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Aventures d'un marine(3)

[Edito : merci d'ouvrir les spoilers au fur et à mesure de la lecture]

Alors que son séjour à l’infirmerie se prolongeait et que le colonel passait lui rendre visite aussi souvent que possible, le moral de l’élite ne semblait pas s’améliorer. Cette faiblesse lors de l’opération lui tenaillait le ventre au point que la mort pût être accueillie comme un soulagement. Son supérieur l’avait bien vite compris, aussi tenta-il subtilement de lui remonter le moral, sans résultat. Après tout, comme chacun le sait, sans volonté rien ne peut être accompli. Et cela était parfaitement illustré dans la situation actuelle. Tant que l’officier d’élite restait sur ses positions, sa guérison ne pouvait se compléter, malgré les efforts du chef de la base qui passait parfois plus de temps à l’infirmerie qu’à son bureau, à tel point que les marins se voyaient obligés de lui rappeler les piles de paperasses qui l’attendaient patiemment. Le sort du jeune marin semblait fortement le préoccuper et s’il ne le montrait pas, il était certain qu’il ne lui souhaitait rien d’autre qu’un prompt rétablissement. Toutefois, dans l’attente, le quinquagénaire ne pouvait que discuter ou bien, tout de même, gérer sa base. Quelques jours plus tard, alors que le noble était toujours alité, mais en bien meilleure forme mentalement, le temps s’occupant de lui faire tourner la page, un événement imprévu se passa. Quel pouvait-il être ? La question demeurait sur toutes les lèvres. Pour l’officier d’élite qui avait presque fini de récupérer, cela ne présageait rien de bon. De son côté, le colonel ne paraissait guère plus optimiste. Mais avant de tirer des conclusions, mieux valait savoir ce qui se passait. À ce sujet-là, ils n’eurent pas le temps d’échanger des paroles qu’un petit soldat de bas-étage vint informer son supérieur de la situation. Selon toute vraisemblance, le tremblement avait été causé par des tirs de canons. D’où provenaient-ils ? Voilà la question que posa le vieil homme à son subordonné. Ce dernier, sur le qui-vive, sans doute suite à l’appel d’urgence qui avait retentit sous forme d’alarme dans tout le bâtiment sauf à l’infirmerie, permettre aux blessés de se rétablir dans le calme étant le souhait de Hiruzen, répondit avec un certain empressement dans la voix que cela provenait d’un navire arborant un drapeau pirate assez connu : Sword Skull, dont le capitaine avait une prime de plus de 50 millions de Berry’s sur sa tête, un gros poisson sur ces mers bleues donc. À peine cela fut-il dit que deux autres bonhommes arrivèrent, eux aussi porteurs de mauvaises nouvelles. Se demandant avec inquiétude ce dont il pouvait s’agir, le gradé laissa le premier parler. Celui-ci annonça que d’autres navires avaient été aperçus en approche pour un total de cinq bâtiments dont un galion et en fit l’énumération. Le deuxième parla ensuite et apprit que les forbans n’allaient pas tarder à débarquer sur l’île. De plus, le bataillon présent ne suffisait pas et le commandant Nicholson demandait activement des renforts. Réfléchissant peu, mais en gardant toute lucidité, le chef de la base ordonna que 300 marins soient dépêchés et qu’ils adoptent une formation défensive via le dispositif tri-canons en l’attente d’autres ordres. Egalement, il exprima le souhait qu’on lui apporte des rapports plus détaillés de l’avancée des choses. La situation paraissait délicate et le manque d’effectifs n’arrangeait rien. Décidément, force était de constater que la piraterie se manifestait toujours dans les moments les plus périlleux. Tout en y songeant, le colonel ne pouvait rester sans agir, à discuter, en attendant des nouvelles. S’excusant auprès du noble de devoir le laisser, le barbu quitta précipitamment l’infirmerie, visiblement fort contrarié, et se dirigea vers les quartiers animés de la base.


Pendant ce temps, au dehors, près du port, le combat faisait rage. Le commandant Nicholson, marin expérimenté, au visage assez expressif et d’un tempérament plutôt belliqueux, dirigeait la centaine de marins, ici présents, qui constituait l’unique rempart pour débarquer sur l’île si l’on exceptait les dispositifs militaires. De leur côté, les pirates étaient fort de cinq vaisseaux dont un galion lourdement armé. Selon ses estimations et son expérience passée, les ennemis devaient être environ 800. Ce qui impliquait un rapport de forces plus que déséquilibré. Ce bref point sur les équilibres des forces en jeu ne le rendait guère optimiste si les renforts n’arrivaient pas et s’il ne réussissait à mettre au point une stratégie efficace. Bien évidemment, du côté flibustiers, c’était tout le contraire. Si les marins pouvaient donner l’impression d’une grande anxiété, eux montraient leur enthousiasme à l’idée des exactions qu’ils pourraient commettre une fois à terre. Et cela n’allait plus tarder vraisemblablement. Le barrage maritime étant détruit et les principales défenses anti-maritimes désactivées, il ne restait plus qu’à s’occuper des tourelles tri-canons, au nombre de six. Cette bataille interposée empêchait à la Marine d’intervenir via l’infanterie et la laissait dans l’expectative. Effectivement, le seul navire du port spécial de la Marine étant en train d’être préparé, l’officier ne pouvait que regarder le combat en attendant de recevoir un appel. Nul doute que son impuissance face à la situation le mettait d’assez mauvaise humeur. Pour ne rien arranger, l’un des vaisseaux de patrouille en mer réquisitionné pour la bataille tardait à arriver, l’obligeant à s’en remettre aux machines, qui ne tiendraient plus longtemps. C’est alors que son escargophone se mit à sonner. Décrochant immédiatement, il eut le soulagement d’entendre un «  nous arrivons » de la part du navire en mer. Si les deux bateaux restants arrivaient à prendre à revers la flotte ennemie, tout n’était pas encore perdu, loin de là même. Il ne restait qu’à tenir jusque là. Lui, un commandant émérite, n’allait pas perdre la face contre des boucaniers, quels qu’ils fussent, cela ne pouvait se produire ! Rien ne l’empêcherait de briller et d’honorer la promesse faite à sa défunte femme de servir du mieux qu’il le pourrait la Justice ! Mais malgré ses convictions, la bataille ne paraissait pas tourner en sa faveur. Les tourelles n’étaient déjà plus que trois alors qu’un seul vaisseau pirate avait été coulé. Et cela allait de mal en pis. Les forbans avaient presque fini de manœuvrer leurs navires pour avoir un champ de tir dégagé. Au même moment, apparurent deux autres vaisseaux au loin, arborant le fier pavillon de la toute-puissante Marine. Retrouvant l’espoir, le commandant ordonna d’entamer une bataille rangée via son den-den mushi. Cela obligerait ainsi les ennemis à se diviser et à causer leur perte. En effet, les tourelles de la base ne visaient qu’avec imprécision lorsque la cible se mouvait, cependant lorsque cette dernière est immobile, comme dans une bataille rangée, ces mécanismes de défense déployaient leur phénoménale puissance de feu, pouvant tirer toutes les quatre secondes alors qu’un canon traditionnel rechargé manuellement en prend dix. De plus, si les canons standards sont en fer avec des boulets en fonte de taille modérée, les tri-canons sont constitués d’un alliage de métaux de dureté supérieure avec des obus comme projectile. La différence est donc plus que notable. Bien évidemment, puisque le duo de bâtiments de guerre de la Marine est voué à la destruction, les équipages ont été réduits au minimum afin de limiter les pertes. C’est donc avec l’assurance des gagnants que l’officier ouvrit le feu.

Si la vigie pirate eut tôt fait de repérer la Marine, l’équipage eut, lui, des difficultés à ravitailler les canons situés de l’autre côté, les munitions ayant toutes été déplacées du côté île, laissant ainsi le temps aux marins d’engager les hostilités, réussissant à couler deux autres vaisseaux et à endommager un troisième. Cependant, le galion restait intact et paraissait menacer la Mouette des deux côtés grâce à ses trente-six canons situés sur chaque flan. Face à pareil armada, les frégates de la Justice ne purent rien faire, si ce n’est se laisser envoyer par le fond. Pour la défense du port, cela n’allait pas vraiment mieux. Seule une tourelle restait là alors que les pirates possédaient encore le bateau-mère. La partie navale semblait être bel et bien perdue. Fort heureusement, ces nombreuses pertes avaient dû affecter les flibustiers, permettant ainsi aux militaires de rivaliser au sol et même de l’emporter grâce à un important soutient logistique composé de mortiers et diverses lignes de défense. Du moins, c’est ce qu’ils pensaient avant qu’au loin n’apparaissent trois autres silhouettes. Etonné, le commandant se demandait d’où provenaient ces vaisseaux. Ce devait être à coup sûr une flotte qui rentrait d’une expédition maritime. La chance paraissait sourire au commandant, quel bonheur ! Mais alors que la bataille tournait en sa faveur, le visage du respecté marin se métamorphosa pour finalement afficher une expression de terreur. À mesure que la flotte approchait, les contours devenaient plus nets. Une coque en bois sec, un fanion noir, un équipage prêt à en découdre et une tête de mort sur les voiles. Que faisait cette flotte ? L’avaient-ils gardé en réserve ? Certainement. Il venait de se faire berner par des boucaniers,  quelle honte ! À la fois honteux et terrifié, Nicholson ordonna qu’on aille chercher des renforts immédiatement. Le colonel devait certainement se trouver à l’infirmerie, comme à son habitude. Pendant ce temps, sa garnison et lui-même allaient devoir se surpasser et se servir astucieusement des défenses placées durant la bataille navale pour la partie terrestre qui pouvait suivre et devenait désormais réelle avec la perte de la dernière tourelle. C’est alors que, profitant de l’écran de fumée résultant de l’explosion, des ombre avancèrent dans le port et se rapprochèrent des matelots. Des dizaines d’ombre, puis une cinquantaine de silhouettes indistinctes. Qu’est-ce que cela pouvait être ? Tandis que le brouillard se dissipait, les formes s’affinèrent  pour finalement montrer une horde de mécréants sanguinaires, rapière à la main, pistolet à la ceinture et coutelas dans la bouche. D’où venaient-ils ? À cela, une seule réponse était possible, au vue de la distance entre les quais et les bateaux : de la mer ! Comment ?! Il devait s’agir des malfrats des quatre vaisseaux coulés. À cette seule pensée, sa gorge devint sèche et son corps fut saisi d’une indescriptible peur.

Pourtant, lui, le commandant qui avait tenu à l’écart durant dix ans les criminels de cette île, ne pouvait se permettre d’afficher sa peur en public et la transmettre à ses troupes. Après tout, c’est au chef qu’incombe la lourde tâche de montrer l’exemple à suivre. Si lui venait à flancher, les hommes sous ses ordres seraient désemparés et n’auraient la conviction des vainqueurs. Cela ne faisait aucun doute. Une résistance devait donc être rapidement mise en place. Essayant de tirer parti de la fatigue des premiers ennemis débarqués, le commandant ordonna  que la ligne de mortiers passe à l’action. Certes, le tir de mortier était peu adapté à l’extermination de nuisibles proches, cependant  cela pouvait largement permettre une attaque des quatre navires restants dont le vaisseau-amiral. Si la tactique pirate lui était encore inconnue, il savait pertinemment que sa seule chance de couler ces bateaux était maintenant, pendant que ce dernier manœuvrait et se mettait enfin à portée de tir. Pour sécuriser cette ligne offensive, trois lignes de tireurs vinrent se placer entre les mortiers, devant et sur les côtés. De sorte que le tout forme un bloc compact. Cela fait, l’ordre de commencer cet assaut retentit, provoquant une totale indifférence chez l’ennemi, apparemment trop occupé à gagner du terrain autant sur terre que sur mer. Les détonations retentirent dans un vacarme assourdissant, réussissant à endommager un peu plus les flancs et surtout à toucher la quille, pièce maîtresse de chaque bâtiment naval. Quelques mécréants s’effondrèrent aussi, choisissant comme de laisser la place aux suivants qui ne cessaient d’arriver. La Marine paraissait gagner un peu de terrain en agissant de la sorte. Malgré que les effectifs terrestres pirates ne cessaient de croître. Désormais, ce n’était pas loin de 200 flibustiers qui tentaient de soumettre la Justice à leurs « idéaux » et de nouveaux sortaient encore de l’eau.

Ne faiblissant pas face à l’adversité, l’officier Nicholson exhorta davantage ses troupes qui retrouvaient alors un peu de confiance. Hélas, cette réjouissance annonçait de futurs terribles moments. Le galion tenait bon et s’était presque amarré comme les trois autres vaisseaux. Au niveau terrestre, les criminels avaient entamé une contre-attaque musclée, déferlant comme une marée humaine sur les lignes de défense des marins, les massacrant au passage. Au même moment, arrivèrent des hauteurs de la base, trois centaines de marins, apparemment prêts à lutter pour la sauvegarde de cette île. Sans attendre, on leur demanda d’ouvrir le feu en formant de nouvelles défenses avant de passer au corps à corps. Les cadavres s’amoncelaient par dizaines, autant chez les Justiciers que chez leurs ennemis. Le combat aurait pu se solder par un match nul si les attaquants n’avaient pas bénéficié de tels soutiens logistiques. Les navires amarrés et une passerelle d’abordage installée, de la nouvelle chair fraîche rejoignit la bataille. Voyant tout cela, le second du colonel ne put que s’exclamer : « Mais ce n’est pas possible ! Combien sont-ils à la fin ?! ». Leurs ennemis avaient bien dû perdre 300 voire 400 hommes et pourtant ils continuaient à affluer. Comment pouvaient-ils espérer protéger ces lieux en se battant à 1 contre 10 ? Décidément, les Swords Skulls portaient bien leur surnom d’équipage le plus puissant des Blues. Selon les registres possédés, ils étaient de loin les plus nombreux et les plus puissants, mais il ne s’imaginait pas que les 200 pirates le composant s’en prendraient à ce bastion de la Marine situé aux abords de Red Line et, en conséquence, bien mieux défendu qu’une simple base de Blue. Pourtant, les faits étaient établis que les dernières opérations militaires avaient coûté cher et avaient considérablement affaibli la défense mise en place.  Et voilà maintenant le revers de la médaille pour avoir « assaini » les alentours. Quelle déveine ! Lui qui semblait promis à un brillant avenir, désormais réduit à un futur écourté et à une gloire posthume. Mais pour l’acquérir, encore fallait-il réussir quelque coup d’éclat mémorable et pour l’instant, sa priorité était de sauver ses hommes d’une mort précoce. Si les forces de l’Ordre paraissaient être encore 200 et s’en félicitaient, les boucaniers riaient en chœur, les 800 ensemble. Devant pareille humiliation, le visage du commandant vira au rouge, à la fois agacé, énervé et honteux, fatalement. Il lui appartenait de faire quelque chose, de stopper cette hécatombe et de protéger autant que possible la vie de ses soldats et celle des citoyens. C’est donc avec un nouvel optimisme qu’il ordonna de ne pas faiblir et de se montrer dignes de leur fonction de gardiens de la Paix. Le combat reprit de plus belle, les marins semblaient réellement se démener et se donner au maximum, envoyés en pâture aux hors-la-loi. Malgré les encouragements prodigués, l’officier ne cessait de tenter de trouver une solution. Mais quelles possibilités lui restait-il ? Leur Quartier Général n’avait plus de matelots à fournir, comme d’armement, et aucun mouvement de repli ne pouvait être effectué sans compromettre le sort des habitants de l’île. Se décidant alors à protéger coûte que coûte cet endroit, le second passa à l’attaque, tranchant autant de malfrats que possible. À bas les belles stratégies ! Lorsque la bête pourchassée est acculée et qu’on menace ses petits, sa férocité s’accroît.
Spoiler:

Au même moment, à l’infirmerie, lieutenant Dark Showl, laissé seul depuis quelques minutes, ne pouvait s’empêcher de maudire son incapacité à agir dans cette situation. Tous se battaient fièrement pendant qu’il se reposait sur le banc de touche. Pouvait-il accepter cela ? Non, évidemment ! Il se devait de réagir, d’aider, mais comment ? À cela, des mots firent échos dans sa tête, comme envoyés par la Providence : « Pour ceux qui ont foi en leurs convictions, rien n’est impossible ! ». Surpris par ces mots lui rappelant son oncle, des souvenirs l’envahirent. L’aristocrate se souvint alors des quelques années passées à MarinFord aux côtés de son oncle, le respecté et très estimé : Dark Regulus. Vice-Amiral de son état, le bonhomme vivait au Q.G. de la Marine, exilé par les siens à la suite d’une histoire fort compliquée. De ce fait, tout son temps était consacré à la chasse aux pirates sur toutes les mers du globe. Du petit poisson au plus imposant requin, rien ne lui échappait. Une légende vivante si l’on peut dire. Dès que les criminels apprenaient qu’il les pourchassait, ils s’empressaient de déguerpir au plus vite, très loin, en vain, ou se livraient aux premières Mouettes venues, préférant de loin ne pas souffrir avant d’entrer à Impel Down. Ses faits d’armes, dit-on, valaient ceux des Amiraux et nuls doutes que ceux de l’Amiral en chef ne dépassaient les siens que de peu. Un sacré personnage en somme. Et voilà que lui, jeune matelot à peine engagé, devait aller parler à pareil type. De quoi en impressionner plus d’un. À sa grande surprise, après s’être présenté, le vieux loup de mer se montra très sympathique, au point de superviser son entraînement. Une affaire de famille, de ce qu’il paraissait. Son oncle paternel l’entraîna donc durant des années dans le but d’en faire un fier et puissant marin sur qui l’on pourrait se reposer lorsque son heure sera venue. En plus de cette formation, le très haut-gradé lui fournit un logement et une certaine réputation auprès des autres marins. Effectivement, être le neveu d’un si grand homme n’était pas donné à tout le monde. On craignait donc le jeune matelot qui, paraît-il, marchait sur les traces du Vice-Amiral. Le temps passa au Q.G., rythmé par les séances de pompes, d’abdominaux, d’iai,… Sa force s’accroissait au fur-et-à-mesure et bientôt, le programme de renforcement différa. La musculation restait présente, mais ce ne fut plus qu’à l’aube et au crépuscule uniquement. Le temps restant, son tuteur lui organisait soit des séances de maniement du sabre soit des combats pour mesure le degré de ses progrès. Cette adolescence de dur labeur ne sembla pas le moins du monde déranger le noble, Showl. À vrai dire, l’idée d’acquérir toujours plus de force lui plaisait et c’est donc avec une assiduité et une attention toute particulière qu’il effectua les nombreux exercices quotidiens. Lorsqu’enfin le garçon eut seize, Regulus le convia à l’accompagner durant ses missions les plus simples afin de le former, désormais à des situations réelles. On le voyait donc assister à des réunions stratégiques et à l’équarrissage en règle de pirates quand on le lui permettait, bien sûr. Toutefois, les entraînements ne cessèrent pas  pour autant. Les exercices matinaux et crépusculaires étaient toujours de rigueur ainsi que des petits combats en journée. Mais sa formation se complétait pour en faire bientôt un fervent défenseur de l’Ordre.
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Alors qu’il se remémorait sa jeunesse, dans le port, les combats gagnaient en intensité. Résolu à ne laisser passer aucun scélérat, le commandant Nicholson tranchait ceux qui se mettaient en travers de sa route. S’il fallait périr ici, autant que ce soit en y mettant les formes. Avec lui passé à l’offensive, le rapport des forces redevenait équitable, malgré une écrasante supériorité numérique pour la piraterie. Face à plus de 700 flibustiers, les marins n’étaient plus que 150.  Pourtant, à mesure que sa lame entaillait ses adversaires, l’espoir revenait. Sans pour autant faire de lui un kamikaze, il paraissait redoubler de férocité dans ses actions, esquivant, parant et décochant des coups d’une extrême précision. Cependant, cette vaillance lui faisait oublier son rôle de chef dans cette bataille : coordonner les assauts des troupes. Et pareille négligence coûte fort cher. Effectivement, à mesure que ses armes pénétraient les lignes ennemies, le piège, inexorablement, se refermait sur lui, tel un étau. Désormais encerclé, seul le rire bruyant des mécréants lui parvenait. Dans une situation comme celle-ci, que pouvait-il faire ? Evidemment, l’unique option consistait à se battre, encore et toujours. Mais cela en valait-il la peine ? « Dans tous les cas, je vais mourir » se disait-il, « autant tout tenter !». Ainsi déterminé, c’est avec une vigueur retrouvée que ses sabres lacéraient les forbans. Qu’importe que ses forces s’amenuisaient et l’abandonnaient, finalement. Rien ne l’empêcherait de remplir son devoir. Néanmoins, ses réflexes diminuaient et ce fut très vite ensanglanté qu’il fut amené à lutter pour la Justice. À ce moment-là, apparu alors sur le pont supérieur du galion un homme de taille moyenne, les cheveux noir, assez mince, une rapière à la main et affichant un sourire démentiel. À coup sûr ce devait être l’instigateur de tout ceci, le pirate le plus dangereux des Blues, capitaine des Swords Skulls Pirates : Tobira Ayauin. Sans nul doute, ce personnage était bien ce mécréant de grande renommée. Les huit personnes disposées à ses côtés confirmaient d’ailleurs cela. Ses fidèles « capitaines de vaisseau », son personnel le plus compétent et une vraie menace également. Décidément, si ce boucanier pour qui le meurtre, les vols, les rapines, le recel et la destruction n’avaient de secret, rejoignait la bataille, son destin en tant que second serait écourté, inévitablement. À sa surprise, le chef ennemi ne fit pas grand cas des affrontements se déroulant sous yeux injectés de sang et se contenta d’exhorter son équipage à sa manière en leur rappelant la vengeance qu’ils devaient accomplir, la raison de leur présence ici en ce jour fatidique. De quelle vengeance pouvait-il s’agir ? La question l’obsédait. Et tandis qu’il y cherchait une réponse tout en se battant, Tobira s’adresse à lui, d’un ton condescendant :

- Hahahaha ! Et bien ? Auriez-vous des difficultés à vaincre mes hommes ? Vous savez, je pourrais très bien vous épargnez si vous me livriez celui qui a attisé ma colère !

Face à la perplexité du commandant, trop occupé à se défendre pour écouter les divagations d’un hors-la-loi, le capitaine du galion poursuivit.

- Oui ! Vous voyez très bien de qui je parle, j’en suis certain. Livrez-moi l’homme aux cheveux noir de jais qui a tué mes subordonnés et votre vie sera sauve ainsi que celle de tous ces insouciants qui végètent à longueur de journée sur ces terres. Qu’en pensez-vous ?

Comprenant alors que l’ignoble personne faisait référence aux pirates qu’avait exterminé le lieutenant d’élite, Dark Showl, actuellement convalescent, la veille, il reprit consistance et se battit avec plus de hargne que jamais avant de lancer sur un ton de défi :

- Et si je refusais ?

Affichant un sourire narquois, le hors-la-loi répondit :

- Alors je vous tuerai tous jusqu’au dernier avant de donner vos cadavres en pâtures aux monstres des mers et de faire mienne cette île !

Puis le pirate fit un signe à un de ses officiers qui rejoignit alors le champ de bataille, visiblement content de participer aux festivités. Arrivant devant le valeureux Nicholson, il ne dit mot si ce n’est : « Prépare-toi à mourir… Imbécile ! », avant de passer à l’attaque avec sa hache. Pour le justicier, il s’agissait de vite pénétrer la garde ennemie pour préserver ses forces, déjà faibles. C’est donc avec une incroyable habileté que la Mouette parait les coups du Rat et attaqua, le moment venu. Réussissant à déstabiliser son adversaire après avoir repoussé la hache, le second du colonel profita de cet instant pour entailler profondément le torse du combattant adverse et le repoussa ensuite avec le pommeau de son sabre. Honteux de s’être fait avoir pareillement, le flibustier maudissait déjà le commandant, lorsque celui-ci fut assailli par le restant des pirates ceinturant les deux hommes et fut alors transpercé de centaines de lames. Après cette attaque sournoise, respirant à peine, le corps criblé de blessures et sachant que son heure était proche, le fier marin retrouva conscience malgré l’incommensurable douleur qui l’assaillait et se prépara à l’inéluctable tandis que le capitaine de vaisseau s’avançait, savourant cet instant, un sourire carnassier dessiné sur son visage, en  s’écriant : «  Va en Enfer ! » tout en abaissant violemment son arme.
Spoiler:
À l’infirmerie, toujours absorbé par ses pensées, le noble ne paraissait pas se soucier du combat au dehors. Il se souvenait bien de ce jour où son oncle et lui, rentrés plus tôt que prévu, s’étaient entraînés. Son seul parent, apparemment très stupéfait par les progrès du jeune marin, voulu savoir jusqu’où pouvaient aller ces améliorations et essaya d’enseigner à Showl une technique très spéciale. Soulevant un lourd rocher, le vieux loup de mer le lança dans les airs, puis tandis que l’objet se préparait à lui fendre le crâne en deux en retombant, il cria «  Tekkaï ! ». Sous le regard ébahi de la jeune pousse, la pierre explosa en mille morceaux sur la tête bonhomme qui, lui, n’avait pas bougé d’un pouce. Après cela, les explications suivirent.

- Cette technique, appelée « Tekkaï », permet de se protéger en rendant son corps plus résistance que l’acier. Pour la maîtriser, il va te falloir apprendre à raidir ton corps à son paroxysme, Showl. Ceci afin que ton corps profite de cette dureté incroyable pour bloquer toute attaque. Maintenant, mettons cela en pratique. Tu vas raidir ton corps et je vais te lancer des galets. Si ceux-ci ricochent, c’est bon, sinon c’est que tu n’as pas bien assimilé la technique. Prêt ?

- Bien, commençons mon oncle !

Bien entendu, comme s’y attendait le Vice-Amiral, les pierres s’enfonçaient facilement dans le ventre de l’adolescent, vite sujet à des maux gastriques. C’est ainsi que durant des semaines entières, tous les jours, de l’aube au crépuscule, l’aristocrate se recevait des projectiles dans les entrailles et s’attelait à accroître sa résistance, sas réel progrès. Mais pourquoi donc se rappelait-il ceci alors qu’il se trouvait dans un lit d’hôpital ? Soudain, la raison lui apparut, clairement, limpide. Son pédagogue, se rendant compte que la confiance du jeune homme s’amenuisait, se décida à le soutenir moralement.

- Allons ! N’abandonne pas si vite ! Si tu as foi en tes convictions, rien ne te sera jamais impossible ! Il n’y a que les faibles pour laisser tomber aussi rapidement ! Un descendant de l’illustre famille des Dark ne peut se laisser abattre !

Alors à nouveau confiant, le neveu se remit en position, prêt à encaisser de nouvelles séries de galets.

- Allez-y mon oncle ! Je suis prêt !

Se fiant aux dires du garçon, Regulus lui envoya un nouveau galet dans l’estomac et se prépara à envoyer un deuxième quand l’adolescent, résistant autant que possible pour que la pierre ne s’enfonce pas dans son ventre, renvoya le caillou dans la main du vieux loup de mer en contractant finalement ses muscles ventraux suffisamment. Pour la première fois en des mois de dur labeur, le jeunot avait réussi à rigidifier son corps. Un exploit ! Le félicitant pour cette réussite, le très estimé marin lui fit don de cette perle de sagesse :

- Lorsque tu en viendras à douter à nouveau, souviens-toi de ces paroles : en tant que Dark, tu es voué à surmonter toutes les épreuves !
Spoiler:
Au même moment, dans le port, la lutte du pauvre commandant touchait à son terme. Son ennemi avait levé sa haché, prononcé les habituels mots de pitié, et abattait désormais son impressionnante arme sur sa victime, incapable de parer le coup. Du sang gicla, beaucoup de sang, une fontaine de sang. L’hémoglobine coulait à flot. C’était fini. Du côté marine, les matelots demeuraient comme figés, un grand choc pour eux. Mais chez les pirates, les hommes ne semblaient guère moins stupéfaits. Dans la stupéfaction générale, le corps du défunt s’écroula au sol. Tous regardaient celui qui venait d’achever le combattant et qui sondait désormais la foule. Arrivé sur le champ de bataille de bataille il y a quelques secondes à peine, le colonel Hiruzen estimait les pertes des deux camps alors que le mécréant abaissait sa hache. Voyant cela, il s’était laissé tomber depuis le ciel dans la foule et d’un simple coup de sabre supprima celui qui avait osé menacer son second. Lorsqu’ils eurent compris que ce n’était pas un rêve, les marins encouragèrent leur chef venu les sauver. Pour Tobira, cela ne permettait que de redonner un peu d’intérêt à cette bataille qui l’ennuyait sérieusement. Peut-être ce justicier-ci acceptera-t-il de lui livrer l’impudent qui a massacré ses hommes la veille ? Du côté du haut-gradé, son estimation étant finie, et passablement irrité, il se décida à passer à l’offensive, ne supportant pas plus longtemps qu’autant de regards meurtriers soient posés sur le commandant Nicholson. Dégainant sa deuxième lame, il murmura alors :

- Première danse : Bourgeon en floraison.

Aussitôt, un parfum envoûtant se propagea dans les rangs ennemis, diminuant leurs ardeurs. Puis, sans crier gare, l’épéiste fit un gracieux tour sur lui-même et projeta une lame d’air circulaire. Pratiquement au même instant, une centaine de corps fut tranchée tandis que le double était lacéré et repoussé, permettant ainsi à l’officier d’avoir une vue d’ensemble sur le champ de bataille. Maintenant qu’il était là, ces forbans allaient devoir répondre de leurs actes. Alors que les uns étaient atterrés par cette attaque et que les autres combattaient, le capitaine Ayauin afficha pour la première fois une expression mêlant le doute et l’intérêt. « Hiruzen », « première danse », il n’était pas né de la dernière pluie. Pour lui, ces mots sonnaient comme un défi à sa mesure. Voilà une bonne occasion d’éprouver sa force. Faisant signe à son bras droit, il lui ordonna que tous leurs hommes participent à cette bataille et que seuls les meilleurs aillent à la rencontre du bretteur. Jauger d’abord la force de son adversaire paraissait prudent. Mieux valait ne pas perdre la face, ici, dans une base marine. Ce serait fort dommage. De plus, si toutes ses forces entraient en jeu, cela devait faire 120 flibustiers. Un bon moyen de dissuasion, mais que ce marin pouvait gêner voire bloquer. Les choses prenaient une tournure intéressante.
Spoiler:
Du côté marine, les effectifs ne cessaient de baisser, au plus 50 matelots tenaient sur leurs jambes. Conscient de cela, le colonel ordonna que tous se replient et conduisent les blessés à l’infirmerie. Lui, de son côté, s’occupait de rendre supportable les derniers instants de son second pour qui cette bataille aura été la dernière. Un marine exceptionnel, d’une intégrité sans limite, loyal, fidèle et fort de ses convictions. Commença alors une courte conversation entre les deux gradés :

- Par……… Donnez-moi…………. De n’avoir………… été à la…………… hauteur. J’ai failli…………. À mon…….. devoir.

- Balivernes ! Jusqu’au bout vous avez servi la Justice ! Vous êtes le héros de cette forteresse marine !

N’ayant le temps d’esquisser un sourire, le commandant perdit de vue sa lumière et s’engagea dans ce long tunnel noir, l’emmenant toujours plus loin. Fortement atteint par la perte de son bras droit, Hiruzen se remit en position, plus décidé que jamais à déchaîner ses danses endiablées sur ceux qui ont eu la mauvaise idée de le mettre hors de lui. Si son premier assaut avait laissé une certaine impression sur ses opposants, ils n’étaient pas au bout de leurs surprises. Qu’importe que 600 pirates tenaient encore debout et que des renforts arrivaient, cela ne l’empêcherait pas de venger le commandant Nicholson. D’ailleurs, étrangement aucun cercle ne se reformait autour de lui. Était-ce une tactique ou bien avaient-ils juste peur ? Peu importait pour le moment.

Spoiler:


-  Deuxième danse, murmura-t-il, Aquilon Mortel.

Se mouvant à une phénoménale vitesse, le colonel sembla avoir totalement disparu, attaquant lorsqu’un vent froid se faisait sentir, lacérant d’innombrables mécréants. À moins que ce ne soit le vent qui attaque ? Face à cette déroute qui le mettait dans une fâcheuse position, Ayauin ordonna que les plus aptes encerclent vite ce manieur de sabres et que trois capitaines de vaisseau les aident. Une dangereuse combinaison en somme. Mais son adversaire l’y contraignait. Une pareille légende, ce n’était pas à sous-estimer. Et alors que les pirates s’organisaient, le gradé continuait son massacre sanglant. Plus de 200 boucaniers avaient déjà péri sous ses lames et ce nombre ne faisait que croître. Après la Marine, la piraterie connaissait à son tour un moment de sérieux doute quant à leur hypothétique victoire contre quelqu’un de cet acabit. Vraisemblablement, ils s’étaient frottés au mauvais homme. Le cercle peinait à se mettre en place et finalement, ce n’est que lorsque 300 criminels furent morts que le marin finit par être encerclé par un impressionnant nombre de marginaux. Tous se concentraient autour de lui et des trois lieutenants qui souhaitaient en découdre. Un millier de chair-à-canon qui avaient dans l’idée de mettre fin à ses jours, de la même manière qu’avec le commandant Nicholson. Voilà une idée bien saugrenue. Au centre de cette cohue, le colonel gardait son sang-froid, n’étant pas du genre à prendre peur devant l’adversité. Tobira tenta alors un dernier appel à la manière d’un ultimatum, mais inversé. En effet, face à ce marin, il était bien conscient que l’avantage ne lui appartenait pas. Ainsi, pensait-il ou plutôt espérait-il que le vieil homme lui livre ce marin aux cheveux noir de jais en échange du cesser-le-feu. Mais cette tentative désespérée visant à s’en sortir vivant, en plus d’avoir échoué, ne fit qu’accroître la fureur de l’épéiste qui ne paraissait pas non plus enclin à envoyer ses camarades à l’abattoir en connaissance de cause. Quelles options restaient donc au pirate ? Affronter ce personnage ? Fuir ? Dans les deux cas, les chances pour qu’il croupisse en prison avoisinaient les 100%. Dans cette optique, peut-être valait-il mieux combattre malgré tout et essayer par la suite de s’esquiver discrètement. Depuis que sa carrière de pirate avait débuté, jamais encore il n’avait reculé devant un ennemi. C’était d’ailleurs l’un des fondements de sa vocation : «  Ne jamais reculer devant l’adversité, toujours faire face ! ». Mais cela pouvait-il s’appliquer à ce cas-ci ?

Pendant que Tobira se perdait dans ses pensées, l’officier de la Marine engageait les hostilités. Vouloir s’en prendre à son hôte, qui plus est blessé, c’était comme il se complaisait à le dire : « La goutte d’eau qui fait déborder le vase ! ». Au même moment, le trio et lui-même s’élancèrent. Tous avec l’assurance des vainqueurs. Alors qu’un essayait une offensive frontale, les deux autres en profitaient pour attaquer sur les côtés. Un schéma classique d’attaque et ô combien inefficace. Il lui avait suffi de tournoyer avec ses sabres pour que leurs coups soient repoussés et qu’ils soient lacérés. Une défense offensive, voilà une vraie tactique, la spécialité de ce combattant aguerri. Bien entendu, à cet instant-là, tous les misérables restés en arrière passèrent à l’attaque encore avec les mêmes yeux débordants d’illusions mortelles. Ne bougeant pas, le colonel n’eut qu’à dire « Tekkaï », dans un murmure, pour que les rapières se brisent sur son corps. L’assurance ne suffisait évidemment pas. Pour gagner, il faut en avoir les capacités, « l’étoffe » si l’on peut dire. Et ils en étaient loin, très loin. Profitant de la stupeur générale, le quinquagénaire réutilisa son « Bourgeon en floraison ». Toute occasion devait être saisie ! Il ne montrerait aucune pitié envers ces rats. Touchés de plein fouet ou plutôt tranchés, les pirates s’écroulèrent les uns après les autres.

- En voici deux cent de moins. Approchez donc vous autres ! C’est votre tour !

La peur mêlée à la honte se lisait clairement sur le visage des flibustiers. Quoi de plus naturel ? Malgré que des renforts arrivent encore, ils ne parvenaient pas à le blesser et mourraient par centaine à chaque attaque. Pour Tobira, s’il est vrai que son adversaire le surpassait, rien ne l’obligeait à l’affronter et encore moins de face. Sa réflexion lui ayant donné une brillante idée, c’est avec un certain ravissement qu’il ordonna à 300 hommes de mettre à feu et à sang la ville. Voilà une idée fourbe à souhait. Comment donc allait réagir Hiruzen ? L’ordre lancé, le commandant de la base ne se rendit pas tout de suite compte du déplacement des forces avec le bruit causé par ceux qui l’entouraient et qui grinçaient trop des dents à son goût. Son attention était focalisée sur ses prochaines victimes. Des mécréants ayant commis l’imprudence de le mettre hors de lui. Quels fous ! Seules ses deux premières danses avaient été utilisées, les plus faibles, et déjà ces hors-la-loi éprouvaient de grandes difficultés à y résister. Qu’allaient donc donner les troisièmes et quatrièmes danses dans ce cas ? Alors que le trio de lieutenants se relevait avec cette même confiance aveugle, ayant réchappé de justesse à sa précédente technique, des bruits de l’extérieur du cercle lui parvinrent. Quelques instants plus tard, la voix du capitaine des Swords Skulls s’élevait :

- Hahahahaha !! Pillez-moi cette ville !, et s’adressant alors au marin : Alors qu’allez-vous faire désormais ? Vous rendre bien sagement ou bien laisser mes hommes s’occuper à leur manière de la population ? Hahahahaha !!!

- Quelle bassesse !

- Hahahahaha ! Tous les moyens sont bons s’ils mènent à la victoire. Alors, que décidez-vous ? Souhaiteriez-vous voir de pauvres civils mourir sous vos yeux par votre faute ? Cela ferait certainement honneur à votre Justice, non ?

Mais alors qu’il disait cela, ses troupes s’arrêtèrent brusquement en plein milieu du champ de bataille. Interloqué, Ayauin s’exclama :

- Que foutez-vous ?! Réduisez-moi cette ville en cendres !

Et tout en disant cela, il distinguait une silhouette qui barrait la route. Une personne immobile vêtue d’un costume, armé de deux katanas et aux cheveux d’une incroyable noirceur. Nul doute, c’était bien l’homme qu’il cherchait ! Celui qui avait commis l’irréparable. Heureux de pouvoir enfin se venger, c’est avec une ferveur toute particulière qu’il demanda au vieux marine de regarder la mise à mort de l’effronté et ordonna qu’on crible de balles le corps de l’impudent personnage. Les rangs se formèrent, les crapules bougeaient rapidement, comme des insectes grouillant au sol. De son côté, Showl restait stoïque. Selon lui, le moment n’était pas opportun pour agir. Lorsqu’enfin les troupes ennemies furent positionnées et tandis que le colonel se frayait un passage au travers de la foule immense qui le ceinturait, Tobira ordonna de tirer. Alors, comme une seule, 300 balles partirent des mousquets et se dirigèrent vers le noble, toujours immobile. Riant à gorge déployée, le capitaine du galion ne vit pas les projectiles arriver, ni lorsqu’ils tombèrent au sol, comme arrêtés par un mur invisible. Ses sous-fifres, eux, avaient assisté à la scène, à ce tour de force magistral semblable à celui qu’avait effectué le vieux barbu pour casser leurs sabres d’abordage et qui dépassait de loin la capacité de compréhension des masses et ils en étaient terrifiés. Que ce marin ait lui aussi un pouvoir aussi étrange, cela faisait beaucoup trop pour leur demi-cerveau de volatile. Mais avec une telle découverte, une question se posait naturellement. Avait-il la même force que le quinquagénaire ? Eurent-ils seulement le temps de se le demander ? En effet, loin d’être venu pour se mettre inutilement en valeur, le jeune marin avait fondu sur ses cibles et les tranchait sans distinction. Les tireurs s’écroulaient les uns après les autres, incapables de tenir tête à ce fougueux justicier. Pour Tobira, c’était l’affront de trop ! Venu avec la certitude d’obtenir un territoire et de tenir sa vengeance, le voilà presque contraint de s’enfuir. Après avoir perdu la moitié de son équipage, au bas mot. Mais alors qu’il s’apprêtait à réunir le restant de ses forces pour décamper, une lame d’air verticale gigantesque arriva sur lui. Esquivant de justesse, le capitaine ne put que voir son vaisseau être coupé en deux avant que le responsable ne se montre. Deux sabres à la main, un pouvoir extraordinaire et une détermination sans faille, il s’agissait bel et bien du colonel Hiruzen ! Comment avait-il fait pour arriver jusqu’ici et aussi rapidement ?! Que faire ? Tout ce qui lui restait était ses quatre meilleurs hommes, cependant quel miracle pourraient-ils accomplir face à cette légende ? Une seule chose importait désormais, alors que la peur lui tenaillait le ventre : Quitter au plus vite cet Enfer ! C’est ainsi que sans la moindre conviction, le pire scélérat des Blues envoya son quatuor se battre, tandis qu’il se hâtait de s’éloigner de ce fou furieux.

Comme un seul, ils s’élancèrent vers l’épéiste, imperturbable. Celui-ci, d’ailleurs, ne fit que murmurer des paroles, à la façon d’un panégyrique funèbre, sans le côté élogieux évidemment. Quoi qu’ils puissent faire, aucun n’en réchapperait. Et à vrai dire, seul leur chef résistait encore. Il lui avait suffi d’un mouvement pour que le groupe vole en éclat et que ses membres, lacérés, ne retombent lourdement sur le pont du navire en perdition. Maintenant, la confrontation finale allait avoir lieu. L’un était déterminé et l’autre apeuré. L’un était un fier marin et l’autre un scélérat de la pire espèce. L’issue ne faisait aucun doute. Pendant ce temps, le lieutenant d’élite s’occupait des quelques forbans restants. Après la troisième danse, «  les crocs déchirant les cieux », le nombre d’ordures avait drastiquement diminué. La plupart s’étaient fait emporté par la puissante attaque et n’en étaient sortis que sous leur forme primaire d’os. Comment ce colonel de Main Base pouvait-il cacher de tels atouts dans sa manche ?! Il l’avait pourtant vaincu en duel. N’était-ce qu’un subterfuge pour évaluer ses capacités ? C’en avait tout l’air. Toutefois, cela ne lui semblait pas être une excuse suffisante pour prendre les meilleures cibles et ne lui laisser qu’une cinquantaine d’avortons. Mais peut-être son état de « convalescent » jouait-il en sa défaveur ? Dans tous les cas, le commandant de la base lui devra quelques explications. Anéantir un équipage pirate aussi puissant, seul, relevait de l’exploit !

Du côté du capitaine ennemi, la tension était à son comble. N’y avait-il rien à faire ? Les capacités du marine dépassaient de loin les siennes. Bien entendu, il pouvait toujours lancer des invectives.

- Qui eut cru que l’ancien colonel d’élite de la Marine, Hiruzen, dit l’épéiste dansant, se fut reconverti en chef de Main Base ? Je comprends mieux pourquoi ce lieu n’est jamais tombé. Ha !

- Trêve de prolégomènes, tu vas expier ici-même tes péchés.

Levant l’un de ses bras, le colonel le rabaissa en prononçant : «  C’est la fin ! », tandis que Tobira, irrité, fondait sur lui, rapière à la main. Frappé par la lame de vent, le criminel n’eut pas le temps de savoir ce qu’il venait de se passer, la Faucheuse avait déjà fait son œuvre. L’onde de vent verticale d’une taille peu commune acheva de dévaster le bateau déjà à moitié englouti. Alertés, les quelques microbes encore vivants purent assister à la défaite de leur capitaine face à un adversaire que rien ne pouvait arrêter. S’ensuivit la sempiternelle formule : «  Baissez vos armes, la bataille est terminée ! ». Ceux qui n’obtempèrent pas furent simplement tués tandis que les autres se voyaient mis sous les verrous. Un juste châtiment, quoique l’incarcération ne plaisait guère à l’élite qui pensait qu’une exécution aurait été du plus bel effet. Cependant, le colonel avait réfléchi et ne souhaitait pas dériver vers l’extrémisme absolu. Aucune loi ne l’autorisait à punir de mort tout hors-la-loi.
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Plus tard, après que les félons survivants aient été mis aux arrêts, dans les appartements du colonel, les deux hommes se faisaient face. Certains points restaient à éclaircir et rien n’empêcherait l’élite de connaître la vérité. Bien qu’encore bouleversé par la mort de son second, Hiruzen pensait également que la vérité ne pouvait attendre. Certes, elle ne le tuerait pas, mais, malgré tout, elle valait son pesant d’or. Tandis que tout deux se regardaient, l’atmosphère s’alourdissait. Décidé, le chef de la base commença :

- Mon cher Showl, je suis navré que vous ayez eu à intervenir, à nouveau, malgré votre état. Emporté par mes sentiments, il semblerait que j’en ai oublié ma mission. Cette île et ses habitants vous doivent la vie et la beauté de ses quartiers.

- C’est fort aimable, mais ma présence n’était pas due à la Providence.

- Oui, bien sûr, je me doutais que vous en viendriez de suite aux faits. Comme je le pensais, vous êtes quelqu’un de très direct. Un peu à la manière de ce cher Regulus, n’est-ce pas ?

- Regulus ?! Vous connaissez mon oncle ?

- Hahaha ! Et bien, voyez-vous, je n’ai pas toujours été le dirigeant de cette base. Avant cela, je vouais ma vie à la capture en mer de boucaniers, tout comme vous, étant colonel d'élite à l'époque, servant sous les ordres du Vice-Amiral Regulus qui m’a tant appris. Pendant 20 ans, j’ai passé mes journées sur les vaisseaux de Regulus. Nous étions très proches. Si nous avons tout deux été promus, lui a préféré retourner dans la Marine régulière et je pris donc sa place de Colonel d’élite. Même si nous n’avons jamais eu l’occasion de nous rencontrer durant votre apprentissage, j’ai immédiatement su que vous étiez le filleul de ce grand marine. Sans doute vous demandez-vous comment ai-je pu en être convaincu au premier regard ? Et bien, votre oncle n’avait de cesse de me vanter vos exploits, de vous décrire durant vos entraînements, de mettre en avant votre détermination et votre sens aiguisé de ce que devrait être la Justice.


Etonné par ces paroles, le noble ne sut que répondre. Les exclamations paraissaient se bloquer dans sa gorge.

- Oh ho ! À en juger par votre expression, tout ceci vous étonne, n’est-ce pas ? Effectivement, Regulus ne montrait guère ses sentiments, certainement un reste de l’élitisme. Il n’empêche que pour lui vous représentiez tout. Son passé, son présent et même son futur ! Tout, vous étiez tout ! En vous, il voyait un homme capable de changer le monde actuel, ravagé par les guerres, de bouleverser l’ordre actuel des choses. Et je dois vous dire que je partage son avis. Ces quelques jours passés en votre compagnie m’ont suffi pour voir à quel point cet homme vous avait bien cerné, dès le départ. Vous êtes direct, autant dans vos raisonnements que dans vos actions, spontané et déterminé. Votre parent avait ces traits de caractère et donc, en vous, il revoyait sa jeunesse, sans l’ombre d’un doute. Ainsi, lorsque Regulus disparut, je me décidai à quitter la Marine. Evidemment, les hautes sphères ne me le permirent pas et je fus donc chargé de la protection de cette île. Et, si mon raisonnement est correct, ce sont bien les souvenirs de votre oncle qui vous ont permis de vous rétablir et de maîtriser l’un des six styles du Rokushiki : le Tekkaï. Est-ce cela même ?

- Votre clairvoyance ne cesse de me stupéfier. Vous cachiez bien votre nature de fin stratège.

- En effet, vous avez bien raison. J’ai dissimulé ma véritable nature. Comme vous l’avez entendu, je suis l’épéiste dansant et le resterai, visiblement. Une réputation ne s’éteint pas aussi rapidement, malheureusement. Hahaha ! Ainsi, voici donc la réalité telle qu’elle vous apparaît désormais. Mature comme vous l’êtes, je connais bien votre relative sentimentalité, héritée des formations élites. J’aimerais donc, d’emblée, vous suggérer une chose. Vos exploits impressionnent, mais vous laissent parfois en piteux état. Je vous propose donc de vous entraîner afin de poursuivre le but du Vice-Amiral Dark. Ce n’est certainement pas un hasard si vous êtes arrivé sur cette île. Ainsi, en vous enseignant le Rokushiki, vous évoluerez vers des airs qui vous sont encore inconnus en vous rapprochant assurément de votre objectif. Me feriez-vous l’honneur d’accepter que je sois votre professeur pour quelques temps et me permettre, par la même occasion, de suivre les traces de mon vieil ami ? Evidemment, je ne m’attends pas à une réponse immédiate de votre part. N’hésitez pas à prendre le temps nécessaire pour y réfléchir, conclut-il finalement.

- Bien, je vais prendre ce temps, promit-il malgré sa profonde confusion intérieure.
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Quittant ensuite la pièce, l’officier gagna les appartements que le colonel avait mis à sa disposition. Toutes ces nouvelles annoncées aussi brutalement, malgré le tact évident de Hiruzen, allaient prendre du temps à être dirigées. S’asseyant dans le divan après s’être servi un rafraîchissement, l’homme aux cheveux noir de jais repensa à ce qu’on venait de lui dire. Ce quinquagénaire, un ancien colonel d’élite ? Le plus haut-grade dans les formations élites après celui de Major et un grade équivalent à celui de Vice-Amiral. Qui plus est, assez fort pour apeurer un pirate primé à 50 millions de Berry’s. Sans même parler du fait que c’est un ami proche de son oncle, l’ancien Vice-Amiral Dark Regulus et que ce dernier avait réellement à cœur de rendre Showl plus fort et lui de lui permettre de suivre sa route. Que de vérités choquantes ! Durant toute l’après-midi, tandis que tous s’affairaient à réparer les dégâts causés par l’attaque des Swords Skulls et de s’occuper des matelots morts ou blessés, lui resta assis et se remémora ses souvenirs pour tenter de comprendre. Pour savoir comment ces vérités ne lui avaient pas sauté aux yeux plus tôt. Ne pas réussir à deviner que le vieux marin avait fait semblant d’être touché lors de leur séance d’entraînement, cela lui paraissait impensable. Et pourtant, force était de constater qu’il n’y avait vu que du feu. Tout lui avait paru si anodin, oui. Battre un colonel de Main Base, cela ne l’avait nullement impressionné, c’était dans l’ordre des choses. Et croire son oncle incapable de ressentir des émotions ne l’avait pas plus surpris. Mais l’entièreté de ces choses n’était qu’illusion. Une chimère, un peu à la manière de celles racontées aux enfants pour les rassurer ou les réconforter. Penser qu’un génie comme lui avait pu être berné aussi aisément, quelle honte ! Décidément, malgré ces années d’entraînement, ne restait-il donc qu’un gamin ? Si tel était le cas, une seule chose demeurait à faire.

Pendant ce temps, le colonel, chargé de la réorganisation, essayait vainement de se plonger corps et âme dans sa tâche. Quoi qu’il fît, les images de la mort de son second lui revenaient en tête. C’était entièrement de sa faute si un marin aussi dévoué à la Justice et prometteur avait connu un sort aussi funeste. S’il était intervenu un peu plus tôt, cette tragédie ne se serait pas produite. Il demeurait le seul fautif dans cette affaire : laissant mourir ses hommes, placés sous son commandement, et mettant en danger la vie de ses hôtes. Quel genre de chef était-il au juste ? Certainement un de la pire espèce, comme cet Ayauin. Tous l’acclamaient en tant que le sauveur, mais au fond de lui-même, ce tissu de mensonges faisait place à la vérité. Il aurait pu tuer très facilement ce forban de Tobira s’il l’avait voulu. Mais son esprit chevaleresque avait pris le dessus, malgré ce qu’il se disait, il espérait que le capitaine ennemi rende les armes afin d’éviter un massacre inutile. Ainsi, ses coups perdaient en puissance pour laisser la chance à ces flibustiers de stopper les hostilités. Ce vain espoir l’aveugla au point qu’il ne remarqua pas la détermination d’Ayauin et son désir de mettre à feu et à sang ce bout de terre quoi qu’il puisse advenir. Pour toutes ces raisons, il ne se sentait plus digne de commander cette base. Comment pourraient-ils faire confiance à un officier qui faisait passer la vie de ses hommes après celle de ses ennemis ? Non, vraiment ce poste ne lui convenait plus. Il enverrait sa lettre de démission demain et ainsi un haut-gradé plus compétent viendrait le remplacer dans deux semaines au maximum. De cette manière, jamais plus son égoïsme ne créera de tord à cette forteresse. Cette résolution prise, Hiruzen organisa les obsèques pour feu le commandant Nicholson. C’était bien le moins qu’il pouvait faire pour avoir involontairement tué ce courageux et vaillant soldat. À cette cérémonie, qui eut lieu au crépuscule, tous les marins restants et les citoyens importants y assistèrent en plus de la famille proche, effondrée. Derrière lui, l’officier laissait une petite fille de deux ans sans père ni mère. Jamais plus cet homme ne pourra prendre sa progéniture dans ses bras. Et tout cela, c’était lui, le chef de cette base qui avait enlevé cet être chéri par ses proches. Ce fardeau, désormais, l’accompagnerait jusqu’à la toute fin, jouant le rôle du garde-fou. Lorsqu’ils se revirent au repas du soir, le colonel, tout comme le lieutenant, désira annoncer quelque chose. Après bien des politesses, l’élite convainc son hôte de commencer.
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- Et bien, voyez-vous après avoir longuement réfléchi, j’ai fini par prendre ma décision. Vous n’êtes pas sans savoir ce qu’il s’est passé lors de la bataille, n’est-ce pas ? J’ai donc, en raison de cette tragédie, décidé de me retirer et de laisser ma place à quelqu’un de plus apte. Si ce choix peut vous paraître insensé et irréfléchi, sachez qu’il est le fruit d’une intense réflexion. Ainsi, par la même occasion, j’annule ma proposition on ne peut plus farfelue de tout à l’heure et assez malvenue. Après tout, comment pourrais-je être un bon professeur ? Voilà tout. Et vous ? Que souhaitiez-vous me dire, mon cher ami ?

- À vrai dire, pas grand-chose, si ce n’est que j’acceptais avec plaisir votre proposition.

- Allons allons, ne dites pas de sottises ! Comment un meurtrier tel que moi pourrait servir de modèle ?

- Ma foi, vous l’avez dit vous-même. Par amitié pour mon oncle.

- Hélas, je ne crois pas en être encore digne.

- Ne pensez-vous donc pas que la fuite mène inexorablement à la déchéance et à la mort ? Pensez-vous donc que votre second souhaiterait vous voir abandonner alors qu’il vous a transmit son vœu d’un monde meilleur ? N’est-ce point un crime que d’éprouver de la lâcheté en ayant appartenu à l’élite et en ayant servi mon parent, Dark Regulus ? Malgré ma faible expérience, je puis vous affirmer que l’abandon n’a jamais permis une seule rédemption. Si vous souhaitez réellement vous repentir, marchez sur le chemin de la Justice, arpentez ces sentiers sinueux et atteignez donc ce Paradis auquel vous aspirez !

- Etes-vous certain qu’il s’agit de la voie à emprunter ?, demanda-t-il, sceptique.

- Bien entendu, la fuite ne résout rien ! Vos années passées dans l’élitisme auraient dû vous l’apprendre. Ne soyez pas dupe au point de croire qu’une démission peut servir de rémission !, s’exclama-t-il.

- Et selon vous, je devrais me repentir par le biais de la Justice ? Ne pensez-vous pas qu’il s’agit d’un non-sens ? Ma justice a commis suffisamment de meurtre, il est temps que cela cesse !, répondit-il.

- Dans ce cas, façonnez-vous une nouvelle Justice ! Il n’est pas encore trop tard… J’attendrai votre réponse jusqu’à l’heure de mon départ demain matin.
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Ces mots prononcés, le lieutenant laissa le colonel avec ses pensées et prit congé. Comment un ex-colonel d’élite de la Marine pouvait-il à ce point douter de ses convictions ? Si le vieil homme ne reprenait pas ses esprits, allonger sa halte ne servirait plus à rien. Le moment paraissait donc opportun pour qu’Hiruzen affronte les fantômes du passé et trépasse si ses derniers s’avéraient trop puissants. Comme chacun le sait, tout acte a une série de conséquences, certaines agréables, d’autres franchement indésirables. Mais si l’on ne peut garder foi devant ces conséquences, à quoi bon rester un marin ? Voilà la question que se posait le quinquagénaire qui avait, de toute évidence, été corrompu par la Marine régulière. Quelle tristesse ! Pour sa part, le noble avait vaincu il y a quelques heures  ces « conséquences ». Rien ne pouvait l’écarter de sa voie tracée, désormais. Qu’importe les morts, ses objectifs seront atteints, voilà la conviction de l’élite, directement inspirée de l’élitisme. Si l’on commence à ressentir des sentiments, pourquoi continuer ? Depuis toujours, les émotions sont le principal frein lors des missions et seraient la cause de 85% des échecs. En connaissance de cela, les formations élites se sont évertuées à annihiler cette vaine humanité pour que seul le but compte, comme le dit le vieil adage : « La fin justifie les moyens ». De ce fait, rester auprès d’un sentimentaliste ne pouvait rien lui apporter de bon. Tant pis s’il ratait la cérémonie d’ouverture des annexes de sa bibliothèque. Regagnant le hall d’entrée de la base, l’officier se hâta de rassembler son équipage pour leur donner les directives. Ils partiraient à onze heures demain matin avec une pleine cargaison de vivres et rien de plus. Aucun souvenir de cette base. Et tandis que les matelots se dispersaient, le discours étant fini, une jeune femme apparut, une lourde boîte dans les mains, et se dirigeait résolument vers l’aristocrate. Arrivée à sa hauteur, elle se présenta brièvement avant de lui tendre l’étui.

- Ise Hakuze, je viens pour le poste de bibliothécaire et vous apporte ce que vous avez demandé.

- Bien, je vous remercie d’avoir fait aussi vite. La bibliothèque ouvrira dans deux jours, à partir de ce moment-là, vous en serez la gérante par intérimaire. Acquittez-vous de cette tâche aussi bien que vous me servez !

- Oui, je ne vous décevrai pas.

- Bien, vous pouvez disposer.

Tandis que la femme quittait les lieux, l’élite ouvrit le coffre pour s’assurer du contenu. Dedans, deux lames et leur fourreau respectifs étaient soigneusement mis dans une couche de mousse pour éviter tout souci lors du transport. Tout avait été fait comme demandé. Ainsi, plus rien ne le retenait ici. Quel dommage de partir sans avoir remercié ce cher Hiruzen. Cependant, tout deux avaient des choses plus importantes en tête. Et sur ces pensées, l’homme aux cheveux noir de jais se retira dan ses appartements pour la nuit, la dernière ici.


Dernière édition par Dark Showl le Dim 8 Sep 2013 - 1:05, édité 6 fois
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Le lendemain matin, alors que les deux officiers prenaient leur déjeuner, le colonel entama la conversation avec un timbre qui cassait la monotonie de son ton habituel. Au lieu de plaisanteries légères, le barbu aborda le sujet sérieux, sans fioritures.
Spoiler:

- J’ai bien réfléchi à ce que vous m’avez dit hier soir et j’en suis arrivé à la conclusion que vous êtes fou !

- Je vois. Je m’en doutais. Et bien, dans ce cas…

- Cependant ! C’est également cette folie que j’appréciais chez votre oncle. Une folie qui pousse à se surpasser pour rendre possible l’impossible.

Souriant, l’élite décrocha son den-den mushi portatif et ordonna alors de ne rien charger dans le vaisseau. Son escale, désormais, pouvait continuer. Il retrouvait enfin le colonel qui avait réussi l’exploit d’intéresser le noble. Chose rare dans ce milieu. Après avoir raccroché, le lieutenant laissa le chef de la base continuer son discours :

- J’accepte donc à mon tour d’être votre professeur et de vous apprendre l’art martial secret appelé « Rokushiki ». J’espère juste que vous êtes prêt à endurer un entraînement intensif.

- Et bien, disons que cela me rappellera quelques souvenirs.

- Je vois, dans ce cas, et si nous commencions ?

Et sur ces mots, durant de nombreuses semaines, l’élite apprit le Rokushiki, du moins en partie. En effet, ce n’est pas en un laps de temps aussi court que l’on pouvait maîtriser les six pouvoirs. Mais hélas, le devoir l’appelait. Prolonger davantage sa halte ne lui causerait que plus de soucis avec ses supérieurs, à coup sûr. Le jour de son départ, le vieux colonel lui rappela de s’exercer à cet art martial autant que possible afin d’en acquérir une maîtrise correcte et durable. Esquissant un sourire, le noble largua les amarres et s’en fut.

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