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Poings, sang et or



Poings, Sang et Or


Flashback: 1615 - Saint-Uréa
✘ Solo




Je me trouvais là, face à la porte de cette taverne où, selon mes informations, des combats clandestins avaient lieux chaque semaine. Alors seulement âgé de quinze ans, je n’étais peut-être pas encore au niveau pour me confronter à ce genre d’endroit, mais il fallait que j’essaie. Regroupant tout mon courage, je poussais la porte de l’établissement, celle-ci grinçant affreusement alors que j’entrais. Dès que j’eus posé un pied sur le parquet, tout les regards dans la salle se tournèrent d’un même geste dans ma direction. Quelque peu impressionné, je ravalais ma salive avant d’avancer vers le bar, une goutte de sueur commençant à se former à la frontière entre mes cheveux et mon front. Habituellement, j’étais quelqu’un de confiant, même à cet âge. Cependant, j’avais évolué pendant cinq longues années dans les rues des bas quartiers de Saint-Uréa, à mendier dans les rues et à me battre avec d’autres enfants. Ainsi, ignoré par la plupart des adultes, la plupart de mes interactions sociales se faisaient avec des enfants de mon âge, avec moins de vécu ou de répartie qu’un adulte. Et je me retrouvais là, entouré de personnes ayant minimum le double de mon  âge, et l’ambiance n’était pas du tout la même que ce à quoi j’étais habitué jusque là.

« Qu’est-ce tu cherches mon chou ? » me demanda la barmaid en s’accoudant de son côté du bar.

Elle était assez âgée, mais était tellement maquillée que je me demandais si cette femme n’était pas dans une forme de déni, à la recherche de sa jeunesse perdue. Je tentais toujours d’analyser les gens, essayer de les comprendre pour adapter ma façon d’être avec eux. Quelque part, je me demande si j’étais réellement moi-même pendant ces années ou si je jouais la comédie.

« Euh...j’ai entendus parler de... » balbutiais-je à voix basse avant de me pencher un peu plus en avant vers elle pour murmurer. « De combats clandestins...où on peut gagner gros. »

Bien que j’eus parlé à voix basse, le silence dans la taverne était si pesant que je me demandais si tout le monde m’avait entendu. Tellement silencieux qu’on entendait même une mouche voler, jusqu’à ce qu’elle vienne se poser dans la pinte d’un des clients assis au bar. Tout les regards étaient restés braqués sur moi, je les observais avec inquiétude les uns après les autres, me demandant si je n’avais pas fais une erreur en venant ici. L’homme au bar se mit à boire dans sa pinte, emportant la mouche dans son œsophage, je ne pus m’empêcher d’afficher une grimace de dégoût.

« Mouais, on t’a bien informé chaton. » finit alors par me répondre la barmaid.

La femme fit un signe de tête à un homme au fond de la salle, se tenant contre un mur près d’un épais rideau noir. L’homme me fit signe d’approcher et je m’exécuta d’un pas hésitant. J’étais stressé, je n’avais eus que quelques informations sur ce lieu et sur ce qui s’y passait. Mais, j’avais besoin de l’argent que je pouvais gagner ici pour sortir de la frange et monter le projet que j’avais en tête. Un moyen de sortir les orphelins, laissés à l’abandon et enfants oubliés des rues de Saint-Uréa et de tous les loger et nourrir dans un endroit sûr pour eux.

Sans un mot, je suivis l’homme derrière le rideau, il me mena en bas d’un escalier puis devant une grande porte métallique. J’entendais des voix de l’autre côté, des cris en nombre. Il m’ouvrit la porte et je pénétrais dans un grand sous-sol remplit à ras-bord de monde. En plein milieu de la pièce se trouvait une sorte de fosse, légèrement plus basse par rapport au reste ce qui formait une petite arène carrée de quelques mètres. Tout autour, la foule était soi debout soi assise sur des bancs en bois. Un bar se trouvait à l’entrée où des gens richement vêtus secouaient des liasses pour parier sur les combats. Je pouvais aisément deviner l’origine sociale des personnes présentes dans ce sous-sol. D’un côté il y avait des gens fortunés, même des gradés de la Marine qui avaient dû recevoir quelques pots de vin pour couvrir l’endroit. De l’autre côté, les combattants, principalement d’origine pauvre des bas quartiers, les meilleurs semblaient être coachés par des personnes aisées, qui investissaient en eux pour gagner gros lors des paris.

« Eh gamin ! » m’interpella un grand homme, se plaçant face à moi en croisant ses énormes bras. « Moi, c’est Ivar, j’m’occupe de l’organisation ce soir. » continua-t-il en fronçant les sourcils d’un air patibulaire. « T’es là pour quoi gamin ? »

Impressionnant, c’était le mot. Deux bons mètres dix, une musculature qui aurait fait rougir un bodybuildeur, une grosse moustache épaisse qui finissait en pointes, et des tatouages un peu partout jusqu’à son crâne chauve. Quel que soit l’endroit d’où vous veniez, cet homme en imposait et on devait rarement lui chercher des noises. Face à lui, je ressemblais vraiment à un gamin.

« Eh gamin ! Tu vas me répondre, oui ? » s’exclama Ivar en se penchant vers moi.

Je levais les yeux pour les plonger dans les siens, ravalant ma salive et serrant les poings pour rassembler mon courage et m’exprimer clairement.

« Je suis là pour me battre. » dis-je, arborant un air confiant en gonflant le torse.




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Flashback : 1615
✘ Solo




« Bwahahaha t’as peur de rien, hein gamin ? » s’exclama Ivar en riant d’un rire gras. « J’aime ça ! Allez, suis-moi on va t’inscrire, montres-nous ce que la jeunesse a dans le bide ! »

Ivar me tourna le dos et me guida jusqu’à la table d’inscription, il continuait de rire en me tapant dans le dos. Ma réaction pleine de confiance semblait lui avoir plu, bien qu’intérieurement j’étais effrayé. Une nouvelle fois, de nombreux regards se posaient sur moi, d’autant plus lorsque je m’arrêta devant la table d’inscription, j’entendais leurs rires dans mon dos. Il y avait très peu de règles, aucune ne limitait l’âge des participants en tout cas, bien que c’était rare que des gars aussi jeunes que moi reviennent une seconde fois. Je remplissais les formulaires sans faire attention aux regards ou aux murmures peu encourageants, je devais rester confiant et croire en moi. Je me battais bien, je le savais et il était temps qu’eux aussi l’apprennent.

« Bwahaha me déçois pas gamin ! J’compte sur toi ! » fit Ivar, me donnant une dernière tape dans le dos avant de partir.

Sans un mot, je me faufilais jusqu’à une place libre sur un banc proche de l’arène le temps que mon tour vienne. Deux hommes se faisaient face, seulement vêtus de shorts longs et amples, pieds nus sur de la terre battue. Des bandages entouraient leurs poings et leurs pieds, tâchés de leur propre sang et de celui de leur adversaire. Les coups qu’ils s’envoyaient étaient violents, ils utilisaient deux styles bien différents. Du côté droit, l’homme était plus petit que son adversaire et se servait exclusivement de ses jambes pour garder ses distances tout en frappant. Du côté gauche, son style de combat était basé sur les poings, parant et sautillant pour trouver une ouverture avant de frapper de coups rapides et puissants mais dont l’allonge était limitée. Puis, soudainement, le boxeur bloqua la jambe de son adversaire sous son aisselle avant de pivoter, emportant l’homme qui perdit l’équilibre. Le boxeur fondit sur lui, le frappant au visage avec une violence inouïe, terminant ainsi le combat en laissant son adversaire dans un piteux état, le visage couvert de sang. Deux videurs entrèrent dans l’arène pour traîner le corps du vaincu à l’extérieur.

« Et la victoire revient à Lör Kaldon ! » annonça l’arbitre qui se tenait sur une chaise surélevée par rapport à la foule.

Une ovation s’ensuivit et le gagnant repartit s’asseoir à une table dans un box où se tenaient plusieurs hommes en costumes, fumant des cigares comme des clichés de mafieux ambulant. De nouveaux combattants furent annoncés et entrèrent dans l’arène. Pendant près de deux heures, je restais assis là sur mon banc sans bouger, j’observais chaque combat avec attention. Leurs jeux de jambe, leurs parades, comment ils bloquaient ou retournaient la force de leur adversaire contre eux. Chaque combattant avait un style différent, ce qui me faisait me poser des questions sur ma propre manière de me battre. J’avais mêlé des mouvements de certaines danses apprises quand j’étais jeune, comme la Capoeira, à des mouvements plus bruts que j’avais appris dans la rue. Je mêlais ainsi souplesse et force à des déplacements acrobatiques. Cependant, je n’avais aucune base solide du combat, j’avais simplement adapté maladroitement des mouvements que je connaissais déjà afin de me défendre, mais serait-ce suffisant ?

« Pour le prochain combat, nous avons un petit nouveau avec nous ce soir ! » s’exclama alors l’arbitre, les yeux sur la feuille d’inscription. « Le rookie Mazino affrontera Grïm Bergen ! »

Je me levais alors que la foule, en délire, faisait de même. Mon adversaire du soir devait être une petite célébrité ici, ce qui n’annonçait rien de bon pour mon premier combat. Je m’avançais alors dans l’arène, sautant dans la petite fosse je retirais mon t-shirt pour me préparer au combat. Mon adversaire fit alors son entrée, sautant dans l’arène en me faisant face, il leva alors ses bras tandis que la foule criait de plus en plus fort.

« Qui vaincra ?! » s’écria Grïm avec un grand sourire.

« GRÏM ! GRÏM ! GRÏM ! » répondit alors la foule en chœur, visiblement en faveur de l’homme qui me faisait face.

Il n’était pas beaucoup plus grand que moi, un mètre quatre-vingt au bas mot, il arborait une musculature bien ciselée bardée de cicatrices, des tatouages recouvraient ses bras et une partie de son visage, un dessin de crâne recouvrant la moitié de celui-ci. Le dénommé Grïm me sourit d’un air carnassier avant d’ouvrir la bouche pour me tirer la langue.

« Prêt à déguster morveux ? » me lança-t-il, débordant de confiance.

« Je vais t’étaler, ça fait pas un pli. » lui répondis-je, me mettant en garde.

Je levais mes bras devant moi avant de ramener ma jambe droite vers l’arrière. En face de moi, Grîm fit de même dans une posture différente, il prit appui sur sa jambe gauche et garda la droite en l’air, repliée avec le genou à hauteur de poitrine. Une position particulière qui rappelait certains arts martiaux. Nous nous faisions face tandis que la foule tout autour scandait et criait dans une cacophonie, mon cœur battait plus vite qu’à l’accoutumée, l’excitation du combat m’enivrait.

« Allez-y ! » cria l’arbitre, descendant sa main devant lui pour signaler le départ du combat.

Réagissant aussitôt, je ramenais ma jambe droite vers l’avant en faisant un arc-de-cercle sur le sol, j’effectuais en même temps une légère torsion du bassin alors que je sautais en élevant ma jambe gauche. Le mouvement rotatif entraîna ma jambe dans un puissant coup de pied visant son trapèze. Mon coup fut facilement bloqué par un des bras de Grïm qui enchaîna aussitôt en effectuant un petit bond sur une jambe avant de déplier l’autre qui vint me cueillir au menton, me propulsant en arrière. Le souffle coupé, je m’écrasais au sol pitoyablement, ma vision devint floue par la même occasion. Je crachais un peu de sang au sol, tâtonnant autour de moi pour tenter de me relever. J’avais pris un sale coup, mais je n’avais pas envie de me faire mettre au tapis en un seul et unique coup, il fallait que je m’accroche. Je me relevais enfin, titubant légèrement de droite à gauche en remontant ma garde. J’avais l’impression que mon cerveau tremblait comme de la gelée dans ma boîte crânienne. Grîm exécuta un salto avant en ramenant sa jambe dans ma direction. D’un pas titubant, j’arrivais à éviter le coup, tentant quelques coups de poings maladroits qui n’atteignirent pas leur cible et furent aisément bloqués. Je reculais, tentant d’éviter le plus possible et de m’économiser mais, pris de vitesse, il vint me cueillir d’un fauchage de la jambe en plein ventre, me poussant dos au mur de l’arène. Sans pouvoir réagir, un coup de poing me toucha à la tempe, renvoyant mon cerveau tourner un nouveau tour. Ma vision se brouilla, ma conscience vacilla et mes songes m’accueillirent.  




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Flashback: 1615 - Saint-Uréa
✘ Solo




Je me réveillais en sueur, ou bien j’étais complètement trempé d’un liquide malodorant. Je me trouvais dans le caniveau de la ruelle adjacente à la taverne, sûrement jeté là par les videurs après ma défaite. Je me relevais en grommelant, serrant les dents sous les multiples douleurs qui m’assaillaient. J’avais dû rester là quelques heures car je devinais entre les nuages que le jour allait bientôt montrer le bout de son nez. Non sans quelques difficultés, je rejoignais le clocher de l’église dans lequel j’avais élu domicile quelques années auparavant.

L’endroit n’était pas très grand, consistant seulement en quelques planches originellement placées là pour la maintenance de la cloche. J’y avais placé plusieurs couches de couvertures pour me servir de matelas, acquises au fil des hivers et des vols à la tire. L’église ne recevait presque personne, seuls quelques prêtres passaient de temps en temps ce qui faisait de cet endroit un coin idéal à squatter en toute discrétion. Le point de vue que j’avais sur la basse-ville du Royaume de Saint-Uréa était imprenable, enfin si cela est vraiment positif. Lorsque l’on est dans la misère, avoir un point de vue idéal sur la misère des autres qui t’entourent met rarement du baume au cœur.

Je me reposais ainsi plusieurs heures, après avoir pansé mes blessures et ecchymoses avec des bandages qui avaient autrefois été des vêtements. La journée était encore jeune et je n’avais pas de temps à perdre. Les combats avaient lieu chaque semaine, et ma défaite de la veille n’avait pas assez entamé ma détermination pour me faire arrêter. Ainsi, je profitais de tout le temps qu’il me restait jusqu’à mon prochain affrontement afin de m’entraîner. J’avais trouvé une vieille poutre que j’avais placé à la verticale dans la cour de l’église déserte. Toute la journée, je frappais le bois de toutes mes forces, tantôt des poings, tantôt des pieds. Mon père m’avait un jour conseillé que, si j’avais à me battre, je devrais frapper avec les parties dures de mon corps, comme les genoux, les coudes, les poings, pieds et même la tête s’il le fallait.

Je fermais les yeux, imaginant les combattants que j’avais vu la veille, leurs styles de combat, leurs jeux de jambes. J’imaginais les combattre moi-même, réfléchissant à la meilleure parade tout en essayant de la reproduire sur la poutre. Mais, un mannequin d’entraînement sans membres ne semblait pas suffisant. Au fur et à mesure de mes entraînements j’améliorais dans le même temps le mannequin improvisé, lui attachant des membres faits de bouts de bois à l’aide de cordes. Légèrement informe, l’objet était fonctionnel et c’est tout ce dont j’avais besoin. Je simulais des combats mentalement, bien que je me retrouvais souvent face à des obstacles, incapable d’imaginer une parade pour tel ou tel coup. Cela comprenait ceux que je m’étais violemment mangé la veille par le fameux Grïm.

« Plus souple sur la jambe. » fit une voix grésillante derrière moi.

« Quoi ? » m’exclamais-je, surpris.

Je me retournais prestement, en garde sur mes appuis. Face à moi, un vieil homme se tenait dans l’encadrement de la porte de la cour qui menait à l’intérieur de l’église. A son habit monacal, il devait être prêtre, emmitouflé dans une grande bure marron.

« J’ai dis, plus souple. » répéta le vieil homme. « Déplies lentement la jambe au moment de frapper, pas avant. »  

« De quoi je me mêle, papi ? » m’exclamais-je, légèrement irrité de me faire dicter ma façon de me battre par un vieillard.

L’homme se déplaça à l’aide d’une canne jusqu’à un banc qui faisait face à ma petite aire d’entraînement.

« C’est pas moi qui utilise illégalement une propriété du clergé, p’tit con. »
me fit-il remarquer dans un calme olympien avant de s'asseoir sur le banc. « Maintenant, concentres-toi. »

Sa remarque m’avait séché sur place, je ne m’attendais pas à ce qu’un prêtre ait l’insulte si facile. Mais, tout dans sa phrase était purement véridique, jusqu’au ‘p’tit con’. Comment réfuter quand on sait pertinemment que l’on aura tort quoi qu’on dise ? Ainsi, sans moufter je m’exécuta et me remis à frapper mon mannequin d’entraînement. Par moments, le vieux prêtre me donnait des indices, des petits conseils qui n’excédaient pas plus de trois mots, sauf quand il rajoutait un « p’tit con » à la fin de sa phrase. Et, en les appliquant, je voyais une nette différence dans la force de mes coups ou le maintien de mon équilibre. Je frappais encore et encore, pendant des heures jusque tard dans la nuit tandis que le vieillard m’observait, assit sur son banc. Enfin, vidé de toutes forces et d’énergie je m’écroulais au sol, trempé de sueur. Je regardais au-dessus de moi lorsque le vieil homme apparut dans mon champ de vision, se déplaçant lentement à l’aide de sa canne. Il s’arrêta un instant pour me regarder, puis repartit dans l’église, refermant la porte derrière lui.

Je repartis me coucher dans mon abri une fois que j’eus retrouvé assez de force pour cela. Le lendemain, et toute la semaine, je répétais ce train de vie quotidien d’entraînement. Le vieil homme apparaissait rarement, mais il me laissait des plateaux avec du pain, des fruits et de l’eau tout les jours. J’avais beau lui poser des questions, il n’y répondait pas et se contentait de commenter les erreurs que je commettais et les moyens d’y remédier, toujours de manière évasive. Je m’entraînais du lever du soleil jusque tard dans la nuit, ne dormant que le strict minimum. Je frappais encore, esquivais un coup imaginaire puis exécutais une retournée acrobatique pour frapper d’un coup de pied. Mais, la plante de mon pied vint glisser sur un des bras du mannequin qui, laissé à l’air libre dans la cour, était encore trempée par la rosée du matin. Je tombais à la renverse, m’écrasant au sol en laissant échapper un cri de douleur. Ainsi, allongé par terre, je vis le vieil homme entrer dans mon champ de vision.  

« Allez, viens, suis-moi. » me fit-il en me donnant un coup de canne sur le haut du crâne avant de se diriger vers la porte de l'église. "P'tit con."




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Flashback: 1615 - Saint-Uréa
✘ Solo




L’intérieur de l’église était austère, peu de meubles l’habillait hormis des bancs et un pupitre sur l’estrade. Des torches éclairaient l’édifice par endroits, étalant les ombres en de nombreux endroits qui donnaient une impression assez glauque à l’ensemble. Le vieil homme avançait dans un silence pesant, seulement brisé par intermittences par les cliquetis de sa canne sur le sol de pierre.

« Assieds-toi là. » dit-il en désignant un banc. « Et retires ton t-shirt. »

« Quoi ?! Woh woh woh, j’suis pas dans vos trucs de prêtrerie là M’sieur le vieux prêtre ! » m’exclamais-je en esquissant un mouvement de recul.

« Ferme-la, p’tit con. Pour tes blessures. » répondit-il sèchement, m’intimant du doigt de m’asseoir.

Je m’exécuta en claudiquant, toujours souffrant d’une vive douleur dans le dos dû à ma chute. De plus, cette douleur avait réveillé toutes les autres que j’avais accumulé depuis mon combat de la semaine passée.

« Et appelles-moi Gareth. » dit-il en ramenant des bandages et une trousse de soin.

Il se mit alors à nettoyer et désinfecter mes blessures. Je ne m’en étais pas rendus compte, mais j’étais couvert de bleus, de petites plaies et d’écorchures. Des échardes étaient plantées sur mes mains et mes jambes.

« Moi, c’est Ren. » dis-je en serrant les dents pour résister à la douleur. « Vous faites quoi ici ? »

« Tu le devines pas ? Je suis prêtre, ça se voit, non ? » me répondit-il.

« Vous voyez ce que je veux dire. Plus personne ne vient ici. » continuais-je, étant parfaitement au courant des allées et venues dans cette église.

« Moi j’y viens, ma foi est restée intacte malgré les épreuves et le temps. » dit-il dans un souffle, je sentais bien que cela le peinait qu’il n’y ait plus de croyants qui venaient en ces lieux pour prier. « Mais la foi est changeante, et mon dieu est ancien. » finit par dire Gareth avec tristesse.

Je ne m’y connaissais pas particulièrement en religion, et les épreuves que j’avais dû traverser au cours des cinq dernières années m’avaient fait perdre tout espoir d’une éventuelle présence céleste. Cependant, je ressentais de l’empathie pour la tristesse du vieil homme, seul ainsi en ces lieux jour après jour. On se ressemblait d’une certaine façon, dans notre solitude.

« Et avant, vous faisiez quoi ? » demandais-je, curieux pour de bonnes raisons.

« Qu’est-ce qui te fait penser que je n’ai pas toujours été prêtre ? » répondit Gareth du tac au tac.

« Quel prêtre saurait donner des conseils si précis en arts martiaux ? » demandais-je, tentant de le piquer au vif pour qu’il me dévoile ce que je voulais savoir.

« Bien, je vois qu’en plus d’être un p’tit con, t’es un fouineur. » dit-il en appuyant un peu plus fort sur une de mes ecchymoses, me tirant un petit cri qui m’échappa. « Okay, je vais te le dire. » il fit une pause, bien que j’étais dos à son visage je le sentais pensif rien qu’à sa voix. « J’ai été beaucoup de choses, un soldat, un officier, un traître, un espion, un voleur, un assassin. J’ai parcourus la plupart du monde connu et affronté de nombreux adversaires. Voilà ce que j’étais, et vois ce que je suis à présent. » il finit sa présentation par un souffle de lassitude, je le sentais nostalgique dans le ton de sa voix.

« Un vieux croulant comme vous a fait tout ça ? Te fous pas de ma gueule papi ! »
m’exclamais-je en riant.

« Un peu de respect, p’tit con ! » tonna-t-il en me donnant une tape dans le dos qui me tira les larmes. « Voilà, avec ça tu devrais te remettre vite de tes blessures, vas donc te coucher, t’as besoin de repos ! » m’intima-t-il alors qu'il venait de finir d'enrouler la moitié de mon torse de bandages. « Faut que tu sois en forme pour ton combat demain. »

« Comment vous savez … ? » m’intriguais-je, ne lui ayant jamais parlé des combats clandestins.

Pour toute réponse, Gareth me fit signe de partir tandis qu’il s’en alla de son côté, derrière le rideau au fond de l’estrade. Je me dirigeais vers mon abri en réfléchissant à tout ce que j’avais appris, bien que les informations avec cet homme étaient toujours évasives et imprécises. Cependant, j’avais désormais plus de pistes pour découvrir l’identité du vieil homme. Mais il avait raison, ce n’était pas le moment de penser à ça, une grande journée m’attendait le lendemain.




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Flashback: 1615 - Saint-Uréa
✘ Solo




Je me retrouvais à nouveau dans ce sous-sol, où une odeur de sang et de transpiration flottait dans l’air. Les spectateurs étaient en délire, les parieurs se ruaient sur le bar en secouant leurs liasses, et cette poussée d’adrénaline qui pointait à nouveau le bout de son nez. L’air était lourd, une cacophonie constante occupait l’espace sonore, entre cris de douleur et cris d’enthousiasme. Je m’étais déjà inscris et j’attendais mon tour, les yeux fixés dans le combat, sans ciller. Mon esprit était ailleurs, à me demander si j’étais vraiment prêt, à douter de moi. Mais, j’étais vénale et, au fond de moi, je savais que je pouvais gagner.

« Il est revenu ! » s’exclama l’arbitre d’un ton admiratif. « Il ne s’est pas laissé démonter par sa cuisante défaite la semaine passée. Un jeune combattant prêt à prouver sa force dans notre arène ! » il marqua une courte pause afin de faire monter le suspens. « Le rookiiiie Maziiiino ! » lança-t-il en insistant sur certaines lettres comme un vrai présentateur.

L’ovation ne fut pas au rendez-vous, bien que quelques cris et applaudissement étaient audibles, ce furent surtout les railleries et les insultes qui m’accueillirent.

« Tocard ! Tu vas te faire écraser ! »

« Alors, ça t’a pas servit de leçon la dernière fois ? »

Je ne les écoutais pas, dans la mesure du possible, je concentrais toute mon attention sur le combat à venir. J’entrais dans l’arène, retirais mon t-shirt et roulais quelques-peu des mécaniques pour échauffer mes muscles. Mes bras ainsi que mon torse étaient en grande partie recouverts de bandages, de même que mes poings.

« Face à lui ce soir, le combattant sadique que nous connaissons tous. » reprit l’arbitre, marquant son habituelle pause qui commençait à faire doublon. « La Hyèèèène Sov Vi Gnoooon ! »

Un gars un peu plus petit que moi fit son entrée, assez maigre il ne semblait pas être une très grande menace. Cependant, son nom ne sonnait pas comme une très bonne nouvelle. A savoir, un gars qui se fait appeler « la hyène » est rarement une bonne personne. Il n’avait pas beaucoup de cheveux, le peu surplombait son crâne de quelques centimètres en une crête bleue, ses dents étaient dorées ce qui donnait à son sourire un côté sadique. Nous nous toisions, attendant le signal pour nous écharper dans les règles de l’art, bien qu’elles étaient courtes.

« Et c’est...partiiii ! » s’écria l’arbitre en descendant son bras devant lui.

Pas de cloche qui sonne, simplement le son des cris et de la terre sous mes pieds. Dès que le signal fut donné, je m’étais mis en mouvement, pliant mon corps en avant pour foncer sur mon adversaire en ligne droite. Aussitôt, mon adversaire, Sov, se mit en garde avec ses mains en avant, il recula sa jambe gauche avec le genou prêt à me réceptionner pour m’infliger un bon gros coup. Je plongeais alors plus en avant, tête la première alors que mes bras se posaient sur le sol pour me faire effectuer ce qui ressembla à une roulade. Je remontais rapidement mes jambes, restées pliées lors de la roulade, pour frapper Sov de mes deux pieds joints. Je sentis une résistance alors qu’il était projeté en arrière contre le mur de l’arène. Puis je vis ses mains jointes, ayant amortit le coup sans trop de dommages.

« Petit joueur » me lança-t-il, un air moqueur sur le visage.

Il se lança sur moi, envoyant un poing après l’autre tandis que je reculais. Je voulus le cueillir au flanc d’un coup de pied, mais son bras vint intercepter mon coup, le repoussant de quelques pas. J’en profitais pour lui envoyer une gauche qui fit mouche. Je ne lui laissais pas le temps de réagir que j’étais sur lui, sautant en plaçant mon genou en avant pour le frapper dans le ventre. Il tenta de bloquer mais fut trop lent et le coup lui fit cracher un filet de sang alors qu’il reculait, titubant. Je continuais de le coller, envoyant des coups de poings les uns après les autres, la moitié passant la défense de mon adversaire.

« C’est qui le petit joueur maintenant, fils de chien ? » lui dis-je, fier de mes prouesses.

La hyène était presque au sol, se tenant contre le mur de l’arène en crachant à nouveau du sang. Je m’élançais sur lui, le poing en l’air. Mon adversaire semblait déjà hors combat à mes yeux, ce qui me fit douter un instant. Instant dont il se servit pour cracher du sang mêlé à de la salive droit dans mes yeux. Ma vision se transforma en un floue rougeâtre, je n’arrivais plus à distinguer les formes correctement. Je sentis mon poing rencontrer une matière bien trop dure pour être le visage de mon adversaire, m’arrachant un cri de douleur. Puis un coup me frappa au plexus, me renvoyant de quelques pas en arrière le souffle coupé. Je n’eus pas le temps de réagir que j’étais assaillis de coups de poings. Je tentais de me défendre en levant ma garde, mais Sov ne me laissait pas le temps de reprendre une position convenable pour le combat. Je comprenais mieux son surnom de hyène à présent.

« C’est toujours toi ! » répondit-il à ma pique précédente. « T’es venu ici dix ans trop tôt, alors perds bien gentiment ! »

Les coups pleuvaient de toute part, Sov profitait que je sois partiellement aveuglé pour contourner ma garde et me frapper dans le dos. Avec les cris de la foule, je ne pouvais pas me baser sur mon ouïe pour le suivre. Je plissais les yeux, essayant de percevoir les mouvements de mon adversaire, je n’arrivais qu’à deviner sa silhouette. Je frappais devant moi d’un fauchage de la jambe, il évitait mais je continuais de donner des coups dans le vide, je ne voulais pas le laisser approcher. Je clignais frénétiquement des yeux afin de chasser le sang qui les tâchait, mais le résultat ne fut pas probant. Je sentis une résistance sous mon poing alors que je me prenais moi-même un coup en plein visage. Je fut projeté en arrière, crachant du sang au sol. Un poing me toucha au ventre alors que je devinais sa silhouette face à moi. J’envoyais mon genou en l’air, me servant du mur de l’arène derrière moi comme appui avec mon autre pied pour monter assez haut pour le toucher au visage. Je cueillis Sov sous le menton, envoyant sa tête en arrière, mais il s’agrippa à mon bras et m’emporta avec lui au sol. Dans notre chute, il enroula un de ses bras autour de mon cou pour m’emporter tête la première au sol. Mon crâne frappa la terre alors que je sentais mes forces me quitter. Dans ma vision brouillée, dans cet étalage de teintes de rouges plus ou moins sombre je vis Sov se relever, lançant un coup de pied qui me frappa dans les côtes, m’envoyant rouler contre le mur de l’arène. Du sang coulait de ma bouche et de mon nez, je n’avais plus assez de forces dans les bras ou les jambes pour me relever.

« Ne sous-estime plus jamais la hyène ! » me lança Sov Vi Gnon d’un air moqueur, puis il leva les bras au-dessus de sa tête en signe de victoire.

« Et le gagnaaaant eeeeesssst….La Hyèèèène Sooov Viiiiii Gnooooooooooon !!! » s’écria l’arbitre, sa voix partiellement couverte par les ovations de la foule.

J’étais toujours au sol, dans un état de semi-conscience. Ma vue s’était un peu améliorée, mais je voyais toujours flou. Deux hommes entrèrent dans l’arène pour m’attraper sous les bras et m’en sortir. J’entendais quelques railleries sur mon passage, mais je n’arrivais plus trop à réfléchir. Je sentais la fatigue qui m’attirait, je clignais des yeux comme quelqu’un qui serait resté éveillé trop longtemps, manquant de perdre connaissance à plusieurs reprises.

« Laissez-le moi les gars. » fit une voix à l’adresse des deux gorilles qui me soulevaient comme un pantin désarticulé.

Cette voix, je la reconnaissais, c’était celle d’Ivar, le grand costaud moustachu qui m’avait accueillit chaleureusement lors de ma première visite en ces lieux. Il m’aida à me tenir sur me jambes en me tenant par les épaules, me menant d’un pas lent à l’extérieur de la taverne.

« T’as bien combattus, gamin. » murmura-t-il dans un souffle. « T’avais bien commencé, mais souviens-toi que dans un combat il ne faut jamais hésiter, même pas un instant. »

Ses mots résonnèrent dans ma tête tandis que mon esprit vacillait dans un état d’inconscience total.  




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Poings, Sang et Or


Flashback: 1615 - Saint-Uréa
✘ Solo




Je me réveillais, l’esprit embrumé, allongé sur un banc de l’église. Toutes mes blessures avaient été soignées et recouvertes de bandages. Dans un grognement de douleur, je me relevais en position assise, observant les alentours. L’église était vide, pas âme qui vive, bien que ce n’était pas quelque chose d’étrange en ces lieux. Cependant, quelqu’un avait bien dû me soigner. A l’extérieur, les rayons du soleil entrèrent en contact avec les vitraux, les illuminant de milles couleurs. Tant de lumière me vrilla le crâne, plaçant ma main en visière au-dessus de mes yeux. Je me relevais, bien reposé mais pris de violentes douleurs qui m’arrachaient des grimaces à chaque pas.

« Le prix de la défaite » soufflais-je pour moi-même, déçu de la tournure qu’avait prit le combat.

Les mots d’Ivar me revinrent en tête, de ne pas hésiter au combat. C’était d’ailleurs probablement lui qui m’avait ramené ici, bien que je ne savais pas comment il avait trouvé cet endroit. Et, en effet, c’est ce qui avait causé ma défaite, j’avais hésité un instant et Sov en avait profité pour m’attaquer sournoisement. J’avais été enivré par ce combat et je n’avais pas eus le contrôle nécessaire pour rester concentré. Ce qui me manquait, c’était de l’expérience, faire face à plus de combats, réels et non-organisés de préférence.

Lorsque je me battais encore avec les autres enfants mendiants, il n’avait pas fallut longtemps avant que je ne prenne le dessus lors de nos rixes. Néanmoins, aucun de ces enfants n’avait été entraîné au combat, contrairement à tout ceux qui combattaient dans la fosse. Je ne faisais pas exception, j’avais été entraîné toute mon enfance pour jouer dans une troupe itinérante d’artistes en tout genre, pas à me battre. En y repensant, j’avais l’impression que cette époque remontait à une éternité, un temps où tout était plus simple.

Le vieux Gareth ne semblait pas être dans l’église et, trop amoché pour m’entraîner, je décidais d’aller faire des courses grâce aux quelques berrys qui me restaient. Le prêtre avait toujours eut la bonté de me laisser à manger pour ne pas perturber mon entraînement, et je voulais lui renvoyer la pareille. Ainsi, je passais toute la journée en ville, achetant des fruits et des légumes aux étales, j’achetais également de nouveaux vêtements pour remplacer les loques qui m’habillaient. Je remplaçais alors mon vieux t-shirt sale et déchiré par un sweat-shirt noir et mon pantalon par un pantacourt tout neuf de la même teinte sombre, ainsi qu’une casquette noire qui vint recouvrir mes cheveux blancs. Mes connaissances en cuisine étant limitées, proche d’inexistantes, je dus demander conseil pour savoir quoi faire. Cette journée fut une expérience étrange, moi qui avais l’habitude de voler ce que je mangeais, j’avais l’impression d’être quelqu’un de normal.

Le soleil continuait sa descente inlassablement, je l’observais former un magnifique coucher de soleil. Je m’étais arrêté sur cette place sur le chemin du retour, un lieu auquel je tenais tout particulièrement. Quelques années auparavant, sur ce banc même où je me trouvais, j’avais embrassé une fille pour la première fois. C’était aussi un de mes derniers moments d’innocence, les heures qui avaient suivies ayant marquées le début de ma vie d’orphelin. J’admirais ainsi ce paysage, admiratif certes mais nostalgique. Les couleurs étaient chatoyantes, dans un magnifique dégradé allant du rouge au bleu, des mouettes passaient dans l’horizon et moi j’observais, la tête posée dans les mains, profitant d’un nouveau moment d’innocence.

Je fis le chemin vers l’église alors que la nuit était tombée, j’espérais seulement que Gareth serait là. Mais, à l’approche de la petite place qui entourait l’avant de l’église, j’entendis de nombreuses voix. Je me cachais derrière un mur, jetant un coup d’œil discrètement. De nombreux soldats de la Marine étaient présents sur la place, une trentaine environs, armés et surveillants les alentours de l’église.

« Tu sais ce qui se passe à l’intérieur toi ? » lança l’un d’eux à son collègue, tout les deux patrouillant à quelques mètres de là où je me cachais.

« J’ai entendus dire qu’on a retrouvé un déserteur, une pointure à ce qui paraît. » répondit le second.

« Étonnant que ce soit si calme dans ce cas. » fit remarquer le premier.

En effet, il n’avait pas tort car mis à part les discussions des soldats, la place était calme. Le vieux avait beau se déplacer à l’aide d’une canne, ses conseils et ses révélations dénotaient d’un certain passif où il avait vécu de nombreux combats. Cependant, l’âge fait parfois des ravages même chez les plus grands combattants. Cette idée en tête, je déposais mon sac de course au sol puis je grimpais le long d’une gouttière pour atteindre le toit d’une maison. De là, je passais de toits en toits, recroquevillé pour me cacher à la vue des marines présents sur la place. J’empruntais alors mon passage habituel pour rejoindre le clocher de l’église. Il fallait passer d’un toit à la cour intérieure d’un cimetière, adjacent à un mur de l’édifice religieux. Puis escalader le mur en question à l’aide des interstices laissés par les pierres manquantes jusqu’à atteindre le toit, et enfin longer celui-ci jusqu’au clocher. Là, il suffisait de rentrer par une ouverture sans fenêtre, permettant d’atteindre cet endroit qui me servait d’abri toute l’année. Les planches laissaient ajourner un petit carré dans un coin, assez grand pour laisser passer une personne. C’était probablement par là que passaient les gars de la maintenance pour entretenir la cloche, à l’aide d’échelles, quand il y en avait encore. Et, justement, des échelles, il n’y en avait plus, laissant deux bons mètres entre chaque étage de planches. M’agrippant, je me laissais pendre dans le vide en tendant les bras pour atteindre silencieusement l’étage inférieur. Je réitérais le processus jusqu’à entendre les voix provenant de l’intérieur de l’église.

« ...il vous en aura fallut du temps pour me retrouver. » dit la voix grésillante reconnaissable de Gareth. « Vingt ans, ça ne me rajeunit pas tout ça. »

Depuis mon point d’observation, je ne voyais que l’entrée de l’église gardée par plusieurs soldats ainsi que des hommes en costume. Je descendais un nouvel étage, puis je m’allongeais sur les planches pour tenter de voir un peu mieux l’intérieur de l’édifice. Gareth se trouvait juste devant l’estrade, au fond de la salle, il faisait face à une dizaine de personnes. L’ambiance était pesante alors qu’ils se toisaient. Il y avait un homme âgé au centre, portant un long manteau de la Marine qui devait signifier un rang important, sa présence seule imposait chez moi un certain inconfort, même à cette distance. Quatre hommes l’entouraient, vêtus de longues capes noires qui recouvraient  tout leur corps y compris leur tête d’un capuchon, l’un d’eux se tourna de côté, dévoilant le masque qui cachait son visage. Les cinq personnes restantes étaient habillées de costumes noirs qui leur donnait un air de mafieux. Deux d’entre eux en particulier attirèrent mon regard. Il était plus petit que les autres mais se tenait au milieu de son groupe comme pour montrer qui est le chef. Il arborait un chapeau et recrachait de longues volutes de fumée de son cigare au-dessus de sa tête. Cet homme, je l’avais déjà vu, pour la première fois deux semaines plus tôt. Après mon combat contre Grïm Bergen, qui se trouvait d’ailleurs juste derrière son chef, c’était l’homme qu’il avait rejoint dans son box, assurément son sponsor et probablement un mafieux. Cependant, je me demandais ce qu’un homme comme lui pouvait bien faire avec la marine. Et, surtout, pourquoi étaient-ils là pour capturer Gareth ?

« Mon bon vieux Gareth, quel plaisir de te revoir vieille carne. » s’exclama joyeusement le haut gradé de la marine avant de continuer d’un ton plus solennel. « Enfin, tu comprendras qu’au vu des circonstances, mon grade m’impose un certain stoïcisme vis à vis de nos accointances. »

« Ah cette bonne vieille Barbe d’Acier d’Eustache ! » répondit Gareth d’un air triste. « Si longtemps que l’on ne s’est pas vus, quelle tristesse que ce soit dans un tel contexte, j’aurais tellement aimé trinquer avec toi en parlant du bon vieux temps. »

« Tu aurais dû y songer le jour où tu as trahis la Marine et le Gouvernement Mondial, Gareth. » fit remarquer l’homme du nom d’Eustache, secouant doucement la tête de gauche à droite en signe de désapprobation. « Tu étais Vice-Amiral Gareth, tout comme moi, pourquoi faire cela ? Pour la justice ? Et tu crois que la Révolution pour laquelle tu nous a tourné le dos est la solution ? Voyons, mon vieil ami, tu savais pertinemment que ce jour arriverait. »

« Je pensais avoir encore quelques années devant moi. » dit tristement Gareth. « Je vais sûrement croiser des visages du passé une fois derrière les barreaux, pas sûr qu’ils m’accueillent à bras ouverts. » souffla-t-il, dépité. « Bon, comment on procède ? Un combat dantesque qui se termine par ma capture ou ma mort ? Je suis fatigué de ces affrontements. »

« Dis plutôt que tu n’es plus en état. » ricana Eustache d’un bon rire gras, le genre de moquerie qui ne sonne pas comme une insulte mais plutôt comme une pique entre bons amis. « Le souvenir que je t’ai laissé à notre dernière rencontre ne te lance pas trop ? Bien que cette canne te va plutôt bien. »

Les quatre personnes masquées se mirent alors en mouvement, disparaissant l’espace d’un instant à ma vue pour réapparaître tout autour de Gareth, gardant deux mètres de sécurité entre eux et le vieil homme.

« Et, qui sont ces invités masqués ? » demanda alors Gareth, un petit sourire aux lèvres, pas le moins inquiété. « Le Cipher Pol je présume ? Alors, quelle est votre mission, messieurs dames ? »

« Votre arrestation...dans la mesure du possible. » répondit immédiatement une voix féminine à travers l’un des masques, soulignant une menace de mort plus qu’autre chose.

« Quelle impertinence, fut un temps j’entraînais vos pairs, ces p’tits cons je vous jure. » dit Gareth dans un souffle de lassitude.

Dès qu’il eût parlé, les quatre agents secrets se mirent à l’assaut, encore une pique qui faisait mouche, décidément Gareth savait clouer le bec de ses adversaires. De quatre côtés, des attaques fondirent droit sur lui. Une explosion survint au moment de l’impact en soulevant un nuage de poussière, je plaçais une main devant ma bouche pour étouffer un cri de surprise. Si je me faisais repérer maintenant, j’étais bon pour nourrir la terre et ses vers. Le nuage se dissipa, dévoilant un  Gareth intact, les deux mains posées sur sa canne tandis que les poings, doigts et coups de pieds de ses adversaires étaient bloqués par la simple force de son corps.

« Moi aussi je connais vos tours, vous savez. » continua le vieux prêtre, un léger sourire sur le visage.

D’un mouvement qui, de mon œil inexpérimenté, parut instantané, Gareth bougea sa canne de façon à frapper ses adversaires d’un coup d’estoc, les uns après les autres en l’espace d’un bref instant. Propulsés en arrière, les quatre encapuchonnés s’écrasèrent contre les bancs et murs de l’église. Ils se relevèrent difficilement, se préparant à repartir à l’assaut quand Eustache leva la main, leur intimant de s’arrêter.

« Bien. » commença-t-il, s’approchant lentement de Gareth au milieu des allées de bancs. « Je vois que tu n’as pas perdus ta fougue d’autrefois. Et tu vois bien que nous sommes bien plus nombreux que toi. Je te croyais las de ces combats. » dit-il avant de marquer une pause. « Que décides-tu, mon vieil ami ? »

« Je vois. » dit doucement Gareth, fixant le sol l’espace de quelques secondes avant de les relever vers son interlocuteur. « Si c’est toi, Eustache, j’accepte ma sentence. » finit-il par dire, tendant ses poignets en signe de reddition, laissant sa canne tomber au sol dans un claquement qui sembla durer une éternité.

L’homme flanqué de son uniforme de haut-gradé s’approcha de son ami d’autrefois, sortant des menottes pour les refermer autour des poignets de Gareth. De mon côté, je ne pus m’empêcher de laisser couler une larme. Bien que je ne le connaissais que depuis une semaine, cet homme m’avait inspiré et aidé, sans rien demander en retour. Et pourtant, je restais là. Conscient que, même si j’intervenais, cela serait futile. Que pouvais-je donc faire pour aider cet homme ? Face à ma propre impuissance, je me relevais, plus conscient que jamais de ma faiblesse. J’attrapais alors la planche de l’étage supérieur en me mettant sur la pointe des pieds et en tendant les bras.  

« Si je peux m’exprimer une dernière fois en homme libre, je dirais ceci. » résonna la voix, plus forte qu’auparavant, de Gareth, me stoppant dans mon mouvement. « N’abandonne jamais, p’tit con, n’abandonne jamais. Sois libre, fier et suis tes rêves, tu n’en ressortira que grandis. » lança-t-il, comme une maxime sans réelle cible, mais je me doutais qu’il s’adressait à moi. « Mais, ceci n’est pas ton combat. »

Comme pour confirmer mes soupçons, alors que je m’étais accroupis pour voir la scène depuis mon point d’observation, ses yeux rencontrèrent les miens. Il me sourit simplement, fermant doucement les yeux comme pour me rassurer, qu’il avait accepté son sort et que je n’avais pas à intervenir. Ou bien était-ce seulement mon interprétation ? Après tout, je ne connaissais cet homme que depuis une semaine. Peut-être me demandait-il à l’aide. Et, toutes ces questions fusaient dans ma tête telles des comètes tandis que le vieil homme était mené hors de l’église par le Vice-Amiral et son escorte.

Je regagnais le toit alors qu’ils sortaient du bâtiment, profitant de la faveur de la nuit pour me cacher tout en restant proche du bord du toit pour espionner ce qu’il s’y disait. Je ne pus pas entendre les voix correctement, mais je vis clairement l’échange qui eut lieu entre Eustache et le petit mafieux qui était accompagné de Grïm. Le gradé lui tendit une enveloppe qui, même à cette distance, semblait bien garnie. Et c’est ainsi qu’une fraction de réponse me parvint. Comment les soldats avaient retrouvés Gareth, terré dans ce coin malfamé de Saint-Uréa. Cet homme, généreusement récompensé, devait y être pour quelque chose.

Ainsi, je restais planté là, inutile, impuissant. Ne pouvant qu’observer un homme que je respectais disparaître dans la nuit, mené par des soldats et d’étranges personnages encapuchonnés. Bien qu’impuissant, mon sang bouillait en moi, ce n’était pas mon combat certes, mais un nouvel objectif s’ajoutait à ma liste. Cette voix me répétant dans ma tête qu’un jour je me vengerais d’eux, les uns après les autres, sans autre procès que mon propre jugement.




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Poings, Sang et Or




La faim justifie la violence, là où la violence est la réponse
Là où la violence est le moteur, là où la violence est le docteur
Vivons cachés, vivons gantés, faisons l'tour du monde entier
Avant qu'une balle nous arrête
SCH – Loup Noir

Flashback: 1615 - Saint-Uréa
✘ Solo




La sueur, le tabac froid et le sang. Les bruits étouffés des poings qui rencontrent la chair, les cris de la foule et les huées. Des gens surexcités, criant en frappant des liasses entre leurs mains ou en les secouant au-dessus d’eux. Mon souffle, saccadé, erratique, fixant à quelques mètres de moi ce box où ils se trouvaient. Vêtus de leurs costumes noirs de mafieux, fumant de gros cigares qui échappaient de longues volutes de fumée. Des verres à whisky dans leurs mains. Face au petit chef, il y avait Grïm qui observait les combats. Avec un peu de chance, je le combattrais ce soir-même. Je bouillais de rage, excité à l’idée de grimper la première marche qui me mènerait à ma vengeance. Pour le vieux prêtre, bien qu’il m’avait dit que ce combat n’était pas le mien, je ne pouvais m’en empêcher.

« Faut qu’on cause, gamin. » m’interrompit une voix derrière moi, je me retournais pour faire face à Ivar, l’air triste et pensif. « J’ai appris pour le vieux Gareth. » dit-il alors, marquant une pause comme pour se recueillir. « Je le connaissais bien, il a toujours aidé les bas quartiers dès qu’il pouvait. »

Surpris, je le regardais avec de grands yeux, le fil des évènements que j’avais raté la semaine dernière se reconnectant, alors inconscient à ce moment là. Ivar avait dû me ramener à Gareth sans savoir que nous nous connaissions déjà ou que je logeais dans cette église, ou un truc dans le genre. Le grand costaud qui me faisait face, les bras croisés comme à son habitude, semblait vraiment touché par l’arrestation du vieux prêtre, sans doute étaient-ils proches.

« Comment ? Vous le connaissiez ? » demandais-je, un peu perturbé, alors que j’avais déjà eus la réponse plus tôt.

« Y a probablement plein de trucs que tu ne sais pas sur le vieux Gareth, mais je réserve ça pour une prochaine fois. » fit-il en pointant la fosse du menton. « Je crois que c’est ton tour, gamin. »

En effet, le combat venait de se terminer. Le vainqueur levait les bras tandis que son adversaire était évacué. Mon combat était prévu juste après celui-ci et je descendais déjà la fermeture de mon sweat-shirt pour le retirer, le nouant autour de ma taille. Je retournais la visière de ma casquette vers l’arrière à la manière d’un dresseur de monstres chelous. Puis j’avançais, un pas lent et déterminé tandis que la voix de l’arbitre résonnait dans le sous-sol.

« Et voici le retour du rookiiiiie Maziiiiiinoooooo ! » s’exclama-t-il, montrant le passage par lequel j’entrais dans la fosse. « Face à lui ce soir, peut-être aurons-nous droit à une revanche, car c’est le tout premier adversaire qu’il a affronté auquel il devra à nouveau faire face ce soir ! Celui que tout le monde connaît ici !! » dit-il en haussant la voix, il y avait clairement un traitement de faveur lors de la présentation des combattants. « Grïïïm Beeeergeeeen !!! » s’écria-t-il en pointant la porte par laquelle entrait Grïm.

Je lui faisais face, enfin. Je transpirais la rage par tout les pores de ma peau, j’avais décidé de la laisser éclater pour ce combat, d’exorciser ce sentiment d’injustice que je ressentais au plus profond de moi. Venger les larmes par le sang, et frapper encore et encore. J’y avais passé toute la semaine entre l’arrestation de Gareth et ce moment, frappant inlassablement le mannequin d’entraînement. Ne mangeant ni ne dormant pas pendant plusieurs jours, j’avais finis par m’écrouler. Puis, j’avais repris jusqu’à ce que le bois éclate sous mes coups et que la poutre finisse par se briser. J’avais observé l’objet pendant de longues minutes, haletant et saignant des poings et des jambes. Un sourire satisfait sur le visage, on pouvait également y deviner un aspect sadique. J’imaginais tout ceux envers lesquels je souhaitais me venger, brisés de la même manière tels des pantins désarticulés. Après le bois, viendraient les os.

« Qui vaincra ? » s’écria Grîm, gonflant les muscles avant de se frapper le torse de ses deux poings.

« GRÏM ! GRÏM ! GRÏM ! » entonna la foule, surexcités.

De mon côté, je restais calme, silencieux, bien qu’en réalité je n’avais qu’une hâte, celle de commencer le combat. Je voulais sentir sa chair et son sang sous mes poings, je n’avais ressentis ce genre de colère que très rarement dans ma vie, et il était temps de m’en servir.

« C’est partiiiiii ! » s’écria l’arbitre surexcité.

Sans plus de cérémonie, je m’élançais sur Grïm sans autre stratégie que d’aller tout droit sur lui. Pas de feinte, pas de technique, juste de la rage pure. Je frappais, une droite puis une gauche visant son visage, parés aisément par mon adversaire qui armait son genou qui se dirigeait droit sur mon ventre. Je reculais d’un petit bond, puis frappais avec ma jambe dans un coup horizontal qui visait ses hanches. Il bloqua à nouveau le coup sans trop d’effort, se contentant de remonter sa jambe pour parer le coup à l’aide de son tibia. Nous échangions des coups depuis de longues secondes, sans qu'aucun ne nous touche, réorientant les coups du dos de la main ou les parant des paumes. Puis, sa paume ayant bloqué mon coup de poing referma ses doigts, me bloquant l'espace d'un instant. Il tira ma main vers l'arrière, enchaînant de son autre main fermée en poing qui me frappa à la paumette à la vitesse de l'éclair. Je titubais en arrière quand son pied me cueillit juste sous le sternum, coupant momentanément ma respiration alors que mes deux pieds se décollaient du sol. Mon dos rencontra le bord de la fosse dans ma chute, un mur qui montait à hauteur de tête flanqué de deux portes fermées lors des combats. Je crachais un peu de sang par terre, reniflant bruyamment en m'ébrouant comme une bête enragée. Mon regard se fixa sur Grïm qui approchait rapidement, il faut dire que l'espace était réduit.

"Tes coups, c'est de la piquette !" m'écriais-je, courbant mon dos en avant en m'élançant à sa rencontre.

Mon épaule vint le frapper au ventre tandis que je le poussais vers un coin de la fosse afin de limiter ses mouvements. Je me pris un nouveau coup de genou dans le processus, mais je l'avais placé là où je le souhaitais. Je repris mes distances de quelques pas avant d'envoyer un nouveau fauchage de la jambe, horizontal. Il le bloqua à nouveau mais je continuais de frapper, repliant et dépliant le genou encore et encore. Puis une douleur aiguë, au niveau de la cuisse, me déséquilibrant un instant. Grïm me repoussa, m'envoyant plusieurs coups qui me touchèrent au visage. Il remarqua alors ma jambe raide que je me tenais et frappa en plein dedans du bout du pied. La douleur fut si vive que je crus défaillir, mon esprit manquant de peu de sombrer dans l’inconscience. Je me mordis la lèvre inférieure jusqu’au sang pour garder mes esprits. J’accusais de nombreux coups, parant ce que je pouvais en relevant mes bras devant moi, les mains au niveau du visage et les avant-bras couvrant les parties les plus sensibles du torse.

J’avais fais une terrible erreur, à savoir me laisser contrôler par ma rage. J’en avais oublié tout ce que j’avais appris, ne reposant mes coups que sur de la force brute. « Plus souple » aurait dit Gareth, le premier conseil qu’il m’avait donné. Et je ne l’avais pas suivis, m’obstinant à des coups brutaux répétés dans un mouvement violent, ce qui m’avait causé cette soudaine contraction des muscles de la cuisse. De plus, j’avais toujours misé sur ma souplesse plutôt que sur la force brute. De la finesse, de la concentration, de la stratégie. J’avais sentis une nette différence avec notre dernier affrontement, je pouvais le faire.

« T’as trois poussins sur une table, t’en veux que deux, tu fais quoi ? » dis-je alors soudainement, toujours caché derrière ma garde.

J’entrouvris légèrement l’écart entre mes bras afin de voir la réaction de Grïm. Une expression de surprise brisa sa concentration, interloqué, un sourcil relevé. Ses poings étaient encore devant lui, légèrement écartés. Je m’approchais rapidement en descendant ma garde entre ses bras avant de les rouvrir soudainement.

« T’en pousse un ! » m’exclamais-je en arborant un grand sourire.

Je ramenais brusquement mes deux mains ouvertes l’une contre l’autre, les doigts recourbés sur mes paumes avant de frapper violemment le plexus solaire de Grïm. Il recula alors de trois pas en titubant. Autour de nous, le silence était soudainement tombé. Puis, quelques rires étouffés en réaction à ma blague. J’avais profité de ce moment d’hébétement de Grïm pour bondir, la crampe dans ma jambe s’étant dissipée. En l’air, je levais le poing, prêt à l’abattre sur le visage de mon adversaire.





« Pour Gareth, enfoiré ! » criais-je, abattant mon poing de toutes mes forces.

Je sentis sa peau sous mon poing, puis les os de sa mâchoire faire résistance. Pendant une seconde, le temps sembla comme s'arrêter, l'onde de choc du coup se répercutant en une vague qui avançait sur sa joue. Il fut alors projeté en arrière, un filet de sang suivant sa course jusqu'au mur de la fosse. Du sang perlait de mon poing, tombant au goutte à goutte au sol. J'avançais alors sur Grïm, envoyant un coup de pied sous son menton alors qu’il se relevait. Puis, je pris appui sur ma jambe droite en balançant mon corps en avant, je bondis dans le même temps, exécutant un salto. Mon corps exécuta un tour complet autour de son axe horizontal, ma jambe se détendant dans le même temps pour se déplier droit sur l’arrière de la tête d’un Grïm déjà au sol qui tentait de se relever. Le coup fut brutal, son corps venant s’écraser puis rebondir sur le sol avant de s’y étaler, du sang coulant de sa tête. Un sifflement strident me rendait momentanément sourd, respirant fortement tandis que l’adrénaline commençait à redescendre. Enfin, le son revint, la foule s’était remise à crier.

« Et le vainqueur est Maziiiinoooooo ! » s’exclama l’arbitre en se levant de sa chaise. « Voilà que le rookie devient un vrai combattant en terrassant son premier adversaire. Quel spectacle ! »

« MAZINO ! MAZINO ! MAZINO! » scandait la foule.

Soudain, l’adrénaline se dissipant, je ressentis une fatigue intense, titubant jusqu’à un mur. Je me tins là, reprenant mon équilibre avant de lever le poing au-dessus de ma tête en signe de victoire. Deux gardes vinrent emporter le corps de Grïm qui semblait encore respirer. Je ne l’avais pas achevé, mais il porterait des séquelles de cet affrontement et s’en souviendrait. Techniquement, ce n’était pas envers lui que je vouais ma haine, mais à son patron. Cependant, si cela pouvait servir de message à son attention, alors soit, qu’il sache qu’il serait le prochain. Je m’aida du mur pour sortir de la fosse sans perdre l’équilibre. Là, m’attendant les bras croisés, se trouvait Ivar arborant un grand sourire.

« Suis-moi, gamin, je dois te présenter quelqu’un. » me fit-il, me prenant par le bras pour m’intimer de le suivre.

Ivar était charpenté comme une armoire, et toute personne qui se trouvait sur son chemin, aussi saoule soit-elle, n’osait pas y rester et s’écartait brusquement. Il me mena jusqu’à une table où se trouvaient plusieurs personnes, buvant du whisky et fumant des cigarettes. Il y avait trois hommes et deux femmes, tous en costards et cravates, des balafres sur le visage et un air patibulaire. Enfin, pas tous, l’homme au centre se fendit d’un grand sourire dès qu’il me vit arriver.  





« Si ce n’est pas notre petit champion ! » s’exclama l’homme, ouvrant grand les bras devant lui comme pour m’accueillir. « Ivar m’a parlé de toi et m’a convaincu de parier sur ta pomme, faut croire qu’il avait raison ! »

Ivar me fit signe de m'asseoir, ce que je fis immédiatement. J’avais encore l’esprit embrumé par le combat et faire une pause ne pouvait que m’être bénéfique. On me tendit un verre d’eau que je bus d’une traite alors que l’homme reprenait.

« Moi c’est Sal Veol, et tu m’as fais gagné un petit paquet de fric, faut dire que les cotes étaient pas en ta faveur. » commença-t-il, s’avançant pour placer ses mains jointes devant lui, comme un businessman sur le point de parler argent. « Maintenant, j’aimerais te renvoyer la pareille et te prendre sous mon aile. Je te rémunère, je t’entraîne et en échange tu bosses pour moi, c’est un bon marché, non ? »

Avant que je ne puisse répondre, deux petits sacs vinrent s’écraser devant moi, tintant à l’impact. Mes yeux s’écarquillèrent à ce son, c’était la raison première de ma présence ici, l’or. Une récompense pour une victoire, mais quelle était la seconde bourse ? Certes elle était plus maigre que la première, mais semblait toute de même bien garnie. Ça changeait des quelques pièces que je pouvais voler au marché, mes objectifs étaient peut-être réalisables en fin de compte.

« Tiens, ta récompense et un petit bonus de ma part. » me fit Sal Veol en pointant les petits sacs du doigt. « Ça c’est juste le début, mon petit. Alors, tu marches ? »

Il n’y avait pas à hésiter, une opportunité pareille ne se présenterait peut-être plus jamais. C’était là une chance de me rapprocher de mon but, créer un endroit, un refuge pour les orphelins des rues de Saint-Uréa. Il me fallait juste assez de fonds pour lancer mon affaire, et ce moyen pouvait être cet homme face à moi. Puis, mon regard changea de direction, s’arrêtant sur une table en particulier. Je n’avais pas encore accepté la proposition de Sal, c’était le moment de négocier.

« J’ai aussi mes conditions. » dis-je doucement, sans quitter des yeux la table en question. « Un coup de main pour une vengeance. »

Sal regarda alors dans la même direction que moi, la table où se trouvait le patron de Grïm, ce cliché de mafieux envers lequel je gardais une certaine rancœur.

« Je vois. » répondit Sal dans un souffle avant de lâcher un petit ricanement. « On va faire du bon boulot ensemble. »    




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