familiale standard. Canard, ayant eu le temps d'évacuer sa fumée, balança finalement son caillou dans la tronche de l'ennemi.

                    Un spectateur avisé aurait conseillé à Ging de ne pas se mettre pile entre Canard et les quatre bovins ruminant. Un spectateur pas trop con lui aurait conseillé de ne pas s'écraser de la tomate fraiche un peu partout sur le corps, quand bien même était-ce pour faire comme la fameuse tribu Lafritte, connue comme l'ultime ramassis de glandus vénérant le dieu des Légumes. Mais un spectateur dont le Quotient Intellectuel aurait égalé celui d'une loutre, ou d'une mangouste dans le pire des cas, lui aurait dit à Ging qu'on ne motive pas des taureaux à coup de claques sur le museau.

                    Bien sûr l'idée de se faire des amis d'une demi tonne chacun était dans l'absolu pas totalement foireuse et il y aurait même peut être eu un truc à tenter avec les tomates, mais même la bonne volonté du pirate ne parvint pas à gommer les siècles de brimades que les taureaux avaient supportés de leur tout-sauf-amis catins à fourrure. Alors pour une fois qu'ils avaient la chance d'en coincer un, ils ne comptaient pas le laisser filer.


                    —COMMENT ? UNE MUTINERIE ?! APRÈS TOUT CE QUE J'AI SACRIFIE POUR VOUS ?!

                    Bien sur les foutus trucs à cornes ne l'entendaient pas de cette oreille, force était de constater qu'ils ne partageaient pas le sens du sacrifice vu par Ging. Les yeux injectés de sang et les naseaux fumant, ils firent un premier pas vers le Lion. Le bruit des quatre sabots claquant funestement sur le carrelage de la cuisine hérissa le poil de Ging. Il scruta attentivement chacun des bovidés, testant leur détermination du regard les uns après les autres, et il arriva bien vite à la conclusion qu'il n'y aurait pas d'échappatoire. Il déglutit bruyamment. Juste un instant avant que ça pète.


                    Il ressentit la pierre plus qu'il ne la vit, un gros morceau de granite prêt à redessiner sa mâchoire, et son corps se mouva de lui-même. En une seconde d'une longueur toute relative, Ging, le visage figé dans une expression de terreur devant la réponse incontrôlable de son propre corps, s'empara d'une poêle et percuta la pierre en gueulant "SMASSSSSSH". Le rocher frappa l'un des bovins pile entre les deux yeux sous ceux terrifiés des spectateurs, et après quelques secondes d'hésitation, le taureau tomba raide mort. Ses frères restèrent quelques secondes interdits à regarder la carcasse inerte d'un des leurs, et ils se retournèrent une nouvelle fois vers Ging. Mais plus violemment encore cette fois.


                    —NAN ATTENDEZ ! C’ÉTAIT UN ACCIDENT ! MON CORPS A BOUGE TOUT SEUL ET...

                    Le lion se stoppa net et huma l'air deux ou trois fois.

                    —VOUS TROUVEZ PAS QUE CA SENT BIZARRE ? C'EST LE VIEUX QUI SCHLINGUE COMME CA ?   qu'il demanda quasiment innocemment à Canard.

                    Le vieil homme ne répondit pas et son regard s'assombrit. Ging entrevoyait à présent le fait qu'il n'avait peut être pas que des amis dans cette cuisine, mais rien à faire, même devant quatre menaces de mort, il ne parvenait à se concentrer. C'était l'odeur qui le tourmentait. Elle était d'une familiarité singulière et pourtant il n'arrivait à mettre le doigt dessus.

                    Il en était encore à renifler les yeux fermés quand on lui chargea dessus, trois paires de cornes plus affutées et plus mortelles que s'il s'était agit de lances. Deux secondes avant de se faire empaler, Ging comprit que deux senteurs se mélangeaient et ce fut le déclic. Il reconnut enfin, une seconde avant de finir en brochette, l'effluve caractéristique du gaz et au moment même où la pointe aiguisée de l'animal allait le perforer il comprit.

                    —LASAGNES !!

                    Le four sonna et l'explosion se produisit plus vite encore qu'il faut de temps à un taureau pour poignarder quelqu'un à bout portant. Le mobilier s'enflamma tandis qu'il était déjà projeté à travers murs et fenêtres, et Ging fut soufflé hors de la maison par la puissance de la déflagration. Allongé sur le sable brûlant, l'iridescente maison n'arrangeait rien à la chaleur. Ses oreilles bourdonnaient et il avait la tête qui tournait, mais il prit tout de même la peine de regarder aux alentours. Un, deux, trois. Toute les bêtes étaient là. Enfin toutes celles qu'on pouvait sauver. Ging souffla avec la résignation de celui qui sait qu'il fait une connerie.

                    —BON... J’ESPÈRE AU MOINS QU'IL VA PAS CLAQUER DANS LA SEMAINE.

                    Et Ging retourna volontairement au milieu des flammes, au milieu de la cuisine pour sauver Canard. Certes, il aurait peut être pu le porter au lieu de le trainer par la jambe sur tout le chemin, ça lui aurait évité de se cogner la tête contre le moindre obstacle mais il lui avait au moins sauver la vie. Ou du moins ce qu'il en restait. Le pirate regarda le corps du vieux étendu sur la dune pendant quelques secondes. Il semblait se demander quoi faire à présent. Il l'avait secouru, mais est-ce que ça valait bien le coup si c'était pour le laisser comater dans le désert ? Etait-il toujours vivant au moins ?


                    Ging se pencha doucement au dessus du vieil homme et le fixa intensément, comme pour le mettre au défi de se relever. Un bon quart d'heure passa ainsi sans que le lion n'en démorde quand finalement, le marine réagit. Avec toute la lenteur du monde il ouvrit les yeux et vit le poing de Ging lui emplâtrer la face. Il retomba illico presto dans les vapes.


                    —JE SUPPOSE QU'IL EST ENCORE EN VIE DU COUP...


                    Et Ging s'en alla comme il était venu. Suant à grosses gouttes.