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Les Champs Elysée

Il flottait encore, toujours. Chien de pays.

Nous n'avions vraiment pas prévu de passer par là. Karen s'était gaussée de notre manque de chance. Ce n'était pas la première fois que notre route déviait ; ce n'était probablement pas la dernière. À force, Sloan s'était calmé : chaque espoir de s'enfuir avait fini à l'eau, pour chaque île où nous nous étions arrêtés. Personne ne connaissait l'administrateur du CP9. Beaucoup connaissaient Eleanor Bonny.

« - Bon dieu, on est foutus. »

Cela aurait dû le rassurer, mais il n'en était pas certain. Cette île, il la reconnaissait, il avait envoyé la blonde au casse-pipe jadis dans une mission de secours de l'ancien directeur du CP9. Il savait qu'il n'y trouverait aucun allié aujourd'hui ; l'endroit avait finalement été repris par la révolution, aux dernières nouvelles. Tragique... étant donné que nous serions obligés d'y mettre pied.

Heureusement, Parisse n'était pas qu'une ville, il y avait la Campagne. Nous accostâmes non loin d'un village suffisamment éloigné de la Capitale, qui n’irradiait plus tant que cela à l'horizon aujourd'hui. À l'extérieur, c'était plus coloré : au vert et jaune des champs s'alternaient les couleurs rougeâtres des tuiles des maisonnettes et le blanc des clochers. Le tout avait un côté pittoresque introuvable ailleurs. On aurait dit le Sud.

« - En restant loin de Parisse elle-même, nous devrions rester incognitos. Le temps de recharge du Log n'est pas si long...

- Cinq jours, il va falloir trouver de quoi s'occuper, » nota Karen, visiblement embêtée de ne pas pouvoir visiter la grande ville visible de loin.

Son regard s'y perdait, je devinais ses intentions.

« - Vas y, si tu le souhaites. Je suis curieuse de savoir ce qu'il s'y passe aujourd'hui.

- Aurais-tu oublié que ma tête est primée à moi aussi ?

- Certes, mais il n'y a pas écrit « Cipher Pol » sur ton visage et la révolution a autre chose à faire que chasser les bandits de grands chemins. »

Angelica et moi étions clouées ici. C'était trop de risques d'aller dans une ville aussi vaste avec autant d'ennemis pouvant se cacher dans n'importe quelle ruelle. Malgré mes pouvoirs et mon corps en acier, je demeurais mortelle avec un coup bien placé. Et je tenais à cette nouvelle vie. Finalement, comme la cornue ne tenait pas en place, je la congédiai. Elle fit la moue, bouda un peu avec un air enfantin que je ne lui connaissais pas, puis s'en alla tout simplement, coupant à travers champs.

Je jetai un regard inquiet aux hommes. Ils auraient bien besoin de voir du beau monde ; nous pouvions tenter de nous familiariser avec le village à proximité. Peut-être une sentinelle avait-elle déjà hurlé aux pirates et prévenu notre arrivée ; peut-être pouvions nous y passer sans trouver d'ennuis. Nous avions de la monnaie trébuchante pour boire des bières et payer des filles à soldat ; je m'assurais moi-même que chacun de mes hommes paye ses dettes et soit en règle. Nous avions un code moral, des règles à bord et surtout les plus machos avaient compris qu'ils ne devaient pas sous-estimer une femme capitaine ou me prendre à la légère. Ils avaient servi d'exemple et n'osaient plus contredire mes ordres ; les autres me surnommaient de démon depuis.

Mais l'ordre était établi.

« - Dis aux hommes de finir de décharger les cargaisons, voyons si nous pouvons traiter avec les locaux en leur refourguant nos dernières prises. »

Un accrochage avec un navire de commerce et une navette de la Marine, nous avions mis la main sur du beau lin et quelques caisses de gin. Les hommes n'y avaient pas touché : déjà, pas sans mon accord, et puis ils voulaient du rhum.

« - Fais venir Funeste et la Guigne. » C'était les nouveaux sobriquets que j'avais trouvé à Bad et Stupid ; eux-mêmes avouaient les préférer à leurs anciens noms.

Quelques instants plus tard, les deux mercenaires arrivaient au trot. Ils avaient embrassé la vie de pirate sans trop broncher, ça ne changeait pas tant que ça de leur quotidien : dézinguer des types. Funeste ne parlait pas trop, c'était souvent la Guigne qui prenait la parole, parfois pour ne rien dire. Je m'y étais faite, c'était le seul moyen de communiquer avec les deux lorsqu'ils n'étaient pas éloignés. J'avais trouvé la solution.

« - Funeste, j'aimerais que tu ailles voir au village voisin ce qu'ils préparent. Prends cet escargophone, je veux un rapport détaillé dès que tu as fini d'en faire le tour discrètement. La Guigne, trouve moi cinq hommes et poste toi avec aux alentours pour préparer le terrain, au cas où nous aurions des visiteurs impromptus. »

Ils ne se firent pas prier, filant derechef dès lors que les ordres avaient été donnés. J'étais sévère, la vie à bord rigoureuse, mais je m'assurais toujours de remplir les besoins de mes hommes. Ils n'avaient pas à se plaindre de la vie que je leur offrais, même les anciens soldats de la Marine appréciaient leur nouvelle liberté. Même si certains continuaient de penser à leur vie d'avant, leur famille. Je surpris l'un d'entre eux à regarder une photographie de son chérubin ; je ne pouvais que trop le comprendre. Jadis...

« - Pour son bien, mieux vaut le laisser au passé.

- Je sais, » m'avoua celui que je reconnus être l'ancien Sergent-Chef à bord du navire prison.

Il avait lutté jusqu'au bout pour revoir sa famille, mais avait fini par rendre les armes sur le pont avant notre fuite. Son désir de vivre avait primé sur le reste ; il ne se rendait compte que maintenant qu'il ne reverrait jamais ses proches, même avec cela.

Je l'abandonnai à ses pensées, persuadée que ça lui passerait, puis allai d'homme en homme discuter et prendre la température. Je laissais trop souvent mes lieutenants jouer les intermédiaires, les seuls contacts qu'ils avaient avec moi étaient purement hiérarchiques. Je souhaitais retrouver une atmosphère digne des sœurs d'armes que j'avais au sein de la 346ème. C'était difficile, mais j'y arriverais petit à petit.

Une heure plus tard, je recevais un appel. Le rapport de Funeste ne laissait entrevoir aucun piège, aucune suspicion des villageois. C'était comme s'ils n'avaient pas remarqué notre arrivée. Parfait, nous pouvions donc nous grimer en équipage de marchands baroudeurs comme on en trouve beaucoup dans le Nouveau Monde. J'avisais une des tenues que nous avions récupérées et me laissais trois quart d'heures pour me toiletter et m'habiller selon les convenances des civils. Les hommes furent surpris de me voir dans d'autres atours plus seyants ; Angelica en rappela quelques uns à l'ordre.

Puis, lorsque tous furent prêts, nous fîmes route avec une partie de la cargaison pour tâcher de revendre notre camelote et se payer du bon temps. En chemin, je remarquai, à demi-enterrée dans le sable, la photographie d'un enfant aux cheveux blonds.
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La présence de Ragnar sur Parisse ne consistait qu’à permettre à ces citoyens de retrouver une vie stable. Il s’occupait de la gestion des armées sur place, de mettre en place un centre de formation et d’aider au ravitaillement de toute l’île. La vie était à plutôt paisible dans l’ensemble. Une liste d’individus était sous surveillance pour éviter les risques de rassemblement dangereux pour la nation. Une Parisse neuve, une Parisse en reconstruction, une fierté pour tous ceux qui œuvrent en ce sens. Il s’agissait néanmoins, pour l’heure, d’une Parisse fragile. Alors en pleine discussion avec différents acteurs, Ragnar fut soudainement interrompu, discrètement par l’un de ses fidèles amis, Yami.  

- Un équipage entier a accosté sur les côtes de l’île, non loin de Bordaïs où ils comptent probablement séjourner.  

- La situation est-elle préoccupante ?  

- J’suis mitigé sur la question. À l’heure où j’te parle, ils sont assez réglos, vendent quelques babioles et se font plaisir dans le respect des règles. Mais la personne à la tête de cet équipage...

- Poursuis, fit-il pressamment.  

- Eleanor Bonny, celle qu’on a croisé lors du sauvetage de nos camarades. Autant te dire que j’ai reconnu l’ensemble des types avec elle.  

- Laissons-les tranquilles. Ils ont dû faire une longue route jusqu’ici et certains hommes doivent encore accepter leur nouvelle vie. Rappelle-toi que son équipage est composé d’anciens marines. Parfois même des gradés qui ont dû accepter d’abandonner leur famille et leur vie d’avant. Qu’ils s’amusent. Qu’ils profitent. Qu’ils oublient leurs malheurs. Qu’ils fassent marcher l’économie du pays. Tu peux même festoyer avec eux. Je passerai quand j’aurais terminé mes affaires ici.

Yami eut des étoiles dans les yeux au moment où l’Atout lui accorda le droit de festoyer avec les nouveaux arrivants. Il comprit également que sa mission était en parallèle de s’assurer de la sécurité des Campagnards. Ragnar resta songeur le temps de quelques temps, le regard porté vers l’horizon, légèrement préoccupé par la présence de celle qui était l’une des responsables du massacre de la capitale, mais se dit qu’elle aurait déjà provoqué un désastre si telle était son intention. En effet, même lors de leur rencontre, bien qu'il sentit la dangerosité qui émanait de cette dernière, il ne ressentit une envie de détruire ou de nuire à autrui. Autrefois, elle obéissait à des ordres. Maintenant qu'elle n'obéit qu'à ses propres désirs, restait à savoir s'ils étaient bons ou mauvais.

•••

La fin de journée arriva, le soleil n’était pas loin de son coucher et Ragnar termina enfin sa journée. Il était épuisé. Mentalement du moins car il fut énormément sollicité. Chose plutôt logique quand on réfléchissait à la situation actuelle. Mais comme promis, il alla rendre visite à l’ancienne cheffe du cipher pol 9 et l’actuelle pirate. Un partisan lui prépara sa monture et il s’en alla en galopant avec vitesse. Un brave pur-sang arabe provenant d’El Jezada, entraîné pour les courses longues distances, le sang et au tempérament bien trempé. Il présentait un phénotype extrême chez l’ensemble des équidés. Un aspect robuste, un cheval à la fois fin et solide. Mähr de son nom, avait une bonne ossature malgré son aspect fragile.  Il séduit évidemment l’Atout pour tous ces aspects. Tous deux partirent pour une belle balade sous un beau coucher de soleil.

•••

Après deux bonnes heures de route, où Mähr se réalisa une belle performance, les voici qu’ils arrivèrent au pas de marche au village de Bordaïs. L’Empereur fut accueilli avec beaucoup de respect, ce qui le gêna un peu. Sa monture fut prise en main par une femme expérimentée, visiblement ancienne cavalière, qui savait y faire avec ces bêtes au sang chaud. Pour ne pas inquiéter les convives actuellement en train de festoyer, Ragnar ne voulut rien demander d’autre. Il prétexta sa présence comme une simple visite de routine. Son haki de l’empathie fit le reste. Probablement que sa présence fut aussi détectée par celle qu’il recherchait. C’était en bordure du village qu’il la retrouva, accompagnée d’Angelica Browneye. Il en manquait une mais Suelto l’informa de sa présence dans la capitale.  

- Bienvenue mesdames, fit-il en esquissant un bref sourire. Je ne vous fais pas la visite, vous connaissez probablement le coin mieux que moi.    

Leur présence pouvait être un véritable fléau pour les projets de la ville et l'Atout voulut s'assurer qu'elle ne commettrait aucun crime en ces lieux. Les gens avaient déjà bien trop souffert ici. Elle eut néanmoins l’intelligence de ne pas se rendre à la capitale, sans quoi la situation aurait été délicate. Ici, elle n’était pas forcément connue, du moins pas pour le désastre provoqué à la capitale. La présence de Ragnar n’avait en tous les cas rien d’hostile. On pouvait presque ressentir le contraire, comme un vieil ami qui venait prendre des nouvelles. On était même très loin de ressentir l'aura d'un grand chef. Il s'assit rapidement sur un rocher, gardant un bien au sol pour garder l'équilibre, les bras croisés et le regard porté vers ses interlocutrices.



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La Guigne était arrivé en trombes pour me prévenir de son passage, quelques instants avant son débarquement en fanfare dans le village. Cette impression d'avoir à faire au roi de l'île, j'appréciais moyen, mais je faisais avec. Il était temps pour moi de goûter à la défaite, maintenant que tout cela était derrière moi et qu'il ne restait que ruines et rancœur. Si le GM avait exploité le potentiel de l'île au lieu de le laisser à la révolution... mais apparemment, sous les ordres du jeune atout, la cité avait refleuri. Karen m'en dirait des nouvelles.

Nous faisions semblant de nous promener, attendant en réalité notre hôte sur le pied de guerre au cas où il nous tendrait une échauffourée. En théorie, nous avions l'ascendant car il ne semblait pas se douter de la présence de mes sentinelles dans les environs, lesquelles épiaient à présent les moindres faits et gestes de la révolution.

Tout de même, nous avions laissé filer un indicateur trop facilement à mon goût. J'aurais préféré que tout se passe dans le dos des révolutionnaires.

« - Dans ce cas, que nous vaut ta présence ? »

Je n'étais pas ici pour faire des ronds de jambe, même si je n'avais pas vraiment à faire non plus. À vrai dire, je possédais probablement un laissez-passer pour la capitale à présent, mais cela représentait trop de danger...

« - Nous sommes juste de passage le temps d'écouler notre cargaison et recharger le pose. Tu n'auras pas à te soucier de notre présence. »

À moins que l'on nous cherche des poux, auquel cas je répondrais. Mais les consignes du grisâtre semblaient coïncider avec les miennes. Angelica, de son côté, ne pipait mot. La proximité des révolutionnaires la mettait mal à l'aise ; moi je me méfiais de l'aspect changeant de cette organisation instable et de la psychologie de leurs leaders.

Je n'arrivais pas encore à identifier pleinement la façon de penser du dernier rejeton du Dragon.

Nous faisions encore quelques pas, devisant de la pluie et du beau temps. Ragnar nous racontait à foison les bienfaits de la révolution sur l'île ; nous fîmes semblant de tendre l'oreille. Nos pas nous avaient ramenés dans le giron du village sur lequel l'ombre des arbres environnants commençait à s'étendre : les plus festifs de mes marins étaient déjà à quatre pattes ou la tête sous la jupe des filles. Ce n'était pas une bourgade, il y avait de quoi faire, et c'était comme si la population s'était rassemblée pour assister au spectacle. Visiblement, des révolutionnaires s'étaient prêtés au jeu, buvant leur saoul malgré les contre-indications certaines de leur supérieur. Je donnai du pied sur le plancher en pénétrant dans la taverne.

Le monde s'arrêta.

« - Mon nom est Eleanor Bonny. Il y a un an, j'ai mis Parisse à feu et à sang pour le compte du Gouvernement Mondial. Aujourd'hui, de l'eau a coulé sous les ponts et je marche aux côtés d'un Atout. Nous ne sommes pas alliés, mais nous n'avons aucune raison de nous battre. Alors profitez, amusez-vous et laissez la fête battre son plein. Ce soir, nous festoyons ! »

Des hourras retentirent aussitôt dans toute la salle, accompagnant les choppes levées et les acclamations. Bon nombre restèrent pantois cependant devant toutes ces affirmations, notant le visage de la responsable du massacre de Paris. Des idées suicidaires devaient passer par la tête de certains ; j'avais prévu de ne dormir que d'un seul œil les nuits à venir, mais à présent il me faudrait mettre mes dagues sous mon oreiller.

J'adressais un sourire satisfait au chef des révolutionnaires : à présent nous étions ici en toute transparence. Mais si cela devrait dégénérer, ce serait par sa faute.
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- Ma présence ici, dis-tu ? M’assurer que Parisse ne court aucun danger. Pour l’heure, il ne semble en courir aucun et j’espère évidemment que cela continuera en ce sens.  

Il se tint le menton quelques instants et observa son interlocutrice avec insistance.

- Une personne inconsidérée aurait certainement entamé le combat et tenté de te faire dégager d’ici, mais je ne pense pas que ce soit une bonne idée. Si tu viens en paix, tu es la bienvenue en ces lieux que tu connais si bien.

Angelica resta un peu en retrait. Ragnar ne voulut pas la mettre davantage dans une situation inconfortable, il comprit qu’elle n’était pas ici à son aise... pour l’instant. Après diverses discussions, des sujets divers et variés, la conquête de Parisse, la reconstruction de celle-ci, l’avenir... La discussion continua et l’Atout sentit que l’ancienne directrice du cipher pol 9 l’écoutait par politesse, du moins dans l’ensemble de leur conversation. Nous décidâmes de rejoindre les gros fêtards dans une taverne du village. Bordaïs, comme l’ensemble des villages côtiers, est dotée de bars et de tavernes plus importants qu’au centre de la Campagne. Le bord de mer attirait toujours plus que la campagne rurale et profonde. À peine le seuil de la porte franchit, Eleanor comme on l’appelait maintenant, prit le temps de se présenter en bonne et due forme.  

- Seigneur, avait-elle besoin d’exprimer une telle chose, se demanda l’Atout en plaquant une main sur son front.

Sur ses gardes, précautionneuse, elle assura certainement ses arrières et sa légitimé en cas d’attaque. Évidemment, le révolutionnaire put ressentir une certaine animosité chez certain, le tout couplé à un taux d’alcoolémie assez élevé. Il s’excusa quelques instants auprès de son invité, s’enfonça dans la masse et récupéra en chemin une palanquée d’hommes qui ne détournaient pas leur regard de celle qui détruisit en partie Parisse. Ils sortirent tous par l’arrière de la taverne. Ils gueulèrent leur incompréhension, leur désillusion, leur crainte et leur sensation de ne jamais s’en sortir...

- Vous l’avez entendu ? Elle vient juste le temps de quelques jours et repart aussitôt. Son équipage consomme, paye, apporte de la gaieté. Qui sommes-nous si nous fermons les frontières aux premiers visiteurs ? Quand même bien une partie de ces visiteurs sont ceux qui brulaient nos terres, ça nous servirait à quoi ? Si ce n’est pas elle, ça en sera une autre. Par ailleurs, elle ne travaille plus au service du gouvernement. C’est pour cette raison que je suis ici, camarades.

- Qu’est-ce que t’en sais qu’elle n’est plus au service du gouvernement ? dit l'un d'entre eux, assez remonté.

- Croyez-moi, j’ai au moins une bonne raison de le croire, fit-il en se retournant et en jetant un bref regard vers Angelica, qu’il entrevoit grâce à la porte entrouverte. Dans tous les cas, messieurs et dames, en l’absence d’ordre de ma part, je vous interdis de tenter quoi que ce soit. Profitez simplement de la soirée.  

Sceptiques mais calmés, certains s’en allèrent tandis que d’autres retournèrent picoler. Ragnar souffla un bon coup en observant la belle lune, visible, grâce à un ciel dégagé. La réaction de ces hommes et femmes était naturellement légitime. Mais le sang a bien trop coulé et les vengeances sont vouées à se perpétuer si personne n'arrêtait le cycle.

- Quelle plaie, fit-il en s’allumant une clope.  

Il retourna à son tour dans la taverne où il invita la pirate à boire un verre. Une femme si brillante comprit certainement les raisons de cette courte disparition. Ragnar ne prit donc pas la peine de se justifier.  

- Alors, raconte-moi un peu ce qu’il s’est passé depuis ton attaque sur Parisse. D’importants changements, j’imagine ?

L'atout tira une bonne taffe sur sa cigarette en prenant soin de jeter un coup d’œil en direction du comptoir, s'assurant que leur commande était bientôt prête.


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Cette absence voulait tout dire. J'esquissai un sourire, mêlé d'un petit rire sardonique, alors qu'il me rejoignait. Une banalité jetée en l'air pour lancer la conversation et je lui dérobais sa cigarette pour la faire mienne. Je me demandais jusqu'où tout cela pouvait aller.

« - Tu joues aux tarot, Ragnar ? »

Je sortis un jeu d'une de mes poches de ma large veste que je dévoilai sur le comptoir. Le barman nous regardait ; je lui rendis ses yeux de merlan fris et il disparut. Une bouffée de cigarette plus tard, rejetée dans l'air entre mon interlocuteur et moi, j'étalais des quatre doigts le jeu, face cachée.

« - J'ai découvert la cartomancie il y a quelques années. Je pensais que c'était des conneries, mais tout ce que je pensais à l'époque était le contraire de ce à quoi je crois aujourd'hui. Prends une carte. »

Il s'exécuta, circonspect. Je ramassai le jeu, battis les cartes et en disposai cinq autres entre lui et moi. Je ne devais pas connaître la sienne, mais petit à petit je la devinais. Progressivement, je dévoilai le tirage.

« - Ta sympathie est sincère Ragnar et je trouve ça louable, bien qu'idiot. Mais fais bien attention à la lueur du poignard qui luit dans le noir. Les ennemis sont bien souvent plus proches qu'on ne le croit. »

L'Empereur à l'endroit, évidemment. C'était ainsi qu'on le nommait au sein du conseil non ? C'était la première carte, suivie de l'Amoureux et de la Roue de la Fortune à l'envers. Je ne pus réprimer un sourire : l'instabilité du révolutionnaire se lisait jusque dans les cartes. Mais la fortune le suivait sur les prochaines qui, à l'endroit, donnaient : la Tempérance, l'Étoile et le Six d'Épée. En somme, quelque chose de grand lui était promis, mais ce serait un combat qu'il devrait mener seul.

Mon mantra m'affirma que la seule figure qui manquait au paquet était Le Pendu. Ainsi soit-il.

« - Les cartes ne mentent pas, en te promettant quelque chose de faramineux. Mais toi seul pourra réussir à la tâche. Intriguant, n'est-ce pas ? » demandai-je avant de me rapprocher de son oreille et lui murmurer, les yeux pétillant de malice : « Ce qui te freinera le plus est ce qui t'a motivé jusqu'à aujourd'hui. »

Je me recalai contre le dossier du tabouret, vidant ma choppe avant de darder un œil aux alentours. Depuis mon discours, une certaine tension était palpable chez les révolutionnaires restés à la taverne.

« - Une pirate a mis les pieds dans le plat. D'une seconde à l'autre, cette petite soirée va dégénérer. Il te faudra choisir un camp Ragnar, mais tu ne pourras pas continuer à réprimer le désir de justice de tes hommes bien longtemps. Tes actions auront des conséquences. Tu voulais savoir ce qu'il y a eu depuis Parisse ? »

Je récupérai la cigarette qui se consumait entre mes doigts, en respirant le contenu toxique avant de la balancer d'une pichenette de mon index derrière le bar. Le tavernier me fusillait des yeux. Une clameur s'éleva dans un coin de la grande pièce, une table fut renversée par un homme qui n'était pas des miens. Ils respectaient mes ordres, mais n'avaient pas dû se priver de quelques insolences depuis mon discours. Je donnais le La, j'étais leur capitaine. Le capharnaüm s'était arrêté, tous les regards étaient rivés vers les deux hommes qui s'empoignaient. Seule ma voix tintait à présent :

« - J'ai fait face à mon passé. Je me suis retourné contre ceux qui me limitaient et m'utilisaient, soi-disant pour la justice. Et je les ai fait payer. »
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Alors la pirate sortit des cartes de tarot, l’Atout se ralluma une nouvelle mèche, la précédente étant fumée par son invité. Il écouta attentivement tout ce qu’elle dit tout en piochant une carte dans le paquet. La cartomancie était quasiment inconnue du révolutionnaire. Quelques connaissances traînaient dans sa tête mais rien de sérieux. L’Empereur, elle pouvait savoir qu’il s’agissait de son titre. Un avenir brillant et glorieux attendait donc le jeune Atout.

Il fut assez étonné par cette maîtrise de la cartomancie, qui pouvait être en réalité une grosse escroquerie, mais elle semblait maîtriser son sujet. Elle dit et murmura de nombreuses choses qui échappaient, dans un premier temps, au révolutionnaire peinant à mettre de l’ordre dans toutes divinations. De plus, la situation se dégrada entre deux hommes, dont l’un des siens, et il dût expressément y mettre fin. Était-ce qu’elle entendait par “choisir son camp” ?

Il fixa quelques instants la pirate, le regard entièrement neutre et manière assez stoïque. En un instant, la situation était devenue cocasse et elle ne devait surtout pas se dégrader davantage. Que faire ? S’en prendre à l’un ou l’autre animerait forcément des colères vives d’un côté. L’alcool, la fatigue et les nerfs à vifs entrainaient obligatoirement des débordements. Aucune soirée n’y échappait.

Ragnar s’approcha doucement, en se faufilant habilement entre les différents spectateurs, sans presque qu’aucun ne s’aperçoive de sa présence. Quand enfin il atteignit le rond central, tous le vit, exceptés les deux bagarreurs qui étaient concentrés dans leur lutte inutile. Alors qu’ils s’apprêtèrent à s’envoyer simultanément leur poing l’un contre l’autre, l’Atout s’interposa d’un mouvement de jambe, rapide et fluide, puis stoppa l'avancée des poings en les parant avec la paume de ses mains.

- Maintenant, fit-il froidement, que tout le monde s’endorme.

Après ces quelques mots, une aura effrayante et extrêmement lourde émana du corps de l’Empereur qui resta stoïque. Les hommes et les femmes autour de lui s’évanouirent et tombèrent comme des mouches. Tous, exceptée Eleanor, qui était encore confortablement installée sur son tabouret. Ragnar n’insista pas davantage et ne souhaita dégager une grande puissance. Son but n’était que d’interrompre cette chose qui prenait une direction qu’il ne souhaitait pas. Il restait encore un homme de bout, fébrilement, qui vomissait son âme. Ce pauvre Yami n’échappait pas à la règle et il s’écroula à son tour peu de temps après. Il tira une latte au milieu de tous ces corps inertes et se retourna vers son invitée.

- Nous sommes tranquilles à présent, dit-il d’un ton bien plus calme. Mon ami, Suelto, n’est pas là pour me traduire les messages qui se cachent derrière tes mots. Qu’entends-tu par “toi seul pourra réussir” et “ce qui te freinera Est-ce qui t’a motivé jusqu'à aujourd’hui” ? Sont-ce les cartes qui te le disent ou tu as des informations que je n’ai pas ? Une ex-agente telle que toi doit savoir des choses sur ce monde que même que tout être-vivant doit ignorer.

Il retourna vers la pirate, sauta par-dessus le comptoir et fit lui-même le service, le barman étant lui aussi inconscient. Il attendait patiemment les réponses à ses questions. Finalement, cette devenue neutre à ses yeux, peut être sa plus grande source vérité. Elle n’avait, du moins pour l’heure, pas grand-chose à gagner en essayant de le duper.


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J'admirais son sang froid, contemplant mes hommes inconscients au même titre que les siens. Ce genre de dommages collatéraux... jusqu'où pourrait-il aller avant de suivre le même chemin ? Jusqu'où la révolution accepterait-elle une telle abnégation de ses hommes. Et eux-mêmes alors : la rumeur pourrait se répandre comme elle l'avait fait pour mon identité de Commodore. Pourtant les résultats étaient là, bien souvent.

« - Tu es bien trop curieux. »

Je sirotai mon verre, mes deux coudes campés sur le comptoir, à le regarder dans les yeux. À quel jeu jouait-il à se comporter comme un pirate, maintenant ? Avais-je correctement interprété les signes ? Les cartes ne m'avaient pas menti ?

Il en demandait beaucoup, probablement plus que je n'aurais pu lui fournir. La manœuvre était habile : il savait qu'en entretenant un bon contact avec moi, cela lui permettrait de mener de grandes opérations là où j'avais eu le dessus sur la révolution. Je possédais ce genre de détails, ces poternes dans les murailles du Gouvernement Mondial, qu'il pourrait traverser pour reconquérir mes îles.

Mais en faisant cela, il s'acoquinait avec l'une des plus viles pirates et un ennemi proclamé du Conseil.

« - Je ne peux pas répondre à ta question, il est encore trop tôt. » Parler en énigmes demeurait une bonne chose, je gardais le chien à distance ; je n'aimais pas trop la lueur dans son regard. « Et je n'ai pas les informations que tu cherches, tout cela est derrière moi désormais. »

Je m'amusais. Je souhaitais voir jusqu'où son esprit endoctriné pouvait s'écarter de la lumière de Freeman ; jusqu'où il était capable de penser par lui-même. Si déjà, je pouvais instiller le doute et laisser le temps faire son effet, peut-être que je finirais avec un allié puissant plus tard.

Je récupérai alors le chapeau que j'avais nonchalamment déposé à côté de moi sur le comptoir et le vissai sur mon crâne en signe de départ. Une dernière contemplation pour la salle où tous roupillaient sagement : ils étaient si fragiles comme ça, il serait si aisé de tous les égorger dans leur sommeil. Je ne pouvais pas les laisser ici. Secouant ma Lieutenante par l'épaule jusqu'à la sortir de sa torpeur, je l'invitai à faire de même avec nos petits protégés.

« - Rentrons au navire, les parages ne sont plus si sûrs à présent. Tant pis si le log n'est pas entièrement rechargé, nous devons nous préparer à mettre les voiles. »

Rendue à côté de la porte, je saluai l'Atout resté derrière le bar, inclinant mon tricorne dans sa direction, avant d'ouvrir la porte et me laisser happer par l'air froid de l'extérieur.

***

Il ne savait que faire ; les minutes s'égrainaient alors il les comptait. Seconde après seconde. Depuis sa dernière tentative. Cela faisait un nombre incalculable, mais il n'avait pas perdu le fil : il n'avait que cela à faire, juché sur un tonneau, dans la cale, à attendre menotté. Un pirate était à l'entrée, deux autres montaient la garde sur le pont. Ils les entendait ronchonner, déçus de ne pas avoir été autorisés à mettre pied à terre. 1520118...

Soudain, un bruit retentit, frappant mollement le bois. 1520119. Deux autres suivirent : il comprit que c'étaient les corps inanimés des hommes qui veillaient. 1520120. Des secours ? Non, sur quelle île avaient-ils débarqué déjà... Parisse. Il n'y avait pas de secours pour lui ici, que la mort. 1520121.

Il tenta de hurler, espérant que ses ravisseurs le trouveraient, mais déjà des mains le saisissaient. 1520122. On le prenait, le trimballait : il luttait en secouant les jambes tous azimuts, les bras qu'il conservait liés par les poignets. 1520123. Mais quelque chose l'interrompit soudainement. Comme son regard se tournait vers le sang qui dégoulinait des cadavres sur le pont, quelque chose heurta brutalement son crâne. 1520124. Sa vue se perdit peu à peu, comme ses forces qui le quittaient. 1520125. Des nombres luisaient dans le noir autour de sa tête, ils dansaient et riaient. Il allait perdre le compte...

1520126, noir complet.
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Comme il s’en doutait, il n’aura pas réponse à ses questions en cette belle et douce nuit. La curiosité de l’Atout n’échappait pas à la pirate qui prit du recul sur la situation et continua de rester dans le flou. Il était apparemment trop tôt. C’était certainement le cas. Trop tôt. Ragnar n’avait encore rien vu de la vie. Gravir les échelons aussi rapidement ne résultait que de la chance et d’un bon placement. Et, bien sûr, cela était évidemment lié à la situation de son prédécesseur. Il était évident qu’en étant en retrait de tout cela, Eleanor pouvait observer l’évolution des étoiles montantes de chacune des factions. Elle avait bien raison. Le révolutionnaire sentait qu’il ne devait ni trop en dire, ni trop se dévoiler. Il savait que chacun des éléments devaient être pris avec parcimonies.

Visiblement, cette femme ne détenait pas les informations que désirait l’Atout. Ou du moins, si elle les détenait, ne souhaitait pas les divulguer au premier inconnu. Il était encore trop tôt. Peut-être se reverraient-ils ? La lumière devait être faite sur chacune des factions. Le Révolution était-elle plus juste que le Gouvernement ? Loin d’être un homme de sciences, Ragnar jugeait que ce qu’il voyait. Les hommes de Freeman étaient souvent perçus comme des personnes endoctrinées, mais ils suivaient un courant comme ceux qui adhéraient aux règles de la société émises par le Gouvernement.

On reprochait souvent à l’Atout se s’allier trop facilement aux pirates. Finalement, qu’était-ce un pirate ? Une personne qui ne se représentait ni dans l’une, ni dans l’autre des courants de pensée. Elles représentaient simplement des personnes qui souhaitaient vivre leur vie à l’écart de toutes ces luttes. Chez certains d’entre eux, les actes étaient évidemment condamnables, mais tous ne représentaient pas la criminalité en hausse dans le monde. Ceux que Ragnar avait eu la chance de rencontrer étaient globalement bons.

Plongé dans ses songes, le révolutionnaire fut réveillé par le départ de sa convive. Celle-ci, à l’aide d’une de ses officiers qu’elle réveilla, transporta l’ensemble de ses hommes présents. La confiance n’était pas aux goûts du jour. L’Atout leva son verre en guise de salutations, puis finit ce dernier d’une seule traite avant de brutalement le reposer au comptoir. Le bruit réveilla Yami qui hurla son envie de boire à nouveau. Ragnar lui servit un pichet de bière, tandis qu’il remplit également le sien. Les coudes posés sur le comptoir, le menton posé sur ses mains, il se perdit de nouveau dans ses pensées.

Il sourit.



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Même à une femme qui avais pratiquement tout vécu comme moi, la vie continuait de réserver des surprises. J'avais accueilli la nouvelle en route vers le navire ; La Guigne avait intercepté notre cortège mal en point, zieutant les morts-vivants qui le formaient. Un mal de crâne terrible semblait encore meurtrir ceux qui avaient pâti du Haki des Rois, Angelica et Funeste étaient de ceux qui s'en tiraient le mieux. Je n'allais pas tarder à être fustigée d'une violente migraine moi non plus.

« - ...comment ça « attaqués » ? »

Il balbutiait, et dire que c'était censé être un gros voyou ; son pair débarqua et fit la traduction plus distinctement. Si l'Exsangue pouvait être plus livide, elle l'aurait été à ce moment. Mais non, je pouvais simplement afficher une mine déconfite.

Comment avais-je pu être stupide à ce point ? Était-ce donc là le but de l'opération de Ragnar et ses fanfaronnades au village ? Il m'avait bien eu, décidément.

« - Comment ont-ils trompé votre vigilance ? J'ai pourtant fait poster des hommes dans les environs.

- Ils sont passés par la côte, du moins c'est ce que pense la Guigne. »

Malin. Nous avions vraiment manqué de prudence, ils devaient avoir vu venir nos éclaireurs à des kilomètres et, de toute manière, connaissaient foncièrement bien mieux l'île que nous. Nous avions baissé notre garde en territoire ennemi, faute de débutant. Je perdais un peu la face auprès de mes lieutenants, moi qui avais jusque là brillé par mes talents de tacticienne ; il ne s'agissait pas de se montrer vaincus maintenant. Mon expression retrouva rapidement sa neutralité habituelle : je réfléchissais. Mes hommes qui nous suivaient jusqu'alors mollement s'étaient arrêtés, ils comprenaient que quelque chose n'allait pas.

« - Quand est-ce que ça a eu lieu ?

- Dix minutes maximum, le sang était encore frais lorsque la patrouille à terre a trouvé les corps. »

Voilà qui était réconfortant. S'ils étaient venus par la mer, ils ne devaient pas posséder beaucoup de cachettes. Je bondis aussitôt bien au-delà de hauteur d'arbre pour tenter de percevoir un point d'ombre dans l'immensité bleue faiblement éclairée par la lune. Les sens en alertes, le Haki éveillé, je ne remarquai rien d'anormal de ce côté ; je m'ouvrai alors à la faune et la flore locale, cherchant une aiguille dans une botte de foin. Les bois regorgeaient de vie. Je perdis patience et abandonnai au terme de plusieurs minutes passées à scruter l'obscurité, verte de rage.

« - Introuvables, » conclus-je en atterrissant. « Notre meilleure piste se trouve derrière nous. »

Ragnar. S'il était encore au village, il avait des comptes à rendre. J'avisai alors d'y retourner seule, ordonnant aux autres de rentrer au navire ; Angelica refusa, mais je n'étais pas d'humeur à négocier.

« - Si jamais quelque chose tourne mal, tu mets les voiles. »

J'inspectai les provisions que nous avions pu acheter auprès des locaux et les cargaisons que nous n'avions pas pu refourguer : l'équipage pourrait facilement tenir jusqu'à la prochaine île. Il était hors de question que je sacrifie leur vie inutilement, je n'étais plus cette femme-là. J'avais comme devoir de protéger mes subalternes et je comptais bien le respecter.

Je ne perdis pas de temps pour retourner à notre point de départ, usant et abusant du Soru pour me déplacer. Seules deux minutes me suffirent pour atteindre la bordure de l’agglomération, en plus des deux autres que j'utilisai pour contacter mon autre lieutenante au coin d'un des bâtiments jouxtant la taverne, toujours illuminée.

« - Karen, ils ont Sloan.

- Qui ça ? La révolution ?

- Ouais, on les a sous-estimés. Ils étaient au courant de nos moindres faits et gestes depuis le début, dépêche-toi de rejoindre les autres.

- Mais... et pour O'Murphy ?

- J'en fais mon affaire ; je ne repartirai pas sans. Regagne le navire, c'est un ordre. »

Gotcha. Le temps était compté : je fonçai tête baissée dans l'établissement où m'attendait l'Atout. Probablement un piège, mieux valait ne pas perdre de temps en conversations futiles. Les sens en éveil, je poursuivis ma course, alors même qu'il faisait mine de se retourner pour m'accueillir, sourire aux lèvres. L'enflure.

« - Soru. Juggon ! »

Il n'esquiva pas. Mon poing recouvert du haki lui déplaça la mâchoire. L'attaque l'avait visiblement pris par surprise car, propulsé sous le coup de l'impact, il traversa deux murs et atterrit dans la maison voisine. Probablement une autre de ses stratégies ; je restai sur le qui-vive en le rejoignant et en saisissant son col pour le soulever vers moi, ignorant les cris affolés des habitants du pavillon.

« - Dis-moi où tu l'as emmené, salopard ! »
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En train de ranger les tables et les chaises, à l’aide de Yami qui ne s’en sortait pas trop mal, le haki de l’empathie détecta une présence qui ne signalait rien de bon. Eleanor était de retour. Ils s’étaient à peu près déjà tout dit durant leur court entretien. Si elle revenait ici, selon lui, c’était sûrement pour une raison qui ne présageait rien de bon. La porte d’entrée s’ouvrit avec fracas, la pirate fut ensuite instantanément tout proche du révolutionnaire qui, prit de vitesse, dut se résigner à encaisser le coup. S’apercevant qu’il ne s’agissait en aucun cas d’une blague, l’Atout n’eut le temps que de renforcer sa mâchoire de haki. Le coup le propulsa au loin, fracassant les murs de la taverne, jusqu’à ceux d’une pauvre maison dans laquelle il atterrit. Quelle puissance ! Malgré son renforcement au haki, une vive douleur le lança au niveau de la mâchoire. Il tenta tant bien que mal de rassurer les habitants de cette demeure, mais la pirate était déjà et empoigna le col de l’Atout, le soulevant comme une vulgaire mouche. À cet instant seulement, il comprit qu’il s’agissait d’un sujet plus sérieux que prévu.

- De quoi me parles-tu ? J’espère sincèrement que tu n’as pas fait tout ça pour passer la nuit avec moi, hein ?

Ragnar cracha une légère trainée de sang et saisit le poignet de la blonde pour se défaire de son emprise. Celle-ci allait certainement riposter, mais le révolutionnaire stoppa toute tentative en amorçant vivement le dialogue.

- Stop ! Va falloir tenter une autre approche pour obtenir des réponses à tes questions, fit-il en essuyant sa lèvre.

Il l’invita à quitter le domicile des pauvres victimes collatérales, en prenant de soin de s’excuser pour le désagrément. Yami s’occupa de la suite. Ils se retrouvèrent au milieu de nulle part. La méfiance de l’ancienne agent du gouvernement se ressentait. En se retrouvant ici, elle pouvait avoir l’œil sur tout ce qu’il se passait autour d’elle, à savoir rien. Aucun piège. Aucune embuscade. Rien.

- Vue ta colère, j’ose imaginer qu’un élément assez épineux vient de se produire, et que tu ne m’accuserais pas sans être certaine qu’il s’agisse de la révolution. Je me trompe ? Vous avez été attaqués ? Si oui, cet ordre ne vient pas de moi. Votre navire a été brûlé ? Je n’y suis pour rien également. Sur Parisse, je n’ai pas les pleins pouvoirs et les décisions ne sont pas toutes prises avec mon accord.

Il scruta un court instant l’horizon.

- Es-tu certaine que ce soit l’œuvre de notre camp ? Mes hommes, que tu as tous vu, ont eu pour seul ordre ne pas vous importuner. C’est le seul qu’ils ont reçu. Ma parole peut être mise en doute mais je n’ai absolument rien d’autre à ajouter.

Son regard croisa maintenant celui de la pirate qui, contrairement à tout à l’heure, n’avait plus cette expression détendue. Ce qu’il s’était passé l’agaçait réellement.

- Si mes hommes ont commis un méfait, je m’en occuperai. Si c’est une tierce personne, je t’aiderai également car cela se passe sur notre territoire. Explique-moi l’ensemble de la situation.

Elle lui conta la situation, sans révéler l’identité de l’individu qu’elle détenait. L’Atout savait qu’elle avait certainement quitté le gouvernement à cause d’une divergence. Il était donc fort probable que son prisonnier ait pu intéresser la cause révolutionnaire, donc impossible de se défendre. Ragnar passa deux coups de fil. L’un à Suelto Visconti, son fidèle allié, l’autre à Bernadette Girac, la seule haut gradée qui pouvait missionner les soldats. Aucun des deux n’avait commandité cela. Deux solutions : soit une autre personne convoitait ce navire et son contenu, soit un révolutionnaire souhaitait se faire remarquer. Le révolutionnaire se tint le menton et resta songeur.

- Si ton individu avait été déposé à la capitale, on m’aurait évidemment prévenu. À mon humble avis, notre coupable se terre quelque part dans ces bois, d’où la difficulté à le repérer avec nos deux hakis.

La situation était cocasse. Ragnar comprit à cet instant que son statut était délicat et que gérer ce genre de situation “diplomatique” faisait partie de ces fonctions.



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Je restais perplexe, conservant systématiquement un œil rivé sur les moindres faits et gestes de l'Atout tandis que nous devisions sur la situation. Mon haki me laissait penser qu'il était honnête, car cela semblait être sa véritable nature, mais je ne pouvais pas toujours me fier à mon instinct. Dix minutes après notre altercation, je reçus un appel m'informant que Karen était bien rentrée au navire ; personne ne lui avait mis de bâtons dans les roues. Les ordres de Ragnar avaient bel et bien été respectés sur ce point. Alors quoi ?

« - Réfléchis un peu, il n'y a personne sur cette île qui souhaiterait se faire bien voir auprès de la hiérarchie en leur ramenant mon prisonnier ? »

J'étais restée muette sur son identité, mais pour peu que l'on ait lu les journaux on se doutait qu'il s'agissait de l'administrateur du CP9. Seulement, peu étaient au courant de sa véritable influence et nous avions joué là-dessus, et sur mon curriculum vitae impressionnant, pour ne pas le perdre. C'était aussi la première fois que nous quittions le navire en si grand nombre ; la vigilance n'avait jamais été aussi relâchée. J'avais gaffé.

« - Mes hommes sont déjà au large, en sécurité. Il n'y a plus que moi et je vais retrouver ma proie même si je dois y passer la nuit. Tu sembles bien parti pour me filer un coup de main alors prouve moi ta bonne foi. »

Suspecter son propre camp de vouloir lui faire un enfant dans le dos, c'était probablement le pousser dans ses retranchements, lui demander l'impossible. Son attitude semblait faire de lui un petit pion aussi loyal que je l'étais jadis, avec une conscience en plus et c'est ce sur quoi je jouais à présent. Il n'était définitivement pas un Mandrake capable des pires atrocités pour arriver aux mêmes fins que moi, même si tout le monde prétendait le contraire ; la révolution avait toujours bon dos pour les opprimés. La réalité, c'est que l'opinion publique servait d'outil au deux camps.

En un sens, Ragnar était plus faible. Mais c'est ce qui faisait sa force.

« - Ils sont arrivés par la mer, dans une embarcation suffisamment petite pour échapper à la vigilance des gardes. Donc sûrement en petit nombre. » Je retrouvai petit à petit ma jugeote et donc mes capacités de réflexion ; l'heure n'était plus à la panique. « Cela veut dire qu'ils ont aussi débarqué quelque part et qu'en suivant la côte, on devrait encore pouvoir trouver des traces. »

Malheureusement, la marée était montante à ce que j'avais pu en juger. Mais les ravisseurs n'avaient sûrement pas laissé leur barque derrière eux, nous pourrions encore en trouver des traces et remonter leur piste ainsi.

Je décidai de sprinter jusqu'au lieu du crime. Le navire était bien visible à l'horizon, statique dans l'étendue sombre et faiblement éclairé par la lune, comme une ombre sur la ligne. La plage était maculée des traces de pas à cet endroit, me rappelant que nous avions de la chance que ce ne soient pas des galets. Les lumières du village étaient visibles à l'ouest, il était peu probable qu'ils soient passés devant. Nous possédions tout l'Est de l'île à ratisser ; cela m'arrangeait car je ne souhaitais conserver l'Empereur à proximité, au cas où il m'arriverait une crasse. C'était, en quelques sortes, un sauf conduit et un otage à la fois, car au moindre couac il se doutait que je n'hésiterais pas à déverser ma colère sur lui.

« - Ils ont sûrement mis les voiles vers là, pour éviter une rencontre malencontreuse. La forêt est assez vaste pour cela. »

J'épiai sa réaction, mais ne remarquai rien de particulier une fois de plus. Il hocha la tête et nous reprîmes notre course, imprimant cette fois-ci les marques de nos bottes dans le sable gris. Je m'effaçai de temps en temps avec un Soru ou un Geppou pour analyser des traces suspectes, la plupart du temps animales. Jusqu'à ce que nous les trouvâmes.

« - Bingo. »

Je retirai les feuillages, tirai un bon coup et délogeai un canot suffisamment grand pour quatre personnes. Il n'y avait eu aucune marque dans le sable car nos suspects l'avaient probablement porté à deux jusqu'à l'orée des arbres, mais on l'avait ensuite traîné, aplatissant malencontreusement la végétation sur le chemin. Du bon travail, mais ils n'avaient pas été jusqu'au bout des choses. Cela ressemblerait presque aux méthodes du CP.

À partir de là, nous pouvions voir huit empreintes de pas : des pieds nus que je reconnaissais être ceux de Sloan et trois autres personnes dont une femme probablement car la pointure était plus petite. Pas encore de quoi tirer des conclusions, c'était sûrement des petites mains. Mais au moins nous avions une piste à suivre.

« - Désormais c'est juste nous deux. Pas question de prévenir qui que ce soit de notre présence ici, » assénai-je au révolutionnaire.

J'espérais simplement pour lui que ce n'était pas non plus un guet-apens.


Dernière édition par Eleanor Bonny le Ven 12 Fév 2021 - 12:29, édité 1 fois
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Le denden du révolutionnaire sonna. Il répondit.

- Allô ? Ragnar ? J’ai eu Yami quelques minutes plutôt. Qu’est-ce qu’il se passe ? Besoin de renfort ?

Ragnar hésita un instant en toisant du regard la pirate.

- Ce ne sera pas nécessaire, camarade. Tout est sous contrôle. Peux-tu simplement me rappeler l’actualité, s’il te plait ? Je crois t’avoir écouté qu’à moitié la dernière fois.

- Le contraire m’aurait étonné, bredouilla le révolutionnaire à l’autre bout du fil. Alors, il y a le convoi que nous avons attaqué l’autre jour, mais d’autres convois sont arrivés sans encombre à destination ; une attaque de grande envergure contre la déesse Kiyori ; le renouveau de Parisse ; le kidnapping d’un administrateur du gouvernement, un type apparemment fortuné qui résidait du Marijoa...

- Merci, coupa fermement l’Atout. Je bois encore quelques coups et je rentre.

Les révolutionnaires quitteraient l’île dès l’aube. Hubert étant devenu le nouveau président, les primés devaient quitter l’île pour éviter les représailles du Gouvernement. Bernadette Girac s’en irait donc de son côté également. Une fin qui n’était pas si mauvaise, puisque la Révolution récupérerait ses soldats inutilement investis dans cette lutte maintenant terminée. Mais avant de penser à leur départ, Ragnar devait absolument régler cette affaire.

- Je n’ai pas d’ordre à recevoir de toi, ma chère. Si l’envie me vient de prévenir mes camarades, je le ferai. Pour l’heure, je suis d’avis que cela doit rester entre nous, fit-il en observant la forêt verdoyante. Sloan O’Morphy, hein ? Le grand chef d’entreprises situées à Marijoa ? Tu ne fais pas les choses à moitié, Eleanor Bonny.

Sous ces airs relativement calmes dans l’ensemble, cette femme était en réalité un diable capable de tout pour obtenir ce qu’elle désirait. Ragnar sentit une once de rage en lui. Il était encore si faible. Il sentait que sous certaines pressions, pour le bien commun, il ne pourrait agir comme il l’entendait. Eleanor, elle, pouvait maintenant agir comme bon lui semblait. Pas uniquement parce qu’elle n’était plus sous l’autorité d’une quelconque faction, mais bien parce qu’elle possédait une puissance lui donnant le pouvoir d’abattre quiconque lui volerait sa liberté.

Alors tout n’est que question de pouvoir, songea le révolutionnaire.

Ils pénétrèrent ensemble dans la forêt, le seul chemin où les kidnappeurs aient pu emprunter à en juger par la géographie des lieux. De l’autre côté, ils seraient tombés sur des hommes de la pirate ou des révolutionnaires qui auraient aussitôt informés l’Atout. En scrutant rigoureusement le coin, l’ancienne agent du gouvernement trouva un canot où quelques personnes auraient pu se déplacer. Une analyse rapide de sa part sous-entendant qu’ils avaient porté le prisonnier lorsqu’ils étaient sur le sable, puis qu’ils l’avaient trainé une fois dans la forêt. C’était presque parfait, pensa le révolutionnaire.

Huit traces de pied, quatre paires différentes, dont une probablement féminines. Des arrivistes voulant gravir les échelons en brulant les étapes et avec des pensées plus que radicales. Ragnar connaissait déjà les coupables. Il était comme eux il y a encore quelques petites années. Comment leur en vouloir ? Plus ils avançaient et plus ils sentaient la présence de leurs cibles. À un moment donné, l’Atout interrompit leur poursuite, tendant son bras pour stopper sa partenaire d’infortune.

- Si tu me le permets, Eleanor, j’aimerais gérer la suite. Tu n’auras qu’à m’attendre ici. Inutile de penser que je te doublerai, mais ce sont mes hommes, je dois gérer cette boulette avec eux, dit-il en se grattant la tête.

Elle resta impassible.

- C’est entendu, rétorqua la pirate, étonnamment calme et conciliante. Mais à la moindre entourloupe, je fais couler l’île et toi avec.

Le révolutionnaire esquissa un sourire et disparut de la zone. Du moment qu’Eleanor pouvait sentir sa présence, il savait qu’elle resterait en place. Le but n’était pas de la duper mais bien de régler cette faire dans les plus brefs délais, sans aucune effusion de sang. Lorsque Ragnar fut enfin de nouveau visible, c’était face aux yeux ébahis de ces trois hommes et de cette femme, fidèle à la cause mais imprudents. Son expression était froide malgré la joie qui s’exprimait sur les visages de ses soldats.

- Ragnar ! Vois ce que l’on a récupéré ! fit l’un d’entre eux.

- Tu ne vas pas en croire tes yeux, reprit la demoiselle.

- On en a chié mais on a réutilisé tout ce que tu nous as enseigné ! Plus qu’à le ramener à la base !

Ils étaient si heureux. L’Atout resta silencieux et immobile. Il écouta ses camarades sans rien. Jusqu’au moment où ce silence régna. Il était lourd et insoutenable. Ce n’était pas l’aura de l’Empereur qui tua cette euphorie, mais simplement sa posture froide et sans la moindre empathie.

- Cet homme n’ira pas plus loin, fit-il sans détour.

- Pardon... P-peux-tu répéter ?

- Vous avez parfaitement entendu. L’individu que vous détenez, Sloan O’Murphy, n’ira pas plus loin et sera ramené à celle qui le détenait jusqu’ici.

- Qu’est-ce que ça veut dire Ragnar ?! gueula la seule femme ici présente.

Il s'approcha d’un pas lent mais lourd. La lueur de la lune éclaira son visage fermé.

- La prochaine fois que vous envisagerez d’agir sans ordre, assurez-vous d’être suffisamment fort pour en assumer les conséquences. Avoir de l’ambition est une qualité, si toutefois elle ne nous fait pas prendre des risques inconsidérés. Savez-vous qui est-ce que vous avez défié en agissant de la sorte ?

Ils restèrent silencieux, réfléchissant bêtement à la réponse. Au bout d’un certain temps, ils levèrent la tête vers leur supérieur, sans réponse.

- Vous poserez la question à Jonas Mandrake. Mais il est possible qu’il vous tue avant même que vous ayez eu le temps de finir de poser la question. Et personnellement, j’hésite encore à mettre fin à vos jours, dit-il en libérant à faible dose son aura effrayante, juste de quoi les tenir éveillés.

Paralysés, épouvantés par le monstre qui s’approchaient d’eux, aucun ne sut prononcer le moindre mot.

- En plus de me mettre dans une situation assez inconfortable, vous mettez grandement des innocents et vos amis en danger. Maintenant, je vais tenter de réparer vos merdes. À l’aube, si vous vous réveillez dans cette forêt, estimez que vous n’êtes plus des nôtres. Je ne peux me permettre d’avoir des têtes brûlées à bord.

La charge de son haki augmenta et envoya les quatre soldats dans un profond sommeil. Ils tombèrent comme des mouches. Ragnar s’approcha ensuite de la dépouille de l’ancien administrateur du CP9. Quelques claques pour le réveiller.

- C’est donc à ça que ressemble un administrateur ? Tu m’étonnes qu’elle veuille ta peau. Ça me démange tellement Sloan, tu n’imagines même pas, grogna le révolutionnaire en soulevant sa victime d’un seul bras. Sincèrement, je ne suis pas certain que des jours meilleurs t’attendent en ce bas monde. Après tout, nous devons tous payés pour nos crimes, non ? Aujourd’hui, c’est ton tour, demain sera peut-être le mien.

Les yeux grands ouverts, l’homme du gouvernement donna l’impression de revivre. Reconnaissant l’Atout de la révolution, il le supplia de l’épargner et de le sauver en échange de nombreuses informations sur le Gouvernement. Proposition forte alléchante. Comment refuser ? Même s’il mentait, un type pareil ne tiendrait pas une minute à une séance de torture. Mais ses informations valaient-elles la peine d’entamer une effroyable bataille ? Ragnar a promis aux citoyens de Parisse qu’ils vivraient en paix désormais. Qu’aurait fait Jonas ? Il aurait sans nul doute agi pour obtenir des informations, quitte à se battre, mais il avait la force de tenir tête à quiconque.

On en revient à cette question de pouvoir, pensa l’Atout en se mordant les lèvres. Il assomma l’administrateur, le plaça sur son épaule, puis il disparut de la zone. Il se retrouva quelques instants plus tard aux côtés d’Eleanor Bonny, beaucoup moins enthousiaste qu’au départ. Il déposa délicatement la proie de la pirate au sol.

- Il s’agissait bien de jeunes et fougueux soldats qui ont agis sans me consulter. Ils se rappelleront de cette erreur. C’est bien ton homme ? Tout est bon ?

Après un court instant perdu dans l’observation de Sloan, il posa son regard sur Bonny pour s’assurer que tout était en règle.





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Décevant, moi qui pensais à un plan plus grand, orchestré dans l'ombre depuis le début. Mais j'étais aussi heureuse de ne pas avoir à poursuivre ma recherche plus longtemps. Sloan avait morflé, du moins assez pour tomber dans les vapes ; je suspectais l'identité de celui qui lui avait mis un coup là où une bosse commençait à pointer.

« - J'espère qu'il est encore en état de se torcher tout seul. »

Je soulevai le paquet, pas bien lourd, et le portai sur mon épaule. Notre voyage pouvait ainsi continuer ; cette petite excursion sur Parisse m'avait laissée comprendre que c'était encore trop dangereux d'y accoster comme nous l'avions fait. Le trilog nous enverrait vers une autre île.

Sans trop de discussions, nous refîmes marche arrière jusqu'à la côte, retrouvant la plage et ultimement le débarcadère de misère. Le navire mouillait toujours au large ; Karen et Angelica avaient été prévenues et avaient envoyé une chaloupe pour que je ne me force pas trop, même si ce n'était pas nécessaire. Les hommes seraient bientôt là, je déposai Sloan à mes côtés, posant mon pied sur son épaule au cas où il lui viendrait soudainement l'idée de bouger après s'être réveillé ; il n'en fit rien.

« - Eh bien, notre aventure s'arrête ici, il semblerait, » déclarai-je en adressant un clin d’œil à l'Atout.

Pas décevant comme type, pas mauvais, mais définitivement trop bon pour être révo'. Il finirait par perdre la tête, c'était certain, sauf si la révolution le perdait lui avant.

« - Il y a des carcans, des muselières pour les gens comme nous. Qu'importe où, qu'importe qui. Mais à choisir, je préfère que ne pas être esclave des barrières que l'on m'impose. Du moins, plus aujourd'hui. Je suis ma propre arme, tu peux décider d'en faire autant. Rejoins moi, Ragnar Etzmurt, et régnons sur ces mers. »

Je m'attendais à un refus, je savais que j'allais en connaître un. Alors je ne l'ai pas laissé répondre ; j'ai fouillé dans ma poche instinctivement et j'en ai sorti le jeu de tarot, tenues ensemble par un lacet. Au sommet du paquet figurait Le Pendu. Et sur cette carte, un petit bout de papier ; une Vivre Card.

« - Je n'ai jamais vraiment su lire dans les cartes, c'était de l’esbroufe. Mais je sais reconnaître les gens qui portent des masques, je les comprends mieux que quiconque, » dis-je tout en lui tendant le tout.

Derrière, des voix m'appelaient ; sur le canot, Karen était elle-même venue s'assurer de la capture de notre petit protégé. Je laissai mon jeu entre les mains du révolutionnaire.

« - À bientôt, monsieur l'Empereur. »

D'un bond, je disparus aussitôt dans un tourbillon de sable. L'instant d'après, j'étais sur la barque avec mon colis, à le repousser vers ma lieutenante en aboyant des ordres. Comme quoi nous avions assez trainé ici, qu'il était temps de mettre les voiles. Avec un dernier regard et un discret geste de la main pour le révolutionnaire isolé.

J'ai toujours eu un faible pour les bons samaritains.
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Dieu soit loué, se dit l’Atout quand la pirate récupéra son colis. Elle n’avait plus aucune raison de s’attaquer à quiconque ici. Elle allait partir d’ici quelques minutes et la situation s’améliorerait. Les révolutionnaires allaient eux aussi quitter les lieux. Parisse pourra enfin respirer. Quand celle-ci annonça la fin de leur aventure, Ragnar sentit comme un soulagement mais aussi une légère pointe de nostalgie. Sans ne rien faire de particulier, cette dernière lui rappela la dureté de la vie. Cette fois-ci, il put s’en sortir parce que son invitée fut patiente, mais dans d’autres circonstances la situation aurait pu être catastrophique.

- Il semblerait en effet qu’il est temps de nous séparer, Eleanor, rétorqua calmement le révolutionnaire.

Mais elle ne souhaitait pas s’en aller ainsi. Non. Elenor Bonny n’était ce genre de femme. L’Atout l’écouta jusqu’au bout. Elle identifia Ragnar comme de la même espèce qu’elle, que les gens de cette espèce étaient souvent tenus en laisse. Elle affirma qu’elle n’était plus tenue par quiconque ou une quelconque cause. Il était fascinant de voir ce par quoi est passé un individu pour finalement décider de briser les chaînes. Eleanor Bonny a tué bien trop de personnes pour les compter, rasé trop de villes pour les reconstruire, bien trop perdu pour oublier...

Maintenant, elle était libre. Libre d’agir comme bon lui semblait. Libre de tuer ou de sauver qui elle souhaitait. Libre de construire ou de détruire n’importe quelle ville. Libre d’agir en son bon vouloir. Libre de voyager avec qui elle voulait. Alors quand elle proposa à Ragnar de la suivre, celui-ci resta calme car la question lui était déjà venue à l’esprit. Évidemment, et elle s’en doutait certainement, l’Atout ne pouvait accepter son invitation. Encore une fois, lui-même ignorait ce qu’il en sera à l’avenir, mais d’autres objectifs le préoccupaient davantage actuellement. Enfin, si sa cible était le Gouvernement, avec leurs chemins se croiseront une nouvelle et ils feront pleuvoir une vague de terreur à ceux qui tenteront de les arrêter.

Quand elle sortit son jeu tarot et qu’elle lui avoua qu’il ne maîtrisa pas l’art divinatoire. Il s’en doutait un peu. Son avenir semblait un peu trop glorieux pour être vrai. Du moins, pour ce qu’il était actuellement. Qui sait ce qu’il deviendra de lui ? Au moment où le révolutionnaire remarqua la vive card au sommet d’une des cartes, celle-ci fit ses yeux avant de disparaître. Ses camarades la réclamaient. Le navire était déjà à l’eau, alors il ne restait plus qu’à lever l’encre pour s’en aller. Il observa quelques instants le navire s’éloigna et répondit réciproquement au geste d’au revoir de la pirate.

Ragnar avait toujours eu un faible pour les femmes de caractère. Son regard s’abattu sur le jeu de carte, plus particulièrement sur la vive card.

- Pourquoi est-ce qu’elle m’a filé cette vive card ? Je risque mon poste avec ses conneries, dit-il désespérément en abaissant ses épaules.



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