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Le Bocal à problèmes

Le Bocal à problèmes
Cela faisait maintenant une bonne semaine que les mésaventures avec les Columbias avaient pris fin. Durant cette période, j'étais restée bien tranquillement sur l'île de Logue Town en attente de mes prochaines instructions. A la fin de cette mission que l'on m'avait confiée, mon coordinateur m'avait ordonnée d'attendre tranquillement sur celle-ci. Chose assez étrange en soit.

Mais je n'allais pas bouder quelques jours de vacances. Bien que ce ne fut pas la pire mission que j'ai eue à mener, j'avais clairement besoin de repos. Souhaitant la paix à tout prix, j'avais décidée de disparaître après que les choses aient été mises en ordre concernant l'avis de recherche sur laquelle mon nom apparaissait.

Même si les garçons m'avaient été d'une grande aide... Enfin plus exactement. Pour une fois qu'Alegsis ne m'avait pas trop mis de bâtons dans les roues. J'avais louée une chambre d'hôtel sans rien leur dire et j'espérais ne pas les revoir avant un long moment. Tout ce que je souhaitais, c'était me détendre jusqu'à ma prochaine mission.

Me prélassant dans un bon bain chaud, je me laissais aller à des souvenirs fugaces. Repensant à Capulina, Ashlinn et tant d'autres personnes que j'aimerais revoir. Mais également à mon frère et ce que j'avais appris sur lui et sur cette organisation criminelle qui semblait avoir la main mise sur lui. J'espérais bien avoir la chance un jour de résoudre tous les mystères qui entouraient ce lien étrange qu'il avait avec le N.I.E.R. Mais pour l'heure, mon rang au sein du Cipher Pol ne me permettait pas de faire tout ce que je souhaitais.

- " Si seulement j'étais du CP Neuf ou Zéro... " Soupirais-je en sortant l'une de mes jambes de l'eau que j'étendais jusqu'à la pointe des orteils avant de la poser sur le rebord de la baignoire. " Je suis sûre que je pourrais plus facilement mener une enquête sur le sujet. "

À cette idée, je réfléchissais à un moyen de parvenir à monter rapidement en grade. Et qui sait, peut-être me faire remarquer pour intégrer l'une de ses deux branches de haut rang.

- " Enfin. En attendant, profitons de ce moment de repos et de tranquillité. " Dis-je en sortant ma deuxième jambes de l'eau que je vins croiser à la deuxième avant de m'enfoncer aller un peu plus dans mon bain.

Seulement, ce moment de tranquillité allait être de courte durée. Alors que je fermais les yeux et me laisser aller à la somnolence, un bruit se fit entendre.

Puru puru. Puru puru...

Lâchant un profond soupir en entendant le bruit bien distinct de mon Den Den, je réouvris doucement les yeux. Me redressant dans la baignoire, je tendis la main vers le meuble sur lequel je l'avais laissé en évidence. Une fois en main, je repris la même position que j'avais avant qu'on ne me dérange puis je décrochais.

- " Mushi, Mushi. " Lâchais-je avec nonchalance sans même regarder mon petit escargot phone qui commençait à imiter les traits de mon interlocuteur.

- " Agent Yorha. " S'exclama la voix d'un homme à travers le petit animal rose. " Agent Clifton William. "

- " Oui monsieur... " Soufflais-je avec une petite pointe de lassitude en ayant reconnu sa voix avant même qu'il se signal. " Vous avez une nouvelle mission pour moi ? "

- " En effet. Vos vacances sont terminées. " Continua ce dernier sans prendre la peine de relever mon agacement. " On a une mission d'escorte à vous confier. "

En l'entendant évoquer cette dernière, je posais enfin mon regard sur le petit escargophone. Le fixant avec attention, j'attendais d'en savoir plus. S'agissant de la première fois qu'on allait me confier ce genre de mission, j'étais assez intriguée et à la fois excitée. Peut-être allais-je devoir escorter une personne très importante. Une star de la musique, quelqu'un de la royauté ou je ne sais qui encore. Malheureusement, j'étais loin de me douter qu'en réalité, que j'étais très loin du compte.

- " Nous avons longuement discuté au sujet de votre dernière mission. " Commença à m'expliquer le coordinateur. " Bien que vous l'ayez menée à bien, ce ne fut pas sans rencontrer certains désagréments. "

- " Oui enfin comme beaucoup de... "

- " Des désagrément qui nous font poser question sur vos compétences " Me coupa sèchement l'agent gouvernemental.

En réalisant que l'agence semblait fortement déçue par moi, je sentis mon cœur se serrer. Déglutissant sans bruit, j'attendis qu'il me rapporte la suite. Un lourd silence s'abattit durant lequel j'avais replongée mes jambes dans l'eau légèrement refroidie. Dorénavant beaucoup moins détendu, je craignais de découvrir ce qu'allait être finalement cette mission qu'on voulait me confier.

- " Vous n'êtes pas un mauvais élément, Yorha. " Ce fit de nouveau entendre Clifton qui brisa enfin le silence. " La preuve lors de votre intervention à Kikai no Shima ou vous avez fait un travail exemplaire. Vous avez parfaitement collaborée avec les forces en place de la Colonelle Ambrosias. Et grâce à ça, l'organisation des Chinamire Kitsune a pu être stoppée. "

Un nouveau silence se fit entendre avant qu'il ne reprenne la parole.

- " Seulement, vous y êtes allé sans en avertir qui que ce soit. " Trancha ce dernier tandis que je sentais mon souffle se bloquer dans ma gorge. " Vous aviez pour ordre de vous rendre au Royaume de l'Absurde et appréhender le traître Tangocharlie Enzo. "

- " Mais.. je... " Tentais-je de me défendre en vain.

- " Une fois fini avec cette affaire, vous vous êtes enfin rendu sur place. Et là, vous n'avez pas su mener votre mission à bien car je cite... " Un bruit de page de papier qui se tourne se fit entendre à travers le Den Den. " ... Vous vous êtes fait attaquer par un Clown qui a failli vous tuer. Un Clown qui ferait partie d'une organisation se faisant appeler le N.I.E.R. " De nouveau un petit silence qu'il brisa au bout de quelques secondes qui me parurent interminables. " Est-ce que je me trompe, agent Yorha ? " Me demanda ce dernier avec froideur.

- " Non... Monsieur. " Réussis-je à dire en me recroquevillant sur moi-même, serrant mes genoux contre ma poitrine à l'aide de mon bras libre.

Malgré le bruit de l'eau qui se fit entendre au moment où j'avais bougée, mon coordinateur ne releva pas. Comme me laissant le temps de digérer ce qu'il venait de me balancer en plein visage, il ne reprit pas tout de suite la parole. Une longue minute s'écoula pendant laquelle je restais la tête baissée sans rien dire. Puis venant de l'autre côté de la ligne, un long soupir fut poussé.

- " Écoutez Yorha. " S'exprima ce dernier avec une voix plus douce. " Vous êtes encore jeune et vous n'étiez qu'une simple recrue il y a encore peu de temps. Si vous êtes devenu Agent de Catégorie III, c'est pour une bonne raison. " Me rassura mon supérieur avant de reprendre. " Mais vous avez besoin encore de faire vos preuves. Et je sais que vous en êtes tout à fait capable. "

À ces mots, je relevais la tête. Les yeux légèrement larmoyant, je retrouvais courage dans ce qu'il me disait. Je savais que j'avais beaucoup de chance d'avoir un coordinateur comme lui. À l'agence, on disait souvent qu'il était un homme bon qui savait prendre soin des hommes et femmes qu'ils se battaient sur le terrain. Et c'était vrai. Retrouvant petit à petit espoir, je me détendais à nouveau.

- " Et puis il va falloir travailler un peu sur votre côté trop émotive jeune fille. " Me piqua gentiment celui-ci en m'ayant entendu renifler un peu plus tôt.

- " Promis. " Lui dis-je en retour avant de ricaner légèrement.

- " Bon ! Si on en revenait à votre ordre de mission ?! " Lâcha-t-il avec ardeur. " Grâce à cette dernière mission qu'on vous a confiée, nous dans l'idée de vous laissez vous servir de pantis pour vos prochaines missions afin de brouiller les traces pouvant remonter au Cipher Pol. Pour toute opérations commises en notre nom."

- " Qui cela ? " Ne puis-je me retenir de lui demander en arquant un sourcil face à cet aveu qui me surprit.

- " Une connaissance à vous. Un certain Jubtion Algesis. " Me répondit mon supérieur sans faillir.

- " Aleg ? Mais pourquoi ? " Le questionnais-je complètement confuse en repensant à mon crétin d'ami. " Qu'est-ce que le Gouvernement peut bien lui vouloir ? "

- " Disons que... lui et son acolyte, récemment entrés au Baroque Works, sont plutôt redoutables au vu de la manière dont fut réglée l'affaire Columbia et peuvent être utilisés comme des pions d'exception vu qu'ils savent poser problème. L'Agent Tarentule a eu également à faire à lui. " Précisa ce dernier en sachant très bien que je la connaissais. " Dans son rapport, elle mentionne que monsieur Jubtion a détruit le bureau des Usuriers de Inu Town, démontrant par là qu'il peut être utilisé pour faire la basse besogne du Gouvernement. "

Ce dernier prit une petite pause afin de souffler avant de reprendre.

De ce fait, nous pensons qu'il est facile à manipuler pour accomplir nos volontés. Pouvant ainsi servir de lampiste si les choses dégénère. Ainsi nous serions hors de cause et seul Baroque Works, dont l'influence grandissant nous inquiète, ferait les frais de la mauvaise réputation.

À l'énonciation de ce dernier point, j'écarquillais les yeux de surprise. Je ne pouvais croire qu'on me demande de me servir impunément de mon ami de la sorte. Il était certes l'homme le plus débile du monde et parfois il pouvait être détestable, mais de là à le sacrifier comme un vulgaire pion.

- " Mais quel rapport avec ma prochaine mission ? " Lui demandais-je soudainement en cherchant un lien entre les deux.

- " Nous avons appris que vous étiez amie avec cet homme. " Me déclara mon supérieur avant de prendre un temps de pause qui me laissa entrapercevoir où il voulait en venir. " Vous allez donc user de ce lien entre vous pour le manipuler et guider ses actions en notre sens. "

-" QUOIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIII ?! " M'écriais-je sans pouvoir me retenir. " Vous plaisantez ?! Ce n'est pas une mission que vous me confiez ! Mais une punition ! "

- " Hum hum... " Se racla la gorge l'agent du Cipher Pol pour me rappeler à l'ordre " Ce n'est pas une plaisanterie. Votre mission est d'infiltrer son équipage dès lors où le Gouvernement Mondial aurait besoin d'un agent pour accomplir un projet illégal, sans que la trace du Cipher Pol ne puisse être relevée. Servez vous de ses deux acolytes afin d'en faire des personnes faciles à sacrifier si jamais les projets ne tournent pas à l'avantage du Gouvernement Mondial. En dehors de ça, vous aurez serez toujours en charge d'autres missions " M'ordonna ce dernier en retrouvant son ton un peu cassant. " Continuez d'agir comme vous le faites. Ne changez rien à vos habitudes. Il ne faut pas qu'il se doute de quoi que ce soit. "

- " Rien de bien compliqué avec un abruti pareil... " Soufflais-je entre mes dents de façon inaudible.

- " Et surtout ! " Repris l'agent gouvernemental. " N'intervenez sous aucun prétexte sans qu'on ne vous en ait donné l'ordre ! " Insista celui-ci sur ce point. " Si jamais lui et son équipage devaient être compromis, il faudrait les éliminer pour qu'on ne puisse pas remonter jusqu'à vous. Et surtout pas jusqu'à Gouvernement. "

Une fois de plus, j'écarquillais les yeux en réalisant ce qu'il venait de me dire. La bouche entrouverte, je compris qu'il me disait que je devrais peut-être l'éliminer un jour. Même si ce maudit Chasseur de Primes avait le don de me faire sortir de mes gonds, il en restait néanmoins mon ami. Et cette idée ne m'enchantait guère. Il fallait que je fasse en sorte que ça n'arrive pas. Mais pour l'instant, je devais garder ça pour moi.

- " Très bien. " Finis-je par lui dire après avoir retrouvée l'entièreté de mon calme. " Je mènerai à bien cette mission selon vos ordres. "  

- " Parfait dans ce cas. Je n'en attendais pas moins de vous, agent Yorha. " Me dit ce dernier avant de raccrocher sans rien ajouter de plus.

Gatcha.

Reprenant son apparence initiale, le petit escargophone rose se rendormit tranquillement. Quant à moi, je le fixais sans bouger pendant encore quelques minutes. Au cours de cet appel, l'eau de mon bain était devenue complètement froide. Le réalisant enfin, je sortis le plus tranquillement du monde de celui-ci avant d'entourer mon petit corps d'une serviette.

- " Qu'est-ce que t'as encore fait, Aleg... " Soupirais-je en repensant à tout ce que m'avait dit mon coordinateur.

Prenant le temps de bien me préparer, je me coiffais et revêtu la belle robe bleu et blanche que Rachelle m'avait offert et que j'aimais tant. Une fois maquillait et mon vernis noir appliquait sur mes doigts ainsi que mes orteils, je récupérais toutes mes affaires que je mis dans une valise avant de quitter la chambre.

Une fois en dehors de l'hôtel, je pris de la hauteur afin de voir si je repérais mes anciens camarades de fortunes. Après plusieurs minutes à parcourir le ciel de la ville à l'aide de mon Geppou, je les aperçus enfin. Prêt de la rive, les trois gugus étaient en train de se chamailler comme à leur habitude. Un sourire amusé à mes jolies lèvres, je commençais ma descente.

- " Coucou les garçons ! " Les saluais-je avec entrain au moment où mes pieds touchèrent le sol. " Qu'est-ce que vous faites de beau ? "


Dernière édition par Hayase Yorha le Dim 17 Mar 2024 - 10:56, édité 6 fois
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Plus prestement encore que ne put l’atteindre le son ou la lumière, ce furent d’abord une série de postillons qui parvinrent jusqu’au visage la charmante Hayase. L’adage avait beau dire, mais la bave du crapaud avait atteint la blanche colombe. Et profusément qui plus est.

- Qu’est-ce qu’elle vient nous déranger celle-ci ?! Vitupéra d'emblée Alegsis à peine sa camarade se refléta-elle dans les prunelles. Elle sait pas que les bateaux c’est un travail d’homme ? On dit UN bateau, Hayase ! C’est du masculin. La dernière fois que j’ai regardé, t’avais pas de zigounette. Alors, surtout, tu… tu laisses faire les hommes.

C’était toujours chose coquasse, et par ailleurs agaçante, que d’entendre un illettré discourir sur les règles de la grammaire. D’autant qu’Hayase, ou quiconque qui se trouva autour de lui, aurait pu aisément lui faire remarquer que, « zigounette », pour viril que se trouva être l’appendice, ne s’accordait cependant guère au masculin non plus. C’eut toutefois été commettre un impair de taille que de s’essayer à corriger Alegsis qui, à lui seul, s’avérait être une vaste rature ambulante. Une qui se trouva apparemment fort contrariée pour l’heure. Assez en tout cas pour qu’on se sentit nerveux à le voir bondir ainsi sur tout ce qui fut propice à l’exciter.
Lui qu’on savait indolent et survolté en chaque circonstance venue avait, semble-t-il, renoncé à son insupportable enthousiasme hébété pour se complaire dans une rage sourde et contrariée. Une qui, si l’on se fia au contexte, avait manifesterait trait au registre nautique.

- Déjà que j’ai l’autre, là, fulminait-il encore en désignant Grimmjack du doigt, qui me dit… à moi… À MOI, qui viens du Cimetière d’Épaves je te rappelle, preuve était ainsi faite que jamais rien de bon ne dérivait depuis le Cimetière d’Épaves, comment flotte un bateau, j’ai pas besoin en plus d’une pimbêche qui sent le savon et qui vient me faire la leçon avec ses « Coucou » et ses « Qu’est-ce que vous faites de beau ».

Pour le plaisir d’agréger du scandale à sa colère sourde, il avait papillonné des cils comme une jouvencelle chaque fois qu’il la cita. Il était grognon, Alegsis. Bien qu’il fut prompt à céder à toutes humeurs les plus tapageuses, l’ire ne venait habituellement jamais lui chatouiller la bile. C’était un abruti, Alegsis, mais un abruti qu’on savait jovial, quitte à ce que sa gaieté débordante s’accomplît dans les circonstances les plus graves. Que ce fut Grimmjack, son meilleur ami Kant ou encore Hayase tous l’avaient découvert sous cette facette à cet instant.

Déterminant sans peine qu’Hayase fut perdue après qu’on l’agressa si gratuitement à peine arrivée, Grimmjack, de derrière son confrère en colère, soupira :

- Il s’est mis en tête de construire un bateau.

Voilà le genre de drame qui advenait quand, plusieurs heures durant, on perdait Alegsis Jubtion du regard.
Lorsque, le long des quais où tous les quatre se trouvèrent présentement, quelques nombreux amas de planches disparates flottaient comme autant de détritus rejetés par Neptune, on put dès lors en conclure que l’affaire, pour prometteuse qu’elle était, s’avéra cependant bien mal engagée. Kant, malgré qu’il fut habile de ses mains dès lors où on l’enjoignit à travailler le bois, ne parvint apparemment pas à s’improviser ingénieur naval en usant de ses seuls talents de sculpteur.
Ils avaient, pour accomplir leur ouvrage, allégrement tapé dans les matériaux de la famille Columbia dont ils avaient capturé jusqu’au dernier des membres il y a quelques jours à peine. Kant, tout au bord des quais, moins préoccupé quant à lui par les gueulantes de son copain que par ses belles œuvres, laissa voguer sa dernière création. Il en était à la septième depuis le petit jour.

- Compagnons ! Scanda-t-il fier de lui afin d’attirer leur attention à tous. Je vous présente, notre bateau.

Il flottait, derrière lui, une sympathique maisonnée ; celle-ni n’étant toutefois perchée sur aucune coque à même de la soutenir décemment sur les eaux. Son bras encore tendu vers la ravissante bicoque navale, Kant resta de marbre quand celle-ci prit subitement feu. Il était si peu doué dans l’exercice de construction nautique que son bateau fut en effet en proie à la combustion spontanée.
Décidément, leur affaire présentait mal.

Restés droits comme des piquets après que la drôle de prestation s’occasionna sous leurs yeux de merlans frits, Alegsis passa déjà à autre chose. À force, on ne s’étonna plus des avaries après ce huitième échec advenu sur les eaux depuis qu’ils s’étaient levés.

- Ce qu’il nous faut, insistait Alegsis en crispant ses doigts devant lui, c’est un poisson.

Ce qui leur fallait, c’était un ingénieur naval et, possiblement, un médecin-psychiatre armé d’un maillet.

- Les poissons, eux, ils coulent jamais. DONC, poursuivit-il ainsi qu'ils eut commis une démonstration académique, il faut mettre le bateau sur un poisson pour qu’il flotte. C’est scientifique et puis c'est tout.

Hayase et Grimmjack, après un regard concerté, n’eurent pas le temps de lui dire qu’ils n’avaient rien entendu d’aussi con de leur vie que, déjà, Kant enfonça une canne-à-pêche dans les pognes d’Alegsis. Ça n’était d’ailleurs pas tant une canne à pêche que son pinceau de combat à qui Kant avait attaché une ficelle et logé un hameçon à son bout.

Déjà plus détendu – car la colère ne trouvait jamais longtemps ses accès en lui – Alegsis, son pinceau de pêche en appui sur une épaule, s’en allait déjà trouver un coin à poissons. Tandis qu’il leur faussa compagnie, tout en les enjoignant néanmoins à le suivre, il administra ses ordres aux laissés pour compte abandonnés dans le sillon de sa bêtise.

- Vous vous débrouillez comme vous voulez, mais vous me ramenez un poisson. Et un gros ! Je vous montrerai ma nouvelle technique pour le dompter. Dis Kant, adressa-t-il ensuite à son ami qui, à ses côtés, lui tenait la main pour l’accompagner, usant de sa pogne de libre afin de tosser du houblon, tu sais faire, toi, pour que la peinture parte pas de la peau de quelqu’un ?

- *Buuuuurp*, rétorqua alors fort pertinemment son meilleur copain.

Une réponse cinglante et percutante qui, si on s’essaya à lui extirper un sous-texte, signifiait « Oui ». À moins, bien sûr, qu’elle ne voulut dire « Non ». Toujours est-il qu’Alegsis, à son copain, lui monta bien vite le bourrichon à vouloir tourner cette pêche aux motivations improbables pour en faire un concours.
Personne, le temps qu’on s’affaira si subitement à construire un bateau, ne s’était interrogé à un instant donné sur le bien-fondé de la démarche. Peut-être tous avaient-ils été si vite pris de court, qu’aucun n’eut finalement le temps ou la jugeote d’en questionner la légitimité. Cela, ou bien peut-être, sans qu’un mot ou un décret n’eut à être établi entre eux, chacun avait admis, au moins en son for intérieur, que tous les quatre formaient un équipage.
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     Au fond de son cœur, Kant sentait que quelque chose de grand se préparait. Il sentait, pour la première fois depuis son départ de Zaun trois ans plus tôt, qu’il mêlait à nouveau les fils de sa destinée à ceux d’autrui ; et il s’en réjouissait. Si sa route avait par hasard croisée de nombreuses fois celle d’Alegsis et de Grimmjack, il n’avait jamais considéré, à priori, prendre la mer à leurs côtés. Seulement, le jeune Tanukien avait grandement sous-estimé la fertilité du terreau dans lequel s’épanouissait l’amitié qui les liait, et, de poissons-chats en maffioso, celle-ci avait atteint d’insaisissables sommets. Les joues douces d’Hayase comptaient aussi -pour beaucoup- dans l’équation, car à observer ses courbes virevolter dans l’air, Kant trouvait là une grande partie des réponses à la vacuité de son existence. Aussi, il fut profondément attristé de ne pas l’apercevoir pendant une semaine, et lorsqu’elle réapparut enfin, il fit semblant de ne point s’en soucier...

    Bien qu’engourdis par l’alcool, les synapses de Kant lui suggéraient que l’idée d’Alegsis était loin d’être brillante. Rien de bien surprenant, seul un cerveau gravement atteint pouvait accoucher de desseins si saugrenus. Cependant, après de nombreuses et vaines tentatives de construction navale, le sculpteur ivre avait fini par abandonner l’espoir d’un jour parvenir à construire une maisonnée flottante. Afin d’éviter la crise de nerfs, Kant se résolut à suivre son meilleur copain : l’heure était à la détente, l’heure était à la pêche.

« Attends, attends Jubtion, dit Kant. T’y connais quequ’chose en poissons toi ? Parce-que moi non, mais attends… j’ai tout c’qui faut ! »

À ces mots, Kant déposa son imposant sac sur le sol, l’ouvrit et s’y plongea. Au fil de ses larcins, il avait accumulé une quantité incroyable d’objets inutiles qu’il transportait toujours avec lui. Au fond de lui, il était convaincu que ses divers trésors lui seraient un jour ou l'autre utiles. Cette occasion lui donnait raison.

« Là ! C'est là » s'exclama-t-il, les jambes dépassant maladroitement du sac, tel un explorateur perdu dans les profondeurs de son bagage. Bientôt, il en sortit, avec entre les mains tout un attirail de pêche hautement sophistiqué. En plus d’un harpon, d’un moulinet et de multiples hameçons, Kant brandissait fièrement une encyclopédie complète sur la biologie sous-marine d’East Blue. Époustouflé par les miraculeuses trouvailles de son copain, Alegsis ne semblait pas se souvenir qu’il était bel et bien présent le jour où Kant avait dérobé tout ce matériel de pointe dans le laboratoire du célèbre biologiste Vladimir Kachmar, sur l’île de Dawn.

« Bien ! s’exclama Kant avant de s’asseoir en tailleur. Laisse-moi *buuurp*, laisse moi une dizaine de minutes, j’vais te dire ce qu’on peut trouver par ici… puis comment qu’on va *buuuuurp*... Puis comment qu’on va les attraper. Par contre… tu peux m’chercher une autre bouteille ? C’est pour la concentration. »

C'est à cette occasion que l'on put observer à quel point l'amitié qui unissait Kant et Alegsis rayonnait de mille éclats. L’exhibition de tout ce matériel de professionnel conférait aux apprentis pêcheurs le sentiment d’être investis d’une mission de premier ordre. Aussi, sans la moindre hésitation, Alegsis partit à la recherche d’une nouvelle cuvée pour soutenir son ami, qui, l’air nébuleusement sérieux, se plongea dans son ouvrage.

    Fort heureusement pour eux, l’érudition de Kant ne souffrait pas de ses excès de vinasse. Après une vingtaine de minutes et une nouvelle bouteille vidée, il releva le nez de son bouquin avec un air de satisfait et partagea ses conclusions avec Alegsis.

« Regarde, Jubtion ! Avec cet hameçon, on va pêcher ça ! dit-il en montrant à son ami l’image d’un brochet. Puis, après, on va s’en servir *buuuurp*, on va s’en servir comme appât… Il s’interrompit et tourna frénétiquement les pages de son livre. On va s’en servir comme appât pour pêcher ça ! »

Gros poisson:

« L’est pas mal, hein ? s’enquit Kant avec un sourire malicieux. Par contre, va falloir aller plus au large pour l’trouver. Puis, se retournant vers Grimmjack qui s’affairait plus loin, il hurla. Hé ! L’échalote ! Tu veux pas essayer de te rendre un tout petit peu utile ? Nous faut une barque ! Remue-toi les bandelettes et va nous en chercher une ! »

L'idée, telle que l'exposait Kant, était en réalité assez simple. Il s’agissait tout d’abord de pêcher une proie suffisamment imposante et de s’en servir pour appâter un plus gros poisson une fois au large. Empli d’orgueil et fier de l’ingéniosité de son plan, Kant se releva d’une traite et tandis son harpon à Alegsis. Car, ce fut une erreur de le sous-estimer en pensant qu'il avait oublié, ne serait-ce qu'un instant, la demande de son meilleur ami. En prenant tout le temps nécessaire et en utilisant un vocabulaire simpliste, c’est-à-dire adapté à son interlocuteur, Kant expliqua à Alegsis qu’afin d’immortaliser son Color Trap sur les écailles de l’animal, il serait nécessaire au préalable de le mutiler légèrement.

« D’abord… tu dessines avec le harpon, dit-il lentement. ENSUITE, tu passes la peinture dessus. C'est un tatouage. Tu piges Jubtion ? »

D’un hochement de tête, Alegsis confirma qu’il pouvait, parfois, saisir et suivre des instructions : pour peu que celles-ci ne soient pas trop compliquées. Sans perdre un instant, les deux comparses lancèrent leur première ligne, espérant remonter un brochet au plus vite.
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La pêche aux gros poissons

Maintenant que la traque aux Columbias était fini, le trio d'énergumènes composé d'Alegsis, de Kant et de Grimmjack avait décidé de voyager ensemble. Petit bémol : le pédalo d'Alegsis était toujours à la fourrière du QG d'East Blue et le navire de la Baroque Works venait fraichement de partir. Sous le joug de la fugacité d'Aleg, les amis décidèrent à construire un bateau, avant la venue de leur comparse Hayase.


L'énième tentative de construire une maison flottante - car j'avais arrêté de compter - était encore un échec. Mais la bonne nouvelle était la venue d'Hayase, qui rajoutait toujours un vent de fraicheur - quoi que des fois c'était un souffle de terreur - dans notre équipe.

Alors que Kant trifouillait dans ses vieux bouquins comme un druide d'Alba, qu'Alegsis faisait style de comprendre alors qu'il ne pouvait que regarder les images et qu'Hayase restait dubitative, je vis plusieurs planches trainées au sol.
J'eu comme une inspiration soudaine. Mes copains étaient des artistes - bien qu'à leur manière - alors pourquoi ne pas moi aussi me tenter à la chose ?!

A l'aide de mes bandelettes, je laissa parler mon imagination et ma créativité en les assemblant de façon assez aléatoire.

- Regarde Yayase, j'ai fais un épouvantail !
- ...

L'épouvantail, en plus d'être hideux aux yeux de tous, partageait une sacrée ressemblance avec moi. Un petit air de famille dirons-nous ... Ce qui laissait ma camarade plutôt perplexe ...

Kant, qui leva les yeux de son livre pour mieux vider sa bouteille, aperçut mon oeuvre. Cet espèce de lutin sournois ne pouvait s'empêcher d'y rajouter son grain de sel.

- C'est ... *buuurp * ... Un mannequin d'entrainement ? Il a la gueule pour en tout cas.
- Mais non pas du tout ! C'est pour faire fuir les corbeaux qui ... *craaac*

En tapant légèrement le dos de ma création, celle-ci s'écroula aussi tôt, laissant arborer un petit sourire niais sur les lèvres d'Hayase et un rire moqueur de ce nain aux oreilles pointues.
M'écartant du groupe, boudant dans mon coin, j'injuriais dans mes bandages à un ton à peine audible ce maudit être qui me servait de rival.

Quelques minutes plus tard on m'apprêta une mission. Celle d'aller chercher une barque. Trainant les jambes comme un adolescent récalcitrant, les mains dans les poches, je m'y hâtais à contre-coeur.

C'est au bout d'un bon quart d'heure que je revins avec une coque sur le dos. Assez spacieuse pour trois personnes, voir quatre si petits modèles (car Kant ne comptait à mes yeux qu'en demi-personne), d'après le marin qui me l'avait refourgué, c'était un transport idéal pour des pêches en pleine mer ! Enfin, tant qu'on ne s'écartait pas trop de la côte ... Toujours d'après ses dires ...

- Elle ta couté combien ? Pas plus de cent berrys j'espère. Alegsis avait toujours du mal avec la valeur de l'argent.
- Gratuit ! Enfin, pas une pièce en tout cas ! Tous me dévisagèrent dans l'attente d'une explication. Je l'ai échangé contre une esquisse que j'ai trouvé dans la chambre de Kant ce matin, une espèce de lapine-humanoïde nue dans une positio...
- PARFAIT ! ... Je veux dire, cette barque est parfaite ! ... Allons y maintenant ... go, go go, go ...

Le lutin ne me laissa meme pas finir mon explication qu'on se retrouva très vite tous embarqués sur cette coque de bois nous pressant le pas.

[***]

- Vous êtes sur qu'on est pas trop loin  ? ... Enfin, le marin m'a bien dit qu'elle était parfaite pour la haute-mer quand on voyait encore la côte ... Et ça fait déjà dix bonnes minutes qu'on ne la voit plus ...
- Mais non Grimmjack, réfléchis voyons ! Tout le monde sait que c'est quand il y a plein d'eau sous l'eau qu'on trouve les plus gros poissons dans l'eau !

Tout le monde acquiesça à l'évidence même de ces propos.
Kant, qui tenait la ligne, nous interrompit quand il sentit quelque chose s'agripper à son fil.

- J'le tiens ! Ça y ai ! On en a un !
- Oh ! Quel beau brochet ! Il fera un supper appât pour les gros poissons !
- Dites moi ... C'est normal que le brochet a une nageoire dorsale comme les ...
- ... REQUIN ! C'est pas un brochet c'est un requin bande de crétins !

Aussitôt nous comprirent la nature de notre créature hameçonnée, aussitôt celle-ci nous embarqua alors contre notre gré dans une course infernale. Cette bête ne semblait pas contente de s'être fait pêcher et nous le faisait bien comprendre ! Après plusieurs minutes de rodéo sauvage, manquant de voir notre coque de bois se briser contre les vagues qui s'intensifiaient au fur et a mesure que nous nous éloignions des rivages, le requin semblait enfin épuisé et s'était étrangement arrêté.

Un soupire de soulagement général s'entendit au milieux de la houle. Une seconde de repos était bien mérité. Mais cette petite pause fut très vite écourtée.

Une ombre gigantesque apparut sous notre petite barque. Et à comparer sa taille, elle pouvait clairement ne faire qu'une bouchée de nous !
Heureusement pour nous, celle-ci semblait plus intéressée par la poiscaille qu'on venait d'hameçonné. Dans un gigantesque coup de nageoire, l'ombre géante bondit et nous fûmes témoin de la scène. Un immense poisson-rouge venait de dévorer, d'un coup d'un seul, le requin ... Notre requin !
Terrifié, je me retourna vers mes compagnons, ne savant plus quoi faire.

- C'est à toi.

Me poussant sur la bête dans un geste à l'unissons, je vociférais des injures contre eux en tentant de m'agripper à ses écailles. Sa peau était dégoutante et gélatineuse ... Mais heureusement pour ces saugrenus, j'étais bel et bien l'homme de la situation ! Faire du rodéo sur le dos de monstres marins, c'était mon dada !

Mes bandelettes s'enroulèrent autour de son corps gigantesque et s'y attachèrent du mieux que je pouvais, tandis que deux autres serpents de bandages agrippèrent la misérable barque sur le dos du poiscaille géant.

Dans un hurlement bien que peu audible pour mes congénères du à l'agitation de la scène, je tentais tant bien que mal à faire passer le mot suivant :

- Alegsis ! ... Tu peux faire ton nouveau truc maintenant ?! ... Et fais vite ! Je vais pas tenir longtemps moi !

Vous l'entendez vous aussi, ce cri de détresse que j'avais lâché à la fin de ma phrase ?

Technique utilisée:

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Il y en avait un à bord, en tout cas, pour qui ce cri de détresse, bien que scandé de vive voix et bien assez proche des esgourdes, ne lui était apparu que pareil à un bruit de fond lointain et franchement dérisoire. Il avait l’ouïe sélective, Alegsis. Les mauvaises gens – qui ceux-là foisonnaient dans ses alentours – allaient jusqu’à supputer qu’il fut constamment en proie à un déficit d’attention. Ce à quoi, lorsque le diagnostic lui fut présenté sous le nez, conduisait ce « grand malade » à répondre avec candeur : « Ah mais non, j’ai fait attention, hein. C’est juste que je m’en fous ». Grimmjack, tout à côté de lui, cherchait à chevaucher un mastodonte sur et sous les eaux, la chose parut toutefois trop insignifiante pour qu’Alegs y prêta la moindre attention. Il avait cependant réagi lorsque son acolyte, les bandelettes à peine collées à la poiscaille, l’avait urgemment sommé à bien vouloir « faire son truc ».

- Oh mais oui, c'est vrai ! Réalisa Alegsis, finalement. bien content qu’on lui rappela ses prérogatives.

Alors qu’il se tourna vers Kant, ignorant ainsi royalement son confrère tandis que celui-ci bataillait autant avec la faune qu’avec la mort, l’imbécile bavarda comme s’il s'était trouvé à un salon de thé. Il sembla en effet que Grimmjack buvait la tasse.

- Je t’ai pas dit Kant ! Alegs lui avait dit tant de chose, à l’exception sans doute de l’essentiel. Ma nouvelle technique, elle est trop bien.

Cramponné aux bords de leur chaloupe, celle-ci largement tancée par les intenses remous de la bataille qu’avait engagé la momie en haute mer, Alegsis persista à jacasser en dépit des cris désespérés qui lui parvenaient.

- En fait, je t’explique, car il n’allait certainement pas se priver pour prendre son temps au prétexte qu’un homme – rien un vulgaire Grimmjack – s’apprêta à expirer non loin de lui, c’est un Color Trap… mais en vert.

Il avait en effet découvert, pas la plus infortunée des négligences, que mélanger du jaune et du bleu aboutissait à quelques variations chromatiques. Cette trouvaille scientifique de premier plan, dont il se pensa d’ailleurs le seul titulaire, Alegs avait alors eu dans l’idée de la mettre à profit. Naturellement, il prit tout son temps afin de rapporter, à Kant comme à Hayase, tout le processus l’ayant conduit à élaborer cette technique dont il faisait tant de mystère. Une technique que Grimmjack réclama à cor et à cri, mais sans que le principal intéressé lui prêta la moindre attention.

- Le Color Trap, vous savez, c’est ce que j’appelle le Brush Crush. La discussion – ou plutôt le monologue – promettait d’être instructif et ce, bien qu’un moment plus opportun fut autrement mieux désigné pour qu’on en fit la recension. C’est mon maître qui me l’a appris sur le Cimetière d’Épaves.

Puis, ainsi qu’on l’eut soudain foudroyé en-dedans, ses yeux s’ouvrirent en grand, un air de gravité lui éclaircissant autant la gueule que ses esprits tourmentés. Quelque chose, qu’on espéra salutaire, l’avait interrompu dans le palabre qui lui venait. Ce fut alors un quelque chose de l'ordre de ces réalisations soudaines, une de celles comme il en venait aux génies devant une découverte d’ampleur. Peut-être, enfin, Alegsis s’était-il souvenu que son confrère bataillait au mieux contre un poisson géant et ce, à peut-être cinq mètres de lui à peine. L’agitation fut en tout cas suffisamment proche d’eux pour que leur embarcation tangua si généreusement. L'action était en effet si proche qu'ils en étaient éclaboussés.

- Mais ça me fait penser tout ça..., car il arrivait de penser à cet animal-ci, je vous ai jamais parlé de mon maître !

Là fut sa seule préoccupation de l’instant ; de ne pas leur avoir suffisamment raconté sa vie. Et il trouva, de ce fait, au beau milieu du tumulte dont un camarade faisait les frais, l’occasion la plus idoine de rattraper le temps perdu.

- Que je vous raconte, parce que c’est une longue et chouette histoire, tout commence il y a plus de vingt ans. Je ponçais la jambe de bois de ma sœur et...

Peut-être parce qu’elle fut la seule à bord dotée d'un système nerveux fonctionnel et un semblant d’empathie, Hayase, tout de même préoccupée par les tribulations de leur partenaire à bandelettes, estima qu’un récit long de vingt ans sonnerait probablement le glas de Grimmjack dans les cinq minutes.

- Alegs. Faudrait faire quelque chose pour Grimmjack, là.

Et plutôt que de souscrire à l’injonction, ses sourcils légèrement froncés sur ses yeux ronds et abrutis, simulant ainsi bien mal un air sévère, l’artiste-pitre corrigea  la demoiselle d’une voix docte et posée.

- Enfin, Hayase. C’est très malpoli d’interrompre les gens quand ils parlent.

À l’entendre, celui-ci, lui parler de politesse et de bienséance, Hayase, restée impavide, crut que ses sourcils lui étaient tombés des arcades tant le culot du babillard ne manqua pas de souffle. Et pour mieux aggraver son dépit, la jeune fille sentit ensuite une main tapoter sur la sienne avec bienveillance. Kant la regardait alors, un visage aimable et tendre puis, avec la plus infinie délicatesse dans la voix la rassura avec ses mots à lui.

- Tu peux plus rien pour l’échalote. Oublie-le.

Ballotté qu’il se trouva entre la désinvolture criminelle d’Alegsis et l’hostilité larvée que voua Kant à son égard, Grimmjack n’avait plus à bord de l’embarcation qu’Hayase comme seule alliée. Une alliée dont la puissance ne fut cependant pas de taille pour lutter contre l’imbécilité qui régna sans partage à bord.

- Donc je disais, reprit nonchalamment Alegsis tandis qu’Hayase assistait impuissante à la noyade en devenir de leur compagnon, en fait, mon Color Trap vert, c’est un pouvoir super utile.

L’interruption d’Hayase s’avéra toutefois salvatrice. Car, en lui faisant ainsi perdre le fil de sa pensée, à cet infatigable bavard, celui-ci avait omis de leur parler de l’histoire de son maître, on encore de parfaire son exposé sur le fonctionnement du Color Trap.

- C’est une technique qui force les gens à me considérer comme leur meilleur ami. Sa révélation accomplie, il se tourna vers Kant et, embarrassé quoi qu’avec un léger sourire en bandoulière, ajouta, Du coup, sur toi, ça aurait aucun effet.

- Oh, toi alors… répliqua son meilleur copain sans trop savoir où se mettre.

Les lèvres pincées, le regard attendri se détournant timidement l’un de l’autre, les deux rougirent de concert, pareils à deux jouvencelles gênées et ravies. Non loin d’eux, Grimmjack expirait à petit feu.
Aussi fallait-il avoir recours à la ruse de sorte à ce qu’Alegsis, enfin, s’acquitta de son devoir. Ce même genre de ruse dont un agent du Cipher Pol pouvait faire montre quand les circonstances l’exigeaient.

- Une couleur qui transforme les gens en amis ? Fit mine de se gausser la demoiselle. N’importe quoi.

- Si c’est vrai ! La reprit Alegsis comme un gosse vexé.

- Et tu vas me dire que ça marche aussi sur les poissons géants tant que t’y es.

- Je veux ouais ! Insistait Alegsis, son poing alors résolument dressé, à présent qu’il se saisissait de son pinceau de combat en vue d’une démonstration immédiate.

Très facile à manipuler – et sans qu’il fut besoin d’utiliser le Color Trap sur lui – l’artiste-pitre, ainsi piqué au vif, partit bille en tête, usant de son pinceau comme d’une rame pour se rapprocher de la bête que Grimmjack avait cherché à contenir au mieux. À présent qu’il se trouva suffisamment proche du monstre écaillé, du bout de son long pinceau seulement, Alegs brossa toute une série de Colors Trap verdoyants pour en parsemer l’animal.

- Brush Crush : Un P'tit Vert ! L'animal parut tétanisé, ne comprenant pas quels sentiment contraires lui remuèrent soudain les entrailles. Arrête de t’agiter, copain poisson. Ordonna ensuite Alegsis pour se faire obéir dans l’instant.

Tournant la tête vers Hayase, il la toisa du regard le plus méprisant qu’il eut en réserve. La bouille, parce que son visage était le sien, s’avéra alors grotesque au possible. La jeune fille, bien qu’elle trouva dans le regard de ce parfait débile un prétexte tout trouvé pour lui taper dessus, se préoccupa d’abord de Grimmjack dont la conscience s’échappait après qu’il n’eut pas démérité un instant dans ses efforts. En dépit des protestations de Kant – celui arguant qu’il fallait remettre Grimmjack dans son milieu naturel en cherchant à le jeter par-dessus bord – toute la fine équipe se réunît au grand complet dans la chaloupe. Cette fois, avec un allié de choix maintenant que le poisson rouge fut rendu docile et souriant du fait qu’on l’avait si bien couvert de gouache.

Après qu’on eut attaché une corde autour de sa queue, ordre fut donné qu’il les convoya à nouveau jusqu’aux quais, là où une séance de tatouage expérimentale attendrait la bête afin que la marque du « P'tit Vert » demeura indélébile. Resterait ensuite à éprouver la thèse du bateau-poisson qu’avait si ardemment défendue Alegsis. Et de là, il n'y aurait alors plus qu'à déflorer l'aventure.
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Le Bocal à problèmes
Disputes et chamailleries retentirent depuis que nous avions reposé le pied à quai. Durant une bonne heure, chacun des garçons y allait de sa petite théorie sur la façon de harnacher la maison au poisson. Toutes plus stupide les unes que les autres. D'une tonne de colle pouvant se diluer à cause de l'eau à d'immenses clous qui seraient plantés directement dans la pauvre créature.

Ne supportant plus leur débat et les remarques d'Alegsis à mon encontre à chaque fois que j'essayais d'apporter une idée. Car oui, je n'étais qu'une fille après tout. Ce qui signifiait que je ne pouvais rien comprendre à la création d'un navire, étant une histoire de mâle. Je décidais de les laisser se débrouiller.

De toute façon, je n'en avais que faire de leur petit jeu. La simple pensée de me retrouver à voguer sur le dos de l'animal me dégoûtait. Nous parlions malgré tout d'un poisson. Une bestiole fait de sang et de chair qui passait son temps à nager dans l'océan. En plus de sentir extrêmement mauvais, il était l'appât parfait pour nous attirer des ennuis.

Autant lui mettre autour du cou une pancarte avec écrit, buffet gratuit. Car oui, ce dernier risquait juste d'attiser l'appétit de créature bien plus grosse. Qui se ferait un plaisir de le dévorer avec nous en guise d'accompagnement.

- " Encore une idée grandiose de ces trois débiles... " Soufflais-je de façon inaudible en me prélassant sur mon transat de fortune. " Quand je repense à ce que m'a rapporté Monsieur Clifton, je ne comprends pas pourquoi ils redoutent ce qu'il pourrait faire. " Soupirais-je en me remémorant ma conversation avec mon coordinateur. " Ce n'est qu'un idiot avec des idées stupides et qui n'est entouré de rien d'autre que de crétins. "

Légèrement amer à cause de la mission qu'on m'avait confié, je bougonnais seule dans mon coin. Après avoir laissé mes camarades s'arracher les cheveux sur le sujet épineux de la maisonnette. Je m'étais trouvée une occupation digne d'intérêt. À l'aide de planche de bois dont ils n'avaient plus besoin. Je m'étais fabriqué à la va-vite un petit quelque chose sur lequel je pouvais m'installer le plus confortablement possible.

Ce que je fis après être revenue d'un petit moment d'intimité pour enfiler le nouveau bikini noir que je m'étais achetée durant ma semaine de vacance. Un livre en main, allongée sur le dos après avoir appliqué soigneusement de la crème solaire, je savourais cet instant.

- " La pauvre Judy... Il lui en fait vraiment voir de toutes les couleurs son partenaire. " Dis-je en tournant la page de l'ouvrage qui s'intitulait, Judy Topps et le chat Potelé. " Ça me fait penser à ce que me font vivre les miens... "

En parlant d'eux d'ailleurs, cela faisait déjà quelques minutes que je ne les entendais plus se prendre le bec. Peut-être qu'ils avaient enfin trouvé un compromis. Curieuse, je levais les yeux de mon livre et jetais-je un rapide coup d'œil à travers mes lunettes de soleil.

Là debout devant leur poisson orangé. Les bras ballants et le regard lubrique. Ils me fixaient sans dire un mot. Heureusement pour moi, ces crétins-là n'étaient pas bien méchants. Car les voir me regarder de la sorte. Comme des chiens devant une bonne entrecôte. Il y aurait eu de quoi effrayer n'importe quelle autre femme. .

- " Vous avez fini avec votre poiscaille malodorante ? " Leur demandais-je en soutenant leur regard.

Pour simple réponse, ils secouèrent doucement la tête de gauche à droite pour me faire comprendre que non. Qu'est-ce que ça pouvait être idiot un homme quand même. Le simple fait de me voir en maillot de bain semblait avoir fait disparaître toute once d'intelligence en eux.

Enfin... Quoi que pour l'un d'entre eux, ce n'était pas bien compliqué. Mais lui qui était pourtant impossible de faire taire à moins de le frapper assez fort pour ça. Il ne pipa aucun mot.

- " Bon, qu'est-ce qu'il y'a ? " Commençais-je à m'énerver en voyant leur regarde de merlan qui dégoulinait d'amour pour l'un d'entre eux. " Vous avez quelque chose à me dire où vous comptez juste rester là à me reluquer comme de vieux vicelards ? "

Un seul répondit quelque chose. Le futur ennemi numéro un du Gouvernement Mondial. Soi-disant aussi destructeur qu'un Buster Call à cause de son intellect supérieur pour la connerie.

- " Tu devrais retirer le haut. " Lâcha ce dernier sans la moindre hésitation. " Sinon tu vas avoir les marques du maillot. Et puis ! Pas comme si ici personne n'avait vu tes téti... "

D'un rapide geste de la main, je lui balançais mon livre en plein milieu du visage pour le faire taire. Se prenant le dos du livre sur le nez, celui-ci couinait légèrement de douleur avant de se le masser.

- " C'est pour ton bien que je te dis ça ! " Chouina ce dernier, trouvant injuste que je le frappe encore une fois. " Jamais contente cette gourgandine. "

Suivis de la bandelette qui avait repris ses esprits, les deux hommes retournèrent s'occuper du gros poisson. Quant au petit bonhomme, ce dernier me rapporta gentiment mon livre après l'avoir ramassé.

- " Merci. " Lui dis-je sèchement en lui arrachant presque des mains.

Mécontente du comportement de mon ami, je m'en prenais une fois de plus à ce pauvre Kant qui n'avait rien fait de plus que me regarder. Laissant échapper un petit soupir en voyant son air un peu triste, je retrouvais mon calme.

- " Ça avance votre histoire ? " Lui demandais-je avec douceur en plongeant mes jolis yeux dans les siens.

- " On devrait y arriver. " Me répondit-il en haussant une épaule. " Quelques petits détails à revoir et ça sera bon. "

Voyant que ce dernier resté planté là après avoir répondu à ma question, je l'observais en penchant légèrement la tête sur le côté. Fuyant mon regard et semblant hésiter à me demander quelque chose, je pris les devant.

- " Tu voulais me dire autre chose ? "

- " Je... euh... Je voudrais te montrer un truc... " M'avoua le lutin avec difficulté. " Enfin, si tu veux bien. "

Kant avait un petit truc touchant que j'aimais bien chez lui. Si on mettait de côté son alcoolisme et les pitreries qu'il pouvait faire avec Alegsis. Je trouvais que c'était quelqu'un de charmant. Certes pas avec tout le monde, quand on voyait ce qu'il faisait subir à Grimm. Mais en tout cas avec moi, il l'était. D'ailleurs, je commençais sérieusement à me demander si le petit bonhomme n'était pas réellement épris de moi.

Ce qui en soit était assez flatteur, je dois l'avouer. Même si je ne ressentais aucune attirance pour la gente masculine, je ne pouvais nier qu'il était très mignon. Et malheureusement pour lui, en plus d'aimer que les femmes, j'étais déjà très amoureuse d'une autre personne.

Quoi qu'il arrive, comprenant que cela semblait lui tenir à cœur, je décidais de lui suivre. Reposant le livre sur les planches, je me relevais, aidé par Kant qui me tendit la main comme un parfait gentleman.

- " Je te suis. " Lui signifiais-je en lui offrant un sourire chaleureux.

Sans me lâcher la main, il m'emmena avec lui vers la maison en bois. Une fois devant celle-ci, il me lâcha enfin avant d'ouvrir la porte par laquelle il m'invita à entrer. Franchissant le pas de cette dernière, je découvris enfin l'intérieur. Surprise, je ne m'attendais pas à découvrir un tel endroit.

Tout était parfaitement agencé. Il y avait un mignon petit salon cosy. Une cuisine parfaitement aménagée pour préparer de bons petits plats. Bien que je n'avais aucune idée de qui serait en charge de ravir nos papilles. Au milieu du rez-de-chaussée, se trouvait un escalier qui menait à un étage supérieur. J'étais curieuse de découvrir ce qui pouvait y avoir là-haut ainsi que dans les autres pièces qui étaient séparées par des portes.

Mais pour le moment, Kant me fit signe de le suivre. Longeant le salon, il m'emmena à la pièce avoisinante.

- " Tu es prête ? " Me demanda ce dernier avec une certaine impatience.

De plus en plus intriguée, je lui répondis d'un simple hochement de tête en fixant la porte qui me faisait face. Appuyant sur la poignée de cette dernière, le beau brun l'ouvrit délicatement avant de proposer de rentrer la première d'un signe de la main.

Ne me faisant pas prier, j'entrais dans ce qui ressemblait à une chambre. Observant cette dernière, je pus voir avec quelle minutie elle avait été faite. Bien que déjà assez classieux le reste des pièces que j'avais vu jusque-là, n'avaient rien à voir avec celle-ci. Même si je ne m'y connais pas du tout en bricolage, il était évident qu'il avait fallu de nombreuses heures pour réaliser cette chambre dont les cloisons étaient baignées d'un bleu clair.

Elle était vraiment sublime avec des détails jusqu'aux moulures sculptées telle une œuvre d'art. Et que dire des meubles qui y trônaient. Un dressing habilement pensé pour être à la fois spacieux et fonctionnel. Avec des portes coulissantes ornées de motifs floraux. Un large lit invitant à la détente et à l'oubli tel un petit cocon. Tout était parfait. Chaque meuble, chaque petit détail.

- " Voici ta chambre. " M'affirma le jeune homme en regardant mon expression de béatitude. " Je l'ai fait rien que pour toi. "

- " Mais... Pourtant, jusqu'à ce matin, je ne pensais même pas vous rejoindre. " Lui expliquais-je continuant d'admirer ce magnifique cadeau qu'il me faisait là.

- " Nous, on en a jamais douté ! " S'exclama-t-il avant de sourire tout en se massant l'arrière de la tête tandis que ses joues s'empourprer légèrement.

Même s'il était loin de se douter de la raison de ma présence parmi eux, cela me toucha. J'étais émue de voir qu'ils avaient pensé à moi en réalisant cette chambre somptueuse. J'allais être la seule femme de l'équipage et pour la première fois, j'avais l'impression d'être traité avec égard.

- " Ça te plaît ? " Me demanda mon camarade sans me lâcher des yeux.

- " Elle est magnifique... " Ne puis-je me retenir de dire alors que Kant afficha un large sourire de joie. Puis sans qu'il s'y attendre, je passais mes bras autour de son cou, collant mon corps recouvert de mon simple bikini au sien. " Merci beaucoup. " Lui susurrais-je à l'oreille avant de le relâcher au bout de quelques secondes.

Rouge comme une tomate, Kant resta figé un petit instant durant lequel j'analysais chaque petit détail de la pièce. Ouvrant chaque meuble pour me familiariser avec ma nouvelle chambre que je comptais bien décorer à mon goût.

Puis au bout de quelques minutes, nous ressortions de la maison après qu'il m'ait dévoilé tout le reste de son contenu. Retrouvant Aleg et Grimm qui ne semblait pas trop avoir avancé sur la façon de mettre la maison sur le dos de l'animal.

- " Et si vous utilisiez les bandages de Grimm ? " Leur stipulais-je en haussant les épaules. " Après tout, elles sont plutôt solides. "

À peine avais-je balancé mon idée qui était peut-être une idiotie, je retournais me mettre sur mon transat. Avant de reprendre la lecture de mon livre, je jetais un dernier regard à Kant qui s'affairait à trouver une solution avec les deux autres.  

- " Ça ne va pas être facile si un jour, je me retrouve à devoir les arrêter ou les tuer... " Soufflais-je avec dépit et une légère tristesse. " En-tout-cas, si l'un d'eux rentre dans ma chambre sans permission, je lui broie ses bijoux de famille. D'ailleurs, peut-être que je devrais mettre des pièges à loups devant la porte. "

L'idée n'était pas mauvaise. Surtout quand on avait un Alegsis à bord de son navire. Enfin, à bord de son poisson rouge pour le coup. Malgré tout, ce geste qu'ils avaient eu envers moi ne me laissait pas de marbre. Et c'est en imaginant la façon dont j'allais la décorer que je repris tranquillement ma lecture en me faisant doré la pilule.


Dernière édition par Hayase Yorha le Dim 17 Mar 2024 - 10:56, édité 2 fois
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    La réaction d’Hayase surpassa de loin les espérances de Kant, même celles qu’il caressait dans ses rêves les moins chastes. La tendresse et l’affection que témoignait l’agent gouvernementale à son égard rongeaient considérablement les fondements de sa vigilance. Aussi, l’atterrissage promettait d’être rude pour le rebelle idéaliste lorsqu’il, en plus d’être une nouvelle fois éconduit, découvrirait le pot aux roses. Pour l’heure, l’éclat fracassant de ces vérités ne trouvait pas écho à ses oreilles, et il profitait de l’agréable légèreté de son être et de son esprit qui virevoltaient, portées par un vent d’amour.

« Et si vous utilisiez les bandages de Grimm ? Après tout, elles sont plutôt solides. »

« Quelle merveilleuse idée ! » répondit Kant d’une voix teintée de sentiments sirupeux, et ce, sans même avoir considéré ne seraient-ce que les prémices de l’idée en question. Un sourire niais marquait durablement son visage et il ne pouvait s’empêcher de jeter de furtives œillades en direction d’Hayase, qui depuis, s’était replongée dans son bouquin. Sautillant d’excitation, Kant rejoignit enfin les chasseurs de primes qui s’afféraient un peu plus loin. En ramassant les dernières planches qui traînaient çà et là, il chantonnait. Soudain, il s’aperçut que Grimmjack rencontrait quelques difficultés à transporter du matériel nécessaire à la mise à l’eau de la maisonnée. S’empressant de le rejoindre, il lança plein d’entrain :

« Je t’en prie Grimmjack, laisse-moi t’aider. »

À ces mots, les regards ébahis de ses camarades convergèrent vers Kant, tandis qu’il aidait effectivement Grimmjack à soulever son fardeau.

« ?????? »

« ???? »

« … ? »

Décontenancé par la soudaineté de toute cette attention braquée sur lui, Kant réalisa, lentement, l’ampleur de ses paroles et de ses actes. Il resta figé pendant quelques secondes. Puis, d’un coup d’un seul, il laissa choir aux pieds de Grimmjack tout ce qu’il tenait entre les mains.

« Oh, et puis démerdes toi, l’échalote, dit-il avec mépris. T’es bien assez grand et moche pour porter ça tout seul. T’façon on n’y arrivera pas seulement à trois. J’me casse ! » Puis, sans se retourner, il disparut dans les ruelles adjacentes aux quais.


*


     Kant déambulait le long des quais. S’il avait pris soin d’échapper à la vue de ses camarades quelques minutes plus tôt -afin de souligner la dimension dramatique de son départ-, il fut bientôt en mesure de les apercevoir au loin, à l’autre bout de la berge.

« Wolalala… se dit-il avant de s’admonester deux petites gifles. Kant’j'suis avec elle je deviens tout bizarre, faut vraiment que j’fasse attention… Bon, ça va, c’te fois c’est passé… »

Les idées de nouveau en place et de moins en moins sous le joug de l’alcool, le jeune sculpteur se dirigea vers le premier chantier ouvert qu’il aperçut. En exposant ses besoins et ses curieuses instructions aux ouvriers qui l'accueillirent, ces derniers éclatèrent de rire pendant un long moment. Jusqu’à ce que Kant exhibe, juste sous leur nez, tout l’argent et les trésors qu’il possédait. Fort d’une certaine expérience des chantiers navals, il n’avait aucune difficulté à comprendre ce qui animait les hurluberlus qui y travaillaient. Aussi, il exprima clairement ses besoins. Il fit l’acquisition d’immenses et solides sangles, de nouvelles planches, d’un mât robuste, de cordages ainsi que de poutres massives en bois traité. D'un geste de la main, il indiqua à la dizaine d'ouvriers l'endroit où se trouvaient ses compagnons. Malgré la distance, les travailleurs du chantier naval pouvaient distinguer une immense ombre orangée barbotant tout près des quais. Ils demeurèrent stupéfaits, sidérés à l'idée que les dires farfelus de leur jeune client semblaient bel et bien réels.

« Bon, ben… vous faites bien comme je vous ai dit, hein ? dit cordialement Kant. Il y a des outils sur place et des rondins pour mettre à l’eau la maisonnée. Les poutres, elles serviront de fondations pour poser le plancher creux dans lequel s’imbriquera toute la structure… Puis faites attention au niveau, si possible… 'fin, vous connaissez votre métier. »

« Ce ne serait pas plus simple si vous nous accompagniez ? » s’enquit l’un des ouvriers.

Kant déclina l’invitation, puis reprit :

« Au centre du salon, vous verrez, y’a un anneau métallique exprès pour fixer le mât. Faut le faire passer par le toit, mais faites attention à pas abîmer le revêtement. Et enfin… »

« Pourquoi ne pas venir avec nous ? » l’interrompit à nouveau l’artisan.

« Et enfin, reprit Kant d’un ton agacé, faites confiance à celui qu’est pas très beau, mais super sympas. L’autre, c’est un débile. Le bandé est débile. Pas l’autre. Enfin, si, un tout petit peu, mais il est gentil… Ignorant l’air ahuri de son auditoire, il poursuivit. Bref ! Pour que le poisson obéisse et vous facilite la tâche lorsqu’il faudra fixer les sangles, demandez au mec gentil pas très beau et surtout dites lui bien que vous venez ‘de la part de Tank’. Sinon, il pourrait bien… »

Kant s’interrompit. Devant l’insistance des ouvriers qui semblaient soudain s’inquiéter des curieux dangers auxquels ils s’exposaient, il tempéra leurs inquiétudes.

« Mais non, ils vous feront rien ! Dites juste que vous venez ‘de la part de Tank’. On est vos clients, après tout… finit-il par lâcher, tout en sortant de sa poche de précieux bijoux et autres minerais rutilants. Moi, c’est spécial… Je peux pas encore y retourner parce qu’il y a une créature qui…  qui…  Qui rien. »

Loin d’être rassurés, mais tout de même encouragés par la promesse d’une paye à plusieurs millions de berries, les ouvriers tractèrent le matériel jusqu’à l’endroit où se trouvaient Hayase, Alegsis et Grimmjack.


    Le crépuscule s’annonçait et l’incessant tohu-bohu caractéristique des rues de Logue Town s’apaisait peu à peu. Durant plusieurs heures, Kant déambula à travers les divers marchés, piochant au hasard dans les différents étals qui l’entouraient. En plus des nombreux litres d’alcool qui commençaient à peser sur ses épaules, il avait pris soin d’acheter bon nombre de victuailles. Pour la première fois, il réalisa que son sac offrait une capacité de stockage limitée, ce qui l’obligea à s’encombrer de nombreux paquets.

Retrouvant les quais d’où il s’était échappé, les larmes montèrent instantanément à ses yeux lorsqu’il aperçut la maisonnée solidement fixée et sanglée sur le dos du poisson-rouge. Un mât toujours dépourvu de pavillon trônait au centre de la structure. Contre toute attente, le chantier semblait s’être déroulé dans les meilleures conditions. Comme promis, il rémunéra généreusement les ouvriers. Puis, se retournant vers ses camarades qui semblaient surpris de le retrouver, il lança :

« Bon, on a pas quequ’ chose à fêter ?! »
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Fish, Ship & Fish n'Ship

Après qu'il soit ignoré et laissé dans la mouise jusqu'au cou, Alegsis avait décidé d'enfin "faire son truc" et de ramener le poisson rouge géant au port, sauvant ainsi son partenaire Grimmjack d'une mort certaine. Tous ensemble - ou plutôt chacun à sa manière - aidèrent à la construction du nouveau bateau et plus encore, de notre nouvelle demeure ... Oui, car les plans d'Alegsis étaient d'en faire une maison sur l'eau ...


- ... Pssst ...
- ... Quoi ?
- ... C'est qui le débile dont il faut se méfier déjà ?
- ... Tu vois pas ?! Le premier à l'air idiot mais pas dangereux ... Alors que le second ...
- ... Le bandé, c'est ça ?
- ... Ouais, c'est ça ! Le p'tit bonhomme nous avait bien averti ! "Méfiez vous du bandé" ... Pis sérieusement, quand tu le regardes, y'a vraiment un truc qui cloche chez lui ...
- ... Il me fait froid dans le dos.
- ... Merde, il arrive ! Tirons-nous !

- Salut les gars ! Vous avez besoin d'aide ?

Ces charpentiers étaient super ! Kant avait eu - pour une fois - la très bonne idée de les ramener pour nous avancer dans les travaux ! Car à seulement trois, je doute qu'on aurait fini de si tôt ...
Par contre ces types étaient un peu bizarre. Je ne doutais nullement de leurs compétences, loin de la, mais dès que je m'approchais pour les aider ou pour leur proposer un coup de main, ils filaient comme des lapins....  

En parlant de lapin, mon regard se tourna vers notre cher Hayase. Elle aussi nous aidait comme elle le pouvait ! Enfin ... Elle bronzait paisiblement pendant qu'on travaillait dur parce que je cite "les bateaux, c'est un travail d'homme". Du coup, c'était plus un réconfort et un soutient morale qu'autre chose ... Fallait dire que sa présence donnait de la force aux ouvriers qui paradaient comme des coqs et tentaient de se démarquer en travaillant le plus vite ou en portant les charges les plus lourdes.
D'ailleurs, pendant que j'y réfléchissais, notre lapine de combat avait remarquée que je l'observais un peu trop longuement et s'était planquée derrière son livre. Gloups ! Repartons a nos occupations avant qu'elle ne s'imagine des choses !

- Salut les gars ! Vous avez besoin d'aide ? .... Mais vous tremblez beaucoup trop !!! Ne vous surmenés par messieurs, laissez moi vous aider !
- ... J... Je... J...
- L... La... La rachimen monsieur !!!
- Plait-il ? Qu'est ce donc "la rachimen" ?
- C'est... C'est une gouge en crochet, je l'ai prêté à mon ami Nolan à l'autre bout du chantier naval ... Il me la faut c'est très imp...
- Ne vous en faites pas ! Je vais de ce pas récupérer cette fameuse rachimen !

Les artisans furent soulagés que je m'en aille. Ces pauvres travailleurs n'arrêtaient pas au point d'en trembler quand ils me parlaient. C'était mon devoir d'homme de les aider dans leur dur labeur !
Sifflotant un air gaiement lugubre, ballotant mes bras de bas en haut, je partis donc à la recherche de "la rachimen". Bien que je n'avais aucune idée à quoi cela pouvait ressembler ...

[***]

Le soleil se couchait doucement. J'avais passé le plus gros de mon temps à chercher cette mystérieuse "rachimen", en vain. J'étais passé de chantier en chantier, de navire en navire, mais rien n'y faisait. Personne n'avait ce fichu outil ! Certains pouffaient de rire quand je leur expliquais la situation, d'autres terrifiés me renvoyaient vers leurs collègues...
Dépité, je trainais la patte pour revenir à mon point de départ, les mains vides.

Surpris fus-je quand je vis sous les dernières lueurs du crépuscule le travail enfin accompli ! La maison venait d'être fraichement installée sur le dos du poisson rouge et miracle, ça semblait être du solide !
Ces robustes gaillards avaient donc réussis leurs travaux, et ceux, même sans cette gouge en crochet ! Quel exploit !

Quelques secondes plus tard, Kant - qui lui aussi s'était absenté un long moment - s'exclama les larmes à l'oeil.

- Bon, on a pas quequ’ chose à fêter ?!
- Attendez ! ...

Le lutin avait déjà commencé à sortir de nombreuse bouteilles d'hydromel de son sac plein à craquer quand il se stoppa net. Il me lança un regard mécontent avant d'attendre l'explication de mon interruption.

- Il faut qu'on lui trouve un nom ! Disais-je en pointant notre nouveau navire-maison-poisson rouge du doigt.
- De quoi ? Du poisson ou du bateau ?
- Euuuuh ... Bah les deux ... Non ?
- Pour le poisson, on a qu'a l'appeler Aleg Junior. Il a le même regard vide et sans expression que lui.

On pouffa tous de rire sous cette remarque pertinente d'Hayase. Tous, sauf Alegsis, qui n'en avait pas bouté un mot. Nos regards se tournèrent alors vers ce gros poisson - il était vrai que ses yeux ne laissait apparaitre que le néant - puis vers notre cher comparse : l'idiot du village. La ressemblance était frappante, a tel point qu'on ne pouvait s'empêcher de s'esclaffer !

- Le Fish ... répondit-il niaisement. Son p'tit nom, c'est le Fish !
- Bahahaha ... D'accord ... Et le bateau ?
- Hummm ... Alegsis se gratta la tête, frottant les seuls neurones qu'il lui restait pour les mettre en ebullition. Le Ship ! Son nom, c'est le Ship !
- Ahahahahah ... Et l'ensemble ?!
- Hummmmmmmmmmmmm ... Il se mit de nouveau à réfléchir. On voyait dans ses pupilles l'intensité du vide qui cherchait à se connecter, nous faisant mourrir de rire. Le Fish n'Ship ! Répondit-il avec confiance.

C'était donc validé. Le Fish n' Ship sera notre nouveau chez nous !

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La sauterie – c’en était une – s’était finalement déportée jusque sur les plages de Logue Town. À une heure où plus personne n’en allait parcourir sables et galets, tandis qu’au loin, un soleil orange expirait au milieu de ses exhalaisons rosées, ils avaient, tous les quatre, poussé la célébration jusqu’à faire rôtir un porc à la broche en bord de mer.
Par convention tacite et, sans doute car ils savaient que la réponse aurait soulevé davantage de questions que quelque autre contenu que ce soit, aucun des bâfreurs, une fois leur pitance concassée entre les molaires, ne s’essaya seulement à demander où Alegsis avait bien pu trouver pareil animal. Il en avait trouvé un, c’était chose certaine ; toute clarification, de là, avait parut superflue. Du plus insignifiant phénomène, l’Épavien pouvait en effet en extraire un drame. Or, l’heure était aux réjouissances.
Une journée durant passée dans les décombres, le nez logé dans la bricole, vous ouvrait à terme des appétits que rien n’aurait su ou pu altérer à moins que ne s’engage le processus digestif. Sans question et, sans coup férir, la belle équipe avait sorti les couverts.

- Ch’est pas bête, cha, d’avoir acheté des trucs pour mancher.

- Ça s’appelle de la vaisselle, Alegsis. Et arrête de parler la bouche pleine. Le corrigea Hayase comme cela était à présent de coutume. Et il fallait bien que j’achète du matériel, avec votre argent, sinon on partait sans équipement ni provisions sur votre…

Devant elle, non loin des abords encore éclairés par les timides faisceaux d’un soleil couchant, elle y trouva le Fish n’ Ship . Celui-ci, tout sourire, nageait et barbotait allègrement, sillonnant les flots dans tous les sens et prenant soin de s’humecter sans trop jamais que la bâtisse perchée sur son dos ne prit la flotte.

- …. votre poisson-bateau, là. Compléta finalement la jeune fille, perplexe sinon vétilleuse que telle embarcation se trouva être la leur.

De ce curieux bâtiment nautique – quoi qu’il ne se trouva pas être le plus excentrique à jamais avoir parcouru ces mers – le reste de l’équipage en tirait une relative fierté. Ce vaisseau d’écailles et de bois faisait en effet leur singularité ; il entérinait la constitution de leur équipage comme l’ultime paraphe indispensable à cette intention.
Le gueuleton alla ainsi bon train, quoi qu’on découvrit, dans l’assiette, des restes de Color Trap jaune dessinés sur la chair braisée de l’animal. Quelles que furent apparemment les circonstances de sa capture, la pauvre bête était vraisemblablement morte de rire, accablée sous les sceaux hypnotique à présent léchés par les flammes.

- Mais comment t’as eu l’idée du poisson ? S’extasia Kant à présent que celui-ci se servait une nouvelle tranche généreuse. Cela, non sans l’avoir bien sûr trempée dans la bière. Cet homme-ci, après tout, avait une réputation à tenir.

La question trouva sa pertinence dans le caractère effectivement incongru de leur chantier naval improvisé. Alegsis, car il était ce qu’il était – ce qui en soit constituait un problème – n’avait guère que des âneries pour venir lui titiller la cervelle. Certaines toutefois, se voulaient porteuses de projets viables. Même les horloges cassées, quand bien même leurs aiguilles étaient tordues, donnaient parfois la bonne heure à quelque instant de la journée. Mais cela n’advenait jamais qu’incidemment.

- Bah en faitche, piaffa Alegsis, son morceau de bidoche entre les chichots, j’ai lu un truc chur Pojéidon…

Il s’agissait alors de« Pojéidon », le dieu des ochéans.

- Tu sais lire Jubtion ?! S’enthousiasmait déjà Kant à qui décidément rien n’échappait jamais.

Sa mastication rendue plus lente, un petit air revêche placardée sur sa vilaine bouille, Alegsis fut bien chiffonné qu’on le prit sur le vif sans qu’il n’eut le temps de flouer l’assemblée avec son boniment.

- En fait… se rattrapait-il déjà de sa précédente mystification, j’ai lu… mais avec les oreilles, pendant que che m’enguirlandais avec un écailleux à la mord-moi-le-zob.

Sa voix, tandis qu’il ébruita son racisme avec une bonhommie si enjouée qu’elle s’avéra scandaleuse, était soudainement montée en gamme alors qu’il évoqua l’incident. Des hommes-poissons, ces « écailleux », comme il ne se privait pas de les qualifier, le chasseur de primes-ci les tenait en horreur. Ce qui n’était alors pas le cas de Kant qui, quant à lui, plus libéral dans ses opinions, ne souffrait qu’aucun préjudice à l’intention de qui que ce fut pour une quelconque affaire de race. Il en allait par ailleurs de même pour les deux autres convives qui, à force de s’être trop échaudés à leur imbécile de camarade, ne s’offusquèrent plus de ses frasques xénophobes.

- Et pourquoi tu tes disputé avec cet « homme-poisson » ? Reprit alors son meilleur copain sans hostilité aucune bien qu’ayant à cœur de rectifier l’infamie du propos.

- Parce que c’en était un.

La réponse fut si cinglante et annoncée avec une telle fraîcheur, qu’elle décontenança même le petit bonhomme. S’étant arrêté de mâcher sa barbaque quelques secondes, tenant alors compte des quelques idées reçues de son ami, il poursuivit ensuite, comme si de rien n’était :

- Poséidon, donc ?

- Oui ! Persévéra Alegsis après s’être joyeusement fourvoyé Tu Schuss sur une pente des plus glissante. Alors… pour avoir bien réfléchi à la quechtion…

Grimmjack manqua alors de s’étrangler en l’entendant professer la pire idiotie de la soirée. Personne toutefois, ne vînt à son secours ne serait-ce que pour lui accoler une tape dans le dos. On se contenta plutôt de le regarder tousser jusqu'à soupirer qu'il n'expira pas. Jamais Grimmjack ne sut si les soupirs avaient été poussés du fait d'un soulagement ou d'une déception. Ce qui, par ailleurs, ne l'empêcha pas de se servir une nouvelle tranche de cochon grillé.

- ...pour avoir bien réfléchi à la question…, rebondit ainsi le précédent orateur, je penche que je chuis Pojéidon.

- Ça se tient. L’avait aussitôt conforté son ami qui, après la onzième bière de la journée, ne douta pas de la thèse avancée.

De là, la soirée, forcément, s’éternisa. On eut beau employer de tous les arguments les mieux fondés qui fut possible de concevoir, c’est au terme d'une heur pénible et houleuse qu’on parvint finalement à faire comprendre à l’Épavien qu’il n’était pas le dieu des mers. Puis, suite à une réflexion de Grimmjack – à moins qu’il n’avait fait qu’éternuer – on s’écharpa bien assez tôt sur quelques menues broutilles et ce, jusqu’à finalement trouver prétexte à la querelle autour du nom de l’équipage.

- De toute façon, faut que notre nom il arrache. Avait ainsi statué le plus sage d'entre eux.

Les mâles acquiescèrent d’un air grave les bras croisés. Hayase luttait alors du mieux qu’elle put contre ses incompressibles envies de meurtre.

- Le meilleur nom d’équipage de toute façon, c’est les Sandstorms Pirates. Parce qu’il y a « Storm » dedans.

- Eh bah nous, eh bah nous ! Compléta alors Alegsis la main levée comme un gosse décidément trop excité. Eh bah nous on a mieux que de la Storm. Nous on est les Cyclones !

Pour avoir si bien parlé, on applaudit alors à la conclusion du professeur Jubtion. À l’exception cependant d’Hayase qui, pour l’heure, s’interrogeait sur la méthode d’assassinat la mieux appropriée pour les éliminer tous les trois.
Après être allés par-delà la tempête pour le plaisir de la patronymie, on s’engueula cette fois sur la nécessité d’avoir au moins deux noms pour désigner l’équipage. C’était apparemment une impérieuse nécessité. Toutes les combinaisons y passèrent. Des Cyclones Momie, aux Cyclones du Cimetière d’Épave, en passant par les Cyclones d’Alegsis et Kant les Super-Copains et Aussi d’Hayase, Mais Pas de Grimmjack Parce Que C’est un Gros Naze – celle-ci était de Kant – on peina alors à parvenir au consensus. Des mots furent échangés d’abord – en vociférant évidemment – puis on trouva correct et même admissible d’en venir aux mains et aux pinceaux. Après s’être tous les trois rétamés violemment, jusqu’à même se mordre l’oreille dans un cadre nullement érotique, les trois gugusses terminèrent le conciliabule blessés et étendus sur le sable.
Hayase avait regardé fait. Elle cherchait à présent en elle les arguments pour ne pas les achever.

- De toute façon, soupira Kant au milieu de ses ecchymoses, c’est trop dur de trouver un titre pour nous tous. On a un équipage trop Anarchique pour avoir une même vision.

La mention de leur assemblage humain, celui-ci pour le moins disparate, laissa entendre que la situation était inextricable. Hayase, finalement exténuée de les entendre, alors qu’elle vit que le soleil commençait à se lever au terme d’une nuit de chicaneries stériles, s’exclama, lasse :

- Vous êtes chiants…

- Mais oui ! Bondit Alegsis comme ayant aussitôt recouvré de la bataille.

Même de sa part, pour abruti qu’il était, personne ne s’attendit trop à une réaction aussi enjouée après qu’on le gratifia, lui et les autres, d’une insulte lâchée du fond du cœur. Aussi se fit-il plus explicite dans ce qui fonda son enthousiasme survolté.

- On est Cyan ! Se récriait-il devant l’incompréhension générale.

- Non, j’ai dit Ch…

- Cyan ! La coupa Alegsis avant de reprendre aussitôt. CYclone, ANarchique : CYAN !  

Contre toute attente, peut-être la fatigue aidant, l'idée plut. D'autant qu'Alegsis, vaguement érudit des choses de la peinture du fait qu'il en faisait une arme si insolite, argua que le cyan, dans ce qui constitua le prisme des couleurs, était à l'opposé du rouge ; ce même rouge dont Red était drapé jusqu'au nom. L'Épavien avait en effet eu récemment maille à partir avec ce bon monsieur Red lors des événements de Marineford, allant jusqu'à fonder le nom de son équipage en partie contre lui. De là était né Le Cyan et ses Cyanautes.

Le pavillon, qu’Alegsis avait travaillé en secret tandis que tous furent affairés en journée à élaborer les finitions du Fish n’ Ship ou bien à aller faire les courses, fut quant à lui élaboré en ce sens où il était l'antithèse d'un Jolly Roger. Noir sur fond blanc, il annonçait à tout flibustier sur leur parcours que les os cassés seraient légion chez qui aurait le couteau entre les dents et la prime sur le chef. Leur drapeau, Alegs le leur avait finalement exhibé à titre de surprise pour ponctuer une longue nuit d’engueulades.
Kant fut bien évidemment ravi quand, les deux autres, plus réservés dans leur euphorie – même carrément réticents à bien y regarder – s’échangèrent un regard légitimement inquiet. Alors qu’il constataient sous quel pavillon ils sillonneraient les mers, ils trouvèrent chacun comme un rien de motif à s’en formaliser. Il avait comme un quelque chose de douteux leur étendard ; et pourtant, il serait le leur pour longtemps.

Spoiler:



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