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La cupidité du Corbeau


La Flaque s'étend là, sur des kilomètres, dans un silence monumental plus intimidant que le rugissement du Roi des Rois. Bien au-dessus du St-Margot, des stalactites énormes plongent du plafond de roc vers l'eau, comme les racines de la civilisation marijoane s'étendant jusque dans les profondeurs de son promontoire. Nous sommes sous le piédestal duquel l'élite mondiale toise les océans, dans les coulisses de l'hégémonie du Gouvernement, là où ses tentacules n'ont pu s'immiscer. Derrière nous, il y a le courant de West Blue qui se déverse dans les profondeurs. Seul grondement sonore à se répercuter jusque dans les boyaux occultes des intestins du Monde. En pestant, Balthazar B. Brixius monte sur la proue pour y suspendre une lanterne, unique phare pouvant guider le frêle sloop à travers les tréfonds du continent.

Nous y voilà, La Flaque. Fief insoumis des secrets et des hommes libres. Terre de dangers et de découvertes n'attendant plus qu'à être caressée par les bottes de marins bien curieux. Ah ! Cette première vue me galvanise déjà, mon brave Napoléon ! Je te sens tout aussi pressé de longer ces parois luisantes, enveloppé sous le châle des ténèbres immobiles qui stagnent ici depuis tant d'années. Les réseaux de tunnels qui s'étendent sous nos yeux n'ont été troublé que très peu de fois durant les quelques cent dernières années, ici le temps s'écoule lentement, prisonnier de sa solitude, enchevêtré dans la multitude des intestins de Red Line.

- Tâchons de ne pas troubler ce qui veille dans les ténèbres…

Murmure d'appréhension, teinté d'une gravité que je ne peux me cacher. Nous craignons tous le noir, mais la peur de ne pas revoir le ciel et de sentir le vent est bien pire pour un marin.

- Notre jolie damoiselle a bien souffert, Capitaine. C'est pas dit qu'elle nous portera jusqu'à Rokade… ou bien même jusqu'à la sortie d'ce labyrinthe… maugrée Landstorm en remontant de la cale.

L'atmosphère s'est calmée sur le pont du St-Margot, depuis notre brusque chute jusque dans ces souterrains. Suite à notre rencontre avec cet énorme roi des mers, puis notre vol plané historique, la mer ne nous a laissé que très peu de répit, si bien que la fatigue se fait sentir chez mes compagnons, autant que chez toi, mon cher compagnon capibara. Néanmoins, le temps lui, est un maître bien impatient qui n'attend personne, évitons de le décevoir.

- Nous ferons de notre mieux, Landstorm. Reprends la barre et guide nous, Napoléon, charge-toi de la voilure, Brixius, soit attentif aux obstacles.
- Ha ! Sotte idée que de vouloir sauvegarder cette épave de blessures qui lui ont déjà été fatales ! lance la Baron en faisant de grands gestes.
- Babord toute !
- Diaaantre !

Plouf !

Brixius s'écrase sur le pont, déséquilibré par le brusque virement du navire, puis la lumière s'atténue soudainement, comme avalé par les ténèbres de La Flaque. Un léger bouillon se fait entendre dans l'eau calme de la caverne, puis la pénombre s'abat sur le pont du St-Margot. Je tente de percer l'obscurité de mon mieux, ne me guidant plus que par l'éclat bleuté d'étranges champignons troglodytes poussant contre les murs humides… où est passé la lumière ? Les traits courroucés du Landstorm m'apparaissent, soudainement révélés par les braises grésillantes de sa pipe.

- Bougre d'âne ! La lanterne ! Elle est à l'eau !
- N'ose plus me faire chuter et peut-être que tu éviteras telle anicroche à l'avenir ! Maraud !
- Décidément, cette aventure s'annonce plus ardue que prévu…

Brixius peste et déverse sa haine à outrance… puis est soudain interrompu par un puissant grondement qui se répercute dans les galeries ! Un grognement en écho s'élève dans la caverne, de quoi rendre sourd, mais aussi de quoi faire passer un glacial frisson le long de mon échine.

- Impossible… Foutue bête…
- Comment s'est-il rendu jusqu'ici…

Tout près du St-Margot, puissant phare à la lueur malsaine et sauvage, un œil colossal bardé d'écailles s'ouvre et dévore notre esquif des yeux.

Le Roi des Rois nous a déjà retrouvé.
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COMMENT CET IMMONDE TÉNIA A PU S'IMMISCER JUSQU'ICI ? IL EST ENCORE PLUS DÉMESURÉ QUE LA PRÉTENTION DE CET ÉQUIPAGE DE DAMNÉS !
Oh, crois-moi, ce sale bestiau a du avoir cent fois l'temps de cartographier la région dans sa vie ! On va d'voir s'engouffrer dans les p'tits boyaux de cet enfer pour l'semer. Mais j'donne pas cher du bois d'cette coquille dans les passages étroits !
Hum... On a le choix ?
Ma foi... Non.
Alors inutile d'hésiter. Balthazar ! Ton pouvoir !
Crois-tu qu'il est déjà l'heure de rencontrer tes pulsions, maraud ?
Pas sur moi ! Sur lui ! Rends-le aussi fou que possible, fais nous gagner du temps !

La première prestation de tes adorables serpents sur l'épaisse cuirasse qui enrobe l'hydre m'avait laissée plutôt pantoise. Je veux dire : qui aurait cru qu'une si faible magie puisse pénétrer la carcasse d'une telle aberration ? Ne te méprends pas, ta technique à toi fut d'une précision calamiteuse et ta lourderie aurait pu te coûter ta sanglante vie -ainsi que celle de ces envahissants nouveaux camarades, incrustés dans ton décor comme des tâches-. Mais je n'aurais pas cru que ton pouvoir ait prise sur ce démon surgit des abysses. Quoique ? Les esprits animaux développement probablement bien moins de remparts vertueux pour résister à des péchés typiquement humains. Tels que la Colère. C'était comme corrompre un bambin !

Pardonne moi mon insolente vulgarité, Balty, je ne me l'offre pas tous les jours : je conjure aux plus grivoises varices de s'empresser de ronger ce qui reste d'appareil génital à ce couard porte-poisse. Une véritable malédiction montée sur pattes ! Combiné à ta déveine naturelle, je pense que nous pouvons estimer la date de péremption de cette ridicule tribu à dans quelques minutes !

Ton capitaine a ordonné. Alors tu t'exécutes. Hinhinhin. Ne grimaces pas ainsi, c'était une anodine taquinerie. Ta survie va dépendre de la juste utilisation de ton fruit, comme d'habitude, ma pauvre larve. Te précipitant à la poupe de ce crottin de bois pourri, tu laisses d'ors et déjà mijoter l'essence du péché en tes doigts devenus luisants. Pratique pouvoir ! Cette modeste luminosité n'éclaire que péniblement ta position, mais devrait offrir un repère aux fiers boucaniers noyés dans cette avalanche de ténèbres qui s'est abattue sur votre minable destin.


TON PRIMAL INSTINCT PIÉTINÉ PAR LES GRANDES BOTTES BOUEUSES DE MA DIVINE HUMANITÉ ! DEVIENS MON DÉMONIAQUE SERF !
REGNUM PECCATI !

Il a le diable au sang ! Voilà qu'il provoque la bête !

Maxwell, qui semble s'être fait à tes grotesques excentricités comme la plèbe peut s'habituer à la pluie et aux orages, hausse les épaules et se pare d'un air confiant, avant de se diluer dans les opaques rideaux noirs ondulants autour de toi. Brusquement, ta vipère magique, travestie comme un radieux arc-en-ciel qui illumine, une fraction de seconde, cette épaisse mélasse de ténèbres, fuse contre cet oeil indiscret qui vous épiait en grognant furieusement. Et les hurlements mutent en colossal séisme. Tu viens d'injecter les sept péchés humains sous la carcasse d'un gigantesque monstre marin. T'attendais-tu à ce qu'il rebrousse sagement chemin pour partir ailleurs violer et dévorer des dauphins ? Tsssk !

Sept péchés. Sept fois plus de démence. Mais le plaisir sera sept fois plus court. Encore que je serais fort étonnée qu'en ce laps de temps où la mer et la roche improvisent ensemble une folle valse, vous n'ayez pas finis tous encastrés sous vingt tonnes de rocailles et une modeste centaine de mètres cubes d'eau salée. Quel suspense !

La barre s'emballe, les eaux s'affolent, le plafond de stalactites s'affaisse, se courbe et s'effondre : votre coque de noix se disloque. Les couinements d'un capibara s'arrachent à l'obscurité et au fracas insondable qui envahit la grotte en un concert orchestré par la faucheuse elle-même. Le monstre fait crier la caverne de douleur ! La fin se profile !


LANDSTORM ?!
ÇA TIENDRA, CAPITAINE ! ÇA TIENDRA !


Oh ! Mais pour combien de temps ? Hinhinhin. Tu auras au moins rempli ton contrat, Balty, toi qui roule, criant, sur cette balançoire épileptique qu'est devenu votre malheureuse embarcation. Tu as éloigné cet excès de la Nature, ce monstre déséquilibrant complètement le précaire équilibre de la chaîne alimentaire. Dans sa folie aveugle, il s'est emprisonné lui-même derrière de menaçantes murailles rocheuses. Et si lui s'est peut-être calmé, les forces tectoniques qu'il a déchaîné, elles, vont continuer un petit moment à jouer avec ce misérable et si indiscret navire qui s'est cru capable là où ses plus illustres aînés ont échoués. Les récifs affamés, les houles folles, les éboulements frénétiques et, finalement, l'entièreté de cette grotte se ligue contre vous.

En ce dédale dément et maudit, même le repos éternel n'est plus à votre portée, héritiers !
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Tant d'agitation pour trois vagues. Certes, elles font la taille d'un gros immeuble et surplombe notre mâture de plusieurs mètres mais de là à s'affoler et à courir partout, je trouve cela un peu excessif. Pour tout dire, à beugler de la sorte, mes oreilles saignent presque. Je ne me suis pas encore habitué à entendre de nouveau les voix humaines. Regardez moi, est-ce que je panique ? Non, je me suis simplement harnaché au mât principal en attendant que ça passe...

Tout est silence maintenant, mes oreilles sont apaisés. Je profite du moment, je savoure cette accalmie, cette oasis sonore dans le tumulte résonnant de la Flaque. Le seul point négatif, c'est que je suis la tête en bas, sous l'eau... Le navire a chaviré. Je regrette de m'être harnaché.

L'air frais balaye mon visage en le fouettant avec force et délicatesse. Je profite d'une vue imprenable sur la flaque depuis les airs. La topographie du lieu est vraiment singulière. D'ailleurs, c'est assez profitable pour mon organisme de pouvoir refaire le plein d'oxygène. Je commençais à en manquer quand la deuxième vague a remis le bateau sur les flots. La troisième vague, la plus grosse, nous a pris de plein fouet et projeter dans les airs. Oui, nous volons, c'est finalement pas plus mal d'être harnaché, question de sécurité en vol.

J'ai l'air malin maintenant, fixé en hauteur, surplombant les débris du navire qui me transportait. Il disparaît, englouti par les flots impétueux. Qui aurait pu penser que de tels vagues pouvaient déferler dans cet endroit ? Pas moi, j'y étais passé il y a fort longtemps, je n'avais jamais rien entendu de pareil. Mais je ferais mieux de penser à la façon de me détacher de ce mât qui s'est planté dans la roche de la Flaque avant de monologuer sur l'improbabilité de telles vagues. Fort heureusement pour moi, mes volatiles sont toujours fidèles, même dans les situations les plus cocasses. Ils sont alignés sur le mât, légèrement en décalage pour que je puisse tous les voir et vice-versa. Ils inclinent tous leurs têtes sur la droite et la gauche de façon simultané. Pour ma part, je suis là, allongé sur ce mât, ligoté comme un gigot, encore trempé. D'un murmure presque inaudible pour l'oreille humaine, je leur demande assistance. Volontaires, il s'approchent et se mettent à donner des coups de becs tranchants sur mes liens. Une fois qu'ils sont entamés, je termine le travail en forçant dessus avec mon bras d'acier.

Il faut que je prenne une décision, voilà quinze bonnes minutes que je contemple le vide sous mes pieds, assis sur rebord du mât. Quelle hauteur peut-il y avoir ? Aucune idée, ça semble assez haut. Les débris du navire qui me convoyait vers Logue Town ont disparu depuis longtemps, son équipage avec. Pas de quoi se faire un radeau une fois en bas, il faudra nager, combien de temps ? Je regarde le mât, il semble robuste, ça fera l'affaire. Je tente de le décrocher de la falaise en sautant en son extrémité pour faire pivot mais il ne bouge pas ou très peu. Je me résigne, je dégaine mon sabre effilé dans un silence parfait puis je tranche propre et net la branche sur laquelle je trône.

La chute fut impressionnante, le plongeon groupé aussi. Je pense que j'aurai pu avoir un 8/10 en compétition de plongeon. La pénétration dans l'eau n'a pas trop fait de remous. J'ai par contre bien galéré pour remonter sur le mât et y trouver un équilibre. Me voilà désormais en proie à l'inébranlable courant marin qui fera office de navigateur pour mon embarcation de fortune. Je dérive, profitons pour faire une sieste et se reposer pendant qu'il n'y a pas trop de bruit.

Réveil en sursaut, je viens d'heurter quelque chose. Un navire si j'en crois la silhouette qui apparaît à mes yeux embrumés. Bonne pioche, un navire. Je ne me fais pas prier, je monte à bord sans demander la permission, ce n'est pas très poli, d'ailleurs sur le pont, je suis presque attendu, des hommes se dirige vers moi, surement alerté par le bruit. Instinctivement, ma main glisse sur ma ceinture à la recherche de mon pommeau, juste au cas où. Rien. Il est vrai que j'ai confié mon arme à mes hiboux. Je suis peut être tombé sur des gens charmants, qui sait ? Les mers ne sont pas pratiquées uniquement par des pirates sanguinaires comme moi jadis. Avisons.

Je m'incline respectueusement en joignant mes mains face à celui qui semble être leur chef barbu. Je le regarde droit dans les yeux. Silencieux, comme toujours.



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Les mains de Benjamin travaillaient comme jamais. Ses bras musculeux maintenaient avec grand peine une barre devenue brusquement moins docile. Le navire entier craquait sous les sollicitations du vieux marin. Son tricorne solidement enfoncé sur son front ruisselait de l’eau sombre de la flaque. Il faut dire que de nombreuses lames avaient été soulevées par le diabolique serpent de mer. Ainsi, tous les membres de l’équipage avaient bénéficié d’une magnifique douche salée. Le fier napoléon continuait à s’affairer autour de la voilure, le poil tout ébouriffé. Balthazar poursuivait ses imprécations à l’encontre du serpent de mer. Maxwell travaillait également à réduire la voilure d’une main experte.

- PALSAMBLEU ! LE FIEFFE COQUIN VA FINIR PAR NOUS FAIRE CHAVIRER ! PAR ALL BLUE, SI JE SOMBRE ICI JE M’EN IRAI CREVER LES YEUX DE CET ANIMAL AVANT DE RENDRE MON DERNIER SOUFFLE ! FOI DE LANDSTORM !

Mais indiscutablement, l’intervention du Baron avait emprisonné pour un temps le monstre. Ne restait plus qu’à survivre à ce courant aléatoire ponctué de chutes de stalactites. Les yeux de Benjamin papillonnaient dans leurs orbites respectives. Les vagues semblaient prendre davantage de vigueur mais pire encore, un vent subit et puissant semblait se lever. C’était un de ces vents damnés qui s’élèvent dans la Flaque à la faveur d’une prise d’air improbable. Ce même vent que certains navigateurs expérimentés tentent d’éprouver. Mais Landstorm n’était pas un simple navigateur expérimenté.

- MORDIOU !  AUX CARGUES ! REPLIEZ MOI CES VOILES ! ON Y VA À SEC DE VOILE !


Ce vent trop puissant était susceptible d’emporter le navire. Il fallait donc réduire la voilure et se laisser porter par le courant en priant pour que le bâtiment tienne la distance. La tâche fut effectuée avec maestria malgré un Brixius à l’air quelque peu empoté qui manifestement n’avait pas acquis tout la science maritime nécessaire à un bon marin. Sautant du gaillard arrière, Benjamin invectiva Balthazar avant de s’adresser à Napoléon.

- Non mais qui m’a foutu un empoté pareil ! IL PRENDRAI PAS UN RIS POUR REDUIRE LA VOILURE MONSIEUR LE BARON !?  LE RONGEUR ! A LA BARRE !

Et tandis que le capibara filait à la barre, Benjamin grimpait dans le mât et se retrouva sur la vergue en l’espace d’un instant. Juché à plusieurs mètres de hauteur, il termina le travail aux côtés de Maxwell. Landstorm avait ce petit sourire du marin qui sait que le pire qui puisse lui arriver c’est de mourir en mer aux côtés de fiers à bras. Le navire n’avait plus de réelle prise au vent mais le courant restait toujours un véritable danger. Alors qu’il allait redescendre, il vit une ombre sur la coque. Nul doute, un homme montait à bord ! Benjamin sauta directement sur le pont et se retrouva à moins d’un mètre du malotru, sabre à la main et regard noir.

- CAP DE DIOU !

D’une main experte Landstorm révéla un pistolet dans sa main libre. On voyait à peine ses yeux sous son tricorne, seul restait cette redoutable mâchoire carrée.

- Créfieu ! On aime pas trop les passagers clandestins chez les frères de la côte…
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Une accalmie ! Enfin ! Les échos des grondements de la bête se répercutent loin dans les tortueuses galeries, mais loin de nous, de profonds éboulis ayant séparés le St-Margot de la gueule béante du titanesque monstre. Épuisé, je ne sens presque plus mes jointures, ne m'étant que trop bien cramponné au bois du navire. Rapidement, je m'habitue de nouveau à la pénombre, m'aidant de la lumière luisante de quelques rochers bleutés. Le noir serait d'encre sans ces quelques sources lumineuses, impossible de naviguer dans ces conditions !

- Capitaine ! Malvenu sur le pont !

L'acier chante et les pistolets cliquètent. Toi, tu couines d'un ton menaçant, mon brave compagnon.

- Bouge et je t'écorche vif, scolopendre enfariné ! siffle Brixius.
- Mh. Brixius, Landstorm, attendez.

D'une main je baisse la longue dague tortueuse du Baron, tout en m'avançant vers ce drôle d'homme qui, trempé jusqu'aux os, joint les mains dans un mutisme total. Respect.

Il y a chez l'étranger une quiétude farouche, une sagesse sauvage, de celles des hommes qui ont vu la mer et qui l'ont bue et narguée de longues décennies. Il y a sur son corps les traces d'un homme marqué, usé. La chair ferme, le cuir vieux, le poil hirsute, même mouillé, comme usé par les embruns et le sel. À ma gauche, il y a la résignation, ou bien le soulagement, d'un Benjamin Landstorm qui range ses pistolets. Il ne tirera pas sur cet homme. Et moi non plus.

Car cet homme est marin. Et que puisqu'il est marin, il n'est pas étranger sur le navire des Héritiers. De plus, tu comprendras, Napoléon, que je ne peux me résoudre à laisser un brave homme périr au fond de la Flaque de la sorte. Au moins le ramènerons-nous à la lumière… et peut-être connait-il lui-même le chemin vers South Blue !

- Dis-moi donc qui tu es, étranger.
- …
- Le Roi des Mers a mangé sa langue, ma foi ! Peut-être se porterait-il mieux si je le débarrassais de ses cordes vocales..!
- Non, regardez…

On croirait qu'il tente de s'exprimer, de parler, de prononcer d'inaudibles mais pourtant claires paroles. Cet homme sait parler, on dirait simplement que c'est sa gorge oublie d'expulser le son hors de sa bouche. Sur le visage de l'homme, il y a le découragement. Une maladie qui le touche ? Qu'en penses-tu, Napoléon ?

- Crédiou… j'ai eu vent, une fois, de la légende d'une île où personne ne parle… souffle Landstorm, l'air absent.

À ces paroles, l'homme désigne avec une certaine agitation mon quartier-maître, dans cette agitation impossible à étouffer lorsque quelqu'un devine le sésame d'une charade. Mes yeux s'écarquillent, mon cœur s'emballe. Il connaîtrait cette île légendaire ? Il en viendrait ? Il aurait donc véritablement parcouru les mers des années durant, au point d'accoster sur cette île silencieuse ?

- Parle, Landstorm !
- On dit que c'est quelque part au bout d'la Route de tous les périls… que c'est déjà rare de s'y rendre vivant… et que là-bas tu ne peux entendre que le silence, rien qu'le silence profond. C'est comme si les gens là-bas désapprenaient à parler… pas croyable… C'bougre viendrait de Silence.
- Silence… soufflé-je, imaginant déjà l'inquiétant mutisme de cette île perdue au bout des mers… Silence…
- HYAAAAAAAAAAAHAAAAAAA !
- Snizz !
- MALÉDICTION ! IL PLEUT DES TROGLODYTES ! hurle Brixius !
- Quoi ?!

Je roule de justesse sur le côté, m'évitant la lourde chute du drôle de bonhomme qui semble venir des sommets de La Flaque, chutant soudainement jusque sur le pont du St-Margot. Sans attendre plus longtemps, la lame d'obsidienne de Balthazar se trouve pour nouvelle cible la gorge de notre second passager clandestin.

- Ne bouge pas que je t'occises et te jettes aux piranhas qui doivent patienter sous la coque putride de cette épave !
- Brixius attends !

Je le repousse, il tombe à la renverse. L'homme qui gémit en se frictionnant le dos, à mes pieds, doit avoir cent ans. La barbe longue, les rides comme un canyon lui creusant le visage, la peau blême, on croirait que sa vie entière s'est déroulée dans la sombre humidité de la Flaque, alors qu'il jette des regards effrayés vers nous.



- Qu- Qui êtes-vous !
- Je te retournerais bien la question, vieil homme.

Derrière moi des lames chuintent, porteuses d'une vilaine promesse.

- JE SUIS LE BARON BALTHAZAR BLAISE BRIXIUS, PRINCE DES TÉNÈBRES ET MAÎTRE DE LA MORT ET DE SES VICES ! SOIS DONC FOUDROYÉ PAR-
- Tais-toi, cap de diou ! Veux-tu déjà rameuter la Bête ?! grogne Landstorm en barrant la bouche d'un Brixius rouge de colère. Ce vieux débris est-il avec toi, homme de Silence ? lance-t-il ensuite avec un certain agacement, craignant une embuscade de la part des nouveaux venus.

Négation de la tête du marin, si bien que je repose les yeux sur le vieillard. Il gigote au sol, tentant de t'écarte de son torse où tu t'es bravement installé, Napoléon, afin de le clouer sur place. Fin stratagème, mon ami !

- Qui es-tu vieux troglodyte ?
- Mouerf ! Tassez ce lion de sur moi ! Pitiééééé ! crache-t-il d'un timbre sifflant.
- Ne te méprends pas ! Napoléon n'est point un fauve, mais un robuste rongeur ! Haha !
- Snizz. déclares-tu humblement, apparemment touché par le compliment involontaire de notre drôle de passager clandestin, avant de te retirer dignement de son carcasse.

S'empêtrant dans ses loques, le vieux qui m'apparaît de plus en plus inoffensif se relève, tâchant de bien garder serré contre lui un vieux parchemin détrempé.

- Mouerf, je suis Humphrey Grant, chasseur de trésor !
- Que dis-tu vieille carne ? Un trésor avec lequel rincer mes dettes et paver d'or ma noble route ?! Ose me cacher ta carte et te je te déleste de tes mains !
- Brixius ! Boudiou ! Laisse-le s'expliquer… je n'suis pas certain d'aimer c'qui s'trame…

Il y a une sorte d'étincelle de folie dans les yeux fuyants du vieil homme qui se dresse devant moi. Une fascination malsaine qui relui dans les ténèbres de ses pupilles. Étrange… combien d'années a-t-il pu errer dans ces sombres galeries ?

Les tremblements créés par le Roi des Rois nous ont amenés de nouveaux passagers, apparemment. Et avec de nouveaux visages viennent souvent de nouvelles contraintes… vers quoi ce chercheur de trésor peut bien nous mener ? Toi, tu tends l'oreille, Napoléon, le museau en l'air et la tête toute dressée, alors qu'un mince et faible murmure te parvient dans les échos des cavernes.

- Je m'appelle Fallanster.
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Ah ! Ces mers sont capables de tout ! Ici nous nous sentons voisins de la folie furieuse de Grand Line. Même si je n'ai à proprement parler plus de main, je ne l'aurais pas mise à couper que vous n'étiez pas seuls coincés dans ce purgatoire de roche. DEUX, deux olibrius ! Deux vieux singes encastrés en solitaires dans cet Enfer !

... ou peut-être est-ce ce qu'ils veulent vous faire croire. Hinhinhin. Les créatures retorses et nauséabondes pullulent de plus en plus au fur et à mesure que l'on se rapproche des frontières du monde connu ! Car les sinistres engeances qui parviennent à percer les pièges fourbes tendus par le terrible tandem qu'est l'homme et la nature, doivent obligatoirement se montrer tout aussi sournois pour se hisser sur les trônes qui culminent là-haut. Aucun homme en ces mers n'atteint le sommet sans s'être empilé un escalier de cadavres pour se faciliter la tâche !

L'un qui semblait avoir perdu sa langue jusqu'à ce qu'il se risque à bafouiller son joli nom comme un bambin ! Ses yeux sont de vraies perles incrustées dans des orbites pleines de vase ! Et sous ce regard vitreux, un corps buriné et gribouillé de tatouages qui rappellent effectivement bien les excentricités de certaines plèbes de Grand Line !

L'autre... Oh, je me demande déjà comment il tient debout. Plus blanc que l'outremonde, ses cotes perçantes ses muscles sous un thorax qui le trahit, son système digestif doit sévèrement rouiller, et avec cette atmosphère humide, peut-être y cultive-t-il des champignons ? Mais surtout... Cette marque... Hinhinhin. Un esclave. Il n'est pas ce qu'il prétend être. Il ne le fera pas croire à un noble, à la caste de ceux qui le tenaient en laisse autrefois. Maudit cocker ! Nous devrons le rendre à son maître !

Penses-tu que Maxwell va les laisser vous chaparder votre navire ? Peut-être ces deux trublions ont-ils fait alliance pour s'échapper du ventre malade de Red Line. N'oublies pas que tu te transformerais en une bien légère enclume si tu chutais là-dedans, Balty ! Sans bateau, tu retournerais aussitôt à ta condition de sac à protéines pour la charmante faune marine locale.


FALLANSTER ? PARLES ! NE MURMURES PAS ! TU NE SAIS PAS MENTIR ? NE VEUX-TU PAS NOUS EXPOSER TA LANGUE FOURCHUE ? J'AI ÉTÉ CHASSEUR D'ORDURES, MISÉRABLE, JE SAIS RECONNAÎTRE LE FUMET SI CARACTÉRISTIQUE DE LA VILÉNIE ! TU SENS ET TU COUINES COMME UN RAT !
...
Baltha...
Et GRANT ! CHASSEUR DE TRÉSOR ! AUSSI DÉCRÉPIT QUE SON COLLEGUE ! CHASSEUR DE TRÉSOR, l'entendez-vous ? Je vais vous dire ce qu'il chasse, marauds ! Il chasse la LIBERTÉ ! Qui ne sait pas ce que signifie ce symbole -POURTANT SI ÉLOQUENT, IGNARES DES SAVANES !- ? Ce sac à glaires est un ANCIEN ESCLAVE ! IL A DU ÉCHAPPER A SES ANCIENS MAÎTRES QUI AVAIENT SÛREMENT PAYÉS UNE FORTUNE POUR SE LE PROCURER ! L'INGRAT SANGLIER ! L'OUTRECUIDANTE FRIPOUILLE ! QU'AS-TU FAIS DE TON COLLIER, CANAILLE ?!
M-Merde ! Vous êtes des esclavagistes ! On fait jamais d'bonnes rencontres dans la Flaque ! C'est trop tard pour m'échapper, hein ?!
Pas du tout ! Nous sommes les Héritiers. Fier et noble...
NOBLE ! QUEL GRAND MOT TU EMPLOIES LA !
... noble équipage de pirates. Nous transportons à notre bord toutes les valeurs qui ont fait rêver des générations entières avant nous. Notre unique raison de nous battre est un lendemain purifié des hantises du passé. Est-ce ce que tu convoites, Grant ?
Euh...
Et toi, Fallanster ? Tu es peu bavard mais tes yeux disent beaucoup.
...


Je ne nierai jamais que l'oisillion blondinet qui te sert d'oiseau de proie est un... coriace orateur. Un instant de franchise, Balty, te décrisperait-il ? Non, vraiment, tu es tout nerveux, contracté de colère ! Tu risquerais de me faire exploser tes hémorroïdes à oppresser tes sphincters ainsi ! Calmes-toi, et écoutes mon analyse...

Bien : je trouve que Maxwell a le verbal d'un duc, d'un roi, d'un empereur, de l'une de ces têtes taillées pour supporter le poids écrasant d'une couronne. Très ironique, n'est-ce pas ? Ces discours grandioses sortis du gosier d'un jeunot arrogant aux fantasmes déraisonnablement hypnotiques ? Tsssk ! Voici un enfant fort dangereux ! Il attendrit les grands et les ramènent dans son univers tapissé de guimauve ! La preuve en ce Benjamin qui boit ses paroles comme du rhum. Saoul de ses mots, il semble encore s'être endormi dans de doux rêves roses. Pathétique. Un vieux briscard lâche qui se rallie aux rangs d'un chaton qui n'a encore jamais rencontré de bulldog. Pathétique... mais socialement parlant, très intéressant.

Fallanster et Grant, donc. Eux aussi sont surpris. Et convaincus, un peu, peut-être ? Pas déjà, tout de même ? Tu es le premier à reprendre parole dans votre petit comité. Le premier à reprendre tes esprits et a ne pas t'être laissé sombrer dans d'abyssales rêveries, j'entends.


Combien de siècles avez-vous erré ici-bas, minables ?
B-Beaucoup trop, si vous v'lez mon avis ! Mais ça s'compte quand même plus en années qu'en siècles, bwéhéh...
TU NE PRENDRAS PAROLE QUE LORSQUE JE TE L'AURAI PERMIS, L'ÉPAVE !
N'as-tu pas vu Fallanster nier que ce pauvre bougre l'accompagnait ? Pourquoi voudraient-ils nous voler un vaisseau si délabré ?
Ça m'fait mal de l'admettre, mais l'nobliau a pas tort. Y restent des clandestins. Faut qu'on soit prudents. Qu'on les fouille... Qu'on s'assure qu'on court pas d'dangers à leur tourner l'dos.


Le corbeau muet, l'oeil livide, fixe et d'une profondeur à s'en perdre la rétine, lève d'un geste brusque les deux bras. Une invitation silencieuse à le fouiller. Quel culot ! Faute d'être parvenu à entourlouper ce joyeux équipage de troubadours niais, il se réfugie dans de grossiers subterfuges ! Voyons, où peut-il donc dissimuler sa lame cachée ? A moins qu'il s'agisse d'un coriace et sournois pouvoirs hérités d'un démon fruité ? Ce n'est pas au vieux singe que l'on apprend à faire la grimace ! Et à la grimace, oooh ! Tu es le premier, Balty ! Qu'elle est ignoble, celle que tu nous sers ! Tes muscles faciaux doivent être tels une viande gâtée que l'on modèle au coutelas !

Une autre STRATÉGIE pour attiser notre empathie ! ... ALLONS ! MAXWELL ! LANC... LAN... LANDWORM ! Je vais vous ARRACHER les paupières, ainsi vous y verrez peut-être mieux ?
Le mât te manque, moussaillon ? T'as d'jà oublié qui est ton capitaine ?
Hmm. Toi, Grant. Tu disais être chasseur de trésor ? Est-ce la vérité ?
...
Grant ?
...
Allons, il est devenu muet lui aussi ?
Je ne suis pas muet.
Si je parle, il va me...
PARLES !
AAH !
Notre ami Brixius est certes un peu brusque, mais s'il était complètement aride de bonté, il ne serait pas parmi nous. Tu peux raconter ton histoire, nous t'écoutons. Euh... Et toi, Fallanster, tu peux baisser les bras.
...

Hmm... Peut-être l'ai-je jugé un peu vite. A moins que ce vieillard ne soit un marrionnetiste hors pair -ce dont je doute au vu de son tatouage- sa lâcheté et sa sincérité viennent toutes deux de m'être prouvées. Il est terrifié. Et parmi le panel d'émotions -berk ! quelle horreur !- qu'une âme humaine normalement constituée est capable d'éprouver, la peur est à la fois la plus traître et la plus complexe à simuler. La délicieuse frayeur qui trempent en ses pupilles argentées braquées sur toi... Elle est le plus bel aveu de sa franchise.

...

Tu ne partages pas mon opinion ?


COMMENT ? SUIS-JE LE SEUL A AVOIR GARDÉ L'USAGE DE MA JUGEOTE ? -désolé, maman !- Tes rêves esquintent ta raison, Maxwell ! Vas-tu nous extraire ces deux tiques de la carcasse croûteuse de notre coquille... ou dois-je moi-même les ouvrir pour vous démontrer par l'OBSERVATION que leurs entrailles sont NOIRES DE POURRITURE ET DE MALHEUR ?
Si bruyant
G-J-J'ai rien à voir avec lui, j'vous dis ! Rien ! J'me casse ! J'me casse, si c'est que vous voulez ! M'tuez pas !
Personne ne s'en va ! Restez, Grant !
Mais quand donc apprendras-tu à fermer ton nauséabond clapet, blanc-bec ?
Tu voulais accepter ce lièvre parmi nous, Benjamin ? PARCE QU'IL TE RESSEMBLE, PEUT-ÊTRE ? Fuis ! FUIS, CORNIAUD ! OUI, VOILA ! J'ESPERE QUE TES OS RÉGALERONT L'OBSCURITÉ ! IL FUIT ! GHINHINHIN !
Trop bruyant.
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Je suis partagé entre la reconnaissance pour l'accueil reçu et l'envie de meurtre sur les deux gueulards de cet équipage. Il n'y a pas lieu d'hurler. J'ai des acouphènes et des maux de tête. J'ai du retenir instinctivement ma main à deux reprises pour m'éviter de trancher la langue du squelettique qui jacte à tout va. Avant, il aurait déjà été pendu par la langue à un hameçon au dessus de Calm Down mais ça c'était avant. Maintenant je suis détendu, décontracté, j'inspire longuement, profitant de l'air marin.

Nan en fait c'est pas possible, il continu à baver, sa bouche est un vrai débit de conneries. j'interromps un peu toute cette agitation par un mouvement de main qui déclenche un ballet poétique sur le navire. Une invasion de chouettes et hiboux en tout genre et aux multiples couleurs s'entrecroisent dans un splendide concerto aérien dans un silence profond et salvateur pour mes tympans. Même le bavard continu d'ouvrir la bouche mais rien n'en sort, subjugué par ce moment de grâce. Bon, ça ne dure que 30 secondes après il vomit sur les oiseaux, trouvant à redire sur n'importe quel détails et toujours avec ce niveau agressif pour l’ouïe. Par bonheur, j'ai une chouette au transit intestinal compliqué qui fait ses besoins sur demande. D'un geste passant inaperçu pour mes sauveteurs, je lui demande de se soulager depuis les airs en visant la bouche de l'autre moulin, ce quelle fait sans tarder.

Il semble étouffer, suffoquer et presque en silence. Je jubile, mais intérieurement, ce serait déplacé sinon. J'en ai profité pour me faire rapporter mes armes, j'pense que ça ce n'est pas passé inaperçu, enfin, surtout quand j'ai dégainé mon arme. J'ai senti une tension, mais je n'avais nul mauvaises intentions. D'un geste souple et tactile, pendant que mes volatiles se disposaient aux quatre coins du navire, je gravais, délicatement mais avec grande dextérité sur un morceau du pont, qui serait voué à la charpente de toute manière, l'inscription suivante, en tout simplicité, mieux qu'une longue tirade.
Rokade ?
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Tous se figent. Du vieux Grant manquant se jeter par-delà la rambarde jusqu'à un Brixius gueulant sa haine au monde. Fantastique et symbolique rappel à l'ordre, une envolée complète d'oiseaux, de tout origine, de toute plume ou espèce, tournoie là-haut, entre les stalactites et le mât. Ils ne piaillent pas, nuée de silence accompagnant l'harmonieux ballet de Fallanster, ils nous hypnotisent. Dans un mutisme respectueux, empreint d'une fascination enfantine, nous nous cassons le cou à admirer le vol des rapaces. Le battement de leurs ailes ne suit pas le cours du temps, comme au ralenti dans l'air paresseux des cavernes. Ils dansent sous nos yeux ébahis, sous les projecteurs glauques que sont les lueurs des galeries. Ils planent dans les entrailles du monde avec la quiétude du rien, oubliant le ciel qui leur manque et nous manque, caressant les parois du revers de leurs plumes avec la grâce du vent. Non. Mieux que le vent, car même cet intraitable seigneur de la surface ne peut que difficilement souffler si profondément sous terre. Et s'il le fait, ce n'est que tordu par les immuables parois grondantes des tréfonds du monde. Eux, ils sont libres, les oiseaux, même au cœur du monolithe, ils piquent, planent et tournoient dans l'air immobile des grottes.

Et lui, Fallanster, il leur dictent cette liberté. Il trouve l'impossible et leur fait l'accomplir, ici, au fond du monde. Il est fils de la Mer. Mais le père du Vent.

Il est à sa manière un Héritier. D'une tradition ancestrale de l'amour des belles choses. Il a vu le monde et sait composer sur le même rythme que sa symphonie.

- …Tu dois venir avec nous…
- Capitaine ?
- Fallanster… nous allons vers Rokade. Accompagne-nous jusque-là, peu importe les desseins qui te guident vers cette île d'hommes libres. Accompagne-nous et jure-moi que si, seulement si, tu te sens une quelconque attache envers les Héritiers, tu prendras la mer avec nous. Jure-moi que si notre aventure te semble Juste et Noble, tu deviendras à ton tour un Héritier et nous suivra jusqu'au Nouveau Monde, là où je serai appelé à devenir Empereur.

Des étouffements sonores se font entendre, puis, crachant le guano lui badigeonnant la bouche, Brixius explose.

- BOUGRE D'ÂNE BÂTÉ MAXWELL JE-
- Silence Brixius !

Ton incisif, œil de défi. Je plisse les yeux avec agacement, le Baron, lui, déglutit et se ferme le clapet. Il peut bien exprimer son désaccord, mais il y a une limite qu'un capitaine ne peut accepter que l'on ne dépasse. Je suis peut-être tolérant, voire malléable, mais il sait tout autant que moi que je suis prêt à sévir pour faire de lui un véritable pirate fidèle. Pour mater Balthazar, je ne peux d'abord que compter sur la peur que je lui inspire à travers mes conséquences, il sait qu'il n'a nulle part où aller pour rester en vie. Toutefois, s'il a peur maintenant, j'espère que de cette peur naîtra une véritable loyauté. Le voir se taire ainsi est déjà un bon début. Fier de la réaction du Baron, tu viens t'asseoir juste à côté de lui pour le surveiller, mon cher Napoléon, tout en narguant l'ectoplasmique comtesse qui fulmine tout près.

- Olah ! Ne bouge plus toi ! lance Landstorm en braquant un pistolet vers Humphrey Grant qui, après s'être laissé lui aussi impressionner par le ballet des volatiles qui, désormais, se posent de par et d'autre sur le St-Margot, tente de prendre la poudre d'escampette.

- Que-woaah !

Le Landstorm le soulève par le collet avant de le rassoir douloureusement sur le pont. Secoué par les gestes brusques du marin, le vieux en vient à échapper un intéressant bout de papier. Plus rapide que quiconque lorsqu'il est question de s'enrichir, Balthazar est le premier à se jeter sur la carte. La déroulant d'un coup, ses yeux s'illuminent d'un éclat tout aussi malsain et brillant que celui qu'affichait Grant.

- Alors tu ne mentais pas vieille carne ! Tu possèdes véritablement le sésame menant à d'innombrables richesses !
- Oui ! Rendez-le moi ! Cette carte mène va me rendre riche ! Elle indique l'emplacement d'un trésor caché, ici, quelque part dans la Flaque !
- Voyons voir…

Je m'approche, curieux à mon tour… C'est le vent du mystère et de l'aventure qui s'immisce dans les profondeurs de ces galeries. Landstorm et moi passons la tête au-dessus de l'épaule de Brixius, Fallanster, lui, nous pousse un peu pour voir à son tour.

Un frisson me parcoure l'échine lorsque je décrypte l'écriture usée et coulante du vieux parchemin.

- Cap de diou…
- …Ses richesses, ici ?
- Impossible…

Le trésor du Capitaine Crow.
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Le trésor du manant qui suivit dans sa chute le presque empereur Percecoeur. Je connais fort peu de choses concernant ce cadavre pourrissant dans les sordides catacombes de l'Histoire. Il n'était que l'une des ombres s'attachant paresseusement à la confortable emprise de plus puissant que lui, un second rôle inintéressant comme il en naît plein parmi les déchets qui se lancent dans la piraterie. Mais dans sa dévotion, le corbeau fut capable, paraît-il, de réunir pour son capitaine un butin considérable, probablement bien plus que ce que toi tu as pu gagner en t'acharnant dix ans sur de malingres primes, mon pauvre Balty.

Probablement a-t-il été gobé par la Flaque, peut-être misérablement un récif l'a éventré, s'est-il écrasé dans une impasse, peut-être une bestiole l'a-t-il dévoré vif. Et avec lui son trésor propulsé dans les limbes et l'oubli, mais conservant une place de choix dans l'imaginaire des rêveurs et des cupides.

Une guirlande d'yeux s'illumine. Dont les tiens, Balty, luisent d'un brun et malsain éclat.

Où as-tu déniché ça, Grant ? C'est une vraie ?
Je... Je dévoiles pas mes sources !
Devrais-je t'extraire les intestins par le nombril ? CE SÉSAME EST-IL AUTHENTIQUE, MARAUD ? *keuf ! keuf !*
Ouiii ouiii ! T-Totalement au-autha-authistique ! Ça fait dix ans que je suis sa piste, et...
Rarrrrk !
Il doit te rester encore un peu de crotte au fond de la gorge, Balthazar. Lâches donc la carte et pars boire un coup pour te déboucher ça.
RARRRRK !
Rien à faire, les paluches de c'rapace sont crispées sur l'papier !
C'est ma carte... C'est ma carte...
Dix ans. Toujours aucune piste ?
... Non.
Mon pauvre diable, peu importe d'où tu nous sors cet' chose, t'as du t'faire rouler en beauté...
Avouez néanmoins, mes amis, qu'il serait dommage de passer à côté d'une si belle occasion de voir à la fois la couleur de l'or et celle de l'aventure !


Allons bon ! Il pose son projet avec une jovialité tout infantile : partons donc nourrir les boyaux nécrosés du ventre de Red Line, à la recherche d'un fantasme de richesses, avec pour seule boussole la carte mitée d'un vieux rat désespéré. A l'instant même où la chance insolente de cet équipage de saltimbanques le quittera, tout les insensés paris de Maxwell te retomberont dessus, Balty ! Tu tentes d'apporter tes pierres aiguisées à la conversation, mais tu ne parviens qu'à gargariser les déjections qui ont formé une toile blanchâtre autour de la glotte. Alors tu rougis et te gonfle comme un ballon de baudruche, et adresse quelques gargouillements haineux au muet parlant, qui se satisfait de te voir ainsi patauger dans ton humiliante situation. Comme je le comprends !

Arrrk ! ARRK !
Hm ?


Il a habilement mené son tour et trompé son monde. Sous ses airs peu loquaces et peu finauds, Fallanster est finalement le plus malin d'entre tout les mulets qui alourdissent la carcasse de cette coquille agonisante. Maxwell a accepté de lui servir de taxi pour Rokade et Benjamin n'a cru bon de ne poser aucune objection. Quant à toi, hypnotisé par la carte, l'examinant sous tous les angles, raclant sa surface pour diagnostiquer l'état de son papier, et en guettant la moindre incohérence qui permettrait de condamner son authenticité, tu étais trop absorbé par ton avidité pour prendre note de la culottée requête du grand dur tatoué à la langue timide. Une douloureuse plaisanterie !

Le One Piece...
Comment ?
Ici, dans la Flaque... J'm'attendais pas à l'trouver en deux minutes, vous voyez, c'est le One Piece... Ça bouffe une partie de l'existence...


Quand ai-je raté leur transition ? Ne parlions-nous pas de l'argent de poche du capitaine Crow ?

Je ne te suis pas, Grant. Tu cherches aussi le One Piece ?
Non ! Mon trésor EST le One Piece !
Je crois que tu confonds...
Crédiou !


Le vieux débris à l'esprit visiblement ruiné s'attache au col de Maxwell et le secoue. Soutenant que le trésor du capitaine Crow est égal au One Piece. Oui, décidément, je crois avoir manqué un chapitre. A moins que je ne tente de dégager une logique dans le comportement d'un ermite attardé qui n'a trouvé de compagnie en dix ans que la Mort qui l'a toujours suivi de près ! Cet esclave est hors service : complètement cassé. Il ne servirait rien de s'échiner à le rapporter à ses maîtres, son caractère dysfonctionnel me semble passablement dangereux. Le voici en larmes, maintenant. Sa tête pivote vers toi, Balty, tandis que ses perles humides de cocker bâté plongent sur sa-ta carte.

C'est ma dernière chance de remplir ma vie ! Me la prenez pas !
Qu'est-ce que tu racontes ? Nous allons t'emmener avec nous, bien sûr ! Que cette carte soit véridique ou non, nous aurons plus de chances de le découvrir tous ensemble !
Toi, tu m'as l'air d'être un imbécile compétent ! Ça survit dix ans en enfer mais c'est pas foutu d'reconnaître des alliés quand ça en voit !
Alors vous n'allez pas me piller ? Ni me tuer ?
... Tu ne l'avais pas encore compris ?
J'me sens tellement soulagé...

C'est qu'il est sincère, le simplet ! Il tombe sur un troupeau d'agneaux et les confonds avec des loups ! Il n'a décidément plus l'esprit à la bonne place ! Qu'en penses-tu, Balty ? Exprimes-toi donc tant que ta douce et subtile verve peut percer le barrage de fientes installé sur ton palais !

Crre trrrésorrr ! JE RRRETOURNERRRAI CHAQUE PIERRRE DE CE PUTRRRIDE DÉDALE POUR M'EN EMPRRARRRER !
Euh...
Il dit qu'il n'y a plus une seconde à perdre, et il a raison ! Notre séjour ici ne fait que commencer !
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Impossible à croire. Les maléfiques pattes emplumées du Capitaine Crow se seraient donc posées, autrefois, sur le rugueux parchemin que Landstorm étudie. Sous les yeux de mon quartier-maître s'affichent, peu à peu, les sombres et occultes trajets du volatile. Il comprend les galeries et les boyaux qui se dessinent sous ses yeux, le brave Landstorm, et le sombre vol du Corbeau se dessine dans les cavernes. Appuyé contre le mât, juste derrière lui, j'admire la concentration fascinée avec laquelle le marin décortique la carte, comprenant de mieux en mieux les chemins à emprunter pour retrouver le trésor du Capitaine Crow.

- Tu y arriveras, mon brave ?
- Peuh ! Ce vieux bougre n'a simplement pas l'sens de l'orientation ! Il ne sait même pas lire de carte si ça s'trouve. Si je ne retrouve pas c'sacré trésor, je complimente Brixius !
- Héh… Espérons que ça n'arrive jamais, ça lui ferait trop plaisir.

D'un pas décidé, le Landstorm se dirige vers le gouvernail, l'empoigne et jappe quelques commandes. En moins de deux, le St-Margot, ou ce qui en reste, grince, puis reprend sa lente progression dans les canaux souterrains de La Flaque. L'aventure était déjà à nos portes lorsque nous avons pénétré les profondeurs de Red Line, mais à croire qu'il nous serait donné, si tôt, d'emboîter les pas d'un grand pirate..! La légende du Percecoeur et de sa flotte colossale ont suffisamment fait la une, alors que je travaillais toujours à la botte du Gouvernement, pour ne pas m'être inconnue. Aussi habiles, malins et puissants ces différents pirates pouvaient-ils être, je ne peux désormais que cracher sur l'ascension du presque-empereur.

Pirate corrompu, osant pactiser avec d'autres hommes de petites valeurs comme le Corsaire Greed, rien chez Percecoeur, si ce n'est son respect de l'adversité, ne m'inspire une quelconque reconnaissance de son règne futile et éphémère. Il ne pouvait prétendre, de par ses lacunes, à une véritable place au panthéon des pirates. Comme Icare, il s'est embrasé à son apogée, effleurant de loin le rêve qu'il caressait, faut d'y avoir accédé par le véritable chemin : celui de la flibuste libre et du voyage. Crow ne vaut pas mieux que feu son maître, aussi bien profaner son héritage et l'investir dans nos desseins justes.

- MAIS CESSE DONC TES ÉLUCUBRATIONS FANTASQUES ! IL N'Y A NUL ONE PIECE DANS LES INTESTINS PUTRIDES DE CE CONTINENT POURRI ! OSE À NOUVEAU M'ASSAILLIR DE TES RÊVES STUPIDES ET JE TE CRÈVE, VIEUX RAMASSIS DE CROTTIN BOUEUX !
- Pitié…
- M-M-Mais je le jure ! Il peut pas y avoir de trésor aussi bien caché sans que ce soit le One Piece lui-même ! Pensez-y ! Dix ans pour le retrouver ! Dix ans ! Ça ne peut qu'être le trésor des trésors !
- Hum… Pourquoi tiens-tu tant à le retrouver, ce trésor, Grant ? Ne t'est-il pas passé par la tête qu'une vie t'attendait à la surface ?
- Une vie ? Pouah ! s'esclaffe-t-il dans sa barbe. J'ai tout perdu voilà longtemps ! J'étais charpentier professionnel avant ! Puis j'ai tout perdu… vendu comme esclave… je n'ai plus rien que cette carte !
-  Et d'où le tiens-tu, ce vicieux papelard tâté par les mains des pires scélérats ?!
- Je l'ai volé à mon contremaître… Il l'a gagné lors d'une enchère.
- Comment ?! Une enchère ? Vois-tu Maxwell, de tes petits yeux naïfs, que nous n'avons aucune garantie de vers où nous mène ce traître ?
- C'est Landstorm qui nous guide, Brixius… Nous verrons bien assez vite si tout cela n'est qu'un canular. Je te préférais quand ta gorge était glaisée par la fiente…

Quelle ironie, tout de même, que l'un des meilleurs navigateurs des Blues puissent trouver le chemin du trésor en moins d'une heure, alors qu'un pauvre vieillard a mis dix ans pour n'en deviner que la piste… Je plains la vie d'Humphrey Grant, aveuglé par l'avarice et le désespoir, maudit par la marque brulante des Dragons Célestes. Je crache sur ces hommes sans cœur qui osent briser ainsi le destin paisible d'un honnête artisan. Ce sont toutes ces petites histoires, tristes et impensables, qui me font haïr le Gouvernement un peu plus chaque jour. Sa politique globale n'est qu'un pastiche de démocratie, mais ses élites, elles, incarnent une véritable foire d'abus et d'écarts moraux.

- Tu dis être charpentier, Grant ?
- Oui. Hmph ! Je me spécialisais dans les mobiliers et dans le travail du bois… ses yeux brillent soudainement d'une lueur malsaine, de la même qui éclairait son visage lorsque son trésor était mentionné, plus tôt. Mais je pourrais très bien réparer votre navire en pieux état… si vous m'aidez d'abord à trouver le One Piece !

Le One Piece… Certes. Je tire un demi-sourire triste devant la pathétique folie du vieil homme. Ma main se tend, il la serre.

- Marché conclu, Humphrey Grant… Hm ? Mais qu'est-ce que c'est ?

Tu couines, perché sur la proue, mon cher Napoléon ! Tu couines avec inquiétude car devant nous s'élève, sous les phares glauques des cavernes, un colossal rocher sombre. Il crève les eaux calmes de La Flaque. Eaux qui s'ouvrent d'ailleurs sur ce qui semble être un lac souterrain, dont le centre est le roc. Tes yeux détaillent le monolithe, Napoléon, et tu déglutis. Tu déglutis car tout comme moi tu te rends bien compte que la montagne n'a d'autre forme que celle d'un monumental corbeau, toutes ailes déployées.

- Cap de diou…! C'est la Volière !
- Comment ?
- La Volière ! maugrée le Landstorm, son tricorne jetant une ombre sur son regard. On dit du côté d'East Blue que l'Mauvais Présage se serait creusé un nid, quelque part sur les mers. Un endroit où tous ses foutus piafs pourraient revenir se reposer, peu importe leur position sur Grand Line… À croire que ce s'rait ici…
- Fais nous accoster, Landstorm. Si le Capitaine Crow a bien caché son trésor sous Red Line, c'est ici qu'il se trouve…
- La voilà ! L'antre du One Piece ! Après tout ce temps !
- Tss…
- Il n'y a plus qu'une solution pour trouver les richesses de Crow : explorer son antre. Et pour ça, il faudra se séparer.
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SE SÉPARER !
Une objection, Brixius ?
Es-tu donc résigné à nourrir docilement les abominations qui errent dans ce terrier de chacals ? Désires-tu que je te bourre ton affreux bec de PERSIL afin de gâter le gosier de Red Line ?


Cette fosse à purin qui te sert de gorge émane de bien stridentes pulsations. Qui traduisent d'une façon étonnamment sereine -crains-tu un nouveau bombardement de fientes ou tes cordes vocales engluées dans leur marais de crottes peinent-elles à se déployer en grand ?- une inquiétude assaisonnée d'une colère dirigée contre l'insouciance du blondin déluré qui se prétend ton dresseur. Il déblatère d'horribles sornettes qui déclarent la guerre au bon sens avec une banalité des plus affligeantes.

Tu savais déjà ce qu'était la Volière, Balty, l'un des torchons que tu lisais à l'époque où ta langue venimeuse ne faisait pas encore systématiquement écho à tes coutelas hystériques l'enseignait. Un infâme manuscrit empli d'âneries tout juste bons à essuyer des fesses rugueuses de boucaniers glorifiait ce lieu. Les péripéties de Percecoeur me sont bien étrangères. Des aigles fiers qui se hissent dans les sommets avant d'être retournés par le premier vent qu'ils ont sous-estimé, il y en a masses, ils s'entassent en charnier en guise de tapis océanique. Il en va de même pour les corbeaux, n'est-ce pas ! Il ne suffit pas d'avoir des ailes pour convoiter la conquête des cieux.

Percecoeur a été un raté, une légende déchirée tandis qu'elle s'écrivait. Crow était pire encore. Tout juste une tâche d'encre dans le coin d'un vaste portrait. Il ne reste de lui que ce temple qui grave dans le ventre de Red Line sa honte, une tumeur douloureuse infligée à la Nature. La postérité devrait être réservée aux rares hères qui la méritent. Malheureusement, n'importe quel rejet de placenta muni d'un burin et d'un marteau peut signer le monde à sa modeste échelle.

Je ne faisais pas référence à toi, Balty, décrispes donc le magma de chair bouillant qui te sert de muscles faciaux. Tu ne sais pas sculpter, toi.


Les alentours de cette ridicule figurine doivent grouiller de SPECTRES et d'IMMONDICES recrachées par les abysses !

Oh, la statue constitue un spectre en soi. Le passé meurt puis gratte sa tombe de l'intérieur !

Des ruines abandonnées, Balthazar ! Elles ne nous mangeront pas. M'est avis qu'elles doivent être l'un des lieux les plus sûrs de cet enfer, en même temps de l'un des plus vastes. Plus vite nous aurons quadrillé ces lieux, plus vite nous serons fixé sur leur contenu...
Le One Piece ! M'attend ! Dix ans qu'il me nargue et aujourd'hui qui me montre sa jambe plantureuse, cette catin !
... et plus vite nous en ressortirons, si possible en vie. Il nous faut des torches, ou des lanternes. Et nos armes, naturellement. Fallanster, Grant ? Vous savez vous défendre ?
Je me débrouille.
On ne se "débrouille" pas dans la Flaque, foutriquet, on y MEURT DANS LES PLUS PLATES SOUFFRANCES ! Si tes compétences martiales se révèlent aussi malingres que l'asticot anémique qui te sert de langue, AUTANT DE SUITE T'ASSIGNER LE RÔLE DE CAPELAN !
Je sais tuer.


Joins-t-il à l'éclat menaçant d'une lame guettant depuis son fourreau quelle bruyante gorge elle pourrait interrompre... à jamais ! Il n'est guère homme de mots mais sa muette brutalité en raconte bien plus que toutes tes palabres, mon pauvre Balty !

J'ose espérer que ça ne sera pas nécessaire, ce n'est pas avec du sang que je veux écrire la légende des Héritiers !
Avec modération.
Moi, je... euh...
Hmmm ?
J'sais pas trop me battre, gnéhéhéhé...
Crois-tu que tes os feront du bon bois pour colmater les plaies de notre épave ?
V-Vous m'faites peur ! Vous m'faites peur ! Le blond dit qu'vous avez bon fond, mais vous m'faites peur !
Mais à quoi serviras-tu d'autre si tu ne sais PAS te défendre dans PAREIL MONDE ? FARDEAU DE VIEILLE CHAIR PUTRIDE ACCROCHÉ COMME UN BOULET A NOS BASQUES !
Mais... Je... suis un bon charpentier... je crois...
Va vraiment falloir qu't'apprennes à ignorer c'que bave le nobliau si tu veux éviter d'te ronger les sangs pour des bêtises, pauvre bougre...
Landstorm, tu te sens apte à veiller sur notre charpentier ?
Si par veiller, t'entends lui enseigner à n'pas baigner dans sa pisse à la première frayeur venue, parbleu oui, mon capitaine. Ça m'épate qu'un p'tit vieux fragile de ton calibre ait pu survivre ici dix ans sans avoir à coller la moindre mandale. Soit j'te sous-estime drôlement, soit t'as une veine sidérante. J'rechigne pas à escorter un porte-bonheur sur la terre ferme...
Gnhéhéhé ! ... c'était un compliment ?


Phacochère... cinquantenaire ? Soixantenaire ? Bien trop âgé pour être honnête. Son âge mental, je ne l'estime qu'à un chiffre. A moins qu'il ne mime la naïveté pour mieux vous entourlouper, mais cela m'étonnerait fort. Il pue la peur. Ce n'est qu'un ignoble marmot qui a grandi trop vite, et qui aujourd'hui est comme égaré dans la cour des Grands.

Hum...Tu es un utilisateur de fruit de démon, Baron...
Surveilles ton langage ! Je ne suis pas "un" utilisateur, mais le GÉNÉRAL DÉMONIAQUE de la légion des VICES et des INFAMIES ! Suprême COMMANDEUR DES ESPRITS MORTELS DONT J'ARRACHE A LOISIR LA PURET...
Ça te fait un handicap de taille ! Très ennuyeux...
Comment ?!
Tu sais pas nager ! Aussi gracieux qu'une ancre au fond d'l'eau, pète-haut ! S'il y a un boulet sur c'pont, c'est bien toi, foi du Landstorm ! Tu vas t'retrouver bloqué à la première petite flaque, là-dedans. Et j'te dis pas si les courants décident de nous la faire à l'envers, au retour. Si quequ'chose foire, ce sera toi l'premier à piquer un long roupillon dans les tréfonds.
UNE CONTRAINTE RIDICULE PERDUE A L'OMBRE DE MES GIGANTESQUES RESSOURCES !
Ça graille l'une de ces saloperies d'fruits sans calculer qu'c'est cerné par l'océan ! Typique du tocard avide !
OH, CE VIEUX BOUC SIMPLET QUI RÉVELE SA PUANTE INGRATITUDE ! MES FARAMINEUX DONS NOUS ONT DÉJA SAUVÉS PAR TROIS FOIS ! Ma seule présence a suffit à encastrer dans une IMMENSE MACHOIRE DE ROCHE le serpent impie que tu as conduits à nous traquer ! Mon DÉMON a exorcisé le TIEN !
En nous flanquant un séisme par-dessus les tempêtes ! Faut pas compter sur Monsieur Birxousse pour nous extirper des folies qu'il déclenche, hein ? C'est l'Homme à la barre qui fait la différence en bataille navale, triple buse, pas l'saltimbanque avec ses fariboles de cirque !
Je pourrais essorer ton coeur DU PEU DE NIAISES VERTUS QU'IL CHARRIE simplement en te pointant du DOIGT ! JE SUIS LE DAMNÉ GÉNITEUR DE TOUS LES DÉMONS, COMPRENDS-TU ?


Deux volatiles apposent leurs ombres sur vos pouilleuses tignasses ! Aimable geste de l'innocent muet qui a trouvé la parade idéale pour couper la voix des gêneurs, ne serait-ce qu'une poignée de secondes. Suffisant pour préparer le terrain à Percebrume, torse fièrement bombé et pattes vissées dans ses bottes, qui invoque toute la verve dont il dispose pour prolonger ce trop éphémère temps mort !

Ton pouvoir est fantastique, Brixius. Ce concept de modeler le Mal qui déforme le coeur des êtres me répugne autant qu'il me fascine. Tu m'as prouvé, par trois fois, effectivement, qu'il renversait une situation comme les vents de Grand Line retournent des navires : avec facilité, avec brutalité. Ce n'est pas un innocent tour de magie, mais une arme, dont tu connais l'ampleur. Mais cela prévaut pour ton pouvoir ainsi que pour toi-même, Balthazar : quiconque commet le Mal est capable de Bien. Ce ne sont que les deux facettes de n'importe quelle âme ici-bas et, à la manière d'un balancier, lorsqu'on s'élève trop d'un côté, on finit par retomber et se balancer de l'autre.

Tu dénicheras ce Bien en ton pouvoir et en toi-même, un jour, j'en suis persuadé.

Et Landstorm, toi, Landstorm, lâche sur la terre ferme et héros sur les mers, nous te devons entièrement la vie, la moindre parcelle de l'aventure que nous vivons actuellement. Le navigateur est la colonne vertébrale d'un équipage. La moindre faille en cette colonne, et le corps se tord et s'effondre. Tu portes des responsabilités si lourdes que j'en connais bien peu dont les épaules seraient assez larges pour toutes les porter, Landstorm, mais on sent que tu es né taillé pour rester droit malgré le fardeau. Ton expérience est l'assurance-vie de notre équipage, et de ta sérénité dépend notre santé.

Ne nous énervons pas pour des balivernes, Héritiers. Je dois vous l'avouer : vous n'êtes pas les meilleurs, aucun d'entre vous. Et moi non plus. Nous n'avons encore rien prouvé, même pas notre volonté à graver nos valeurs dans le glorieux marbre de l'Histoire. Rien n'a encore commencé, nous n'en sommes qu'à une palpitante introduction ! Alors nous ne nous permettrons jamais d'être prétentieux, orgueilleux, ou bien nous ne chercherons jamais à paraître "nobles" alors que nous ne sommes qu'humains. Nous ne vivrons que d'aventures, nous poursuivrons humblement les secrets du monde.

Car voilà ce qu'est la Piraterie.
Aujourd'hui nous explorons la mythique Volière !
Qui vient avec moi ?


Hm.
La Flaque est bien l'un des lieux les plus méconnus de cette si sournoise planète : dédale qui dévore la lumière autant que les vivants, on ne connaît rien des monstres qui s'y promènent comme en leur fief. S'étale comme un cancer à travers la falaise sur lequel repose les gras et laids dieux de ce monde, la certitude d'un inconnu mangeur d'hommes et de rêves affalé sur les ossements de milliers de bestioles naïves et impertinentes ! Au-dessus, Marie-Joie, capitale du vice, la tête schizophrène du monde. Et en-dessous, la Flaque, ses intestins nauséabonds. Red Line digère les rêves trop frais des pirates du calibre de Maxwell.

Maxwell, Maxwell, Maxwell...
Guère plus clairvoyant qu'un bambin jouant avec un couteau, voilà qu'il propose maintenant de s'amputer des membres. Votre troupeau de saltimbanques s'est extirpé par trois fois des Enfers qui l'aspirait. Et désormais, il s'agirait donc de s'y engouffrer sans prudence, aspirés par un flou sentiment d'aventure, en espérant vaguement pouvoir en ressortir ? Te crois-tu suffisamment brave, Maxwell ? Penses-tu que le courage compensera ton absence absolue de lucidité lorsque le pire surviendra ? Seras-tu prêt à en assumer les conséquences ? Sais-tu ce qu'est la peur, la douleur ? Et le désespoir de contempler son avenir consumé par des flammes qu'on ne dompte pas ?

Es-tu inconscient ? Ou bien exploses-tu d'une bravoure qui en éteint même la peur de l'inconnu ? Resteras-tu aussi arrogant une fois nappé dans des ténèbres si profondes en ce temple à la gloire du plus pur sadisme de Mère Nature, que le moindre de tes pas peut interrompre à jamais ton épopée dans un bain de sang et de larmes ? Vas-tu réitérer l'hilarante tragédie qui a frappé la légende Percecoeur ?

Tu m'intrigues, Maxwell. J'ai toujours bien du mal à cerner si ton coeur est celui d'un môme attardé ou celui d'un empereur. Jamais aucun congénère humain ne m'avait troublée de la sorte dans mes jugements habituellement si justes et si acérés. Juger est le seul loisir des résidents de l'outremonde mais même l'âme humaine devient terriblement redondante lorsqu'on en bidouille chaque jour les rouages !

Cela faisait des décennies que je n'avais plus rencontré de véhicule de viande et d'os intéressant.
Tu m'aideras, Balty. Tu m'aideras à pousser Maxwell dans ses plus odieux retranchements. Ce garçon a peut-être un potentiel monstrueux. S'il me fait perdre mon temps, peu m'importe, j'ai une éternité à tuer. S'il est une aubaine, je veux pouvoir le tailler sur-mesure. Et tu serais mon outil, Balty.


A... à quoi penses-tu, Maman ?

Ça ne te concerne pas.
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Ils se reprennent, le Baron comme le Landstorm, et alors que l'un marmonne avec l'air d'une bête effarouchée, l'autre me lorgne d'un œil brillant avant de s'affairer à nous fournir torches et lanternes sourdes. Les griffes d'un briquet battent les ténèbres, puis d'ondulantes langues de feu emplissent la caverne d'une plus chaleureuse lueur que celle projetée par les nombreux végétaux phosphorescents grimpant les parois de la Flaque. Tu renifles avec vigueur et fougue, mon humble Napoléon, satisfait de constater que j'ai su faire naître la confiance dans les esprits craintifs de mes compagnons. Voilà ce qu'il en est du sang des Toreshky, si je puis moi-même me convaincre du charisme inné que m'aurait apporté mon héritage paternel. Peu m'importe, car si rallier à l'aventure ces bougres s'est avéré être une première épreuve, affronter le colossal pilier d'obsidienne au pied duquel accoste le St-Margot en est une bien plus consistante.

Le navire grince et s'ébranle lorsque la coque heurte le roc. Une vibration sordide traverse la charpente, de quoi faire frissonner ta fourrure, Napoléon, et faire frémir le poil sous ma tunique. Toutefois, n'en montrons rien, jamais mes hommes ne doivent se douter que je crains ce lieu maudit, ça ne les armerait que de plus de méfiance. Du moins, ne leur offrons pas ce constat immédiatement, je préfère qu'ils comprennent que même la peur ne saurait me faire reculer, car devant nous s'élève l'adversité et la richesse du voyage. Et que les océans engouffrent ceux qui se refuseront à la découverte, celle qui encense et qui fait évoluer.

Je soulève quelques éclaboussures en atterrissant sur la roche mouillée de la Volière, lanterne et sabre à la main. Rapidement, c'est le pas maladroit d'un Brixius qui me rejoint, puis la démarche chaloupée du Landstorm et le pied furtif de Fallanster qui s'engagent sur la pierre du repaire de Crow. Finalement, Grant tombe à son tour du St-Margot pour nous rejoindre, alors que devant nous s'ouvrent trois sombres boyaux s'enfonçant dans les profondeurs de la Volière.

- Landstorm, sauras-tu veiller sur Grant ?
- N'aies pas d'inquiétude, Capitaine. J'emmène le muet avec moi. répond-il d'un air bourru en dégainant ses pistolets.
- Et moi ? Et moi ? Ne me dis pas que tu oserais m'envoyer seul- euh, sans protection arrière! - dans ces noires allées ?!
- Non, toi tu viens avec moi, Brixius. Le dernier tunnel, je le laisse aux bons soins de mon fier Napoléon.
- COMMENT ?! Ta folie n'a-t-elle de limite que la taille infime de ton cerveau tout sec et étriqué ? Envoyer un simple rongeur dans les entrailles malsaines d'un repaire de SPECTRES MAUDITS ?
- Eh bien, l'rongeur au moins il a pas peur d'y aller ! lance un Landstorm narquois en te désignant du pistolet, mon compère quadrupède, alors que tu t'engages bravement dans le tunnel.

Je te sais capable de te sortir de n'importe quelle embûche, cher ami, et n'ai aucun doute sur ta réussite. L'histoire m'a appris qu'on ne saurait critiquer l'instinct d'un capibara, bête mythique et fiable, et que bafouer ton honneur reviendrait à cracher sur ta valeur, mon chevaleresque compagnon. Débrouille les pistes qui sillonneront ton enquête, Napoléon, et reviens-nous fort de nouvelles trouvailles !

- Ne reste plus que nous, Brixius ! Allez suis-moi ! Et tâches de tenir ta langue, on ne saurait ce que tes sombres élucubrations pourraient invoquer dans pareil lieu !

Les égouttements d'eau et les échos de frêles éboulis nous parviennent comme de lointaines plaintes humides, alors que nous progressons lentement dans les artères froides et étroites de la Volière. Nous foulons constamment des tapis odorants de guano et de plumes crasseuses appartenant aux freux des environs dont les cris se perdent dans les labyrinthiques intestins de l'endroit. Parfois, nous devons nous résoudre à nous faufiler entre d'étroites parois, marchant de profil, afin de poursuivre notre chemin toujours plus profondément dans la Volière. À gauche, à droite, et même dans certaines cheminées montant haut vers le sommet du phénoménal rocher, nous captons des mouvements vifs, qui nous surprennent et nous obligent à nous braquer. Sur nos gardes dans les ténèbres, nos ombres projetées par la lumière de la lampe semblent sans cesse vouloir nous embusquer. Le galbe sinueux des longues lames du Baron n'ont de cesse de me faire craindre l'apparition d'un reptile des cavernes, si bien que les nerfs tendus, je rends notre progression hésitante.

- Laisse-moi prendre l'avant ! Tu n'as pas pied dans ces cavernes et… ooooh hinhinhin ! Et tu trembles comme une feuille mon pauvre Maxwell !

Rire sardonique, pique acérée.

- Tais-toi pauvre démon ! L'humidité et la froideur de ces cavernes sauraient te faire trembler si tu n'étais pas déjà assez froid ! Comprends ma crainte d'une embûche à défaut de la mépriser… et sache qu'elle m'instigue la prudence…!

Je lui dis ça en faisant volte-face, la lueur brûlante de la lanterne caressant l'acier de ma lame. Dans mes yeux, il n'y a pas place à la discussion. Dans ses yeux à lui, c'est une étincelle courroucée qui embrase son éloquente haine. Sa langue pointue se tord dans sa gorge alors qu'il inspire pour répliquer… et se tient bien d'en rajouter !

- Eh bien..? Les corbeaux ont mangé ta langue, pour une fois, Brixius ? d'un sourire triomphant, je le brusque d'un bon coup sur l'épaule.

Il recule de quelques pas, ses yeux hagards s'étant vidés de leur courroux précédent.

- Tu vois Brixius, tu gagnerais à plus souvent savoir tenir ta langue. Je sais bien que le respect se gagne, mais chez toi son prix est astronomique.
- P-p-par les bouillonnantes chutes de magma de l'outremonde…!
- Hum ? De quoi causes-tu ?

Son long doigt osseux se déplie en tremblant, alors qu'il pointe au-dessus de mon épaule.

Mon sang se glace, alors que je distingue une autre lueur, derrière nous dans le couloir. Je braque lanterne et sabre dans un chuintement sourd, révélant les ombres qui nous guettaient et que Brixius avait lui-même aperçu. La lanterne échappe à mes doigts tremblants et moites, puis s'écrase contre le sol dans un tintement orchestral.

- B-B-Brixius… ne me dit pas que… qu'ils bougent véritablement ?
- Ils sont les restes des hommes du Capitaine Crow, des engeances pourries gouvernées par la malédiction-même qui hante ces lieux… crache-t-il à mi-voix.

Des cliquetis animent les silhouettes décharnées des squelettes s'avançant vers nous, alors que dans leurs orbites vides reluisent les ombres des lanternes. Des sabres rouillés s'ébrèchent en quittant leurs fourreaux, puis le gémissement de Brixius, dont les lames se dressent tels des cobras, sonne le glas de notre inquiétante échauffourée.

La cupidité du Corbeau 1452284465-skelette

- Maxwell..! Il en vient aussi de derrière nous !
- Battons-nous pour nos vies !  
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Je n'ai jamais contemplé de magie noire à l'oeuvre. De réelle magie noire, bien au-delà du calibre de tes petits tours fantasques, Balty, je parle de vraie magie noire impulsée par une pure rancoeur. Les empreintes laissées par les âmes tourmentées se lisent bien souvent très longtemps après la mort.

Ces choses n'ont aucun esprit. Ce ne sont pas des aberrations directement vomies par l'Outremonde, mais de simples pantins d'os animés par les émotions noires qui le composent. Malgré leurs balbutiements, ils ne souffrent d'aucune réflexion, d'aucune volonté, là réside leur grande force : ils sont de puissantes armes entre les mains d'un fou qui ne s'est pas résigné à abandonner ses pathétiques rêves.

Cette épopée touristique prend une tournure des plus perturbantes !


...laiss... nous... grogn... ghnnn...
...souff... ffrir... enc... encore...

Ç-Ça parle ! Ça... Voix impie...
Mets-toi en garde, Balthazar ! Ils approchent ! Avançons vers ceux de devant !

Ils ont été des guerriers mais n'ont plus aucune chair pour consolider leurs efforts. Frapper dedans devrait suffire, pour un temps, à contenir leur fureur. Est-ce dans tes cordes ? Est-ce qu'éventrer des centaines de faibles et terrifiés roturiers t'a appris à te débarrasser de créatures occultes ? ... Allons, fais comme s'ils avaient de la viande enroulées autour des os. Frappes puissamment, là d'où ces cliquetis proviennent : leurs fragiles articulations. Démontes-les et trouves leur maître. Tant qu'il sera debout, ses compagnons sans âmes continueront à se relever.

Ainsi donc la Flaque ne laisse même pas ses victimes savourer l'apaisant silence octroyé par la Mort. La voilà qui joue avec leurs cadavres, en ce ridicule spectacle de marionnettes. Il y a fort à parier que Maxwell retrouvera sa mascotte velue empaillée dansante parmi ces possédés.

Tu es tremblant, malhabile dans tes gestes, la peur te réduit en un stupide bambin qui joue avec les couteaux de sa Mère. Reprends-toi vite, Balty, avant que tes os ne servent de laquais au sorcier qui étend les tentacules de son âme noire jusqu'en ces lieux. Les premières lames s'abattent sur toi et tu les dévies paresseusement de tes dagues noires. Tes mots rouillés sortent de ta gueule blafarde comme si tu grignotais ta propre gorge.


Il faut détaler ! LAISSONS-LA CES CHOSES AVANT QU'ELLES NE NOUS SUCENT NOTRE SANTÉ MENTALE !

Ta santé mentale ? Ce désert que je piétine ? Hinhinhin.

AAAAAH ! MAMAN ! TU VOIS CE QUE JE VOIS ?!
Que vois-tu, Brixius ?!


Oui, au fond du boyau de pierre, avec l'arrogance d'une sentinelle de dragon céleste, un visage narquois lévite dans l'obscurité. Il porte un tricorne et arbore un sourire carnassier sur un bec putride. Quand il prend conscience que ton regard renifle l'invisible, il affiche une moue surprise et se dissout dans les ombres.

C'EST CROW ! CE STUPIDE VAUTOUR A LAISSÉ LA PORTE DE L'OUTREMONDE GRANDE OUVERTE, ET VOICI QUELLES ABOMINATIONS S'EXTIRPENT DU PUITS INSONDABLE DE...
PRENDS GARDE !
BANG !


Si celui-ci t'avait touché, il t'aurait probablement allégé de ta lourde tête gonflée de ténèbres. La décharge de Maxwell est partie heurter le flanc d'une lame rouillée, la déchirant sur le coup. Plutôt qu'une nette et libératrice décapitation, c'est un long trait d'hémoglobine balafrant ta joue qui te ramène à tes priorités. Hmmf ! Ce chacal blond t'a sauvé la vie. C'est le genre de dettes qui ne se règlent que sur une existence entière. Encore heureuse que tu ne m'aies pas développé un sens de l'honneur entre deux tuberculoses ! Sinon, hinhin, tu te serais retrouvé enchaîné à lui ! Évites de te faire sauver la vie, Balty, meurs la prochaine fois. Cela est toujours préférable à être redevable envers une engeance roturière.

Et puis, une décapitation, c'est donné, ça s'exécute en une malingre seconde et on en parle plus... Tu m'écoutes ?

... Un nouveau front est ouvert. Sous tes cris désaccordés, les monstres derrière vous arrivent à votre portée. Pris en tenaille, ce n'est plus qu'une question de temps avant que l'étau ne vous broie.


Ramasses la lanterne ! Nous devons faire une percée !

Hmm. Et si c'est une impasse ? Les braves ne reculent jamais, les idiots avancent à l'aveugle.

Peu importe car tu n'as guère un long panel de choix, Balty, tu te tords et attrapes à la volée la lanterne qui gisait dans un monticule de rocailles. Son verre fêlé introduit le sinistre sort à laquelle vous vous destinez : une flammèche d'espoir soufflée nonchalamment par la réalité. Bien que prête à succomber, la lanterne reste opérationnelle et vous octroie un faible sanctuaire de lumière dans lequel les étincelles des lames naissent et meurent.

Habile de son sabre sans être exceptionnel, tu sens bien que sans renfort, vous ne dépasserez guère la vitesse de pointe d'une tortue sénile, ce qui ne s'intègre pas bien à la stratégie de la percée. Hmmm...


AAAAAAH ! JE FOURRE MES VICES EN VOS TÊTES CREUSES ! SUPERBIA ! INVIDIA ! GULA ! IRA !

Tes serpents virevoltent et s'entrechoquent, s'écrasent contre des os et des parois sans le moindre effet visible. Qu'espérais-tu, Balty ? Ton pouvoir assiège les âmes. S'il n'y a pas d'âme, c'est comme perdre du temps à encercler un château vide.

Ceux de derrière nous rattrapent ! Il faut...
LES ATTENDRIR DANS UN GRAND BRASIER PURIFICATEUR !


Dis-tu en fracassant ta lanterne contre le pavé humide.

...
Que viens-tu de faire, là ?


Ça brûle ! BRÛLE !
Tu as brisé notre lumière ?! POURQUOI ?
Pour ériger un fantasque MUR DE FLAMMES ET DE DOULEUR, pardi !


Eh bien, l'essence étalée se laisse volontiers consumer en de modestes flammes, malgré l'opposition de cet air détrempé qui inonde ces couloirs humides, mais sa survie est menacée par l'atmosphère peu propice à ce genre de feux de joie improvisés, mon triste rat pyromane. Hystérique, les globuleuses comme cherchant à s'échapper de tes orbites sombres, tu rassembles les fragments boisés de la défunte lanterne pour les plonger dans ce ridicule brasier funéraire. A cela tu ajoutes ton propre souffle saccadé, dans une tentative désespérée d'attiser le feu.

Affuuuu ! Affuuuuuu !
Tant pis ! Le tout pour le tout, Balthazar ! Suis moi de près !
MES FLAMMES N'ONT PAS ATTEINTES L'ÂGE ADULTE !


Tu le laisses malgré tout te relever par le col, et tu emboîtes de près ses pas frénétiques. Il est visible que tes fumeuses pulsions pyromanes ont fortement ébréché le moral de Maxwell, et qu'il déroule le tapis rouge à une mort subite et brutale, en ne comptant plus que sur la lueur lointaine du petit départ de feu que tu t'es amusé à embrayer, le capitaine des tocards se fraye un passage à travers les os et le fer restants. Tandis que toi, tu le suis, passif, emmuré dans une transe euphorique qui te sépare de tout le tragique de votre situation, tu distilles des incantations diverses, suppliant le feu de s'appliquer davantage à sa tâche de purification, insultant la Mort que tu crois avoir berné, et riant du visage de Maxwell, parcouru de cascades de sueur.

Un ultime regard derrière toi, et tu t'esclaffes triomphant.


GNHINHINHIN ! ILS NE NOUS SUIVENT PAS ! COUARDS ! ME VOICI HÉRAULT DES BRAISES EN PRIME DES PÉCHÉS !
Dégaines tes dagues, Brixius, tu vas encore en avoir besoin ! On y est presque ! Je perçois une porte dans la pénombre !
Mes d... Euh...
... où sont-elles ?!
ELLES SE SONT ÉCHAPPÉES ! IL FAUT RETOURNER LES CHERCHER !

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- Retourner les chercher ?! Y penses-tu ? Ils vont nous charcuter cette fois !
- Et COMMENT pourrais-je moi-même les charcuter sans mes ustensiles ?! Mes FLAMMES DOMESTIQUES nous couvriront !
- Tes flammes se sont faites dévorer par les ténèbres si ça se trouve, Brixius..! Et les entrailles de la Volière nous réservent le même sort si nous osons faire marche arrière !
- Alors tu veux que je laisse cette CROUTEUSE FALAISE dévorer mes biens ? Et pourquoi ne pas aussi abandonner MES RICHESSES ET MA FIERTÉ ? Je... CROW ! CROW ! VIENS ÉPONGER TA DETTE, MAUDIT VOLATILE !

Ses yeux deviennent hagard, vitreux et cessent de me toiser avec la flamme coléreuse qui les animait. Son timbre criard et ses invectives sont dirigés à une silhouette invisible qui s'épanouit dans son absence… le pauvre fou ! En plus de ralentir notre course et de nous priver de précieuse lumière, le voilà qui s'échine à fabuler toutes sortes d'apparitions spectrales… Le rouge me monte aux joues, mes poings se crispent… quel entêté ! Je n'ose imaginer ce que Landstorm aurait fait de lui s'il l'avait accompagné. Et le voilà qui crie toujours ! Mais tais-toi Brixius ! Je le saisis par le collet déchiré de ses loques puis le plaque contre la porte de fer devant laquelle nous sommes arrêtés. Sa tête cogne sourdement contre le métal, de quoi faire cesser son moulin à insultes ne serait-ce que quelques secondes. Enfin !

- SILENCE ! Tu vas les attirer ici ! Cesse de faire naître de ton esprit plus d'embûches que nous en affrontons déjà ! Tu peux bien te résoudre à abandonner ici une mince parcelle de ton colossal égo mal placé ! Et au diable tes richesses ! Si cette aventure porte ses fruits, nous pourrons t'acheter des dizaines de nouvelles dagues ! De belles lames qui n'auront pas été soutirées à un culte maléfique infanticide, qui plus est !

Je me suis fâché. J'ai la colère qui embrume mon esprit, assez pour être définitivement mis à bout par le Baron..! À moins que tout cela ne soit qu'un tour des maléfices qui hantent ces couloirs. J'ai toujours le visage couvert de sueurs froides et ce frisson inexplicable qui ronge mes jambes et mon échine. Nous virons fous, définitivement, la Volière nous rend tous fous…

- MAIS ELLES N'AURONT PAS LA MÊME PLACE D'HONNEUR DANS MON COEUR ! Sais-tu qu'elles ont dépecées des poivrots illustres ? VALÉRIEN EST TOMBÉ SOUS CES FIERS COUTELAS ! ...CESSES DE TE PAVANER ! CROW !

Et il se remet à invectiver le vide ! Je me doute bien que l'esprit de Balthazar est rongé depuis bien longtemps par des anomalies qui dépassent de loin celles causées par son fruit du démon, mais oser ainsi m'ignorer alors que la situation est critique…?! Raah ! Je soulève Brixius de terre et le lance contre le sol où il s'effondre lourdement en s'empêtrant dans ses loques.

- Tes jérémiades sont à mon esprit aussi émoussées et pathétiques que ces vieux couteaux gâtés par l'humidité ! Je n'ai cure du sang qu'elles ont fait couler, désormais elles gisent au fond de la Volière et c'est bien fait ! …Qu'est-ce que...?! Crow...

C'est comme une froide et mortelle promesse qui m'a fait relever la tête et murmurer ces dernières paroles. Une genre de haine feutrée se tapissant dans l'ombre du couloir d'où nous venons. Il y a comme un coup de vent frissonnant, puis cette impression gênante, terrifiante, que les ténèbres nous observent. Ma main glacée se serre sur mon sabre, alors que Brixius lui aussi lève les yeux vers le boyau noyé par le noir. Nos yeux s'habituent à la pénombre alors que d'étranges sons de frottements nous parviennent.

Paralysés. Nous sommes paralysés. Je ne me sens même plus la force de bouger alors que devant nous grouille le Mal dans les ténèbres. Les histoires disaient que Crow avait tout d'un pirate malhonnête, mesquin et traître, mais jamais je n'aurais cru qu'il puisse fonder une telle structure maléfique. Nous sommes fous, oui, surement que nous sommes fous. Il ne peut y avoir d'autres moyens ! Oh Dieu comme je crains pour toi soudainement, mon cher Napoléon !

C'est d'abord une paire d'yeux, touts petits, qui brillent dans les ténèbres, puis sa centaine de conjointes qui se mettent toutes à luire les unes après les autres, là, au bout du couloir. Une nouvelle brise glacée s'immisce sous mes vêtements, alors que je me mets à trembler de peur… Quelle engeance peut bien se tapir là, dans l'ombre, si ce n'est d'autre qu'une véritable aberration des profondeurs ?

Il y a un croassement, puis deux, puis trois, puis une avalanche de piaillement rauque et haineux. Des corbeaux. Un essaim, non ! une nuée, non ! un nuage, que dis-je ! un cumulonimbus de corbeaux qui s’amoncellent dans l'ombre en déployant leurs ailes malades et porteuses de ténèbres ! En moins d'une seconde, ils nous réduiraient en charpies !

- BRIXIUS ! LA PORTE !

Je me jette sur la poignée comme un damné, mes mains moites glissant contre le battant. Le métal froid résiste, un solide loquet empêchant la poignée de tourner. Malgré tout, paniqué, je la tourne frénétiquement en martelant le fer de la paroi.

- Allez allez allez allez allez allez alleeeeez !
- M-M-Maxwell ! Ils arrivent ! Les sombres soldats de ce paon pestiféré ! gémit Balthazar en rampant vers moi comme s'il avait le diable aux fesses.

Et comme de fait, c'est un tonnerre de battements d'ailes qui couvre les croassements qui nous vient du bout du couloir ! Ils foncent vers nous ! Par centaine si ça se trouve ! Je frappe la porte à multiple reprise, tambourinant sur le métal lourd tout en secouant la poignée de porte comme un fou. Je sens déjà les coups de bec des freux m'embraser la peau, me déchirer et me désosser complètement !

- Merde ! Merde ! Meeerde !
Je recule, tire mon pistolet de son holster et en décharge le contenu avec violence sur le loquet ! Un éclat d'étincelles explose et la balle ricoche dans un tintement sonore.
- Maxweeeeelll ! Ils sont sur nouuuuuus ! hurle Brixius en se pendant à ma redingote ! Il n'y a plus une seconde à perdre ! C'est le tout pour le tous, je me recule d'un bon pas, puis m'élance de l'épaule contre la porte… qui flanche sur ses gonds et s'ouvre à la volée ! Enfin !

En tirant Balthazar par le collet, nous entrons en trombe dans la pièce sombre qui s'ouvre à nous avant de claquer violemment la porte derrière nous. Le loquet ravagé par le coup de feu ne saura tenir contre l'assaut des corbeaux. Je me plaque contre la porte, prends appui contre le sol et pousse de toute mes forces, puis c'est l'impact. De l'autre côté, c'est comme si une pluie de plomb s'abattait contre la porte, dont la paroi semble gonfler sous l'assaut répété des freux. Je la sens vibrer et tanguer sous mes mains qui la tiennent en place de toutes leurs forces, alors que Brixius aussi tente de la retenir en y apposant son dos. La tempête dure une minute, peut-être deux, durant lesquelles nos muscles bandés retiennent la tempête continue qui tente d'enfoncer notre seul rempart.

Et puis, soudain, c'est le calme.  

Un instant encore, je reste bien sur mes appuis, mes bras fatigués retenant toujours la porte, puis je m'écarte pour la laisser s'affaisser sur elle-même, ses gonds arrachés ne pouvant même plus la retenir dans son cadre. La lourde porte de fer s'écrase lourdement au sol, soulevant certainement de la poussière que je n'arrive pas à voir dans le noir complet. Exténué, l'épaule douloureuse au possible, je tombe juste à côté de Brixius dont je ne perçois que les halètements grossiers.

- …C'était moins une…
- S-si ça se trouve… han… han… ces oiseaux de mort… han… n-ne sont partis que… que pour chercher un autre tunnel par lequel ils pourront nous éviscérer…!
- Comment Crow a-t-il pu domestiquer tant de bêtes carnassières… Je crains pour les autres si les corbeaux les trouvent et qu'ils n'ont nulle part où se terrer…
- Ils n'auront…han…han… Ils n'auront qu'à leur livrer la vieille épave barbue pour faire comprendre à celle-ci qu'il n'y a aucun One Piece dans les environs ! Ce paquet de chair gâtée et de rêves brisés sera certainement assez pour rassasier les bêtes de Crow un temps !
- Tss… Brixius…
- Que veux-tu que je dise ! C'est de la faute de cet ermite à l'esprit malade si nous sommes coincés dans un tel pétrin ! Peut-être ce malandrin troglodyte cherchait-il en fait à nous piéger dans ces recoins ! HA ! J'AI VU AU TRAVERS DE SON JEU ! QU'IL COURE S'IL NE SOUHAITE PAS SE RETROUVER ENTRE MES PATTES DÉMONIA-AAAAH ! CROW ! TE REVOILÀ SOMBRE NÉCROMANT ! CESSE AINSI DE TE NETTOYER LES PLUMES ET LAISSE-MOI LES UTILISER POUR LAVER MON HONNEUR SALI ! VIENS ICI QUE JE TE LES ARRACHE TOUTES UNE À UNE POUR M'EN FAIRE UNE PARRURE EXQUISE DE SEIGNEUR DU MAL EN PLUS D'UN PLUMEAU AVEC LEQUEL J'ÉPOUSSETERAI LA TÊTE DE CHACUN DE TES VOLATILES QUE J'ÉGORGERAI FROIDEMEEEENT !
- B-Brixius ! Reviens ici !
- IL N'Y A QU'UN SEUL SATANÉ MAÎTRE DU MAL DANS CES TUNNELS CROW ET IL SE NOMME LE BARON BALTHAZAR BLAISE BRIXIUS ! VOILÀ ! PRENDS TES AILES À TON COU ET N'OSE PLUS REMETTRE LES SERRES DANS CE CANIVEAU PUTRIDE QUE TU AS UN JOUR OSÉ APPELER MAISON ET QUE JE PIÉGERAI DÉSORMAIS DES PIRES MALÉFICES AFIN D'EXACERBER VICES QUE PEUVENT TOUJOURS RECELER LE PEU D'ÂME TE RESTANT EN CES LIEUUUUUUX ! MES POUVOIRS TE FERONT SOMBRER DE TON PERCHOIR MÊME AU-DELÀ DES FRONTIÈRES DE L'OUTREMOOOOONDE ! CROIS-MOI ! JE TUERAI TA DÉPOUILLE DÉJÀ SÈCHE ET BADIGEONNERAI DES CROTTES DU ROI DES MERS !
- Brixius ! Attends-moiii !
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ALORS, PUTRIDE MOINEAU VAPOREUX, ON TENTE DE S'ARRACHER AUX GRIFFES DE SON DESTIN ?! Si tu es parvenu à berner la Faucheuse, JE M'APPLIQUERAI A ACHEVER LE TRAVAIL QU'ELLE A BÂCLÉE ! L'OUTREMONDE T'ATTEND, TOI ET TA LÉGION D'HOMMES-OS QUE TU ÉTALES SUR MA ROUTE COMME DES FIENTES !
Pas par ici, Brixius ! Tu ne vois pas comme il y fait sombre ?
JE SUIS NOIRCEUR ! MON COEUR EST UN GISEMENT D'OMBRES ! MON ESPRIT UN PUITS DE TÉNEBRES ! MA SEULE PRÉSENCE EFFRAYERA CETTE PSEUDO-OBSCURITÉ QUI NOUS MIRE DE HAUT AVEC SES GROSSES PUPILLES NOIRES !

Elles vont te gober, tu trembles...
C'EST L'EXCITATION !
Tu y vois réellement des pupilles ?
JE MAINTIENS LE CONTACT VISUEL AVEC LES ABYSSES DEPUIS MA PLUS TENDRE ENFANCE !


Et bien ? Les ténèbres t'ont en vérité toujours paralysé. Déjà lorsque je te séquestrais dans notre -pourtant bien aménagée- cave, avec pour unique compagnie celle des rats et seule lumière la menaçante lune qui se glissait par le soupirail, tu en ressortais catatonique et je devais bien t'enfiler quatre ou cinq gifles sur le museau pour que tu daignes récupérer l'usage de la parole.

Tu baignes dans l'obscurité depuis tes premiers cris de bambin horripilant, mais tu n'as jamais appris à y nager. Tu trembles. Tu trembles dans le noir. Je t'ai toujours connu ainsi. Lâche, traître, tu ne domptes pas tes peurs, ce sont elles qui te chevauchent. D'où ma présence à tes côtés.


Je... QUI A BESOIN D'UNE LANTERNE quand son esprit en est une non Maman ce sont des mots bien trop cruels pour mon...
Hum... Eh bien... Merci, madame Brixius, de l'avoir calmé... Je suppose...


Ne fais pas semblant d'y comprendre quelque chose, Maxwell. Quel patronyme bien mal placé tu trimbales là, "Percebrume" ! On te croirait perpétuellement prisonnier d'un épais brouillard, ahuri !

Est-elle toujours près de toi... ta Mère ?
Oui.
Ne pourrait-elle pas nous aider ? Partir explorer au devant pour nous informer des dangers ?


Hinhinhin. Tu me confonds avec ton horrible rongeur ?

Elle est ancrée à proximité de moi, ne peut pas s'éloigner de plus d'une poignée de mètres. Telles sont les règles de l'OUTREMONDE concernant les visites !
Hum. Ça ne coûtait rien de demander...


Mis à part le peu d'estime que j'entretenais à ton égard...

Suffisamment discuté... Nous devons continuer. En espérant que ça ne soit pas une impasse...
ILS ME PRENNENT POUR UN LIEVRE QUI SE PRÉCIPITE DANS LEUR COLLET !
Pas si vite en besogne, Brixius ! Ils chercheront sûrement aussi à piéger nos compagnons. Pourvu qu'ils tiennent bon !
ILS S'ACHARNERONT SUR TOI PARCE QUE TU ES CAPITAINE DE CE GROSSIER CIRQUE ITINÉRANT ! J'aurais DU errer seul en ces cavernes, ça aurait été infiniment plus SÛR !


L'exaspération est palpable sur le visage trempé de Maxwell ! Las de gaspiller des palabres sur ton cas, il reprend silencieusement la marche en t'invitant à le suivre. Emmuré dans ton appréhension, car elle est belle et bien là et très fumante malgré ce déguisement de bravoure que tu tentes de lui faire enfiler, tu te résignes à emboîter ses pas, à affronter la gloutonne obscurité puisque, hinhinhin, as-tu d'autres choix ? Ton destin t'échappe encore !

Vous progressez ainsi, vous fiant à vos sens émoussés par le noir et la peur. La pierre taillée couvrant les murs que vous frôlez vous murmurent que ce lieu a été fabriqué par l'Homme, et n'existant pas plus vicieux animal que l'Homme, il faut que vous vous attendiez à trébucher sur un sordide piège à tout instant ! Vos chances de survie s'amenuisent à chaque pas. Oh, oui, oui, chaque pas est un outrecuidant défi lancé à la Mort. C'est pour ce genre de suspense que je m'échine à t'escorter dans tes grotesques aventures, Balty !

La fête est néanmoins de trop courte durée, puisque déjà vous voici confrontés à un choix. Deux tunnels s'enfonçant plus profondément dans le coeur rocheux de Redline. Celui de droite semblant être le prolongement de cette arrogante architecture humaine, vous offrant l'apaisante lueur d'une torche pour vous délester temporairement de votre panique, celui de gauche troquant la pierre taillée contre les traîtres amoncellement de pierres tranchantes de dame Nature, l'entrée d'une grotte que je devine fourbe et dangereuse, au vu de l'endroit où nous sommes.


Hmm. M'est avis que l'on devrait partir à droite, dans la continuité de la Volière. Si nous nous engageons dans cette caverne naturelle, nous risquerons de nous perdre encore plus gravement. Ceci dit... Qui sait quelle embuscade nous attend du côté éclairé... Ça me semble être un choix trop... évident. Qu'en penses-tu ? Balthazar ?

Un fort distrayant dilemme. Bien, Balty, reprenons les éléments depuis le déb...

Viens.

Que... ?

Nourris-moi.

Voix caverneuse semblant provenir des entrailles de la roche. Elles se dissolvent en un gargouillis blanc, une terrible vague stridente qui inonde de nuisances tes oreilles. Comme antan, lorsque je faisais crisser des copeaux de verre sur des ardoises pour forger, par une cuisante douleur, ton tendre esprit. Mais celui-ci est imaginaire. Celui-ci se glisse en ton âme directement, sans se perdre en détours par le monde physique.

Il s'adresse à toi, à toi seul.

Viens.


Une caverneuse injonction masculine. Ça exclut donc la possibilité qu'en plus des démons, des morts-vivants et des chiens galeux qui te servent de partenaires, nous puissions également compter de plantureuses sirènes dans la faune de cet amusant enfer. Heureusement, car je te veux célibataire à vie, Balty. Tu n'as besoin que de ta Mère en ce bas monde.

Nourris-moi.


Qui que ce soit, il n'a pas beaucoup d'arguments.
Tes yeux se creusent. Je te sens absent, Balty, ton esprit semble avoir été éjecté de ton douloureux corps. Pour un peu, je te confondrais avec l'un de ces morts-vivants qui peuplent les alentours. A ceci près que tu as un petit peu plus de viande sur les os -un tout petit peu-. Je ne me ferai pas l'affront d'énoncer la question à haute voix, je SAIS que tu vas suivre béat la source de ces injonctions, dussent-elles t'enfoncer jusqu'au cou dans une mer d'immondices. Je suis moi-même curieuse de connaître celui qui sut t'embarquer ainsi, en une lamelle de seconde, dans une aussi profonde et sourde transe, si sourde que les cris et interrogations paniquées de Maxwell ne parviennent plus à pénétrer tes écoutilles !


Où vas-tu, Balt... PRENDS GARDE ! LES STALACTITES ! NON !

Est-ce l'humidité qui a grignoté leur base ou les affrontements répétés qui ont fragilisé leur structure ? Une pluie de stalactites mitraille ta position comme une averse de roche, mais dans isolé dans ta transe tu ne leur prêtes guère attention. Tu slalomes innocemment entre ces vicieux pieux, tandis que le poussin fragile qui te fait office de capitaine bondit dans tous les sens comme s'il venait tout juste de sortir de son oeuf, en piaillant et gesticulant frénétiquement. Puis cette pluie se tait, tandis que les coeurs battent comme des tambours de guerre.

Viens.

Mais va-t-il se taire, ce démon trublion ?

Nourris-moi.

A-t-il le vocabulaire et les préoccupations d'un bambin ? "Viens !" "Nourris-moi !" "Donnes moi le sein !" J'espère que cette créature est mortelle, et qu'une fois tuée, elle restera froide, sans se relever sous l'égide de l'affreux volatile, comme les gueux locaux. Quoi de plus frustrant que d'irritants esprits frappeurs qui inondent ta tête de caprices sans que tu ne puisses les faire taire autrement qu'en t'y pliant ? ... J'espère que ça ne te fait pas penser à moi, Balty.

...

Hinhinhin. Je crois bien que ta cervelle vient d'être brutalement débranchée. Je ne suis pas sûre que tu m'entendes encore.

ATTENDS-MOI !

Oh, nulle besoin d'ajouter une couche de hurlement par-dessus ces ennuyeuses convocations. S'il reste muet à l'égard des morts de sa Mère, il restera sourd à tes palabres, capitaine de pacotille qui divise son équipage pour cartographier l'Enfer.

Tu t'enfonces donc innocemment sur le sentier naturel, arpenté de sournoiseries dont seule Mère Nature a le secret. Avec conviction, tu as choisi ta Fin, mon fils !
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Il peut bien cracher ses insulte les plus acides ou bien s'armer de sa langue la plus fourchue, mais il ne fait pas meilleur exemple, le Baron ! Le voilà qui, sombrant dans la démence, s'engage sans un regard en arrière dans des profondeurs toutes aussi dangereuses et inhospitalières ! Qu'il ne vienne plus à maudire mes décisions, alors que lui-même s'entête à s'embourber… et même à s'étêter !

- Brixius ! Penche-toi !

Un bon coup de botte dans l'arrière-train fait basculer Balthazar vers l'avant, alors qu'une faucille bien rouillée s'éjecte soudainement d'une paroi dans le but d'entamer le frêle cou de mon partenaire.

- NE M'APPROCHE PLUS ! TU M'ÉGARE DANS L'ÉCOUTE DE L'APPEL DU MONDE DES ESPRITS !
- M-m-mais…! Ne vois-tu pas que tu ce couloir est truffé de pièges ?!

Et déjà il ne m'écoute plus…! Il repart, comme hypnotisé, le nez en avant comme le museau d'un chien limier chuchotant d'impossibles rumeurs occultes qui résonnent dans les couloirs de la Volière. L'épaule toujours percluse de douleur, je m'efforce de le talonner, mais rien n'y fait, il s'enfonce toujours plus loin entre les stalagmites, les crevasses et les tortueux tournants de ce couloir sans lumière. Seuls quelques glauques champignons phosphorescents me permettent de distinguer sa silhouette rachitique, tout près, qui dévale ce tunnel s'enfonçant de façon inquiétante toujours plus bas sous terre…

- Bon Balthazar ça ne sert plus à rien ! Laisse tomber ! Nous sommes trop loin et ce n'est visiblement pas la bonne direction ! Brixius ! BRIXIUS ! ÉCOUTE !

Il fait volte-face, l'éclat bleuté des lumières végétales luisant avec folie dans ses yeux vitreux. Un instant, je le comprends fou, peut-être dangereux. Néanmoins, Brixius n'est qu'un esprit faible, trop facilement influencé, son imagination corrompue s'acharnant à le trahir en usant de sa créativité sans borne comme d'une laisse le menant inlassablement vers sa mort.

- Écoute, retournons vers le haut, c'est bardé de pièges c'est donc sûrement…
- …là où se cache le trésor de ce démoniaque freux, oui ! VOILÀ ! ET CE SONT CES RICHESSES ASSOIFÉES QUI APPELLENT SANS CESSE LEUR NOUVEAU MAÎTRE… MOI !
- Attends !

Et le revoilà qui coure à nouveau, presque à quatre pattes, la langue pendante ! Raaaah Brixiuuuuus !

***

Dans un autre tunnel, si loin dans la Volière que même les échos des hurlements sardoniques du Baron ne sauraient grimper jusqu'à tel embranchement de boyaux, trois silhouettes s'affaissent contre un mur de pierre taillée. Landstorm, le front couvert de sueur, haletant, retire son tricorne d'un geste las. Fallanster, à ses côtés, utilise sa chemise de lin pour essuyer la poussière dont est couverte sa lame, son visage blême reluisant d'une tinte livide que même la chaleureuse lueur de la lanterne ne saurait colorer. Humphrey, lui, tremble comme une feuille, cramponné à l'épaule du Landstorm, jetant de vifs coups d'œil vers chaque embouchure du tunnel. À leurs pieds, jonchant la pierre humide du sol, les restes d'ossements, d'armes et de vieilles redingotes. Des crânes fracassés, pulvérisés et fendus se joignent à la ribambelle de tibias, d'humérus, de fémur et de cages thoraciques qui se sont écroulées sans vie, suite à de nombreuses heures de combat. Les yeux de Landstorm roulent dans leurs orbites alors que le marin exténué arrache de son bras le rachitique vieillard. Il se lève péniblement en grognant, puis va ramasser ses pistolets fumants qui gisent dans la poussière.

- Crédiou… j'n'aurais pas cru que le Mal puisse prendre une telle forme… ou qu'il y aurait pire que c'foutu bestiau des mers au fond d'ces cavernes…

En silence, Fallanster acquiesce en rengainant sa lame. Humphrey Grant, lui, époussette ses loques avant de tendre une oreille vers le bout du tunnel, ne cessant de murmurer anxieusement des faibles gémissements.

- Eh bien, tu t'bats bien, homme de Silence. Heureux de t'compter dans l'équipage, héh. maugrée Landstorm en rangeant ses pistolets dans leurs étuis. Mais qu'est-ce que tu fais vieux chasseur de trésors ?! lance-t-il par après à un Grant qui sursaute de peur.
- AH ! Euh, euh, je-je m'assure qu'il n'y a plus aucune de ces horreurs dans les parages…!
- On ne serait pas tombé directement sur ces abominations si tu n't'étais pas enfoncé à la course dans ces tunnels, parbleu !

Fallanster acquiesce à nouveau, l'air toujours secoué par la confrontation avec les squelettes.

- D-d-désolé… c'est l'appel du One Piece qui me rend fou et qui… et qui… et qui… m'appelle…
- Ça tu l'as déjà dit, vieux Grant. Qui t'appelle et qui…?
- Qui m'appelle… murmure-t-il à nouveau en rivant ses yeux vers les ténèbres, ses deux globes exorbités se gavant de l'obscurité.
- Grant ?

Il se met à avancer, lentement, puis plus vite, sous le regard soudain inquiet du Landstorm.

- Mais qu'est-ce qui lui prend ? Pas encore ?!
- Suivons-le ! non-dit Fallanster.

***

J'enjambe une fosse qui se creuse comme le sol s'effondre sous nos pieds avant de saisir Brixius par le collet pour lui éviter de plonger dans le trou. Un instant plus tard, ce sont des flèches qui s'éjectent des murs et manquent nous trouer de toutes parts avant que je ne nous jette au sol ! Déjà Brixius se relève, brisant un mince fil tendu prêt de sa cheville avant de poursuivre sa course. Juste au-dessus de nous, une plaque hérissée de pointes est larguée à pleine vitesse, ne me laissant que quelques secondes pour rouler loin du point de chute. Éreinté, je me relève de justesse avant qu'une nouvelle salve de stalactites ne me surprennent dans leur course. Je me jette vers l'avant, me cognant contre le sol à plat-ventre. Balthazar, lui, hypnotisé, continue sa course vers l'avant, ignorant les pièges qui sans cesse tentent de nous tuer ! Il est fou !

- Brixius ! Attends !

Mais déjà des lames fusent des parois et me poussent à des acrobaties dont je ne me serais jamais cru capable ! En sueur, haletant, je peine à rattraper Brixius avant qu'un véritable éboulement ne nous surprenne. Il n'y a pas d'autre solution… il faut courir pour nos vies sans s'arrêter, à ce point ! Derrière nous les rochers entament une cascade mortelle alors que j'empoigne Brixius par la manche pour l'entraîner dans une folle cavalcade vers le bas du couloir. Les tournants à gauche, puis à droite, les stalagmites contournées et enjambées ne sèment en aucun cas l'avalanche de pierres qui nous chasse. Les poumons en feu, des larmes plein les yeux, les vêtements trempés, les jambes ne suivant même plus le rythme, je finis par trébucher, alors que sous nos pieds le sol se dérobe… en une impossible glissade de roc !

- Aaaaaah !
- J'ARRIVE VOIX DU DIABLE !

Nous débouchons dans une sombre caverne, alors que derrière nous s'amoncellent les gravas, bloquant le tunnel par lequel nous sommes débouchés. Le choc a tôt fait de me rappeler l'existence de mon coccyx… diantre, si seulement j'avais ton agilité, mon brave Napoléon. Épuisé, ne sentant presque plus les muscles de mon corps, je m'étends au sol, alors que Brixius, lui, s'avance en se pourléchant de satisfaction. Quelle peut bien être la source de sa fascination… si ce n'est cette énorme pile d'or qui trône au centre de la caverne ?!

- M-mon dieu ! C-c'est le trésor du Capitaine Crow ! Le voilà ! Nous l'avons trouvé ! Brixius ! Tu l'as trouvé !
- GNINHINHINHINHIN ! ME VOILÀ RICHE ET TOUT PUISSANT ! Mais ?! Oh ! Que sont ces jolies miroirs qui se gavent de l'obscurité, au sommet de cette pi-
- AAAAAAH !

Un éboulis tonitruant caractérise soudain l'entrée dans la caverne du trio manquant de l'équipage ! Venu d'une autre glissade du même genre que la nôtre, Fallanster, Grant et Landstorm tombent tous trois de l'autre côté de la pile de coffres, d'or et de joaillerie que constitue l'amas de richesse.

- Didiou ! C'est bien la dernière fois que je suis un vieux dégénéré de la sorte ! J'ai failli y passer… et même pas sur un navire, qui plus est !
- Aïe…
- Vos voilà ! Nous avons réussi !
- J'AI RÉUSSI !
- Trop bruyant…
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Un ouvrage à la gloire de la folie. Cet oeil vitreux te transperce et t'observe sans voir. Ses palpitations résonnent, c'est un coeur séquestré dans un ustensile de boucher. Elle est vivante sans l'être. Sa beauté te bondit aux yeux tandis que tu t'engouffres, haletant, dans la grotte, tes paluches grandes ouvertes, pour plonger dans cet immense bassin d'or. Pierres précieuses, vieux berrys, colliers et verreries qui exciteraient les castes vulgaires comme une carotte pendue devant un âne. Rien de réellement truculent pour une abonnée au luxe si ce n'est... cette créature au pelage putride, dont la sublime laideur suinte entre tes doigts.

La cupidité du Corbeau Daggerplunge
Tu la caresses langoureusement, la parcourt depuis sa garde jusqu'à la pointe de sa lame de tes squelettiques petits doigts épluchés, à la façon d'une amante retrouvée après des années d'abstinence, tu la dévores d'un regard embrasé.

Magnifique. Superbe atrocité...

L'Amour est un poison fort décadent. Que cette laide chose ait une conscience et elle sera probablement absolument horrifiée des projets sordides que tu prévois pour elle... Oh ! Voici un sentiment qui ne m'avait plus visité depuis longtemps ! Le Dégoût. Qu'ai-je enfanté ? Comment le fruit de ma gestation peut-il être si pourri que ses plus doux sentiments ne s'enroulent qu'autour... de l'engeance tordue d'un forgeron damné ?

C'est la plus gracieuse créature qui ne me sois jamais tombée dans les bras !
C'est une dague, Balthazar.
ET TOI TU ES UN IMPUDENT AVEUGLE ! LAISSES-MOI MON MOMENT D'INTIMITÉ !

Hinhinhin. Ils te jugent : ton public de scélérat te juge, ça transforme ton coeur rouillé en une tumultueuse chaudière. Mais avant tout absorbé par ces flammes de tendresse qui te consument tandis que tu frottes la délicieuse lame d'os de l'Horreur contre ta joue, tu t'abstiens de déverser ta Haine et reste cloîtré dans ton merveilleux petit monde, où cette dague serait une Dame de la haute-société avec laquelle tu redémarrerais ton existence de despote sur un meilleur pied.

Cette caverne dépasse de loin tous les contes d'horreur que j'lui prêtais, parbleu ! Vous allez m'prendre pour un siphonné, capitaine, mais je jure devant la Mère de tous les marins qu'on a du se fritter à de vrais tas d'os ambulants !
Nous en avons croisé aussi. Ils pullulaient à l'entrée, puis depuis que nous avons bifurqué et quitté les couloirs de la Volière, nous n'en avons plus rencontré aucun.
Vous pensez qu'ça a un rapport avec ce damné corbeau ?
Je n'en pense pas grand chose, Landstorm ! J'avoue avoir investi tout mon esprit dans la recherche d'une issue. Que ces abominations soient de purs produits d'une obscure magie ou un simple symptôme d'un fruit du démon ? Aucune idée, et peu m'importe ! Nous savons au moins qu'elles veulent notre peau, et qu'elles sont plus coriaces que ne devraient l'être un pantin d'os.
L'gentillâtre a pas pu vous renseigner ? Ce pauvre aliéné a p'tetre des connaissances en sorcellerie... il en a au moins en folie.
Non, rien du tout. Il était aussi terrifié que moi, une grande louche de sang-froid en moins...
Peste ! C'baron d'égoûts est tout aussi utile qu'un ulcère !
Néanmoins, il m'a amené ici, auprès de vous.


Leurs voix s'éparpillent dans la cavité comme un puissant clairon, transportées par l'acoustique de ce sanctuaire d'or et de roche. Grant et toi, Balty, hurlez, dégoulinants de sueur et de joie, pareils à de l'horripilante marmaille devant un indigeste tas de sucreries, prêts à gonfler leur panse jusqu'à l'explosion sans penser aux conséquences. Autant dire que toute cette agitation captera à merveille l'attention des revenants et des bestioles qui logent peut-être dans la région. Imprudents ou inconscients ? L'outremonde est peuplé des deux.

Fallanster, l'homme-volatile muet, scrute les collines de richesses d'un regard noir qui ne laisse transparaître pas la moindre avidité. J'ai même l'impression qu'il est dégoûté par cette opulence tape-à-l'oeil ! Ce n'est pas un prétentieux plumage de fierté qui t'extirpera de ta condition de crasse humaine et te permettra de t'envoler dans le luxe et la facilité, Fallanster ! Imites donc Grant et plonges dans l'or en t'esclaffant. Ainsi doit être la réaction de tout prolétaire sain d'esprit face à l'augure d'une vie dorée. Il serait fort dangereux pour nous autres nobles que la roture s'extirpe de sa cage de matérialisme !


Sacré trésor.
Eh, l'or, ça moisit vite ! On devrait p'tetre essayer d'en embarquer un peu tant que ça brille encore ?
Pas une bonne idée.
On ne sait pas quels pièges se déclencheront en chapardant de l'or... Vérifions avant tout que c'est sans danger.


Et c'est ce qu'ils font, se déployer pour tâter des rochers, caresser des stalagmites, et laisser traîner leurs yeux globuleux curieux et inquiets n'importe où. Je m'ennuie, Balty ! Nous ressortons d'une intense excursion pour paresser ici, coincés dans cet estarz humide d'eldorado, à contempler nos valeureux pirates se méfier des rochers. Vous êtes pourvus d'une chance insolente, pour une meute de rats, vous survivez bien plus longtemps que ce que le Destin devait avoir prévu pour vous. Presses-toi donc de renvoyer toute cette marmaille des ténèbres dont elles ont immergés, maladroit Destin ! Je veux retrouver le fils solitaire, désespéré et hystérique qui m'amusait tant !

OUAHAAAAAOU !

Grant, impertinent fossile ! Tes cordes vocales résonnent comme un tuba bosselé. J'ai cru un instant qu'une fanfare rejoignait les légions de squelettes pour venir vous mettre en pièces. Ça aurait été loufoque à souhait, mais malheureusement...

REGARDEZ CE QUE J'AI TROUVÉ !

Nous devrons nous contenter des trouvailles de ce chien galeux.

Oh... C'une copie d'l'autre horreur ? Tu d'vrais la laisser où tu l'as trouvé. T'es sûrement pas aussi familier qu'le Baron avec ces facéties d'piqué. C'truc serait capable de te rendre dingo. 'fin, plus que tu ne l'es déjà...
Bah, j'suis terrorisé, pour tout vous avouer ! Cet objet me paralyse de peur !
Eh bien... Lâche-le ?
J-Je n'y arrive pas, héhé ! Lâcher un chef d'oeuvre pareil ?! Il pourrait me dégouliner du pus sur les paluches que j'm'en séparerais pas ! Cette chose impie est assurément l'une des clés du one piece !


Oh ! Tu as entendu, Balty ? Il a trouvé une autre de tes catins, tu...

ÉTEINS TES COQUECIGRUES ET RENDS SA SOEUR A MON AMANTE !
AAAH !

Hinhin. Tu as entendu.
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- M-m-mais séparez-les !

C'est bien la seule chose que j'arrive à crier, pris de court, alors que ce satané Brixius se jette sur notre nouvel acolyte ! Décidément, il n'y a plus rien de fonctionnel dans le cerveau frelaté du baron ! Je n'arrive pas à croire que je puisse toujours lui faire confiance… c'est sûrement ce qu'il doit se dire lui-même, à force de tester les limites de ma patience. Ne t'inquiètes pas, Balthazar, nombreux seront mes compagnons à vouloir te charcuter la gorge avant que je ne sois moi-même envahi par cette rage traîtresse qui t'anime si aisément…! Déjà, Fallanster et Landstorm ont gravi la montagne de richesses et ont entrepris de séparer les deux belligérants.

- ELLE EST À MOI ! À MOIIIIIII ! HAHAHAHA !

Les yeux exorbités, la langue pendante, ricanant à n'en plus finir, c'est Brixius qui se gausse et jubile en admirant son reflet sur le fil de ses nouvelles lames malsaines. Ces joyaux acérés font luire de façon inquiétante trop de pupilles par ici, à un tel point que j'ose même deviner un éclat de convoitise dans les globes de Fallanster qui termine de maîtriser Grant. Quel genre de mal plane sur nous tous ?

- Sale rat d'égout !

Soudainement, Landstorm soulève Brixius par le collet et le renvoie s'écraser au sol, lui écrasant le cou de son coude ! Mais qu'est-ce qui lui prend ? Je m'élance déjà vers lui alors qu'il se met à secouer le baron complètement sonné.

- Écoute moi bien espèce de cupide scélérat ! C'est la dernière fois que tu tentes d'assassiner qui qu'ce soit ici, pigé ?! Il n'y pas d'place pour l'avarice chez les vrais marins, C'EST BIEN CLAIR ?
- Lâche-moi immédiatement, vil lépreux inféodé, avant que je ne teste mes nouveaux jouets contre ta chair si tendre ! Ose me toucher une seconde de plus et je perce ton torse velu de mille geysers de saaaang !
- BRIXIUS SILENCE. LANDSTORM, LÂCHE-LE.

Mon ordre résonne en écho dans la grotte et a l'effet d'un coup de masse sur mes hommes. Je n'arrive pas à croire ce qui se passe ! Si j'ai pris la mer, c'est avant tout pour pouvoir unir sous une même bannière des hommes dont les valeurs outrepasseraient les vices communs de l'humanité. En mer, on est confronté à soi-même et on ne peut que garder ce qu'il y a de meilleur en nous… je ne peux croire que Landstorm se laisserait si sottement envahir par de telles vanités face à l'accomplissement de notre première aventure. Brixius, je n'abdiquerai pas de sitôt sur lui, j'ose croire qu'il y a en cet homme des qualités que je saurai dénicher tôt ou tard. Pour cela, il faut simplement espérer que mes autres compagnons se montreront compréhensif à l'égard de cette démarche. Landstorm laisse platement choir Brixius qui, lui, caresse fébrilement ses lames. Et toujours l'ombre du Mal plane autour de nous, laissant son souffle putride nous pourrir l'esprit.

Il y a ici une tension impossible à déchiffrer, comme omniprésente, comme une folie qui s'emparerait de quiconque approche de la Volière. Comme si le dernier soupir de Crow, malsain et cupide, se serait poursuivi à l'infini, ici, dans ces couloirs perpétuellement privés du monde. Elle est ici, l'âme terrible du capitaine pirate, de ce freux de malheur dont les yeux spectraux nous guettent sans cesse et que seul Balthazar semble percevoir. Les langues sont pâteuses, l'or est scintillant, et en chacun de nous, c'est l'envie du jour, de la lumière et de l'air frais qui se fait cruellement sentir.

- Nous devons sortir d'ici. Cet endroit nous rend tous fou, petit à petit. Ce n'est qu'une question de temps…

Un regard vers Brixius dont les yeux luisants son hypnotisés par la poésie de ses nouveaux coutelas.

- …ou de volonté…

Fallanster, à son tour, semble se tirer d'une rêverie ô combien charmante.

- Il parait que… dans les cavernes, il y a des poches de gaz qui affectent les perceptions humaines si on les respire trop longuement… dit-il peut-être, dans un inaudible souffle.

C'est peut-être ça… Des poches de gaz… Ce qui expliquerait l'étrange propension des végétaux à luire dans l'obscurité, ou bien la position de la Volière. Crow aurait donc pensé à cacher son trésor là où personne ne saurait le trouver, et si quelqu'un aurait osé s'aventurer jusqu'au lieu-dit, c'est son propre esprit qui l'aurait trahi…!

- Alors tout ça… les squelettes… tout ça ne serait que pur produit de nos esprits trompés ? grogne Landstorm en se grattant le crâne d'un air incrédule.
- Il faut croire que oui… rester trop longtemps dans ces cavernes mène vraisemblablement à de drôles de lubies.

Je lui dis ça, à Landstorm, avec plein de morgue, en désignant du menton le pauvre Humphrey Grant qui, les yeux garnis d'étincelles, laisse glisser entre ses doigts des poignées d'or.

- Le One Piece… c'est le One Piece… murmure-t-il avec d'une voix inquiétante. Apparemment, il a oublié qu'un instant plus tôt il cherchait absolument à obtenir une dague qui devait supposément l'y mener, au One Piece.

Fallanster et Landstorm se rapprochent, en partageant ma vue du vieil homme complètement absorbé par sa contemplation. Quel triste spectacle… des années passées dans ces grottes à chercher ce trésor, et en faire la découverte n'a comme effet que d'attiser une folie déjà bien nourrie. Il y a quelque chose de vain, de traître, dans ce monde abyssal qu'est la cupidité. On se laisse dévorer sans retenue par le besoin toujours plus grand d'obtenir, mais à la fin il n'y a que la déception ou le vide. Le vide, ce doit être ça le plus effrayant dans toute cette quête sans cesse relancée par une insatiable avarice. Il l'a béant devant lui, Grant, ce vide qui se goinfre désormais de tant d'années d'efforts.

- Tu vas t'en occuper, Capitaine ?
- Mh. À combien on estime tout ça ?
- Cinquante millions. Peut-être plus.
- Sacré Crow. C'est pas le One Piece, mais quand même… Commencez à embarquer tout ça, je vais parler au vieux. Ah, tâchez de remettre Balthazar en état, aussi.

Je m'approche d'Humphrey Grant, lentement comme pour ne pas l'effaroucher. C'est à peine si j'ai l'impression d'exister à ses yeux avides. Je lui mets une main sur l'épaule, il sursaute, rive vers moi des yeux de bête traquée.

- Ce n'est pas le One Piece, Grant.

Ton sec, tranchant. Un peu comme un claque, assez puissant pour me donner l'impression que je le ramène à la raison un simple instant, Grant. Je vois passer dans ses yeux un éclair de lucidité, de quoi me donner envie d'entrer plus profondément dans la brèche que je sens avoir créé dans son esprit.

- Ce n'est pas le One Piece et ce n'est probablement rien de comparable au trésor du Roi des pirates. Ce n'est sûrement qu'une infime parcelle de toutes les richesses accumulées par Gold Roger… et toi tu viens de passer la dernière décennie à chercher sans relâche cet insignifiant tas de pièces d'or.
- M-mais… m-mais…

C'est comme si mes paroles, soudainement, lui faisaient remarquer l'impasse vers laquelle il avait progressé aveuglement depuis les dix dernières années. Ses yeux cherchent à gauche, à droite, à la recherche d'un autre regard, un regard qui pourrait lui confirmer qu'il n'est pas fou. Mais il n'y en a pas, des comme ça, par ici, il n'y a que les mines dures mais empathiques de Landstorm et Fallanster qui, en empilant quelques coffres garnis de joailleries, s'attardent sur la mine déconfite du vieux charpentier. Elle se décompose de plus en plus, cette mine, d'ailleurs, et à chaque seconde Humphrey Grant semble gagner des années et des années en âge.

- Tu comprends, Grant ? Ce n'est pas le One Piece. Le One Piece est à l'autre bout de Grand Line, loin, très loin d'ici. Il n'y a que les plus grands pirates qui peuvent prétendre à le retrouver.

Je lui dis ça d'un ton toujours aussi tranchant, fataliste presque. Et comme de fait, ses vieux yeux creusés dans leurs orbites sertis de cernes s'embuent lentement. Des rigoles salées se creusent une course sur pommettes saillantes et sur ses joues pleines de crevasses et de rides. Il sanglote, Grant. Il pleure toutes les années qu'il a gâché à se voiler la face, à s'accrocher de toutes ses forces à un rêve qu'il s'était créé par lui-même. Il fait ça silencieusement, avec ses petits gémissements secs et feutrés, pourtant on n'entend que lui dans toute la grotte. Lui et sa tristesse d'une soixantaine d'années qu'il avait traîné jusque là sans jamais la partager à qui que ce soit. Je le regarde pleurer, et j'ai envie de pleurer avec lui. J'ai envie moi aussi de m'échouer tout près de cette épave et de gémir avec elle pendant les prochains siècles, jusqu'à ce qu'une nouvelle vague de folie nous éprenne et nous pousse vers de plus amples et fantasques rêveries.

Mais je le laisse pleurer, là, tandis que mes trois compagnons encaissent des coffres débordants de pièces.

Puis je lui tends une main. Une main comme une bouée, pour finalement émerger de sa folie.

- J'ai dit qu'il n'y a que les plus grands pirates qui peuvent prétendre au One Piece. Je compte en devenir un, Grant. Je compte explorer le monde et voir des choses incroyables que personne n'oserait imaginer. Tu te fais vieux, mais je veux bien de ton expérience à mes côtés. Et peut-être qu'ensemble nous le trouverons, le véritable One Piece.

Il lève un regard larmoyant vers moi. C'est bien la première fois que je décèle une véritable lueur de sagesse dans ses yeux. Il est bien plus beau comme ça, même sous ses loques et ses rides.

- Alors ?
- Jeune Héritier… je…
- Maxwell !

Brixius glapit alors que de toutes parts nous parviennent soudainement les échos de multiples battements d'ailes ! Les corbeaux nous ont retrouvé et ils connaissent sûrement le moyen de s'infiltrer en masse dans cette spacieuse cavité ! Dans le regard de mes hommes, c'est la panique, alors qu'ils blêmissent tous en cherchant vainement une issue… Nous n'en avions toujours pas trouvés que déjà le spectre du Capitaine Crow s'acharne à faire de son nid notre tombeau.

- Il doit sûrement y avoir quelque part un…
BRRRRRRRRRR !
- …passage secret.

Sous nos yeux ébahis, c'est un pan de mur complet qui se disloque puis s'écarte lentement dans un grondement rocheux surprenant. Derrière la paroi mouvante, il n'y a nul autre que toi, mon brave Napoléon ! À la manière des volatiles tu t'es fait maître des lieux et en a trouvé les plus discrets des mystères ! Satisfait, le museau fièrement dressé, tu couines d'excitation en nous faisant tous signe de te suivre.

- Nous finirons cette discussion une fois sorti d'ici, Humphrey ! Prenez tout ce que vous pouvez !

Dans nos bras s'empilent de lourds coffres débordants de richesses. Dès que nous sommes chargés, nous fonçons à la suite de Napoléon qui nous guide dans un large tunnel descendant.

Espérons qu'au fond nous trouverons la sortie !
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Hm, je suis persuadée qu'il pense trouver la lumière au bout de ce tunnel ouvert par son raton laveur, ce tunnel plus austère, étriqué, sombre et nauséabond qu'un intestin grêle lépreux, que les vibrations de la roche font palpiter d'inquiétants grincements. Les souris déguerpissent et tardent à rejoindre leur navire ! Vous avez mis en jeu vos vies par avidité et curiosité malsaine, il est l'heure de découvrir qui la funeste roulette va pointer !

Un avantage à attiser autant la confiance qu'une épaisse catin vérolée, Balty, est qu'il ne se servent pas de toi comme mulet pour porter ces envahissantes babioles. On ne te confierait même pas la glace d'un marmot car tu serais capable de la tartiner de pus en douce.


Est-ce qu'on est en train de suivre un...
...
Un capibara.
Et le plus astucieux de tous !
Oh bah moi j'jugeais pas hein.

Leurs épaules fourbues de denrées dorées, de grandes barres de crocs jaunis souriants percent les ténèbres de rires rauques, et je me laisse bien malgré moi effleurer par cette brûlante camaraderie qui galope vers cette fraternité que vantent les vieux romans poussiéreux amoureux de la fange pirate. Qui sait donc combien de temps cette mascarade survivra ? En ont-ils seulement quelque chose à faire ? Ont-ils tant d'étoiles dans les yeux que leurs rétines en ont été vaporisées ?

Tu es, comme à ton habitude, le seul à ne pas t'esclaffer aveuglément, Balty. Tu cours en haletant, tes odieuses globuleuses dégoulinantes sur tes nouvelles armes de chair. Mais ta vielle mère connaît mieux que quiconque -mieux que toi-même !- quelles ronces giclent de ce terreau malfaisant tassé dans l'étroit crâne qui lui sert de pot.

Tu as repris la mesure de la frénétique symphonie qui t'emporte depuis que tu officies sous le drapeau noir des naïfs, Balty, et maintenant que le temps autorise une pincée d'introspection, tu te rends compte que Maxwell est le seul à t'avoir jamais parlé comme à un vrai Homme,


Comment ?!

à avoir prétendu apercevoir en toi une lueur que tu ne te pensais pas capable d'avoir un jour allumé,

Hein ?!!

à ne pas aussitôt essayer de te découper en fines tranches après avoir prit conscience de ce que tu es,

J-

à ne pas t'avoir confondu avec une pestilentielle liche alors que tu ne partages plus rien avec la Vie, tout simplement.

Tout va bien, Balthazar ?
J'IRAIS SI BIEN SI TU CONCÉDAIS A LAISSER MES DAMES SE PLANTER DANS TA GORGE !
Question bête...

Nul besoin de me répondre et encore moins de t'échiner à bricoler quelques arguments maladroits pour rafistoler la croûte de fierté qui te sert de carapace ! Maxwell s'est plus intéressé à toi ces derniers jours que moi en une trentaine d'interminables années. Même le plus hargneux des chacals ronronnera si on le bourre de délicieuse viande crue. Jusqu'au jour où la lassitude aura érodé sa docilité et qu'il arrachera la main de son maître. J'en sais quelque chose. Oh ! J'en sais même bien trop, pour une morte.

Tu es mon fils, Balty, que je le veuille ou non, je lis en toi comme dans un livre ouvert car tu as été écris avec mes gènes. Je lis que tu apprécies la compagnie de Maxwell. Je lis également que tu t'en lasseras tôt ou tard, et que tu retourneras te prélasser confortablement dans le sang et les larmes des trahis.

C'est ce que tu es, Balty, rien ne te soustraira à ta mission, si ce n'est mon divertissement. Tu dois restaurer statut, terres, et fortune de la famille, me déféquer un petit-fils à peu près utilisable pour reprendre la suite du blason, puis tu nous rejoindras tous dans l'outremonde afin de régler le reste de ta facture : voici tes rêves à toi.

Tu es un damné en sursis mais ta sentence reste irrévocable.


Eh ! On en voit l'bout !

Mais pas toi, hinhinhin !

Trêve de plaisanteries, les tunnels aussi ont leurs limites. Un à un franchissant le pallier de cet oppressant couloir de roches suantes, les rats posent un pied conquérant sur un promontoire surplombant l'entière Volière, offrant un paysage torturé sublimé par une obscurité complice. D'immenses corbeaux de pierre rongés par l'humidité dispersés sur ce qui vous paraissait, depuis en bas, comme un temple infranchissable.


C'votre épave ? Tout en bas ?
Je crois bien, c'est NOTRE épave, mon ami. Nous sommes revenus au point de départ, avec en prime un point de vue plus... avantageux. Héhé.
Silence.
Hm ?

Le sérieux avec lequel il l'invoque l'impose. Cet homme-silence a une autorité tout à fait glaçante ! S'il y avait eu une chance pour que son ordre puisse aussi s'adresser à moi, je t'aurais ordonné de lui faire régurgiter ses cordes vocales !

Vibrations dans la roche. Vous sentez ?
Parbleu, v'là autre chose ! Les cailloux s'emballent !
Une idée, Landstorm ?
Eh, j'suis marin capitaine, pas cailloulogue ! J'ai bien une théorie, mais si j'ai raison, l'temps que je l'expose, on va...
TON SERPENT ?!
C'est ce que j'pensais, ouaip.
S-Serpent ?
UNE ODIEUSE HYDRE IMMENSE QUI S'EST PRISE D'AMOUR POUR CE VIEUX BOUC !
Hydre ?!?
Je ne crois pas que nous aurons le temps de trouver des escaliers pour descendre, les amis.
Tu proposes donc de nous réduire le squelette en poudre en chutant de cette hauteur, maroufle ?
Loin pour l'instant. Les vibrations sont faibles. Et se renforcent rapidement.
Bah ! J'porte plus la poisse qu'une donzelle, dites !
On avance avec le fardeau de chacun.


Et votre plate-forme commence à ne plus supporter le fardeau que vous représentez ! Se craquelant et se laissant pénétrer par les haineuses ondes errantes dans les parois, elle décide de se laisser aller en poussières d'un calcaire noirâtre. Et la neige noire tombe lentement en contrebas, imitant vos espoirs !

HA ! TON HAMSTER NOUS A ACCULÉ PAR SA BÊTISE, MAXWELL !
Cri ! Cri !
ET SE PERMET DE PARADER !
Tenez vous prêts !
Je vois.
Idem, j'comprends.
Une coalition maintenant ?! VOUS AUTRES PURULENTS FAQUINS COLLABOREZ AVEC LA FALAISE POUR ME...
Ah nan, j'vois pas non plus ce qu'il faut faire moi...
UN BONISSEUR QUI CROIT EN SES PALABRES !
Asseyez vous et accrochez vous !

Votre perchoir s'affaisse alors même que tu rechargeais ton inépuisable mitrailleuse de vocabulaire châtié. C'est sur cet audacieux toboggan hérissé d'épines de roches que vous dégringolerez finalement la façade de la Volière. Tes croassements hystériques se conjuguent bien au grotesque de votre situation. Te prendras-tu un jour au sérieux, pauvre cloche rouillée ? Tes camarades d'infortune retiennent aussi piteusement l'incendie qui envahit subitement leurs gorges étranglées par la panique.

AAAAH CAPITAAAAAIIINE !
J'REPENSAIS A CE QUE VOUS M'DISIEZ T'ALEUR !
C'ÉTAIT VACHEMENT BIEN DIT !
JE TE REMERCIE !
MOI QUI VOUS REMERCII*ACH !* FOUTUE CAILLASSE, J'AI LE DERRIERE QUI VA RESSEMBLER A UN TAPIS D'BRAISE ! OUAIS, J'CHERCHAIS MES MOTS, PAS SU VOUS REPOOWOOOWONDRE, J'VOULAIS AJOUTER QUE...
AJOUTE DES GESTES ET DES PROJETS, GRANT, ÇA ME SUFFIRA AMPLEMENT !
AYEZ LA DÉCENCE DE VIVRE VOTRE IMPUDENCE EN SILENCE LES FOUTRIQUETS !


Oh, as-tu vu ce qui vous attend en guise de terminus ? Tu as pris un aller simple, les chacals détestent l'eau ! Tu plantes tes ongles dans la roche en guise de fort vains freins : mais c'est bien le bain qui t'attend : la mer déchaînée qui se lèche les babines, elle bave une menaçante écume à ne plus finir tout en grondant d'impatience !
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L'air nous gifle le visage alors que notre course et celle du rocher n'a pour piste d'atterrissage que l'onde noire et inquiétante de la Flaque. Cramponnés au rocher, nous fendons l'air de la Flaque à toute vitesse, pièces, bijoux et gemmes filant de toute part en laissant derrière nous une pluie scintillante même dans les ténèbres. Qui sait ce qui peut bien nous attendre dans les sombres abîmes de l'outreterre ? Des créatures aquatiques toutes plus voraces que le Roi des rois ? Des visions cauchemardesques plus inimaginables que celles fomentées par nos esprits trompés ? Pire ! Davy Jones lui-même sommeillant dans les noirs recoins des abysses ? Une chose est certaine, il y en a un plus que quiconque parmi nous qui peut prétendre à rencontrer les chimères peuplant la Flaque. Dans ses yeux fous, je décèle la peur. Ses ongles ensanglantés serrant la pierre, sa lèvre mince prisonnière de la morsure de ses dents, tout chez Brixius cri sa crainte du liq-

SPLOUSHHH !

Éclaboussures. Trombes d'eau. La morsure de l'eau est froide, elle nous coupe le souffle et nous étripe un court instant. Notre état catatonique ne s'échelonne que sur les quelques secondes durant lesquelles nos muscles transis sont accaparés par l'insidieuse et polaire infiltration des flots sous nos vêtements. Ensuite, une seule idée, comme un réflexe que nous voudrions tous salvateur, simple, imminent ; remonter à la surface. D'abord, il y a le linge, lourd, ample, mouillé, froid, tant d'attributs qui nous poussent à nous acharner pour regagner l'air libre, à batailler contre l'eau lourde. La cécité, dans le ventre du monde, n'ajoute qu'à la panique qui nous habite alors que le souffle nous manque et que la surface se fait…

- Pouah ! Ha …! Ha …! Ha …!

…Plus proche que prévue.

Mes muscles engourdis par l'eau glaciale se tendent une ultime fois, tractant leur lourde charge jusqu'à l'en faire émerger des insondables profondeurs. Brixius, trempé et toussotant, crève la surface dans un râle noyé. Loin sous mes jambes battant l'eau, ce sont des milliers de berrys sonnants et trébuchants qui rejoignent ce que Red Line a de plus inaccessible. Mes autres comparses, qui émergent de l'eau chacun leur tour, ont eux aussi troqué l'or et les pierreries contre une mince chance de rejoindre la surface.

- Tout le monde va bien ?
- QUE L'ENGEANCE IMPIE QUI A INVENTÉ L'EAU ET LES OCÉANS AILLE S'Y PLONGER LA TÊTE DE CE PAS ET S'Y GAVE DE SAUMURE AU POINT DE S'EN DÉCHIRER LES REINS !
- Iiiih !
- L'eau est plus froide que la poigne de la mort, parbleu !
- Gnah ! Là ! C'est votre rafiot ! 'Coup d'chance il est pas trop loin ! Nageons !

Je traîne Brixius dans la pénombre, nageant tant bien que mal vers la silhouette d'une coque luisante qui nous apparait dans la faible lueur de la caverne. Au-dessus de nos têtes, la Volière, immense et lugubre, nous guette toujours, gardant jalousement en son sein le fruit de toute cette aventure. Tant d'efforts, tant de péripéties, et rien à ramener sur le St-Margot. Notre survie valait bien la perte de ces richesses, ça et nous pourrons nous avérer chanceux d'avoir découvert un si brave compagnon, Grant, dans les grottes de Red Line. Nous nous hissons les uns après les autres, grelotant de froid, et déjà Landstorm est à la barre, un air soucieux couvrant son visage.

- Dépêchons de quitter c'lieux maudit ! J'ai bien peur que cette saloperie ne nous ait déjà-
RRRROOOOOAAAAAAARRRRR !!!!
- …ne nous ait déjà retrouvé… maugrée-t-il en réponse au rugissement tonitruant que vient de pousser la colossale silhouette émergeant de l'eau juste derrière le St-Margot.

Les tympans sillant, le souffle coupé, nos yeux parcourent les écailles luisantes de l'énorme serpent dont la tête s'élève à la même hauteur que la Volière, au-dessus de nos têtes, laissant pleuvoir des filets d'eau sur le pont du navire délabré.

- M-m-mais qu'est-ce que c'est bon sang ?!
- UN DIEU DES MERS QUI S'EST ENTICHÉ DE LA CHAIR FIBREUSE, CORIACE ET AVARIÉE QUI SERT DE CORPS À LANDSTORM, IGNARE !
- Fuyons d'ici avant qu'il ne veuille réellement y goûter alors ! Déferlez-moi tout ça !

Mais déjà, le monstre fond sur nous ! Sa gueule béante fait luire dans les ténèbres des rangées de dents infinies qui englobent plusieurs fois l'entièreté du navire ! Je plonge contre le pont, craignant le pire, quand soudain un rayon de lumière traverse l'obscurité pour percuter le Léviathan droit dans la gueule. La bête reste éberluée, un instant, cessant sa course d'un air surpris. Juste à côté de moi, Brixius, la main fumante, affiche un rictus satisfait.

- VOILÀ ! TU PEUX BIEN TE JOUER DES MARINS, VIEILLE MÉDUSE, MAIS CONTRE LES TENTACULES VISQUEUX ET INEXTRICABLES DE MORPHÉE, TU NE PEUX RIEN !

Et comme de fait, la tête du Roi des rois dodeline et tangue, alors que ses paupières d'écailles se font lourdes. Il tangue à droite, puis à gauche, puis va s'effondrer de sommeil contre la Volière, arrachant des pans entiers de la falaise d'obsidienne en la raclant de son impénétrable cuirasse. Des rochers se mettent à tomber de toutes parts… et avec eux une pluie d'or et de richesses qui cascadent jusque sur le pont !

- Victoire ! Le trésor du Capitaine Crow vient à nous !
- Bien, allons nous en.
- Bien vu Fallanster, profitons de ce moment de répit pour fuir, la bête ne restera pas assommée si longtemps…
- CAP VERS LA LUMIÈRE PALSAMBLEU !

***

L'air frais, iodé et clair. Le ciel, bleu, éblouissant, exempt de tout nuage. Le bois qui grince sous le vent. La coque, ébréchée et malmenée, caresse les flots de South Blue avec la fluidité de ses premiers jours. Derrière le St-Margot, mince bande à l'horizon, Red Line nous fait ses derniers au-revoir. Le génie nautique qu'est Landstorm n'a su être déjoué par les dédales des cavernes. Une journée de navigation à tâtons plus tard, il a trouvé moyen de nous tirer vivant de la Flaque. Jamais je n'ai été aussi heureux de pouvoir compter sur un tel homme. Assis près de la proue, en silence comme tous les autres, je contemple l'océan. Sur le pont s'empilent des masses d'or fraîchement triées par Brixius.

- Hinhinhin ! Nous voilà riche de cinquante millions de berrys !
- Hm. Bien, cette sacrée échauffourée nous aura bien servi. Voilà la douce récompense de l'aventure mes amis !

Derrière le gouvernail, Napoléon et Landstorm, une pipe fichée entre leurs lèvres, acquiescent d'un air complice en riant en silence.

- Nous sommes riches ! RICHES ! DÈS DEMAINS JE DOMINERAI LES MERS AVEC TOUT CET OR HINHINHIN !
- Ne t'emballes pas, Balty, d'abord nous appareillons vers Rokade, là nous trouverons les prochains Héritiers.
- COMMENT AS-TU OSÉ M'APPELER, MAXWELL ?!
- Hm ? Rien.
- RÉPÈTES DONC !
- Héhé.
- ALLEZ !! NE TE MOQUE PAS DE MOI DE LA SORTE SANS QUOI JE MAUDITS TOUTE TA DESCENDANCE IMPÉRIALE !
- Balty, c'est un joli surnom, ça t'attendris un peu, rien de trop maléfique.
- COMMENT…!
- On dit dans la Flibuste que Rokade est un havre de pirates, un endroit où nous pourrons sûrement trouver un navire qui saura porter notre légende.
- RETIRE IMMÉDIATEMENT CE SURNOM !
- Jamais ! Il fera partie de ta légende lui aussi, Balty ! Hahaha !
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