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La fin.

Ils avaient parcouru du chemin les deux hommes. Ils avaient traversés East Blue. Avaient vogué dans les cales d'une galères. Avaient piochés jusqu'à en perdre les mains trop cloquées, avaient couru des nuits entières sans manger ni rien boire d'autre que les goûtes sèches de stalagmites. Avaient vu la mort les poursuivre jusqu'à enserrer leurs amis. Avaient fui si loin qu'ils s’étaient perdu là où la nature était reine. Avaient rencontré l’horreur, la violence, le sang, et aussi, au gré de quelques tournant, un peu d'amour, d'amitié...

Il y avait ce gamin, qu'avait jamais rien connu d'autre que la misère humaine. Qu'ouvrait les yeux alors qu'il en avait déjà de trop vu passé, de printemps. Il était allé là où il allait pouvoir se construire une vie, là où il trouverait un chez soit, où il pourrait fermer les yeux le soir pour oublier ses années d'horreur. Mais il n'y arriverait sûrement jamais. Chaque jour qu'il se lèverai, chaque geste qu'il ferait, serai empli de ce passé qu'il n'aurait jamais dû connaître.

Ils auraient bien aimé le garder près d'eux, ces étranges hommes. Ils auraient bien aimé le protéger de leurs gros bras. Mais ils ne pouvaient pas. On dit que dans ce monde il y avait une place pour chacun, un labeur pour tout homme. Et le vieillard, lui, il l'avait trouvé. C'était se consacrer à ce petit fils qu'il avait connu et il n'avait pas la place pour un autre, plus la place. Peut-être aussi était-ce un peu de lâcheté, ou peut-être de l'égoïsme... Le monstre, lui, n'avait pas trouvé sa place, et dans tous les chemins semés d’embûche qu'il allait encore rencontrer, dans tous les dangers qu'il allait devoir affronter, il n'y avait pas la place pour un môme.

Alors le vieillard et le Monstre repartirent de l'île du second un peu plus légers. Le cœur un peu plus lourd. Ils mirent les voiles sur une minuscule barque avec quelques provisions. Ils n'avaient pas grand-chose, à peine de quoi tenir quelques jours. Un peu de pain sec, quelques litres d'eau, de la viande séchée. Et c'était tout. Juste ce qu'il fallait pour arriver là où il voulait.

Là où tout avait commencé.

Le vieillard avait son fils à récupérer, une humiliation à oublier. Une ville à libérer de son monstrueux maire. Et le monstre, lui, le vrai. Celui avec son corps immonde, sa gueule affreuse et ses trois mètres de haut, avait un service à rendre à un ami. Ne comptaient plus les autres comptes. Ne comptaient plus l'argent qu'avait perdu le cachalot. Ne comptait plus que cette nouvelle amitié à qui il devait la vie, un peu plus d'humanité, un peu plus d'intelligence et de compréhension de cet étrange monde dans lequel il se devait de vivre.

Lorsque les deux hommes arrivèrent au port, là où seules quelques lumières éclairaient le ciel noirâtre, pas un bruit ne se faisait entendre. Comme si les pêcheurs avaient abandonné leur travail. Comme si les jeunes hommes et femmes ne voulaient plus profiter de ces moments où l'alcool emportait les cœurs le temps d'une nuit. Il y avait juste le silence des clapotis, des vagues venant lentement s'échouer sur les rambardes du port. Malgré le manque de lumière, le Monstre aperçu un sourire aux creux des joues du vieillard. Malgré ce qu'ils avaient à faire, malgré la mort qui guettait les gestes de ces deux hommes, il y avait ce goût du chez soit qui revenait aux lèvres du vieillard. Ce goût unique, qui bombait le cœur de sa tendresse. Qui berçait les pas des hommes comme si les ruelles leur appartenaient, comme si chaque recoin n'était qu'une entité de leurs corps. Oui, il y avait ce bonheur simple de retrouver sa ville dans les pensées du vieil homme, et dès le premier saut sur la terre ferme, sa démarche se fit sereine, heureuse. C'était un bonheur que seuls ceux ayant trop vagabondé, trop loin de chez eux, pouvaient comprendre. Chaque détail de cette ville refaisait surface à l'esprit du vieillard, ceux-là même qui avaient bercé ses nuits de cauchemars comme un abri contre les mauvais esprits.

Il était heureux. Tout simplement.


Dernière édition par Ishii Môsh le Ven 27 Sep 2013 - 10:07, édité 1 fois
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Ils auraient bien aimé rester là. Au milieu de ce vieux port que le vieillard connaissait comme sa poche, qu'il avait foulé tant et tant de fois qu'il en aurait été capable de dire quels pavés traîtres étaient plus haut que les autres. Quelle coque appartenait à quel marin. Quel bac vide laissé au milieu de l’allée allait se faire remplir par quel poisson...

Ils auraient bien aimé, mais ils ne pouvaient pas. Il y avait cet étrange goût de trop calme qui les alertait. Il y avait ce goût de vengeance et de peur pour son petit fils qui rongeait le vieillard. Alors les deux carcasses s'engouffrèrent dans les ombres des grandes bâtisses de pierres, des ruelles pavées et des édifices de bois pour ne plus apparaître que devant une maison comme une autre. Faite de pierre et d'un toit de chaume, où les volets de bois fermés laissaient apparaître une lueur jaunâtre. Un bout de lumière qui malgré l'heure ne pouvait s'éteindre.

_Grort et Fany. Ils adorent le p'tit et on s'entendait bien. C'doit être eux qui s'occupent du p'tit.
_Hmm... Si on frappe, ils vont paniquer. Et crier... Je pourrais crocheter, mais... Ce serait pire...

Le vieux ne répondit pas et déjà, sortait un bout de papier de sa poche intérieure qu'il griffonna de quelques mots. Il le fit passer par l’interstice entre le volets et le bord de fenêtre. Le temps passa alors sans aucun bruit, puis les gongs de l'ouverture se mirent à grincer pour faire apparaître le visage blafard d'un vieillard. Ses grosses joues étaient recouvertes d'une barbe blanche et toute sa face était parsemée de rides, recouvrant ses yeux rougis de surprises.

_Mon... Ami... C'est bien toi...

Déjà, il disparaissait pour ouvrir la porte et avant même que les deux hommes ne comprennent, les deux vieillards s’embrassaient. C'était une embrassade de vieux amis se retrouvant enfin, une retrouvailles qu'aucun d'eux n'eut cru possible. Les gros bras de Grort écrasaient le corps musclé de l'autre vieil homme mais sils s'en contrefichaient. Ils aurait pu détruire leurs corps ils n'auraient fait qu'enjoliver leurs cœurs.

_Je te croyais mort, je... Je suis désolé... Je n'ai rien pu faire...
_T'vas pas te mettre à chialler... N'fais pas une scène pour ça, t'sais bien qu'il m'en faut plus. Dis moi juste... Le gamin ? Il est chez vous ?

Grot sécha vite ses larmes et changea de son air attristé pour récupérer son sérieux, comme s'il était gêné de toutes ces émotions non cachées. Il invita les deux hommes à entrer, mirant du coin de l’œil d'un air apeuré le Monstre qui n'avait dit mot.

_Oui... Je vais le réveiller, il dort dans notre chambre d'amis... Il s'est fait tant de mourrons pour toi qu'il en est encore inconsolable... Mieux vaut être prudent si l'on veut pas réveiller tout le quartier...

Déjà, Grot disparaissait pour laisser le Monstre et son ami, seuls, au milieu du salon. Il y avait un vieux solfat tout troué, une table de bois usée où apparaissaient des taillades de couteaux, de fourchettes et des brûlures de poelle. Au creux d'un coin, contre le mur de chaux, apparaissait une grande pendule tintant à chaque seconde de son bruit si particulier. De l'autre côté, une cheminée se laissait à fumer quelques bûches, réchauffant la pièce de son odeur de bois brûlé et de chaleur. Et à côté, une petite chaise apparaissait avec posé dessus, plusieurs feuilles et un bout de bois comme crayon. C'était une maison simple, avec quelques pièces et le mobilier sans fioriture, qui avait passé les printemps sans jamais ne changer de places.

Lorsque le petit arriva, c'était en courant, manquant de renverser la table sous son passage. Il ne s'arrêta qu'une fois jeté dans les bras de son grand père. Les larmes coulaient à flot, les yeux tout humides ne pouvaient s'arrêter si bien qu'il leur fallut patienter de longues minutes pour calmer l'inconsolable. Pour enfin poser toutes les question qui faisaient les allés et retours dans le crane du Monstre.

_Merci Grot. Merci d't'être occupé du gamin, mais … Fany ? Où qu'elle est ?
_Et bien...

La tête du vieux barbu se pencha dans un grognement.

_Merde Grot, je savais pas... Qu'est c'qu'il s'est passé ?
_La vieillesse, mon ami, c'bientôt notre heure et on n'peut pas y faire grand chose... Et pis... Il s'en est passé, des choses, depuis que tu es parti... Il me faudrait toute la nuit pour te raconter...

Et ils la prirent, cette nuit, le temps que la lune fasse le tour du ciel, que les bougies se fassent remplacées par d'autres. Que Grot palabre tout ce qu'il avait sur le cœur. Toutes ces étranges choses se passant au nez et à la barbe des habitants sans que quiconque ne comprenne. Il y avait les rumeurs, comme de mauvais dires, mais qui sonnaient vraies. On disait que la Bande à Gribouille était revenu d'Impel Down pour hanter la ville. On disait que la nuit, les hommes dormant dans la rue se faisaient emmener en enfer.... Grot, lui, n'avait pas cru à ces bobards, racontars d'ivrognes qui ne savaient qu'inventer pour s'occuper. Et puis il y avait eu ce soir. C'était un soir comme les autres où la seule différence était le Toy qu'était plus saoul encore qu'à l’accoutumé. Qui braillait encore plus que les autres soirs pour rentrer chez lui et que personne n'avait eu le courage traîner à dos de brouette. Si bien que le Toy s'était endormi entre deux cris au milieu de la rue, juste devant la porte de Grot...

Le lendemain, l'alcoolique avait disparu.

Et les nuits suivantes, tous ces hommes que personnes ne connaissait, ceux vivant dans la rue des quelques pièces gagnées, ces gens là, tous, si peu qu'ils étaient à ne pas profiter des liens des autres habitants, tous disparurent. Il y avait beau avoir le maire à tenter de rassurer chacun, le mal était fait. Celui d'une peur sourde qu'aucun homme ou femme de l'île n'avait jamais connu auparavant. Pourtant le maire y mettait du cœur, à justifier chaque disparition de la manière la plus rationnelle qui soit. Mais il n'y pouvait rien. Les comptes et légendes, ceux qui se font une place dans le crane des hommes jusqu'à presque en paraître réels, ceux là ne partent pas. Jamais. Ou tout du moins... Jamais jusqu'à ce que preuve ne soit faite. Et les preuves, le maire n'en avait pas, juste des suppositions qu'il tentait de faire passer pour oublier le reste. Ces bruits étranges qui apparaissaient chaque nuit, ces voix, sourdes se faisant une place.
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Lorsque Grot eu fini de tout dire, lorsque ses mots eurent fini de crier leur peur plutôt que de la pleurer et que les deux hommes n'eurent plurent de question à la bouche. Lorsqu'eux même terminèrent de raconter leur périple, les étranges choses qu'ils avaient vu, l'étrange et horrible monde qu'ils avaient découvert au gré des ces mois passés, le soleil se levait déjà.

Le Monstre et le vieillard dormirent tout le jour, calfeutrés dans une chambre pour se cacher. Ils n'étaient pas les bienvenues, ici... oh non... Et chaque jour qu'ils passaient sur l'île était un risque de plus de repartir vers l'enfer. Mais ils avaient tant de choses à faire, tant qu'il leur faudrait plusieurs semaines, pour tout comprendre, pour tout organiser, pour libérer les habitants de cette menace qu'ils ne connaissaient pas, qu'ils ne comprenaient pas.

Ils se réveillèrent à l'heure où les autres partaient déjà dormir. Il y avait quatre assiettes sur la table de bois. Grot et l'enfant les attendaient, le petit avec ses mirettes pleines de vie de revoir quelqu'un qu'il n’espérait plus revoir. Et Grot, lui, le regard soucieux, jugeait les deux hommes, il avait les plis et rides de visage se déchirant dans une grimace d'incertitude.

_Vous... Vous comptez pas partir, hein ? J'y ai réfléchi toute la journée à ce qu'vous m'avez dit. Et j'arrive pas à y croire... Faut que vous foutiez le camps d'ici bon sang ! S'ils vous trouvent... Ils feront pas dans l'détail cette fois...

_Bon Dieu qu'si, ils nous feront la même qu'la première fois. 'Nous enverrons au bagne pour quelques biftongues et s'contenteront de sourire en voyant les liasses. T'as pas encore compris, hein... T'as pas pigé qu'tous les gusses qui disparaissent finissent là où on a fini...

_Vous les auriez vu si c'était le cas !

_Bon Dieu qu'non. Là où on était, y'a tant de gens, y'a tant de camps, qu'faudrait plus que tes doigts pour compter le nombre de guss par milliers...

_Hmm... Il dit vrai.

C'était la première fois que le monstre parlait. Debout, le poing sur la table, le barbu ne pouvait croire ce qu'on lui disait. Et pourtant, le calme des deux hommes, leur voix si sûres d'elles ne faisaient rien pour le rassurer. Il avait les lèvres tremblantes de rage et de colère, de peur...

_Mais... Qu'est c'qu'on peut faire... Je ne suis qu'un écrivain... Et vous... Vous...

_Ferme la, Grot. Bon Dieu l'ami, ferme la. Tu fais tant de bruit qu'tu vas finir par réveiller le village. Tu voudrais foutre le camps la queue entre les jambes et j'le sais. Et crois moi l'ami que j'te comprends. J'te demande juste deux semaines. 15 p'tits jours à rester là, le temps qu'on règle ça à notre manière.

_Vous allez faire quoi ? Vous vous êtes fait avoir une fois... Ça n'vous suffit pas ?!

_Hmm... Cette fois nous attendrons de connaître. Nous serons plus discret que je ne l'ai été.
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Lorsqu'ils sortirent de la maison, ce fut à pas feutré. Il y avait le Monstre qui les épaules toutes rentrées, tentait tant bien que mal de se faire minuscule, et le vieux, lui, qu'avait le dos bossu. Ils mirent leurs pieds en avant, glissant dans la nuit noire. La lune avait disparu derrière les cotons grisâtres, aidant les deux ombres à se mouvoir aussi invisiblement que silencieusement. Chacun de leurs pas était réalisé avec la patience et l'agilité de ceux qui l'avaient fait tant et tant de fois, que c'en était devenu une habitude, presque un tic. Celui de ne vouloir plus être qu'un élément du décor parmi les autres. Une mauvaise habitude qu'ils avaient pris durant ces longues journées à dormir sous le pont de Tequila pour s'abriter des gardes, à marcher au milieu des champs de blé plutôt qu'en chemin pour ne pas attirer le regard. A s'abriter dans les granges le plus silencieusement qu'ils pouvaient, le temps d'une rafale de pluie, d'un séchage des corps et des cœurs.

Même là, au milieu de cette nuit où plus aucune âme ne semblait vivre, ils zig zaguaient entre les murs et les fourrés. Ils marchèrent ainsi un long moment, s’arrêtant au moindre bruit, à un bruissement de feuille plus grand que les autres, à la course d'un rat perdu, au miaulement d'un chat égaré. Alors que leurs deux corps n'étaient plus qu'à quelques dizaines de mètres de la mairie, ils s'arrêtent d'un geste commun. Le Monstre pointa de son gros nez l'ange d'un mur. Ce n'était que quelques pierres mal amoncelées et presque en ruine qui formaient un angle presque prêt à tomber. Il y avait la place de deux hommes, tout cachés.

Déjà, les deux ombres volaient d'un saut de chat, silencieux, et se cachaient derrière le muret de pierre. Il y avait un trou pas plus grand qu'un œil, formé par deux pierres branlantes, mal briquées. Le vieillard y jeta la gueule pour observer la maison du maire. Il y avait quelques fenêtre d'éclairés, quelques volets fermés, les belles colonnes de pierre, mais surtout, la porte d'ouverte. Comme pour y laisser sortir, ou entrer, ils n'en savaient rien, son lot d'horreur.

Ce soir là, le monstre ne fuma pas un cigare, le vieillard ne lâcha pas un juron. Ils restèrent là, immobiles, des heures. Il y avait les crampes qui gagnaient chaque muscle. Le vent frais qui venaient geler leurs gueules. Mais ils avaient vécu  pire ces deux là, bien pire... Si bien qu'aucun d’eux ne lâcha de signe de faiblesse et ils restèrent campés à leur position ; Sûrs que ce qu'ils voulaient voir allait arriver.

Les heures passèrent sans que le ciel ne veuille se colorer, sans qu'aucun bruit ne veuille se faire attendre et alors que les deux hommes se demandaient s'ils ne s'étaient pas trompés, vint ce qu'ils attendaient. C'était trois formes, d'abord, floues, et peu à peu le vieillard en discerna les contours humains. Ils étaient laids, ces hommes, avec leur démarche presque endormis et leurs mégots fumants, leurs frusques salis et leurs gueules immondes.

Spoiler:

A leur pied traînaient les carcasses inertes d'un gamin pas plus vieux que Tonray, une femme toute jolie et un homme robuste. Leurs pieds raclaient les pavés poussiéreux et leurs bras, tout tendus se faisaient tirer par ceux des 3 hommes. Ils avaient leurs pieds nus et n'étaient vêtus que de frusques que l'on met pour dormir. De ceux qui ne se sortent pas, qui ne quittent jamais le fétu de paille. Il y avait la trace de coups qui ravageaient leurs faces endormis, saignantes. Et même le petit, le vieillard le voyait, avec le crâne boursouflé d'une horrible bosse. C'était sinistre, il y avait le silence qui se faisait déchirer par les raclements et les horribles grognements de douleur des presque endormis. Et au milieu, les voix des trois hommes murmurant.

_J'te dis qu'on aurait du s'faire une ch'tite bardée sur la maison d'à côté.
_Et moi j'te dis que ça servait à rien et qu'on ramène déjà assez d'fric.
_Boarf moi j'dis rien et j'en pense pas moins.

Le vieillard était prêt à surgir de sa cachette, et il y avait beau avoir les gros muscles du monstre pour l'entourer, il y avait beau sa grosse voix se tentant douce qui résonnait, son ami ne comprenait pas, ne voulait pas comprendre. C'était la famille Houati... Celle du père forgeron et de la mère couturière... L'une de celles qui n'avait jamais rien fait de mal de leur vie... C'étaient Monsieur et Madame tout le monde. La mère qui se levait le matin pour préparer le repas du petit alors que le père travaillait déjà sur l'enclume, réveillant la ville au son de ses coups de marteau... C'étaient les jolies fleurs toujours arrosées au bord de leurs fenêtres et le bruit régulier de la machine à coudre qui faisait battre les cœurs de l'habitat. C'étaient ces magnifiques robes faîtes mains qu'enjolivaient toutes les femmes de la ville...

C'était une lutte de deux cœurs qui se cognaient, silencieusement, pour s'arrêter au même moment que la porte de mairie se refermait. Et les deux hommes, tout essoufflés de cette lutte sans mouvement s'effondrèrent le cul sur le sol.

_Bordel de merde, qu'est c'qu'ils font à ma ville... Qu'est c'qu'ils font à ces foutus gens qu'ont rien d'mandé d'autre que vivre heureux. C'pas sorcier bordel... C'sont juste de pauvres bougres qui se lèvent le matin pour trimer et se couchent le soir auprès d'ceux qu'ils aiment. Qu'ils veulent juste laisser couler les jours qu'le Bon Dieu leur donne aussi calmement qu'possible. Qui font rien d'autre qu'savourer leur bonheur à grandes becquetées... Et là... Cet enfoiré de maire qui se croit assez malin pour l'a faire à l'envers... J'pensais pas jusqu'à là, j'pensais pas qu'il s'metterait à fouiller dans les baraques pour en sortir les guss et les revendre...J'pensais pas...

_Hmm... Rentrons maintenant.

_Quoi ? Qu'tu vas pas me dire qu'on va rien faire pour ces pauvres bougres qui vont finir au bagne ? Tu vas pas m'dire qu'on va gentiment rentrer se pieuter en sachant qu'ils vont tout droit en enfer ? Bordel, me dis pas ça... On est là, bordel, on peut faire quelqu'chose.

_Hmm... Et foncer tête baissée ? Pour se refaire avoir de la même manière que la première fois ? Nous ne servirons plus à rien pour les autres, ceux qui ont encore une chance, si nous finissons aussi à Tequila Wolf. Rentrons, et réfléchissons. Lorsque nous agirons, il n'y aura pas d'autre issue que la victoire.

Lorsque le soleil se leva, les deux hommes étaient assis autour d'une table, chez Grot. Il y avait le petit qui les attendait les yeux brillant de mille anxiétés. Le barbu, lui, fumait tranquillement la pipe, en retrait, d’innombrables pages étalées sur ses genoux qu'il relisait avec attention, ses yeux à demi pliés pour discerner les lignes. Il discutèrent longtemps, le monstre et le vieillard. La voix posée d'Ishii faisant écho à celle, rocailleuse, grisée, du vieillard.

Les thés et cafés se burent les uns après les autres, les cigares et mégots se consumèrent vites suivis par d'autres. Jusqu'à ce que le cendrier ne soit remplis de cendre, jusqu'à ce que les mots nu purent sortis, trop épris de fatigue. Il était déjà tard, mais les hommes avaient trouvé, cette petite chance qu'ils avaient, cette infime possibilité.

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Grot entrait dans le bar. Il y avait la cheminée fumante et une vingtaine d’hommes parlant à voix basses, là où d'habitude, les rires et chants résonnaient jusqu'aux quatre coins de la rue. Il y avait le barman, ce jeunot d'à peine un quart de siècle avec au coin de l'épaule son énième chiffon sali manquant de tomber à chaque geste. Une grimace nerveuse avait remplacé son sourire amical et même à l'entrée d'un nouveau client, il ne put que lever à peine ses lèvres vers le haut. Sa femme, elle, tentait tant bien que mal de servir les quelques clients, de gestes maladroits, tout tremblants manquant à chaque fois de créer une catastrophe.

Grot s'avança au comptoir, il avait la mine sérieuse, lui qui n'avait pas l'habitude d'entrer ici. Il connaissait bien les gens présent, mais pour les avoir croisé dans la rue, dans leurs commerces. Il y avait le cordonnier, tout voûté et d'énormes lunettes au visage, à force de se pencher sur son labeur, le charpentier et ses gars qui buvaient une bière, au fond, avalant lentement chaque gorgée entre messes basses. Grot les reconnaissait à leurs épaules carrées et leur peau tannée à trop être resté au soleil. Grot leva le bras pour héler le barman qui ne l'avait pas encore remarqué.

_Et bien mon bon, tu m'as l'air perdu dans tes pensées, toi.
_Oh, navré l'ami, c'est qu'en c'moment, ça tourne au pas bien par ici...
_Oui j'ai entendu... C'est vrai cette histoire, pour les Houati ?
_J'crois bien que oui... Y'avait les hommes de Tyo qu'attendaient leurs pelles au matin. Z'ont été surpris d'pas entendre l'enclume et sont allé voir chez le lui, et y'avait plus rien.. Juste tout le fracas par terre, les meubles, les papelards, la vaisselle... Tout foutu dans un bordel monstre... Et pourtant, y'a pas eu un bruit la nuit derrière...
_Et le maire, il en dit quoi, de tout ça ?
_Je sais pas si tu te rappelles, du Monstre qu'était venu et qu'avait tout détruit une chambre ? Bah le maire dit que c'monstre là, il s'serait échappé d'une prison de Logue Town et serait rev'nu.
_L'homme poisson ?
_Oui, c'ui là même... Alors le maire a d'mandé à ses hommes d'patrouiller la nuit et à la milice d'faire de même. Pour ça qu'le charpentier est pas couché. Il reste là pour ramener les gars chez eux. J'crois bien que sans leur aide, j'aurais plus d'client à cette heure...
_T'y crois vraiment, à cette histoire de Monstre ?
_Bah j'en sais rien hein... Mais c'toujours plus vrai qu'ces histoires de fantomes que les autres racontent...
_Alors c'est tout ? On reste là à protéger nos vies sans tenter d'en comprendre plus ?
_Qu'est c'tu crois qu'on puisse faire de mieux hein... Si y'a vraiment un monstre qui rode, les milices le trouv'ront et c'est tout. En attendant, on n'a plus qu'à espérer qu'il passe pas à travers les mailles... Crois bien que si j'pouvais faire plus j'le ferai, vois comment l'bar est vide. A cette heure, y'avait deux fois plus de gus et tous l'sourire aux lèvres, la gorge grosse et le rire fort. Là... Y'a qu'une poignée de courageux qu'osent encore sortir. Et même avec la milice, ça n’change rien... Si ça continue, j'aurai plus qu'à mettre la clef sur la porte... Crois bien que ça me met pas bien, cette histoire...
_Je suis désolé l’ami, c’est qu’à mon âge, ce genre d’histoire m’emporte. Moi je voulais que couler quelques dernières années tranquilles…
_Crois bien que c’est le cas de tout le monde, Grot, mais qu’est ce qu’on pourrait faire de mieux ?
_Oh… On peut faire mieux, mais… Juste que le maire, il pourra bien aller se faire voir sur ses impôts, vu à ce que ça sert… Je lui donnerais pas un sous de plus, à cet imbécile. Nous a déjà trop vendu de rêve sans jamais rien faire d’plus.
_Tu vas faire quoi, alors ?
_Je vais en lever, moi, des impots, et ça sera pas pour rien. Je t’en dirai plus dans deux trois jours. Je dois aller voir un ami sur Logue Town demain. Il m’en doit une et il pourrait nous aider. C’était un scribouillard de la marine à qui j’ai offert une Une. Ça lui a valu une promotion. Il pourrait nous fournir quelques armes qui changeraient des fourches que prennent les milices. Au moins avec ça, z’auraient moins peur.

Lorsque Grot se releva de sa chaise, son verre était vide depuis longtemps. Ils avaient passé la nuit à refaire le monde, à parler d’un temps où la nuit était idéale, où les familles profitaient de la fraicheur pour promener les enfants et vider les cœurs d’une journée de labeur. Où chaque homme n’avait pas besoin d’une fourche pour profiter d’un couché de soleil, allongé dans un pré, une bouteille de vin tournant entre quelques amis. Grot se fit raccompagné par l’un des charpentiers. L’avait la gueule salie par la fatigue, le manque de sommeil qui commençait à le gagner, à force de trimer les jours sur les toits et les nuits dans les rues.
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Les traces de fatigues sur le pauvre charpentier, elles étaient visibles sur tous. Lorsque Grot arriva au port, chaque homme semblait ne pas avoir dormi depuis des lustres, chaque œil était creusé d’innombrables rides bouffant le visage des marins. Eux, qui n’osaient plus se lever avant l’aube, qui devaient maintenant combattre les marées, jongler entre les bateaux de croisière, et devoir supporter de rapporter moins. Parce que tous ces poissons devenaient indistincts, immobiles, la journée là où la nuit leurs bancs se voyaient à des mètres il fallait le jour passer des heures à scruter les vagues pour enfin voir apparaitre un maigre filet de quelques poiscailles. Ils travaillaient plus, plus durement, et gagnaient moins. Leurs nuits étaient courtes, coupées de cauchemars et de peurs.

L’un d’eux avait abandonné. Son gros ventre moulé par une marinière trop petite, ses deux mains jointes dans une prière silencieuses et son énorme cul posé sur une chaise ne faisaient qu’attendre une chose. Assis là, au milieu du port, il somnolait devant une pauvre pancarte déjà toute abîmé. « Allé Retour Logue Town, 600 000 berrys. »

_Et bah dis moi, tu te moques pas de nous avec un prix comme ça.

Le vieux marin se réveilla en sursaut, maugréant quelques mots.

_C’est le prix, et y’a pas moins cher.
_Et pourquoi donc ?
_T’crois bien que si ça l’était, tout le monde ferait l’allé et personne le retour. Avec c’qu’il se passe ici… Même moi, j’ai eu plus d’une fois l’envie de pas rev’nir…
_T’es pas un marin de croisière, toi. La pêche est trop dur ?
_On ramène rien depuis des mois, on trime comme des forçats et on arrive à peine à se nourrir. ‘Vec un voyage par semaine, je gagne plus qu’en pêchant chaque foutu jour. Tu sors d’où pour pas savoir ça ?
_C’est que je gagne ma vie avec ma plume, je sors peu…
_Et tu fais bien, fais pas bon de sortir, en ce moment.
_Voilà quand même 600 000 berrys. De toute manière, je payerai pas mes impôts, j’ai pas à me soucier.
_T’es ti pas fou, toi… Et pourquoi M’sieur l’écrivain veut plus payer ?
_C’est que je paye pas les discours, moi, je paye les actes. Et je me contrefiche de l’avis du maire. Qu’il m’entende s’il le veut !

Les deux hommes montèrent sur une petite coque où la voile se dit grande. Le marin noua les bouts, sortit sa boussolle et mit la barre. Quelques heures plus tard, ils touchaient terre.

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Lorsque Grot revint, ce fut accompagné de deux hommes. Tout en eux suintait le vétéran endurci. Les épaules larges, le pas sur et rapide, l’œil vif à toujours épier sans mot dire. La barbe parfaitement rasée et les cheveux coupée courts, émaillés par l’âge de nombreux poils poivre et sel. A la ceinture un pistolet fermement attaché dont la bosse apparaissait sous le veston impeccablement propre et repassé, un fusil en bandoulière.  Lorsqu’ils entrèrent dans la longère, le vieillard et le Monstre ne purent s’empêcher de mettre main à leurs épées.

_Ils sont avec moi, n’vous inquiétez pas.
_Hmm…
_A vrai dire, je ne vous ai pas raconté une histoire qui m’est arrivé. Il n’y avait que ma femme au courant.  Et puis, ça m’a jamais semblé intéressant, et j’aurais jamais su quoi en faire avant que vous n’arriviez. En fait… Y’a de ça plus de vingt ans, j’ai été faire un reportage sur une petite île d’East Blue. Bien au sud. Y’avait pas grand-chose, juste quelques fous qui creusaient la montagne à la recherche d’un peu d’argent. Je suis resté six mois là-bas. Je voulais faire un article sur leur vie qu’était tout sauf facile. Sur leurs rêves qu’ils continuaient à avoir jusqu’à en perdre leur mains avec leurs pioches et leurs vie avec le gaz qu’en tuait beaucoup. Au fond d’une des grottes, y’avait un jeune lubrique. Il parlait à personne et passait ses journées au fond de sa grotte à se casser les bras sur sa pioche. On avait à peu prêt le même âge, alors on a commencé à sympathiser au bar. Il venait souvent y boire un verre à la fin de la journée et m’a fallu un long moment pour qu’il m’offre quelques mots. Mais on est devenu ami. L’était venu à Orange passer quelques mois quand l’était gamin et l’avait adoré cette île. Ça a créé un lien qui l’a fait perdre un peu de son côté bourru. Ce qui fait qu’au bout d’un temps, il venait toujours s’assoir à côté de moi pour discuter quand l’avait fini sa journée. Et puis un jour, alors qu’on avait dû boire un verre ou deux de trop et que nos langues étaient plus déliées que d’habitude, il me l’a enfin dit.  La parcelle qu’il avait acheté était un foutu nid d’or. Le plus gros qu’il ait jamais vu. Sauf qu’à creuser à la main il en recelait rien et qu’il avait pas moyen d’acheter de foreuses ou d’autres outils dont il avait besoin. Moi, j’avais quelques sous de côté, alors je lui ai proposé de l’aide.  Je crois bien que ça m’a fait une sacrée fortune. Je suis allé voir ma banque qui s’est toujours occupé de ça. J’y ai pas touché pendant tout ce temps parce que j’en avais pas besoin. J’ai toujours voulu qu’un peu de tranquillité pour écrire et passer du temps avec ma femme. Ce que j’ai me suffit amplement.  Mais maintenant, cet or, je sais quoi en faire. Dans une semaine viendra un navire avec assez d’armes pour fournir la milice. Et puis, j’ai aussi réussi à dégoter ça avec mon ami de la marine. Un dial qu’il appelle ça.
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Le jour suivant se leva comme les autres, peut-être un peu plus triste, un peu plus lentement qu’à l’accoutumé. C’était l’époque où les jours raccourcissaient, où la nuit embaumait de plus en plus vite la ville de son manteau ombragé et où elle se décidait de plus en plus tard à laisser place à un soleil plus terne, moins chaud.

La longère, elle, se fit réveiller par une main massive frappant à la porte. Le vieillard et son acolyte, restèrent cachés dans une chambre au volet fermé tandis que Grot alla ouvrir, accompagné de ses deux hommes. C’était Joe, à la porte, dont le sourire disparu dès qu’il vit les deux soldats. Sa main faillit même partir à son ceinturon où une arme à feu était bien visible.

_Le vieux Grot, le maire veut te voir, il parait que tu veux plus payer tes impots.
_Oh, bien, bien, ça n’aura pas tardé alors.
_Il veut te voir. Seul.
Le regard de Joe vint se perdre d’un air presque furieux dans ceux, étrangement calme, des deux soldats.
_Ne t’inquiête pas de ces deux hommes, ce sont de vieux amis venu me rendre visite. M Gerloui et M Brunel. Je vous présente Joe, le chef de la milice de la ville.

Les 4 hommes firent marche vers la mairie sans aucun bruit, si ce n’est quelques bougonnements du Joe, toujours énervé de cette mauvaise surprise. Lui avait le regard las et les orbites fatiguées par le manque de sommeil. Les trois autres hommes purent l’entendre bougonner, qu’il devrait être à dormir à cette heure, qu’il en avait mare de devoir enchainer les longues nuits de surveillances avec les journées d’adjoint.
Ils croisèrent quelques badauds profitant de la levée du soleil pour commencer leur journée de labeur, rattraper le retard prit. Le barman lavait péniblement sa terrasse, frottant mécaniquement le balai contre le sol poussiéreux, faisant lever de minuscules nuages à chaque geste. Le fleuriste arrosait ses orchidées commençant peu à peu à dessécher, aidé d’un minuscule arrosoir qu’il tenait péniblement de ses deux bras fragiles. A chaque fois qu’il se baissait, ses lunettes étrangement vissées manquaient de tomber. Chez chacun d’eux, aucun homme ou femme ne venait plus. Les clients n’avaient plus cœur à acheter. Les hommes achetaient moins de fleur, perdaient moins de temps au bar, préférant se calfeutrer chez eux, achetaient moins de nourriture, préférant garder un maximum d’économie pour pouvoir partir de cette île. Grot, en 60 printemps passés sur Orange n’avait jamais vu son île ainsi.

C’était la misère qui écrasait les corps et la peur qui embrassait les cœurs.
Lorsqu’ils arrivèrent, le maire les attendait déjà sur le palier. Le regard étincelant, les frusques magnifiques et le corps droit, on eut dit qu’il n’avait connaissance d’aucun des soucis de ses habitants. Lorsqu’il vit les deux hommes de Grot, son visage se resserra pourtant dans un rictus d’énervement similaire à celui de Joe.

Il les accueillit rapidement, sans un regard sur les deux soldats avant de directement les amener dans son bureau. Tout dans la pièce suintait l’argent. La grande table de bois sculptée, l’énorme tapis recouvrant le plancher, les magnifiques armoires où trônaient d’innombrables livres aux couvertures soignées… Les deux hommes s’assirent au bureau tandis que les trois autres restèrent debout, de chaque côté de la pièce.

_Alors, Grot, tu peux me dire à quoi tu joues ? Tu vas pas crier au lion, quand même ? C’est qui, ces deux gars que tu amènes chez moi comme des gardes du corps ?
_Ce sont des amis. M Gerloui et M Brunel. Je vous présente M le maire.
_Bon, bon, y’a pas de feu sans fumée alors cherchons pas plus loin. La semaine prochaine un impôt sera demandé pour payer la milice. Tu as intérêt à payer, Grot, sinon ça ira mal. Plus personne voudra te ramener du bar. Plus personne voudra tourner dans ton quartier, te servir de pain, te vendre de nourriture, le garçon que tu héberges ne pourra plus aller à l’école et tu te trouveras bien bête. Alors tu as intérêt à payer.
_Non, je ne payerai pas. Qu’importe vos menaces, j’en ai marre de payer des impôts qui ne partent je ne sais où et qui ne règlent rien. Vous ne me faites plus peur.
_M’enfin, Grot, tu vois bien qu’on en a besoin, de cet argent ? Tu crois pas qu’il faut donner pour mettre le premier caillou ? Tu crois que ça pousse tout seul, les écoles ? Que ça peut bosser sans gagner, un milicien ?
_Des cours pour le gosse, je peux en donner. Ma sécurité, je l’ai déjà avec mes deux amis. Alors à quoi bon payer des impôts qui ne me serviront à rien ?

Pendant tout ce temps, Grot se tortillait sur son siège de gauche à droite et son visage transpirant laissait voir la peur lentement s’immiscer. Le maire, lui, c’était l’énervement qui le gagnait.

_Mais Grot ! Et les autres qu’on pas d’amis comme toi ?! Et la bouffe ?! Tu vas pas t’laisser mourir de faim quand même !
_J’en ai marre, Monsieur le Maire. Je n’ai pas de temps à perdre avec vous. Je vous connais Monsieur le Maire, je sais ce que vous faîtes à ces pauvres gens de l’île.
_Ahah, et je leur ferais quoi, d’après toi ?
_Oh, vous, rien, vous êtes trop intelligents pour vous salir les mains, par contre vos amis, euh... Que ce soit Joe ou la bande des Gribouillards, eux, ce qu’ils font… Ces familles qu’ils kidnappent pour les revendre une bouchée de pain au Bagne… J’en ai vu des enfoirés, sur toutes les îles d’East Blue j’en ai croisé, mais vous, vous
_Mais qu’est ce qui te fait croire au tas d’âneries que t’oses raconter sous mon toit, bon Dieu, qu’est ce qui te fait croire à ça ?!
_C’est simple, Monsieur le Maire. Il suffit de prendre son courage à deux mains, se cacher derrière la maison des Coudets, juste en fâce de la Mairie, se tapir dans l’ombre toute la nuit pour voir vos amis en sortir et rentrer plusieurs heures plus tard avec de pauvres guss assomés.
_Espece de ! Espece de sale fouille merde !! J’aurais dû te faire la peau, je savais bien que tous les sales scribouillards dans ton genre n’étaient que de sales fouilles merdes ! T’as deux heures pour te casser de l’île avant que je n’te fasse la peau !! Dehors !!
_Non, monsieur, je resterai.
_AH ouai ? Tu joues à ça ? Dans MA maison ?! Dans MA ville ?! T’as aucune preuve et t’en auras jamais alors dégages de ma ville avant que je n’te fasse la peau !
_ M Gerloui et M Brunel, nous rentrons chez moi.
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A peine eurent ils mis un pied chez Grot que les trois hommes étaient accueillis par le regard froid du cachalot et de son ami. Le premier fumait lentement un cigare avec dans une des mains un journal auquel il ne prêtait aucune intention. Le second triturait un bout de bois à l’aide d’un couteau qui faisait voler d’innombrables copeaux tout autour de la pièce.

_Dis moi pas qu’t’as fait une connerie, Grot.
_Ahah j’ai eu sacrément la frousse, j’ai cru qu’il allait m’faire la peau. Mais tu sais, le Dial dont j’t’ai parlé, et bien ça n’a beau l’avoir l’air que d’un coquillage, ça peut être sacrément utile.

Grot ne pu à ces mots s’empêcher de sortir un sourire espiègle, comme celui d’un gamin ayant réalisé une jolie farce. Mais son jeu n’empêcha pas le mouron de s’installer sur les deux compères, et bien que la discussion partit vite sur autre choses, les cœurs serrés des deux hommes ne se relâchèrent pas de la journée, ni de la soirée et lorsque enfin le soir vint, ils avaient tous deux leurs mains posées sur le fourreau.

Ils passèrent la journée là, les mains moites et le cœur serré à ne faire que boire des thés, fumer des cigares et megots, grignoter quelques fruits. Le cul toujours installé sur des chaises du salon et l’oreille toujours sur l’extérieur. Lorsqu’ils échangeaient quelques mots, c’était à chaque fois pour quelques banalités sans intérêts, qui ne demandaient aucun effort, qui leur permettaient de rester concentrés sur leurs armes, sur la porte d’entrée qui ne bougeait pas. Lorsque l’heure du soupé vint, que le soleil se coucha pour enfin laisser respirer les hommes, aucun d’eux n’avaient le cœur à manger. Il y avait les assiettes pleines qui se laissaient embrumer de la fumée des cigares, de la mauvaise odeur de renfermée et du tracas des hommes.

Le ciel était noir depuis bien longtemps lorsque la porte vola en éclat pour y faire rentrer trois hommes aussi laids les uns que les autres. Ils avaient le visage immonde, les gueules farcies de rictus de haine et barbouillés de salissures du temps. Les gribouilleurs. Ils n’eurent ni le temps de comprendre pourquoi les deux acolytes étaient présent, ni comment ils avaient fait pour arriver ici. Ils eurent juste le temps de déjà parer les premiers coups. La pauvre longère du vieux Grot se transforma en un instant en champ de bataille ; La table se fit renversé par un coup de pied, une chaise brisé par une lame perdue et le pauvre Grot lui, ne put qu'assister au désastre, calfeutré dans un coin de la pièce, rougi de peur. Les lames volaient d'un côté à l'autre, les corps encaissaient les coups comme de vulgaires sacs de frappes, les muscles crispés sur les armes suintaient de sang et de pus. Les hommes frappaient, paraient, couraient, volaient au gré des coups et des esquives. Les livres de Grot s'écrasèrent un à un sur le sol avant de se faire écraser par chaque paire de pieds mal habiles. Et lorsqu'enfin, tout s’arrêta, ce fut pour laisser place à une scène de désastre. Les gribouilleurs étaient tombés. M Brunel aussi. Le Monstre s'avança, alluma un cigare au milieu de la poussière et des restes de la pièce.

_Hmm... Maintenant, c'est à moi de m'en aller.

Il ne se retourna pas, parti sans un regard à ce vieillard avec qui il avait traversé tant de choses. Il n'avait ni peur ni tristesse. Il avait juste le sentiment que dans cette ville, son travail était fait. Que s'il restait, il ne serait qu'un poids. Sa vie n'était pas là, dans cette si belle ville où les cœurs des hommes allaient enfin retrouver forme. Elle était dans le cahot la haine et les coups bas. Il aurait aimé pouvoir rester vivre si simplement, oh qu'il aurait aimé... Mais la paix de cette île avait un prix, celle de l'absence d'horreurs.
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