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L'exil

Klara Eilhart
Klara Eilhart
La Désillusion


Feuille de personnage
Dorikis: 3503
Popularité: 63
Intégrité: 58

Jeu 5 Nov 2020 - 12:39

Les grognements de la bête résonnaient contre les parois rocheuses environnantes. Elle était terrifiante, pour qui n’avait pas l’habitude. A vrai dire, elle était terrifiante pour tout le monde. Même un survivant et chasseur aguerri éprouverait de la peur devant un tel monstre. Ou au moins de l’inquiétude, pour les plus téméraires d’entre eux. Ne pas mourir déchiqueté par ses griffes et ses crocs constituait un défi de taille, car les chances d’en réchapper indemne étaient minces. En revanche, sortir triomphant de ce combat acharné assurait au chasseur une récompense de taille, une gloire éternelle, voir même peut-être une place sur l’Argo. C’est en tout cas ce qu’espérait le petit être qui faisait face à la bête.

La fine silhouette, emmitouflée dans un apparat simple et rapiécé, n’avait rien de menaçant. C’était même plutôt l’inverse : du point de vue du prédateur, c’était une proie idéale qui s’offrait à lui. Et pourtant. Le petit homme s’essuya le front d’un revers de main précautionneux. Lui et la bête se tournait autour depuis maintenant de longues secondes, et le moindre mouvement brusque lancerait les hostilités, penchant la balance pour l’un ou l’autre. Cette petite valse lui rappela les parades nuptiales de sa tribu. Il n’en avait vu qu’une seule, car les femmes étaient rares et jalousement gardées ici. Il s’arrêta presque en même temps que la bête. De sa main droite, il serrait sa lance si fort que le bois du manche commençait à craquer. Il ne regardait pas la bête dans les yeux. Ces choses-là, il le savait, ça pouvait lire dans l’âme des gens. Non, il avait plutôt le regard rivé sur l’un des flancs de la bête. Dressée sur quatre pattes, la créature, une espèce hybride qui donnait l’impression d’être à la fois un lion et un scorpion, arborait une épaisse carapace qui la protégeait comme la plus formidable des armures. Mais l’homme connaissait son point faible. Il prit lentement appuie sur sa jambe droite. La bête lâcha un grave soupir, avant de racler le sol d’une de ses pattes. Ils s’élancèrent à l’exact même moment. En une fraction de seconde, ils se retrouvèrent l’un face à l’autre. D’un bond, l’homme planta sa lance en plein dans la bête, avant de se faire dégager d’un coup sec par la queue de celle-ci, furieuse. Il roula sur le sol quelques secondes avant de se prendre de plein fouet l’une des formations rocheuses derrière-lui. Sa vision se brouilla un instant, puis redevint claire pile à temps pour voir son adversaire lui foncer dessus à vive allure. Il roula sur le côté, et profita de l’hébétement de la créature, qui avait foncé tête baissée contre l’immense rocher, pour se tâter la hanche. La queue de scorpion avait bien failli lui transpercer l’estomac, mais il s’en était sorti avec une simple écorchure. Profonde, mais pas suffisamment pour être dangereuse. Non, c’était plutôt le poison dont il fallait se méfier. Il jeta un œil sur le côté. Sa lance gisait là, au beau milieu de leur première rencontre, fracassée en deux. Il avait raté son coup, et son arme avait percuté de plein fouet l’épaisse carapace de l’animal.

La bête grogna de plus belle, et fit s’envoler une nuée d’oiseaux apeurés. Une seconde plus tard, elle fonçait de nouveau vers le petit homme. Il n’eût même pas besoin de réfléchir, et roula vers la pointe de sa lance, encore intacte, qu’il rattrapa d’un mouvement habile, avant de lui-même s’élancer, d’un nouveau bond, vers le monstre. Il ne remarqua pas la teinte noire que prit sa poigne ainsi que son arme. Le cri qui suivit fut terrible. Si terrible qu’il fut sûrement entendu à des kilomètres à la ronde. Un cri de souffrance, qui se mua rapidement en râle d’agonie, avant de faire finalement place à un silence total, et froid.

Mevrinn - c’était ainsi que la tribu l’avait baptisé -, exténué, se redressa maladroitement sur ses jambes. Son propre sang se mélangeait à celui de la bête, mais il n’y prêta pas la moindre attention. Son esprit était trop occupé à divaguer, sans doute un peu à cause du poison qui commençait à faire effet, et il se voyait déjà, rentrant triomphant au camp, exhibant l’ignoble gueule de la bête qu’il venait d’abattre. A lui la gloire, la reconnaissance, et sa place dans le Grand Exode.

*

« Mais si, j’te jure ! S’exclama une première voix qui lui sembla lointaine.
- Nan, j’te crois pas.
- Sur la tête du Grand Idium !
- On n’a jamais vu un truc comme ça, par ici. Que des basilics, des scolopendres géants, parfois des manticores… Et encore.
- Ben m’crois pas, mais moi j’y r’tourne. Tu riras moins quand j’ramènera sa gueule en trophée. »

Mevrinn cessa de contempler le plafond. Les féticheurs avaient fait du bon travail, et, en plus d’avoir refermé sa plaie, ils avaient réussi à extraire une bonne partie du poison. Ses jours n’étaient plus comptés, et il se sentait même en forme. Ce n’était que par simple effet d’euphorie, bien sûr, mais pour lui, c’était comme si il était parfaitement rétabli.

« Si c’est vrai, alors pourquoi tu l’as pas ramené directement?
- Euh… Ben, on sait jamais.
- T’as eu la flippe.
- Non, j’suis prudent, comme le conseille le Grand.
- Hinhin. »

Le chasseur se leva, pas trop vite tout de même, puis poussa d’une main le voile qui servait d’entrée dans la tente des guérisseurs. Il tomba nez à nez avec les deux bavards qui avaient perturber ses pensées. Ses yeux mirent un certain temps avant de pleinement s’habituer à la lumière du jour. Bien que perturbés par les immenses pythons qui s’élevaient vers le ciel, les rayons du soleil parvenait tout de même à retomber jusqu’ici, et donnaient un éclairage très étrange, auquel on ne s’habituait jamais vraiment, mais qui rendait les lieux encore plus atypique. La tribu avait élu domicile sur un vaste plateau rocheux, sur lequel s’écoulait une rivière qui continuait encore pendant quelques kilomètres, jusqu’à un grand lac. En dehors de l’apport en eau constant, l’endroit ne présentait aucun autre avantage ni confort. Le sol était dur, escarpé, et les tentes et cabanes de fortunes qui constituait cette sorte de proto-village étaient éparpillées un peu partout, sans véritable logique. Parfois, la disposition faisait resurgir des tréfonds de la mémoire de Mevrinn quelques lointains souvenirs des hauteurs des pythons. Comme tout les autres membres de la tribu, son ancienne vie était loin. Tous ici avaient été exilés de force pour leurs crimes. Mais tout ceci n’avait plus aucune importante.

Malgré le caractère aléatoire du camp, il était relativement fonctionnel, et avoir un repère était assez exceptionnel, ici. Déjà, que plus de trois personnes aient pu s’entendre et se réunir sans se massacrer relevait du miracle. Les membres de la tribus devait leur unité à deux choses, la première, c’était le bien nommé Grand Idium, aussi bien appelé le Patriarche, l’Hôte, voir même parfois le Capitaine, selon les vieilles croyances et origines de chacun. La seconde, c’était cet immense carcasse de navire, échoué là entre deux des énormes piliers rocheux qui formaient la frontière naturelle du camp.

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De là ou Mevrinn se tenait, il avait une formidable vue dessus. L’Argo. Un cadeau du ciel. Bien que dans un état effroyable et très probablement irréparable, l’Argo représentait tout les espoirs de la tribu. Tout était mis en œuvre pour tenter de lui rendre sa gloire passée. Tâche impossible. Personne ne savait comment il était arrivé là, certains pensaient qu’il datait d’avant la formation des pythons, d’autres que les vents s’étaient tellement déchaînés sur la Mer qu’il s’était retrouvé propulsé jusqu’ici. D’autres encore disaient qu’il venait d’une des légendaires îles célestes. Quoi qu’il en soit, personne ici ne doutait de son caractère magique, voir divin. Mevrinn détacha finalement son regard de la ruine pour s’attarder sur les deux autres.

« Quelle gueule? Fit-il simplement.
- Un monstre ignoble ! Couvert de poil, des griffes d’une coudée et demie, et une gueule… Des crocs… Jamais vu ça !
- Slit est en plein délire.
- Je le jure ! S’exclama le dénommé Slit. Si j’ramène sa gueule, j’serai couronné Premier Chasseur, et alors à moi la place à bord du-
- Premier Chasseur, toi? Ricana l’autre. Les féticheurs parlent déjà d’élire l’bon Grenn, après aujourd’hui. »

Mevrinn frissonna en entendant ces dernières paroles. Après tout ce qu’il avait accompli, le titre prestigieux de Premier Chasseur allait revenir à un autre? Impensable. Pas comme ça. Pas après avoir risqué sa vie d’innombrable fois.

« Moi, j’te crois, fit finalement Mevrinn.
- Ah !
- N’importe quoi…
- Si, reprit-il, même que j’vais venir avec toi.
- Euh… Ben, c’est que moi, ça m’dérange pas, mais qu’c’est quand même moi qui l’ai trouvé, et…
- Je viens avec toi. »

*

Mevrinn menait la marche. Malgré sa fatigue et ses blessures, il était plein d’aplomb. Slit, lui, se contentait de donner de vagues indication au chasseur. C’était un peureux de première, encore plus frêle et petit que Mevrinn, et c’était un miracle qu’il ai survécu jusqu’ici.

« On y est presque? Demanda Mevrinn.
- Oui ! Presque ! J’crois.
- Tu crois?
- Je sais ! Par là, derrière la grosse butte. »

Les pieds des pythons constituait une région particulièrement hostile, et les deux prêtaient grande attention au sol sous leurs pieds, ainsi qu’à tout ce qui les entourait. La végétation, dense malgré les faibles rayons du soleil, était tout sauf commune. Elle avait l’aspect d’une jungle, constituée de lianes, de plantes carnivores, et d’immenses arbres qui poussaient même sur les parois rocheuses. Chaque pas avait une chance de les précipiter vers une mort prématurée, car le nombre d’herbes, champignons et insectes vénéneux à la ronde était grand.

« Là ! J’reconnais ! On continu par là, derrière l’arbre, et y’a le cadavre du monstre.
- Le cadavre? T’es sûr qu’il est bien mort?
- J’ai pas vérifié, mais il bougeait plus, ça oui !
- ... »

Mevrinn s’équipa de sa lance réparée pour l’occasion, ou plutôt rapiécé avec des lianes et du cordage de fortune. Il avait tenu à garder la pointe de l’arme, qu’il considérait maintenant comme un porte bonheur. Slit resta bien derrière le chasseur, prouvant à nouveau son affreuse couardise aux yeux de Mevrinn. Celui-ci s’approchait de l’arbre à pas de loup, le contournant légèrement, pas à pas, jusqu’à parvenir de l’autre côté. Il prit appuie sur ses jambes, prêt à esquiver le moindre assaut, ou à bondir le premier.

Mais rien. Rien que du sang. Pas mal de sang, même. L’herbe était rougie sur un bon périmètre.

«  Un monstre, hein.
- Il était là, j’le jure sur le Grand !
- Mouais. A tout les coups, t’es tombé sur un sanglier à moitié bouffé, et t’as détalé comme un lâche. Le cadavre a sûrement dû être emporté par un basilic. Ça grouille, ici.
- Mais non ! Un monstre, j’te dis. Poilu comme tout. »

Mevrinn prit le temps de réfléchir un instant. Après tout, qu’avait-il à perdre? Son titre promis était entrain de lui passer sous le nez. Mais si, par chance, même une infime chance, Slit disait la vérité…


* * *


Respiration lourde, saccadée, faible.

Un œil a peine entre-ouvert, elle tenta de se concentrer sur ses autres sens. La douleur l’assaillait de partout, le sifflement dans ses oreilles, de plus en plus sourd, l’empêchait d’entendre convenablement les voix. Les caillots de sang qui lui bouchaient les narines ne lui laissaient pas le loisir de sentir quoi que soit. Il n’y avait que le froid du sol, et ses nerfs à vifs. Elle tenta de se redresser, en silence, mais le moindre mouvement lui arrachait un gémissement de douleur qu’elle était bien incapable de réprimer. Elle laissa son crâne retomber lentement sur la pierre. Elle n’y voyait pas grand-chose, non plus. Le côté gauche de son visage, qui avait vraisemblablement encaissé un lourd choc, était si tuméfié qu’il lui était impossible d’ouvrir son deuxième œil, entravé par quelques mèches grisâtres qui semblaient avoir fusionnées avec ses blessures.

« B… -u vois des traces, aille...? ... sang? » Reprit l’une des voix, proche.

Ils ne la voyaient pas. Ils ne pouvaient pas la voir. Elle avait, sans savoir comment, réussie à se mouvoir jusqu’à un endroit à proximité, où la végétation semblait jouir d’une croissance plus folle qu’ailleurs. Cachée par les arbres et les fourrées, elle retint son souffle, et tenta à nouveau de tendre l’oreille.

« - ...f . ...ois pas grand-chose.
- Un cadavre, ça disparaît pas comme ça. Encore moins un monstre. Viens, je crois que je vois des empreintes, par là-bas. »

Elle souffla. Difficilement, et toussota pour dégager ses poumons, ce qui raviva encore plus la douleur qui lui parcourait l’échine. Les voix s’éloignaient. Ils ne la trouveraient pas. En tout cas, pas maintenant. Après avoir attendu quelque minutes, pour être sûre, elle tenta de mouvoir un doigt, puis deux. Finalement, c’est tout son bras droit qu’elle parvint à bouger. Elle se tâta le corps, puis le visage, pour évaluer les dégâts. Elle s’estima être dans un « état catastrophique », mais « pas mourante », ce qui était une plutôt bonne nouvelle. Le silence environnant la rassura quelque peu, et elle se permit de fermer à nouveau l’œil, le temps d’une petite minute.

Elle ne se réveillera que plusieurs heures plus tard, tandis que la nuit commençait lentement à recouvrir l’endroit.
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Alexandre Kosma
Alexandre Kosma
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Mer 18 Nov 2020 - 23:15

La pluie tombe sur mon visage, la lumière du jour filtre à peine jusqu’à l’endroit d’où je gis, revivant en boucle dans ma tête les événements récents. Les uns après les autres, je vois passer les visages stupéfaits des cinq chasseuses Sailor, incapables de réagir devant mon attaque. Je les ai toutes tuées. Une à une. Elles si gentilles, si volontaires, si battantes. Elles qui m’ont suivies sans trop avoir le choix depuis Reverse Mountain afin de freiner l’avancée de ces pirates et de sauver le nain Kalem dont j’avais la responsabilité. Elles qui se sont battues, ont frôlé la mort, ont survécu à l’incendie et étaient revenues à la charge pour m’aider à en finir avec l’équipage de Rooney. Je les ai fracassées.

Non.

Non.

Ce n’est pas moi qui ai fait ça. Je n’ai été que l’instrument de leur mort. Ainsi que le témoin le plus direct. C’est moi qui ai porté les coups, mais c’est Edouard Bottom dit « Rooney » qui m’y a forcé. Il m’a leurré le con. J’avais tellement l’ascendant lors de notre combat que je n’ai pas fait attention. Saleté de fruit du démon. Saleté de type qui m’a déconcentré avec ses cordelettes. Je suis en train de revivre la scène et la culpabilité fait peu à peu place aux regrets. Mais pourquoi je n’ai pas terminé le pirate quand j’en ai eu l’occasion. Pourquoi j’ai laissé des événements extérieurs me perturber dans ma tâche ? Peut-être parce que je manque d’entraînement. Que je manque de focus. J’esquive trop le contact, je cherche trop à arranger les choses par la parole, j’en perds mon pouvoir d’action.

Soit. Je vais changer d’attitude. C’est décidé mon Kosma, tu ne peux plus tout laisser couler jusqu’à ce que les choses t’échappent. C’est pas trop dans ton caractère, mais va falloir accepter d’être moins causant et plus efficace.

Je cligne des yeux et prends peu à peu conscience de la douleur physique qui envahit mon corps. Je ne sais depuis combien de temps je suis allongé là. Une demi-heure ? Une heure ? Plus ? Je n’ai pas cherché à bouger depuis que je me suis jeté dans le vide, dans une ultime volonté d’être le maître de mes mouvements pendant ma chute. Plutôt un succès. La transformation en lion a été presque un réflexe. L’instinct de survie m’a envahi. J’ai sorti les griffes, les ai plantées dans le roc et j’ai dévalé le piton en freinant des quatre fers. Le choc au sol a dû me couper le souffle, sans doute, mais ma force et mon agilité féline m’ont évité le pire. Ensuite, la foule de pensées terribles sur ce que je venais de faire m’a envahi et a anesthésié mon corps entier. Alors forcément quand on réussit à traverser cette chape de regrets qui nous faisait effet morphine, on commence à sentir les blessures plus vives, plus directes, celles qui peuvent vraiment se soigner.

Je me retourne sur le ventre, grimace, me lève avec difficultés. A priori rien de cassé. Peut-être une côte, qui me fait mal, mais les jambes et les bras ne souffrent que d’hématomes ou de coupures. Un coup d’œil vers le haut me confirme que je ne pourrai pas repartir par là. Je regarde autour de moi, pas grand-chose à voir. Je le sais, Cannelle et ses deux camarades sont parties à la recherche de Marie et Klara, il me faut les retrouver.

J’opte pour la forme animale pour avancer. Le cuir du lion pourra sans doute me permettre d’échapper à d’éventuelles morsures de serpents, et mes sens décuplés pourront m’éviter quelques pièges. Du moins je l’espère. En plus, ça protège pas mal de la pluie cette crinière.

***

Non loin de là, dans une cavité rocheuse au bas d’un des immenses pitons de pierre, Cannelle, Olga et Sarah ont stoppé leur progression. Quand la pluie a commencé à tomber, elles se sont arrêtées, sur les conseils d’Olga. Leur cheffe souhaitait continuer, trouver par tous les moyens et au plus vites leurs camarades. Espérer les récupérer vivantes et en bonne santé. Mais les arguments de l’intellectuelle du groupe – auxquels s’était vite rangée Sarah – avaient eu raison de la ténacité de Cannelle. Aussitôt qu’elles avaient atteint ce renfoncement à l’abri de la pluie, la jeune femme au cheveux blonds qui dirigeait ce petit équipage désormais à la dérive s’était allumé une cigarette et avait commencé à faire les cent pas en réfléchissant à la meilleure méthode pour retrouver les filles. Après trois clopes aspirées bouffée après bouffée, la voilà qui s’arrête. Les deux autres la regardent en attendant un mot de sa part. Elles aussi ont leurs idées, mais elle veulent attendre que leur supérieure n’entame la conversation.

« Bon… Il va nous falloir faire des choix. Depuis qu’on nous a descendues au bas des pitons, nous avons suivi une direction plus qu’approximative. On ne ratisse pas assez de terrain. Si ça se trouve, nous avons déjà dépassé Marie et nous l’avons manquée, il en va de même pour Klara.
-Les indications données par Roulin sur l’endroit approximatif de leur chute les situe encore loin vers l’est, Marie normalement plus proche que Klara, détaille Olga. Nous devons continuer à avancer, mais pour cela nous devons attendre que la pluie cesse, je n’arrive pas assez à me repérer tant que ça tombe. Et impossible d’avancer de nuit, je ne verrai pas les étoiles avec les pitons, impossible de se repérer.
-On est sûres des informations de Roulin ? C’est tout de même lui qui les a précipitées dans le vide. Je n’ai aucune confiance en lui.
-J’aurais tendance à croire qu’on peut se fier à ce qu’il nous à dit, intervient Sarah. Il a l’air vraiment buté dans ses idées de justice, mais pourquoi nous aurait-il même donné des informations si elles étaient fausses. Il aurait pu nous laisser galérer. Je ne crois pas qu’il ait menti en disant que maintenant qu’elles étaient tombées, elles pouvaient avoir survécu, ce n’était plus son affaire.
-Soit. Mais même si nous avons encore un peu de chemin à parcourir, ça nous laissera alors une trop grande zone encore pour être sûres de les trouver dans les plus brefs délais. Et plus nous tardons, plus nous risquons de les trouver…
-Ne dis pas ça.
-Sarah, il faut regarder les choses en face, je n’aime pas non plus les imaginer mortes, mais si elles ne le sont pas déjà, leur chute les aura bien amochées et elles ne devraient plus tarder à expirer si nous n’intervenons pas rapidement.
-Je n’ai pas de solution Cannelle, annonça Olga. Nous n’avons pas le flair de Klara ni celui de Kosma à disposition.
-Tu as raison !
-J’ai raison de quoi ? Je viens de dire que je n’avais rien.
-Il faut contacter Kosma. Et le convaincre de nous rejoindre. Ça me débecte de supplier la gent masculine de nous venir en aide, surtout quand elle fait partie de la Marine, mais nous n’avons pas le choix. »

Cannelle le sait désormais, elles se sont précipitées. Elles n’ont même pas réfléchi en descendant à comment elles allaient bien pouvoir retrouver la trace des deux filles. Le refus de Kosma de les accompagner pour tenter d’arrêter les pirates n’avait fait que conforter la jeune femme dans son idée qu’on ne pouvait faire confiance aux mâles et elle avait décidé de leur départ. Maintenant elle se sent honteuse de n’avoir pas réfléchi plus que ça. Mais si ravaler son orgueil lui fait mal, ce n’est rien comparé à la possible perte de ses compagnes. Avant d’utiliser le petit escargophones qu’elles ont emporté, il faut élaborer un plan pour convaincre le lieutenant.

***

Dans les hauteurs des Pythons, là où résident les habitants de l’île, la pluie se fait aussi sentir. Dans le petit hôtel où avaient débarqué le petit groupe mené par Kosma et Cannelle reste, seul, le nain Kalem. Il regarde avec dégoût le ciel maussade et crache et rouspète contre le mauvais temps. Quand il a vu Kosma se faire arrêter par Roulin, il a commencé par suivre les deux hommes de loin. Les pirates ne risquaient alors pas de s’échapper ; leur navire était à flot et ceux de Klara et des Chasseuses surveillés par la milice de l’île. Mais quand il a vu le lieutenant se faire précipiter du haut d’un des Pythons, ça a été trop pour le nabot. Non mais qu’est ce que c’est que ces histoires où il prend un maximum de risques alors qu’après tout, cela ne le concerne pas. D’accord grâce aux filles et au Marine, il a réussi à échapper à Rooney et sa clique, mais c’est bien à cause de ce pignouf de soldat de la Mouette qu’il se trouvait dans ce pétrin. Alors désormais, il prend ses affaires et il se casse, le plus loin possible de tout ça, retour sur les Blues on y sera mieux. Mais d’abord on attend que la pluie se calme et ensuite on ira demander quand passe le prochain navire de la Translinéenne direction Reverse Mountain.

PULUPULUPULUPULUP

Merde. Hors de question qu’il réponde. Il a décidé de partir, il part. Et ce n’est pas l’escargophone de Kosma sonnant sur la table qui va lui faire changer d’avis. Il peut bien laisser sonner dans le vide. De toute façon il ne s’en mêlera pas. Même s’il décrochait il ne s’en mêlerait pas. Il ne changerait pas d’avis à cause d’un simple appel au Denden. Et puis il n’est même pas sûr que ça concerne toute cette histoire. Après tout, l’animal de communication appartient au lieutenant, ça peut être ses supérieurs venus lui confier une nouvelle mission. Et si c’est le cas, ça ne le concerne pas du tout.

Le petit barbu au visage fermé détourne les yeux du combiné qui continue de sonner. Il finira bien par s’arrêter. À l’autre bout de la ligne on se lassera de ne pas avoir de réponse.

PULUPULUPULUPULUP



PULUPULUPULUPULUP

Et puis tout compte fait, ne serait-ce pas mieux de stopper immédiatement cette abominable sonnerie ? Répondre n’engage à rien et au moins ce bruit affreux cessera. Et il pourra prévenir que Kosma ne répondra pas pour cause de mort probable. Bon, c’est décidé, il décroche, mais il ne fait que prévenir que le Marine ne pourra pas et probablement plus jamais répondre.

« Kosma, je vais pas y aller par quatre chemins, retentit la voix de Cannelle à travers l’escargophone, je sais qu’on est parties sans vraiment réfléchir et que tu voulais trouver un moyen d’arrêter Rooney et sa bande, mais on a vraiment besoin de toi en bas pour retrouver les filles.
-Roh chiottes, je savais bien que j’aurais jamais dû répondre, maintenant vous allez chialer dans le combiné jusqu’à ce que je trouve un moyen de sauver vos miches. Mais bordel, je vous connais pas moi, et je vous dois rien, je veux juste couler des jours pépères sans que je risque de crever en mettant le pied dehors à cause d’un pirate qui veut me raccourcir encore plus que je ne le suis déjà…
-Kalem ?
-Lui-même. Étonnée que je sois parvenue à décrocher malgré mes petits bras ? Le nabot t’emmerde ma cocotte, déjà que j’ai répondu pour transmettre l’info, je vais pas en plus me faire avoir par des bons sentiments de niaiseuses à deux sous.
-Transmettre quelle info ? Pourquoi ce n’est pas le lieutenant qui répond ?
-Disons qu’il est descendu vous rejoindre un peu plus rapidement qu’espéré.
-Qu’est-ce qui s’est passé ? Il a tué des pirates ?
-Oh non, rassure-toi les p’tits pères vont bien pour autant que j’sache. Nan, il a sauvagement tué les Chasseuses Sailor de mes couilles, les unes après les autres. Pété un câble et zou, plus de fillettes en jupettes, juste une belle marre de sang.
-COMMENT ?!!
-Ouais, moi aussi ça m’a étonné, mais l’autre taré de Roulin était formel, il a bien vu notre compère Kosma assassiner les cinq filles.
-Je… Je ne sais pas quoi dire…
-Bon, maintenant que vous savez, je vais vous laisser, faut que je quitte cette île de merde.
-NON, KALEM.
-Quoi encore ?
-Tu ne peux pas nous abandonner comme ça. Sans Kosma il n’y a plus que toi qui puisse nous aider.
-Ne me mêlez pas à vos histoires…
-Tu vas nous abandonner comme ça ? Alors que nous avons pourchassé ces types jusqu’ici pour TE sauver ?
-…
-Tu me déçois Kalem.
-MAIS QU’EST-CE QUE VOUS VOULEZ QUE JE FOUTE ? J’AI LA TAILLE D’UN GAMIN DE SIX ANS ET LES MUSCLES QUI VONT AVEC ! LA SEULE CHOSE QUE JE SAIS FAIRE C’EST PRÉPARER DES MEDOCS ET DES POTIONS, CE SERAIT DU SUICIDE DE BOUGER LE PETIT DOIGT.
-Kalem ! Calme-toi !
-J’ai déjà fait ce que je pouvais en faisant exploser le navire des pirates et en protégeant les nôtres, mais là, c’est au-delà de mes capacités.
-Kalem, tu as réussi à nous faire préparer un antidote d’une redoutable efficacité en nous guidant par escargophone à distance tout en craignant d’être découvert par ces malades. Tu te sous-estimes beaucoup. Alors je ne sais pas ce que tu peux faire pour nous aider. Je suis complètement bouleversée par ce que tu nous a annoncé à propos des filles. Mais je sais une chose. Tant que j’aurai un espoir de retrouver mes amies, je m’y accrocherai, et je ne laisserai la tristesse et la peur m’envahir que lorsque j’aurai fait mon maximum pour les sauver. Et pour l’instant, mon principal espoir, c’est toi. »

Pendant un moment, Kalem reste silencieux. Il le sait, il est en train de céder. Il va encore se foutre dans un pétrin pas possible parce qu’il lui est impossible d’abandonner ces filles, surtout après une déclaration comme celle-ci.

« Je vais voir ce que je peux faire. Je vous rappelle.
-Kalem ?
-Oui ?
-Merci. »
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Lun 23 Nov 2020 - 2:37

La pluie s’échouait lourdement soit sur la roche, soit sur les épais feuillages qui plafonnaient le sol des pythons rocheux, avant de s’y agglutiner en flaques pour s’écraser sur la terre, dans un ploc qui résonnait dans toute la jungle. Tentant d’esquiver les intempéries, le petit escargot se déplaçait avec peine, sa coquille fissurée. Il traînait derrière lui un combiné qui lui faisait l’effet d’un boulet. Sa vitesse, atteignant un pic vertigineux d’un mètre par heure, ne lui permit bizarrement pas d’échapper à la main humaine, crasseuse et écaillée, qui venait de s’emparer de lui.

« L’est quand même bizarre, cet insecte. »

Mevrinn plia les jambes pour venir se mettre au niveau de la petite bestiole que Slit serrait entre ses doigts.

« C’est pas un insecte. J’en ai déjà vu, y’a longtemps… commença le chasseur en examinant les alentours. Mais je crois que tu avais raison, finalement. »

Il souleva de sa lance une plante à l’allure exotique, qui couvrait un petit livret noir en cuir. Il l’ouvrit, après s’en être emparé avec une prudence qui forçait le respect. Il n’avait plus lu depuis des années, aussi il décida de se concentrer plutôt sur les dessins crayonnés qu’il trouva à certaines pages.

« Y’a pas de monstre ici, mais y’a un humain. »

Son regard s’arrêta au niveau du croquis d’une jeune femme, sur la dernière page du journal.

* * *

« Atchoum ! »

Cannelle renifla bruyamment, puis s’essuya le nez avec un mouchoir de soie qu’elle gardait dans sa poche arrière.

« Putain… »

La pluie ne lui réussissait pas. L’attente non plus. La peur de ne plus jamais revoir son amie encore moins.

« Bordel. »

Seul point positif : l’aide de Kalem. Qu’allait-il pouvoir faire? Certainement pas grand-chose. Mais pas grand-chose, c’est toujours quelque chose. Et dans pareil situation, une petite chose pouvait leur être d’une aide immense. En attendant de pouvoir repartir, et pendant que ses amies vérifiaient les affaires et observaient les alentours, Cannelle décida, pour la première fois depuis un long moment, de fermer l’œil et de prendre le temps de penser. De penser à la suite des évènements, et à la promesse de Kalem. Qu’est-ce qu’il pouvait bien être entrain de faire? Elle le savait, il n’était pas du genre très motivé. Mais si il pouvait ne serait-ce que réfléchir avec elle…

Elle était loin de s’imaginer, qu’à plus de cent mètres au dessus elle, s’agitait dans tout les sens un petit bonhomme, qui écoutait, observait, questionnait.

* * *

Klara posa sa tête sur l’arbre sur lequel elle était adossée. Elle tenait à peine debout, mais pouvait se mouvoir un minimum. Sa vision était toujours obstruée, mais elle parvenait à se repérer à peu près par un habile et étrange mélange de ses sens, auquel était venu s’ajouter les petites voix qui ne cessaient de la harceler depuis quelques jours. Elle avait eu du mal à les faire taire, après son réveil au pied des pythons. Les voix s’étaient multipliées, danger, danger, douleur, danger, faim, danger, ambition. Elle ne parvenait pas encore à faire le tri parmi toutes ces informations qui lui picotaient le crâne de tout les côtés, mais sa compréhension de la chose l’aidait au moins à éviter les faux-pas dans cette jungle obscure et dangereuse.

Elle se concentra un instant, à l’abri de la pluie, pour tenter de faire le vide dans ses pensées. Elle avait besoin d’y voir clair. Mentalement du moins, physiquement, un œil en quasi-bouillie ça n’aidait pas. Elle n’avait aucun endroit où aller. Les indications de Jacky ne lui serait d’aucune utilité ici, surtout sans son carnet.

Son carnet. Merde. Elle avait tout perdu. Son seul moyen de communication, son journal, le peu d’argent qu’elle n’avait pas laissé sur son navire. Son navire. Probablement pas moyen d’y retourner. De toute façon, elle ne savait pas par où aller. Une direction? Aucune. Même pas moyen de suivre les étoiles. Impossible de s’y repérer. Ses sens, même affûtés, ne lui permettraient pas de retrouver le chemin du port. Elle ne pouvait, à la limite, que suivre une piste.

Une piste?

Nid à serpent, à sa droite. Un peu plus loin, devant elle, une créature qu’elle ne pouvait identifier cherchait refuge. Dans son dos, à ses pieds, dans l’écorce de l’arbre qui l’abritait, c’est une multitude d’insectes tous plus étranges les uns des autres qui se baladaient dans tout les sens. Et puis, plus difficilement perceptible, il y avait cette présence, derrière elle, à une distance qu’elle ne pouvait jauger. Une présence qui faisait plus de sens pour elle, parce que résonnaient dans le crâne de la chasseuse des pensées et des mots qui n’étaient pas les siens. Ce qui se trouvait dans cette direction là était définitivement doté d’une âme, de pensées et d’envies.

Elle décida de rebrousser chemin, dans la direction de la seule forme de vie un minimum intelligente qu’elle pouvait ressentir.

* * *

« C’est récent, fit Mevrinn d’un ton assuré.
- Hein? Répondit Slit tout en finissant d’engloutir les restes du petit escargophone.
- Sinon, tout aurait été bousillé par la pluie.
- Ah bon.
- Ça veut dire que quelqu’un rôde par ici, Slit.
- Une proie?
- Sûrement.
- Hinhin. »

Pas de monstre à chasser. Les chances pour Mevrinn d’obtenir sa place dans le Grand Exode s’amaigrissaient à vue d’œil, mais si il pouvait rapporter un humain frais au camp… Il jeta à nouveau un coup d’œil au journal. Ou une humaine. Un lointain bruit l’extirpa de ses pensées. A plusieurs lieux, une nuée d’oiseau s’envola sous les vibrations des percussions. Le chasseur reconnut quasi instantanément le signal qui provenait de son camp : une suite de percussion de bois, qui se répercutait entre les pythons environnants ; ainsi, le bruit parvenait jusqu’aux oreilles de la plupart des chasseurs et des patrouilleurs en vadrouille.

Slit fut le premier à réagir.

« Ils veulent qu’on revienne tous. Ohlala… Il doit se passer quelque chose de pas net.
- Hm…
- Quoi, hm?
- Vas-y toi, rentre.
- Hein?
- Moi, je reste.
- Et la tribu? »

Mevrinn secoua la tête. Quel intérêt de suivre les autres, si sa place sur l’Argo n’était pas assurée? Non. Il lui fallait au moins ramener quelque chose. N’importe quoi. Prouver sa valeur, pas comme ce couard de Slit. Ce lèche-botte. Qu’il rentre. Qu’il suive les ordres.

Slit mit un petit moment pour se décider entre désobéir au Patriarche, ou rentrer seul, en pleine nuit.  Il se dit finalement que se faire dévorer vivant par une armée de serpents mutants, ce n’était pas grand-chose face à la colère du patron du coin.  

La petite silhouette presque difforme du petit bonhomme fini par disparaître dans les épais feuillages de la jungle. Le chasseur évacua les percussions de sa tête. Il n’y a pas trente-six façons pour un humain d’atterrir ici. Et au vu des affaires éparpillés et de l’escargophone écrasé, il parvint rapidement à la conclusion que celui ou celle qui rôdait par ici s’était retrouvé jeté du haut d’un des pythons. Très certainement en piteux état, donc. Mais probablement en vie. Une proie facile, pour un chasseur aguerri. Et une proie de valeur, peu importe la personne : dans tout les cas, il s’agirait soit d’une paire de bras qui aiderait, de gré ou de force, à restaurer la splendeur de l’Argo, soit d’une reproductrice. Mevrinn, bien sûr, avait une préférence toute faite : l’une était bien plus rare que l’autre.

Il ne lui fallait plus perdre de temps. Des traces, il lui fallait des traces, une piste, n’importe quoi. Une personne blessée ne tiendrait pas longtemps ici, il le savait. Et il savait aussi qu’à part les chasseurs, peu de gens étaient capable de se camoufler dans la jungle bien longtemps.

Il ne se dit pas un seul instant que sa proie pouvait très bien se rapprocher d’elle-même.

* * *

La conscience s’était divisée, avait perdu de son éclat. Etaient-ils deux? Klara ne put le dire. En fait, c’est toutes les voix qui perdirent en éclat, car à la douleur physique et à la fatigue s’était ajoutée, petit à petit, la faim, et la soif, que l’eau de pluie ne parvenait pas à étancher. Elle n’allait plus tenir très longtemps. Même si elle parvenait à se transformer à nouveau. Et c’était chose impossible ; elle avait tenté. Elle était coincée dans ce satané corps humain fragile et mutilé. Son seul espoir : cet infime âme qu’elle parvenait à déceler parmi les dangers de la jungle. Une âme potentiellement dangereuse, qu’elle soupçonnait d’être celle de ceux qui la traquaient, quelques heures plus tôt. Mais la seule autre présence humaine à des kilomètres à la ronde représentait pour elle une chance. Ou un possible danger de plus. Elle aviserai plus tard. Il y aurait, ou du moins l’esperait-elle, toujours moyen de le bouffer, dans le pire des cas.  Elle continua sa lente avancée, concentrant tout son esprit sur cette lueur, ce qui l’empêcha, pendant un temps, de sentir se rapprocher l’une des innombrables créatures non-identifiée de la région.

Petit à petit, alors que la fatigue reprenait lentement le dessus, la lueur humaine disparut de son esprit. Klara s’arrêta net, et prit appui sur le bâton qu’elle s’était dégoté un peu plus tôt, et qui l’aidait à rester debout. Pourquoi est-ce qu’elle ne ressentait plus rien? Elle baissa les yeux. Elle n’y prêtait plus attention depuis un moment, mais ses blessures n’étaient pas refermées, et elle avait laissé derrière elle une légère traînée de sang. Pour un humain non-formé, ç’aurait pu être difficile à cerner, notamment à cause de la pluie diluvienne qui n’avait toujours pas cessée. Pour un prédateur aguerri, c’était un chemin qui menait tout droit à un délicieux repas. Cette pensée engloba l’esprit de Klara, qui senti soudainement une bouffée de chaleur l’envahir. Ses poils se hérissèrent. Voilà pourquoi elle ne pouvait plus localiser l’être humain qu’elle suivait : les petites voix dans sa tête étaient trop occupées à l’avertir du danger qui se ruait dans son dos.

* * *

« Cannelle? 
– Oui, Olga?
– La pluie se calme, je crois qu’on va bientôt pouvoir repartir. »

Pour la cheffe du petit groupe, l’averse était toujours aussi lourde. Elle haussa les épaules : mieux valait faire confiance à sa partenaire. Enfin une bonne nouvelle : elles allaient enfin arrêter de perdre leur temps.

« Il faudra tout de même être extrêmement prud- »

Pulu, pulu, pulu.

Cannelle décrocha quasiment instantanément.

« Kalem? Quoi de neuf? Tu as trouvé de quoi nous aider?
- Eh oh, tu te calmes la minette. Laisse moi parler. J’me suis renseigné à droite à gauche, parce que moi, je veux bien jouer les héros et tout ça, mais je suis pas aussi con que vous, je pars pas à l’aveuglette. J’crois pouvoir aider, mais ça va prendre un peu de temps.
- Pourquoi?
- Parce que premio, faut que j’m’assure que vous vous paumiez pas en route. Et vous diriger depuis là-haut, c’est difficilement faisable. Et puis, deuzio, ben…
- Ben?
- Ben faut que j’apprenne à naviguer. Avec un peu de négoce, j’pourrai p’tete repartir avec vos navires à la con, parce qu’officiellement, Klara est crevée, et les miss jupettes aussi. Alors si j’dis que j’étais comme un frère pour elles… Et p’tête qu’après, je pourrai trouver un point d’ancrage pas trop crade. Et ça, ben, ça risque de prendre du temps. Et puis attention, hein, moi j’veux bien aider, mais je poireauterai pas mille ans, alors faudra convenir d’un rendez-vous et celle qui est en retard, rien à foutre je l’abandonne, j’espère que c’est clair pour tout le monde. Kalem il est sympa, mais pas encore trop con.
- Merci encore, Salem.
- Ouais, ouais, ouais… J’vous rappelle après. Je vais essayer de trouver le point de chute de Marie, et vous guider comme j’peux. Adios. »

Kalem raccrocha directement. Cannelle soupira, puis se releva, le moral un peu plus lumineux qu’une minute plus tôt.

« Dépêchons-nous.
- Faites attention, fit Olga. J’aime vraiment pas cet endroit.
- Oui, oui, ne t’en fais pas, répondit la cheffe.
- Dites, les interpella Sarah alors silencieuse jusqu’ici. Vous entendez pas quelque chose, au loin? »

* * *

Klara rouvrit l’œil. Elle n’était pas sûre d’avoir bien compris ce qu’il venait de se passer. Elle se tâtonna le buste ; toujours en piteux état, mais rien de nouveau ici : la bête ne l’avait pas atteinte. Elle avait esquivé l’attaque? Certainement. Mais elle n’avait pas pu se relever après ça. Elle devrait être morte, déjà. Pourquoi la créature s’est-elle arrêtée? Un rapide regard vers sa gauche lui offrit un élément de réponse : un troisième joueur venait de rejoindre la partie. Sa lance, d’un noir peu naturel, était planté en plein dans la gueule de la bestiole, que Klara identifia comme une sorte de hyène. Elle tenta de se redresser tant bien que mal. En réponse, la fine silhouette encapuchonnée récupéra la lance et la pointa, menaçant, vers la chasseuse.

« T’es laide comme tout, défigurée comme ça, ricana Mevrinn, mais t’as rien du monstre décrit par Slit. »

Elle ne répondit pas. Elle ne percevait aucune intention de tuer chez lui. Il attendait autre chose.

« Tu feras quand même un bon trophée, au camp. Mais pour ça, faut que j’te ramène en un seul morceau. Si tu essaie de fuir, je serai obligé de te découper, et ça m’arrange pas. Toi, ça t’arrange? »

Klara fit simplement non de la tête. C’était une bonne nouvelle. Peu importe où il comptait l’emmener, elle resterait envie jusqu’à l’arrivée. Le temps de respirer un coup, et de regagner un peu de force. Jusqu’à être suffisamment en état pour le dévorer. Où plutôt l’interroger avant. Non? Elle avait trop faim pour réfléchir clairement. Elle se laissa faire quand Mevrinn lui lia les mains avec un bout de corde rapiécé. Il usa de toute ses forces pour l’aider à se lever, avant de la pousser en avant.

*

Les percussions s’étaient intensifiées au fur et à mesure qu’ils s’approchait du camp, et n’avait jamais cessé, pas même une seconde. Mevrinn en avait conclu que la situation était soit terriblement grave, soit exceptionnelle. Klara, pour ne pas penser à la douleur, s’était concentré sur son ravisseur. Il n’y avait strictement aucune intention de nuire chez lui. C’en était presque troublant. Il l’avait laissé boire dans sa gourde de fortune, et avait même jeté un petit coup d’œil à ses blessures. Ses connaissances en médecine étaient maigres, mais il avait tout de même pu l’aider à ne pas mourir trop tôt, ce que Klara considéra comme étant plutôt une bonne chose. Elle avait du mal à le cerner. Il ne lui voulait pas de mal. Pour lui, ramener une prisonnière chez lui était tout à fait normal, voir même pire : c’était une bonne chose. Au moment où ils parvinrent à proximité du proto-village, elle comprit que l’ambition qu’elle avait ressenti plus tôt venait de lui.

Elle secoua la tête, et sortit de ses pensées. Les tambours de guerre résonnaient dans tout son être. Mevrinn, lui, eût un regain de motivation, et la poussa vers l’ersatz de civilisation qui se dressait devant elle.

« Tu vois, grâce à toi, j’aurai ma place sur l’Arche Divin. »

Klara leva les yeux vers la terrible ruine que constituait la carcasse délabrée de l’Argo. Plus aucun doute à avoir : elle venait de débarquer chez les fous.

« Mevrinn ! Mevrinn ! S’écria la petite voix frêle de Slit. »

Il avait changé de toge, et portait même une lance dans la main droite. Il sautillait dans tout les sens, comme une bête sauvage. Derrière-lui, c’est tout le camp qui s’activait frénétiquement, sous l’impulsion des tambours.

« Tu d’vineras jamais ! Continua-t-il sans même accorder un regard à la prisonnière.
- C’est quoi, tout ce raffus ?
- Les éclaireurs ont aperçus des humains, plus loin vers l’Ouest. Des reproductrices ! »

Mevrinn repoussa Klara, qui se laissa tomber contre un rocher. Il n’y avait pas eu autant d’activité dans la région depuis un bon moment déjà. Slit était fou de joie.

« La Grand Patriarche va bientôt sonner le Cor, tout le monde va ratisser les environs. Parait même qu’un chasseur en a trouver une autre, dans la rivière, mais elle était déjà froide. »

Klara frémit à ces mots. Un mauvais pressentiment. Slit ricana un bon coup, avant d’aller rejoindre ses petits camarades. Mevrinn, lui, affichait un air renfrogné. Sa prisonnière n’était plus si unique, maintenant.

« Toi, fit-il à la chasseuse, tu vas rester bien sagement ici. Les féticheurs vont te garder au chaud, et en cage. Tu bouges pas, hein? Moi, faut surtout pas que je rate ça.
- Pas de soucis, » parvint-elle à articuler avec difficulté.

Des femmes, à l’ouest? Klara se demanda si il se pouvait que Cannelle et sa compagnie aient elles aussi été jetées par dessus bord. Tant pis. Son principal problème, c’était de reprendre des forces, et de se tirer d’ici. Visiblement, elle avait un peu de valeur, et il lui resterait un peu de temps avant de finir exécutée, ou pire. Au final, tout ceci se goupillait plutôt bien pour elle : la plupart des hommes forts de ce village de fous allaient partir à la chasse, ce qui signifiait une résistance moindre en cas d’évasion.

Elle laissa les féticheurs la traîner jusqu’à sa nouvelle prison, l’esprit presque tranquille.
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Alexandre Kosma
Alexandre Kosma
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Mer 2 Déc 2020 - 22:38

D’un pas plutôt rapide compte tenu de sa petite taille et de l’immense sac à dos plein à craquer qu’il porte sur le dos, Kalem gravit la côte qui le mène en haut du piton. C’est là qu’est tombée Marie. C’est drôle il n’a quasiment pas de souvenir de sa tronche. Il l’a vue à Reverse Mountain avant le départ de la course puis lui a été embarqué à bord du Swift Symbol, le navire du capitaine pirate Edouard Bottom et quand enfin il a pu être libéré grâce aux efforts de Kosma et de sa clique, la jeune femme était déjà portée disparue. La mort des cinq chasseuses de primes ne l’a pas non plus beaucoup affecté. Non pas que Kalem soit sans cœur, mais son séjour de presque deux ans sur Manshon l’a endurci. Il en a vu des types se faire assassiner. Il en a vu des horreurs, des gorges tranchées, des ennemis de la mafia enterrés vivants. Et ce qui comptait alors c’était sa survie. Ce qui compte toujours c’est sa survie.

Il jette un œil en arrière. Personne ne semble l’avoir suivi. D’un mouvement nerveux il caresse sa barbe rêche, souffle un coup, puis dépose son barda sur le sol. Plus qu’à se mettre au travail. Il a vérifié ce dont il avait besoin plusieurs fois avant de partir et désormais il sait qu’il n’a plus qu’à tout assembler avant de recontacter la capitaine Cannelle Garnier. Il voudrait fuir, laisser se débrouiller tout ce petit monde qui ne sait pas faire autre chose que prendre des risques mais elles l’ont appelé à l’aide et elles l’ont sauvé en perdant cinq amies au passage. Peut-être sept. Foutu honneur. Le nabot regrette presque de n’être pas complètement dénué de compassion. S’efforcer de n’aimer rien ni personne, de ne s’attacher à rien ni personne, c’est son mode de vie. Pour ne pas être affecté, pour s’en sortir indemne. De corps comme d’esprit. Encore raté.

Au bout d’une bonne demi-heure, le travail de préparation du petit homme est terminé. Une structure de bric et de broc est érigée au sommet du piton à l’endroit même où Marie a chuté. Kalem se hisse sur le siège de fortune de son dispositif, règle la longue-vue qui y est attachée rapidement puis vérifie le fusil à double canon qu’il a confectionné. Première fois qu’il fabrique ce type de machine en aussi peu de temps, mais ses années d’études pour intégrer la brigade scientifique lui donnent confiance en son œuvre. Ils allaient voir ces satanés examinateurs s’il ne méritait son diplôme et son intégration dans les forces armées de la Marine. Tout ça parce qu’il souffre de nanisme ? Un petit coup d’œil à ses munitions pour confirmer ce qu’il craignait ; il n’aura pas beaucoup le droit à l’erreur. Dernière étape, prévenir les filles de son plan pour qu’elles comprennent de quelle façon il pourra les guider. Il se retourne vers le petit escargophone posé à sa gauche qui s’est avancé de quelques millimètres, anticipant l’appel.

***

GROOOOOOOOOOAAAAAAAAAAARRRRRRRRRR.

Me voilà bien beau. À rugir comme un forcené dès que je vois un animal un peu menaçant. J’ai pas trop la force de les battre, j’suis à bout et mal en point à cause de la chute. Alors je hurle pour les effrayer. Je n’ai pas osé au début, je trouvais ça idiot de crier pour faire fuir mes ennemis, mais après tout je suis un lion, il faut me comporter en tant que tel. Premier objectif, étancher cette soif qui me tiraille puis chopper un truc à manger pour reprendre des forces. Ensuite on ira faire un tour du coin pour essayer de trouver du monde.

J’continue d’avancer comme je peux, essayant d’écouter ces « instincts » de félin que j’suis censé développer sous cette forme. Depuis que j’ai plus ou moins malencontreusement mangé ce fruit, c’est la première fois que je cherche à en développer un peu ses capacités. J’ai bien découvert deux formes transformées mais étant plutôt peu porté sur l’action, je n’en ai pas tiré profit plus que ça. Les rares fois où je me suis transformé, c’était pour utiliser de la façon la plus brut possible ; du musculeux, du rapide, du puissant. Maintenant il s’agit de le faire avec plus de finesse. Les rugissements d’abord. Passé le sentiment d’être pleinement idiot en grognant de la sorte, c’est quand même sacrément sympa ce truc. La plupart des bestioles reculent au son qui résonne quand j’hurle. Et les crocs, qui sont tout de même de sacrées lames elles aussi s’ajoutent à la peur que je provoque. Mais le mieux dans tout ça, ce sont les sens décuplés.

Quand je prends le temps, je peux analyser les odeurs que je perçois et estimer si la chose de laquelle elles émanent est en mouvement ou pas, est éloignée ou non. Pratique. Cela demande beaucoup de concentration cela dit et je manque d’entraînement pour être efficace sur le nombre d’odeurs différenciables. Mon ouïe également s’est accrue, mais pour le moment il est très difficile pour moi d’exploiter ça. Trop d’informations me parviennent à la fois, j’ai du mal à les trier pour en détacher des informations. Si j’avais su que cette malédiction m’apportait autant, j’en aurais profité avant et surtout, je me serais entraîné pour ne pas me retrouver dans la merde.

Parce que je l’entends cette source d’eau qui coule. Je la perçois de temps en temps dans l’immensité de cette jungle qui bruisse. Mais je n’arrive pas à me concentrer suffisamment dessus pour être sûr de la direction à prendre. Et plus je galère à trouver, plus mes rugissements me font mal, plus je risque de ne plus être bien effrayant pour toute cette faune dangereuse. Ce clapotis m’agace à force de disparaître et de revenir me narguer l’instant d’après.

Inspire Kosma. Ferme les yeux. Laisse ton côté animal se tailler la part du lion. Seul le calme te permettra de trouver ce que tu cherches.

Je me cause à moi-même pendant un bon moment. Je m’apaise, reste à l’écoute, capte plusieurs fois le son de l’eau qui coule et chaque fois que j’ai le sentiment d’avoir clairement identifié cette ligne sonore, elle m’échappe à nouveau. Mais je suis plutôt patient.

Alors je recommence une nouvelle-fois.

Puis une autre.

Et encore une autre.

Ça y est, je l’ai. Tu vas pouvoir boire lieutenant. D’un bond, je me remets en mouvement et avance le plus vite que mon corps le permet vers ce courant salvateur.

***

Elles sont là, toutes les trois, à avancer en regardant le ciel. Bizarre. Mevrinn ne comprend pas le comportement de ces reproductrices. Pas grave, l’important c’est de les voir toutes trois en excellente santé. Quand il en aura neutralisé une, il pourra la ramener au village. L’ennui c’est qu’il n’est pas seul. Tout autour des jeunes femmes, différents chasseurs du village sont peu à peu arrivés. Chacun veut s’attribuer le mérite de leur capture, difficile d’attaquer le premier dans ces conditions. Ça pourrait dévoiler sa stratégie aux autres et leur permettre de le contrer et de le doubler. Aussi Mevrinn est très attentif aux mouvements alentours, presque autant qu’il l’est de ses cibles.

BRAAAAAAAOOOOOUUUUUUUUM

Qu’est-ce que c’est que ça ? Ça a explosé au-dessus de leurs têtes. D’instinct, le chasseur cherche d’où est venue l’explosion et soudain il voit, quelque part loin devant, les lumières d’un feu d’artifice retomber vers le sol. C’est bien la première fois que ce genre de choses arrive. En regardant de nouveau face à lui, il se rend compte que les jeunes femmes ont accéléré la cadence et ont légèrement changé de cap. Bizarre. De plus en plus bizarre. Serait-il possible qu’elles se dirigent vers l’endroit de l’explosion ?

BRAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAOOOOOOOOOUUUUUUUUUUM

Deuxième salve, beaucoup plus proche, toujours dans la même direction. Qu’est-ce que c’est que ce bordel ? Les autres chasseurs semblent aussi désemparés. La plupart se rassemblent pour essayer de comprendre ce qui se passe. Pas le choix, s’il veut prendre de l’avance sur eux, Mevrinn doit foncer et ne pas perdre de vue les femelles. Peu importe le danger qui vient du ciel.

***

Bwahahahahahahaha !!!!!!! Mais quel plaisir immense de balancer des feux d’artifices au dessus des pitons. Longtemps qu’il n’a pas pratiqué le tir au pigeon le lord Kalem, mais là il est servi. Clic. Éjection du projectile inflammable dans la direction désirée. Calcul de la direction du vent grâce à la girouette posée sur le côté de la machine. Œil dans le viseur. Reclic. Deuxième gâchette. Cette fois-ci une balle qui vient perforer le premier projectile et provoquer l’explosion. Lumineuse et sonore. Les cendres de couleur redescendent ensuite en direction du sol et les jeunes femmes en bas peuvent en suivre la piste, qui va les mener jusqu’au point de chute de Marie. Le côté utilitaire semble bien sûr le plus important mais aux yeux du nain pour le moment, l’exercice du tir est le plus amusant. Il n’a pas perdu ses réflexes le petit. Encore une fois son expérience au sein de sa formation visant à intégrer la Brigade Scientifique de la Marine lui aura été d’un grand secours. Grand doigt d’honneur qu’il leur fait à ces types qui n’ont pas voulu le prendre.

PULUPULUPULUP

« Allô ? Qu’est-ce que vous dites de ça ? Épatant comme spectacle.
-Excellente idée Kalem ! Approuve la voix de Cannelle à travers le petit escargot. Tu ne m’as pas insultée, c’est normal?
-C’est interdit d’éprouver un peu de plaisir en ce bas monde la poufiasse ? Nan mais j’te jure, je lui trouve le moyen de sauver son p’tit cul et elle vient encore m’emmerder avec ses troubles hémorroïdaires.
-Voilà, retour à la normale. J’appelais parce que je me demandais un truc ; tu ne crains pas de te faire repérer par la sécurité des Pythons avec tout ce vacarme luminescent ? Ou pire : tu pourrais éveiller la curiosité de Rooney…
-… Merde. J’avais oublié ces briseurs de castagnettes à la sauce béchamel. Je vais devoir faire attention. Au pire, si ces sacs à vomi débarquent, je leur balance un feu d’artifice dans la tronche.
-Si tu fais ça, fais bien gaffe à ne pas te faire griller par Roulin.
-Y a vraiment une palanquée de connards liberticides dans c’coin. J’vous guide jusqu’au point de chute de la ch’tiote mais après je devrai vérifier que personne en a après moi. Puis on trouvera une nouvelle solution pour la suite, j’avais pas pensé que j’étais pas tout seul. »

Comme par hasard quand on s’amuse, il faut qu’on vienne t’emmerder pour tapage. Il est certain que le nabot allait finir par exploser à force d’être sans cesse contraint de faire selon les désirs des autres.

***

J’arrache les chairs du lapin que j’viens de capturer. Le sang me coule au fond de la gorge. Bizarrement aucun haut le cœur, aucun dégoût à manger cette viande crue, plutôt de l’appétit même. C’est le troisième que je boulotte et je commence à me sentir mieux. J’ai bu, j’ai mangé, maintenant je peux repartir et chercher mon chemin dans cette jungle. J’ai pas encore complètement la force de me battre, mais au moins je peux tenir la distance et tenter de voir ce que signifient ces explosions lumineuses qui éclairent le ciel. J’ai comme l’intuition que cette piste pourra m’aider. J’ai pas le souvenir d’avoir vu d’affiches annonçant un feu d’artifice lorsque je me baladais dans les hauteurs.

À peine mon repas terminé je me décide à bouger. Courir en direction des cendres qui retombent. La lumière disparaît peu à peu, mais il me reste mon odorat. Et l’odeur de brûlé me remplit les naseaux. La piste est beaucoup plus facile à suivre que celle du clapotis de l’eau. Je fonce. Sans faire vraiment attention à ce qui m’entoure. Grossière erreur dans cette jungle inhospitalière.

Une masse énorme me percute de biais. Je fais un roulé boulé et vais m’écraser contre un arbre ; sonné. Je tourne ma tête dans la direction de l’assaillant, celui-ci me fonce dessus : un énorme ours propulsé à vive allure sur mon corps de bête. Par réflexe je bondis, encore tout étourdi par le précédent choc. Mes griffes en avant je les plante autour de son crâne tandis qu’il m’emporte de toute sa masse comme un vulgaire chiffon. Pour le moment, pas de doute, il a le dessus. J’essaie vainement de le blesser le martelant de coups de pattes, attaquant à peine le cuir sous son épais pelage. Une nouvelle fois me voilà projeté au sol. Mon adversaire ne me laisse aucun répit, il se lève de toute sa hauteur sur ses pattes arrières et s’apprête de ses longs et musculeux membres de devant à me porter un coup qui dans mon état pourrait m’être fatal.

Me sera fatal. J’en ai l’amer pressentiment.

Par instinct du désespoir je me relève, me dresse également tant bien que mal sur mes postérieurs et lui adresse un ultime rugissement de rage, n’ayant plus que cette médiocre solution pour répliquer devant toute la hargne de l’animal.

Le temps semble s’arrêter, l’air devenir plus froid, le vent changer de direction. Et d’un seul coup la bête tombe à la renverse, comme mis k.o. par mon cri de désespoir. Je m’arrête un moment, abasourdi par ce qui vient de se passer. Comment - ? Pas le temps pour l’analyse, on va profiter de cet événement et continuer à suivre ma piste. On se posera des questions quand on aura le temps pour ça.
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Klara Eilhart
Klara Eilhart
La Désillusion


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Dim 27 Déc 2020 - 21:57

Étonnant comme elle pouvait se sentir plus à l’abri, et presque sereine, à l’intérieur d’une cage, plutôt que dans cette jungle. Plus elle y pensait, et plus elle se disait que l’endroit était définitivement drapé d’une fine aura de mystère. Tout lui donnait une sensation étrange. La région, déjà. Rien à avoir avec les jungles qu’elle avait déjà pu traverser auparavant. La faune, la flore… C’est comme si les pieds des pitons s’étaient enfermés dans un microcosme unique. Pour la première fois sûrement, Klara avait pleinement l’impression de se trouver sur Grand Line. Et puis, il y avait aussi cette tribu étrange, qui seront ici surnommés, avec toute l’affection que la chasseuse leur portait, les tarés.

Sa cage était faite de bois. Solide, certes, mais probablement pas assez pour la retenir bien longtemps. Pas de quoi s’inquiéter, donc : sortir d’ici serait un jeu d’enfant. En revanche, sortir des pythons rocheux, ça, c’était une autre histoire. Retrouver son navire était-il possible? Déjà, rejoindre le port sans savoir où aller… Elle secoua la tête. Pas le moment de penser à ça. Il fallait qu’elle se repose. Qu’elle médite, tiens. Ça faisait un moment, avec les récents évènements. Tailleur, mains jointes, respiration maîtrisée ; elle n’avait bien sûr pas oublié. Les yeux fermés, elle ne voyait plus les quelques gardes qui protégeaient la prison de fortune, constituée de quelques cages dans le creux d’un piton. En revanche, elle pouvait les sentir. Olfactivement, déjà, parce qu’il fallait bien admettre que l’hygiène ne faisait pas partie des piliers de la vie en tribu. Mais surtout… Elle ne pouvait toujours pas mettre de mot dessus, mais elle le ressentait déjà plus clairement. Ces voix qu’elle entendait, depuis un bon moment maintenant. Ces sensations bizarre, sur sa peau, dans son ventre. C’était comme un sixième sens, et pour les première fois, elle sentait qu’elle en profitait enfin clairement. Moins cryptique cette fois, tout faisait un peu plus sens pour elle. Trois gardes. Un type tout frêle, à gauche, dans une autre cage. Un peu plus loin, plusieurs jeunot de la tribu s’entraînaient. Coup droit, estoc, saut, parade. Elle sentait presque chaque mouvement sans même y regarder, et elle jurerai même en avoir visualisé certains une seconde avant qu’ils ne se produisirent.  Une autre capacité de son fruit? Peu probable. Mais plus le temps d’y réfléchir, car voilà qu’une autre présence, toute fraîche, fit s’éclipser toutes les autres. Celui-là dégageait une aura toute particulière. Klara rouvrit les yeux ; elle fut presque déçue par ce qu’elle vit. Son physique ne correspondait pas vraiment à l’aura de puissance qu’elle avait ressenti à peine une seconde plus tôt. Non, l’homme n’était qu’un simple vieillard, et prenait appui sur une canne ornées d’os pour rester debout. Sa longue barbe grisonnante était parsemée de toiles et de minuscules insectes.

L'exil Argo_v11

« Voilà alors une nouvelle pondeuse. C’est une journée glorieuse. Tant de surprises. »

Klara fut encore plus dégoûtée par sa façon de parler que par l’écosystème qui s’était visiblement développé dans sa longue barbe. Elle ne répondit pas.

« Beaucoup d’offrandes du peuple d’en-haut, c’est étrange, mais bienvenu.
- D’accord.
- J’ai demandé à mes guérisseurs de s’occuper de toi.
- D’accord.
- Je ne voudrai pas que tu ne nous quittes avant la parade nuptiale et la cérémonie de pro-création.
- D’ac-…
- Ne t’en fais pas, tout va bien se passer. Se vouer corps et âme à une cause plus grande que soit, ça terrifie, au début, c’est normal.
- Non merci, ça ira. Je suis bien ici.
- Nous en reparlerons demain, le grand jour. Sache que tu seras bien traitée, en tant que porteuse de futurs travailleurs. Peut-être même que tu auras ta place sur notre fier arche. »

La chasseuse jeta un coup d’œil sur le côté. D’ici, et comme depuis n’importe quel endroit du village, elle pouvait voir la gigantesque carcasse de navire plantée entre deux pitons. Il n’avait rien à faire là. Et il était dans un état tout bonnement épouvantable. Raison de plus pour partir d’ici au plus vite, ils étaient tous fous.

« Je te laisse à mes féticheurs, reprit le vieil homme. A demain. »

Ouais, c’est ça, à demain.


* * *


« Cannelle ?
- Je sais.
- Je crois qu’on est…
- Je sais, » répéta la cheffe de groupe.

Les indications bruyantes de Kalem leur furent particulièrement utiles. En plus de leur indiquer un peu plus clairement la direction à suivre, le bouquin provoquait par le nain avait également eu un effet secondaire bienvenu : la troupe d’hommes qui les suivaient depuis un petit moment semblait avoir été prise au dépourvue par le feu d’artifice. Ils les pistaient toujours, certes, mais s’étaient éloignés de quelques pas tout de même, et ils étaient très certainement plus attirés par la lumière et le son que par les jeunes femmes.

Cannelle avaient senti leur présence. Toutes les filles, en fait. Probablement une capacité similaire au haki, développée à force de se faire suivre par des lourdauds le soir. La cheffe était déjà entrain de vérifier qu’elle avait bien tout ses couteaux sur elle. Les autres avaient quasiment toujours sur elles au moins un petit pistolet, qu’elles étaient entrain de charger. A un moment, il allait bien falloir cesser de les sous-estimer, et ce moment était peut-être venu. Ils leur voulaient quoi, au juste? On les avait prévenu de tout ce qui était susceptible de traîner aux pieds des pitons; insectes, monstres, sauvages, tout le paquetage d’une jungle épaisse et vierge de quasi toute civilisation. Malheureusement, personne ne les avait prévenu qu’un village d’irréductibles fous furieux avait survécu à tout les dangers de la région, et que ses habitants attendaient fermement le moment idéal pour fondre sur leurs proies.

Mais quel moment idéal? Ça, c’est ce que se demandait la plupart des chasseurs, cachés dans les arbres aux alentours, Mevrinn le premier. Ça faisait trois occasions de se distinguer, pour lui. Dont deux avortées, et ça lui était resté en travers de la gorge, tout ça. Il serrait sa lance fermement, un peu trop même. Il avait la hargne. Encore plus quand il comprit pourquoi tout le monde attendait stupidement. Les jeunes femmes n’avaient pas atterri n’importe où. Même chez les sauvages, il y avait des règles. On les comptait sur les doigts d’une main, quand on savait compter. Mais elles existaient tout de même. Il était par exemple formellement interdit d’uriner au pied d’un des pitons qui soutenait l’arche ignoble qui surplombait leur village. Et puis, il était également interdit de venir chasser sur le territoire du vieux Alfred. Et Alfred, c’était justement chez qui le groupe de femmes venait de pénétrer.

« J’crois que j’vais y aller, finalement, » fit Slit d’un air fébrile.

Il avait entendu tout un tas de rumeurs sur ce type. Mevrinn aussi, et plus ou moins toutes personnes appartenant de près ou de loin à leur société de barges. Alfred connaissait leur chef, c’était certain : il serait déjà mort sinon, ou alors réduit en esclavage. Au lieu de ça, il vivait tranquillement en autarcie, et entretenait des relations cordiales avec eux. Le Grand Patriarche lui envoyait parfois certains féticheurs, pour parfaire leur formation, parce qu’on disait d’Alfred qu’il avait de profondes connaissances du monde occulte. Mevrinn hocha la tête : les bidules qui pendait aux arbres autour de sa cabane confirmait cette rumeur. Les féticheurs revenaient transformés. Plus pâles, la plupart causaient moins. Ils devaient en voir des choses, ici. Slit sauta sur une arbre un peu plus éloigné, comme pour se mettre à l’abri. Il fallait être sacrément fou pour rentrer dans ce vieux cabanon…

… Ou alors il fallait avoir une bonne raison. Pour Cannelle et les autres, cette raison, c’était l’un des poignards de Marie, qu’elles avaient reconnu du premier coup d’œil, et qui gisait là, sur le boue, près d’une vieille clôture qui entourait cette maison tout aussi âgée et carrément flippante. Ç’aurait pu être le piège le plus évident du monde, et l’endroit le plus dangereux de la planète, que Cannelle aurait quand même fait signe aux autres de la suivre vers cette bicoque couverte de lierre. De la fumée s’échappait du toit, et en tendant l’oreille, on pouvait même entendre quelques cliquètements métalliques.

« T’es sûre de toi? Demanda Olga.
- Non. Mais Marie est sûrement là-dedans.
- Et les autres?
- Ils bougent pas. Et au moindre mouvement…
- Ouais. »

Olga ne voulait pas le faire savoir, mais elle se voyait déjà morte. Il était impensable, pour elle, de repartir vivante de cet endroit. Quelle erreur d’être venue ici. Mais c’est une erreur qu’elle aurait refaite volontiers. Elles s’avancèrent à pas de louves vers l’entrée. La porte était entre-ouverte. Cannelle jeta un regard rapide vers ses amies, incertaine d’elle.

« Entrez, entrez ! » fit une voix qui s’éleva de l’intérieur.

C’était une voix grinçante, aiguë, mais presque rassurante. Cannelle poussa la porte, l’arme à la main. Une forte odeur de rôti se dégageait de l’endroit. Les bruits métalliques, c’était des ustensiles de cuisine qu’on remue, et la voix, c’était celle d’un vieil homme qui semblait porter tout le poids de son âge sur le dos. Il marchait à l’aide d’une canne, même à l’intérieur de son cabanon. Il invita les jeunes femmes à prendre place autour d’une vieille table en bois, qui se dressait au milieu de la pièce, quasiment le seul mobilier, en plus d’un meuble de cuisine en ruine. Quant à la décoration, elle consistait principalement en de multiples herbes qui pendaient du plafond.

« Je vous attendais, fit le petit vieux en leur adressant un large sourire.
- On cherche notre am-
- Amie, oui, je m’en doutais ! Elle est à l’arrière.
- Quoi?! »

Les trois femmes se précipitèrent dans l’arrière-salle, cachée derrière un rideau en chenille. Cannelle ne lâcha pas le vieil homme du regard, son arme toujours chargée et à moitié braquée sur lui. Il lui adressa un hochement de tête censé être chaleureux. Dans la petite salle arrière se trouvait une table qui donnait étrangement l’air d’être une table de cérémonie. Sur celle-ci, un corps, qu’Olga et Sarah s’empressèrent d’aller examiner.

« Elle est vivante, commenta le vieil homme resté à l’embouchure de la pièce, mais je ne crains que ses jours ne soient comptés… »

Cannelle baissa son arme sans s’en apercevoir, trop absorbée par la vue de son amie, emmitouflée dans du linge et des bandages, à peine reconnaissable dessous. La chute avait été moche, très moche. Olga approcha son visage de celui de Marie.

« Elle… Ne respire plus. 
- Oups ! Fit le vieux en ricanant. D’habitude, je les préfère vivante, mais je ferai av- »

Il n’eût pas le temps de finir, coupé par le coup de feu qui venait de partir. A l’extérieur, plusieurs oiseaux s’envolèrent, tandis que les chasseurs attendaient toujours, dubitatifs.

« Qu’est-ce qu’on fait? Demanda Slit, qui s’était encore éloigné.
- On peut pas intervenir, répondit simplement Mevrinn en tentant de couvrir les bruits de coup et de mobilier brisés qui ressortaient de la cabane.
- Et si il bute nos pondeuses?
- Ben… On peut quand même pas intervenir, c’est les ordres.
- Le Grand Patron, il s’ra plus énervé si on intervient, où si les pondeuses crèvent? »

Mevrinn trouva que c’était une très bonne question.


* * *


Klara se réveilla en sursaut. Pas de cauchemar, personne autour d’elle. Elle mit un certain temps avant de comprendre ce qui avait bien pu la tirer de son sommeil si réparateur. Les gardes, postés à quelques mètres, dormaient à poings fermés. Sacrée sécurité. Elle décida de se concentrer à nouveau. Quelque chose la troublait. Encore cette étrange capacité qui s’était éveillée dans sa tête? Elle ferma les yeux. L’âme des gardes ne brillait pas tellement, rien à signaler de ce côté. Elle sentait aussi la présence, fébrile, de quelques prisonniers à moitié morts. Le village semblait presque désert, maintenant que la plupart des hommes étaient partis dans la jungle. Mais une présence ressortait parmi les autres. Deux, en fait. Une qu’elle pouvait distinguer parfaitement : de l’ambition, beaucoup d’ambition. Un homme tout à fait normal. Mais l’autre… Elle ne sut pas comment le décrire. Cette… forme ne correspondait à rien qu’elle n’ait rencontré jusqu’ici. Et cette forme l’appelait. Elle le savait. Ou plutôt, elle le sentait.

D’instinct, elle laissa pousser ses ongles, qui devinrent vite des griffes, puis elle coupa les barreaux de sa cage d’un coup net, presque sans bruit. Un garde renifla, mais ne leva pas la tête. La chasseuse passa une première jambe en dehors, puis une seconde. Ça faisait du bien, de se déplacer sans ressentir une douleur aiguë au moindre mouvement. Ces « féticheurs » n’avait pas fait un si mauvais boulot que ça. Et plus important encore, elle avait eu de quoi manger, et de quoi boire. Elle se faufila entre les cages, et, arrivée au niveau de deux des gardes, laissa ses cheveux se dérouler d’eux-même, puis ramper sur le sol. Étouffés par deux épaisses mèches de cheveux blancs, les deux hommes ne purent émettre qu’un faible soupir en s’écroulant sur le sol.

Klara continua de déambuler entre les tentes et les cabanons de fortune du village, comme une ombre. La présence indescriptible se faisait de plus en plus ressentir, mais elle avait du mal à la localiser précisément, contrairement à la plupart des autres habitants de l’endroit. Elle put ainsi esquiver les quelques patrouilles et regards indiscrets. Et puis, elle leva la tête.

Étrange.

L’immense carcasse de l’arche gisait toujours, entre deux pitons. C’est là-haut que se trouvaient les deux fortes présences. Elle aurait facilement pu partir d’ici. Mais pas moyen. Elle devait savoir qui se cachait réellement là-haut, sans même comprendre pourquoi c’était si important. Et puis, elle se dit que même si elle parvenait à sortir du village, elle ne savait absolument pas où aller. Elle manipula à nouveau ses cheveux pour l’aider à grimper entre les parois rocheuses et les échafauds de bois que les travailleurs avaient commencé à dresser, et parvint à se frayer un chemin jusqu’à la charpente du navire. D’aussi prêt, l’arche était encore plus immense. C’était tout bonnement impensable qu’une telle construction se soit retrouvée perchée ici.

Au fur et à mesure de son ascension, les présences se firent de plus en plus distinctes. Klara reconnut tout d’abord celle du Patriarche qui était venu lui parler quelques heures plus tôt. Quant à l’autre… Elle en frissonna rien que d’y penser. Elle traversa ce qui devait être les cales, à l’époque ou ce navire ressemblait encore à quelque chose, puis remonta petit à petit jusqu’à ce qu’elle se dit être la cabine de l’ancien capitaine. Il manquait des murs, la vitre était brisée, et seuls l’immense bureau de bois, ainsi que le fauteuil, étaient resté intacts, bien que poussiéreux. Et assis sur ce trône, une immense squelette, trop grand pour être humain, trop petit pour être géant. Un rubis était planté dans l’une de ses orbites, et il portait encore une lourde cape qui avait perdu de son rouge d’autrefois. Au milieu de la pièce, près du bureau, se tenait un vieil homme, appuyé sur sa canne couverte d’os. Il s’agissait bel et bien du chef de l’endroit. Son visage était pâle, et il regardait dans le vide, vers l’un des coins de la pièce. Ou plutôt de ce qu’il restait de la pièce. Klara suivit son regard, et ne vit tout d’abord que le vide. Mais elle ressentait toujours cette mystérieuse présence. Et puis, petit à petit, en se concentrant, elle se mit à distinguer les contours d’une silhouette, floue, et trop étrange pour être humaine. Elle se mit à briller d’un blanc éclatant, puis pur encore que la lumière du soleil, et Klara dut fermer les yeux un temps, histoire de s’adapter. La silhouette tapait au marteau sur l’une des planches du mur de bois, sans discontinuer, en chantonnant d’un air sinistre.

« ǝɹı sndo ʇɐıɟ
ʇsǝ ɯnʇǝldɯı ɯnǝɯ ɯnʇɐɟ ʇn
ǝɹɐɔǝs snsɹnɹ snʇɔnlɟ snɔɹɐ ʇıs
˙sıʇıʇǝdǝɹ soɹʇsǝʌ sǝɹoʇıqǝp ɯɐıʇǝ ɯnpunǝɹǝd ıs
»

La chasseuse ne pouvait pas détourner le regard, et sortit même de sa cachette, derrière la porte. La silhouette tourna subitement la tête vers elle, et Klara fut parcouru d’un affreux frisson. Elle cligna des yeux. Le coin de la pièce était à nouveau vide.

« Tu l’as vu, toi aussi, n’est-ce-pas? Fit le Patriarche d’un ton calme.
- …
- Je le savais. Je la vois depuis que je suis arrivé ici… Non. Je la voyais même avant. En rêve. »

Klara n’essaya même pas de se moquer. Elle tourna enfin les yeux vers le vieil homme, qui fixait toujours le coin où la silhouette était apparue quelques secondes plus tôt.

« J’ai toujours rêvé de ce navire. Toujours. Et mes rêves ne m’ont jamais trompé.
- Vos rêves? Parvint finalement à articuler la chasseuse.
- Oui. Tu comprends? Je suis né pour arriver ici. Mais personne ne me comprend vraiment, pas même mes chasseurs. Mais… Si tu la vois toi aussi, alors…
- C’était quoi?
- Un esprit. Un spectre. Une divinité. Un Klabautermann. Appelle ça comme tu veux, selon tes croyances.
- Qu’est-ce qu’elle a dit?
- Ce sont des ordres. Ce sont toujours des ordres. Qu’elle donne, ou qu’elle a reçu, je ne sais pas. Par notre ami ici présent, peut-être? »

Il s’approcha lentement de l’imposant squelette, et le tâta de sa canne.

« Même un empereur ne pourrait lui briser les os. Tu veux une petite anecdote? Il est tout seul, à bord. Je n’ai trouvé aucun autre cadavre, à part lui. Pourtant, il y a les restes d’une pièce commune, de dortoirs, et tout un tas d’armes et d’autres choses. L’équipage devait être nombreux. Ils sont peut-être tous mort quand l’Argo s’est retrouvé ici, il y a des siècles. Je n’en sais rien. Tu sais, j’ai retrouvé un vieux journal de bord qui a survécu. Illisible. Personne n’a jamais pu m’aider à le déchiffrer. Et pourtant, des gens de tout horizon se sont retrouvés ici. Je rêve de ces symboles, la nuit. Je rêve de ce navire, de ce capitaine, de cet esprit. Je ne pense jamais à rien d’autre. Tu comprends ton rôle, maintenant? N’est-ce pas magnifique? »

Klara secoua la tête. Cette endroit sentait la légende. Ces vieilles rumeurs, ces histoires de marins, tout ça. Peu de choses au monde pouvait se vanter de la chambouler à ce point, mais cet endroit, ce navire, en faisait partie. Et elle n’avait strictement rien à faire dans un endroit aussi important. Elle, elle n’était rien. Les légendes se passeraient bien d’un tel poids mort. Elle n’était pas à sa place. Pas du tout.

« Je n’ai rien à faire ici. Et vous, vous êtes…
- Fou?
- …
- Quel dommage. Moi qui pensait avoir décelé du potentiel en toi. Tu finiras donc comme les autres… »

Il délaissa le squelette et s’approcha d’un pas vif vers la chasseuse, qui ne perdit pas de temps pour reprendre le contrôle de ses cheveux. Elle devait ménager ses efforts, et elle le savait. Malheureusement, le vieil homme esquiva sans mal les vaines tentatives de la jeune femme de l’entraver. Il était agile, pour son âge, et il parvint rapidement à son niveau. Il changea de prise sur sa canne d’os, et l’agita dans les airs, d’un coup rapide, et puissant, à l’horizontale.

Klara avait surprenamment esquivé le coup. Elle l’avait senti venir. Littéralement. Et elle savait déjà qu’il s’apprêtait à bondir vers elle pour lui asséner un coup directement sur le crâne. D’un pas calculé sur le côté, elle pu se sortir de la zone d’impact in-extremis. Les échanges de coup qui suivirent dura quelques secondes, jusqu’à ce que le Patriarche ne lâche sa canne pour joindre ses deux poings, qui se mirent à se couvrir d’un épais voile noir, ce qui surpris la chasseuse suffisamment longtemps pour qu’elle ne puisse esquiver le coup qui suivit. L’onde de choc fit vibrer le navire tout entier, et réveilla ceux qui dormaient encore, en contre-bas. Klara fut projetée à travers plusieurs planches de bois, rebondit durement contre la paroi d’un des pitons, avant de s’écraser au sol, à plusieurs mètres en bas.

Elle se releva tant bien que mal, encore sonnée, et releva la tête juste à temps pour apercevoir le Patriarche atterrir sur le sol de pierre dans une nouvelle onde de choc. Elle n’avait pas prévu que le vieillard serait si fort.

« C’est vraiment, vraiment dommage, tu es magnifique, » s’apitoya-t-il en s’approchant.

Un épais manteau de poil recouvrait maintenant la chasseuse, sa gueule s’allongea, ses dents poussèrent subitement, et ses ongles avaient à nouveau laissé place à d’ignobles griffes acérées. Elle se posa sur ses quatre pattes tout en grognant.

« Vraiment dommage. »


* * *


A plusieurs kilomètre de là, de la fumée s’échappait par delà la cime des arbres. Le cabanon ne serait bientôt plus qu’un tas de ruine et de cendres. Tout était fini, et tout était redevenu presque calme, en dehors des planches qui brûlaient et retombaient lourdement au sol. Olga et Sarah avaient du tirer Cannelle vers l’extérieur pour la sauver des flammes et de la fumée. Elle avait voulu à tout prix récupérer Marie. Il était trop tard. Elle le savait, mais n’avait pas voulu l’abandonner. La dernière chose qu’elle vit, avant de tourner de l’œil, fut le cadavre de cette ignoble vieillard qui gisait maintenant sur le sol, le crâne fendu en deux, et une dague plantée entre les jambes. Arrivées dans le petit jardin à l’arrière de l’habitat, qui servait de plantation, les jeunes femmes se laissèrent retomber et crachèrent au sol pour se dégager les poumons. Cannelle avait repris ses esprits, et contemplait le feu qui lui faisait face. Marie méritait au moins un… Elle décida de ne pas y penser. Elle réprima ses larmes. C’était la chef du groupe. Elle n’avait pas le temps pour ça. Il restait encore d’autres menaces. Ou au moins une.

Un peu plus loin, dans les arbres. Seul Mevrinn était resté. Les tambours de guerre, qui se répercutaient sur les parois des pitons pour parvenir jusqu’à ses oreilles, s’étaient mis à battre à nouveau, et tout les chasseurs avaient prit le chemin inverse pour retourner au village. Tous, sauf lui. Il ne suivrait pas ces moutons. Son destin à lui, il était pile sous ses yeux. Il prit une longue inspiration, et s’apprêta à passer à l’attaque.
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Alexandre Kosma
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Visiblement c’est terminé. Des volutes de fumée s’élèvent de ce qui fut le centre de toutes les attentions et petit à petit, tous les hommes qui j’ai trouvés en large cercle autour de ce point névralgique se retirent, prenant à peu près la même direction. Dilemme. Aller voir ce qui les tracassait au risque de me casser le nez et de découvrir un grand rien ou suivre ces types qui semblent rentrer au camp et découvrir peut-être un moyen de fuir la jungle hostile dans laquelle j’ai atterri. Je tergiverse pas longtemps ; j’suis toujours blessé et affaibli, mieux vaut suivre ces gars à distance plutôt que de risquer de tomber sur un os ou pire, sur le bestiau qui le bouffe.

Ils m’ont l’air plutôt coriaces ces simili-sauvages, armés de leurs lances de fortune, de leurs pics en bois ou en os. Sans doute des chasseurs aguerris. Faut bien quand on se retrouve à vivre dans un endroit pareil. En faisant attention de ne pas me faire distancer tout en étant le plus discret possible, je cherche une proie. Me faut trouver la brebis galeuse du troupeau, celle qui a le moins de défenses et que j’pourrai chopper sans trop de soucis. Pas pour la manger non, j’suis pas cannibale. Mais j’me suis trop fait avoir ces derniers temps pour simplement me présenter à ces gens et leur demander leur aide charitable. Alors me faut du renseignement.

J’ai l’avantage de suivre une troupe qui ne se sait pas pourchassée. En plus, ils progressent tous à bonne distance les uns des autres, comme pour pousser l’indépendance au rang de vertu. Au bout de quelques gars qui semblent un peu trop costaud pour faire cible idéale, je tombe enfin sur un gringalet. Un petit maigrichon qui jette des regards de lapin apeuré dans toutes les directions. Il a l’air d’avoir tellement la frousse de se faire tomber dessus par une quelconque bête sauvage que j’hésite pas une seconde sur mon choix. Le pire dans la parano de ce type, c’est qu’il a beau regarder de tous côtés sans discontinuer, il m’a toujours pas remarqué. Je suis un peu discret, je sais bien, mais un observateur attentif gardant ses arrières m’aurait sans doute grillé dès les cent premiers mètres de filatures.

J’me décide à passer à l’action. Le terrain sur lequel on avance, garni de plantes toutes plus touffues les unes que les autres, m’avantage. Je me rapproche bond après bond. Je sens mes côtes qui me font toujours mal un peu à chaque atterrissage mais je serre les crocs pour éviter tout bruit. Bientôt me voilà presque à portée de griffes du malingre et alors que me propulse d’un dernier saut sur son dos, j’en profite pour me retransformer et plaquer une main ferme sur son claque-merde. J’fais bien. J’entends un cri étouffé et je le sens qui se débat, paniqué.

« Tu mouftes, t’es mort p’tit gars. J’ai pas l’intention de te faire le moindre mal si tu te tiens tranquille, si t’as capté, tape deux fois du pied droit et cesse tout mouvement. »

Les mouvements désorientés du bonhomme continuent encore de longues secondes, le temps qu’il se sache définitivement captif, ou qu’il capte la signification de mes paroles, au choix. Puis il stoppe son inutile frénésie et de deux coups brefs de la jambe droite au sol, il me fait enfin le signe attendu. Je me détends. Moi aussi j’suis crispé ; pas l’habitude de menacer de mort des inconnus pour obtenir des infos, j’suis censé être soldat de la Marine moi, pas agent du Cipher Pol ou pire, Pirate. J’attends encore quelques minutes avant de desserrer complètement mon étreinte pour la remplacer par un lien confectionné à la va vite avec un pan de ma chemise. Système D ; petit truc appris sur les bancs du BAN. Je l’attache à un arbre avec un autre bout de tissu. J’vais bientôt finir à poil moi à force de dézinguer mes fringues.

« Bon, parlons peu mais bien mon p’tit gars. Déjà première précaution, mais j’pense que tu l’as compris vu que t’as toujours pas jacté. Tu parles quand je le demande et si jamais tu hausses un peu trop le ton, tu te prends une beigne. Ok ?
-Ok, ok.
-Tu t’appelles comment ?
-Slit.
-C’étaient qui tous ces gens ?
-Des chasseurs, comme moi.
-Des chasseurs ? Vous chassez quoi, vous venez d’où ?
-On chasse principalement du gibier, plus c’est gros et dangereux, plus c’est bon pour nous. Parfois on chasse des reproductrices, comme tout à l’heure, mais cette fois-ci elles ont cramé avant qu’on les choppe, la faute au vieil Alfred, ce cinglé. »

Décidément dans ce monde en bas des Pythons, la chance était de mon côté. D’abord le fait de ne m’être pas tant abîmé le corps que ça, puis la découverte plutôt rapide de ce point d’eau, ensuite les feux qui m’orientent rapidement vers des êtres encore vivants et voilà que parmi ceux-ci se trouve être le plus grand trouillard-bavard de sa génération. J’me dis que mon numéro de gros dur n’aurait peut-être pas marché avec n’importe qui et je m’étonne de voir un type de cet acabit dans cet environnement aussi hostile.

Au fur et à mesure qu’il blablate, ça m’éclaircit un peu sur le fonctionnement de leur village. Même si certains points me paraissent complètement barges et ramènent l’Humain à la préhistoire. J’finis par demander s’il y a un moyen de rentrer dans le village et de me faire soigner sans trop craindre de me faire capturer.

« Mais la meilleure chose qui pourrait vous arriver, c’est que vous vous fassiez capturer. Moi aussi quand on m’a déposé ici bas, j’étais comme vous, j’avais peur de me faire prendre par ces sauvages, mais j’ai rapidement compris : mieux vaut faire partie des leurs, c’est la seule chance de survivre et d’espérer fuir ces terres. »

***

« Ne t’éloignes pas trop Sarah, si tu trouves rien à glaner ou à chasser reviens, on fera bouillir quelques feuilles, ça peut être dangereux, hèle Olga alors que son amie part en quête de quelque nourriture à becqueter.
-T’en fais pas, je ferai gaffe, si je vois un gros monstre, je cours en hurlant, plaisante-t-elle en retour. »

Et la voilà qui s’éloigne du simili campement qu’ont commencé à monter les trois jeunes femmes. Avec un peu de chances elle trouvera un buisson plein de fruits voire un animal blessé qu’elle pourra facilement attraper. Le temps n’est pas à la chasse, elle le sait bien. En tout cas pas pour elle. De son côté, Mevrinn voit d’un bon œil la séparation des jeunes femmes. Bien que les reproductrices soient généralement des cibles faciles, il se méfie. Celles-ci ont échappé aux pièges du vieil Alfred. Puis à les observer elles ont tout sauf l’air d’être des proies faciles. Déjà, chose rare pour des personnes arrivées fraîchement au bas des pitons, elles semblent en pleine forme. Avantage pour le chasseur solitaire, elles ne semblent pas du tout conscientes de l’endroit où elles ont atterri. Alors en catimini, le traqueur part à la poursuite de la jolie donzelle qui s’éloigne.

Le silence, voilà ce qui caractérise les meilleurs d’entre tous les chasseurs du village. Et bien entendu Mevrinn se targue de faire partie de cette élite. Peut-être recevra-t-il bientôt les honneurs d’être nommé Premier Chasseur. S’il parvient à mettre le grappin sur au moins l’une de ces trois créatures, il sent que ce titre ne pourra lui échapper. Son orgueil en prendrait un coup s’il ne parvenait pas à rafler à Grenn ce statut qui lui assurerait sa place sur l’Arche. Deux reproductrices en un temps record, voilà ce qui s’appelle un coup de maître. Concentré sur sa seconde proie, Mevrinn n’ose imaginer ce que ce serait d’en ramener trois, ou quatre. Gourmandise est un vilain péché.

À mesure que la jeune femme avance, s’éloignant peu à peu de ses deux comparses, il se rapproche. Il observe. Pour l’instant elle ne semble pas avoir trouvé quoi que ce soit qui lui convienne. Il l’observe. Elle se penche par moments, vérifiant sous un arbuste quelque éclat de couleur qu’elle repère, puis reprend sa route ; chou blanc. Il l’observe. Elle ramène de sa main ses longs cheveux châtains sur l’arrière de son crâne. Il l’observe. Elle trébuche soudain sur une petite racine, poussant un petit cri aigu dans sa chute et s’affalant sur le sol. Il bondit. Lance en avant, réflexes de félin il avance jusqu’à la jeune femme au sol qui s’est retournée au son des broussailles qu’il vient de franchir. Elle plante son regard vert et profond dans celui du chasseur, ses cheveux tombent en cascade de part et d’autre de son visage, son décolleté s’ouvre légèrement laissant un accès immédiat à une gorge fine mais ferme et alors que le cœur de Mevrinn se met soudainement à battre à plein régime, tout son corps se raidit et un dernier détail dans ce tableau finit de le faire fondre puis de le faire chuter. Les lèvres purpurines de la jeune femme se déforment en un sourire enjôleur, qui contraste largement avec la situation délicate dans laquelle elle se trouve.

Un grand coup dans sa tempe gauche vient achever cette étrange scène pour le fier chasseur qui s’affale de tout son long au sol.

« Bien joué Sarah, comme d’habitude, lance Cannelle en tendant la main pour relever sa comparse. On l’attache et on le cuisine quand il se réveille. A priori tous les autres sont partis. »

***

Quelques centaines de mètres plus haut, un gaillard aux cheveux blonds, coupés au carrés, la barbe d’une semaine lui mangeant la moitié du visage, gravit un des pitons avec cet air déterminé assorti d’un petit sourire en coin ne reflétant absolument pas son humeur du moment. Quelques pas derrière lui, un grand chauve au regard torve le suit. Si Guillaume Speed, alias Tofu, ne talonne pas de près Edward Bottom, son capitaine, c’est parce qu’il n’a pas envie d’attirer l’ire de ce dernier sur lui. D’abord parce qu’il sait que celui qu’on nomme affectueusement Rooney a pris un sacré coup au moral quand son navire a explosé, à seulement quelques encablures de lui, alors qu’il s’apprêtait à regagner son bord. Ensuite, parce que leur objectif à tous les deux, en montant sur ce gros caillou, c’est de débusquer l’artificier qui s’est permis d’opérer depuis là-haut une quarantaine de minutes plus tôt et qu’en restant derrière, Tofu garantit la sécurité du blond vengeur si ça se décide à les attaquer.

Vengeur parce que le type qui utilise des feux lumineux au-dessus des Pythons peut fort bien être le type qui a torpillé son bâtiment. Parce que selon toute vraisemblance, il s’agit d’un membre du groupe le pourchassant depuis Reverse Mountain. Et qu’après débat avec ses hommes, vérification de ce qu’ils savaient de ceux et celles qui étaient descendus, volontairement ou pas, il ne reste plus qu’un type dans la manœuvre : le nain.

Aucun moyen qu’il laisse ce nabot survivre une heure de plus. Il va lui éclater la cervelle, peut-être à coups de pied si le cœur lui en dit. Ainsi sa rage sera apaisée. Et tant pis si ce Joseph Roulin vient l’arrêter pour transgression des lois de l’île, il le butera à son tour. Il est pirate, oui ou merde ? Marre de se contenir, de faire comme s’il suivait les lois comme un bon chien, marre de se faire tout petit, de se cacher, de faire profil bas. Il est assez fort, il est entouré d’hommes assez forts, et s’il veut un jour devenir un pirate digne de ce nom, il doit prendre les risques qui s’imposent.

En sautant en haut du piton, la première chose que voit Rooney, c’est cette espèce de châssis métallique qui a servi de base de lancement pour les feux de Kalem. Vide. Il ne sait pas exactement comment ce minus a pu monter tout ce matériel jusqu’ici, mais ne cherche pas à comprendre. Il ne veut pas non plus regarder de plus près l’engin. Son but est clair, tuer le nain. Il regarde à gauche, à droite, s’approche du bord opposé pour regarder en bas. Le sommet du piton est assez vaste et quelques rares signes d’une végétation fragile – un arbre mort, un buisson ridicule et plus loin quelques touffes de mauvaises herbes – permettent d’évaluer l’altitude. Raté, le bonhomme n’est pas là. Sans doute s’est-il enfui en les voyant débouler. Mais par où ? Rooney se rappelle alors que la désescalade de ce genre d’endroit est risquée et qu’il a affaire à un spécimen court sur pattes. Il retourne immédiatement près du vide, fait le tour du piton en quête d’un éventuel signe visible en contrebas. Il le voit. Plus bas, beaucoup plus bas, une toile semble descendre vers le vide à une vitesse modérée.

« TOFU ! APPORTE LE FUSIL ! IL S’ESSAYE AU PARACHUTE. »

Le visage jusqu’alors moqueur du capitaine pirate se tord de rage. Pas question qu’il lui échappe. Le petit être est déjà loin en contrebas, mais il peut encore faire accélérer la chute. Rapidement, son second au crâne chauve arrive à ses côtés et un sourire mauvais se dessine sur sa face. Il tend son fusil à son capitaine en laissant échapper un rire sinistre. Le plaisir qu’il a à savoir la fin du nain proche fait peur à voir. Rooney attrape l’arme, vérifie les balles, vise en contrebas, cesse de respirer un instant, essaie de ressentir la force du vent, et tire. Une fois, deux fois, trois fois. Au bout de la cinquième balle, le morceau de toile situé à quelques centaines de mètres plus bas se tord, bouge rapidement et finit par chuter en piqué, à une vitesse bien plus grande.

« Réussi ! Et un nabot de crevé. Ça fait du bien bordel.
-Capitaine Edouard Bottom ? Fait alors une voix calme dans son dos.
-…
-Vous êtes en état d’arrestation. »

Derrière Tofu et Rooney, ont surgi dans le silence, les deux âmes damnées de l’île, Griboche et Roulin, épaulés d’une quinzaine d’habitants des Pythons Rocheux, bien décidés à se débarrasser de ces nuisibles.

« Co… Comment ? Pourquoi nous avez vous suivi ? Et vous nous arrêtez sur quel motif ?
-Vous venez de tirer sur un homme, et vous avez vous même annoncé l’avoir tué. Le motif n’est pas assez clair ? Demande Griboche d’une voix calme.
-Quant aux raisons de notre présence ici, ajoute Roulin sur le même ton, c’est monsieur Kalem Doskop qui nous a demandé protection et qui nous a appelés via escargophone, se sentant en danger. Il a eu raison de le faire, n’est-ce pas ?
-Tofu, je crois qu’on n’a plus le choix, faut massacrer ces abrutis.
-Il n’est pas nécessaire que vous preniez part à tout ça monsieur Speed, prévient Griboche à l’attention du second de l’équipage pirate, selon nos lois vous êtes encore innocent et vous êtes libre de partir. Mais si vous nous attaquez... »

Il n’y a pas une lueur d’hésitation dans les yeux du chauve et en quelques mouvements, il passe à l’attaque. Violemment, soudainement, et avec une rage non contenue, il s’élance pour frapper dans le tas, au beau milieu de ces justiciers de l’île. D’un geste, Rooney arme le fusil et commence à viser. La bataille s’annonce brutale.

À quelques mètres des combats, caché dans un buisson, pétri de terreur, le nabot attend la fin des échauffourées. Il ne regrette pas d’avoir bazardé en bas son sac à l’aide d’un parachute de fortune. Alors certes il n’a plus de matériel, mais au moins il ne sera plus traqué par ces malades. Et il est toujours vivant. Par contre, il ne pourra plus reparaître aux yeux des locaux, surtout s’ils engendrent des pertes à cause de lui. Précieusement, il garde son petit escargophone contre son torse, seul moyen désormais de s’enfuir de cette maudite île.
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